NEWS OFF AMERICAN INTERNET COUNCIL COMPANY - DIACONESCO.TV in English, French, Italiano 06.32.17.36.33 * 07.89.44.23.80 -

17 août 2018

QUAND UN PETIT PAYS EUROPEEN COMME LA SUEDE EST DEJA EN ETAT PERMANENT DE GUERRE CIVILE DU A SON INVASION MIGRATOIRE !

Silence total dans les médias : les « nouveaux suédois » mettent le feu à la Suède

Publié par Christian Larnet le 16 août 2018

carte-suede-G

Entre le 13 et le 15 août, des bandes de jeunes musulmans ont coordonné plusieurs attaques dans plusieurs villes suédoises. Plus de 80 voitures ont été incendiées, de plus 30 à 40 ont été détruites. Des chiffres banals pour la France, traumatisants pour la Suède.

Lundi 13 août 2018, une série d’incendies criminels coordonnés sur les médias sociaux ont été perpétrés dans l’ouest de la Suède, touchant principalement Göteborg et les localités proches de cette ville principale. On estime qu’entre 80 et 100 véhicules au total ont été incendiés. Deux suspects ont été arrêtés sur place, et un troisième, qui a été arrêté en Turquie, a été rapatrié en Suède, rapporte Expressen.se (2).

Les premiers troubles se sont produit à 21h00 à Hjällbo, au nord-est de Göteborg et se sont rapidement répandus. Ils ont été provoqués par des jeunes à l’apparence non suédoise selon les rares témoignages disponibles, les médias assurant une censure soigneuse des événements, certains jeunes étaient masqués, la plupart avaient des capuches et des survêtements Adidas, certains étaient vêtus de noir. Armés de cocktails Molotov, ils mettaient le feu aux voitures au hasard ont déclaré des témoins aux policiers.

Un témoin a déclaré à Expressen :

« Tout cela a été organisé. Ils voulaient faire autant de dégâts que possible. J’avais peur. J’ai vu trois ou quatre hommes habillés en noir. L’un d’eux a lancé un cocktail molotov contre une voiture qui a immédiatement pris feu. Puis une forte détonation s’est produite. »

« Ils s’en sont pris aux écoles et à des bus, » a déclaré Hans Lippens, directeur de la police de la région ouest.

La principale zone touchée par les incendies criminels a été Frölunda à Göteborg, où au moins 31 véhicules ont été détruits et 35 autres endommagés.

 

peter-sweden

 

Voici le déroulé des incidents relevés le 13 août, tels que rapportés par le site Intelligence fusion (1) :

  • 21h00 – Plusieurs véhicules incendiés à Hjällbo à Angered.
  • 21h00 – Rapports d’incendies criminels sur des voitures à Alafors.
  • 21h00 – Plusieurs véhicules incendiés dans le Nordost à Göteborg.
  • 21h02 – Pneus incendiés à Badhusberget à Lysekil.
  • 21h09 – Incendie criminel contre l’école Bellevue à Malmö.
  • 21h15 – Plusieurs véhicules incendiés à Kronogården à Trollhättan.
  • 21h30 – Plusieurs véhicules incendiés à Frölunda à Göteborg.
  • 21h32 – Des jeunes allument des feux et vandalisent des propriétés à Stenfalksvägen à Falkenburg.
  • 22h35 – 2 voitures incendiées à Hasselgata à Malmö.
  • 22h50 – 2 voitures incendiées à Rolfsgatan à Malmö.
  • 23h19 – 2 voitures incendiées à Blåkullagatan à Helsingborg.

39108250_1853779408047119_5322241722795687936_n-702x459

 

Attaques contre les services de police et les ambulances

Selon un schéma qui se retrouve à peu près à l’identique dans les banlieues françaises, les services d’urgence répondant aux troubles à Trollhättan ont été attaqués à coups de pierres et les voies d’accès ont été bloquées par 40 à 60 « jeunes ».

Pendant ce temps, les troubles et les incendies criminels ont continué de se propager à Alafors, Lysekil et Falkenburg. Des incendies criminels ont également été signalés à Helsingborg et à Malmö, bien qu’ils puissent n’avoir aucun lien entre eux, car les incendies de véhicules et d’infrastructures dans ces villes ont lieu toute l’année.

Le motif exact des attentats coordonnés n’est pas clair, bien que cela puisse être lié à une série d’opérations récentes de lutte contre le trafic de stupéfiants mené par la police au cour de Frölunda à Göteborg.

Ces derniers mois, des bandes locales de jeunes et des organisations criminelles sont devenues de plus en plus agressives dans les zones urbaines de Suède, car elles ont pour objectif articulé de restreindre la liberté de mouvement de la police et des services d’urgence afin de mettre en place leur loi. Dans des villes comme Stockholm et Malmö, des groupes criminels se sont mis à l’offensive et ont ciblé les commissariats de police et les biens pour tenter d’intimider les policiers et les empêcher d’opérer librement.

 

suede-gangs-migrants-feu

 

  • Le 7 août, un chantier de construction de la police à Rinkeby, Stockholm, a été attaqué par des auteurs masqués qui ont défoncé une voiture et mis le feu au véhicule en réponse à une récente arrestation pour trafic de stupéfiants menée par la police locale.
  • Certains commissariats de Malmö doivent désormais être gardés par des agents armés, après une attaque à la grenade contre un commissariat de Rosengård en février 2018.
  • A Rosengård, dans le sud de Malmö, Hjällbo et Kronogården à Trollhättan, qui font partie des 60 zones de la Suède considérées comme « vulnérables » et définies comme « zones géographiquement caractérisées par un statut socio-économique bas où les criminels ont un impact sur la communauté locale », les services d’urgence tels que les ambulances doivent être escortés par la police, faute de quoi ils sont attaqués par les jeunes nouveaux suédois armés de pierres.

Les vols à main armée dans les entreprises et les commerces, les vols sur les sites industriels et de construction et les agressions en général ont vu des niveaux relativement élevés et constants au cours des deux dernières années.

Une recrudescence des agressions sexuelles et des viols collectifs a également été enregistrée à Malmö à la fin de 2017 et au début de 2018.

Les citoyens concernés forment maintenant des patrouilles de rue, ce qui indique un manque de confiance – et d’efficacité – des forces de police locales, qui, en raison des conditions climatiques et géographiques, n’arrivent souvent sur les lieux des agressions qu’avec plusieurs heures de retard.

En se concentrant sur l’engagement auprès des communautés immigrées, la police suédoise espère combattre la criminalité. Cette stratégie risque d’être inefficace, à moins d’être combiné à une politique de maintien de l’ordre musclée, à un nombre accru d’agents de police, et à une présence élevée dans les rues. Il n’est pas certain que le gouvernement suédois y soit décidé, car ces mesures sont politiquement incorrectes car discriminantes contre une certaine catégorie de la population.

Des élections sous le signe de l’échec de l’immigration

La criminalité et l’immigration seront les sujets prioritaires pour les partis politiques lors de la campagne pour les élections législatives suédoises de septembre 2018. Les partis de droite conservateurs tels que les Démocrates suédois et Alternative for Sweden tenteront de tirer parti de l’épidémie de violence et de l’assimiler aux politiques ratées des gouvernements précédents.

la Suède est le pays d’Europe qui a accepté le plus grand nombre de migrants en proportion de sa population, soit plus de 600 000 pour une population d’environ 10 millions. De par leur langue, leur culture, leurs valeurs, ils sont totalement inadaptés aux traditions de tolérance et d’ouverture à l’autre dont la Suède s’était faite la championne depuis le milieu du 20e siècle.

 

suede-gangs-migrants-feu-2

 

SOURCE : Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Christian Larnet pour Dreuz.info.

(1) https://www.intelligencefusion.co.uk/blog/crime-in-sweden-youth-gangs-co-ordinate-arson-attacks-on-cars-across-swedish-cities?utm_content=75734931&utm_medium=social&utm_source=twitter

(2) https://www.expressen.se/gt/ungdomar-identifierade-efter-stora-brandkaoset/

********************************************

Le Premier ministre suédois accuse les incendies criminels de son pays d’avoir été “coordonnés comme une opération militaire”

Premier ministre Stefan Löfven

Après qu’une bande de “jeunes” cagoulés ont créé des émeutes dans la deuxième plus grande ville de Suède, mettant le feu aux voitures lundi soir, le Premier ministre suédois décrit l’attaque comme étant “presque une opération militaire”.

Le Premier ministre de gauche a répondu à la radio nationale : “Je suis furieux. Ma question pour les auteurs est la suivante : qu’est-ce qui vous prend ?” Il a également dit cela de façon inquiétante : “Ça a l’air très coordonné, presque comme une opération militaire.”

De multiples vidéos sont apparues lundi soir sur les médias sociaux des incendies qui montraient très clairement des personnes masquées dans des vêtements sombres mettant intentionnellement le feu aux voitures.

“Nous avons fait le point sur les dégâts dans les différents endroits[comme Trollhattan et Falkenberg]. C’est un total d’environ 100 voitures qui sont endommagées ou brûlées”, a déclaré Ulla Brehm, porte-parole de la police, mardi, à SVT.

Falkenberg est le site de foyers de demandeurs d’asile séparés selon le sexe, tandis que Trollhattan est l’endroit où la police a été attaquée à plusieurs reprises, ainsi que le domicile de certains combattants bien connus de l’État islamique. Ces zones à forte population migrante sont qualifiées de “zones de non droit” en raison de l’augmentation de la violence au cours des dernières années.

A moins d’un mois des élections nationales en Suède, le Premier ministre Stefan Löfven a réagi avec colère lors d’une émission de radio : “Je me fais virer – vraiment ! Ma question à ces gens est : qu’est-ce que vous faites ?”

Promettant de faire pression pour des sanctions plus sévères à l’encontre des personnes impliquées, il a ajouté : “Cela semble très organisé, presque comme une opération militaire”, a-t-il poursuivi : “Mon message aux personnes concernées est qu’il n’y a pas de déception, de frustration ou d’injustice qui vous motive à vous en prendre à la voiture de quelqu’un d’autre.”

Bien qu’il décrive les actions des jeunes comme une opération militaire et promet de faire pression pour des sanctions plus sévères, la police a déjà pris la décision de ne pas arrêter les jeunes et de parler avec leurs parents à la place.

 

police-suede

 

Ulla Brehm a déclaré : “Nous avons déjà commencé à parler aux parents des jeunes qui étaient actifs le matin. Nous avons choisi de ne pas arrêter quelqu’un sur place, mais de l’identifier et de discuter avec lui.”

Des témoins de l’agence de presse suédoise TT rapportent que des “jeunes cagoulés” sont à l’origine des incendies et ont fui les lieux. Aucune blessure n’a été signalée et aucune arrestation n’a été effectuée.

Source: Voice of Europe, le 15 août 2018Traduction Nouvelordremondial.cc

 

29073-234149_FRANCE_VIOLENCE__CAM104-600x420

Posté par DIACONESCO_TV à 15:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


11 août 2018

HOMMAGE A CHRISTIAN SCHERER DISPARU IL Y A PLUS D'UN AN LE 18 FEVRIER 2017

HOMMAGE FAIT A MON AMI CHRISTIAN SCHERER DE LA PART DE SON EPOUSE ELISABETH SCHERER

hqdefault

LES VOEUX DE L'INTERNET AU MINISTERE DE LA RECHERCHE ET DE L'INDUSTRIE LE 23 JANVIER 2004 PRESIDE PAR CHRISTIAN SCHERER

UN FILM DE GERARD DIACONESCO ANCIEN PRESIDENT DE LA FETE DE L'INTERNET AVEC DIACOCYBER EN REGION DE LA P.A.C.A.

53:39

SOIREE INTERNET AU MINISTERE DE LA RECHERCHE A PARIS

49 vuesil y a 2 ans
********************************************
Chers enfants, chers amis, chère famille,
Le 7 août Christian aurait eu 71 ans...
Il avait le projet de fêter « en grand »
nos 50 ans de mariage à Saint-Justin...
Inviter toute notre grande famille et nos
nombreux amis...
J’ai le cœur serré en pensant à tous les 
beaux projets qu’il avait en tête et qu’il 
pensait réaliser...
Il débordait d’enthousiasme et de 
générosité. 
Homme d’action, homme de coeur, 
sincère.
Il était un électron libre...un être 
authentique, sans préjugés, plein d’idées, 
des idées avant-gardistes qu’on avait 
quelquefois  du mal à comprendre dans
l’immédiat!
Un précurseur, je pense.
L’histoire lui donnait souvent raison!
Il ne laissait à personne le soin de penser
pour lui.
Aujourd’hui, je comprends
combien il a illuminé ma vie, son 
enthousiasme et son sourire me 
manquent terriblement.
Alexandre, Jean-Philippe, Johanna et 
Timothee, je suis fière de votre père et 
je sais combien aujourd’hui vous l’êtes 
aussi et comprenez mieux ses démarches 
et combien sa présence vous manque.
Son absence est pour moi un mauvais 
rêve.
Pour moi, il est toujours vivant dans mon 
coeur et pas une minute ne passe sans 
que je pense à lui!
Un Amour de jeunesse qui était pur et 
sincère et qui resta solide malgré
l’adversité.
Quel bonheur, de l’entendre dire dans 
ses moments de reconnaissance et de 
tendresse:
« Tu es la femme de ma vie! »
Il a été l’homme de ma vie!
Merci Seigneur!
Elisabeth SCHERER

Christian SCHERER (1947-2017)

Né le 7 août 1947 à Nancy. Fils de Jean-Marie Scherer (1920-2016) et de Paule Marie Joséphine née Okinczyk. Frère de Jacques Scherer.
Christian est marié à Elisabeth Lafforgue. 4 enfants (3 fils et une fille), l'aîné dans l'assurance habite à New York, un pilote de chasse à Versailles, une fille vétérinaire qui dirige avec son mari une entreprise de cheminées à Aurillac, et un cadre chez Eiffage.
Christian décède le samedi 18 février 2017 au soir, à Versailles. Il est enterré le samedi 25 février au cimetière communal de Jouy-en-Josas. Un culte d'action de grâce a lieu le samedi 11 mars 2017 à 17 h 00 en l'église Saint-Martin-de-Jouy en Josas

Le père de Christian était instituteur, devenu cadre dans les télégraphes puis dans les téléphones, il passe des concours qui lui donnent un avancement accéléré dans la fonction publique, et devient ainsi ingénieur du corps des télécommunications.

Ancien élève de l'Ecole Polytechnique (promotion 1966, entré classé 13ème et sorti classé 8ème) et de l'Ecole des mines de Paris (entré classé 7ème sur 12 corpsards). Diplôme d'Etudes Approfondies (DEA) de Probabilités sous la direction du Pr. Neveu, Université de Jussieu - Paris, 1968. Il parlait l'anglais, l'allemand et le russe. Christian Scherer est souvent retourné à l'Ecole polytechnique à la fin des années 1990, en qualité d'examinateur d'informatique au concours d'admission à l'Ecole, fonction qu'il a exercé pendant une dizaine d'années.

Corps des ingénieurs des mines (nommé ingénieur général en 2001, il finit sa carrière à 66 ans à l'échelon spécial "E").



Christian SCHERER en grand uniforme de polytechnicien, en 1967.
(C) Ecole polytechnique

Christian Scherer laisse l'image d'un surdoué doté d'une très grande sensibilité. De 1958 à 1963, il suit son père qui est muté en Algérie, à ALGER dans le quartier de "Bab-el-Oued", où il étudie au lycée Bugeaud tout en lisant les livres d'électronique de son père. Il termine ses études secondaires à Toulouse-Blagnac, et obtient le premier prix de mathématiques au Concours général en 1964. Sa photo et une longue interview paraissent dans la presse (cf. article dans Sud-Ouest).

Suite à sa réussite au Concours général, il passe à la télévision sur le plateau à côté de Sheila, puis il fait un voyage à Tamanrasset.
Persuadé d'être reconnu, il interpelle une jeune fille qu'il croise dans la rue et lui demande s'il ressemble à sa photo ; cette passante, Elisabeth, deviendra son épouse et lui donnera 4 enfants.

En terminale, il gagne à nouveau un 2ème prix de physique au Concours général (1965). Reçu en maths-sup' au lycée Louis le Grand, il continue à correspondre avec Elisabeth restée à Toulouse. Après un mois en 1ère année de classes préparatoires, Christian souhaite accélérer ses études afin de pouvoir revoir Elisabeth le plus vite possible, et demande au proviseur de sauter une classe et d'entrer directement en 2ème année de classes préparatoires. Devant cette situation inédite, et après concertation entre les professeurs des 3 classes de mathématiques spéciales, il est décidé d'autoriser à 3 élèves à sauter une classe : Christian Scherer, André Voros et Jean-Charles Naouri. Les deux derniers entrent à l'Ecole normale supérieure, mais Christian échoue en faisant une copie blanche à l'épreuve de maths, et se résigne à entrer à Polytechnique (où il est classé 13ème sur plus de 300 admis) après une seule année de classe préparatoire.

Nous sommes en 1966. Elisabeth quitte alors Toulouse et va travailler en région parisienne. L'Administration militaire oblige Christian à signer un engagement qu'il ne se mariera pas en cours de scolarité à Polytechnique. Il aurait pu demander une dérogation, mais il préfère se marier en secret avec Elisabeth en 1967. Leur fils aîné Alexandre naît en mars 1968, avant les troubles de mai et avant la fin de la scolarité de Christian à l'X ! Christian installe à cette époque, à titre bénévole, des cables téléphoniques dans les chambrées (caserts) de l'Ecole. Pendant la période troublée de mai 1968, il fait la connaissance de son camarade de promotion et agitateur politique Alain Lipietz avec lequel il restera toujours ami sans partager les convictions ni l'attitude rebelle contre l'ordre établi. Ayant besoin d'argent, il fait un travail d'été à la Sollac, où il est introduit par son beau-frère Daniel, comme manoeuvre ajusteur P3 : il y découvre que les ouvriers veulent recevoir des primes en espèces afin de cacher ce complément de salaire à leurs épouses !

Il fait une année de service militaire (1968-1969) au Bureau de recherche opérationnelle de l'Armée de terre, où il travaille avec son camarade de promotion Yannick d'Escatha à l'ancêtre du premier drone !

Entré en 1969 à l'Ecole des mines de Paris, il fait des stages à CEGOS Tymshare et à la CII. Il découvre Unix. A CEGOS Tymshare, il implémente un analyseur du langage COBOL et participe à une équipe branchée sur le langage APL (1971). A la CII, il contribue au développement d'un interpréteur de SIMULA développé par une équipe dirigée par Jean Ichbiah.

  Christian Scherer fait l'essentiel de sa carrière dans l'Administration française, à l'exception d'une courte mise en disponibilité en entreprise et pour création d'entreprise. A sa sortie de l'Ecole des mines en 1972, il commence par 6 années dans le service ordinaire des mines, d'abord dans l'arrondissement minéralogique de Metz (sous-arrondissement de Strasbourg), puis à Caen, où il est aussi chargé de mission auprès du Préfet de région pour les questions industrielles. De 1976 à 1979, il s'occupe du service interdépartemental de l'industrie et des mines (SIIM) pour les régions Aquitaine et Poitou-Charentes, à Bordeaux, puis est directeur-adjoint de la DII de Bordeaux (1980-83). Il s'y occupe de déchets et de risques industriels notamment.

Photo de gauche : Dominique Petit, X62, ingénieur général des mines honoraire a été le patron de Christian Scherer à Strasbourg de 1972 à 1975 et a conservé avec lui des liens d'amitié toute sa vie

Photo de droite : Christian Scherer et Dominique Petit à Strasbourg (photo prise entre 1972 et 1975)
En 1975, Petit a été nommé chef du service des mines d'Amiens, et Scherer est parti à Caen.
 

En 1983, Christian tente alors un passage dans le privé, à ECOPOL SA, SERETE Ingénierie, un bureau d'études filiale du CEA qui s'occupait de pollution. Il ne s'y plait pas, la quitte en 1984 et crée une entreprise pour commercialiser des logiciels pédagogiques, notamment des logiciels développés et testés en environnement scolaire par son beau-frère, Ernest Rougé.

Revenu dans l'Administration en 1986, Christian Scherer essaie d'y propager la culture internet et Unix.

Affecté d'abord au service des études et de la statistique du Ministère du travail (1986-1987), il réalise le schéma directeur informatique des services extérieurs du Travail et de l'Emploi. Ce travail a duré un an, et a eu des suites intéressantes. Il a ensuite été nommé chargé de mission pour l'informatique auprès du délégué général à l'Emploi (1987-1994). Il s'occupe alors d'un schéma directeur pour l'ANPE, l'UNEDIC, et l'AFPA. Il découvre que les chiffres qui remontent au délégué général sont faux. Il met au point une nouvelle procédure informatisée permettant de faire remonter des données plus correctes.

A partir de 1990, l'Etat dégage des budgets significatifs pour mettre au point des bases de données sur les actions de formation professionnelle dans les régions ainsi qu'au niveau national. Sont impliqués Centre Inffo, un organisme national d'information sur la F.P. qui édite également des fiches pratiques sur la F.P., mais aussi les Préfets de région et les délégués régionaux à la F.P. dépendant tant des préfets que des conseils régionaux.

Christian Scherer travaille alors en liaison avec liaison étroite avec Stéphane Akonde, le responsable informatique de la F.P. au niveau de la région Ile-de- France. A partir de 1993-94, le Ministère du Travail met la main sur les responsabilités de la F.P. et décentralise les responsabilités informatiques dans des organismes régionaux, les CARIF, très soucieux de leur indépendance. La tâche de Christian devient davantage administrative et ne laisse plus beaucoup de place à l'innovation et à des nouveaux développements techniques, ce qui explique son départ de ce poste.

A partir de 1994, Christian Scherer est affecté tantôt à la direction de l'action régionale et de la petite et moyenne industrie (DARPMI), tantôt au service du Conseil général des mines. Ivan Chiaverini avait été nommé directeur de la DARPMI en décembre 1994 à la place de l'ingénieur des mines Marcel Gérente. Christian Scherer a découvert que cet administrateur était l'auteur d'un recueil de poèmes et lui a proposé de l'éditer. Il travaille ensuite avec Jean-Jacques Dumont qui succède en septembre 1997 à Ivan Chiaverini.

Photo de droite: Ivan Chiaverini, photographié par Christian Scherer le 19 avril 1997

 

Christian est nommé Commissaire Général Adjoint de l'Exposition Universelle de 2004, qui devait se tenir à Dugny (Seine-Saint-Denis), mais le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, décide en août 2002 d'annuler le projet.

Suite à cet avatar, il redevient chargé de mission auprès du directeur de la DARPMI, Jean-Jacques Dumont. Il développe alors un forum et de la messagerie pour les services extérieurs du Ministère de l'industrie.

Photo de droite: Jean-Jacques Dumont en décembre 1997, photographié par Christian Scherer

 

En novembre 1994, Christian s'émerveille lors d'une démonstration de Mosaic, Veronica et d'un moteur de recherche. Il comprend l'intérêt des nouvelles technologies de communication pour animer la vie publique. Il sensibilise le directeur de l'Ecole des Mines de Paris, Jacques Lévy, à cette cause, et demande à deux équipes de l'Ecole des Mines de l'aider : celle de Robert Mahl à Fontainebleau et celle de Gladys Huberman au Centre de calcul de Paris. Il achète un Mavica, l'un des premiers appareils photo numériques grand public. Il devient aussi un grand adepte de la mémoire numérique du net.

Tout en continuant son activité principale dans l'Administration, il crée plusieurs sites web dont les plus connus ont été Adminet (admi.net, adminet.org, adminet.com, bientôt dérivés en variantes nationales), Evariste (site web pour informer les PME), ensmp.net (pour garder la mémoire d'événements). En mai 2000, Philippe Batreau, que Christian considère comme l'un de ses fils spirituels, crée adminet.fr sur un modèle voisin de admi.net

Photo de droite: Philippe Batreau (juin 2005)

 

Christian crée aussi de façon informelle un Club des webmestres de l'Administration (CAWA) avec une réunion mensuelle dans un café-internet, une liste de diffusion email avec convocation et compte-rendu mensuel, et un blog constamment mis à jour.

Il prend l'initiative de mettre le Journal Officiel sur internet (dont il publie rétroactivement des extraits à partir de débit 1992), d'abord de façon artisanale, puis de façon systématique avec le concours de l'Ecole des Mines. Cette initiative se heurte à la volonté de confier un mandat exclusif de service public à la société ORT, qui avait reçu un monopole par application du décret n° 96-481 du 31 mai 1996. Le secrétariat général du gouvernement demande alors au directeur de l'Ecole des Mines, Jacques LEVY, de respecter la légalité du décret. Christian Scherer se sent menacé, ainsi que le laisse entendre le photomontage ci-contre publié en 1995 en couverture d'une revue informatique grand public. Il internationalise le mouvement qui fut baptisé plus tard "Open Law" et conclut des accords avec des universités étrangères pour la création de sites miroirs, principalement celle de Sarrebrück où le professeur de droit Maximilien Herberger accepte d'héberger un site web avec des lois et décrets français. La Déclaration de Sarrebrück du 16 novembre 1997 officialise cette volonté des juristes de porter le Droit à la connaissance libre et gratuite de tout un chacun, de même que les Protestants de la Réforme voulaient que les textes sacrés soient connus et interprétables par tous. Plusieurs amis français de Christian participent à la signature à Sarrebrück, parmi lesquels Pierre Mayeur, à l'époque administrateur au service informatique du Sénat, qui a twitté après le décès : Christian Scherer, génial X, aiguillon de l'internet public ... et rajoutait ensuite : J'ai eu la chance de le connaître fin 1995 ou début 1996. Je faisais partie de la petite équipe (nous étions 2 !) ayant lancé le site web du Sénat. Christian a été un formidable aiguillon, innovateur et provocateur de l'Internet public. Il etait très soucieux de créer et d'animer une véritable communauté, à travers le Cawa. Nous étions ensemble à Sarrebruck il y a maintenant 20 ans pour la fameuse déclaration. Adminet et droit.org ont été une très belle aventure. Une très belle chance de l'avoir connu, j'espère être digne de sa mémoire ...

Christian avait tout pour être conformiste, la religion, la formation, le statut et il s'est offert un conflit public et frontal avec l'administration qu'il a gagné. On peut rapidement penser qu'un ingénieur des mines est conscient de son statut protecteur, mais il faut bien constater que rares (très rares) sont ceux qui s'en servent pour faire évoluer ce qu'ils trouvent anormal et dans la grande majorité des cas la peur de perdre ce statut est au contraire un frein absolu.

Christian aimait d'ailleurs se comparer à Louis POUZIN, qu'il admirait parce que Louis avait combattu de l'intérieur la politique de la direction générale des télécommunications (DGT, future France Télécom) qui ne voulait pas l'avénement en France d'un réseau de la recherche semblable à Internet. L'attitude courageuse de Pouzin était admirée par nombre de supporters (y compris Jean-Michel YOLIN ou Alexandre MOATTI). Pouzin avait créé le réseau Cyclades en 1970 sur le modèle d'Arpanet (futur Internet), qui fut démantelé en 1977 sur les ordres de la DGT qui craignait qu'un Internet français sonne le glas du protocole X25 du Minitel. Pour Pouzin et les adeptes d'internet, ce fut le départ d'une lutte qui n'a été gagnée qu'en 1992-93, et Pouzin n'a été décoré qu'en 2003.

 
  Les relations entre Christian et le S.G.G. se normalisent progressivement. C'est Henri Plagnol, secrétaire d'Etat chargé de la Réforme de l'Etat de juin 2002 à mars 2004, qui fait décerner à Christian l'Ordre national du Mérite sur proposition de Pierre de la Coste. Ce dernier, qui avait été conseiller technique du ministre de l'industrie Franck Borotra de 1995 à juin 1997, avait fait octroyer une subvention de 300.000 F à l'Ecole des mines en 1997 pour mettre le Journal Officiel en ligne. Il avait proposé de réaliser la navigation entre les textes du J.O. grâce à un système d'hyperliens, et il avait apprécié qu'Adminet ait implémenté ces propositions.


Photo de gauche : Pierre de la Coste, le 25/2/2017
 
En 2010, Christian s'émeut fortement de la suppression de l'émission Rue des entrepreneurs sur France Inter. En liaison avec Michel Berry, Michel Godet et Robert Navarro, il crée un site web : ruedesentrepreneurs.net pour protester contre l'arrêt de l'émission et le licenciement des animateurs. Dans la psychologie de Christian, cet arrêt était à l'exact opposé de son idéal de liberté d'entreprendre ! Christian, qui avait lui-même jadis essayé de créer une entreprise commerciale, était un fervent défenseur de l'entrepreneuriat.

Photo de gauche : Didier Ades et Dominique Dambert en mai 2010

Photo de droite : Christian avait baptisé cette photo : la fin

 
Coup de gueule de Michel Godet :

Après sa retraite en 2013, Christian continue ses activités communicatives sur internet comme dans le passé. Peu intéressé par la politique, il participe toutefois à une liste aux élections de conseillers départementaux dans les Yvelines en 2015, comme suppléant d'une candidate DVD qui emporte 10,6 % des suffrages ; il défend alors les valeurs patriotiques, la police, la famille.
Une semaine à peine avant son décès, il souhaite témoigner au 3ème procès relatif à l'explosion AZF de Toulouse, et se fait porter en civière dans le Tribunal.
Les mises à jour du CAWA et d'Adminet se sont arrêtées quelques semaines seulement avant son décès.

Les goûts et les amours de Christian Scherer

Baptisé catholique à sa naissance, Christian s'est par la suite rallié au protestantisme. En effet, pendant son séjour à Caen, son supérieur hiérarchique essaie de le convaincre d'entrer dans la franc-maçonnerie, et la lecture de textes maçonniques ésotériques le fait réfléchir sur la religion. Il voit une contradiction entre la pratique de la religion chrétienne et celle de la franc-maçonnerie, et finit par décider de pratiquer le christianisme dans sa variante protestante.

Christian Scherer, c'était le courage, l'enthousiasme, la communication, la vie. C'était aussi la fidélité en amour et à ses amis, et l'acharnement au travail. Il n'abandonnait jamais un objectif qu'il s'était fixé. Il ne se plaignait pas ; en plein coeur d'une crise, il voulait toujours croire que les choses allaient s'améliorer. Esprit très indépendant, il avait fait pleinement sienne la devise de l'Ecole polytechnique : Pour la Patrie, la Science et la Gloire. Si une directive hiérarchique contrevenait à ces principes de base, il ne retenait que la partie de la directive compatible avec les valeurs fondamentales. Très attaché à son ordinateur et aux valeurs communicatives, il avait demandé symboliquement que son ordinateur soit enterré avec lui. Il avait désigné quelques "fils spirituels" pour lui succéder dans ses travaux, sans trop croire dans cette suite. Mais surtout il tenait aux valeurs familiales, avec son épouse Elisabeth, ses 4 enfants et ses 10 petits-enfants. Il disait toujours qu'il avait été totalement fidèle à Elisabeth depuis le premier jour de leur rencontre.


Remise de médaille au Ministère du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique
Elisabeth Scherer, en tailleur blanc, à gauche de son mari

Publication :

La seule oeuvre publiée de Christian Scherer est Les mémoires d'un logiciel (1999), publié aux éditions du paradis. Il s'agit de l'histoire d'un logiciel qui parle de lui-même à la première personne, et raconte sa vie. Peu avant sa mort, Christian voulait le rééditer en complétant l'histoire avec la circulation sur internet et les virus assassins.


Richard STALLMAN et Christian SCHERER en 2003.
Cette photo a été copiée du site adminet fondé par Christian SCHERER en juin 1997.

Interview de Christian Scherer publiée dans le journal Sud-Ouest en 1964

Christian Scherer et la généalogie

Christian avait participé à un gros travail de recherches généalogiques centré autour des ascendants, descendants et même cousins et arrière-cousins de son père Jean-Marie Scherer. Comme il le faisait habituellement dans le cadre de ses autres occupations professionnelles ou personnelles, il a publié les résultats de ces travaux sur le web.

 

Christian Scherer et la paroisse de Jouy

Voici une citation de la publication Les 3 Temples, Eglise de Jouy en Josas, Viroflay, Vélizy, Chaville, n°137, mars avril mai 2017 :

Nous avons l'immense tristesse de vous annoncer le décès de Christian Scherer samedi 18 février au soir à Claire Demeure, paisiblement nous a dit Elisabeth.
Nous pensons à elle, à Alexandre, Jean-Philippe, Johanna, Timothée, leurs 4 enfants, ainsi qu'à leurs petits-enfants dont il était si fier !
Christian et Elisabeth son arrivés à Jouy dans les années 80. Ils ont très vite été des acteurs de notre communauté, fidèles aux cultes, aux fêtes, participant à de nombreux groupes et activités. Puis Christian a créé le site internet de la paroisse et il a été appelé à rejoindre le conseil presbytéral. J'ai le souvenir de ces réunions où il chantait, à pleine voix, pas toujours très juste mais tellement heureux de cette forme de louange !
Il nous a accompagnés en mettant ses compétences au service de l'Eglise et nous lui sommes très reconnaissants. Christian a beaucoup compté pour nous. Sa présence dans notre communauté est une bénédiction.
Catherine du Fou

Comme l'a rappelé le pasteur Paul Doré à son enterrement, Christian développa le site web de la paroisse [de 2003 à 2012], sur lequel il mit énormément de documents, et il filma même des cultes dans la paroisse de Jouy qu'il publia sous forme de vidéos sur le web !


Le Conseil Presbyteral des 3 Temples en septembre 2011
de gauche à droite, Arnaud VERREY, Cécile COUSSEMENT, Pascale PERRIER, André Jacques EXBRAYAT, président, Christian SCHERER, Danielle JEANNE, Michel LIENHARD, Guillaume HOLLIER-LAROUSSE, Jean François DERBES, Paul DORÉ, pasteur


Le Conseil Presbyteral des 3 Temples en juin 2006
de gauche à droite, Michel LIENHARD, Jean François DERBES, Guillaume HOLLIER-LAROUSSE, Marcelle HALLUIN, Gertrude HARLÉ, Cristel BLANC, André Jacques EXBRAYAT, Christian SCHERER, Catherine du FOU, présidente, Cécile COUSSEMENT, Brigitte MORDANT, Paul DORÉ, pasteur

Christian Scherer et le chant choral

Christian a chanté pendant de longues années dans la chorale White Spirit, avec beaucoup d'enthousiasme. Il disait lui-même qu'il chantait faux, mais fort.

Bien entendu, il a créé à ses frais un domaine internet, en 2006 : choralewhitespirit.org , ainsi qu'un site web associé, pour le compte de Agnès Florimond. Ce site a par la suite été transféré vers http://chorale-white-spirit.fr/
Le domaine choralewhitespirit.org expire le 28/3/2016 et ne sera pas repris.

Une liste non exhaustive des sites web créés par Christian Scherer

La "méthode Scherer" consistait à publier de façon exhaustive des documents non confidentiels qu'il recevait : lettres, rapports, documents divers, soit sous forme d'un lien profond vers un autre site web, soit en numérisant le document. Cette méthode se heurta à divers déboires, principalement au "droit à l'oubli" qui valut de nombreux rappels à l'ordre de la part de la CNIL. D'autre part, les liens profonds qu'il créait vers d'autres sites web devenaient souvent obsolètes, ce qui le contrariait fortement, et il essayait souvent de récupérer le document perdu grâce au site archive.org qu'il avait baptisé la CIA.

Des sites web sauvegardés par Christian Scherer

Christian Scherer avait sauvegardé des sites web (liste ci-dessous) dont il n'était pas l'auteur, mais auxquels il avait parfois contribué sous diverses formes (en lançant l'idée de leur création, en réservant le nom de domaine, en fournissant du contenu). L'idée de Christian était d'éviter à tout prix que les documents précieux publiés sur ces sites ne se perdent à l'occasion d'une réorganisation, comme c'est hélas souvent le cas. Voici la liste des sites concernés. Parfois il s'agissait d'amorces de nouveaux sites web que Christian ne voulait pas rendre publics immédiatement.
www.adminet.fr/ (le site de son ami Philippe Batreau)
www.annuaire-du-net.net/
www.annuaire-ile-reunion.re/
www.annuaire-mondial.com/
www.annuaire-public.com/
www.annubel.com/
www.atoomic.com/
www.bakchich.info/ (le site de son ami Jean-François Probst)
www.chemineepio.com/ (le site commercial de sa fille Johanna)
www.cgm.org/ (le premier site web du Conseil Général des Mines, un service du Ministère de l'industrie où oeuvraient divers amis de Christian)
www.droit.org/ (un site créé par Robert Mahl pour héberger divers textes juridiques, sur l'initiative de Christian)
www.e-atlantide.com/
www.eclipsis.fr/
www.e-voyageur.com/
www.express.fr/
www.fiches-pratiques.net/
www.france5.fr/
www.iledelareunion.net/
www.itinerances.info/
www.lexpansion.com/
www.liberte-scolaire.com/
www.malango.net/
www.mirti.com/
www.ndf.fr/
www.net-liens.com/
www.noogle.fr/
www.photos-voyage.com/
www.polytechnique.fr/
www.protelnews.net/
www.reunion-974.com/
www.runweb.com/ (un site lié à l'île de La Réunion)
www.telecom.gouv.fr/
www.vigi-gender.fr/ (les idées de Christian sur la différence des sexes)
www.wozzor.com/
www.wsis-si.org/

Jean Grisel
Photo Christian Scherer (2006)
En 2006, Jean Grisel faisait de la veille sur des informations pour l'Université de Paris 7 Diderot ; il a par la suite fait de la veille pour la conférence des présidents d'université. Il avait ainsi une préoccupation commune avec Christian Scherer qui s'enthousiasmait alors pour de nouvelles méthodes d'indexation et de recherche d'information. Le commentaire de Jean au sujet de Christian :
A sa remise de décoration, le ministre [H. Plagnol] a dit dans son discours que dans l'empire austro-hongrois il y avait une décoration spéciale pour les officiers qui ayant désobéi sur le champ de bataille avaient assuré la victoire, et que c'est cette décoration qu'il aurait fallu lui donner. Ce qui était un bon résumé de son action.

Adminet et droit.org : une brève évocation historique

  Ci-contre une image de la page d'accueil d'admi.net, début 2017, peu avant le décès de son créateur.

Le site comportait différentes rubriques qui étaient mises à jour quotidiennement. Christian Scherer affectionnait particulièrement la rubrique "Ecrivain public" qui donnait des modèles de lettres à envoyer à l'Administration, et celle qui donnait des liens vers toutes sortes de rapports administratifs, y compris des rapports internes à l'Administration française qu'il publiait dès que un de ses amis les lui transmettait.

Le site a longtemps comporté une rubrique "CAWA" (Club des Webmestres de l'Administration).
  Une image de la page d'accueil du sous-site admi.net/jo qui permettait de consulter le Journal Officiel. Christian a commencé ce service dès fin 1991, en recopiant d'abord à la main les textes sur un site hébergé à l'Ecole des mines de Paris ! Lorsque l'Ecole s'est fait rappeler à l'ordre par le Secrétariat Général du Gouvernement, il a fallu créer un site séparé de celui de l'Ecole des mines, et ce fut admi.net

Dès 1998, la rubrique du J.O. était très regardée, et représentait plus de la moitié des accès au site Adminet. A partir de 2005, le site officiel Légifrance a été plus facile à consulter, et la rubrique admi.net/jo a perdu progressivement de son intérêt.

Georges Silber en 2011, ici photographié par R. Mahl à l'occasion d'un cours à MINES ParisTech sur les outils de traitement de documents en XML tels ceux du J.O.
  La page de J.O. du 1er janvier 1992 a été conservée telle qu'elle apparaissait à cette époque sur le site web de l'Ecole des mines (on ne parlait pas encore de Adminet). Il n'y avait pas encore de sommaire, mais au sein des textes les lois et décrets sont cliquables et donnent le texte intégral du texte de référence. Bien entendu, la plupart des liens ne fonctionnent plus comme jadis.

Par la suite, grâce à l'appui de R. Mahl et du Centre de recherches en informatique de l'Ecole des mines à Fontainebleau, l'installation quotidienne des textes du J.O. sur adminet et droit.org a pu être automatisée. La présentation des sommaires ou des textes s'est améliorée. Chaque code ou article de code, chaque texte de loi ou décret numéroté devenait cliquable et conduisait au texte intégral, ce qui peut sembler tout à fait normal actuellement, mais représentait un énorme progrès de présentation par rapport à ce qu'offrait Légifrance à l'époque. 10 ans plus tard, Légifrance avait rattrapé tout son retard grâce à une révision globale de son architecture informatique, et a par la suite fait mieux que adminet en offrant, pour chaque texte, une version en vigueur et des versions antérieures. Admi.net/jo et droit.org ont alors été marginalisés et ont cessé très progressivement d'être mis à jour à partir de 2007.

Le Centre de recherches a obtenu différents contrats dans le domaine de l'informatique juridique et plusieurs thèses de doctorat s'en sont suivies. Lorsque le Centre de recherche s'est recentré dans un autre domaine et a réduit les développements en informatique juridique (2011), un de ses plus brillants chercheurs, Georges Silber, a quitté le Centre pour créer une startup, LUXIA, qui a poursuivi l'activité du Centre en matière juridique.

Chaque fois que Christian se passionnait pour un sujet "administratif" ou apparenté, il créait une nouvelle rubrique sur Adminet. Voici quelques rubriques qu'il a particulièrement soigné, avec des informations très complètes qu'il essayait de mettre à jour régulièrement avec combien de difficultés :
  • Ecrivain public : pour donner au public des modèles de courriers à envoyer à l'Administration pour divers sujets d'intérêt privé
  • Ambassades : il tenait une liste détaillée de toutes les ambassades parisiennes de gouvernements étrangers, avec les noms des ambassadeurs, les coordonnées, et des liens vers des pages qu'il rédigeait sur divers points d'actualité concernant les pays concernés. Il a commencé cette rubrique bien avant que le Ministère des affaires étrangères ne s'intéresse à la question.
  • Annuaire des administrations étrangères sur le web : il essayait de collationner des éléments sur ce que faisaient d'autres gouvernements pour informer leurs administrés, notamment sur les questions juridiques.
  • Observatoires publics et privés, en France et à l'étranger : il avait constitué une liste de plusieurs centaines d'observatoires présents sur internet concernant des sujets très variés tels que : observatoires astronomiques, météorologiques, et surtout publics : observatoire de l'énergie, de l'eau, du commerce, de l'internet politique, des odeurs des Bouches-du-Rhône, etc.
  • Les rapports (de l'Administration, des organes de contrôle, remis au gouvernement, etc.)
  • Les nouvelles, particulièrement sur les questions européennes et les grands sujets économiques et de société
  • Les fêtes de l'internet, les Voeux De l'Internet (VDI). Christian crée avec Dominique Lacroix une association (2006), mais il se fâche lorsque Dominique Lacroix dépose en son nom personnel ou au nom de la SARL PANAMO une marque "Voeux de l'Internet" et des noms de domaines tels que "voeux-internet.asso.fr" ou "adminet.*".
  Il y avait parfois des réactions négatives à la méthode de Christian d'accumuler sur le web, dans un certain désordre, des informations sur toutes sortes de sujets administratifs alors que l'Administration française était souvent réticente à la communication sur internet. Les réactions pouvaient provenir de la part de collègues agacés, mais aussi du public comme le résume l'email suivant reçu le 30 août 1995 :Subject: reseau de l'administration? quel reseau?

c'est un peu gros d'appeler cela le reseau de l'administration. Lorsqu'on lit cela on s'attend tout naturellement a trouver des adresses e-mail. Mais rien! A part la culture l'administration francaise n'a rien, rien de rien et je pese mes mots.

Trouvez-moi un seul ministre (a part celui de la culture) une seule administration ouverte au public qui soit joignable par e-mail. Même votre ministre de tutelle n'a pas son e-mail. Alors a quoi servent des pages pleines d'informations qui renvoient l'usager a lui-meme? L'internet c'est la communication. Si elle se cantonne a fournir des infos, on va pas aller bien loin...

j'attends....

Salutations et bon courage.

Margrethe RONNOW. Paris.

Ce genre de réaction encourageait Christian à mettre les bouchées doubles et non pas à abandonner la partie !


Alain Lipietz (X66 corps des ponts et chaussées, et militant engagé) a écrit le 12 mars 2017 au sujet de Christian Scherer :

Hier, émouvante cérémonie oecuménique pour Christian dans la belle église gothique de Jouy. Trois pasteurs, un curé. L'agnostique que je suis a appris que le Notre Père se dit debout chez les catholiques et assis chez les protestants et que, pour Christian, Dieu comptait, source et estuaire de l'Amour.

[ ... ] Il m'a soutenu y compris moralement pendant la difficile épreuve de ma présidentielle de 2001. Solidarité des hétérodoxes ? Bien sûr, un défenseur de l'environnement [...] et grand défenseur du service public. Mais politiquement, nous étions souvent aux antipodes l'un de l'autre, parfois même radicalement.

[ ... ] Pour moi, Christian fut d'abord une « bouille ». Une bouille de gentil hérisson. Un sourire qui ne s'éteignait jamais vraiment, même dans la perplexité, sous une masse de cheveux en épis. À la cérémonie, on a parlé de « bonhommie ». C'était plus que ça : une forme de curiosité bienveillante généralisée, oscillant de l'enthousiasme au léger scepticisme.
Aurait-on pu ne pas l'aimer ?

Dès les premiers jours à l'X il me réquisitionna pour aller chercher au fond de la banlieue un énorme stock de connecteurs et autres babioles électromécaniques d'occasion, que nous ramenâmes péniblement, pare-choc traînant sur la chaussée [ ... ] Et aussitôt il se mit à nous câbler. Tous. Le souvenir que je garde de lui : deux années à « nablater » (bricoler, de l'opérateur « nabla », couteau suisse du calcul différentiel) pour ses camarades, passant de chambre en chambre avec ses pinces, ses cruciformes et ses câbles. Je ne sais plus pour quoi exactement, le téléphone ? Ce n'était pas en tout cas internet ... ça viendrait.

[ ... ] Comme Julian Assange, il avait pour doctrine de publier gratuitement tout ce qui tombait de la Main de l'Etat (« l'Open Law »), se heurtant d'emblée, non au Secret défense, mais à des privilèges d'Ancien régime, à des Fermiers généraux de la publication [ ... ].

Adieu Christian, hérisson souriant de la révolution silencieuse.


Message final de Christian

Christian avait tenu à témoigner devant le tribunal de son doute au sujet de l'origine de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse. Peut-être y avait-il eu une première explosion dans un entrepôt militaire voisin avant l'explosion de l'usine AZF ... Voici le "message final" qu'il a déposé devant le tribunal.

22

hqdefault

scherer-stallman

sfoscher

1995_levilainpetitcanard

060611conseil_presbyteral

110925conseil_presbyteral

cawa75

christian-scherer-medaille-

 

Posté par DIACONESCO_TV à 16:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

01 août 2018

Bonnes vances d"été 2018

10530635

Toute l'équipe de la Rédaction de l'information avec "Diaconesco.tv" vous souhaite de passer de très bonnes vacances d'été et vous donne rendez-vous dès la rentrée le 1er septembre 2018 prochain. Bonnes et heureuses vacances à vous tous !

 

hammock-coconut-palm-tropical-sandy-ocean-beach-island-wooden-white-mesh-perfect-white-baie-lazare-mahe-seychelles-indian-80020078hammock-coconut-palm-tropical-sandy-ocean-beach-island-wooden-white-mesh-perfect-white-baie-lazare-mahe-seychelles-indian-80020078hammock-coconut-palm-tropical-sandy-ocean-beach-island-wooden-white-mesh-perfect-white-baie-lazare-mahe-seychelles-indian-80020078

 

Posté par DIACONESCO_TV à 17:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

25 juillet 2018

DIACONESCO VIENT DU NOM DES ORIGINES RELIGIEUSES DES DIACONESSES ... TOUT UN SYMBOLE !

Les origines

religieuses

du nom 

Diaconesco

RTR3NNGJ-U1080248115363zXG-U1080252173945YoF-516x335@LaStampa-NAZIONALE-10028-kpcD-U10802483746880jB-1024x576@LaStampa

Les Diaconesses

 

 Source Dictionnaire WIKIPEDIA
Pour l'article se référant aux femmes exerçant un ministère de diacre, voir Diacre (christianisme)
Elizabeth Catherine Ferard, première diaconesse anglicane

Une diaconesse est une femme qui exerce un ministère réservé aux femmes dans certaines églises protestantes. Ces ministères ont été établis à partir des années 1830 d'abord dans l'église luthérienne allemande puis dans la plupart des églises protestantes d'Europe. Les diaconesses assurent des fonctions sociales, notamment hospitalières ou gériatriques, et spirituelles (enseignement, retraites, prédications...).

Elles ne sont pas ordonnées, d'autant plus que leurs églises ne pratiquent pas toute l'ordination, et ne doivent pas être assimilées à des ordres religieux féminins catholiques.

Ce ministère ne doit pas non plus être confondu avec celui des femmes ordonnées ou consacrées diacres dans certaines églises (église anglicane ou église protestante aux Pays-Bas).

Sens ancien

Dans l'Église chrétienne primitive, la fonction de diaconesse existait1. Ainsi, Paul de Tarse, dans son Épître aux Romains (16, 1-2) recommande-t-il « Phoebé, notre sœur, qui est diaconesse de l'Église de Cenchrées ».

Leur ministère est mentionné par des pères de l’Église aussi anciens que Clément d'Alexandrie2 et Origène3. Dans une de ses lettres, Pline le jeune atteste l'existence de ces diaconesses lorsqu'il parle de "deux servantes" comme de diacres qu'il torture au cours d'un interrogatoire. La Didascalie des apôtres est le plus ancien document qui aborde le rôle spécifique de diacres hommes ou femmes. L'auteur incite à nommer des diaconesses pour prendre soin de femmes, lorsqu'il n'est pas approprié d'envoyer un homme4. Les pères de l’Église du IVe siècle Épiphane de Salamine5Basile de Césarée6Jean Chrysostome7 et Gregoire de Nysse8 reconnaissent le fait des femmes ordonnées diacres. La fonction de diaconesses disparaît ensuite du christianisme occidental.

 

Histoire

images (1)2

Les premières diaconesses au sens moderne du terme sont apparues en Allemagne en 1836 lorsque Theodor Fliedner et son épouse Friederike Münster, influencés par le grand réveil et soucieux d'alléger la misère sociale autour d'eux, ouvrirent la première maison de diaconesses à Kaiserswerth. Les diaconesses s'engageaient à servir pour une période de 5 ans renouvelable, et recevaient le gîte et le couvert, l'uniforme, un peu d'argent de poche et les soins à vie. Le modèle de Kaiserswerth inspira de nombreuses autres créations de diaconesses dans toute l'Europe protestante, particulièrement en Europe du Nord et aux Pays-Bas. L'hôpital tenu par les diaconesses de Kaiserswerth impressionna aussi beaucoup la jeune Florence Nightingale.

En Suisse, l' "Institution des diaconesses" fut fondée in 1842 à Échallens par le pasteur réformé Louis Germond9,10. En France, les "diaconesses de Reuilly" furent fondées in 1841 à Paris par le pasteur Antoine Vermeil et par une femme Caroline Malvesin, avec l'appui d'un comité de femmes fortunées fréquentant la chapelle Taitbout. Les diaconesses de Strasbourg furent à leur tour fondées en 1842 par le pasteur luthérien François-Henri Haerter. Ces trois organisations de diaconesses sont toujours actives aujourd'hui. Les diaconesses sont aussi théologiennes, spécifiquement chez les diaconesses de Buc qui font partie des diaconesses de Reuilly. Certaines sont pasteurs.

Le Royaume-Uni fut à son tour atteint par la vague des diaconesses. En 1862, Elizabeth Catherine Ferard fut reconnue comme la première diaconesse de l’Église d'Angleterre par l'évêque de Londres. Elle avait fondé sa communauté le 30 novembre 1861 au nord de Londres, communauté qui allait bientôt prendre le nom de communauté Saint-André. Des communautés filles furent bientôt lancées à Melbourne, Lahore, Grahamstown (Afrique du Sud) et en Nouvelle-Zélande11.

Lady Grisell Baillie (1822–1891) fut la première diaconesse de l’Église d’Écosse, nommée en 1888. L'hôpital des diaconesses ouvert à Édimbourg en 1894 fut d'abord baptisé le "Lady Grisell Baillie Memorial Hospital" et renommé plus tard l'hôpital des diaconesses12.

La deuxième guerre mondiale fit subir de lourds dommages aux œuvres de diaconesses en Allemagne. 7 000 d'entre elles durent fuir la zone soviétique et se réfugier à l'ouest. En 1957, il y avait en Allemagne quelque 46 000 diaconesses et 10 000 associés. Dans les autres pays, il y avait quelque 14 000 diaconesses, en majorité luthériennes. Il y en avait 1 550 aux États-Unis et au Canada, dont la moitié étaient méthodistes13.

Articles connexes

Notes et références

  1.  « Etudier le rôle des «diaconesses»: le pape envisage une commission – ZENIT – Francais » [archive], sur fr.zenit.org (consulté le 14 mai 2016)
  2.  Commentaire sur 1 Corinthiens 9:5, Stromata 3,6,53.3-4.
  3.  Commentaire sur Romains 10:17; Migne PG XIV col. 1278 A–C.
  4.  Didascalia 16 § 1; G. Homer, The Didascalia Apostolorum, London 1929;http://www.womenpriests.org/minwest/didascalia.asp [archive]
  5.  Migne PG 42, cols 744–745 & 824–825
  6.  I. Defarrari (ed.), Saint Basil: the Letters, London 1930, Letter 199.
  7.  Migne PG 62, col. 553.
  8.  Migne PL 46, cols 988–990.
  9.  « Diaconesse [archive] » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  10.  « Bienvenue à Saint-Loup » [archive] (consulté le 22 décembre 2017)
  11.  Henrietta BlackmoreThe beginning of women's ministry: the revival of the deaconess in the nineteenth-century Church of England, Boydell Press (lire en ligne [archive])p. 131
  12.  "Scotland's First Deaconess", by D. P. Thompson, A. Walker & Son Ltd, Galashiels 1946.
  13.  Winter, "Deaconess", in Julius Bodensieck, ed. The Encyclopedia of the Lutheran Churchp. 662.

images (1)images (1)images (1)

Posté par DIACONESCO_TV à 19:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

23 juillet 2018

CULTURE ... CULTURE ... CULTURE ... CULTURE ...

2 ème PARTIE DE LA BIOGRAPHIE DE FIORELLA GIOVANNI DIT " ELLE "

 

 

Il était une fois...

... la grande

artiste internationale

écrivain et photographe

franco-italienne

Fiorella GIOVANNI

ELLE

Biographie

Fiorella Giovanni Mai 2002 Florence san Miniato al Monte

E  L  L  E 

            Lors d'un entretien dans plusieurs lieux vénitiens, elle expliqua son refus dans les années 50 d'un héritage généalogique ne lui appartenant pas. Elle assuma et finança sa vie elle-même, contourna le standard sociétal. Forte personnalité et volonté, indépendance, idées et analyses personnelles, grande sensibilité, avant-gardiste voire visionnaire. Pour réaliser ses buts, un chemin particulier la conduisit à travers beauté naturelle et beauté construite par l'humain. 

            Le narrateur vous conte son parcours atypique entre amour du Paris historique et magie vénitienne flottant sur des reflets à la porte de l'Orient. Il vous invite à célébrer avec elle ses fiançailles sérénissimes. Une alliance d'or à son doigt en témoigne. Rencontrez avec lui Henri de Régnier, vénitien de cœur, John Ruskin, Musset et George Sand et découvrez la personnalité de Pétrarque, le grand poète italien puis, frôlez les paysages divins de Toscane et leur harmonie céleste sur terre. Laissez le charme du Marais et de l'ile Saint Louis caresser votre esprit. La vision de l'auteure de la société vous est transmise par des anecdotes vécues et l'existence d'une présence invisible protectrice présente autour de nous. Des mots traduisent aussi un grand respect pour nos compagnons les animaux avec qui nous vivons. 

            Depuis 1998, elle procède par donations de son travail littéraire et photographique auprès de bibliothèques d'instituts culturels et musées réputés (Europe, Canada et Usa). Elle étudie Venise et l'Italie contemporaines liées à l'histoire. La porte vénitienne ouverte sur l'Orient lui donna envie de s'intéresser à l'historique de l'Islam depuis 2015 en revisitant la religion catholique. Elle aussi est issue du monde méditerranéen.

 

 

... Cette dame fréquentait beaucoup les groupes et associations de sa ville. Des histoires entre personnes dans les groupes qu’elle fréquentait. Ces structures ne servaient-elles pas aussi de club de rencontres et de soi-disant clubs culturels ? Excusez mon interlocutrice, mais, pour elle, dans ces groupes, il est question souvent de pseudo - culture-consommation, de clubs de jalousies avec histoires hommes-femmes. La culture instructive de qualité vit dans des instituts, par des conférences sur des thèmes culturels et artistiques en des lieux spécialisés sachant les présenter. Depuis toujours, elle savait que de nombreuses personnes ressentaient surtout le besoin qu'on fasse du bruit autour d'elles pour exister et manquaient de buts personnels. Ils s'inscrivaient à des activités proposées en absence de détermination personnelle précise. Elle fuyait ce type de personnes.

                 A cause de ces associations présentes depuis maintes années, beaucoup n'imaginent pas qu'existent des créateurs puristes et passionnés travaillant seuls chez eux offrant leur production à des instituts du monde entier, favorisant que toute personne intéressée puisse profiter de ce travail gratuitement dans ces mêmes instituts. Un créateur de ce type peut être le voisin de palier. Pourquoi ne pas en parler ensemble et échanger des données. Souvent, par cliché, certains ont pensé qu'elle fréquentait une activité municipale alors qu'elle dirige elle-même, vie personnelle, création et lourd secrétariat international en devant trouver les lieux de conservation de ses œuvres à travers le monde. Rien à voir avec une association du coin. Et l’incompréhension ou l'audace de certains de l'appeler - retraitée – est vite contredite par l'intéressée. Réfléchissez sur le qualificatif exact la concernant et comprenez que son cerveau est en mouvement à chaque instant, que les idées fusent sans arrêt, qu’elle n’a pas d budget pour congés et week-ends en finançant elle-même, vie et travail en procédant par - donations – dans les instituts. Ils ne viendront pas lui acheter son travail. Leurs budgets ne sont jamais assez conséquents et ils sont remplis depuis toujours de donations. Elle contribuait à enrichir le patrimoine intellectuel du monde. Elle me charge de vous demander la réflexion nécessaire et de ne pas lui adresser des gifles depuis 25 ans. Auriez-vous osé dire à un écrivain vu à la télévision qu’il est un retraité qui s’occupe ? Une vue inexacte et terriblement blessante. Une grande sensibilité bafouée qui n’attend que reconnaissance de son travail de bon niveau offert gratuitement pour tous.

 

F GIOVANNI 2001

 

 

                 SUR LES PAS DE SAINTE CATHERINE DE SIENNE A AVIGNON

Etés 2012 et 2013 

                 Notre vénitienne d'adoption partit quelques jours en Avignon. Son but : s'informer sur la réelle venue de la sainte et de sa rencontre du Pape résidant en Avignon pour le convaincre de revenir à Rome. Visite du Palais des Papes qu'elle voulait absolument connaitre depuis longtemps. Elle parla avec la conférencière. Pas de réponse quant à sa question sur la sainte. Elle se rendit aux archives. Rien de précis. Elle s'entretint aussi avec le bibliothécaire du Palais du Roure, magnifique maison provençale remaniée au XVIIIe siècle. Le dernier propriétaire, collectionneur, y avait réuni, œuvres peintes, documents et livres anciens. Au Petit Palais, elle visita la collection Campana de peintures italiennes. Personne ne put répondre utilement sur sa recherche. D'après le livre de Alessandro Barbaro, Divin Moyen-âge, il semblerait qu'elle soit bien venue en Avignon convaincre le pape de revenir à Rome.

 

ELLE, PETRARQUE ET VAUCLUSE

Le grand poète italien de la pré-renaissance 

                 En visitant la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, elle acheta un petit livre de Pétrarque : - Séjour à Vaucluse - qui lui révéla la personnalité du célèbre poète italien du tout début du XIVe siècle, période de pré-renaissance italienne. Une personnalité captivante. Elle me parla de Pétrarque.

                 Il vint très jeune vivre à Carpentras avec son père, avocat, exilé de Florence. 1337, a 34 ans, commença son premier séjour à Vaucluse. Humaniste, il remplissait la fonction de Secrétaire du Cardinal Colonna au Palais des Papes à Avignon en fuyant la ville bruyante et ses dangers pour mener une vie solitaire dans le silence et la beauté de Vaucluse, au bord de la Sorgue et de son eau transparente. Une présence divine et harmonieuse du lieu favorisait son travail littéraire, entre poésie et réflexion. Il écrivait en latin, envoyait de nombreuses lettres à des personnalités en Europe et en Italie.

                 Pétrarque, un homme libre, un poète. Un homme en réflexion, en recherche spirituelle avec son ouverture sur le monde et le bonheur. Le léger bruit de l'eau de la Sorgue accompagnait son esprit et son travail.

                 Erudit, intellectuel et poète, il avait préféré s'écarter de ses études de droit à Montpellier et Bologne. Dans cette atmosphère campagnarde, dans cet espace de charme, son inspiration grandit. Il aimait Vaucluse. La plus grande partie de son œuvre littéraire y vit le jour. Il refusa les honneurs parisiens pour accepter les lauriers de Rome.

                 Il se décrit ermite solitaire, homme des bois, écolier, inspiré par le charme du paysage, du lieu et le bruit de l’eau. Un lieu parfait, écrit-il à un ami, et si seulement l’Italie n’était pas si lointaine et Avignon si proche.

 

                 Pétrarque épistolier

Eut l’intention de copier toutes ses nombreuses lettres dans l’intention d’en constituer une œuvre. Il parlera à un ami de son inconstance et de son déchirement entre Vaucluse et d’autres lieux alors que Vaucluse parfois lui semble être sa vraie patrie aussi. Les livres entourent Pétrarque : se sont ses amis l’accompagnant dans ses promenades. Des amis qui savent aussi se taire au moment propice. Le poète lit, écrit et marche. Il est continuellement en mouvement.

    Pétrarque et Laure     

                 Il aperçut Laure à l'église Sainte Claire d'Avignon le 6 Avril 1327. Sa beauté le toucha infiniment.

                 Laure, son amour et sa muse, une beauté idéale, un mythe, présente à chaque seconde en son esprit. Il l'aime passionnément sans l'atteindre vraiment. Elle est mariée.

                 Amour et souffrance s'allègent lors de ses déplacements en Italie. Sa souffrance réapparait à nouveau, puissante, en retrouvant Vaucluse.

                 La beauté de Laure est inséparable de celle de la nature au sein de laquelle elle vit.

Extrait de l'étude sur Laure de Mario Fubini

                 En 1.362, le grand poète obtint de la République de Venise de lui laisser en héritage sa bibliothèque personnelle en échange d'une maison pour résider en ville. La réunion du Maggior Consiglio du 4 Septembre 1362 fait mention de l'attribution de la maison - qui plaisait à Petrarque -, le Palais Molin.

                 Il décrivit en latin la vue depuis ses fenêtres sur le bassin Saint Marc. Sa maison n'existe plus de nos jours. Une plaque de pierre commémore sa présence en ce lieu. Vous la trouverez sur Riva Schiavoni, après l'église de la Pietà-Vivaldi, après le Palais Dandolo devenu l'Hôtel Danieli, après le pont - del Sepolcro - et le rio Sant'Antonin.

                 Après sa résidence vénitienne, le grand poète s'installa à Arquà en1370 aux alentours de Padoue, près de Rovigo. Ses jours s'écoulèrent dans ce village jusqu'en 1374. Sa présence est éternelle.

Connaitre Vaucluse

                 Notre amie voulut connaitre Vaucluse absolument et marcher sur les pas de Pétrarque.

                 Lors d'un second séjour en Avignon, l'occasion se présenta : elle se rendit en voiture avec une connaissance à Fontaine de Vaucluse (le nom actuel de la petite ville). A son arrivée en fin d'après-midi, assise au pied de la colonne surmontée de la statue du grand poète, un malaise l'envahit. Elle tremblait, ses doigts fourmillaient. Pourrait-elle se lever de son siège et marcher ? Elle devait pourtant connaitre les lieux chers au poète. Aidée par son accompagnatrice, elle se leva difficilement, marcha lentement. Quel motif précis pour ce malaise ? Elles longèrent la Sorgue et son eau si claire jusqu'au bout du chemin. Le soir tombait déjà. La roche de la montagne les dominait. Elle manquait de forces. Grande fatigue physique et nerveuse. Le pharmacien ? déjà fermé alors qu’il lui fallait du magnésium d’urgence. Elle se sentait vidée par un cataclysme et sans énergie. Elle décida de partir le lendemain. La soirée fut longue et épouvantable. Besoin de manger beaucoup pour compenser sa fatigue mais sa logeuse ne mangeait que très peu qui ne la comprenait pas. Elle mit la télévision alors qu’elle avait besoin de silence. Elle monta se coucher pour trouver le maximum de paix. Un fait l’avait agressé. Elle dormit très mal. Elle reprit le Tgv à Avignon le lendemain en fin de matinée, bien plus vite que prévu.

                 Quel fait l’avait agressée ? Sa logeuse ? La maladie grave récente de sa logeuse ? Déjà sur la route avant Fontaine de Vaucluse, elle se sentait mal dans la voiture, de vagues nausées et une fatigue l’accablait sur une route chaotique.

                 Serait-ce l’émotion de rencontrer Pétrarque sur sa colonne en son lieu tant aimé ? Un malaise dû au syndrome de Stendhal ? 

                 Il lui fallut plusieurs jours chez elle pour se remettre de cet étrange malaise mais elle continua à étudier la personnalité attirante de Pétrarque.

                 Pétrarque, florentin

                 Enfant d'Arezzo un jour de 1304 et enfant du paysage harmonieux de Toscane, à l'âge de 9 ans, vous partiez à Carpentras, lieu d’exil de votre père, dans la région d'Avignon, siège de la papauté à l'époque. Comme votre père notaire, vous vous destiniez à l'étude du Droit à Montpellier, à Bologne. Considérant la pratique du Droit par les humains pouvant devenir malhonnête, vous avez préféré vivre dans la région d'Avignon et être introduit dans la célèbre famille romaine Colonna fréquentant la curie. Giacomo puis Giovanni Colonna se comportèrent en pères et mécènes : vous voilà leur secrétaire. Visite de Paris puis de Rome, ville vous attirant depuis longtemps. De retour à Avignon que vous détestiez, vous choisissez de vivre à Vaucluse, une - solution charmante - au bord de la Sorgue, disiez-vous. Vaucluse vous inspirait tant. Votre œuvre littéraire fut conçue en ce lieu pendant quinze ans.

                 Vous méprisiez les richesses et les ennuis engendrés par l'argent et un bon repas vous contentait. Vous évitiez les invitations et les festins, pénibles à votre personnalité. Vous vouliez l'amitié totale car vous la pratiquiez vous-même. Vous aviez la familiarité de personnalités mais n'acceptiez pas de perdre votre liberté. Malgré leurs honneurs, vous saviez les fuir si nécessaire. En fait, vous vous êtes lié à peu de personnes.

                 Vous prétendiez avoir une intelligence réduite mais travailler beaucoup notamment sur la Philosophie, l'âme, les écritures et l'antiquité et vous étiez poète aussi à vos heures. Votre époque vous déplaisait et par l'esprit, vous viviez dans un autre temps.

                 Paris, Naples, Rome désirèrent vous remettre la couronne de laurier : c'est de Rome, votre ville chérie, que vous l'avez acceptée et vous revenez au bord de la Sorgue.

                 Francesco Petrarca, le - grand poète toscan -, exceptionnel de la pré-renaissance italienne.

                       

                                                                 Le poète amoureux Laure,

                 Passion pour la Dame et son image vous poursuit. Elle surgit devant vous. Elle s'estompe pendant un voyage.

                 Milan, séjour au castel des Visconti : silence, panorama sur la plaine du fleuve Pô.

                 Retour à Vaucluse : l'image de la Dame redouble de présence mais, seuls vos amis, vos livres, accompagnent vos promenades.

                 Pétrarque solitaire

                 Je ne suis habitant de nulle part, en tous lieux, je suis étranger, Epitres III, 19.

                 Vaucluse, votre lieu de vie pendant quinze ans. En ermite littéraire, vous appréciez sa particularité, sa beauté, la grotte et la source d'eau claire. Vous aimez le bruit de son eau et les promenades dans un décor majestueux.

                 Vous approuvez Sénèque (Lettres à Lucilius). Il parle de la présence divine évidente en certains lieux. Vaucluse, pour vous, faisait partie de ces lieux divins.

                 Vaucluse-patrie. Italie-Patrie. Vos pensées allaient vers ces terres chéries.

                        Cher Pétrarque,

Vous, l'homme illustre de la pré-Renaissance italienne,

                 Secrétaire au Palais en Avignon mais, vous détestiez Avignon, pour vous, une ville de perdition. Des bandes armées troublaient votre inspiration.

                 En exil,

                 votre refuge ? Vaucluse. Un logis modeste, près d'une source claire.

                 votre quotidien ? Un chien, vos livres, un serviteur. Et vous, un homme libre en réflexion continuelle.

                 L'Italie vous manquait mais des italiens vous visitaient.

                 Faim, efforts, privations et Laure en Avignon.

                 Vous écriviez lettres et poésies, travaillant à votre œuvre, travaillant à votre éternité.

                        Plus tard ...

                 A l'aube de la Renaissance italienne, le grand poète, s’installa quelques temps à Venise en un palais de Castello offert per la Sérénissime. Agé et malade, le village d’Arquà, près de Padoue, l’accueillit en 1369. Il aménagea une maison donnée par son ami-protecteur, Seigneur de Padoue. Il vivra dans cette demeure jusqu'en 1374.

                 La maison garde encore à notre époque la structure voulue par Pétrarque au XIVème siècle. Pourtant, différents propriétaires s'y succédèrent. Si vous vous rendez à Arquà, vous visiterez cette maison évoquant la vie et l’œuvre du poète. Voyez sa chambre à fresques d'époque, le jardin et les buis taillés, le potager, le verger et le puits. Un lieu charmant.

 

PIER PAOLO PASOLINI

                 Elle me parla aussi de Pasolini. Quelques lignes lues sur cet écrivain dans les années 80, lui firent penser à un être exceptionnel au destin particulier et dramatique. A la Cinémathèque de Paris, une importante exposition eut lieu en 2014 sur l'œuvre et la personnalité de Pier Paolo Pasolini, poète, romancier et cinéaste. Elle eut envie de le connaitre mieux. Elle se rendit à l'exposition et étudia des documents. En Italie, il est considéré l'intellectuel italien du XXème siècle. Elle étudia quelques temps sa personnalité dont la maison-musée se trouve dans le Friuli, une région au Nord de Venise, à Casarsa la Delizia où il est né.

                 Il écrivit ses premiers poèmes à l’âge de 7 ans. Il exerça le métier de professeur de littérature et écrivit des textes singuliers contenant peu de narration détaillée. Ces poèmes expriment plus de profondeur. Il est poète avant tout. A partir de 1947, avant de rencontrer Rome, l’écrivain travailla selon un schéma global qu’il définissait – acte d’amour et réalisme -. Une façon d’être lui-même avant de décrire des faits. Un principe idéologique qu’il ne quittera jamais dans son engagement de toujours pour un combat solitaire, contre situations, institutions, convictions, personnes et pouvoirs. Ses textes, depuis les années 50, contiennent déjà les thèmes et l’atmosphère de ses films à venir.

                 Très jeune, il adhéra au parti communiste italien. Après de graves problèmes avec le parti et humilié par des actions qu’ils auraient commises sur des élèves, à 27 ans, il quitta sa ville natale et partit avec sa mère pour s’installer à Rome fin Janvier 1950, dans cette période d’après-guerre italien. Il enseigna dans la banlieue de Rome. Il découvrit la ville, un thème d’importance pour son œuvre cinématographique.

                 Il écrira le célèbre livre, au titre italien – I Ragazzi di Vita –, (Les garçons de Vie), aux éditions Garzanti, publié en Avril 1955. Titre du même livre paru en français : Les Ragazzi. Un premier roman publié après remaniements de l’auteur sur demande de l’éditeur, malgré la liberté d’expression loin d’être pleinement acquise dans la société italienne de l’époque pourtant mentionnée dans la constitution de la République italienne. Une rédaction qui dura cinq années. Cinq années de contacts permanents avec son sujet et les protagonistes existant sur place. Il décrivit les faubourgs et le prolétariat urbain romain. Un témoignage de l’environnement social et historique présent à de l’époque. Il y présente les adolescents en recherche d’un peu d’argent par la revente d’objets trouvés ou volés, leur manque de buts et leurs bains dans les fontaines. Il montre l’immédiat après-guerre dans une misère plus présente que jamais et des êtres faisant partie d’un monde qu’on pensait disparu, presque clandestin, vivant une sorte de liberté qu’il respectait à l’écart d’une corruption amenée par l’industrie se développant et sa dite modernité. La misère et l’ennui étant le fléau des adolescents et d’une société. Le texte fut écrit en romanesco, un dialecte de la région de Rome, parlé dans le Latium et dans les faubourgs de Rome, difficilement accessible aux lecteurs italiens d’une Italie à laquelle Pasolini s’opposait. Le livre sera écarté du célèbre Prix Strega italien mais sera remarqué à Parme. La magistrature de Milan enregistra une plainte pour le caractère pornographique du livre. Le procès contre ce livre se terminera par un acquittement au motif que - le délit n’est pas constitué – car il contient des valeurs religieuses – poussant à la piété face aux pauvres et aux déshérités - ; les dialogues étant ceux des jeunes gens que l’auteur a senti le besoin d’utiliser selon leur réalité. Controverse et critique, polémique. Il lui sera violemment reproché par le parti communiste italien son absence d’amour pour les hommes et une vue superficielle déformée de la réalité. Ce premier roman deviendra un film du metteur en scène Mauro Bolognini en 1959. Il mène une vie simple, devient ensuite cinéaste et metteur en scène avec son premier film – Accatone – en 1962. Pasolini aurait-il mené son réalisme plus loin que le néoréalisme de l’époque décrit au cinéma ? Aurait-il créé un – hyperréalisme – en montant des gens encore plus bas que des gens ordinaires ? Des films, en noir et blanc, toujours diffusés en salles – art et essai -, aux thèmes singuliers très intellectuels.

                 Son passé le quitta t-il vraiment ? Il fut retrouvé mortellement agressé sur la plage d’Ostie près de Rome en Novembre 1975. Notre amie se manifesta auprès de sa maison-musée qui l'invita à venir leur rendre visite.

 

UNE MALADIE RARE, GRAVE ET MORTELLE 

                 2 Octobre 2014 en fin de journée : appel à SOS Médecin. Un médecin n’arriva que 3 heures après. A la vue de son état, il appela une ambulance. Urgences de l'hôpital privé le plus proche, puis, transfert à l'hôpital régional. Etait-elle déjà dans le coma pendant ce transport ? Pas de souvenirs de la période précédant son réveil dans une grande chambre blanche. Seulement deux images à répétitions d'un autre monde. L'une en noir et blanc d'un passage resserré dans des tubes métalliques autour d'elle et la sensation d'une descente rapide dans un espace restreint profond. Elle avait conscience que la vie la quittait et qu’elle allait mourir. L'autre image, colorée, montrait l'avant d'une voiture orangée en forme de visage souriant presque drôle et avait la sensation de remonter, remonter avec la compréhension d'un espoir de vie possible. Alternance des deux images dans une atmosphère pesante.

                 Réveil dans une grande chambre blanche. Comme Psyché, avait-elle été ranimée par le baiser d’un ange ailé après des épreuves de la vie et le seuil de la mort ? L’œuvre de marbre de Canova exposée au Louvre date 1793. L’ange … Seule explication réelle puisque les médecins avaient décidé de débrancher les appareils n’arrivant pas à la réanimer au bout de 15 jours. Dans la chambre blanche, elle ne vit pas les câbles venant d'une tour placée sur le côté. Elle se sentait bien. Des infirmières surveillaient la tour. Elle était attachée au lit par des cordons reliés à des bracelets sur ses poignets.

                 - Savez-vous où vous êtes ? Vous êtes à l'hôpital de Corbeil. Vous sortez de quinze jours de coma. On est le 19 Octobre, précisa l'infirmière.

Elle croyait parler normalement, demandait son sac, mais personne ne la comprenait. Le matelas la malaxait par moment. Quelques jours après, un matin,

                 - Vous savez je suis écrivain et photographe depuis 1993. J'écris des livres. Un travail passionnant.

Elle parlait à nouveau normalement, ne se posait aucune question sur son état, sur ce qui avait pu se passer, consciente de devoir laisser faire dans la plus grande quiétude. La fête de la Toussaint arrivait. Elle pensa que si elle franchissait cette date, tout irait bien. Elle ne se sentait pas malade. Un infirmier lui alluma la télévision fixée au mur blanc en face d'elle. Des clips, des chanteurs. Les images dansaient, esthétiquement belles. Elle parla plusieurs fois avec le jeune homme de ménage. Agréable et intéressante conversation.

                 Fin Octobre, transférée dans le Service de Néphrologie, elle apprit que les médecins avaient prévu deux jours à vivre dans le coma car sa réanimation s'avérait impossible. Ils allaient débrancher les appareils quand l’un d’eux dit,

                 - Non, elle ne mourra pas !

Des mots d'un second ange venant à son secours ? Lorsque la Chef du Service de Néphrologie l’avertit de cette phrase qu’elle avait prononcée, elle comprit que Dieu l’avait choisie comme canal pour s’exprimer ici-bas à sa place. Notre amie devait rester sur terre, vivre et continuer son travail. Devait-elle aussi lancer des messages ?

                            Son travail ? Elle avait toujours su qu'elle réaliserait des activités particulières commencées seulement en 1993. Travailler chez elle ? Un vœu de toujours. Une mission lui avait-elle été réservée ? Elle s’était tournée vers l'Art dès son jeune âge. Elle aimait la peinture, la musique classique et les variétés, la photographie, les sujets touchant à l’humain. Pour elle, les réalisations des artistes laissaient des témoignages du temps et la beauté existante pour un musée actuel et futur. Important de ne pas oublier ce qui fut, ce qui est, nous conduisant vers de nouvelles représentations visuelles émergeantes, éphémères ou non. Toute jeune, elle cherchait déjà à vivre dans la beauté de lieux superbes et parmi des œuvres offrant au regard le talent des artistes. Souvenez-vous, elles parlaient longtemps avec les créateurs dans les expositions, se sentait proche d'eux. Ils échangeaient des idées. Ils se comprenaient. Un long - stage – avant une création personnelle inspirée par la magie de Venise. Reprenant la photographie, sans le savoir, elle commença ses activités en Février 93 grâce à son amour pour la cité posée sur l’eau.

                 Alitée pendant un mois et demi, sa musculature ayant disparue, impossible de descendre du lit, de se tenir debout sur ses deux pieds. Elle ne marchait plus. Avec une extrême difficulté et même avec l'aide d'une infirmière, elle devait se hisser très difficilement du lit au fauteuil roulant ou au fauteuil de sa chambre d’hôpital et pas question d'aller à la salle de douche : une aide-soignante la lavait dans son lit tous les matins et elle demandait le bassin. Dans cette maladie, qu'elle soit d'origine génétique ou bactérienne, le sang circulant dans tout l’organisme étant infecté par une bactérie, les reins ne fonctionnent plus. Des dialyses furent nécessaires pour que leur fonctionnement reprenne. Elle passa un mois au service de Néphrologie. Il fallut passer ensuite à la rééducation physique et à l’équilibre dans un autre établissement. Se lever du fauteuil roulant ? Impossible et pourtant il fallut y arriver après maints essais sur plusieurs jours. Il fallut marcher entre deux longues barres de bois en se tenant aux barres. Puis, il fallut marcher en tenant les barres en levant les pieds comme pour enjamber un objet. Puis, marcher tout droit et ensuite, sur le côté. Se remuscler, perfectionner l’équilibre petit à petit. Monter à nouveau quelques marches fut le but à atteindre ensuite. Des séquelles neurologiques dues au coma dans les membres inférieurs limitaient ses mouvements à cause de raideurs.  

                 Pendant cette période, elle fit connaissance d'une dame habitant le Havre, victime d'une chute dans un escalator à la gare de Versailles. Opération puis rééducation pendant de longs mois. Une dame fort agréable et compréhensive aimant plaisanter. Elles se retrouvaient pour les repas et passaient du temps ensemble au cours des journées. Les échanges par téléphone sont fréquents et intéressants. L’Oriental la conduisit au Havre pour lui rendre visite quelques mois après son retour à domicile.

                 Et tous les mois, notre amie se rendait à l’hôpital pour la perfusion du seul produit existant écartant cette maladie rare. Une maladie nouvelle et un produit nouveau mis sur le marché en 2007 heureusement remboursé ce qui n’est pas le cas dans tous les pays européens.

Les conventionnels

                 Contactés par erreur par son notaire, ils vinrent la voir à l'hôpital. Ils ne s'étaient jamais intéressés vraiment à elle. Pourquoi ? On l'invitait pour le déjeuner de Noël mais on ne lui parlait pas vraiment. Juste une potiche pas trop moche au bout de la table ? Ils ne savaient rien d'elle précisément, de ses goûts, de ses projets. Elle intéressait les personnes rencontrées, pas eux. Serait-ce parce qu’elle ne commentait pas les faits alentours et les gosses de machin et truc ou les siens ? Lui reprochait-on la non création d'une famille comme tout le monde ? Souvenez-vous de son refus du rôle de boniche familiale au service de monsieur comme chez tout le monde. Les conventionnels, adeptes de la pensée unique et de la messe du dimanche, ne savaient pas sa position et semblaient incapables d’imaginer la vie intéressante possible sans personne sur le dos, même avec peu de moyens. La femme faite pour enfanter ? Une grande idée de la religion catholique n'aimant pas les femmes et les missionnant uniquement de la continuité de l'espèce humaine. Et tous ces gens se sentant capables de rendre leurs enfants heureux ... Ne se feraient-ils pas surtout plaisir en voulant - se prolonger – sur terre et dans le temps. Beaucoup le pense. Un schéma depuis l'antiquité ?

                 Vous avez des enfants ? Elle répondait systématiquement : moi, il n’y a que l’intellect qui me plait. Pendant combien de siècles va t-on encore poser cette question ? Le seul but de tous : faire des gosses ! Des modèles tels que leurs parents … alors qu’ils limitent considérablement la liberté des voisins et qu’il est anormal de les supporter. Gosses et parents n’ont pas tous les droits et d’ailleurs, aucune obligation de faire des gosses !

                 Les conventionnels vinrent donc à l'hôpital. L'un d'eux, venu en éclaireur, la vit dans le coma. Impressionné parait-il. Il revint une seconde fois quand elle avait repris ses esprits partiellement mais elle ne parlait pas encore. Elle le reconnut et fut cette visite la remplie de joie. Une situation chaleureuse tout à coup. Mais, elle reçut aussi une compréhension quelques secondes après : héritage ! Les conventionnels ayant été prévenus de son état alarmant se seraient-ils présentés pour un héritage ? Un autre conventionnel arriva quelques jours après en fin d'après-midi n'osant pas la regarder. Elle eut du mal à le reconnaitre. Elle ne l'avait pas vu depuis 5 ans. Elle évitait les rares rencontres pour se protéger. Les médecins demandèrent au visiteur provincial quels étaient LES médecins de la malade. Pourquoi, LES médecins ? Ce fut bien difficile d'en trouver : elle n'en avait pas depuis des années. Personne n'osa lui poser de questions. La malade de toujours pour eux n'avait pas de médecin. Difficile de demander des détails à l'intéressée. Une personne qu'elle ne fréquentait plus depuis 30 ans fut informée de sa maladie. Le visiteur ne sachant pas qu’elle ne la fréquentait plus. Et elle se retrouva au téléphone au bout de 30 ans avec la personne en question. Et madame x, dont on n'avait pas parlé depuis des années et qu’elle évitait après avoir détecté sa jalousie ? Le visiteur ne savait pas non plus. La communication n’existait pas entre eux. Ils ne se connaissaient pas. Elle ne fréquentait pas les mêmes personnes toute sa vie comme eux. Son ancienne femme de ménage portugaise et amie venue avec son mari après deux changements de Rer plus une navette lui apporta des clémentines délicieuses et du raisin. Quelle saveur merveilleuse ce jus naturel. Sa seule vraie visite en deux mois. Elle demanda des clémentines au conventionnel qui bien sûr n’avait surtout pas pensé à lui apporter une douceur. Non, il ne pensa pas que quelque chose pouvait lui faire plaisir.

                 Sans témoins présents, elle entendit : on n'a pas envie d'avoir ta maladie sur le dos ! Quelle belle confirmation de non-amour ...

discours d’un diplômé à la chaleur humaine absente. Pas de visites : des connaissances qui la disaient intéressantes ne se déplacèrent pas. Pourtant, elle avait besoin de mouchoirs en papiers et de dentifrice. Personne à qui demander. A son retour chez elle aussi, personne ne pensa à passer la voir ou à l’aider. Un pique-nique à la fac avec les chats ou pour un simple repas à la bonne franquette ? Non. Société inhumaine oblige ! Depuis longtemps, elle n’essayait plus d’organiser une réunion amicale : personne ne lui répondait. Intéressait-elle ou non finalement ? On ne s’intéressait pas non plus à son travail, à ses livres, pas de curiosité bien placée. Les artistes n’habitaient-ils qu’à la télé ?

                 Elle pensa encore une fois que la douceur des chats et leur comportement chaleureux valait de l'or et que leur affection spontanée demeurait la seule valable.

 

PENDANT 4 MOIS D'HOSPITALISATION ET APRES

                 Depuis un lit d'hôpital, comment assurer le paiement des factures arrivant à son domicile ? Sa femme de ménage se rendit plusieurs fois sur sa demande à son agence bancaire avec une lettre explicative de son état grave. Son tarif ? 30 euros de l'heure aussi chaque semaine pour se faire apporter en maison de rééducation, quelques vêtements, mouchoirs papier et dentifrice, ses press-books pour travailler. Un coût important. A sa banque, les employés du guichet ne bougèrent pas. Leur cliente leur demandait un entretien par téléphone. Personne ne lui téléphona. Dans ce cas extrême, un employé ne pouvait-il pas lui téléphoner et même, exceptionnellement, se déplacer à l'hôpital ? Comprenait-on qu'elle était dans un lit, sans pouvoir se lever, ni tenir une seconde sur ses deux pieds et qu'elle ne marchait plus ? Ensuite, sur un fauteuil roulant et en rééducation physique, ne pouvant se rendre à un distributeur et qu'aucune aide de l'extérieur était possible. La femme de ménage se rendit-elle à son agence ? A qui demander les basiques produits d'hygiène et quelques compléments alimentaires utiles ? Est-ce normal ? Réalisez-vous ce qu'elle vous dit là ? Comprenez-vous sa situation et personne pour l’aider ? Comprenez-vous votre inhumanité ?

                 Une avancée pendant sa rééducation physique : le locataire de son garage lui proposa de s'occuper de faire activer les assurances dans le sinistre des portes accidentées de son box depuis des mois. Il fit débloquer le dossier : les portes furent changées et l'assurance du fauteur de troubles responsable paya en direct le fournisseur pour éviter que le montant des travaux soit avancé par l’assurée ne pouvant pas agir depuis un hôpital. Evident : elle ne pouvait pas traiter avec les assurances depuis un lit. Il organisa partiellement son retour à domicile avec sa femme de ménage puis son comportement dévia auprès de sa femme de ménage, gérante de sa société.

                 - Maintenant, je gère les affaires de Madame. Il faudrait que vous fassiez ceci et cela.

La gérante lui signifia qu’elle connaissait mon métier et les goûts de sa cliente depuis longtemps.

                 Des incohérences en maison de rééducation

Une aide-soignante l'obligea à marcher avec un déambulateur dont elle ne savait pas se servir encore. Elle vivait en fauteuil roulant. Elle refusa. L'autre insista. Encore une qui ne se rendait pas compte de son état.

                 - Vous n'avez pas été opérée, vous pouvez tout faire ! Elle tomba à la renverse, se tapant l'arrière de la tête contre le mur de la salle d'eau. Quel impact sur sa zone lombaire très abimée depuis 25 ans ? Sa rééducation commençait seulement. A grand peine elle se levait de son fauteuil roulant. Formée comment cette idiote d'aide-soignante ? Réfléchissait-elle parfois ?

                 Une maison de repos parait-il : à 6 heures le matin, l'équipe soignante de nuit parlait très fort à certains hospitalisés et réveillait tout le monde. A 8 heures, le petit déjeuner arrivait sur un charriot. Une malade cria la nuit pendant plusieurs jours de suite. On se repose quand ? Des malades sourds : il fallait parler fort. Elle alla se plaindre à la direction de l'établissement pour la très mauvaise qualité de nourriture annoncée - maison - dans la plaquette de l'établissement. Les camions livraient produits surgelés et conserves de qualité très inférieure. Les malades n'avaient-ils pas besoin d'être soutenus aussi par une alimentation correcte ? Des personnes atteintes d’Alzheimer entraient dans des chambres, de jour comme de nuit. Comment se remettre sur pieds dans ces conditions ?

La kiné

                 Elle contredit la kiné de la maison de rééducation : pas question de marcher avec une canne anglaise. Elle savait qu'elle ne devait pas procéder ainsi. Et elle passa du déambulateur version 3, à la canne normale. Elle marchait tout à coup très bien de cette façon. Une preuve qu'un diplôme et de l'expérience ne gèrent pas les données de chaque individu.

L'ergothérapeute

                 Elle la - gava - plusieurs fois par son discours sur l'aménagement de sa baignoire pour pouvoir prendre une douche. Impossible qu'elle comprenne que ses jambes ne pouvaient pas monter assez pour s'asseoir sur une planche posée sur les rebords de sa baignoire.

La nuit

                 Son amie du Havre rentra chez elle le 15 Janvier 2015. Elle se retrouva à table avec une dame très âgée perdant la tête qui s'agrippait à sa chaise continuellement. Un risque pour elle pour se lever de table. Cette dame criait la nuit au bout du couloir. On fait comment pour dormir ? Et une autre personne dans la chambre voisine criait aussi la nuit. Elle n'était pas la seule à ne pas pouvoir vivre tranquillement. Elle alla en parler au Directeur. La dame fut transférée dans une autre chambre. Précédemment à cet entretien, l'aide-soignante incompétente lui avait signifié son peu de gentillesse vis-à-vis des autres malades. Mais oui, évidence, la responsable c'était elle ! Encore une fois, tout comme enseigné à la messe du dimanche, ne rien dire de la réalité et ne pas déranger restait la règle. La réalité/vérité gêne tout le monde dans ce monde à la con !

La psychologue censée l'aider

                 Des rendez-vous prévus dans sa chambre mais, la psycho ne venait pas toujours. Elle ne prévenait pas. Impolie la psycho ! Elle viendra quand ? Comment établir le prochain rendez-vous sans se rencontrer ? Le dernier jour, elle vira la psycho de sa chambre : celle-ci prétendait qu’elle n'avait pas respecté leur rendez-vous de la veille. La veille ? Jour de perfusion vitale à l'hôpital. Aucun rendez-vous prévu avec elle. Elle pouvait vérifier à l'infirmerie. La voiture la ramenant à son domicile allait arriver trente minutes après. Elle n'avait toujours pas avalé son petit déjeuner infecte. Et la psycho, elle, quand elle ne vient pas au rendez-vous fixé et ne s'excuse même pas ... Pour mettre fin à la situation, elle lui tourna le dos et se mit à manger,

                 - Foutez-moi la paix ! Partez !

Madame psycho fut obligée de partir.

                 Autres situations à son retour à domicile

                 - Mais comment pourrais-je vous aider ?

Le peu demandé ne fut jamais possible : les courses en voiture parfois à 150 mètres de chez elle. Trois fois rien en voiture pour quelqu'un qui habite dans le même secteur. Aller voir son chat Yvette à la fac à 700 mètres plus loin était bien trop loin à l'époque à pieds compte tenu de son handicap. On fait comment ? Quelle inconscience ! Et ça ne dérangea personne, ni les conventionnels, de la laisser se dépatouiller au milieu de tout ça. Il y a en France de multiples aides parait-il : un mirage ! Croyez-vous qu'avec un revenu modeste il soit possible de mettre de l'argent de côté mensuellement pour se faire aider à domicile et payer les factures ? Pour le croire, il faut au moins avoir des doctorats en imposant à tout le monde. Je vous signale à nouveau qu'elle n'a pas de voiture et ne prend pas de vacances aussi par manque de budget. Comment font les gens pour être aidés en maintien à domicile et payer les factures conséquentes ?

                 La voisine change de trottoir

                 Marchant sur quelques mètres seulement hors de son appartement, une voisine à qui elle parlait avant sa maladie, arrivant en face d'elle, changea de trottoir. Elle n’avait d’ailleurs pas répondu à son sms envoyé de l’hôpital. Parfait, une de moins à saluer pour perdre du temps et parler banalités. Ça tombe bien, se dit-elle.

                 Le couple habitant sa rue

                 Prévenu depuis l'hôpital. Il devait venir la voir à cinq kilomètres de chez eux. Personne ne vint. Normal au XXIème siècle.

La voisine venue la voir dans le coma

                 Une idée bizarre. Quel intérêt de la voir dans le coma. Et pourquoi les médecins lui avaient-ils permis cette entrevue ? A son retour chez elle, cette même personne ne proposa pas de lui rendre service, de l’emmener parfois à 150 mètres en voiture jusqu’au supermarché du quartier. Comprenez-vous ça ?

La seule parente

                 Demeurant à 30 minutes en voiture, elle ne vint surtout pas l’aider à son retour alors qu’elle ne pouvait même pas sortir de chez elle pour quelques pas dehors. Belle mentalité ! Elle faisait partie des conventionnels venus déjeuner à la maison de rééducation. Elle l’avait vue marcher difficilement avec son déambulateur. Et sachez, qu’après le repas commun, personne n’était restée à côté d’elle qui marchait lentement. Vite, vite, ils avaient regagné sa chambre. Elle s'était retrouvée seule dans le couloir. Cette unique parente faisait partie de ceux qui, perdant leur mari, se souviennent d'elle et la contactent. Pour meubler leurs journées ? Cette parente ne put jamais comprendre son retrait de fréquentation des conventionnels. Elle lui conseilla même de les contacter pour parler de son retour à son domicile puisqu'elle ne pouvait pas payer une aide à domicile. Le mieux ?  Se débrouiller sans l’aide de personne comme toujours.

Tout le monde ...

                 Compliqué pour elle d'avoir tout simplement du dentifrice, des lingettes et des mouchoirs en papier. Elle ne pouvait pas sortir. Elle ne marchait pas normalement. Fauteuil roulant puis déambulateur. Tout le monde s'en fichait pas mal ! Cet inconfort dura quatre mois. Personne ne lui demanda si elle avait besoin de quelque chose.

                 Restons enfermés chez nous et très superficiels. Fréquentons les associations pour avoir l’impression d’être entourés et parler. Parler de quoi ? Souvent de banalités, des gosses. Les associations servent aussi de clubs de rencontres pour se trouver un/e partenaire et comme ça, les adhérents sont au courant de machin qui va avec truc et des histoires compliquées entre les personnes. Sans fréquenter ces groupes locaux, il est possible aussi de ne pas se trouver accaparé par les voisins et de détecter ceux pouvant être intéressants toujours susceptibles de devenir de bonnes relations à maintenir. Encore faut-il avoir une personnalité ouverte et l’envie de les découvrir donc de leur parler. A la fois très ouverte mais solitaire et très indépendante, elle savait créer un moment chaleureux de qualité. Elle proposait un concert, une conférence ? Personne disponible. Dans ce quartier très résidentiel, tout le monde savait qu'il n'y avait rien sur place sauf le petit supermarché, la poste, la mairie, des banques, un boucher réputé et des pharmaciens. Rien d'autre. Lui proposait-on de l'emmener à quelques kilomètres, aux Ulis par exemple, pour faire un tour ou des courses ? Non. Pourtant, ils s’y rendaient en voitures continuellement. Sur place, chacun pouvait faire ce qui lui était utile, le trajet donnant l'occasion de se voir et il suffisait de prévoir un horaire pour repartir. Non, on n'y pensait pas ou on ne voulait pas. A son retour d'hôpital et après, lui demandait-on de ses nouvelles ? Non. Oubliée sa maladie rare, grave et mortelle. Oubliée sa zone lombaire déchiquetée. Oubliée son handicap ne lui permettant pas de monter et descendre des marches et des escaliers. Mémoire courte et cervelles trouées ! Pourtant, toujours présente la maladie qui avait failli lui retirer la vie. Pourtant présentes les séquelles neurologiques du coma dans les jambes et à œil gauche diminuant son champ visuel dont elle avait parlé. Oublié aussi qu'elle n'avait pas de voiture. N'avait-elle pas besoin, comme tout le monde, d'autre chose que de nourriture du supermarché du quartier ? Et eux … qui souvent sont plusieurs pour gérer leur situation alors qu’elle est seule avec un handicap physique en plus. Ajoutez son dossier médical à s’occuper : les rendez-vous pour ses déplacements médicaux, les rendez-vous à prévoir en taxis pour des consultations dans plusieurs hôpitaux parisiens, pour ses perfusions mensuelles, pour ses consultations chez sa généraliste à 15km et trouver elle-même après réflexion où consulter pour faire disparaitre les séquelles neurologiques au maximum avec des délais de rendez-vous entre deux mois et un an. C'est quoi ce pays de merde ? Si l'on tient à rendre service, on y pense automatiquement. Au contraire,

                 - Tu devrais demander l'info à Mme Machin, au premier étage. Monte la voir.

Des neurones fêlés. Encore oublié son impossibilité à monter et descendre les escaliers, à prendre les transports en commun, les trains aux toilettes trop bas dont elle ne peut pas se reveler à cause de sa zone lombaire abimée.

                 - Comment ça va ? J'ai remarqué que tu avais des difficultés à marcher déjà depuis quelques temps.

Elle connaissait cette personne depuis les petites classes dans une autre ville proche et lui fit part des motifs principaux de son handicap physique. Cette dame avec voiture raconta qu'elle faisait des courses dans la région mais, elle ne proposa pas de l'emmener alors qu'elle habitait à 30 mètres de chez elle. Vraiment plus malades qu'elle tous ces gens-là !

                 - Tu peux venir voir mon expo au Carrousel du Louvre et m'apporter ton livre mis de côté depuis un an et demi ?

Cette rare personne venue la voir en rééducation, fauteuil roulant aidant, considérait sa maladie disparue en rentrant chez elle.

Plus tard

                 Arriva l'annonce d'une prochaine visite des conventionnels depuis la province : rituel inutile. La conversation ne pouvait être que banale sans intégrer son existence. Une situation de toujours. Ils parleraient de gens qu’elle ne connaissait pas et cela rendrait malade notre exclue du groupe. D'ailleurs, on ne lui demandait pas de s'exprimer et, si elle engageait un thème, une idée, la réponse par un mot coupant tombait de suite. Des gens en démarche normale d’amour procèdent autrement.

                 Un dimanche, elle prit son téléphone et envoya à chacun un sms : ils étaient des bourges-artisto qui ne comprenaient pas depuis longtemps qu'elle ne voulait pas les voir. Elle vivait avec quelqu'un et il n'y avait pas d'héritage à attendre. Leurs diplômes bloquaient-ils leurs neurones depuis toujours ? Pas de réponses évidemment puisqu’elle ne les avait jamais intéressés.

                 Sachez que lors de leur visite en maison de rééducation, elle entendit : je ne comprends pas qu'on puisse se lier d'amitié avec un chat alors que des humains meurent par la guerre dans le monde. Deux motifs n’ayant rien à voir entre eux. Deux sujets non comparables non plus. Leur travail dans la recherche nécessitait de faire du mal aux animaux. Pourtant, personne n'est obligé. On peut changer de travail, refuser, choisir un autre métier. Une carte de Noël avait été placée dans sa chambre sans lui demander son avis alors que la fête était passée. Et pourquoi afficher Noël ?  Elle refusa la carte.

                 Elle s’arrangea demanda à son acupuncteur traditionnel qu’elle appréciait depuis une dizaine d’années de passer lui rendre visite et de lui apporter quelques compléments alimentaires utiles. La dame de Bruges lui téléphonait mais ne vint pas la voir prétextant d’habiter loin. Elle paya sa femme de ménage 30 euros de l'heure avec un minimum de deux heures à chaque fois pour lui apporter des habits et ses press-books. Elle la paya aussi pour aller porter à manger à son chat Yvette le weekend. Elle travailla l’après-midi et envoya des centaines de photographies en conservation à la Bibliothèque Royale Belge pour ainsi avancer son travail. Les conversations dans le hall d’entrée ne l’intéressaient pas. Et que de pénibles situations maintes fois avec le personnel médical : elle ne se gêna pas de leur dire ce qu’elle pensait.

 

RETOUR A DOMICILE, FEVRIER 2015 

                 Le lendemain, elle reprit de suite son travail. Elle avait ses dossiers en tête comme si elle venait d’y travailler la veille. 900 mails arrivés en 4 mois. Tri rapide. Elle écrivit aussi à la Chambre des Notaires : son notaire avait pris la liberté de prévenir des gens qu'elle ne voulait pas voir et elle dénonça les incohérences vues ou subies en maison de rééducation.

                        Réalisant que dans son garage loué des faits gênants pouvaient avoir lieu et ne voulant pas les gérer, elle décida de le vendre. Un pécule pour payer ses taxis personnels, voir ou revoir de jolis lieux, concrétiser des visites prévues avant l'arrivée de sa maladie, payer son travail. Et fêter ainsi son retour miraculeux à la vie. Dieu et son Ange l'accompagneraient là où architectes, artistes et peintres, guidés par le Divin, réalisèrent jadis mille beautés esthétiques et des jardins superbes dans le Val de Loire. Elle allait ainsi rencontrer l'Oriental et avoir envie d'étudier l'islam. Un nouveau livre publié.

                 Lui demandait-on de ses nouvelles ? Lui proposait-on une aide amicale parfois ? Non. Comment faisait-elle ses courses à pieds alors qu'elle ne devait pas porter de poids depuis 25 ans ?         Et les bouteilles d'eau qu'elle ne pouvait pas porter ? Personne ne se posait la question. Même pas un mot gentil. Pas de compassion. Censée être rétablie complètement ? Avait-on entendu et vu ses détails physiques ? Non. D’ailleurs, les connaissances n’avaient pas eu envie de la voir pendant son hospitalisation alors qu’on sait très bien qu’elle vit et se finance elle-même. Une façon de ne pas reconnaitre ses difficultés, fauteuil roulant aidant puis déambulateurs. Et elle n'aimait pas demander préférant depuis toujours agir elle-même mais parfois, ça devient impossible temporairement. La notion de rendre service par élan humain et satisfaction personnelle avait disparue depuis longtemps. L'anormal devenu normal d’un triste monde.   Seul, son voisin portugais lui fit quelques courses les premiers temps. Quelle angoisse affreuse lorsqu’elle comprit qu’elle ne pouvait pas payer une aide à domicile en rentrant chez elle : le coût était égal à son revenu mensuel. Le ménage fait par une société comme précédemment depuis 25 ans à cause de sa colonne vertébrale abimée. Elle géra d’urgence l’installation d’une douche vue son impossibilité de monter assez les jambes pour entrer dans la baignoire utilisée comme douche déjà depuis des années. Elle fit poser une rampe pour pouvoir monter et descendre la marche trop haute à l'extérieur de l'entrée de son petit bâtiment. Les six marches intérieures du hall d’entrée la gênaient : elle se tenait à la rampe et montait ou descendait très lentement à cause des raideurs engendrées par les séquelles neurologiques dans les membres inférieurs.

*

                 Et en ce début de XXIe siècle : rendre service a totalement disparu. Elle demanda une fois seulement à l’Oriental, son chauffeur de taxi d’origine marocaine, de lui ramener ses courses depuis le supermarché du quartier dans une période de grande fatigue. Il le fit avec grande gentillesse entre deux clients. Vite, vite, pour lui rendre service.

*

                 A cause des séquelles neurologiques dans les membres inférieurs, impossible de prendre à nouveau les transports en commun. Impératif d'éviter marches, escaliers, escalators et sièges sans accoudoirs pour se lever dans un wagon qui bouge. La seule solution ? Se déplacer en taxi pour ses rendez-vous médicaux et personnels. Le garage attribué à son appartement ne lui servait à rien : elle le vendit et créa ainsi un budget. Les déplacements médicaux se trouvaient pris en charge totalement par l'assurance maladie en maladie longue durée. Elle n'aurait pas pu les avancer. Après quatre mois, enfermée à l'hôpital et en rééducation, elle eut envie de revoir de beaux lieux, besoin d'en découvrir de nouveaux. Sans difficultés, elle changea de vie et reprit ses activités d'écrivain-photographe, son secrétariat trilingue international, la documentation, la lecture de livres et suivit des conférences sur internet puisqu’elle ne pouvait pas non plus se déplacer à Paris continuellement et en payer les frais de taxis.

                 Sa vie passionnante reprenait. Physiquement, impossible de marcher dans la rue tout de suite, de faire ses courses et d'aller voir Yvette, son chat vivant à la fac. Une kiné vint à domicile pendant deux semaines tous les matins, puis, elle se rendit à son cabinet aidée d'une canne. Son amie portugaise vint plusieurs fois en voiture avec son fils pour lui apporter du bon pain et de la nourriture la première semaine. Elle prépara ses repas à nouveau.

                 Elle sélectionna un taxi conventionné sécu pour la conduire à ses rendez-vous médicaux et à l'hôpital pour sa perfusion tous les quinze jours et plus tard mensuellement. Le produit écartait la maladie rare. Quel stress : pas de Vsl chez les ambulanciers. Besoin d'un chauffeur aussi pour des déplacements personnels. Comment s'organiser ? Date de sa prochaine perfusion impérative dans 10 jours. Une compagnie d'ambulance du secteur lui indiqua un taxi conventionné. Point important réglé.

                 Il lui fallut absolument vaincre la peur de descendre et remonter difficilement les six marches de son hall d'entrée et arriver ensuite à sortir dehors et marcher sur quelques mètres. Elle posait ses pieds en biais sur les marches étroites. Quelques jours après, elle força sur les jambes pour aller jusqu'à l'entrée du parc du château à cent mètres de chez elle. Bien trop loin d'aller à la fac, à 20 minutes de marche pour revoir son chat Yvette. Il lui manquait. Souvenez-vous :  elle avait payé quelqu’un pour qu’il ait à manger tous les weekends pendant son hospitalisation. La cafétéria où minou habitait fermait en fin de semaine. L'amie portugaise l'emmena deux fois voir son chat. Yvette était là. Au bout de deux mois seulement, elle arriva à aller jusque là-bas à pieds. Elle reprit ses visites journalières à fac. Yvette-le-chat était devenu distant. Pourquoi ?

                 Un mois après être rentrée chez elle, sortait son livre photographique - Mes Chats, suivi des chats de Venise - : 50 portraits de ses chats dont ceux en noir et blanc d'Yvette, le chat de la Fac. Elle s'occupait de lui depuis Juillet 2012. Un chat de grande personnalité. Le document montrait aussi des chats de Venise, Minette, travaillant avec elle sur son bureau dans le Marais, le chat Patate et le chat Ramsès. Un joli petit livre. Chaque photographie commentée humoristiquement par le chat lui-même. Oui, avec elle, les chats parlaient. Elle le diffusa aux instituts culturels en Europe, Usa et Canada acceptant son travail.

                 Elle téléphonait souvent à sa nouvelle amie du Havre. Elles parlaient longtemps, plusieurs heures. Elles racontaient des anecdotes et riaient. Elle reprit ses séances avec sa magnétiseuse pour nettoyer au maximum son organisme.

 

526__g1196_20170828_121325  

                    VENISE RETROUVEE

Un titre prêté par les écrivains

Henri de Régnier et Paolo Barbaro

                 Etudier la ville flottant sur ses reflets, connaitre son histoire, sa littérature et son art, peut durer une vie entière. Des intellectuels passionnés vivent ainsi avec elle et par elle. Notre amie à sa façon compte parmi eux. Venise offre une fête continuelle de l'esprit grâce à son passé à la fois réel et mythique. Elle insiste : le tourisme de masse n'a pas à être cautionné. Il détruit l'âme de Venise pour servir parait-il son économie et sa survie, obligeant les vénitiens depuis longtemps à s'exiler en terre ferme à cause des prix élevés au quotidien et du manque de petits commerces au profit du nombre exagéré d'hôtels, de magasins de masques et de verrerie de provenance souvent non-vénitienne par non-respect d'authenticité pour l'appât du gain. Une non-culture voulue et destructrice. Quel est l’auteur de cette situation contre les vénitiens et leur ville prestigieuse ?

                 Elle retrouva Venise, sa ville d'adoption, sur le web, dès Février 2015 et reprit avec passion de son étude de la Sérénissime. Travailler remplissait sa vie agréablement. Son esprit vivait dans la ville posée sur l'eau, dans son histoire et sa beauté. Souvenez-vous, elle avait célébré ses fiançailles avec la Sérénissime en 94 et même ses dix ans de fiançailles en compagnie de la signora dans le salon de la Pensione La Calcina, l'hôtel littéraire fréquenté par John Ruskin, sur le quai - Le Zattere -. Avec la signora, elle apprécia ce jour-là aussi, le célèbre Bellini, l’apéritif vénitien. Elles avaient ensuite diné à la Taverna San Trovaso, face au pont et à l'église du même nom, tout près du pont de l’Académie et du Musée des Beaux-Arts. L'alliance d'or incrustée d'un petit diamant portée depuis 94 témoignait de son lien symbolique avec la ville prestigieuse.

 

NOTE DE LECTURE - L’ENTREVUE -

RECIT DE HENRI DE REGNIER

Texte autobiographique d'un séjour vénitien de l'écrivain, lu et interprété par notre amie pour le Département AML de la Bibliothèque Royal Belge, Juillet 2015.

*

                 Une plaque de pierre gravée, apposée en 1948 sur le mur du jardin de Ca' Dario, près du charmant campiello Barbaro, honore la présence du célèbre écrivain en ce palais. Elle nous dit,

*

                 Dans cette vieille maison des Dario,

                 Henri de Régnier, poète de France,           vécu

                 - Veneziamente -* et écrivit de 1889 à 1901.

*

                 L'écrivain se disait atteint de folie vénitienne. Elle le conduisit maintes fois à résider de longues périodes à Venise. Il la décrivit. Il raconta son atmosphère particulière. Comme un vrai vénitien, il avait ses habitudes, rencontrait des connaissances, déjeunait en ville, s'asseyait - sous le chinois - au Café Florian. Venise lui offrit ce qu'il aimait : solitude et silence.

                 Lors de son arrivée ce jour-là, sa chambre de Ca'Dario était occupée. Il avait oublié de télégraphier sa venue. Son ami Tiberio Prentinaglia lui indiqua une location dans un palais très délabré près de l'église des Carmini, sans quitter le sestiere* de Dorsoduro. Il lui apprit la disparition d'un petit buste au musée civique*. L'écrivain loua le mezzanino* de la Signora dans son palais mal entretenu depuis longtemps. Un soir, il remarqua d'étranges reflets sur un mur-miroir de son salon. Une situation troublante naissait.

                 Il se promenait, foulait les dalles sonores des ruelles, se rendait à la trattoria du quartier et évitait ainsi la Piazza*. Le temps s'écoulait doucement. Il réfléchissait de longues heures au salon et suivait les arabesques serpentant sur les murs. Quand le jour baissait d'intensité, les étranges reflets apparaissaient.

                 Que se passa t-il ? Il se réveilla à la clinique de l'ile de la Giudecca. Le petit buste ? A nouveau visible dans la vitrine du musée civique.

*

                 * Veneziamente, comme un vénitien.

                 * sestiere, quartier en vénitien.

                 * musée civique, ancienne appellation du musée Correr sur l place Saint Marc

                 * Ca'Dario fut construite par Pietro Lombardo fin XVème siècle. Sa façade donne sur la fin du Grand Canal, quelques mètres avant l'église Santa Maria della Salute. Cette façade moyenâgeuse, fut construite selon des calculs repris des Templiers, nombreux à Venise au XIIème siècle. Un ossuaire des Templiers est présent sur l'ilot où se trouve Ca'Dario.

                 * mezzanino, appartement dans un palais au plafond plus bas plus facile à chauffer en hiver. Dans les palais anciens, on trouve souvent un mezzanino en-dessous et un autre au-dessus d'un appartement à hauteur de plafond normal (source Franco Filippi, Ecrivain et Editeur vénitien).

                 * la Piazza, la seule place de Venise appelée Piazza est la Piazza San Marco. Les autres places se nomment : campiello, campo.

*

                 Notre vénitienne d’adoption habita plusieurs fois chez - la signora -, vénitienne résidant à quelques mètres de Ca'Dario.

 

HONNEUR AUX ORIGINES

                 Proposition suivie d'acceptation de ses diapositives de Calvi de 1965 : une donation aux Archives de Haute Corse à Bastia. Et ses livres, acceptés aussi.

                 Elle eut envie que son travail soit présent en Corse et en Italie, sur des lieux de racines élargies. Elle proposa ses livres à la bibliothèque municipale du village où naquit son ancêtre corse non loin d'Aleria. Pas de bibliothèque au village. La bibliothèque municipale la plus proche lui fut indiquée. Elle expédia son premier livre dans cette bibliothèque pour les lecteurs locaux. Suivirent ensuite chaque nouvelle publication.

                 La Corse dépendit du Comté de Lucca en Toscane, son premier livre entra à la Bibliothèque d’Etat de Lucca. L'ile dite de beauté appartint plus tard aux génois. Bizarrement, elle n'arriva pas à faire entrer son travail dans un institut génois.

 

FG 2009

 

                 MOI,

J’ARRIVE DE LA RENAISSANCE ITALIENNE !

                 Les interlocuteurs étonnés ne comprenaient pas bien. Elle disait ainsi qu'elle aimait cette période, son esthétique, son art, sa musique, ses sculptures, ses palais, demeures et jardins. Ce décor divin lui parlait. Avait-elle déjà vécu sur cette terre, dans ces paysages ? Par cette Corse qui appartint à Lucca en Toscane ?  Et ce peintre toscan découvert au Louvre … un patronyme identique au sien, GIOVANNI. Et ces collines d'une extrême douceur visuelle, voilées par la brume du matin en l'hiver ... Physiquement, la dame faisait penser aux personnages musculeux des statues de marbre, celles des sculpteurs de la Renaissance.

  

mds_sensors_2

                                              LES NOUVEAUX CHAUFFEURS DE TAXIS

                 A partir de Juin 2016, quand l’Oriental, son chauffeur de taxi changea de travail, les complications commencèrent même avec ses copains d'enfance qui la connaissaient. Un stress conséquent perpétuel.

                 *Réservation pour motif médical oubliée. Le patron taxi en vacances sur un autre continent ne prévenant surtout pas de son absence. Pas la peine de respecter la cliente qu'on transporte au moins une fois par semaine et qui vous fait manger : normal au XXIème siècle car on se des clients. Organiser une course au dernier moment ? Impossible. Les taxis ne sont pas disponibles au dernier moment. La cliente en maladie longue durée pour maladie rare, grave et mortelle après long coma et 4 mois d’hospitalisation, rééducation difficile pour marcher et fauteuil roulant etc : aucune importance, on ne pense même pas au danger qu'on lui fait courir.     Elle paniqua. Le son de sa voix dans le message laissé le révélait un grand mal-être mais on s'en fout. Qu'elle se démerde ! Personne ne la rappela. On ne s'excuse pas non plus. Crève donc la gueule ouverte ! L'avait-on entendue dire plusieurs fois aussi qu'elle n'avait pas le budget pour s'absenter en vacances, vacances, vacances, elle ? Non, d'ailleurs on s'en foutait. Inhumain, impoli, inconscient. Lamentable.

                 Image : Vacances, vacances, vacances et achats provenance Chine. Vous tous, seulement adeptes de la société commerciale de cette population majoritaire, quand allez-vous réfléchir et refouler le dieu-fric pour éviter de vous suicider collectivement ?

                 - Vous êtes partie pour ce week-end prolongé ?

Le sourdingue n'avait pas entendu qu'elle ne partait jamais. Elle travaillait comme d'habitude mais, eux, qui se plaignaient, partaient en vacances, vacances, vacances qu’ils payaient avec le paiement de ses courses.

                 * Un taxi nouvellement choisi accusa réception de ses réservations 5 jours après sa demande. Entre temps, comment savoir si la course était possible ou non ? Fallait-il chercher un autre taxi ? La course était-elle enregistrée ? Pas d'accusé de réception. Pas de confirmation. Ce taxi comme d'autres ne reconnaissait pas son comportement impoli, illogique et peu fiable. Elle eut plusieurs fois à régler des comportements de ce type avec des patrons-taxis officiels : conversations agréables en voiture, comme entre copains. Trompeuse la situation. A la première occasion, tout marchait de travers : prix établi flottant, le chauffeur n'a toujours pas mémorisé que sa colonne vertébrale très déchiquetée depuis 25 ans et ne doit pas être secouée sur nids de poules et ralentisseurs. Combien de fois fallait-il le dire ? Surdité et défaillance neuronale chronique ! Et elle entendait en fin d'été,

                 - Vous avez passé de bonnes vacances ?

Et si elle avait eu le budget vacances, vacances, vacances, on avait encore oublié son handicap physique, qu'elle n'avait pas de voiture, ne prenait plus les Rer, métro, bus, escaliers, marches, escalators, trains, avions, à cause de son handicap physique et qu'elle ne devait pas porter de poids à causes de sa zone lombaire en mauvais état, donc, elle ne pouvait pas porter un bagage et pas tirer une valise à roulettes. Et il lui fallait une chambre d’hôtel en rez-de-chaussée équipée de douche à l’italienne et de barres pour se tenir. Ces chambres sont rares en France et en Europe. On en trouve quelques-unes dans les hôtels étoilés venant d’être rénovés au tarif minimum de 120 euros par nuit. Avait-on remarqué qu'elle n'avait commandé aucune course pour partir en vacances, vacances, vacances, en taxi ? Non. Les taxis n'étaient pas les seuls à avoir les neurones en panne de mémorisation. Voilà l'état mental de 95% des français. Pour une fois, quelle réussite ! Ses quelques relations souffraient     de cette même pathologie. Les labos ne voient-ils pas qu'il y a un créneau lucratif à prendre pour retaper tant de neurones fêlés ?

                 * Le taxi arrivant de Paris ne connaissant pas les lieux.

                 - Je dois passer par où ? !!!

                 - Je n’en sais rien. J'y suis allée deux fois par le Rer avant d'être malade. Je ne connais pas le trajet en voiture.

Elle se mit en colère : celui-là va encore lui gâcher sa journée. Elle n'a plus envie de faire ses courses prévues. Voyant sa colère et son assurance, le chauffeur riait. La voiture, non encore sortie de sa résidence,

                        - Ramenez moi chez moi.

                        - La prise en charge est de 25 euros !

                        - Non, ici c'est 15 euros.

                        - Alors donnez-moi 10 euros.

En fait, la courte course n'intéressait pas son taxi habituel, copain d'enfance de l'Oriental et il avait appelé une plateforme. Elle l'informa des faits,

                 - Untel est pourtant un bon taxi.

                 - Et en plus, vous me prenez pour une idiote. Vous l'avez demandé sur une plateforme donc vous ne le connaissez pas.

Elle ne travailla plus avec les copains de l'Oriental.

                 * Et cet autre taxi habitant à 1km de chez elle, conventionné Sécu, il acceptait les bons de transport des patients ne pouvant pas prendre les transports en commun. Il était payé directement par la Sécu. La première fois qu'il la transporta, il lui déclara, - Les bons de transport, ça ne m'intéresse pas ! Pourquoi avait-il accepté lors de son appel ? Il la transporta trois fois.

                        - ça me gonfle de vous transporter. Votre généraliste toujours en retard. Il faut vous attendre. Vous êtes sûre d'avoir fini à 16 heures 30 tout à l'heure ?

                        - Je ne peux pas savoir, ça ne dépend pas de moi mais de ma généraliste.

Il lui posa la question à nouveau en arrivant devant le cabinet médical. Elle répondit de la même façon. Que pouvait-elle faire de plus ? Rendez-vous de retour reculé à 17 heures pour prévoir large, la consultation étant prévue à 15 heures 30.

                 - Qu'est-ce qui vous gêne exactement ?

                        - Les retards. J'ai plein de travail. Je veux des horaires précis.

                 - Et moi, ça me convient peut-être ? Je fais comment ? Je dois perdre une demi-journée à chaque fois lors que j'ai un an et demi de retard dans mon travail international passionnant trop conséquent depuis 25 ans, le suivi de mes 450 contacts et pas du genre facebook à la con. J'écris des livres. Je gère de la documentation. Je dois lire les livres des autres auteurs sur les mêmes sujets que les miens. Je gère un secrétariat trilingue. Je vous passe les détails d'horaires et repas décalés en me couchant après minuit. Vous croyez qu'elle ne me dérange pas la généraliste ? Est-ce de ma faute ? Je n'ai pas de temps à perdre non plus.

Tout le monde sait bien que les médecins font attendre les patients. La responsable était la généraliste arrivant déjà très en retard pour reprendre ses consultations de l’après-midi. Elles en parlèrent et avoua sa faute sans remanier sa façon d’être.

                 Tous ces taxis conventionnés ont du travail administratif avec les bons de transport. Pourtant, le nombre de courses privées devenues inférieur depuis la situation économique de 2008 une clientèle médicale fixe leur est ainsi assurée toute l'année à un tarif un peu moins élevé payé en direct par la l'Assurance Maladie. Mais, les courses courtes ne les intéressent pas. Pas rentables. Belle mentalité inadmissible ! On fait comment ?

                 Et ce jour-là, la généralise était encore plus en retard :    rendez-vous à 15.30 et à 16 heures 45, elle attendait toujours. Il y avait eu des erreurs de rendez-vous mal notés par les différentes secrétaires ne sachant pas travailler. Deux personnes à la même heure. Depuis plus de six mois, des erreurs en continu et jamais la même secrétaire en poste. Elle tint au courant le taxi de la situation présente. Elle sortit à 17 heures 15. Elle lui remit le bon de transport et évita de lui parler jusqu'à son domicile pendant trente minutes. Il refusa officiellement de continuer à la transporter. Elle allait encore passer des heures à trouver un autre taxi et laisser son travail.  Depuis un an qu’elle ne travaillait plus avec l’Oriental, elle avait changé 5 fois de taxis sans résultat acceptable.

                 La veille, ce taxi l'avait conduite à l'hôpital pour sa consultation de contrôle. Tout c'était passé impeccablement à l'aller. A peine la consultation finie, elle l'appela. Il proposa de revenir la chercher une heure et demie après ! Belle mentalité à nouveau. Elle demanda qu'il envoie un collègue : elle avait un autre rendez-vous à respecter dans trente minutes chez elle. Mensonge mais elle n'avait pas de temps à perdre. Lui, il avait le droit de la faire attendre : innommable le mec ! Les mots n'avaient plus aucune signification depuis longtemps dans ce pays de nullité extrême. Et c'est lui qui arriva quinze minutes après sa demande. Incompréhensible.

*

Des imprévus tous les jours pour l'empêcher de travailler concentrée à l'écriture de ses livres, à son secrétariat international trilingue, à ses études. Un combat perpétuel.

*

                 Elle découvrit qu'elle pouvait être transportée par des voitures d'un autre statut conduisant des handicapés et des personnes à mobilité réduite et à un tarif inférieur. Aucune assistante sociale ne l'en avait informée. Une voiture au châssis un peu élevé lui permettrait d'entrer, de s'asseoir puis de sortir de la voiture plus facilement. Elle vit et essaya une voiture de ce type et commença à circuler avec cette société pour ses déplacements personnels. Il s'agissait d'une entreprise familiale possédant un nombre important de voitures dont l'arrière pouvait contenir une ou plusieurs personnes en fauteuils roulant. Une nouvelle voiture coréenne de ville, de style 4/4, aux fauteuils confortables lui fut proposée. Situation amusante : elle quittait des chauffeurs d'origine maghrébine et musulmans pour circuler avec les trois jeunes fils du dirigeant au patronyme juif. Décidément, Dieu n'hésitait pas une fois de plus : il savait qu'il pouvait lui envoyer toutes les religions monothéistes. Elle allait apprendre des détails de la religion juive avec les trois fils du directeur, étudiants et chauffeurs, travaillant en famille. Pour elle, apprendre, ce n'est pas lire les journaux mais discourir verbalement avec les intéressés : une fac à l'air libre. Avec eux, il n'y eut aucun problème. Un discours intéressant en plus pendant les parcours, en plaisantant et en riant aussi. Les détails sur la religion juive lui plaisaient. Cette société n'ayant pas le statut de taxi et ne pouvant avoir le conventionnement, elle ne pouvait faire appel à elle pour des déplacements médicaux. Il lui fallait continuer à passer par les taxis et ça posait problème pour les courses courtes.

 

A EGLISE ST NICOLAS DES CHAMPS DE PARIS

Cérémonie de prières pour les malades, 30 Juin 2016

                 Elle apprit par hasard qu'une cérémonie pour les malades avait lieu chaque Jeudi dans cette église. Des guérisons se manifestaient au cours des réunions ou dans les jours qui suivaient. Des malades ne pouvant pas se déplacer se trouvaient guéris par les prières d'amis venus sur place. On venait aussi de province, environ 1000 personnes présentes. Elle reconnut le médecin des processions de Lourdes sur la vidéo. Elle avait écouté l'une de ses conférences pendant son séjour à Lourdes en 1999. L'église fermait pour l'été après la cérémonie de prières du 30 Juin. Elle décida de s'y rendre. Son taxi l'emmena dans le Marais dès le début de l'après-midi pour des courses et elle se rendit à pieds à l'église pour 18 heures 30. Arrivant un peu avant : église pleine, fauteuils roulant et fidèles assis dans la nef et sur les bas-côtés, d'autres assis par terre ou debout. Depuis 16 heures 30, chants et louanges se succédaient. Impossible pour elle de rester debout longtemps. Elle en fit part à un membre de l'équipe organisatrice : une salle allait être ouverte au fond de l’église. Elle attendit quelques minutes parmi la foule. La salle ouverte se remplit de suite mais quelqu'un lui proposa sa chaise. Le prêtre responsable annonça le début de la cérémonie : chants et louanges demandaient à Jésus d'être présent parmi les fidèles. Jésus vint parmi eux. Un autre prêtre passa parmi l'assemblée présentant le Saint Sacrement. Le premier prêtre annonçait des guérisons instantanées. Encore des louanges et des chants, voix, guitares et instruments : honneur au Seigneur. Que toute cette foule puisse atteindre la sortie de l'église sur la rue St Denis prit un certain temps. Son taxi l'attendait près de l'église.          Dans la soirée, elle sentit un état nouveau. Ses jambes étaient-elles moins raides ? Le lendemain, sortant de chez elle pour aller s'occuper des chats à la fac, elle marchait à grandes enjambées. Pourtant, les raideurs dans les membres inférieurs, chevilles et genoux, étaient toujours présentes.

 

VEZELAY OU LA COLLINE ETERNELLE

Octobre 2016 

                 Notre artiste évoqua la beauté et l'histoire du village perché de Vézelay à la dame procédant au ménage de son domicile chaque semaine. Elle eut envie de connaitre ce lieu de charme dominant les collines du Morvan. Lors de sa première intervention, elle avait découvert les chants de la Fraternité Monastique de Jérusalem et en avait apprécié la beauté. Elle aima les différentes versions du - Notre Père -. Le ménage, exercice physique fatigant, devint plus léger aux sons des voix angéliques des jeunes moniales et des jeunes moines. L'intervenante proposa d'emmener notre amie de temps en temps pour des courses à la galerie marchande située à 4 kilomètres dans la ville des Ulis. Elle y habitait et récupérerait sa fille à l'école par la même occasion. Elles émirent l'idée de se rendre ensemble à Vézelay en voiture et d'entendre les chants à cappella de la fraternité monastique. Comme l'année précédente avec son chauffeur oriental, l'horaire fut calculé pour assister à la cérémonie de midi trente et entendre les voix également présentes au même horaire dans toutes les églises que la fraternité animait, en Europe et en Afrique.

                 Elle avait découvert Vézelay en 1986, le village et sa basilique romane Sainte Marie-Madeleine. Un vaisseau de pierre lumineux et une histoire à travers les siècles depuis le moyen-âge. La deuxième croisade y fut prêchée en 1146 par Bernard de Clairvaux. Vézelay, toujours un lieu de départ des pèlerins se rendant à Saint Jacques de Compostelle. Serait-ce aussi un lieu de départ vers une nouvelle vie et des compréhensions nouvelles ?

                 Trajet par l'autoroute dite du soleil très absent ce jour-là. Après deux heures de route, la voiture se gara sur le champ-de-foire, en bas du village interdit aux voitures. Décor et paysage complètement gris partout autour. Les tons bordeaux de la vigne vierge rampant sur deux façades de maisons anciennes coloraient le décor lapidaire. La rue Saint Etienne montait la pente de la colline. Atmosphère calme. Elle passait devant maisons anciennes en pierre, boutiques d'artisanat, petits restaurants et devant - l'Or des Etoiles -, la petite librairie. Des visiteurs du samedi mais pas de bruit. Elles montèrent vers la basilique, vers le Christ aux bras ouverts à tous en façade, vers le Christ dansant au narthex, vers la voûte romane, vers les chants, vers Marie-Madeleine, vers Dieu.

                 Le narthex : vaste espace aux portes gigantesques. Le Christ du tympan, léger, danse depuis des siècles dans les plis de son vêtement. Il instruit le fidèle et le prépare à son entrée dans la vaste église, dans l'art roman aux différents tons de beiges avant d'atteindre le chœur gothique de pierre blanche. Seuls les chapiteaux et des bases de colonnes sont sculptés. Une architecture sobre, des blocs de pierre, des piliers énormes et le silence.

                 Au XIXème siècle, la restauration de l'architecte Viollet-le-Duc, longue et conséquente, sauva l'édifice en très mauvais état. Il s'écroulait. Résultat des siècles et du temps en marche. Viollet-le-Duc, architecte amoureux de son métier et des pierres. Pour son travail, il vécut un an dans la beauté des édifices du sud de l'Italie.

                 Exceptionnellement, pas de vêpres à midi trente mais une messe demandée spécialement par un groupe de scouts présent. Procession prévue le soir dans tout le village. Elles assistèrent à la messe, entendirent les chants - a cappella -. Des voix pures caressaient l'espace pour monter vers le ciel, vers Dieu.

                 Dieu, viens à mon aide,

                 Seigneur à notre secours.

                 A Toi la Gloire. A Toi la victoire pour l’éternité !           

 En fin de cérémonie, le soleil toucha les vitraux transparents du chœur. La lumière céleste se manifestait-elle pour quelques instants ? Elle donna quelques commentaires sur l'art roman et gothique à sa compagne puis croisa une sœur de la fraternité, un visage connu pour elle à l'église St Gervais. Ce fut plus fort qu'elle,

                 - Vous n'êtes plus à St Gervais ?

                 - Non, me voici à Vézelay depuis quelques temps. Vous êtes du 4e ? Oui, je l'ai quitté il y a peu de temps mais j'y suis souvent. J'y étais déjà au lycée, des parents l'habitaient en 1930. Je sais que vous pouvez, disons - muter -. Des règles sont probablement à suivre.

                 - Il n'existe pas vraiment de grandes difficultés pour changer de lieu. Un poste doit surtout se trouver libre. C'est agréable de découvrir et de vivre dans une nouvelle architecture historique.

                 Descente dans la crypte creusée dans la roche calcaire. Là, les reliques de Sainte Marie-Madeleine attendent le visiteur dans un coffret de verre exposé sous des voûtes très basses. Marcher difficilement sur un sol en creux et bosses, voilà un ressenti inhabituel. Souvenez-vous, elle eut un malaise qui débuta dans la crypte et dura plusieurs heures, la veille de Noël 2009 : la sensation de marcher sur des pics durs puis sur la mer. Des nausées l'avaient envahie.   En Novembre l'an dernier, son chauffeur oriental musulman découvrait Vézelay avec elle. Ses difficultés de marche l'empêchèrent de descendre sous la basilique. Cette fois-ci, en faisant très attention, elle put descendre. Aucun malaise ne se produisit.          Bizarrement, elles descendirent par la montée et remontèrent par la descente sans voir les indications recommandées sur la pancarte. Elle lut le lendemain dans le petit livre acheté à la libraire l'Or des Etoiles qu'une confusion se produisait souvent pour les visiteurs. Allez savoir pourquoi : Marie-Madeleine ? Chacune mis un cierge devant la magnifique statue trônant près de sortie de la crypte. Comme l'an passé, mon interlocutrice crut offrir un cierge à la Vierge. Passant ensuite devant la chapelle de la Vierge, elle comprit son erreur. Elle retourna voir son cierge et la statue : c'était celle de Marie-Madeleine !          Chacune passa du temps dans ce narthex immense à admirer le Christ dansant au tympan, ses genoux pliés, ses pieds valsant vers le sud. Une danse offerte aux fidèles entrant dans la légèreté de la pierre sculptée. Une répétition musicale commença, mélange de douces musiques spirituelles non classiques. Tout l'espace roman-gothique se remplit de sons magnifiques. Comment trouver les mots convenables pour les décrire ? Une merveille sonore contemporaine pourtant technique et une merveille minérale traversant les siècles se rejoignaient, s'accordaient, vivaient ensemble. Un cadeau céleste ? Serait-ce la musique du paradis ?  Elle parla à une jeune femme croyant qu'elle travaillait aussi pour la sono. Adorable pointe d'accent anglais. Non, elle accueillait les visiteurs et rangeait sa table de travail. Anecdote des temps actuels : des touristes voulaient entrer visiter l'église avec leur chien ! Les animaux, des créatures de Dieu, sont bénit dans certaines églises au cours d'une cérémonie. A Sainte Rita de Paris par exemple. A Sienne, les chevaux courant la course du Palio entrent à l'église pour leur bénédiction. Difficile en effet d'accepter des animaux visiteurs d'églises.

                 La basilique de Vézelay fut inscrite au Patrimoine Mondial de l'Unesco en 1979.   

                 S'obliger à quitter le vaisseau de pierre ... Imaginez le panorama depuis le chevet au-dessus des remparts : une vue à 180 degrés sur la campagne du Morvan. Elle prit quelques photos malgré la grisaille. Elles déjeunèrent sur un banc du chemin en contrebas des remparts sur la vue de l'immense campagne. Il faisait froid. En remontant vers la façade, restée seule quelques minutes, elle posa son sac sur un banc pour y chercher ses gants. La tête d'un chat apparut à côté de son sac. D'où arrivait-il ce chat ? A l'instant précédant, il n'était pas là.

                 - Je la laisse cinq minutes et la voilà avec un chat !

                 - Je n'ai pas compris d'où il venait. Il semble me connaitre et tient à me caresser. Il marche en équilibre sur le dossier. Minou, minou ! Gentil le minou !

Elles passèrent devant la façade de la basilique. Voilà la coquille St Jacques intégrée dans le bitume de la rue. Le point officiel de départ vers Compostelle ? Elles descendirent la rue St Pierre, la rue principale, prirent plus bas sur la gauche pour passer devant la Cité de la Voix. Personne. Les maisons pierres sur pierres semblaient endormies. Quel calme pour travailler ici pensa t-elle. Elles rejoignirent la rue St Etienne en forte pente. Tentation extrême sur la droite : entrer à - L'or des Etoiles -, la petite librairie. Des titres sélectionnés par le libraire. Un choix savant. Elle acheta quelques petits livres sur Vézelay, la Toscane et l'islam et s'adressa au libraire,

                        - Comment fait-on pour habiter ici ?

Elle avait pensé habiter le village pour quitter Paris quelques années auparavant. Rarissimes les maisons à vendre ou à louer et souvent immenses.    Elles continuèrent à descendre la rue très pentue. Une pancarte d'agence à Avallon : elle nota le numéro de téléphone. Une maison déjà en vente l'an passé. Comme partout en province et en campagne, les biens se vendaient lentement depuis quelques années. Renseignements pris : le bien était sous compromis de vente. Ce village lui plaisait : interdit aux voitures, calme mais actif culturellement et très fréquenté toute l'année. Une commune avec sa Mairie, poste et pharmacie, banque, supérette ouverte 7/7, Avallon et Clamecy à 15 kilomètres en taxi, un historique célèbre et d'autres villages alentours liés à cet historique, un musée d'art contemporain, plusieurs maisons d'écrivains où ont lieu aussi des réunions littéraires, concerts à la basilique et à la Cité de la Voix, marché sur le champ-de-foire une fois par semaine, la Fraternité Monastique de Jérusalem animant la basilique, la possibilité d'entendre leurs chants deux fois par jour, un million visiteurs par an, des pèlerins partant pour St Jacques de Compostelle, aucun tourisme bruyant. Elle demanda à Sainte Marie-Madeleine d'intercéder pour elle auprès de Dieu, si cela était bon et juste pour elle, qu'une une petite maison sans travaux se libère.

                 Il fallut se résigner au départ, monter dans la voiture garée en bas du village. Elles reprirent la petite route contournant le village perché. Plus bas, à l'entrée de St Père, un groupe de pèlerins marchaient, sacs à dos volumineux, chapeaux et grands bâtons. Ils s'engageaient dans un chemin de campagne. Des bœufs blancs broutaient tranquillement dans leur pré. Personne sur la petite route. La voiture reprit l'autoroute à Nitry. Circulation fluide.  Deux heures plus tard, elles arrivèrent sur le grand rondpoint à l'entrée de la ville des Ulis. Elles réintégraient la verte Vallée de Chevreuse.

                 Elle lut dans petit livre - Vézelay l'esprit du lieu - de Edith de La Héronnière, qu'aucun projet financier extérieur au village, aucune mainmise des mentalités actuelles, n'arrivaient jamais à s'implanter. La vocation d'origine du lieu ne cessait de s'imposer encore au XXIe siècle. Sainte Marie-Madeleine y veillait-elle personnellement ? D'après ce livre explicatif intéressant, il règne à Vézelay une sorte de désordre ambiant depuis toujours : situations et faits spontanés des résidents et visiteurs entrainent sans le vouloir, le non-respect des consignes indiquées, une légère anarchie du lieu. Souvenez-vous, elles ne virent pas les pancartes indiquant le sens de la descente et de la sortie de la crypte et firent l'inverse et mon interlocutrice confondit la statue de la Vierge et celle de Marie-Madeleine. Répétition de sa confusion incomprise de l'an passé. Ajoutons qu'elle découvrit lors de sa dernière journée au village, des détails non remarqués depuis sa première visite en 1986 : les boutiques dans la rue principale, le chœur de pierres très blanches trop neuf à ses yeux, le chemin en contrebas du chevet sous les remparts, l'an dernier le parking du champ-de-foire était gratuit et cette année, payant. En 2009, le conférencier affirma que la basilique avait nécessité très peu de restaurations du célèbre architecte Viollet-le-Duc : les livres expliquaient le contraire. Confirmation du désordre étonnant du lieu ?

                 Les Fraternités Monastiques de Jérusalem : un ordre récent créé en 1975 à l’église Saint Gervais de Paris par le Cardinal Marty et Pierre-Marie Delfieux, premier Prieur, ancien aumônier de la Sorbonne. Il passa ensuite trois années au désert. Des moniales et moines, jeunes et citadins, sans clôture. Ils vivent dans la ville et avec elle. Ils travaillent à mi-temps. Ils prient, animent et célèbrent les offices des lieux religieux qui leur sont attribués en gérant aussi une hôtellerie recevant quelques jours des fidèles de passage pour une retraite ou des séminaires qu'ils organisent. Ces religieux habitent dans les villes d'Europe et en Afrique. Ils animent des lieux prestigieux comme la basilique de Vézelay et le Mont st Michel, l'église de la Trinité des Monts à Rome et la Badia de Florence. Leurs chants - a cappella - d'une grande pureté, montent vers les voûtes et élèvent les esprits vers le Créateur.

*

Jésus aurait dit,

Je suis dans le monde mais je ne suis pas de ce monde.

*

LES CHATS DE LA FAC

                 Le Chat, une divinité au Royaume de Pharaon, associé à la déesse Bastet, divinité égyptienne. Le chat, divinité de toujours. Sa belle âme rayonne. Il aime et comprend l'humain son ami, Anonyme --- Dieu a inventé le chat pour que l’humain ait un tigre caresser chez lui, Victor Hugo --- Quand un chat accorde sa confiance à un humain, c’est la plus belle offrande, Charles Darwin --- Si l’on pouvait croiser l’homme avec un chat, ça améliorerait l’homme mais ça dégraderait le chat, Mark Twain.

 

41dknnLQSwL  

Yvette-le-chat, Yveta et ses 3 chatons, Chatonjoli, Quattro

Les frères Ptirou et Granrou, Laureline, Koro

Repas d'anniversaire, Juillet 2015

                 Elle voulait fêter son anniversaire avec quelques personnes. Elle les prévint un mois à l'avance. Prévenir au dernier moment risquait de ne pas convenir. Personne ne se précipita pour lui répondre. Seul, l’Oriental se montra disponible pour un déjeuner à Paris. Etait-elle appréciée par les personnes qu'elle connaissait ? Constatant non-réponses ou refus déguisés, une fois de plus, sa colère éclata. La Bible parle de saintes colères et que nul n’est prophète en son pays … L'ambiance qu'elle imaginait ne serait pas au rendez-vous. Pourquoi n’y avait-elle pas droit ? Elle allait devoir une fois encore passer ce jour-là seule comme chaque année. Elle vous remercie pour une claque de plus en échange d'un élan sympathique. Votre cadeau aurait été votre envie de passer un moment avec elle. Des cadeaux ? Elle n’en reçoit jamais, à Noël non plus. Pourquoi la fuyait-on dès qu'elle proposait une réunion ? Et ça durait depuis des années. Incompréhensif. Ne voyez-vous pas sa vie passionnante ? N’avez-vous pas envie de changer de conversation, d’oublier vos histoires de familles, de gosses, de travail et de vivre des expériences différentes ? Ne voyez-vous pas qu'elle peut se mélanger à pratiquement tous les styles de personnes, sauf à la vulgarité ? Pourquoi n'en profitez-vous pas ?

                 Son amie de Dordogne comme chaque année n'oublia pas sa date d'anniversaire. Dès neuf heures, son téléphone sonna,

                 - Bon Anniversaire Bella !

Quelques minutes après, il sonna à nouveau,

                 - Bonne Anniversaire Fiorella !

Son amie du Havre n'avait pas oublié non plus.

                 A la Fac, Yvette-le-chat et sa fiancée Yveta, Chatonjoli et Quattro, ne demandaient qu'à lui faire honneur et douceur. Elle alla manger avec eux sur la table de pique-nique peinte de mille couleurs par les étudiants. Menu : sardines, thon, croquettes et pâtée, galettes de soja, compote de pommes à la cannelle. Il faisait beau et elle joua longtemps avec eux en agitant un bouquet de plumes au bout d'un long lacet. Les chats sautaient, sautaient après les plumes. Par moment, ils se léchaient mutuellement à la toilette. Ils restaient autour d'elle, venaient se coucher sur la table et se frotter à son visage, repartaient faire un tour puis revenaient. Adorables minous, toujours au rendez-vous.

                 Elle et Yvette-le-chat se connaissaient depuis Juillet 2012. Elle s'occupait d’eux tous les jours. Elle venait à pieds par n'importe quel temps. Vingt minutes de marche. Elle aimait marcher, en ville ou à la campagne, dans le magnifique décor de la fac, dans les vieux arbres. Yvette l'avait adoptée dès la première seconde, le jour où elle passa. Elle raconte son histoire dans son livre - Les Chats -. Il fuyait tout le monde, pas elle. Il venait sur ses genoux pendant des heures et se laissait soigner. Ils jouaient ensemble avec une ficelle. Sur place, elle apportait des articles à lire pour son travail et restait longtemps avec lui quand il faisait beau.

                 L'Amour ... D'où arrivait la toute jeune Yveta en Mai dernier ? Elle garda son secret. Seul Yvette-le-chat le connaissait. Ils se fiancèrent rapidement nez contre nez et vivaient ensemble sous le bungalow de la kfet. Elle leur apporta des lits remplis de tissus polaires. Le chat âgé de cinq ans choisit pour compagne Yveta qui n'avait pas un an. L'Amour n'a pas d'âge ! Arrivant vers midi par le chemin en contrebas, elle les voyait tous les deux allongés dans l'herbe surveillant son arrivée et, hop ! au même instant, ils se levaient ensemble et descendaient la pente en courant, se frottaient à ses chevilles en remontant sur le chemin. Tous les deux, presque complètement blancs, deux queues sombres un peu tigrées, un bonnet noir pour Yvette et l'autre tigré sur la tête d’Yveta. Yvette et sa tâche noire en forme de cœur sur le dos et Yveta et sa tache tigrée sur le flan. La belle Yveta, affectueuse et douce donnant des preuves de ses sentiments à Yvette et à sa protectrice. Le chat sauvage Quattro logeait aussi dans les parages, mais où ? Un beau chat au larges tâches sombres légèrement tigrées sur le dos, la nuque, la tête et la queue, un poitrail et papattes blancs, une tâche ocre dans les moustaches. Elle le connaissait mais il restait à l'écart. Son sosie version chaton lui, apparut en Mai, tout discret sous la kfet. Elle lui donnait à manger à part. Au bout d'un mois, un matin, il vint s'asseoir sur ses pieds. Il la regardait de ses grands yeux d'amour. Un magnifique petit chat d’environ 4 mois. Lui aussi ensuite courait à sa rencontre quand elle arrivait. Chatonjoli, aux grands yeux. Il venait dans ses mains et ronronnait si fort. De loin, elle le confondait avec Quattro beaucoup plus grand, à la fourrure totalement identique. Quattro vint manger à la kfet avec les autres à partir de cette époque.

Chatonjoli, fils de Quattro, été 2015.

                 Le véto la renseigna : oui, un chaton pouvait avoir exactement la même fourrure que sa mère. Alors, Quattro était une chatte et Chatonjoli, son fils.

                 Le ventre d'Yveta grossissait. Le 1er Septembre, elle apporta à la kfet ses trois chatons qu'elle surveillait continuellement. L'amoureuse des chats alimentait tout le monde. Elle avertit le refuge du secteur pour avoir de l'aide et pour qu'on prévoit stérilisations et adoptions. Elle l’avait déjà contacté plusieurs fois mais personne ne se dérangeait. Une vie infernale d'aller là-bas tous les matins, le week-end aussi et travailler à ses affaires sans horaires, tout ça à pieds et en payant toute la nourriture des chats. D’autres avaient deux salaires et au moins une voiture pour se déplacer et transporter leurs courses et probablement sans la zone lombaire démolie depuis 25 ans. Au bout de plus de 3 ans, quelqu'un se déplaça. Yveta passa chez le véto pour sa stérilisation et revint à la kfet. Mignonne et affectueuse, elle fut rapidement adoptée et ses trois chatons aussi. Yvette ne se laissa pas attraper. Non opéré, il se battait avec d'autres chats. Blessé, il se laissait soigner par l'amoureuse des chats. Elle lui retirait les tiques et lui mettait de la Bétadine cicatrisant les blessures. Des bénévoles furent désignées pour passer donner à manger aux chats tous les jours. Elle passait en fin de journée et le week-end. Elle avait besoin de voir ses chats.

                 Fin Septembre 2015, alors que tout allait bien le dimanche matin, quand elle passa en fin d'après-midi, Chatonjoli couché en rond sous les hauts thuyas la regarda avec des yeux très tristes. Il allait très mal. Il se leva difficilement pour aller vers elle. Elle le prit délicatement dans ses mains et le mit sur ses genoux. Chatonjoli ... si beau, si petit, si plein d'amour ... partir vite, à pieds, chez le véto. Son cas était grave. Radios. Le véto n'a pas pu le sauver. Le dimanche, la rue était interdite aux voitures par une barrière dès le samedi à 14 heures jusqu'au lundi matin. Aucune voiture ne pouvait avoir fait du mal au chaton. Un chien non tenu en laisse l'aurait-il attrapé ? Son estomac rentrait dans le poumon et il respirait peu. Chatonjoli ... si beau, si doux ... Elle fit les formalités nécessaires pour recevoir son urne. Elle alla plus tard la porter dans le parc d'un joli château des environs, un lieu magnifique déjà choisi pour sa Minette en Février 2012. Minette ... Chatonjoli ... Elle écrivit ce texte en son hommage,

 

21 Septembre 2015

Ce jour-là, Chatonjoli prit son envol vers le ciel.

                 Elle écrivit ce joli texte en hommage au chaton qui l'aimait et lui léchait les mains avec tant d'amour dans ses yeux.

                        Chatonjoli, toi si joli, tu quittes la terre.  Tu montes dans l'air, vers le ciel clair.  Tu nous étonnes. Tu ronronnes au milieu des oiseaux, si beaux. Par le monde invisible, ton monde, là-haut, dans le ciel bleu doré, des fleurs colorées. Elles te regardent et t'appellent.  Un oiseau, d'un coup d'aile, te porte vers elles. Elles te caressent et te laissent leur Amour, pour toujours. Votre chemin est lumineux, silencieux. Elles te conduisent à ton Père, notre Père. Il t'attend dans sa Lumière. Il te conduit en ta demeure nouvelle, ta demeure éternelle.

L'arrivée des deux frères roux

Granrou et Ptirou en Octobre 2015

                 En Octobre, la kfet des étudiants ferma mais deux chatons roux de quatre mois, poitrail et papattes blancs arrivèrent. D'où venaient-ils ? Yvette les refusait et crachait sur eux. Il crachait déjà sur Chatonjoli. On lui avait pris son habitation ! Il demeurait là, sous le bungalow, depuis sa naissance en été 2010 mais sa mère avait disparue. Le responsable de la kfet lui donnait à manger les denrées de la cafeteria. A cause des nouveaux chatons, il alla habiter sous le bâtiment de l'autre côté du parking.   Les bénévoles u refuge de secteur passaient enfin depuis quelques après avoir réclamé trois ans. Vrai que les bénévoles travaillaient en entreprises toute la journée et que les problèmes félins sont multiples. Elle aussi, travaillait chez elle et menait une vie infernale tous les jours sans pauses, sans congés et payait tout elle-même, ce qui n'affolait personne. Elle avait payé 250 euros pour l'adorable Chatonjoli mais personne n'avait voulu participer ou la rembourser sur le budget du refuge de secteur. Là aussi, pas de curiosité bien placée : on ne voulait même pas voir à quoi ressemblait son travail, sa création photographique ou littéraire concernant le thème des chats entre autres sujets. On préférait acheter chinois dans les supermarchés plutôt que la production inédite d'une artiste faisant partie de leur groupe. Où se cachent donc les personnes valables avec qui parler intelligemment ?                  En Novembre, les deux frères roux et la chatte Quattro furent opérés, stérilisés.

                 Elle me raconta qu'à  sa sortie d'hôpital, le chat Yvette changea d'attitude. Pourquoi ? Avait-il interprété qu'elle l'avait abandonné ? Elle lui expliqua qu'elle avait payé quelqu'un pour lui porter à manger tous les weekends pour cause de coma, de maladie rare, grave et mortelle et d'hospitalisation de 4 mois avec rééducation physique à la marche impossible complètement. Elle lui avait aussi dit plusieurs fois, qu'en rentrant chez elle, la kfet était trop loin pour elle à pieds, qu'elle ne marchait pas encore dehors pour venir le voir, bref, elle ne l'avait pas oublié du tout et elle pensait continuellement à lui mais ... impossible de venir le trouver et de s'occuper de lui. Gentil le chat mais tellement moins caressant, tellement moins amical. Il ne venait plus sur ses genoux pendant des heures comme avant et ne se laissait plus soigner en ronronnant. Etrange ... qu'avait-il imaginer pendant son absence ? Il vint sur ses genoux une seule fois après son retour, le jour de son anniversaire, le 25 Juillet. Il savait probablement que c'était un jour particulier et il resta longtemps sur elle. Il ne recommença jamais. A la mi-janvier 2016, il partit définitivement ne supportant pas de vivre avec les deux chatons roux et blanc, deux. Yvette n'aimait pas les chatons. Parti où Yvette ? Elle l'ignorera pendant encore des mois. Elle se faisait un souci monstre. Elle avait perdu son chat. Etait-il en difficultés, en danger ? Mangeait-il ? Elle vivait mal la situation affectivement. Les bénévoles avaient favorisé l'installation des frères roux à la kfet sans se soucier du logement du chat Yvette et de leurs sentiments réciproques alors qu'ils avaient construit une vie ensemble depuis Juillet 2012. Sa démarche n'était pas seulement un acte technique vital de nourriture. Sa douleur provoqua une réaction violente verbale envers ces femmes. Elle leur fit une vie difficile et elles ne comprenaient pas. Pourtant facile d'analyser en une seconde : pas besoin d'avoir un doctorat en psycho. Elle était agressive et voilà tout. Avait-on pensé à Yvette et à elle ? à leur affection de longue date ? Non. De quoi montrer de l'agressivité. Elles reçurent des sms explicatifs virulents pendant plusieurs jours jusqu'à minuit. Elle leur expliquait leur comportement qu'elle n'admettait pas. Elle découvrit le choriza des frères roux et leur signala. Les yeux de Ptirou suppuraient un liquide marron. Hospitalisés pendant une semaine les deux chatons. Pas certain que Ptirou s'en remettrait. Son frère était moins atteint. Ptirou s'en remis mais resta plus petit de corpulence alors que Granrou, son frère, est trapu. Ptirou eut plus tard encore des antibiotiques : il éternuait souvent. Un an et demi après ce coryza, Ptirou est toujours deux fois moins grand que son frère mais en forme. Depuis chaton, elle remarqua le regard très doux de Granrou. Il câline et mordille la main de sa protectrice. En fait, Granrou est une chatte. Ptirou est le mâle, fanfaron, batailleur, il mange dans son assiette et dans celle des autres. Vint se joindre aux chatons roux, un joli chat blanc et tigré vivant dans les parages, déjà connu de notre amoureuse des félins : Quattro. Il dormait avec les autres sous la cafétéria.

                 Après avoir scotché des affiches et la photo d'Yvette dans l'entrée des cantines et sur des portes de bâtiments de la fac, (beaucoup d'étudiants le connaissaient), trois étudiants lui téléphonèrent en Mai. Ils avaient aperçu le chat noir et blanc dans le secteur de l'autre résidence universitaire, à l'entrée de la fac côté Bures. Etonnée qu'il fut parti par là ...Tous les jours, elle porta des croquettes là où l'un d'eux l'avait vu sortir d'un local poubelles. Etonnant quand même : elle ne le rencontrait jamais pourtant, il la connaissait depuis plusieurs années. Pas de chat Yvette à l'horizon, et elle continuait à mettre des croquettes pour lui. Un jour, elle rencontra un chat noir et blanc vivant sur ce secteur. Elle parla avec un post-doc chinois qui s'occupait de ce chat Collé venant manger chez lui le soir. Il ne connaissait pas Yvette.

                 La chatte Quattro, depuis déjà longtemps devenue très sociable, arrondissait son dos pour demander des caresses. Une très jeune minette qu'elle surnomma Yvettabis puis Lauréline arriva en Mai : discrète, timide et craintive, restant toujours à l'écart des autres. Elle participait à sa façon en observant de loin ce qui se passait comme les jeux des autres chats. A partir d'Août, elle commença à avoir moins peur et vint manger avec les autres sur la table de pique-nique et aussi jouer avec des plumes et un bouchon au bout d'une ficelle. Elle se mit à courir après des mouches, des papillons ou à s'amuser avec une petite balle orange. Vous avez certainement compris que tous, suivaient un cursus spécialisé à la fac ! Son chauffeur maghrébin passait par la fac avec notre amie si nécessaire avant d'autres rendez-vous pour donner à manger aux minous mais, il restait à l'écart à cause de son allergie à la salive déposée par les chats sur leur fourrure.

                 Fermeture définitive de la cafétéria fin Décembre 2015

                 Différents problèmes existaient. La fermeture arrangeait bien notre amie. Elle n’avait plus à tenir compte des étudiants bénévoles, de l’employé officiel qu’elle n’appréciait pas. Elle n’entendait plus de cris de sauvages sortant des fenêtres. Elle ferait entièrement ce qu’elle voulait avec les chats qui ne mangeraient pas n’importe quoi ne convenant pas aux chats. Elle n’aurait plus à se cacher avec Yvette sur les genoux. Elle avait le droit comme tout le monde de venir là mais sa présence n’était pas appréciée par l’officiel. Les nombreux restes de joints jonchant allaient probablement disparaitre aussi.

 

Arrivée de Laureline en Mai 2016

                 Yveta était-elle revenue ? Mais non, c’était son sosie. Son enfant, l’un des trois chatons d’Yveta, oublié par une bénévole. Elle fut stérilisée et appelée Laureline. Une petite chatte de 8 mois, craintive. Elle resta à distance, observant de loin ses compagnons du bungalow. Petit à petit, elle vin manger sur la table de pique-nique ave les autres mais il fallut plusieurs mois. Et elle aussi se laissa finalement caresser par notre amie. Elle la photographia mille fois. Et ses portraits partirent en donations rejoindre les portrait d’Yvette, de Ptirou et Granrou, de Chatonjoli et Quattro à la Feline Historical Foundation de l’Ohio. Et Laurelline/Yvetabis bientôt courra après la ficelle elle aussi. Son museau fin, son regard angélique étonné … elle tournait sur elle-même attrapant sa queue et tout à coup, virevoltait comme une feuille dans l’air.

                 Les chats Wallou à la fac, été 2016

                 Déjeunant un dimanche avec ses chats, elle mit sur son téléphone, - On lâche rien -, du groupe Les Saltimbanks et chanta avec eux sous les arbres. Les quatre chats, allongés dans l'herbe dormaient seulement d'un œil comme savent le faire les minous. Ils se réveillèrent surpris par les voix sortant de la boite blanche. Ils sautèrent sur la table de pique-nique, rôdèrent autour de la boite, étonnés aussi de découvrir leur protectrice chanteuse. Ça manquait à son palmarès pensèrent les chats. Ils s'allongèrent autour d'elle sur la table. Comble de leur étonnement quand elle répétait, Wallou-ou, Wallou-ou avec le chanteur d'origine marocaine. Les chats n'en croyaient pas leurs yeux. Ils se levèrent tous et chantèrent aussi Wallou-ou-ou-ou, Wallou-ou-ou-ou ! Un scoop !

                        Elle déjeuna plusieurs fois le dimanche avec ses copains-chats. Ils chantèrent encore tous ensemble le Wallou-ou-ou-ou, sous les arbres. Rares promeneurs. Parfois, on venait lui demander une info. S'ils avaient un chien, les chats montaient dans les arbres. Ils décelaient l'animal avant même qu'il soit en vue. Elle les filmait. Elle les photographiait dix mille fois. Les chats restaient autour d'elle, allongés par terre ou sur la table de pique-nique, jouant avec un bouchon, une feuille puis dormant un peu. Quattro sautait sur les plumes tellement vite que Ptirou n'avait pas le temps de les attraper, et, étonné, il se demandait pourquoi. Par un coup de patte, Granrou revendiquait le jeu des plumes à Quattro. Laureline, restant à l'écart du groupe, observait à 6 mètres de là. Granrou finissait toujours par aller faire un tour plus loin puis revenait se faire caresser ou se frottait contre Quattro et son frère. Quattro léchait le visage et l'intérieur des oreilles de Granrou puis, prenant Granrou par le cou, continuait en lui léchant toute la tête et le front. Magnifique à voir et à photographier. Plus loin, Ptirou, moustaches en avant, sautait sur un petit plumeau rouge. Une chatte se fit voir de temps en temps, signalant sa présence de loin pour obtenir à manger : son ventre pendait. Où avait-elle caché ses chatons ?

Le chat Collé

                 Le chat noir et blanc à la résidence universitaire plus récente sur la rue Collé, un chat adulte, costaud, un chat à grosse voix. Elle lui portait des croquettes avant de rejoindre les chats de la kfet plus loin. Yvette-le-chat restait introuvable qui pourtant lui avait été signalé trois fois dans le secteur Collé. Avait-on confondu Yvette-le-chat et le chat Collé, tous les deux noir et blanc ? Elle parla à Collé, lui donna à manger. Sympa le chat. Content. Il l'adopta facilement. Une grosse voix éraillée le chat. Il venait voir un doctorant chinois à son studio en rez-de-chaussée qui cuisinait des plats de son pays. Sur un tapis devant l'entrée du studio, le chat trouvait à manger mais ne rentrait pas chez le chinois.

                 - Chat difficile ! Chat veut poisson, jambon. Chat vient le soir.

Qui prétendait que les chinois mangeaient les chats et les chiens ?

                 - On m'a déjà dit ça plusieurs fois.

Et il rit. Elle posa de temps en temps sur le tapis un stock de croquettes ou une boite de pâtée pour le chat Collé.

Un jeune africain plombier

                 Un dimanche après-midi, s'occupant des quatre chats de la kfet, un jeune africain traversa près de la table de pique-nique. Il découvrit les chats et prit place à la table. Ils discutèrent longtemps de la société, de son métier, plombier. Un plombier sénégalais en France depuis quinze ans. Intéressant ce plombier. Les chats écoutaient un peu à l'écart. En fait, il se promenait dans la fac et revenait chercher sa voiture garée dans le secteur quelques heures auparavant. 19 heures 30, elle devait enfin rentrer chez elle. Ayant compris qu'elle habitait loin, il lui proposa de la déposer à son domicile. Il avoua avoir eu grand plaisir en sa compagnie. Une belle personne d'après lui.

Un agent de sécurité musulman

                 Dimanche matin, un agent de sécurité, vint contrôler le motif de sa présence. Il ignorait la présence des chats. Elle lui expliqua. L’homme brun engagea la conversation sur La Mecque et le Coran.

                         - Peut-être qu'un jour vous vous rendrez là-bas, en pèlerinage.

                        - Avec moi, faut s'attendre à tout ! J'étudie l'Islam justement. Ça m'intéresse beaucoup et tout le monde devrait au moins connaitre les bases exactes et non pas mémoriser les erreurs dites à la télé.

Le service sécurité de la fac savait ainsi qu'elle s'occupait des chats.          

Ils habitent sous le bungalow, regardez, ils ont des petits lits, des gamelles d'eau et je leur mets à manger tous les jours.

 

Des agents de sécurité ex-pompiers de Paris

Un autre jour, deux gardiens, ex-pompiers de Paris, passèrent par le secteur des chats. Et ils se mirent à parler avec elle de leur métier. Elle les écouta et interrompit sa prise de photographies. Le temps passa trop vite. Il faisait nuit déjà. Ils lui proposèrent de la raccompagner chez elle en voiture.

*

Et tous ceux qui passaient par là, voyant les chats en bonne forme, beau pelage et œil vif, pourquoi n'avaient-ils pas envie de leur apporter à manger et de jouer avec eux ? Ne venez pas lui dire encore qu'il faut du temps. Elle n'en avait pas et vivait des horaires des plus anormaux sans souffler. Il suffit d'avoir envie vraiment de s'engager pour une cause valable.

*

Apparition du chat Yvette

                 Les quatre chats étaient là. Vite, vite, on a faim ! On veut jouer ! On mangea. On joua. Les marrons tombaient sur le sol. Elle lançait les marrons et les chats couraient pour les rattraper. Il commençait à faire froid. Elle allait partir quand au détour de la kfet ... Yvette-le-chat arriva, le regard furibond. C'était bien lui. Il la reconnut de suite, se laissa caresser furtivement.

                 - Mon Yvette ! Comment vas-tu ? Une caresse minou ? Mon Yvette chéri mais où étais-tu ? 9 mois sans te voir !

Les quatre chats étonnés regardaient la scène de loin, voulant se rapprocher, puis, hésitant.

                 - Mon Yvette, viens manger sur la table de pique-nique comme avant.

Heureusement, les chats avaient laissé de la pâtée. Yvette monta sur la table, regarda la pâtée dans la gamelle, regarda les autres chats qui l'observaient. Seule, la toute blanche Yvetabis, assise dans l'herbe, l'œil candide s'amusait. Les trois autres chats voulurent s'approcher. Yvette, le regard méchant, près à leur bondir dessus ... Je mange ou je bondis ? Il mangea un peu. Tout à coup, il plaqua Quattro par terre qui passait sous la table. Hurlements ! Elle frappa dans les mains pour leur faire peur et arrêter la bagarre. Elle éloigna les chats pour empêcher un autre pugilat. Yvette, trapu, musculeux, l'œil méchant, prêt à bondir sur tout ce qui bouge. Elle voulut le caresser et il lui cracha dessus.

                 - Allez, mange donc Yvette, profites-en. Je suis contente de te voir. Où habites-tu ?

Il ne répondit pas, comme d'habitude. Je pensais bien que tu ne vivais pas à la résidence universitaire rue Collé. On t'a confondu avec le chat Collé. Tu le connais le chat Collé ? Tu ne vas toujours pas me répondre ? Il finit de manger, sauta par terre pour courser rageusement Granrou. Il leur en voulait probablement toujours de lui avoir volé son logement il y a un an. L'œil mauvais, il joua le gros dur, passa sous le bungalow, ressortit par l'autre côté. La luminosité disparaissait. Froid glacial. La nuit descendait. Elle avertit la responsable et espéra qu'Yvette ne pouvait pas faire de mal aux chats logés là, à sa place. Elle passa rapidement à l'autre résidence, laissa des croquettes sur le tapis du chat Collé devant le studio du chinois. La nuit tombait vite en Novembre.         Elle décida de sortir à nouveau un livre photographique en l'honneur des chats de la fac. Ils le méritent..

 

Arrivée de Koro en Septembre 2017

                 Un matin, elle découvrit un gros chat tout noir sortant sa tête de dessous le bungalow. Il cracha de peur pendant trois matins mais comprit vite qu’il n’avait rien à craindre d’elle. Elle avertit la responsable du refuge de l’arrivée d’un nouveau chat. Un chat noir, pas tout jeune, dominant. Il chassait les autres alors qu’ils s’entendaient tous bien ensemble. Problème …

                 La petite Lauréline si peureuse partit. Où ? Impossible de savoir. Comment allait-elle manger ? Mon interlocutrice la pensait fragile. Elle n’était pas un grand chat au corps costaud. Elle était contrariée mais comment faire ? Elle la chercha plus loin vers les serres plusieurs fois sans la trouver. Elle la vit parfois venir manger à la cafétéria arrivant du secteur des serres et traversant le grand parking, vide le weekend. Elle lui préparait une écuelle qu’elle lui posait à part plus loin pour que Koro ne la remarquât pas.

                 Ptirou, Granrou et Quattro partirent à l’écart pour ne pas recevoir les agressions de Koro. Le bâtiment des chambres d’étudiants tout proche venait d’être évacué en Juin. Les chats comprenaient lorsque notre amie arrivait avec la nourriture. Ils la rejoignaient. Cela dura jusqu’en Décembre. Elle eut un soir l’idée de demander à une magnétiseuse de s’occuper du cas Koro. Elle le soigna sur photographie chaque soir. Au bout de trois mois, le chat, boulimique qui se jetait sur 300 grammes de nourriture et mangeait aussi dans les assiettes des autres, mangea un peu moins. Il devint calme bien que dominant. Les autres chats, sauf Lauréline, revinrent tout en restant méfiants. Un beau travail de la magnétiseuse. Très affectueux, il venait sur les genoux, lançait de grands coups de tête énergétiques et suivait notre amie continuellement. Granrou se montrait parfois jaloux, regardant notre amie de loin, pas content car, lui aussi, aimait beaucoup la gentille dame depuis son arrivée en Octobre 2015 et il aimait poser son nez sur le sien.

Breaking news des chats 2017

**Comment Granrou a t-il pu se faire mal ? Elle découvre un samedi matin sa joue droite très enflée, disproportionnée. Le lendemain ? Même état. Une blessure juste après les moustaches. Elle contacta sa collègue et l'infirmière bénévole. Solution : antibiotique pendant 7 jours. Sa joue dégonfla petit à petit laissant voir une autre blessure cachée auparavant dans les poils blancs et les moustaches. Attaque d'une sale pie expliquant les deux blessures ? Minou Granrou un peu endormi, fatigué mais son grand appétit toujours présent. Sa gourmandise habituelle le servait peut-être. Et il se remit rapidement mais une zone d'environ 7 cm2 sans poils, une fois la joue dégonflée, montrait la blessure et la cicatrisation en cours. Granrou ... Non, tu ne te grattes pas surtout ! Les jours qui suivirent, il voulut bien courir à nouveau après la ficelle. Depuis un an, il ne semblait pas vivre sous la kfet. Comprenant qu'elle était là, il arrivait du bout du bâtiment et du parking en courant, lui parlait en miaulant et, hop, montait sur la table de pique-nique, bisous-nez mouillé et frottait son visage sur les joues de la dame. Mais où dormait-il ? Dieu seul le sait ! Les pies sont méchantes. Elle a vu deux pies cherchant à attaquer un chat de maison dans les espaces verts près de son appartement. Elle a fait peur à tout le monde pour éviter le pire.

** Ptirou, le frère de Granrou, gentil et distant, s'entendant bien avec ses congénères. Il jouait bien à la ficelle mais Quattro bondissait avant lui. Il ne comprenait pas pourquoi il n'attrapait pas la ficelle.

**Chatonne prit des libertés. Elle vint depuis son bâtiment du parking pour manger avec les autres à la kfet. Avait-elle accouché ? Où avait-elle caché les chatons ? Chatonne se mit à caresser les chevilles de la gentille dame qui apportait à manger et à miauler gentiment. Je suis là disait-elle ! J'ai besoin de manger beaucoup et que tu me caresses le dos.

** Blangri, le frère de Chatonne, mignon mais très sauvage : il ne se faisait pas voir souvent. Elle portait une grosse ration de croquettes au bâtiment du parking pour eux deux.

** Quattro se frotte à la fourrure de Granrou et lui lèche le front. Il saute avant tout le monde sur la ficelle. Les autres en restent ébahis.

**Attente depuis plusieurs mois de l'autorisation de la fac pour installer des maisonnettes pour les chats dans le secteur de la  kfet devant être démolie. Elle voit l'hiver arriver et s'inquiète. Elle aimerait que les maisonnettes soient là. Lenteurs et grand doucement d'administration.

**Les chats affirment : des humains passent par chez nous avec leurs chiens tenus en laisse ou non. Nous, on comprend avant tout le monde leur arrivée sans les voir. Nous savons s'il faut se cacher sous la kfet ou monter dans un arbre, vite, vite. Des humains bizarres : même quand ils savent que nous habitons là, ils passent alors que la fac s'étend sur des kilomètres entre trois communes et trois stations de métro. Ils pourraient passer à l'écart de notre domicile par précautions. Nous avons remarqué qu'ils ont la même mentalité qu'avec leurs gosses. Leurs chiens ont toutes les qualités possibles et eux, ils savent tout. Sauf, qu'ils manquent infiniment de logique et croient connaitre les détails de notre personnalité. Leur copie est à revoir et vite de préférence.

**Nous, les chats de la fac, Granrou, Ptirou, Quattro, Koro, Yvette, Laureline, déclarons que - la gentille dame -, celle que nous connaissons depuis l'été 2012, nous parle, donne à manger et nous fait jouer. Elle est notre grande amie pour toujours. Nous l'aimons et elle nous aime vraiment.

 

                 LE CHAT OSCAR

                 Elle me parla aussi du chat Oscar, un chat américain vivant dans un hôpital. Les médecins classiques rationnels durent reconnaitre un savoir particulier des chats. Oscar savait mieux qu'eux parfois. Lorsqu'un malade se trouvait en grande difficulté de vie, Oscar entrait dans sa chambre. Il s'installait sur son lit pour l'assister vers sa nouvelle destination. Vous pouvez en lire plus sur le web selon votre envie. 

8 

LE CHAT ROUX DES VOISINS, 2016 - 2017

                 Un chat trapu, visage carré, très affectueux avec tout le monde. Vous voyant arriver, il se roulait par terre à vos pieds. Il avait ses copains-chats dans la résidence. Pour monter sur son balcon en rez-de-chaussée surélevé, ses maîtres lui avaient construit un petit escalier en biais. Il passait ensuite la tête entre les barreaux de la balustrade du balcon pour rentrer manger ou dormir chez lui. Ses maîtres absents dans la journée, le chat gambadait dans la résidence. Il jouait avec son copain. Par sécurité, il portait un collier connecté. Ses maîtres pouvaient ainsi déceler sa position. Le chat prit l'habitude de venir voir mon interlocutrice vers 18 heures. Agile, il sautait sur son balcon puis sur le large rebord de la fenêtre de son bureau. Il la voyait travailler à son ordinateur - Miaou-miaou, je demande à entrer chez toi. Je suis le chat sympa -. Grands coups de tête et gros bisous mouillés. Il s'asseyait sur son bureau pour faire un peu de toilette ou jouait à la ficelle.  Un tour dans l'appartement, il s'allongeait sur le parquet ou sur les papiers à côté du clavier sur son bureau. Il restait un moment, bisous, jeu de ficelle, un peu de sardines sans huile et demandait à sortir. Et il revenait le lendemain.

                 Le jour de mon interview chez elle pour connaitre son environnement vert près de Paris, alors que notre entretien allait se terminer, le chat roux apparut à la fenêtre de son bureau. Il fit un signe de la tête. Facile de comprendre qu'il voulait participer à la fin de l'entretien. Il venait de tout écouter depuis le balcon. L'entretien devait être déjà répété à l'univers. Une diffusion beaucoup plus massive qu'un éditeur classique.

 

HASARD et COINCIDENCES ?

                 Ne serait-ce pas surtout un langage à décoder quand ces situations se présentent. Voici des exemples vécus.

                 Le 6 Décembre 2016, jour de la Saint Nicolas, un prénom inscrit à l’état civil de notre amie, elle avait rendez-vous à l'hôpital pour sa perfusion mensuelle. La doctoresse suivant son dossier lui annonça une publication récente suite à l'étude de sa maladie par un Chu de province. Elle n'avait lu que le résumé pour l'instant. Pour les patients dont le motif déclencheur de sa maladie est ignoré, l’arrêt du produit perfusé devenait possible. Il y a un mois seulement, elle lui annonçait que l'étude pouvait durer des années. Dieu aurait-il guidé les esprits pour arriver rapidement à ce résultat ? Dans son cas, il n'existait aucune preuve (lui disait-on) de motif bactérien par E. Coli, ni aucune preuve génétique détectée sur son Adn. Mais ... elle avait compris depuis longtemps que E. Coli tueuse était responsable. L'analyse avant la mort de la bactérie au bout de 21 jours n'avait pas été pratiquée. Sa présence vivante en début de maladie ne pouvait plus être détectée après le délai cité. Elle avait demandé aux instances célestes de résoudre la question. Un énorme cadeau pour sa fête ? Par ce témoignage, avouez honnêtement qu'un système présent et agissant nous dirige. L'hôpital camouflait cet oubli d'analyse. L'équipe néphrologue de cet hôpital, non expert de cette maladie rare, grave et mortelle, aurait pu se renseigner auprès des experts dans les hôpitaux de Paris puisqu'ils sont censés se connaitre par des réunions communes. Allait-elle les mettre au tribunal ? Et puisqu'on ne pouvait pas prouver la cause ayant provoqué sa maladie, pourquoi avait-on continuer le produit de perfusion pendant deux ans, nécessitant un antibiotique deux fois par jour pour compenser la perte d'immunité engendrée ? Pour faire marcher le commerce ? Pour faire un essai et observer ? Pourquoi lui disait-on qu'elle n'avait plus besoin du produit de perfusion seulement en Janvier 2017 si la fameuse bactérie n'était plus active depuis 21 jours après le 4 Octobre 2014, date du début de son coma ? Un produit perfusé inutile avec effets secondaires importants jusqu'en Janvier 2017 compris nécessitant la prise en plus d'un antibiotique deux fois par jours ravageant son intestin pendant des mois et des mois pour cause de non-immunité crée par le produit perfusé ? Pour recevoir des incentives par le laboratoire étranger producteur de cet unique produit au monde mettant en veille la maladie pour 20 000 euros par mois ? Principe de précaution ? Etait-elle si bête pour qu'on ne lui expliquât rien depuis Octobre 2014 ? Et ces médecins n'avouant pas que l'analyse de base n'avait pas été faite en temps opportuns : un procès mérité. Normal au XXIe siècle des médecins qui font des erreurs ou ne savent pas travailler ? Lors de sa prochaine consultation de contrôle, la néphrologue la suivant sera en face d'elle. Elle devra répondre de préférence sans la prendre pour une idiote. Entre temps, 10 effets secondaires de son hypertenseur devenaient évidents et très gênant depuis longtemps. Elle eut un pré-sentiment. Avait-elle de la tension ? Elle contrôla et constata qu'elle n'en avait pas. Elle arrêta le produit du jour au lendemain et vérifia sa tension chaque matin pendant un mois. Pas de tension. Pourquoi lui prescrivait-on ce produit depuis son hospitalisation ? Elle en parla au contrôle suivant,

                 - Je ne comprends pas pourquoi je prends ce médicament inutile depuis si longtemps ?

Réponse : devoir bloquer une hormone en liaison avec le problème rénal survenu en début de maladie. Etait-ce la vérité ? Pourquoi ne lui en avait-on jamais parlé ? A son âge, elle avait obligatoirement de la tension, comme tout le monde ? Si ce produit fut utile à un moment donné, pourquoi n'avait-on pas vérifié ensuite qu'il l'était toujours ou non ? Une situation trouble ressentie qu'elle ne pouvait excuser.

                 - Il aurait fallu m'expliquer, affirma t-elle.

*

                 Autre exemple, en 1997, elle reçut le montant de la succession de son père le jour de son anniversaire. Cadeau totalement inattendu qui allait lui permettre de continuer à financer son travail et ses déplacements en France et en Europe, l'édition et la diffusion de ses livres par donations auprès d'instituts culturels réputés, d'être présente à des concerts prestigieux qu'elle considérait comme de expériences exceptionnelles à vivre pour pouvoir ensuite les écrire et vous les raconter.

*

                 Une intervenante pour le ménage de son domicile s'appelait Saint Marc. C'est le saint patron de Venise, sa ville d'adoption. Lui faisait-il un clin d'œil depuis sa basilique aux parois de mosaïques remplies d'or ?

*

                 Et ce musulman né à Paris, rue de l'église ! Très étonnant quand même. Il entrait d'ailleurs dans les églises facilement. Il aimait leur atmosphère.

*

                 Un auteur parlait de ces coïncidences ainsi : c'est quand Dieu fait de la poésie !

 

HARCELEMENT 

                 Dans les années 60 sur le Boulevard Saint Michel

                        Elle fut souvent importunée en regardant des vitrines. Elle ne s'occupait pourtant de personne. On se permettait de venir près d'elle et de lui parler bêtement. Et elle était obligée de partir mais on la suivait. Plusieurs fois elle en égueula un au milieu du boulevard. Elle n'hésitait pas parler très fort au milieu des passants pour montrer la bêtise de toujours et entrait chez Gibert, montait dans les étages, pour regarder les livres et faire ce qu'elle voulait.

                        Cet autre descendit du métro lui aussi à Saint Michel et la suivit. Elle s'adressa à un policier sur le quai des Grands Augustins, de faction près des bouquinistes.

                 - Que voulez-vous qu'il vous fasse en plein jour ?

A quoi servait-il ce policier ?

                        Le père de sa filleule

                 Il reçut pratiquement sa porte d'appartement sur le nez un dimanche d'été. Sa femme ? Partie en vacances avec les deux filles dans leur caravane. Et     toujours de grasses allusions en profitant d'un moment sans témoin lorsqu’elle venait les voir. Elle élimina le père de la filleule, sa femme et la filleule elle-même.

                 Et toutes ces femmes …

                 Ayant besoin d'un homme pour vivre surtout matériellement se faisant entretenir légalement ou selon une autre formule plus actuelle. Elles acceptent une liberté très réduite au moins partiellement sinon totalement. A quand la mode d'avoir envie d'être LIBRE vraiment ?

                 Et avec le fameux cachet bleu

                 20 ans après, les hommes se croient forts à nouveau et se permettent d'importuner les dames à n’importe quel âge même à nouveau celles qui savent depuis toujours ne pas avoir besoin d'eux. Et voilà, qu'en 2008, habitant le centre de Paris et l’apparition de la fameuse pilule masculine, elle est à nouveau dérangée par ces messieurs alors qu'elle ne leur demande surtout rien. Parce que, évidemment, dans leur esprit, toutes les femmes ont besoin d'eux au moins pour le cul !

Fêter ses 20 ans de mariage avec sa femme

                 Par relations, la voilà conférencière du couple dans le centre de Paris. En remerciement, elle fut invitée à diner avec eux pendant la traversée de Paris sur bateau-mouche. Quelle beauté de voir l’architecture de l’île Saint Louis dans le soir, éclairée par la puissante lumière des projecteurs du bateau. Le couple la raccompagna chez elle en taxi. Assise entre elle et lui. La soirée ne pouvait t-elle pas être complètement réussie ? Il fallut supporter les mains de Monsieur sans ne rien pouvoir faire.

Un homme marié

                 Comment avait-il pu imaginer qu'elle admettrait ses basses propositions ? Les femmes devaient-elle être à la disposition de ces messieurs systématiquement ? Certaines avaient des buts nettement plus culturels et intellectuels. Lui et d'autres n'avaient pas compris qui elle était. La prenait-on pour la putain de service ? Elle envoya une lettre adressée à Monsieur et Madame. Invoquer le vrai motif pour qu'en plus on refuse de la croire ne pouvait pas être cité. Monsieur, à la discrétion toute provinciale, lui fit par deux fois des avances. Qui eut imaginé son projet avec l'amie d'enfance de sa femme dont les parents se connaissaient depuis 1936 ? La lettre signalait qu'elle ne voulait plus les voir, que depuis 25 ans, elle ne les appréciait pas. D'ailleurs, quels points communs ? Aucun. Goûts et analyses autres. Un conventionnel lui conseilla 30 ans après les faits qu'il ignorait, de reprendre contact. Il y avait prescription parait-il. De quoi se mêlait-il ? C'est elle qui dirigeait ses affaires et personne d'autre.

Elle

                  Rien à perdre, rien à gagner. Elle agissait toujours en accord avec son ressenti et sa logique. Cette personne, froide depuis toujours, diplômé, un savoir seulement, ne l'aimait pas. Il l'avait agressée quand elle avait 6 ans par un geste très significatif. Un diplômé parmi d'autres prétendant que les enfants ne comprenaient rien. Ils comprennent souvent mieux que des adultes surtout si, comme elle, ils sont nés visionnaires dans certains domaines. 

La gifle

                 La jeune fille travaillait temporairement en qualité hôtesse dans un salon. 17 ans. Un homme de position hiérarchique élevée s'intéressa à elle. Le coup classique. Elle fit comprendre plusieurs fois par quelques mots et attitude son intérêt inexistant. Il insista, insista. La gifle claqua le visage masculin en présence de l'assistance. Un scoop très réussi. 35 ans plus tard, pratiquant un tout autre métier, la dame se trouva à nouveau devant cet homme de position hiérarchique élevée dans une société mondiale connue. Il lui dit : - Vous avez toujours la main aussi rapide ? Je me suis mal comporté. Cette gifle, je la méritais.

L'éditeur

                 En 2010, cet éditeur la prit probablement pour la femme classique n'osant pas réagir. Il aurait mieux fait de s'enquérir avant de son signe zodiacal, le Lion. Au bout de trois mois de contrat éditorial, la prenant pour la boniche de service, il lui demanda de prévenir untel et l'autre de sa venue à Paris pour une réunion tous ensemble chez elle. Pourquoi n’organisait-il pas lui-même la réunion ? Au cours d'une conversation, elle parla d'une chatte l'accompagnant dans la vie depuis deux ans : l'allusion à une partie du corps féminin ne manqua pas. Elle lui écrivit une lettre listant ce type de réflexions et toutes les idioties ou erreurs dont il était responsable. Et voilà l'éditeur éliminé. Et ainsi, elle décida d'éditer elle-même ses livres, de les diffuser à des instituts culturels intéressés par son travail. Liberté, liberté chérie. Son travail ne risquait pas d'être pris en otage par éditeurs et libraires ne sachant pas apprécier sa démarche puriste. Et son travail ne risquait pas non plus de finir à la poubelle des lecteurs ou sur des brocantes : il sera conservé en bonnes places dans des instituts culturels dans le monde entier, consultable en salles de lectures et sur des banques de données. Une idée géniale pour une utilité mondiale des habitants de la planète. Une position dans la mondialisation mais à l'écart de l'argent. Elle tenait infiniment à sa méthode et ainsi, ne ressemblait à personne encore une fois.

Médecins

                 Un médecin qu’elle consulta pendant une période de difficulté morale détermina qu’un examen gynécologique était nécessaire. Elle refusa.

                 Un autre, en province, devant prolonger son séjour pour une cure dont la durée avait été mal prévue fit comprendre qu’il aimerait des faveurs physiques. Le mieux fut de refuser et de trouver une autre solution pour finir la cure. 

A Paris dans le Marais, 2008-2011

                 Renouveau de ces messieurs grâce à la pilule bleue. Le patron et le vendeur de costumes de la boutique sur la rue se trouvaient continuellement sur le pas de la porte par n'importe quel temps, comme dans leur pays méditerranéen d'origine. On se disait bonjour et quelques mots chaque jour et on se croisait dans l’escalier.

                 *Elle dénonça le vendeur de costumes : harcèlement dans le couloir et dans la supérette proche, entre deux rayons. Elle insista fortement pour déposer une simple main courante au commissariat qui n'y tenait pas. Elle insista et remit copie du document officiel dans la boite à lettres du patron de la boutique. Normal de l'en informer.

 

 

 

Filippo_da_Verona_-_Scuola_del_Santo_-_Padova

 

LETTRE OUVERTE A LA RELIGION CATHOLIQUE 

                 Les évangiles reconnus par le Vatican (Marc, Jean, Luc et Matthieu) furent écrits 70 ans après la mort de Jésus d'après des données verbales. Saint Paul, juif, ne faisait pas partie des 12 apôtres et n'a pas connu le Christ. Sa révélation sur le chemin de Damas entraina sa conversion à la nouvelle religion. Ses lettres sont donc écrites postérieurement à l'époque du Christ.

                 Dès le premier siècle, les paroles du Christ transmises à ses suivants, des hommes et des femmes (jamais évoquées sauf Marie-Madeleine présentée probablement à tort comme ex-prostituée), furent écrites. Les documents écrits furent traduits de l'araméen au grec, du grec au latin, du latin aux langues des pays. Des erreurs de traductions modifient leur sens.

 

Les évangiles apocryphes

                 Leur existence ne fut jamais reconnue par le Vatican et souvent ignorée des fidèles. La religion catholique n'en parle pas.  Ce sont les évangiles de Barnabé, de Marie-Madeleine, de Pierre, de Thomas, de Philippe, de Judas ...). Ils furent rédigés au IIe siècle probablement par des chrétiens gnostiques.                              Barnabé ne suivait pas le Christ parmi les 12 apôtres. Son texte gênant pour le développement du pouvoir catholique fut caché à partir du IVe siècle. Il est conservé aux Archives de Vienne en Autriche. Barnabé est censé révéler dans son livre, les actes et paroles réels du prophète Jésus qui annonçait aussi la venue future de Mahomet. Question finale de la conférence à laquelle participait Odon Vallet, historien des religions,

                 - Est-ce utile de vouloir le rapprochement des 3 religions au Dieu unique ? Il semble que seul, le moyen d'expression de chaque religion diffère. N'est-ce pas compréhensible et même normal ? N'est-il pas logique que chacun réfléchisse et s'exprime selon sensibilité, compréhension et origines (juives, musulmanes ou chrétiennes) et pratique à sa façon ? Pourquoi 3 religions honorant un même Dieu enseignant la Paix seraient-elles gênantes ?

                 Au IVe siècle l'empereur Constantin voulut imposer la nouvelle religion, non par foi mais par motif politique dans le but de créer une stabilité nécessaire dans la population au moment où l'empire romain entrait en décadence dans une époque de troubles sérieux. L'adoration d'idoles existait encore malgré la présence de la religion catholique nouvelle encore peu organisée. Constantin aurait ordonné l'écriture de la Bible. A l'écart de la religion naissante existaient des groupes de gnostiques mystiques, des esprits ouverts, investis de savoir spirituel, parlant à Dieu en direct. Ils avaient intégré des femmes dans leurs groupes. Les textes des évangiles apocryphes relataient des faits réels et les dires de Jésus, le rôle des femmes et de Marie-Madeleine. Données gênantes. Ils furent cachés dans des jarres. Personne n'a su leur existence pendant 2000 ans environ. Leur découverte intervient à partir de 1886. Des textes toujours non reconnus officiellement par le Vatican. Ils modifient la réalité du catholicisme introduit par Constantin au IVe siècle.

                 Au moyen-âge, seul le clergé lettré et instruit dirigea la société civile et religieuse dans les pays. Ils dictèrent un comportement de vie général dont Jésus n'a jamais parlé. Les papes de Rome et d'Avignon menaient une vie somptueuse dans des palais princiers, prêchant la simplicité à tous mais ne l'appliquant pas pour eux. Ils agissaient plus par pouvoir et impositions d'idées que par concepts religieux et foi. Des faits souvent scandaleux, liés à l'argent et aux meurs. Cela dura des siècles. Tous ces dirigeants décidèrent l'infériorité de la femme dont la seule fonction reconnue fut l'obligation de remplir la terre entière d'individus en lui offrant l'inégalité avec les hommes et en lui refusant une identité propre. Ces dirigeants créèrent une mentalité générale machiste et d'hypocrite contredite par personne. Pourquoi ? Eux-mêmes côtoyaient des femmes pour leur plaisir oubliant leurs vœux de chasteté ... Leur mentalité ? Toujours présente dans la vie civile qu'ils ont dirigée pendant des siècles. Est-on obligé de reconnaitre ce système ? Non. Quelques avancées libératrices féminines imposées de force au cours des 50 dernières années seulement. On aurait pu faire mieux et plus vite. Une société souvent figée et peureuse même en ne fréquentant pas la messe du dimanche aux sermons abstraits ou intellectualisés. La société civile s'est façonnée ainsi et reste aveugle sur l'empreinte encore présente inculquée dans les cerveaux par les religieux :  soyez gentils. Pas de vagues. Soyez hypocrites pour éviter les conflits. Ne dites pas ce que vous pensez = soyez soumis surtout vous les femmes. Servez tout le monde et faites des gosses. Vous n'avez pas besoins de vous épanouir par une vie personnelle et une réelle identité. Restez donc un sous-produit humain.

                 Les papes constituèrent au Vatican un patrimoine historique et artistique d'une immense valeur. Serait-ce l'unique bienfait pour nous tous ?

                 En France, ce dirigisme dura officiellement jusqu'en 1905 après un premier concordat sous Napoléon 1er.

                 Le Vatican, petit pays de 44 hectares aux nombreux points obscurs en tout temps et des morts inexpliquées. Les cardinaux décident, pas le pape. En 2009 et 2010, sortirent des pavés écrits par des journalistes italiens et français. Edifiant : sans robes, habillés comme vous et moi, les dignes ecclésiastiques deviennent des individus autres parfois même travestis et fréquentent les cabarets romains de Trastevere et des lieux plus qu'insolites pour des réjouissances très particulières et troubles.

                 Le pape Jean-Paul II, sympathique à tous, voyagea à travers pays et continents agissant pour l'œcuménisme. Les trois religions monothéistes se rapprochèrent au moins en théorie.

                 A partir du jubilé des artistes en 2000, après acceptation par Jean-Paul II, elle envoya aux archives générales du Vatican une donation de ses œuvres photographiques effectuées à Lourdes. Elle reçut compliments et remerciements par l'intermédiaire du nonce apostolique de Paris, le représentant du Vatican dans la capitale française. Une lettre sur un épais papier ivoire de qualité : on priait pour elle à Saint Pierre.

                 Le pape Benoit XVI, théologien, engagea des réformes notamment du IOR (Istituto per le Opere di Religione/Institut pour les Œuvres de religion), un nom étonnant pour citer le nom de la banque du Vatican blanchissant depuis longtemps de l'argent de provenance douteuse. Vous savez que précédemment à son élection, ce pape dirigeait l'ancien service de la doctrine pour la foi, ex inquisition. Elle exista pendant des siècles dans certains pays d'Europe et fut destitué officiellement seulement lors du concile Vatican II qui dura plusieurs années autour de 1960.

                 Le réalisateur Nanni Moretti aurait-il été inspiré par des guides célestes pour tourner son film - Habemus Papam - en 2011, dans les mêmes moments que l'élection de Benoit XVI ? Il nous montre l'atmosphère de la curie romaine et le déroulement de rituels. Une caricature, mais aussi un pape nouvellement élu qui n'a pas envie de l'être. Pour la première fois, un pape, Benoit XVI, donna sa démission et laissa sa fonction. Un précédent important. Une modernité s'avançant ?

                 Elle contacta à nouveau le Préfet du Vatican et proposa une nouvelle donation photographique pour les archives générales. Réponse : pas de dossier à son nom. Elle envoya photocopies de son dossier : plus de réponse. Trois mois après, elle fit un test : elle prétexta de fréquents rendez-vous à Rome et demanda à voir les archives générales du Vatican se trouvant en des salles historiques superbes. La réponse invoquait l'impossibilité de voir les archives secrètes. Elle précisa qu'elle parlait des archives générales. Et plus de réponse à nouveau.

                 Souvenez-vous, lors du décès de Monseigneur Lustiger, Cardinal de Paris très aimé : étonnantes les réactions de quelques autorités du monde catholique envisageant que le Cardinal, très apprécié par la population parisienne, ne pouvait bénéficier d'une cérémonie à Notre-Dame de Paris. Pourquoi ? Il était juif et s'était converti à la religion catholique voilà fort longtemps. Jésus n'était-il pas juif aussi ?

                 Quelques années avant, à l'automne 2005, passant devant Notre-Dame en fin de journée, elle remarqua des chauffeurs attendant à côté de voitures officielles aux vitres sombres. - Il y a une cérémonie spéciale dans la cathédrale ? -. Comment ne l'avait-elle pas su ? Elle écoutait pourtant souvent Radio Notre-Dame cette année-là. Monseigneur Lustiger célébrait sa dernière messe parisienne officielle avant de prendre sa retraite. Un cadeau devait lui être remis. Elle entra. Cathédrale comble. Rester au fond et ne rien voir ne l'intéressait pas. Comme à l'accoutumée, elle se dirigea à droite pour rejoindre la Vierge couronnée du XIVe provenant du proche quartier des chanoines sur la rue du Cloitre Notre-Dame, quartier détruit presque totalement au XIXe. Un étroit passage restait libre au milieu de la foule. La cérémonie venait de commencer. Elle marcha tranquillement jusqu'à la Vierge et se trouva à dix mètres de l'autel et du célébrant, Monseigneur Lustiger. Atmosphère émouvante. Les voix puissantes des solistes en aubes bleues résonnaient dans les voûtes. Elle connaissait bien cette beauté sonore. La Vierge dorée de la clef de voûte du transept présidait depuis son ciel bleu étoilé. Recueillement. Silence. Chants. Homélie. Prières. Communion. Le Cardinal reçu son cadeau : une simple enveloppe qu'il ouvrit devant l'assemblée. Un billet d'avion pour plusieurs destinations. Il remercia avec humour : - Autant dire qu'on m'envoie promener ! -. Rires de l'assemblée. En fin de cérémonie, il prit l'allée centrale et bénit les participants. Crépitements interminables des applaudissements. Personne n'avait envie de quitter la cathédrale, Monseigneur Lustiger non plus. Notre amoureuse du quartier historique de Paris repéra une dame très âgée, courbée, semblant seule et voyant mal. Elle alla près d'elle. Oui, elle était seule et comment rentrer chez elle en sécurité. La nuit recouvrait déjà le centre historique de Paris. - Où habitez-vous, Madame ?     - rue Jacob dans le 6e -. - Ne vous inquiétez pas, je vous conduis. Nous ferons le chemin ensemble -. Des regards étonnés à la vue de cette femme si âgée, courbée vers le sol. - Etait-ce prudent dit une dame ? -. Mais qui s'avança pour l'aider ? Oui, un réel danger pour cette parisienne très âgée. Il fallut beaucoup de temps pour sortir sur le parvis. Elles passèrent devant l'Hôtel Dieu, l'hôpital du 4e bien connu. Elles traversèrent la Seine en bas de la rue St Jacques. Il faisait nuit. La ville éclairée et sa beauté de toujours ... les terrasses des cafés sur la place Saint Michel, la librairie Gibert, la fontaine Saint Michel et la circulation intense de fin de journée. Cher quartier latin. Elles longèrent la Seine par le quai des Grands Augustins. Les bateaux glissaient sur la Seine en contrebas. Les bouquinistes fermaient. Les visiteurs charmés vivaient un rêve parisien. La dame rentra chez elle rue Jacob. Et l’amoureuse du Paris historique arriva tard ce soir-là dans sa vallée verte au Sud de Paris.

Le Pape François

-           La beauté fait du bien à l’âme et rapproche de Dieu -

                 Un réel changement par le nouveau pape François, argentin d'origine italienne, proche de la pauvreté du peuple est-il possible ? Lorsqu'il est apparu sur la scène mondiale, l'évidente vaste opération de com internationale organisée se voyait. Ok, simplicité de vie enfin dirait-on. Son image et son comportement plus simples pourraient-ils repeupler les églises ? La croyance en Dieu existe toujours mais sous une forme nouvelle et en dehors des églises. Un besoin d'espace de liberté pour agir sans contraintes décidées par des autorités dirigeantes aux idées anciennes limitées ? La société actuelle reste pourtant très marquée parfois par cette éducation restrictive dirigiste de l'Eglise depuis le IVe siècle. La possibilité de s'entretenir avec Dieu et les saints en tout lieu, dans la rue, dans le métro, lors d'une promenade dans la nature existe. Dieu est présent partout autour de nous. Il n'habite pas seulement dans les églises.

                 Les cardinaux ont élu le Pape François. Pourquoi l'auraient-ils désigné si sa mentalité progressiste ne va pas dans le sens de leurs intérêts ?

*

                        Pourquoi autant de discussions depuis des siècles autour des 3 religions monothéistes aux bases communes issues ?

*

Et dans les siècles passés, l'Eglise, les animaux et les chats

                 L'église, par un tribunal particulier, jugea des animaux créés par Dieu, considérant qu'ils faisaient partie de la société chrétienne et étaient dotés de raison. Saint Paul précise dans sa lettre aux Romains qu'ils sont des enfants de Dieu. Mais, serait-ce la part satanique des ecclésiastiques qui permit de brûler un nombre incalculable de chats jusqu'à la révolution ? Ne savaient-ils pas qu'ils étaient reliés en direct avec le monde spirituel ? Immondes ces gens-là ?

 

Pédophilie

                 Des cardinaux laissèrent cachés de nombreux faits de pédophilie enfin révélés depuis quelques années. Le discours de responsables chrétiens semble confondre le pardon de Dieu et les règles de justice humaine sur terre. Ces mêmes autorités ont-elles pensé au trauma et aux difficultés de vie des victimes ? Non. Un comportement anormal totalement. La méthode fut de déplacer les prêtres aux actes interdits en d'autres lieux ou dans des paroisses africaines, d'autres sont restés dans leur affectation d'origine. Chiffres actuels : 32 prêtres connus dangereux pour 339 victimes.

 

      Ordonner des hommes mariés           

                 Dans tous les pays, une même situation : des prêtres peu nombreux depuis beaucoup d'années. Tout dernièrement, le Vatican envisagea d'ordonner des hommes mariés mais ne veut pas revoir le célibat des jeunes prêtres. Chercherait-on à détourner le sujet encore une fois ?

Vers une religion universelle

                 Des penseurs du rapprochement des 3 religions monothéistes voient poindre à long terme, une religion universelle issue des 3 formes monothéistes actuelles. A disserter.

 

LES CHANTEURS ACTUELS

Musiques, rythmes et paroles. Un monde idéal proche de la réalité. 

                 Avec les chanteurs issus de l’immigration, une porte s’ouvre aussi sur l'Orient et sur la découverte d'un nouvel univers musical : des mélodies rythmées, gaies et ensoleillées, claquements de mains, des paroles sensées sur la vie et la société multiculturelle. Des clips aux images traduisant la vie et les difficultés de nous tous actuellement : musiques, rythmes, voix et danses. Vous savez que ces jeunes chanteurs, issus de l'immigration ou non, proviennent souvent des concours d'émissions de télé. Bravo pour votre immense travail et votre grand talent. Merci les gars ! Belle énergie et textes racontant l'époque : mélancolie, difficultés, poésie, fragilité mais volonté à affronter un monde mouvant.

                 * Sur un camion au milieu d'une manif, un chanteur au joli type marocain, des musiciens d'ici et d'ailleurs : On lâche rien. On lâche rien. On lâche rien, Wallou ! Alléluia ! Hlm et campagne profonde, une même réalité, Wallou ! Une espèce non protégée. Pas la gueule de l'emploi, Wallou ! Liberté égalité ? Si c'était vrai on l'aurait su. Sur le clip, apparait une pancarte annonçant : terrorisme patronal ! Des jambes défilent et les têtes portent des masques de moutons. Nos rêves annexés sur le prix de l'essence et les droits de l'homme en jachères, Wallou, Wallou ! Le savez-vous ? Cette chanson fut écrite presque par hasard dans une chambrette et devint une sorte d'hymne repris dans les manifs depuis plusieurs années. Regardez ce monsieur en survêt à la fin du clip : il chante en s'égosillant - on lâche rien, on lâche rien -, le poing en l'air. Il n'est pas du bled, lui mais de Paris. Les paroles ne cachent rien de notre situation. Nous sommes tous concernés avec des origines différentes.

                 * Un visage africain né à Marseille : J'ai besoin de toi. Rends-moi millionnaire. Remplis-moi les poches d'espoir. Rends-moi milliardaire. Des amalgames qui nous divisent. Je veux être riche en humanité. Ce monde éphémère. J'ai besoin d'air. Je suis à découvert. Toi, ma richesse. Notre amitié à failli prendre feu.

                 * A peine des ados : on écrit sur les murs les noms de ceux qu'on aime, des messages pour les jours à venir, on écrit sur les murs tout ce que l'on voudrait dire. Partout, des signes d'espoir, sur les regards. Pour que l'Amour se lève un beau jour, sur le monde endormi ... Vous êtes d'ici, d'ailleurs et splendides.

                 * Un visage méditerranéen, une aura superbe. Tu me dis d'regarder la vie en couleur quand il fait noir autour de moi. Tu me portes à bout de bras. On dirait, on dirait, qu'on a tous un ange, on dirait, on dirait bien qc'est toi. On dirait, que dans ce monde étrange, on dirait qt'as toujours été là. Tu me dis que mon rêve est juste à côté, que j'ai juste à tendre la main. On dirait, qu'on a tous un ange ...              You, you ... J'ai cherché l'amour et la reconnaissance. J'ai jeté tant de bouteilles à la mer. Tu m'as comme donné l'envie d'être moi. You're the one that's making me strong. I'll be looking for you like a melody of my song. Des claquements de mains rythmant les notes et vous recevez des nuances sonores israéliennes inondées de soleil.

                        Et encore : comme un oasis dans le désert de mes désirs, comme un oasis, la plus belle source de plaisirs, c'est toi mon horizon. Trop longtemps j'ai attendu cet instant. Je t'ai trouvée.

                        * Et cet autre visage maghrébin coloré : Mi amor, amor ... Mi amor, amor ... J'ai choisi de t'aimer. J'aimerais que tu reviennes. C'est la vie. J'ai trahi. Dis-moi que tu m'aimes. Je vois que tu souris. Ecoute-moi, je t'en prie. Tu as le plus beau des charmes. Je marche derrière elle, son doux parfum me guide. Mi amor, amor ... Mi amor, amor ...     Superbe clip au décor plein sud. Sable et désert, toits en terrasses de maisons blanches, accents musicaux arabes. Claquements de mains pour une mélodie orientale. Les larges gestes élégants du chanteur embrassent le paysage doré. Des gestes liés à la parole rencontrés au Maghreb comme en Europe depuis longtemps déjà.

 

                 * Il est où le Bonheur ? Il est où ? Il est là le Bonheur. Il est là !

                 * Seuls les enfants savent aimer ... C'est quand le bonheur ? Je crois que je ne t'aime plus, ça a claqué dans l'air comme un coup de revolver.

                 *We are from the North, we came from the South, we are all the nation. On a la rage au cœur, nos langages subtiles viennent d'ici et d'ailleurs ...

                 * Tout me ramène à toi, tout me ramène à toi, tout, tout le temps. Appelle-moi encore de temps en temps. Souviens-toi des plus beaux souvenirs ...

                 * Formidable, formidable. Tu étais formidable, j'étais fort minable, nous étions formidables. C'est qu'un anneau mec ... Papaoutai, Papaoutai, Papaoutai, où t'es. Personne ne dit comment on fait des papas. Dis-moi où est ton papa ...

                 * Tu es ma seniorita. Je te suivrais de Madrid à Barcelone. Dieu créa la femme. Tu es ma seniorita. Dans tes bras je vais enfin me reposer. Raconte-moi tous les mystères de ta vie. Tu es ma seniorita, lalala, oh oh oh, tu es ma seniorita !

                 * Dans ton lit j'ai connu le vertige et le goût du péché dans un coin de paradis secret. Le soleil de minuit. Un été merveilleux. Mon ami, mon amour, la main sur le cœur et ne rien te promettre, mon ami, mon amour ...

                 * Encore un soir, encore une heure, encore une larme de bonheur ...

                 * Retrouve-moi, rue des étoiles, deuxième après Jupiter, je connais un endroit pas mal, d'où on peut voir tout l'univers, retrouve-moi ... Allez, venez et entrez dans la danse ... Toi+moi dans la ronde, c'est notre jour de chance.

                 * Je suis français, je suis chez moi, fier d'être français d'origine guinéenne ...

                 * Je l'aime, un peu, beaucoup, French kiss.

                 * Si je m'endors me réveillerez-vous ? Malgré toutes mes galères je reste un homme debout.

                 * Embrasse-moi, dis-moi que tu m'aimes, fais-moi sourire au beau milieu d'un requiem.

Les variétés actuelles, c'est aussi Pokora, Chimène Badi, Calogero, Louanne, Marina Kaye, Julien Doré et tant d'autres encore ...

                 * Et l’immense Cabrel avec de l’amour comme s’il en pleuvait …

                 * Et l’immense Goldman allant au bout de ses rêves, là où la raison s’achève … Je te donne … Chanson symbole annonçant les Restaus du cœur ?

                 * Michel Berger et France Gall résistent, prouvent qu’ils existent, ici, toujours, comme dans le grand paradis blanc … action et pensée commune avec Balavoine, Goldman et Coluche. Une philosophie de la vie et de l’aide aux autres. Des réalisations humanitaires pour améliorer la vie d’une population en difficultés. Tournées des enfoirés : comme on est chanteurs, on a essayé d’être utiles.

Les mots manquent pour parler de leur grandeur : un cadeau depuis tant d’années pour alléger notre quotidien.

*

                 Le Festival de la chanson de San Remo eut lieu en Février 2017 pour la 67ème année. Rituel rassemblement annuel des italiens devant la télé. Dommage qu'il ne soit pas assez connu en France. De célèbres chanteurs de variétés italiennes furent primés au Théâtre Ariston au cours du temps. Ils font carrière à travers le monde depuis les années 60, tels Domenico Modugno, la Cinquetti, Adriano Celentano, Eros Ramazzotti, Laura Pausini, Andrea Bocelli et tant d'autres.

                 En Février 2017, découverte de la vidéo d'une des trois chansons arrivées en tête, - Che sia benedetta - (qu'elle soit bénie -la vie-) interprétée par Fiorella Mannoia et sa voix grave particulière. Le sens profond de ses textes et sa forte présence sur scène étonnante. Regardez-là. Quelques paroles,

                 * Che sia benedetta (qu'elle soit bénie/la vie), ho sbagliato tante volte nella vita (je me suis trompée tant de fois dans ma vie), per quando assurda e complessa ci sembri la vita (même si la vie nous semble absurde et complexe), è perfetta (elle est parfaite), siamo noi che dovremmo imparare a tenersela stretta (nous devrions apprendre et savoir à la suivre étroitement) e s'è vero  che c'è un Dio che non ci abandonna (et s'il est vrai qu'il y a du Dieu qui ne nous abandonne pas), che sia fatta la sua sola volontà (que sa seule volonté soit faite), trovar in sè il proprio coraggio (trouvons en nous notre propre courage) ... La chanteuse et la musique dégagent une puissance presque incroyable. Quelle intense ascension des sons musicaux en continu vers un summum éblouissant : Che sia benedetta (la vita) ! Qu'elle soit bénie (la vie) !

                

  ELLE

ET SON ETUDE DE L’HISTORIQUE DE L'ISLAM 

L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l'équation.

Averroès, philosophe, théologien, juriste, médecin musulman andalou privé des sultans, né à Cordoue en 1126, mort à Marrakech en 1198.

*

                 Elle ignorait jusqu'en Février 2015 que son esprit l'emmènerait vers l'Orient, au-delà de sa ville d'adoption, au-delà de Venise. L'origine marocaine de son chauffeur lui inspira une nouvelle passion : étudier l'historique de l'islam, thème présent dans le monde quotidien français et européen par la population issue de l'immigration, souvent du Maghreb, depuis trois générations au moins.

Merci à toi,

joli visage coloré pour ton rituel des p'tits cafés offerts si gentiment sur les autoroutes. Des déplacements tellement agréables pour mes rendez-vous en province. Tu m'as donné envie sans le vouloir de franchir la porte de l'islam, de côtoyer de sublimes connaissances. A partir du VIIe siècle, les envahisseurs venus d'Arabie, par leur conquête des terres du Maghreb, introduisirent l’islamisation puis leur langue arabe auprès de tes ancêtres berbères. On te dit - arabe - mais tu es d’origine berbère.

*

                        Par ses lectures d'auteurs spécialisés, elle comprit que les croisades, sur appel officiel du Pape Urbain II en 1095, furent une première guerre de religions meurtrière à partir du XIe siècle et pendant deux siècles contre le peuple d'islam non chrétien, dit païen par les chrétiens, des occidentaux barbares du moyen-âge. Voilà les Francs, ignorant de l’islam, de votre religion, de vos connaissances scientifiques, philosophiques et littéraires, de votre raffinement. Délivrer le tombeau du Christ fut le motif officiel. De nombreux autres intérêts furent visés et exploités, plusieurs états latins créés et dirigés par les conquérants s'y installant en conquérants. Ne serait-ce pas aussi une première colonisation ?

                 A la fin du XVIIIe siècle, la France voulut imposer sa culture occidentale, la considérant seule valable. Premier acteur de cette imposition, Napoléon Bonaparte par sa campagne d'Egypte en 1798. Avait-on oublié le passé prestigieux et les connaissances érudites évidentes des arabes d'Arabie, du Maghreb, de l'Espagne et de Al-Andalus ? Avait-on oublié, scientifiques, mathématiciens, littéraires et leur intégration des bases philosophiques des penseurs grecs qu'ils révélèrent à l'Occident déjà à l'époque précédente ? Plutôt que les conquêtes, savoir se mélanger et se connaitre, voilà l'ouverture d'esprit assurée. L'enregistrement de données instructives est préférable au refus systématique de l'autre et au combat pour montrer et transmettre sa soi-disant supériorité.

                 Al-Andalus, foyer intellectuel musulman réputé en terre européenne pendant 7 siècles à Cordoue et Grenade, une domination musulmane en Espagne et en Andalousie par les marocains musulmans s'installant côté européen en terre ibérique. Al-Andalus, une érudition intellectuelle musulmane de première importance à partir du VIIIe siècle et pendant tout le moyen-âge attirant les savants jusqu'à la chute de Grenade en 1492. Et à partir de 1223, la - Reconquista – pour la reprise de pouvoir par les rois catholiques eut lieu aussi en même temps que l’Age d’Or du savoir andalou lié à l’islam. Cette Reconquista provoqua une diaspora musulmane vers d'autres pays après la chute de Grenade, la ville qui résista le plus longtemps.  Les musulmans durent choisir, conversion, mort certaine ou diaspora. Certains d’entre eux rejoignirent la Toscane et participèrent à la Renaissance italienne. Après la Reconquista, le monde arabe va devenir isolé ne pouvant plus commercer avec l'Occident. La philosophie arabe sera encore enseignée mais ne pourra pas se développer et être étudiée dans les territoires arabes.

 

                 Répétition de l'histoire ?

                 Depuis déjà plusieurs générations, les imams de la Grande Mosquée de Grenade, sont des espagnols convertis à la religion musulmane. Dixit le commentaire du 2e film - Les musulmans d'Europe - Arte, 2017. Grenade, qui lutta le plus longtemps contre le retour des rois catholiques en Andalousie, est à nouveau semble t-il, terre de renaissance de la religion musulmane.

Participation des musulmans à la Renaissance italienne

                 Au XVIème siècle, des musulmans ayant quitté Al-Andalus et vivant en Toscane, participèrent à la Renaissance italienne (un terme créé au XIXe). L’islam, depuis longtemps, avait intégré les connaissances en provenance des Grecs et les  avaient transmises aux occidentaux.   Les cours sur l'histoire de l'art italien à Sienne et les cours d'histoire de l'art du Louvre, la lecture de livres achetés à la librairie de ce musée concernant cette période de création artistique ne mentionnaient pas ce détail d'importance. La participation des musulmans à cette riche époque aurait-elle été volontairement cachée ? D'après ses dernières connaissances, ils furent pourtant acteurs de cette Renaissance considérée début des temps modernes par les historiens contemporains. Le livre - Le Grand Bazar - nous informe sur le sujet. Deux siècles environ de création artistique et la naissance d'un patrimoine architectural colossal et de jardins arborés peuplés de statues rappelant l'esthétique grecque. Les peintres passèrent d'une représentation de thèmes religieux dorés de style byzantin à des portraits princiers. La perspective des paysages et leur espace environnant enfin montrés. Une nouveauté picturale. Les florentins fonctionnaient en corporations - les Arti -. La Renaissance et les artistes jusqu'au XVIIIe siècle précédèrent le début de la production mécanique en série du XIXe qui remplacera la création manuelle d'œuvres uniques d'artistes.

Immigration

                 Vous n'ignorez pas que la présence d'étrangers en France est ancienne. Un réflexe de refus s'éternise par ignorance culturelle de l'autre. Les français dits - de souche - ne sont plus très nombreux après les immigrations successives depuis tant d'années. Par motif économique, le flux migratoire fut conséquent rien qu'au XXème siècle : polonais, hongrois, italiens, vietnamiens, tunisiens, algériens, marocains et portugais. A la fin de la seconde guerre mondiale, la France eut besoin de travailleurs. Elle proposa du travail aux habitants du Maghreb leur faisant croire à une vie agréable. Les travaux durs physiquement leur furent réservés. Et les hommes arrivèrent, construisirent les routes et travaillèrent pour l'industrie grandissante. Salaires bas, horaires de nuit ou de jour, logements et avantages sociaux. Les femmes les rejoignirent ne travaillant pas à l'extérieur et s'occupant de leurs enfants nés en France. Une population ne parlant pas toujours bien le français et ne sachant pas toujours écrire. Les films visionnés avant leur départ du pays ensoleillé tant aimé ne montraient pas la réalité. La facilité de vie, souvent absente, fit-elle naitre une grande solidarité dans les immeubles des villes nouvelles ? Voisins du pays ou d'autres origines se côtoyaient systématiquement. Tous arrivaient d'un pays de - là-bas -.  Tous pensaient offrir à leurs enfants une vie meilleure qu'au pays de naissance, celle, qu'ils ne pouvaient obtenir en restant chez eux. La troisième génération issue de l'immigration de leurs parents vit sur le sol français. Leurs enfants eurent des enfants qui eurent aussi des enfants, tous nés ici et de nationalité française.

Ses chauffeurs de taxis

issus de l’immigration maghrébine

                 Ils la transportent pour ses rendez-vous médicaux et personnels. Elle doit éviter les escaliers des transports en commun et ne peut pas se lever d'un siège sans accoudoirs de plus dans un wagon qui roule et bouge. Elle aime discuter avec eux. Un discours, une documentation vivante. Elle apprécie leur gentillesse naturelle. Une expression de leur part : - le respect d'autrui -. Un concept islamique dirait-on. Mais, existe t-il chez eux aussi une attitude identique à celle des chrétiens aimant camouflage et hypocrisie ?

                 Plusieurs chauffeurs maghrébins lui racontèrent,

                        - Vous savez, c'était formidable, dans ma ville, certains soirs d'été, tous les locataires de mon bâtiment mangeaient ensemble dehors. Nos mères préparaient un couscous géant. Et tout le monde se parlait, tout le monde riait. Ambiance d'enfer de plusieurs nationalités ensemble sans problèmes. Nous, les maghrébins, mélangés aux portugais, aux asiatiques et aux blacks. Quelle expérience extraordinaire !

                 Conversation avec un autre chauffeur,

                 - Vous vous appelez comment ?

                 - Ali.

                 - Vous êtes le cousin du Prophète, celui qui créa le mouvement chiite ?

                 - Vous êtes au courant ?

                 - Oui, j'étudie l'islam.

                 - Déjà à l'époque, au début de l'islam, certains ont fait les cons et se sont détachés des bases enseignées par le Prophète, ajouta le chauffeur.

                 - Tu vas à la mosquée toi ?

                        - Ah non, pas du tout. Moi j'y vais pas. J'suis athée   .

                 - Et pourquoi vous portez presque tous la barbe et la moustache ?

                 - C'est pour la virilité.

                 - Faudrait peut-être un jour, vous aussi, laisser tomber le sujet, répondit-elle en riant.

Lui aussi évoqua les diners dehors en été dans son quartier, au pied de son bâtiment, toutes origines rassemblées. Oui, elle aurait aimé cette chaleur-là, cette compréhension sociale et vivre dans l'univers multiple du monde entier qu'elle savait exister au-delà de son quartier figé bienpensant. Alors ado, elle faisait venir des documentations de villes étrangères et les étudiait pour voyager mentalement et connaitre le monde. Elle fuyait son espace quotidien. Elle parlait de ses connaissances avec des adultes. Elle, de partout et de nulle part, citoyenne d'une Europe englobant un Maghreb lumineux, l'Espagne, l'Italie et la Grèce. Ces pays l'attiraient par leur position au sud de la France. Elle imaginait et ressentait la lumière intense brillant là-bas. Aurait-elle vécu en ces pays au cours d'une vie antérieure, dans ce décor architectural ciselé et des jardins orientaux ? Une explication à son attitude extravertie, à sa facilité à converser avec tout le monde, au fait qu'elle retenait plus facilement les données verbales. Son attitude extravertie ? Incomprise par une majorité autour d'elle. Elle n’appréciait pas ces gens froids, introvertis, campés derrière leurs barrières manquant de naturel. Leur origine du Sud semblait inopérante. Elle apprécia plus tard aussi le décor flamand et les tableaux de ses peintres. Ses origines belges parlaient probablement un peu pour la peinture. Trop différente, trop ouverte (c'est toujours le cas en 2017), on la pensait malade et anormale.       Seulement naturelle et proche des gens, elle cherchait un élan réciproque des cœurs mais inexistant. Elle attend encore la métamorphose. Cette incompréhension majoritaire de l'époque a t-elle beaucoup changée depuis trois décennies ? Pas certain. C'était trop tentant, sur le sms suivant, elle appela le chauffeur, Ibn Ali al Massi et signa Aïcha al Pari !

                 Un chauffeur d'origine portugaise lui tint dernièrement le même discours,

                 - Quelle chance j'ai eu de vivre dans une ville neuve et d'avoir plein de copains d'origines diverses. Blacks, asiatiques, maghrébins et d'autres encore. Quelle richesse continuelle, quelle ouverture d'esprit, quelle expérience de vie, lui assura t-il.

                        Depuis son retour de l'hôpital, les chauffeurs de taxis lui offraient de magnifiques moments et des discours humains. Vous êtes très attachants les gars ! Pourquoi ne parle t-on pas d’eux à la télévision, à la radio ? De ceux qui fréquentent la mosquée et de ceux qui n'y vont pas ? De ceux qui font Ramadan et de ceux qui ne le font pas ? Ce serait intéressant d'entendre leurs motifs pour croire et pratiquer ou pour ne pas croire du tout. Pourquoi ne nous parle t-on pas de ceux qui étudient en fac, qui travaillent comme vous et moi et de leurs métiers difficiles utiles à la société ? Et de ceux qui, comme d'autres, ont de hautes positions professionnelles ? Rien à voir avec des individus problématiques ou des terroristes. Elle préfère souvent leur discours à celui de tous ces gens diplômés, au savoir spécialisé mais souvent vides humainement. Elle fréquenta, obligée, les diplômés reconnus aux bons salaires. Pas toujours enrichissant pour elle.

                 Un autre chauffeur lui raconta encore,

                 - Une cliente m'a dit hier : mais pourquoi vous n'avez pas fait d'études ?

Elle éclata de rire,

                 - Là, on est grave ! Une réflexion comme ça, fallait la trouver.

Il continua,

                 - Et il y a aussi le client qui vous prend pour un larbin de seconde zone. Mon jeune cousin, après des études poussées, travaille dans une multinationale à la Défense. Il n'en peut plus de la hiérarchie, du volume de travail, des déplacements et des réunions blabla pendant des heures. Il me disait dernièrement : toi tu es libre dans ton taxi. Moi, j'ai arrêté la fac.

                 - Vous avez probablement bien fait, sincèrement. Tous ces diplômés ne sont pas dans la réalité. Ils ignorent nos difficultés quotidiennes.

                 - Nous, les chauffeurs de taxis conventionnés, on transporte des malades pour leurs rendez-vous médicaux et leur discours est humain. J’aime ça.

                 Et cet autre chauffeur lui expliqua,

                                    - Moi, la France, je l'aime de plus en plus et je suis fier d'être français.

Pratique actuelle de la religion musulmane par les jeunes français

                                   Tout dernièrement, il semblerait qu’ils pratiquent la religion musulmane en France plus strictement que les pratiquants de leur pays d'origine. Pourquoi cette rigueur ? Un phénomène de retour à des bases strictes du Prophète, perdues au cours du temps ? Un besoin de se tourner vers Allah par sécurité d'une époque mouvante ? Besoin de se rassurer sous un Ciel protecteur ? Malaise par la société française ne les appréciant pas à leur juste valeur ? Pas facile de gérer une double culture, merveilleuse aussi ? La réalité pourrait être autre encore : y aurait-il un intérêt à amoindrir, repères et culture d'origine, malgré un fonctionnement national dit laïque, multiculturel et multicultuel ? Un nouveau type de colonisation ici, sur place, sans besoin d'agir dans les pays comme à partir du XIXe et après ? Privés d'une partie de leurs repères transmis par l'éducation familiale et leur pays d'origine, le repère fixe serait-il la pratique religieuse stricte devenant refuge ? Et comment entrevoir les temps prochains au milieu du - on ne sait pas où on va - de nous tous ? Se relier à Dieu : une solution. Pourtant, certains de leurs ancêtres croyants n'allaient jamais à la mosquée, d'ailleurs inexistante dans les villages reculés (notamment en petite Kabylie/Algérie, un cas particulier). Dans le passé, aucun besoin pour ces croyants de regroupement en un lieu officiel pour prier. Le comportement affectif systématique entre individus traduisait concept, repère et foi dans une attitude rituelle de chaque instant du quotidien.

                 L'Oriental lui avoua un jour,

                        - Moi, la religion m'aide beaucoup. Heureusement que j'ai ce soutien. Parfois, la vie est dure par ces gens ne voulant pas nous considérer égaux à eux-mêmes.

 

                        La gentillesse maghrébine

                 Un chauffeur originaire de Tunisie lui proposa de lui rapporter ses cd-rom en attente chez son photographe dans le 4e. Il conduisait souvent un client dans ce quartier de Paris. Deux jours après, il les apportait amicalement à son domicile. Gentillesse du Sud. Elle apprécia beaucoup. Elle aurait eu grand plaisir à rendre ce même service à une connaissance même récente. Déjà depuis des années, aux heures de pointe, dans le métro, qui proposait une place assise à des personnes debout ? Qui vous tient la porte en vous laissant passer ? Les jeunes issus de l'immigration maghrébine. Une éducation maintenue classique par leurs parents.

                 Maintes fois, l’Oriental l'aida physiquement, pour plus de sécurité, lorsqu'elle ne marchait que difficilement même avec la canne. Tout le monde croit que la canne résout tout. Faux. Il lui proposait l'appui de son bras pour qu'elle marche et monte les trottoirs plus facilement. Un jour de grande de fatigue, il fit ses courses entre deux clients. Un autre jour, en fin de journée, il la conduisit gratuitement à son rendez-vous chez le dentiste dans la petite ville proche de chez elle et l'attendit pour la ramener. Quand elle comprit qu'il l'avait attendue et qu'il ne voulait pas de paiement, elle eut les larmes aux yeux. Elle le remercia plusieurs fois.

                 - Mais qu'est-ce que je peux faire pour te remercier vraiment ?

                 - Juste un sourire suffira, dit-il.

Elle en aurait fait autant à sa place. Vous savez bien qu'une telle attitude humaine n'existait plus chez tant d'autres.  Quelle avancée si l'autre catégorie de personnes prenait exemple sur eux. Soyons larges d'esprit : demandons à Saint Antoine de Padoue d'intercéder auprès de Jésus et d'Allah pour un rapide rétablissement dans tous les cerveaux de la solidarité, de la gentillesse et de l'envie d'aider même l'inconnu. Une grande satisfaction réciproque existerait à nouveau chez chacun.

                 Alors, pourquoi leur taper continuellement sur la tête sans raisons valables ? Sont-ils si intelligents les occidentaux actuels ? Des réflexes de mentalité d'ex-colonisateurs ? Stop les bleus à l'âme alors qu'ils méritent reconnaissance comme chacun de nous. Connaissez-les mieux avec leur culture pour une interprétation juste. Souvenez-vous, les occidentaux chrétiens, des barbares, se permirent les tueries des croisades pendant 2 siècles, sur ordre d'un pape invitant à tuer exceptionnellement. Les barbares débarquèrent dans le monde islamique dit païen et totalement inconnu pour convertir, s'installer sur place, se déclarer roi et diriger, malgré le commandement : Tu ne tueras point. Pas de quoi être fier.

 

 

Gestes arabes et gestes italiens

                 Se sont les mêmes. Un marchand originaire du Sud de l'Italie et un marchand arabe géraient leurs boutiques. Même en hiver, ils discutaient dehors devant leurs magasins. Les mêmes gestes accompagnaient leurs discussions animées. Les arabes envahirent l'Italie du Sud et la Sicile à partir du VIIe siècle, au début de l'islam. Les gestes seraient-ils des traces de cette conquête ? Du Nord au Sud, les italiens gesticulent en parlant.

Un geste de là-bas

                                    Elle aimait infiniment ces visages typés et leurs gestes expressifs. Tout un langage. Ce jour-là, l’Oriental accompagna ses paroles magnifiquement par un geste de - là-bas -. L'avant-bras droit levé et ce geste rotatif de trois doigts de sa main et du poignet. Témoignage d'un pays plein de lumière.

 

Individualisme ? Egoïsme ? Ou grave inconscience ?

                 Elle me parla de grave inconscience, de pauvre monde inerte et aveugle s'enlisant lui-même, tel un suicide collectif, sans envie de changement par manque d'énergie. Une façon de vivre superficielle, de s'écarter de l'autre, de ne pas le reconnaitre, de nier son existence, de refuser de le voir et surtout de ne pas lui rendre service. Et fallait-il se connaitre depuis au moins dix ans ou plus pour se côtoyer ? Se côtoyer sans attendre permettait justement de constater des points communs ou non. Pourquoi attendre ? Elle parlait facilement à tout le monde depuis toujours.  Elle m'avoua même avoir toujours préféré fréquenter des étrange dans le métro, dans le Tgv, en avion, dans la rue à Paris. Elle répondait à leurs demandes, les conduisaient même au lieu recherché. Ainsi, personne ne se perdait et elle pouvait discuter avec eux plus longtemps. Elle arrivait en retard à son rendez-vous mais quel plaisir de communiquer ainsi. Pendant ses nombreux déplacements en Italie et surtout à Venise, elle pratiqua de même avec les vénitiens, chez les commerçants, à l'hôtel, au bar d'un palace ou au restau du coin de la ruelle. Elle apprit cent choses de la vie quotidienne du lieu, mieux que dans les journaux et les livres. Les vrais détails lui arrivaient, offerts par les habitants.

                 Avant, sa maladie rare, circulant en transports en commun, elle parlait systématiquement durant ses trajets et ensuite dans Paris avec qui se trouvait à côté d'elle. Souvent, la conversation intéressante continuait sur le trottoir avant de se séparer. Depuis deux ans et demi, ses chauffeurs étaient ses interlocuteurs privilégiés. Ils semblaient apprécier son attitude.

                 - Vous êtes sympa, salut, à la prochaine ! dit l'un d'eux. Souvenez-vous, elle vit mentalement sans nationalité depuis son enfance. Et partout, les visages d'outre méditerranée s'éclairent, peu habitués à entendre son discours.

 

AU NOM DE DIEU CLEMENT ET MISERICORDIEUX

Qu'est-ce que l'Islam ?

                 L'islam comprend à la fois, histoire, tradition, règles de comportement, façon de vivre, éducation, religion musulmane et le Coran, Livre Saint des musulmans. Le voile par exemple, provient de la tradition : il n'est nullement cité dans le Coran et aucunement imposé par la religion musulmane. La femme seule décide de le porter ou non. L'islam n'est pas le Coran mais, le Coran fait partie de l'islam.

                 Concepts islamiques et pratique religieuse peuvent être différents selon les pays. L'Arabie Saoudite applique la Charia la plus rigoureuse encore actuellement. Elle est plus souple au Maghreb. Elle est autre en Indonésie.

*

                 Un jour, nous étions assis chez l'Envoyé d'Allah, lorsqu'un homme que nous ne connaissions pas, de blanc vêtu* et qui ne semblait pas avoir voyagé, s'approcha du Prophète et lui dit :"Mohammed, fais-moi connaitre ce qu'est la soumission à Allah". Le Prophète dit :" La soumission à Allah consiste à témoigner de l'unicité d'Allah et de la véracité de son Prophète et Envoyé, Mohammed. Elle consiste à observer la prière rituelle, faire l'aumône, jeuner pendant le mois de ramadan et faire, dans la mesure du possible, le pèlerinage à la Maison de Dieu".

* l'Ange Gabriel. hadith (propos du Prophète) cité par Al-Bukhari et Muslim contenant les 5 piliers de l'Islam : unicité d'Allah, foi, prière, aumône, jeûne le mois de ramadan et pèlerinage à La Mecque. Extrait du livre, Sagesses de l'Islam, Malek Chebel, First Editions.

*

                 Mon cœur est ouvert à toutes sortes de réalités : il est un verger pour les gazelles, un couvent pour les moines chrétiens, un temple d'idoles, la Kaaba du pèlerin, les Tables de la Torah et le Livre sacré du Coran. Je suis adepte de la religion de l'amour, dans quelque direction que ses caravanes avancent, la religion de l'amour est ma religion et ma voie.

                 de, Ibn Arabi, philosophe et mystique de Murcie, mort en 1240. Ce passage constitue le summum de ce que l'islam andalou a offert au monde, une mise à l'épreuve de la tolérance religieuse et un humanisme à toute épreuve.

*

La Paix est le Bonheur au quotidien. Malek Chebel

*

En étudiant l'islam

                        En Occident, une sorte de première volonté de conversion-colonisation commença t-elle avec les croisades au début du XIe siècle, en plein moyen-âge ? Un historien, Alessandro Barbero, dans son livre : Histoires des croisades, conçoit qu'il en fut ainsi. Il est assuré aussi que l'appel à la croisade du Pape Urbain II contenait plusieurs motifs exprimés ou non s'ajoutant à son appel pour motif religieux. Il semblerait que la volonté chrétienne de reprendre le tombeau du Christ soit le motif exact mais, d'autres conquêtes eurent lieu au cours des 8 croisades et pendant deux siècles : christianiser les musulmans, conquête et création de plusieurs territoires (les pays latins). Les croisés s'y installèrent en dominant les populations locales. De nombreux vols d'œuvres ramenées à Venise, par exemple. Les croisés agirent en conquérants par tueries alors que, encore de nos jours, la réputation des musulmans est celle de combattre systématiquement d'autres peuples. D'autres guerriers n’ont-ils pas pratiqué de la même façon au cours des siècles malheureusement ? Une guerre de religions pour un même Dieu. En serait-on encore là en 2017, avec idéologie et actions extrémistes ou non ?

                 Selon les pays, contenu et expression de l'islam sont différents. Parlons alors des cultures d'islam. Réalisons que l'élément arabe est minoritaire : la religion musulmane est présente en France, en Afrique, en Indonésie et pas seulement au Maghreb et en Arabie. Des spécificités existent selon les territoires où elle est pratiquée et selon le contexte historique et contemporain de ces pays. C'est pourquoi des dirigeants évoquent une spécificité de l'islam en France et la laïcité française par séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, ajoute une particularité n'existant pas dans les autres pays.

*

                 Les textes d'érudits présentant l'historique de l'islam montrent des savoirs orientaux transmis à l'Occident européen, notamment la philosophie des penseurs grecs que l'Orient avait déjà intégrée précédemment. Quant au mode de vie quotidien, langue et religion, ne serait-ce pas seulement un mode d'expression qui diffère ?

*

 

            Livre, Lettre ouverte au monde musulman de Abdennour Bidar, Philosophe

                 Pour en savoir plus, elle lut ce tout petit livre d’un auteur philosophe de double culture. Pour lui, existe actuellement une crise de civilisation du monde musulman incapable de régénérer sa religion figée dans une version ancienne. Elle entraine une crise culturelle par des attaches trop strictes à cette religion. Au même moment, l'Occident vit une crise de rupture générale sur de nombreux points dont l'absence de la notion d'existence liée au Sacré. D'après lui, l'important pour l'humanité actuelle n'est pas de résoudre sa crise économique mais de résoudre sa crise spirituelle pour éviter à l'islam de produire des individus déviant des bases exactes de leur religion jusqu'à changer les significations enseignées et produire des individus terroristes. Pour ce philosophe, il est urgent pour le monde musulman et pour le monde occidental de reprendre conscience de la - notion du Sacré - duquel tout être humain est investi.

 

Livre, l'islam expliqué aux enfants et à leurs parents

de Tahar Ben Jelloun

                 L'écrivain raconte très simplement l'histoire d'un humain appelé - Prophète -, l'histoire d'une religion et d'une civilisation enrichissante pour l'humanité. Les valeurs de base de la religion musulmane ont été détournées par des fanatiques. Le voisin français d'origine arabe n'a aucunement la même idéologie. Sa place est délicate. Il se trouve souvent en situation d'accusation, silencieuse ou non. Grande est la différence entre un terroriste et un français d'origine d'Afrique du nord travaillant et vivant normalement avec les mêmes difficultés que nous tous.

                 Après un attentat de 2015 à Paris

                 - Vous savez, je suis rentré dans un bistrot prendre un café pendant ma pause taxi. Je ne voudrais pas me poser en victime, mais quand même ... Je suis donc entré dans un bistrot et tout le monde s'est arrêté de parler pour me regarder.  J'ai bu mon café en vitesse et suis parti. C'est insupportable. Continuellement on est pris pour un tueur par des gens qui ne savent rien de nous, qui ne réfléchissent pas à la réalité de la situation alors que nous vivons avec eux. Nous prendre tous pour des terroristes alors que nous ne faisons aucunement partie de cette minorité est insensée. La religion musulmane parle de Paix.

                 - Je te comprends. Tu sais, les gens ont peur et voilà le résultat. Tu ne méritais pas cette expérience en plus. Comment faire ? Vous n'avez pas la bonne place dernièrement à cause des attentats. Déjà précédemment, d'autres motifs discriminatoires n'avaient pas leur place.

                 Chacun de nous devrait connaitre au moins les bases des religions monothéistes pour en parler aussi par culture générale et pour déceler les erreurs entendues Pourquoi ce refus systématique lié à une notion d'origine, de couleur de peau et de type physique ? Des réactions sans fondements valables encore actuellement. Partout, des individus sont capables d'agir mal. Le fait n'est pas réservé à certains montrés du doigt constamment.

 

 

Le chat, l'animal préféré du Prophète

                 Le chat, divinité chez les pharaons. Le chat, l'animal préféré du Prophète.         Le chat, lié au monde spirituel.

          Après la mort de Mahomet, les

Califes

                 Des représentant de Dieu sur terre. Ils entrèrent en rivalités voulant enrichir leurs intérêts en oubliant l'intérêt général. La religion se divisa en deux courants : celle classique, sunnite, du Prophète et celle, chiite, de son cousin Ali. Les califes firent appel à des mercenaires turques pour se protéger sur leurs territoires empêchant les chrétiens de se rendre sur les lieux saints de Jérusalem et sur tombeau du Christ. Ils prirent le pouvoir des lieux saints. Le Pape saisit cette division arabe et la présence des mercenaires pour instaurer la première croisade contre les musulmans en 1099. Huit croisades contre eux eurent lieu, au départ, par de nobles chevaliers et l'armée chrétienne des Templiers.

                 L'évangile de Barnabé

                 Caché au IVe siècle par l'empereur romain Constantin, (ainsi que d'autres évangiles) mais retrouvé récemment, nous informe que le Christ, énième prophète, annonça la venue de Mahomet. Le contenu de ce document gênait Constantin voulant imposer la religion catholique dans son empire romain déclinant.  

Une religion universelle à créer ?

                 La proposition d'un - mixage - des 3 religions monothéistes est évoquée ayant étrangement des bases bibliques et coraniques identiques (la Vierge et l'ange annonciateur, Jésus prophète, Abraham/Ibrahim, des saints, des anges et d'autres personnages). Pourquoi ne pas continuer à vivre ensemble avec 3 religions ? Et libre à chacun de croire en un même Dieu en exprimant sa foi différemment (conférence de Odon Vallet, historien des religions).

Répétition de l'histoire ?

                 En 2017, les extrémismes se trouvent physiquement en Syrie et en Irak, des lieux qui abritèrent l'islam après La Mecque et Médine. Une réalité à décoder ? Quelle signification exacte ?    

Art et magnificence du Sud

                 L'art émane de la meilleure sève humaine. De la magnificence des couleurs éclatantes des terres méditerranéennes et orientales baignées de lumière intense. Là résonnent rythmes et musiques reflétant les beautés du Sud.

Migrants contemporains

                 Avec des motifs et sous une forme contemporaine, après les événements combatifs de pays occidentaux, l'arrivée conséquente de migrants en Europe s'est imposée pour la France et l'Allemagne, d'autres pays ont pris des dispositions protectrices ou des refus. Quel résultat bientôt pour ces deux pays d'accueil ?

Le gars des cités

                 Le musulman, pratiquant ou non, qui comme chacun de nous, travaille dans le but de vivre agréablement, a-t-il l'intention d'importuner son voisin même s'il est d'une religion différente de la sienne ou s'il n'en a pas ? Ne serait-il pas souvent curieux de comprendre les différences entre chacun et d’esprit ouvert ? Et si l'homme subvenait aux besoins du foyer, les femmes ne travaillaient pas à l'extérieur de la maison au cours du temps et au temps pas si lointain finalement, de l’immigration obligée, cette notion s’est transmise par éducation familiale et encore maintenant, ici en France, il semble que des hommes jeunes aiment payer pour la dame se trouvant à côté d’eux. - Une affaire d'homme - avait dit l'Oriental. Une gentillesse, une pratique quotidienne établie et non pas une volonté de diriger ni une demande de soumission féminine.

Précisions de Marc Saghié,

Courrier International, Chef du Service Moyen-Orient

                 Invité de Ghaled Bencheikh, Islamologue, Théologien et Philosophe français dans son émission - Questions d'islam - France-Culture, dimanche 19 Novembre 2017

                 Ce spécialiste faisait remarquer que la réforme de l'islam n'arrivait pas à se faire malgré le contenu des ouvrages explicatifs parus. Il précisait que la critique de l'islam n'est en aucun cas - islamophobie - et que la - Beauté - est accessible à toutes les civilisations et non pas seulement à l'Occident.  Le mal absolu ne lui appartient pas non plus. Il répéta aussi que - le voile - n'est pas mentionné dans le Saint Coran. Un but de vie, un mythe, manquerait-il à ceux qui optent pour les voies extrémistes ? Il convient de redonner la place de ses origines à la langue arabe et de ne pas la cantonner à la langue de sa religion. Le mythe de l'Empire d'origine des débuts de l'islam (Bagdad et la Syrie) serait présent dans les esprits musulmans et les extrémistes s'y trouvent actuellement.

 

Inès Safi, CNRS.

                 Le voile, non inscrit dans le Coran, doit être une liberté décidée totalement par la femme. A l'origine, les habits orientaux masculins et féminins, de longues robes aux couleurs éclatantes, étaient très similaires. La disparition du voile pourrait faire perdre une partie du merveilleux de la culture vestimentaire orientale d'origine. Sur le plan purement esthétique, regardez les musulmanes, le voile ne vient-il pas ajouter beauté et charme aux visages ?

 

BREAKING NEWS

11 Avril 2017, Les musulmans d'Europe. 2 films sur Arte.

                 Le second film évoque l'actuelle Grande Mosquée de Grenade face à l'architecture orangée du palais de l'Alhambra témoignant du passé de l'islam andalou. La 3ème génération des musulmans espagnols et les immigrés du Maroc la fréquentent. Son imam, natif de la région, un espagnol converti. Il commente une identité européenne musulmane possible et déjà existante.  Grenade résista plus longtemps que d'autres villes hispaniques à la Reconquista des rois catholiques. Elle refusait la religion catholique après 7 siècles de religion et tradition musulmanes. Le choix proposé par les envahisseurs ? Mourir, se convertir ou partir. 1492, date officielle de la fin de Al-Andalus. Grenade, en 2017, serait-elle un lieu prédestiné pour la reprise d'une identité européenne musulmane ? L'imam espagnol converti à la religion musulmane citait ce point important au cours du 2e film d'Arte. A remarquer aussi que de jeunes français, futurs terroristes par visions religieuses extrémistes d'un autre temps, s'exilent actuellement en Syrie. Au VIIe siècle, dans les débuts de l'islam, lors des premières difficultés entre différents courants, c'est en Syrie puis à Bagdad, actuel Irak, que les autorités se trouvèrent transférées. Une répétition de l'histoire ?

25 Avril 2017, hommage rendu à un policier tué en service.

                 Dans la cour de la Préfecture de Police au centre de Paris, hommage rendu au policier tué quelques jours avant sur les Champs Elysées. Un homme parle calmement. Son compagnon policier. Pas de haine. Des mots forts. Emotion de tous. Son discours se termine par  - Je t'aime -. Un hommage officiel aussi à l’amour. Osera t-on encore juger la façon de vivre de qui que ce soit ? Que les bas ricanements d'un autre âge se taisent enfin. 

14 Mai 2017, le probable nouveau Président de la République.

                 Magnifique photographie aux tons bleutés d'une photographe connue. Un homme jeune, marche seul vers la pyramide du Louvre. Des gestes chaleureux. Un protocole plus simple. Une main posée sur le bord de la fenêtre ouverte de sa voiture. Il est plus jeune que sa femme. Déracinez vos idées standards et rétrogrades, votre jalousie inconsciente. Une possibilité existante depuis toujours enfin montrée au grand jour. Que tout le monde regarde leurs visages lumineux. L'amour est présent et voilà tout. Des sentiments sincères ne sont-ils pas magnifiques ?  De nouveaux codes de normalité ? Peut-être la plus belle réforme à entreprendre.

 

12 Juin 2017, Cecilia Bartoli à l'Opéra Royal de Versailles.

                 La diva, célèbre mezzo-soprano romaine, donne son récital - Voyage italien - dans la salle aux énormes colonnes dorées voulue par Louis XIV. Robe rouge carmin à traine et larges volants de la diva. Un programme lyrique du XVIIIe débutant par Porpora, Scarlatti, Mozart. En deuxième partie, des chansons napolitaines interprétées sur le mode lyrique. Drôleries et humour avec les spectateurs et son pianiste : un comportement des musiciens et interprètes à l'époque de ces créations musicales. Après chaque chant, des applaudissements marqués et des compliments criés. - Brava ! Bravissima ! Un final et plusieurs bis. Des spectateurs debout honorant l'immense talent de Cecilia Bartoli. Bouquet de fleurs blanches offert. Elle salue tenant son pianiste par la main. Elle semble vivre un bonheur sans fin. Les mélomanes et les scènes du monde entier l'acclament depuis longtemps.

24 Juin 2017, Arsilda de Vivaldi à l'Opéra Royal de Versailles

                 Un opéra jamais programmé dans aucune salle au monde. La première de Arsilda fut donnée en 1786 au célèbre Teatro Sant'Angelo de Venise. Il n'existe plus comme d'autres théâtres vénitiens. Les gravures dans les expositions et les livres montrent sa splendeur. Au XVIIIe, dans les nombreux théâtres de la cité lagunaire, les spectateurs se tenaient debout au parterre ou assis dans des loges. On venait là aussi pour manger ou traiter des affaires sans vraiment suivre le déroulement du spectacle. Dans la salle voulue par Louis XIV, contemporaine de ce type d'opéra programmé, va avoir lieu un spectacle complet : musique, voix, costumes et chaussures copies d'époque, perruques, chapeaux, danseurs et ballets. Le XVIIIe respecté. Dans la fosse, l'orchestre se compose de vingt violons à la gauche du chef et à sa droite, viole de gambe, hautbois, harpe, théorbes, dont un au long manche de plus d'un mètre et deux séries de cordes. Le chef donne l'envoi et le volume des notes vivaldiennes remplirent la salle. Acoustique exceptionnelle. En un instant, le Théâtre Sant'Angelo de Venise au XVIIIe siècle de trouve restitué. Lors de la première représentation de son œuvre, Antonio Vivaldi lui-même fut présent. Dans un décor gris clair autour de la scène, une porte et une fenêtre sur le mur du fond laisse voir la projection d'un espace extérieur où des nuages défilent sur un ciel bleu. De la vaisselle et des chandeliers posés sur la nappe d'une longue table, des acteurs-chanteurs assis sur des chaises transparentes simulant les formes de l'époque : un banquet. Les voix solistes chantent dans le coin gauche de la scène pour mieux suivre la direction du chef d'orchestre. Des habits masculins copies d’époque d'un bleu tendre aux godets volumineux multipliés par plusieurs épaisseurs de tissus teintés de marron et ivoire, de larges chemises à jabots de dentelle et dentelle au bord de longues manches. Des acteurs à la démarche élégante. Des gestes raffinés. Splendeur de la musique baroque et des voix. Maestro Vivaldi parmi nous. A l'entracte, les mélomanes citent le talent de la troupe, de l'orchestre et de leur chef. La cloche sonne. Chacun reprend sa place. Musique et voix à nouveau. Le chef d'orchestre pragois monte sur scène pour diriger l’orchestre de haut mais aussi les acteurs-chanteurs quittant, petit à petit, leurs costumes d'époque pour des vêtements contemporains. Délire final dans la salle. A Versailles aussi, on sait taper des pieds et crier de contentement pour remercier le travail des artistes. Ils saluèrent avec le chef, le metteur en scène, la costumière, la décoratrice. L'orchestre se leva pour saluer en regardant vers les spectateurs. Arsilda, inoubliable comme au temps de Vivaldi et du Teatro Sant'Angelo ...

26 Juin 2017, fin du Ramadan. Fête de l'Aïd el fitr.

                 Le sms d'une belle musulmane arriva sur son téléphone.

Bonne fête de l'Aïd, Que cette journée festive de notre si belle religion, l'Islam, vous apporte joie, bonheur et grande Paix de l'âme. Que vos proches, votre famille soient comblés de douceur. Que leur foi soit renforcée et que la piété vive en leur cœur. Que toutes les musulmanes et les musulmans de le terre célèbrent ensemble cette belle fête tel un peuple frère.

Le matin de Noël déjà, son sms lui souhaitait - Bon Noël -. Ne serait-ce pas ainsi que de nouvelles positions prennent place ?

 

30 Juin 2017, décès de Simone Veil

                 Femme de caractère, de valeurs et d'ambition voulant la protection des faibles. Un combat féministe du XXe siècle pour faire accepter son projet d'Ivg officiellement en 1974 alors que les jeunes femmes avortaient en prenant de grands risques pour leur santé. Espérance et justice pour les femmes. Aux Invalides, tous les âges rendent hommage au courage de la grande dame. Applaudissements nourris en fin de cérémonie même à l'extérieur du monument. Le jeune Président fait remarquer que les combats aux vues nouvelles de Simone Veil sont à continuer avec le même courage. - Rien n'est jamais gagné pour toujours -. Une émission télévisée consacrée à la vie et au parcours professionnel de Madame Veil montre son chemin passant par l'horreur d’une mort barbare prévue heureusement évitée, un retour en Allemagne dicté par le travail de son mari. Elle comprit la nécessité du rapprochement franco-allemand à réaliser au plus vite. Sa mission terrestre, politique et sociale pour son pays et l'Europe fut exemplaire. Nous lui devons mille libertés.

15 Août 2017, Paris, hôtel du Jeu de Paume dans l'île Saint Louis

                 Ce jour-là, des gens souriaient en vous croisant sans même vous connaitre. Des étrangers à nouveau dans le charme de Paris historique. Moins nombreux qu'avant disaient les commerçants. Des visiteurs, pas des acheteurs. Elle parla avec de jeunes vendeurs au discours censé. Une relève réconfortante ? Une plaque cuivrée indiquait l'hôtel peu visible de la rue. Passez le porche et entrez dans un large passage pavé. Des poutres traversent les parois. Un escalier sur la gauche monte vers des appartements privés. Une cour aux pavés inégaux conduit dans le passé des murs aux pierres apparentes, aux poutres énormes comme des arbres et la légèreté contemporaine d'œuvres accrochées, çà et là, sur les parois du temps. La hauteur de voûte de l'immense salle de réception aux poutres enchevêtrées est surprenante, telle une église. Elle comprend trois salons séparés seulement par des canapés et fauteuils dont un salon-bibliothèque. Un ascenseur transparent quasi invisible dessert trois étages. Au fond, l'espace petit-déjeuner le long du passage se délimite par quelques colonnes de pierre et des tables ovales ou rondes recouvertes de nappes blanches. Atmosphère historique et contemporaine mélangées avec talent par l'architecte. Un buffet du matin au nectar d'orange exceptionnel et des petits pains à la mie brune, des croissants et produits de qualité. A cette période, un tout jeune homme s'occupait des clients. Une allure romantique de fin XIXe, des cheveux mi-longs embroussaillés. Un nouveau Chopin ? Chaque après-midi, la directrice et son grand chien noir étaient présents. Sur le dos et pattes en l'air, allongé sur le vieux carrelage orangé, - grand chien noir – attendait les caresses. Un lieu superbe à découvrir pour se reposer en passant par là.

16 Août 2017, rue des Rosiers. La rue sympathique du 4ème

                 La rue juive. Petits restaurants, minuscules cafés, fallafels et pâtisseries orientales, librairies spécialisées, l'opticien, le boucher, la retoucherie. Des odeurs de là-bas. Visiteurs et passants du quartier se parlent dans la rue comme en pays méditerranéen, même en hiver. Une rue vivante. Trois grands gaillards devant la boutique de l'opticien discutent, un jeune chien berger tout frétillant, allongé par terre et rongeant un os avec acharnement. - Moi, je suis arabe mais j'suis pas né ici. J'ai émigré. C'est pas la même chose, mais on est mal vus ici -. - La majorité ne comprend rien et ne veux pas étudier un peu pour y voir clair. Depuis deux ans que j'ai mis un oeil dans l'historique de l'islam très instructif et parlant -. - Quand j'vois le comportement de ceux qui sont nés ici, j'ai honte -. - Il est super beau ton chien avec son museau noir -. - Un berger malinois, de Malines en Belgique -. - Les chiens aussi arrivent de partout ! -. - Il est fiché S ! -. - Même les chiens ? -. Des étrangers s'arrêtèrent pour jouer avec le chien. Sa queue montrait son contentement. Une dame le prit dans ses bras pour l'embrasser. Une scène imprévue rue des Rosiers.

13 Septembre 2017

                 Télématin sur A2. Une journaliste commente le contenu des nouvelles relations éphémères sur les réseaux sociaux. On entre en communication facilement. On se quitte rapidement sans explications : une violence souvent ignorée. Si besoin, on bloque l'accès du correspondant sur son téléphone sans l'aviser. Et voilà, il ne peut plus vous contacter, tranquillité, pas d'explications à fournir, facilité. Il disparait en un instant. Plus de réponse. Injoignable. Il n'existe plus. Et parfois, le correspondant s'inquiète, panique. Son correspondant est-il en danger ? Accidenté ? Comment savoir ? Ghosting : violence mentale extrême crée par le ghoster qui pense que sans évoquer de faits déplaisants, il ne fait pas de mal au correspondant. Grave erreur ! Ce comportement, conscient ou inconscient, l'arrange : il n'a pas à s'expliquer. Un nouveau type de mort organisée. Un comportement existant dans les jeux vidéo, reproduit dans la réalité du quotidien. Le mental des animaux et leurs instincts, eux, ne dérapent pas. Des valeurs sûres. Granrou, Ptirou, Laureline, Yvette et Yveta, Koro et tous les autres, savent démontrer leur affection et leur attachement envers les humains et entre eux : coups de têtes répétés et baisers de nez mouillés : aucune ambigüité possible et sans prononcer de mots. Ils ne parlent pas. Leur langage est autre, précis, explicatif. Ils n'ont pas besoin de téléphone et de technologie.

30 Septembre 2017, la bactérie E. Coli

                 Elle continue sa triste action. La radio annonce de ne pas manger les barquettes d'escalopes de veau achetées dans un hypermarché français entre le 26 et le 29 Septembre. Le dieu-fric satanique toujours en vie mais pas forcément ceux qui absorbe cette nourriture infâme. Rappel : à n'importe quel âge, coma, un mois en réa, reins ne fonctionnant plus, dialyses, réapprendre marche et équilibre, 4 mois d'hospitalisation, des séquelles neurologiques à vie possibles même pur un enfant. Un exemple d'inhumanité actuelle parmi d'autres au service de l'inconscience, de la malhonnêteté et de l'irrespect des humains et des animaux. Des prises d'otages au profit d'une consommation inutile, néfaste et une mentalité de tueurs accro de l'argent à outrance.

Novembre 2017

                 Etonnant. Pourquoi éclate en ce moment la mise au grand jour du harcèlement sexuel et sexiste, des viols et comportements anormaux masculins ? Ces actions physiques ou verbales perpétuées par ces messieurs existent probablement depuis l'Antiquité par pouvoir physique, mental, professionnel, familial. Une copie à analyser, à comprendre et à corriger. Mais pourquoi s’occupe t-on du thème enfin seulement en ce moment ? Les femmes peuvent se faire respecter dès l’enfance et répondre de suite aux attaques verbales et aux gestes déplacés. Le mieux est d'annoncer sa position précisément et ce qu'elles pensent des hommes clairement.

5 Décembre 2017, Jean d'Ormesson nous quitte t-il ?

                 Amoureux de Venise, regard pétillant, charme évident. Une œuvre appréciée. Un discours et une grande personnalité. Et, dit-il, - La mort ne peut rien contre moi !

10 Décembre 2017, Johnny Halliday et hommage national

                 Rendre hommage à Johnny Halliday absolument. Des heures de reportages télévisés livrent des détails difficiles du chanteur rock français. Première Olympia en 1961. Elle se souvint de sa place au balcon du célèbre music-hall. Des spectateurs, tous très jeunes qui chantent. Elle, envahie d'une énorme émotion chante à l’intérieurement sans se faire entendre. Elle suivit intensément ses premières chansons et son mariage avec Sylvie Vartan. Leur photo de mariage en noir et blanc dans le hall de l’Olympia resta exposée pendant de nombreuses années jusqu’à la rénovation récente de la salle mythique.    Souvenirs, souvenirs … Retiens la nuit … Les années yéyé : une époque révélatrice d'un style musical nouveau, enfin différent, joyeux. Et les grands succès de Johnny pendant tant d’années jusqu’à hier. Musiques et paroles puissantes ne pouvant que restées toujours présentes. Un hommage populaire national grandiose hier et l’amour de son public grandement démontré. Un évènement spectaculaire. Des images témoignant d’une nouvelle consécration de son identité, de son travail, de son talent, de sa force exceptionnelle. De sa mission ? Seul un grand artiste est capable de remplir ainsi l’espace pour toujours probablement.

                 Trois secondes lui suffirent pour décider de se rendre dans l'entrée de l'Olympia et laisser un message à Johnny sur le registre prévu. Elle resta quelques temps dans l'entrée de l'Olympia qu'elle connaissait depuis les années 60.

 

LAST  BREAKING  NEWS

                 Avez-vous remarqué, vous les jeunes et moins jeunes le côté intemporel de notre amie ? Elle aime les mêmes chanteurs que vous, plaisante et rit, a envie de tout connaitre, de voyager, de vous parler. Un esprit sans frontières. Sa carte d'identité n'est qu'un repère administratif depuis toujours. Vivez donc vos capacités communes ensemble. En prime, profitez de ses connaissances. N'auriez-vous pas envie de la rencontrer ? Obligez-la à décrocher de son travail. Vous pourriez lui raconter mille choses des temps actuels, vos préoccupations, vos envies et projets. Ça l'intéresse. Vous pourriez entendre ses anecdotes et l'accompagner pour ses déplacements professionnels à Bruxelles et Bruges, à Berlin, à Florence, Sienne et Lucca et découvrir les paysages divins de Toscane, sa Venise authentique et le Maroc. Une expérience bénéfique commune. Soyez comme elle avant-gardiste et cassez le code rituel ancestral des âges à respecter. Qu'attend-on dans ce pays pour enfin fuir les clichés, pour se mélanger vraiment et fréquenter le voisin sans tenir compte de sa carte d'identité, de son origine, de son salaire et de son âge précis ? Vivre ne serait-ce pas çà aussi ?

                 N'aimeriez-vous pas faire partie aussi de ses grands amis les chats ? Eux, sont toujours présents à ses côtés. Aucune déception possible avec eux. Il n'en est pas de même avec les humains.   

                 Lisez absolument le petit livre d'Ismaël Saidi, belge originaire du Maroc, scénariste et réalisateur. La traversée de l’Espagneen voiture pour rejoindre le Maroc chaque été, préparé pendant des mois par sa mère pour retrouver les grands-parents dans la médina de Tanger, sa passion pour Goldman et Disneyworld. Le Ramadan. Humour d'un européen musulman à travers ses deux cultures. On apprend l'islam en riant.

 

FIN

 

 

ÉPILOGUE 

                 Elle

Travail, origines, quartier du Marais et île Saint-Louis, protections célestes et les chats. Les artistes puristes sont des passionnés. Leur vie privée et professionnelle se mélangent à chaque instant. Un rythme non-stop chaque jour, week-end inclus. Son esprit suit ses dossiers même en faisant la vaisselle ou en marchant dans la rue. Voilà son atmosphère. Perdez votre jalousie. Remerciez là pour son travail et appréciez que des instituts culturels et musées réputés acceptent ses œuvres par donations. Ces instituts rassemblent et conservent ses documents utiles à leurs lecteurs, chercheurs, historiens, étudiants. Les budgets manquent pour acquérir tous les documents valables. Les nouvelles acquisitions sont prévues à l'avance chaque année par les directions muséales. Par les donations d’artistes en plus, vous pouvez vous-même consulter leur travail dans ces instituts. Elle finance son travail elle-même sans demander un seul centime à personne par liberté totale de diriger ses buts vers la communauté culturelle mondiale dont vous faites partie. Ne pensez plus  - pour qui elle se prend ! Eviter lui vos gifles par incompréhensions, inconscience ou jalousie. Evitez ainsi de recevoir ses mots désagréables en retour du style - je me prends pour ce que je suis ! Oui, elle a une forte personnalité depuis toujours. Et alors ? Elle sait ce qu'elle veut. N'est-ce pas une force ? Pourquoi vous dérange t-elle en fait ? Faites un travail similaire. Il sera obligatoirement différent et vous ne la dérangez pas.

                 Corse, Toscane et un saupoudrage de Belgique. La Corse, l'Italie, la Sardaigne et la Sicile, Venise, la Toscane et le Maghreb firent partie de l'Empire byzantin en des temps anciens du VIIIe siècle. Etonnant que, très jeune, elle ait ressenti un lien avec l'Espagne, la Grèce, l'Italie et le Maroc ? L'accent des habitants de ces pays l'enchantent. Et Venise, porte de l'Orient, devint sa ville d'adoption en 1993. Pas étonnante son envie de vivre quelques temps au Maroc, de discuter avec tout le monde là-bas, de connaitre mieux les habitants de cette terre méditerranéenne. Une belle expérience sociale et culturelle pour décrire les lieux, raconter des anecdotes locales et les jardins contenant le symbolisme de l'islam. Elle est méditerranéenne.

                 Elle prévoit de vivre longtemps et même toujours. Toujours mille choses à réaliser, à connaitre, à écrire, à étudier et une envie de vivre dans cette Europe historique. Pour elle, le Maghreb en a toujours fait partie. Il est là, juste en-dessous de la France après trois gouttes d'eau dans un détroit à traverser.

                 Et pour ressentir autant la méditerranée, ses musiques, les sonorités différentes de chaque pays du soleil, aurait-elle fait partie de la diaspora venue depuis l'Andalousie au XVe siècle jusqu’en Toscane ? Ses pas la conduisirent-ils à Venise un jour pour ce motif aussi ? Emerveillée, envoutée, elle épousa la beauté du décor architectural oriental au passé prestigieux. Aurait-elle franchi la Méditerranée avec les Maures et vécu à Venise pour servir quelque notable dans son palais ?

                 Et les chats

                 Ils l'accompagnaient depuis son enfance tels des anges gardiens. Vous avez lu plus haut qu'en 2012, elle apprit par hasard son rôle de prêtresse des chats Bastet dans une vie égyptienne. Les chats le savaient probablement. Ils lui offraient des moments délicieux tout comme l’art. L'amour des chats et l'amour pour les chats, mènent loin. Vous savez que les chats sont directement reliés au monde spirituel et que le chat fonctionne souvent comme un voyant.

                 Ses 5 chats de la fac habitent sous l’ex cafétéria des étudiants aux murs décorés de graffiti sur le campus de Bures-Orsay. Ils ont deux distributeurs de croquettes, des gamelles d’eau et des lits avec couvertures polaires. Une bénévole passe chaque jour donner de la pâtée et vérifier l’eau. Notre amie elle, passe aussi pratiquement tous les jours. Elle joue avec eux. Mine de rien, les chats étudient en Master spé. A peine apparait-elle, ils accourent vers elle et arrondissent leurs dos vers ses caresses. Des coups de nez mouillés, des baisers sur sa joue remercient. Granrou fait ça très bien et Koro aussi. Des niches doivent les accueillir. L’autorisation de la fac de les poser est demandée. Dernièrement, sur le point de partir, elle vit une dame arriver pour leur donner à manger. Les chats, vite, vite, vite, se cachèrent et réapparurent à leurs assiettes quand la dame fut partie. Ils ne se conduisent jamais ainsi avec elle. Au contraire, à son appel en arrivant, ils viennent en courant, la queue en l'air. Ils la rejoignent sur le chemin en contrebas pour fêter sa présence. Ils savent qu'elle les aime, qu'ils vont manger copieusement et ils sautent, contents, sur la table de pique-nique pour ne pas qu'elle ait à se baisser et prendre des risques lombaires. Ils savent encore qu'elle contrôlera la quantité d'eau des grandes gamelles bleues, la quantité de croquettes dans les distributeurs glissés sous la kfet et qu'elle les fera jouer. Après leur repas, les chats font un brin de toilette et s'allongent autour d'elle dans les trèfles. Ils aiment courir après un long lacet qu'ils tiennent dans leurs dents ou leurs griffes. Elle envoya des centaines de photos des chats pour la collection de la Feline Historical Foundation dans l'Ohio.

                 Ses activités. Son Paris historique

                 Après cette biographie, son livre photographique sur Venise doit sortir vite. Il est très en retard : 200 photographies sélectionnées et commentées effectuées pendant ses nombreux séjours dans sa ville d'adoption plusieurs fois par an depuis 1993. Il est attendu déjà depuis un an à la Biblioteca Nazionale Marciana de Venise sur la Piazza San Marco, à la Confrérie San Rocco et en d'autres lieux importants à travers l'Europe, les Usa et le Canada. D'autres livres photographiques commentés sont prévus : Ombres, Nature, Reflets, Les Chats de la fac et d'autres livres textes.    Vital pour elle ce travail passionnant, son secrétariat international, gérer la documentation, lire des livres d'auteurs sur les thèmes de son travail. Vital aussi son étude de l’historique de l'islam puisque sa présence dans la société européenne actuelle est bien réelle. Elle nourrit son esprit éclectique par sa propre réflexion, l'écoute d'émissions et de conférences, des lectures et en visionnant des Dvd. Vital de se rendre au quartier latin, dans le Marais, à la librairie de l'Institut du Monde Arabe, dans son ile St Louis, rue Oberkampf, rue de Charonne, à la librairie du Louvre et du côté de Passy. Paris ... Depuis environ dix ans, elle n'entre plus dans Notre-Dame : trop de monde dénature l'atmosphère des lieux. Elle rend visite à son amie vénitienne dans sa boutique de l'ile saint Louis et à son amie juive née au Maroc, rue des Tournelles, tout près de la place des Vosges. En passant, elle regarde les vitrines des galeries.    Elle aime passer rue de Sévigné et rue Malher, salue le Musée Carnavalet et la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris. Ils conservent son livre photographique - Paris, ma vision - et ses premières photographies de Paris de 1973. Elle passe encore rue du Roi de Sicile, rue des Ecouffes, rue Ferdinand Vidal, rue des Rosiers : un village avec ses librairies juives, ses petits restaus de fallafels, ses pâtisseries orientales, la retoucherie, le boucher, des boutiques de mode, son opticien et des senteurs d'épices, comme là-bas ! Elle rejoint ensuite la rue Charlemagne et le Village Saint Paul, passe devant son lycée Sophie Germain rue de Jouy. Passer devant la porte de son lycée ? Un rituel obligatoire. Dans la rue François Miron : la boulangerie au décor d'antan, le magasin de jouets style années 50, la vitrine de Paris Historique, le magasin de produits et saveurs orientales du coin de la rue du Pont Louis Philippe, quelques tables à l'extérieur d'un café. Suivent les pavés de la rue des Barres, piétonne, avec sa rigole centrale comme au moyen-âge, la maison à pans de bois face à l'entrée de l'église saint Gervais par le chevet et la librairie - Sources Vives - des Fraternités Monastiques de Jérusalem. Les moines et moniales de cet ordre créé en 1975 par le Cardinal Marty anime l'église depuis la même année mais aussi des églises en France, en Afrique et en Europe, l'abbaye du Mont saint Michel et la basilique de Vézelay. De larges marches plates et pavées de la rue des Barres, descendent vers la rue de l'Hôtel de Ville et la Seine. A chaque passage, elle savoure la beauté de son cher quartier, celui de son père, de ses parents au début de leur mariage, de ses grands-parents paternels qu'elle n'a pas connus. Ils habitaient là, au coin de la rue de Brosse et de la rue de l'Hôtel de Ville, au 5e étage, à deux pas de saint Gervais, à côté du siège parisien des Compagnons du Tour de France. Les actuels compagnons tailleurs de pierres restaurent des monuments historiques dans toute la France, ceux construits par leurs collègues et les maîtres d'œuvres au moyen-âge. Déjeuner et discuter architecture avec eux dans l'immense salle à manger est possible en prévenant la veille. Vous verrez ainsi leurs chefs-d'œuvre exposés, témoignages de leurs études et de leur talent. Sur le quai de l'Hôtel de Ville : la librairie des Compagnons présente des livres spécialisés et copies de sculptures médiévales. Plus loin, un petit antiquaire, des restaurants. Son père retourna pendant maintes années chez son coiffeur du quai de l'Hôtel de Ville. Elle traverse et s'arrête souvent au coin du pont Louis-Philippe : en face d'elle, la fin du quai Bourbon sur la pointe de l'île Saint-Louis et, en contrebas, son réverbère et son arbre. Tel un vaisseau amarré, en arrière-plan, l'île de la Cité et le quai aux Fleurs. Les tours de Notre-Dame veillent sur les maisons d'époque médiévale, rues des Ursins, rue des Chantres, seul ilot épargné par les travaux du Préfet Haussmann vers 1850 dont une partie, reconstruite dans le style médiéval au XIXe permet de penser qu’elle est d’origine ancienne. Quelle image magnifique ... Devant elle, un des lieux de ses prises de vues à toutes les saisons, depuis 1993, de jour et de nuit. Elle traverse la Seine et tourne à droite au bout du pont Louis Philippe. Assise sur un banc à la pointe de l'île, elle contemple le haut du profil de la façade contre-réforme du XVIIe de saint Gervais, son toit gris et son clocher. Encore un rituel. Bien avant les années 50, de petites industries existaient dans les murs noirs des cours pavées du Marais. Les restaurations décidées par Malraux, à partir de 1964, juste après son passage au lycée Sophie Germain, changèrent la notoriété du Marais. Les occupants furent expulsés en banlieue. Un drame pour eux. Des sociétés étrangères commencèrent à acheter les mètres carrés à prix d'or.

                 L'île Saint-Louis

                 Voici la réunion ancienne de l'île Notre-Dame et de l'île aux vaches. L'architecture noble des palais du XVIIe, l'intérieur d'or de l'hôtel de Lauzun sur le quai d'Anjou et la vue superbe du chevet de Notre-Dame à travers la ramure squelettique hivernale depuis le quai d'Orléans ... Impossible pour elle de se détacher d'un tel décor, historique et actuel à la fois. Et le pont Marie, trapu, avec ses avancées en pointes de lourdes pierres arrêtant les branchages charriés par l'eau ... Le pont de l'architecte Marie, une autre évidente beauté intégrée à l'île Saint-Louis, la reliant aux quais des Célestins et de l'Hôtel de Ville à deux pas de son lycée. Et ces escaliers très pentus portant le piéton au même niveau que la Seine pour une promenade et une autre vision du fleuve et du quartier ... Eté comme hiver, de jour comme de nuit, bateaux mouches, bateaux privés loués, longues péniches transportant des matériaux et bateau-bus, glissent devant vos yeux. Elle ne s'en lasse pas.

               Dans la ville des Ulis

                 Une chanson aux accents sonores maghrébins et claquements de mains, Mi amor ... Mi amor ... un très jeune chanteur aux gestes élégants du Sud. Un visage marocain. Les chauffeurs de taxis maghrébins demeurent souvent aux Ulis, cette ville construite à partir des années 1964. Des polémiques précédèrent sa construction. Les habitants alentours n'en voulaient pas sur leurs vastes terres agricoles fertiles appelées à disparaitre. Les bâtiments des fermes aux solides murs de pierre de meulière de la vallée accueillirent d’autres activités. La galerie marchande ouvrit en 1972. Des logements sociaux et des résidences privées, une grande scène de spectacles régionale, des cinémas puis un grand parc vert, médiathèque et église furent construits et en 2013, la mosquée Al-Andalous s’intégra dans l’ensemble. La ville grandit encore actuellement : appartements privés, larges avenues pour une population de tous horizons. La galerie marchande est fréquentée par les habitants sur place et ceux du Sud 91 et du Nord 78. Touchant le centre commercial, l’immense zone d'activités de Courtabœuf s'étend sur plusieurs communes. Les premières entreprises internationales s'y installèrent début 1970. Et les routes de campagne étroites furent élargies plusieurs fois déjà pour permettre la circulation de plus en plus dense. Les vaches broutant autour du bâtiment de l'antenne reliée à la Tour Eiffel diffusant la télévision, sont toujours là dans leur pré, en haut de la côte montant de Palaiseau à Villejust et rejoignant la zone d'activités et la ville des Ulis. Leur présence humaine animale fait du bien. Le Tgv Atlantique passe sous leurs pattes après la gare de Massy-Tvg. La vue des vaches compense t-elle celle de l'incinérateur situé juste un peu plus loin ?  

                 La société imparfaite

                 Quel phénomène contemporain entraina tant d'inconscience ? Au cours de ces dernières années, dans le domaine de la médecine et de la nourriture par exemple, des prises de conscience ont eu lieu dans la population et on ose dire fort enfin les lacunes existantes. Pourquoi le modèle inexact fut-il/est-il reproduit continuellement ? Pas d'obligation imposée pourtant. Inconscience, égoïsme, paresse, inertie, manque de personnalité, ressembler au voisin et faire partie du groupe ? Quand chacun va t-il remettre enfin en cause la/sa situation ? Il y a urgence d'élan humain reliant chacun à l'autre. Les sms ne suffisent pas. La communication verbale et physique sont utiles pour exister. La solidarité type méditerranéen ne pourrait-elle pas devenir une façon d’être aussi chez les natifs d’autres lieux pour créer une réelle chaleur humaine ? Tant que la consommation inconsidérée passant par le dieu-fric règnera, tant que la ressemblance aux voisins sera la règle majoritaire à tort, tant que les personnalités sans vraie volonté stagneront dans un laxisme, tant que le vide intérieur de l'individu l'empêchera de se définir et de savoir qui il veut devenir, un monde superficiel sans repères valables risque de végéter.

                 Une minorité agissante

                 Elle existe à l'écart des domaines liés au monde de l'argent. On parle trop peu de ce monde plus sain, plus naturel, mélangeant valeurs essentielles et données nouvelles bénéfiques à l'humain. La majorité avance à travers ladite modernité technique exagérée et ses gains. Pour quand la minorité grandissante devenue majoritaire et humaine incluant totalement nos frères animaux pour le bien de nous tous ? 

                 Des ondes invisibles autour de nous

                 Elles atrophient les cerveaux et créent des maladies rentables pour d'autres. Peu coûteux de porter de minces protections techniques à coller sur un téléphone portable ou un ordinateur ou même de faire protéger son appartement et sa maison. Il semblerait que personne ne veut croire à ces protections. Pour une fois, dépenser quelques euros salvateurs serait intelligent plutôt que copier le laxisme classique bloqué en - mode pensée unique -.

*

                 La perfection n'existe pas entend-elle souvent : si personne ne la cherche, elle ne risque pas d'exister ! Ne serait-elle pas pourtant à portée de main ? La définir et vouloir la suivre devrait être un réflexe.

*

                 Islam et religion musulmane

                 La fréquentation des chauffeurs issus de l'immigration maghrébine, sans aucun prosélytisme de leur part (leur religion l'interdit), la porte orientale vénitienne entr'ouverte, une curiosité culturelle et une grande attirance pour les couleurs de la Méditerranée, l'entraînèrent vers de nouvelles données. Souvenez-vous, bien des années avant déjà, l'Espagne, la Grèce et l'Italie, ces pays situés au Sud de la France, l'attiraient. Son esprit les reliait en un seul continent dont elle se sentait originaire.

                 Merci encore à l’Oriental avec qui elle circula souvent, créateur du rituel du p'tit café sur l’autoroute. Son visage du soleil lui donna envie d'étudier l’historique de l’islam qu'elle ne connaissait pas.

                 Dès les années 50, les algériens vinrent en France pour travailler. Leur vie ? Pas aussi facile qu'annoncée par la France avant leur départ. - Il n'y eut aucun problème tant que l'immigration fut motivée par le travail existant pour nos parents -, lui dit un chauffeur d'origine tunisienne. Les immigrés italiens ne furent pas accueillis avec chaleur non plus dans les années 20 fuyant le fascisme en Italie. Il y eut même des morts. Pourquoi ce refus systématique de l'autre au lieu de voir l'apport enrichissant gratuit ? Dans la voiture des chauffeurs musulmans, elle ne vit pas de tapis de prière. Pas de pause prière plusieurs fois par jour au bord de la route ou sur le périf. Ils ne la laissèrent pas non plus sur le trottoir pour entrer à la mosquée quand le muezin appelait depuis un minaret. Aucun ne lui a manqué de respect contrairement à d'autres personnes. Que de faux clichés aussi sur les musulmanes soumises. Cela vaut la peine de lire les auteurs spécialisés.

Dieu dans un monde chaotique

                 Le Pape serre de nombreuses mains d’autorités des religions monothéistes devant les télévisions. Tous les domaines de la société subissent une transformation depuis déjà une vingtaine d’années produisant un passage obligé chaotique. La retombée du côté favorable se fera t-elle ? Dieu seul le sait. Souvenez-vous, André Malraux déclara dans les années soixante,

-           Le XXIe siècle sera spirituel ou ne passera pas !

La planète ne doit-elle pas fonctionner selon son naturel prévu dépassant probablement la compréhension des chercheurs ? Les populations ignorent souvent les significations des karmas des pays et la répétition d'événements programmés. Un nouveau monde humain serait-il en gestation ? Et Dieu est là, partout, autour de nous. Ne suffit-il pas de croire en lui tout simplement ? Une non-pratique classique à la religion dont une personne est originaire ne veut pas dire une incroyance. Il est facile de détecter ce fait dans les conversations. Les églises se seraient-elles dépeuplées au profit d’une nouvelle pratique personnelle individuelle par la pensée ?

Venise

                 22 millions de touristes par an sur 4 kilomètres de ville historique admirable : anormal et insupportable. Qui est responsable de cette anarchie ? Pourquoi laisse t-on faire et dans quel but ? Pourquoi provoquer la destruction de l'âme de Venise et son atmosphère singulière ? Comme à Notre-Dame de Paris : trop de monde et consommation de culture dénaturée effacent la beauté du lieu, volée à chaque instant aux habitants et aux passionnés qui l'étudient. Un passé à conserver absolument. Une mémoire à protéger sans la réduire. Venise, témoin de l'histoire. Venise, actuellement témoin d’une exploitation trouble de l'argent. Venise, à rendre aux vénitiens, aux puristes de l’esthétique, de l'art, de l'histoire, aux littéraires et aux musiciens. Stop à la consommation d’une Venise-objet ! Place à une Venise authentique. Outre le tourisme de masse sans scrupules, une organisation dans l'ombre serait-elle maitresse des lieux ? A bas ce type de voyageurs ne faisant que passer et bloquant les ruelles en criant sans respect du lieu et repartant aussi ignorant qu’il est arrivé. Une présence destructrice. Réalisez que jusqu'ici et depuis 1993, elle séjourna 40 fois dans ce décor en sa qualité de photographe pour des milliers de photographies et rencontrer ses contacts, étudier encore et toujours la ville. Un tel lieu peut s’étudier pendant toute une vie. Il sait se révéler continuellement aux artistes. Un mythe sans fin. Son passé présent vit dans chaque instant de nos jours. Depuis au moins l'an 2000, des hordes de touristes arrivent par bus. Ils stationnent sur des ilots-parkings récemment construits à l'arrivée du ponte della Libertà, la digue de 4 kilomètres, à la fois route et voie ferrée reliant Mestre en terre ferme à la Venise historique. Le troupeau-consommateur-superficiel des agences touristiques envahit le vaporetto n°1 bondé circulant sur le Grand Canal ou encombre les ruelles surpeuplées du trajet classique, gare Santa Lucia - Piazza San Marco. Ils séjournent trois heures ou trois jours. Quelle solution pour les vénitiens et les vénitiens de cœur se trouvant là par besoin d’authenticité ? Les petits commerces quotidiens sont devenus rares depuis des années et les prix exorbitants au profit d'une prolifération anormale de magasins de faux objets vénitiens et d'hôtels remplissant les ruelles. La vie quotidienne vénitienne authentique existe-t-elle encore au moins un peu ? Des magasins de verreries et de masques venus tout d'abord des pays de l'est puis de Chine … Et pourquoi cautionnez cette situation ? A cause de votre inconscience, les vénitiens subissent disparition de l'épicier au coin de la ruelle et des prix très élevés des denrées nécessaires à la vie locale. Au XVIIIe siècle, Venise comptait 180 000 habitants. Il n'en reste plus que 50 000 de nos jours.

                 Il paraitrait que le maire pense à des mesures drastiques sur le modèle des interdictions aux supporters d'équipes de foot et qu’une liste noire de mauvais individus existe, avec interdiction pour eux d’entrer à Venise. Des associations de vénitiens tentent d'agir pour le respect de leur cité : manifestations contre les villes flottantes, ces bateaux de croisières gigantesques passant par le canal de la Giudecca, secouant les fonds et les bases des palais. Les compagnies paient des redevances conséquentes au port pour passer devant la Place Saint Marc en secouant les fonds. En 2005 naquit le projet d'une plateforme à la limite de la lagune et de l'Adriatique où s’arrêteraient les pétroliers et bateaux de croisières pour leur éviter le canal de la Giudecca et ainsi ne pas passer devant le Palais des Doges. Les arrivants devaient être transportés ensuite par vaporetto spécial pour rejoindre la Venise historique. Projet resté à l'état de projet. Heureusement, les croisiéristes ne descendent pas toujours de leurs paquebots pour encombrer encore les ruelles. Dernièrement, une pancarte disait,

DEHORS LES TOURISTES VOUS DETRUISEZ NOTRE VILLE !

*

                 La cité, si fragile, n'a pas été construite pour un trafic important de bateaux à moteurs sur ses canaux. Le mouvement continuel de l'eau frappe sans fin les fondations des palais et disloque leurs angles à la limite de l’eau qui finissent par s’écrouler.

*

                 Les vénitiens, de moins en moins nombreux en ont assez d'être dérangés par le flux touristique bruyant sans réelle protection des autorités. Les autorités de la ville n'auraient-elle pas les mains liées par d'autres autorités l'empêchant d'agir pour préserver la ville ? Les vannes devant isoler la ville historique des des eaux hautes destructrices comme en Novembre 1966, ne fonctionnent toujours pas depuis 1993. Des millions de lires de provenance italienne et de fonds internationaux ont été engloutis dans ce projet hautement technique. Un consortium fut créé pour l'étude et la construction de ces vannes à la limite de la lagune et de l'Adriatique sur les 3 passages par lesquels entrent les navires depuis la lagune pour remonter vers la ville historique et le port de Marghera construit à tort pendant la période mussolinienne. Par contre, en 2000, des quais ont été surélevés d'une hauteur de béton inutile de 30 centimètres. Une acqua alta normale monte beaucoup plus haut et celle de 1966 monta à 1,20 mètre. Les ingénieurs italiens sont intelligents. Qui donc agit pour détruire cette beauté unique au monde ?

*

                 Ce tourisme infernal efface l'âme de Venise. Qui voudra et pourra tuer la poule aux œufs d'or ?

*

Les animaux

                 Souvent plus droits et plus intelligents que les humains. Reconnaissez leur altruisme systématique spontané, leur langage et leurs messages, leurs compréhensions et un instinct sans faiblesse, leur lutte chaque jour pour leur nourriture et leur survie, leur liaison avec le monde invisible et ses messages. Le livre du Dr Philippe de Wailly, vétérinaire - Le sixième sens des animaux – décrit leurs compréhensions particulières. L'humain est très dépourvu de leur volonté et de leur force. Il se dit intelligent mais son appât malsain du gain lui fait perdre conscience. Il massacre les animaux et lui-même au nom d'un faux bien-être souvent non essentiel et la barbarie sert le dieu-fric. Sa folie inhumaine le rend aveugle : il se détruit lui-même. Il s'octroie le droit de ... mais de quel droit ? Son aveuglement gêne l'action passionnée d'une minorité présente qui produit de vrais biens pour une vie saine liée à la nature et aux animaux, nos frères présents à nos côtés depuis toujours. Nous avons à vivre ensemble, à nous respecter et à nous aimer réciproquement. Ils fonctionnent comme nous tous : des sentiments, des ressentis, des souffrances, des maladies. Ils respirent, parlent à leur façon, vivent selon leur espèce. Leur irrespect est ignoble et responsable de leurs souffrances atroces par oubli de leur aspect humain identique au nôtre. Et en prenant pour référence la Bible : ils ont été eux aussi créés par Dieu, tout comme l’être humain. Dieu-fric, élevage intensif barbare et surconsommation inutile. Comme nous tous, ils veulent être heureux, aimés, respectés dans leur vie adaptée. Ils ont besoin et envie de bienveillance, d'une vie saine et de tranquillité. Sans aucun respect dû à tout être vivant, à peine nés, des tortionnaires monstrueux les concentrent en des camps immondes pour que nous mangions leur souffrance, leur agonie et leurs peurs terribles. Quand ces monstres vont-ils voir et comprendre leur inhumanité et leur folie ?

                 Les animaux sont des humains à part entière. Ils s'expriment à leur façon. Quand on les aime, il est facile de les comprendre. Cette folie meurtrière durerait-elle depuis l'antiquité ? URGENCE ! Réveillez-vous de votre nullité et d’un suicide collectif en marche.

*

                 Dans la nature, une petite graine grandit sur un gramme de terre posée par le vent sur une pierre. Les animaux et leur instinct primordial démontrent plus de force, plus de volonté que les humains pour lutter et vivre là où ils se trouvent.

*

Les Anges gardiens

                 Ils existent. Vous l'avez constaté dans ce récit. Ils sont probablement à côté de vous aussi

 

Bibliographie recommandée

Venise

La méditerranée, Fernand Braudel et Georges Duby -- George Sand -et Venise de Bernadette Chevolon -- Stabat mater de Tiziano Scarpa -- Les dimanches de Venise de Michel Mohrt -- Trois amants à Venise de Cécil Saint Laurent -- Venise la rouge, poème d'Alfred de Musset -- Poèmes de Lord Byron, Rainer Maria, Rilke, Ezra Pound -- Histoire de Venise, La musique à Venise, Que Sais je -- Ca' Dario, la malédiction d'un palais vénitien, Jean-Paul Bourre -- Venise sauvée par les chats,   Les chats de Venise, La Lagune Vénitienne, Les chats de la Sérénissime, de Robert de Laroche -- Acqua granda, il romanzo dell'alluvione du vénitien Roberto Bianchin, en italien, texte et photographies, l'inondation dramatique de Novembre 1966,         Filippi Editore, Venezia -- Venise, Photographies anciennes, 1841 - 1920 de D. Ritter -- Récits vénitiens -- L'altana ou la vie vénitienne, 1899-1924 de Henri de Régnier -- Venise de Fernand Braudel -- L'art de vivre à Venise de Frédéric Vitoux -- Les pierres de Venise de John Ruskin -- Les jardins secrets de Venise -- Bianca (Cappello) la rebelle de Jacqueline Monsigny -- Se perdre dans Venise de René Huyghe et Marcel Brion -- Une année à Venise de Lauren Elkin, roman -- Eaux lentes sur Venise de Françoise Cruz -- Acqua alta de Joseph Brodsky -- Site Altritaliani, très documenté et souvent bilingue (Histoire, culture, art, faits sociologiques sur l'Italie et Venise) -- Venezia ritrovata, Paolo Barbaro, en italien -- Le goût de Venise, extraits d'auteurs -- Un chat à Venise/Le Voyage à Venise, Les Chats - I Gatti et petites histoires de chats vénitiens, partiellement bilingue français-italien, contenant Un Chat à Venise, Mes Chats et des chats de Venise de Fiorella Giovanni, diffusé par l'auteur.

Florence et la Toscane, la Renaissance italienne

Le goût de la Toscane, extraits d'auteurs -- Le goût de Florence, extraits d'auteurs -- L'art de vivre en Toscane -- Intérieurs de Toscane -- Villas et Jardins de Toscane -- La Renaissance Italienne de Jean-François Boisset -- L'abécédaire de Léonard de Vinci, L'abécédaire de la Toscane de la            Renaissance -- Le Bazar Renaissance de Jerry Brotton.

Les chats

L'abécédaire des chats -- Le sixième sens des animaux de Philippe de Wailly, vétérinaire -- Le chat en 60 poèmes, choisis par A. Novarino-Pothier -- Langue de chats  Le Chat, petite anthologie littéraire -- Mon chat est un hypocrite, Les vacances du chat hypocrite, Le bébé du chat hypocrite, Les sales manies du chat hypocrite,   mini bandes dessinées hilarantes, Hélène Lasserre et Gilles Bonotaux -- Histoire secrète du chat, Robert de Laroche et Michel Labat -- Conversations avec un chat de Kate Solisti -- Les chats - I Gatti et petites histoires de chats vénitiens, partiellement bilingue francais et italien -- Mes chats et des chats de Venise de Fiorella Giovanni, diffusés par l'auteur.

Pétrarque

Séjour à Vaucluse de Pétrarque, traduit du latin -- L'ascension du mont Ventoux de Pétrarque -- Pétrarque, Milosz 2004.

La vie après la vie

Lumières nouvelles sur la vie après la vie du Dr Moody -- La mort est un nouveau soleil de Elisabeth Kübler-Ross -- La preuve du Paradis, voyage d'un neurochirurgien dans l'après-vie par le Dr Eben Alexander.

Vézelay

Vézelay l'esprit du lieu de Edith de La Héronnière

Croisades, Islam, Maghreb

Histoires de croisades de A. Barbero -- Les croisades au XI et XIIe siècles de Claude Lebédel -- Les croisades, Cécile Morrison, Que Sais-je -- Comprendre l'Islam de D. Sourdel, Que Sais-je -- L'Islam expliqué par Malek Chebel -- Muhammad, La Documentation Française, Récits primordiaux -- Le goût des cités impériales du Maroc, extraits d'auteurs -- L'Islam expliqué aux enfants et à leurs parents deTahar Ben Jelloun -- Le Coran expliqué aux Jeunes de Rachid Benzine -- Lettre ouverte au monde musulman de Abdennour Bidar -- L'Islam de chair et de sang de Malek Chebel -- Al-Andalus / Histoire essentielle de l'Espagne musulmane de Abderrahim Bouzelmate -- Petite histoire de l'Islam, Librio – L’islam expliqué par Malek Chebel -- Sagessses de l'Islam de Malek Chebel -- Moi Ismaël, un musulman d'ici de Ismaël Saidi -- Finalement, il y a quoi dans le Coran ? de Rachid Benzine et Ismaël Saidi.

Au Vatican

Les secrets du Vatican, B. Lecomte -- Enquête sur la face cachée de l'Eglise, Carmelo Abbate.

                    THE END 

Fiorella GIOVANNI

Fiorella Giovanni Mai 2002 Florence san Miniato al Monte

Texte de l'écrivain Fiorella GIOVANNI édité en exclusivité par DIACONESCO.TV - TOUS DROITS DE COPYRIGHTS RESERVES - 

Interdiction formelle même partielle de copie du texte de l'auteur - Pour un éditeur professionnel qui voudrait éditer l'autobiographie de l'auteur Fiorella GIOVANNI une demande doit être adressée par mail à DIACONESCO.TV : diaconesco@internetcouncil.us 

*******************************************  

Posté par DIACONESCO_TV à 06:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


21 juillet 2018

CULTURE ... CULTURE ... CULTURE ... CULTURE ... CULTURE ...

Il était une fois...

... la grande

artiste internationale

écrivain et photographe

franco-italienne

 

Fiorella GIOVANNI

ELLE

Biographie

 

 

 

 

Fiorella Giovanni Mai 2002 Florence san Miniato al Monte

 

E  L  L  E

 

 

 

            Lors d'un entretien dans plusieurs lieux vénitiens, elle expliqua son refus dans les années 50 d'un héritage généalogique ne lui appartenant pas. Elle assuma et finança sa vie elle-même, contourna le standard sociétal. Forte personnalité et volonté, indépendance, idées et analyses personnelles, grande sensibilité, avant-gardiste voire visionnaire. Pour réaliser ses buts, un chemin particulier la conduisit à travers beauté naturelle et beauté construite par l'humain.

 

            Le narrateur vous conte son parcours atypique entre amour du Paris historique et magie vénitienne flottant sur des reflets à la porte de l'Orient. Il vous invite à célébrer avec elle ses fiançailles sérénissimes. Une alliance d'or à son doigt en témoigne. Rencontrez avec lui Henri de Régnier, vénitien de cœur, John Ruskin, Musset et George Sand et découvrez la personnalité de Pétrarque, le grand poète italien puis, frôlez les paysages divins de Toscane et leur harmonie céleste sur terre. Laissez le charme du Marais et de l'ile Saint Louis caresser votre esprit. La vision de l'auteure de la société vous est transmise par des anecdotes vécues et l'existence d'une présence invisible protectrice présente autour de nous. Des mots traduisent aussi un grand respect pour nos compagnons les animaux avec qui nous vivons.

 

            Depuis 1998, elle procède par donations de son travail littéraire et photographique auprès de bibliothèques d'instituts culturels et musées réputés (Europe, Canada et Usa). Elle étudie Venise et l'Italie contemporaines liées à l'histoire. La porte vénitienne ouverte sur l'Orient lui donna envie de s'intéresser à l'historique de l'Islam depuis 2015 en revisitant la religion catholique. Elle aussi est issue du monde méditerranéen. 

0

France Libris

 

Quelques mots anonymes

                 Le - Bel Paese - de Dante. Reflets à Venise. Lumière en Toscane. Renaissance et patrimoine historique immense. Et si la Beauté pouvait changer le monde ? Des rythmes et des musiques caressent couleurs et lumière vives déjà orientales. L'artiste crée son œuvre. Dieu dirige son esprit.

                 Venise, magie, prestige, beauté infinie. Les passionnés l’étudient pour vivre sans fin son authenticité cachée. Un carnaval réapparu. Des envahisseurs mondiaux briseraient-ils son aura superbe ? Un nouvel enfer dantesque ? Venise, sans cesse au bord du tombeau mais toujours renaissante et toujours présente.

 

Quelques mots de célébrités

Venice, a splendour of miscellaneous spirits.

John Ruskin, écrivain, poète, peintre, critique d'art britannique

et vénitien d'adoption. Extrait du livre - Les Pierres de Venise -.

Toute notre connaissance découle de notre sensibilité.

Le désir de savoir est naturel aux bons.

Le plus petit des félins est une œuvre d'art. Chaque chat est un chef d’œuvre. Leonard de Vinci.

Sans l'Art, on vit beaucoup moins bien.

Jean d'Ormesson.

 

téléchargement  

ELLE 

Une interview de Giovanni de Venis, journaliste vénitien. 

                 Lors de nos entretiens à Venise, au bar de l'hôtel Danieli ou assis sur un banc rouge du campo Santa Maria Nova dans son cher quartier de Cannaregio, je découvris son grand amour pour Venise, sa ville d'adoption. La mélodie de la langue italienne et ce pays furent un merveilleux tremplin pour elle, l’entrainant vers un nouvel univers après son étude de l’Histoire de l’Art au Louvre et à Sienne et sa capacité à étudier le fonctionnement humain avec une grande curiosité évidente pour la psycho par un cursus non classique.

                 Les lignes qui suivent vous révèlent son parcours. Qui se douta de la chance offerte par la langue italienne lorsqu'elle commença à l’apprendre ? Probablement personne. Sa beauté sonore captiva de suite notre amie. Des origines parlaient-elles ?        

Attachement certain pour le charme du Marais et de l'ile Saint-Louis, amour pour l’histoire des lieux, l’architecture et les reflets de Venise, pour l’harmonie céleste des paysages de Toscane … une esthétique visuelle raffinée la guide.

                 Maroc, Lac de Garde, Venise à la porte de l'Orient, lumière d’une Toscane aux œuvres dorées byzantines, monde méditerranéen éclatant de couleurs et vieille Europe, c’est sans nationalité mentale que son esprit semble voyager dans une atmosphère européenne et du monde méditerranéen.

                 Son ouverture d’esprit et son naturel peuvent surprendre. Un discours l’intéresse ou non. Elle préfère rester seule et éviter les incompréhensions répétitives d’un monde auquel elle n’appartient pas. Une théorie bienpensante non appliquée prétend qu’à l’époque actuelle le choix de vie de l’autre est respecté. Faux. Pourquoi alors cette non-curiosité à fréquenter son type de personne ? Maints échanges, enrichissements et moments agréables communs sont ainsi absents. De ce fait, le travail artistique demeure son refuge. Tout d’abord elle parla avec les artistes dans leurs expositions traduisant le reflet de leur être : un stage de tant d’années dans le rendu de leur vision de la beauté ou de la réalité et une tentative de compréhension des créateurs. Puis, en 1993, elle mit en scène le contenu de ses photographies, les couleurs, les formes et la géométrie. Elle commença aussi à mettre en scène les mots espérant traduire fidèlement son ressenti, sa réalité et la Beauté de lieux exceptionnels comme Venise et Paris historiques. Un travail volumineux : 60 mille photographies et 15 thèmes, du figuratif à l'abstrait, à gérer par sujets et à faire entrer en conservation dans des instituts. Depuis 2001, écriture, édition et diffusion par elle-même de ses livres-textes et livres photographiques par donations en instituts à travers le monde. Etudier et apprendre continuellement. Documentation et recherches sur le web. Lire les livres d’auteurs sur les thèmes identiques aux siens et étude de l’historique de l’islam. Grande amie des chats, leur fidélité et leur affection sans failles savent la réconforter un peu depuis toujours. Réalisez enfin qu’elle souffre tellement par votre indifférence, vos incompréhensions, votre désintérêt par manque de culture et de conversation, votre manque de récompense par quelques mots et votre de chaleur humaine véritable dans ce désert actuel. Manque de temps ? Faux motif. L’intérêt vrai porté à quelqu’un comme les sentiments savent trouver le temps nécessaire et transmettre du bien-être. 

Introduction

                 Son but : être uniquement elle-même agissant avec son ouverture d'esprit dotée de curiosité socio-psycho-culturelle, sa recherche continuelle de liberté, de compréhensions, de réalité, de valeurs utiles. L'époque réservait aux femmes des occupations manuelles, un rôle de servante et surtout le droit de se taire. Ce rôle, elle n'en voulait pas. Tout le monde en semblait satisfait : pas elle. Elle prévoyait de ne dépendre que d'elle-même. A 8 ans, en cueillant des cerises dans le jardin de ses parents en entendant chanter Dalida - Ciao, ciao, bambina -, elle vit déjà le schéma de la société en place. Elle le refusa. Signe du Lion et tempérament de feu. Personne ne comprenait ses réflexions rebelles et pourtant, elle ne lançait pas toutes ses idées pour éviter d’être taxée plus férocement encore d'anormalité. Elle se jurait de trouver - sa solution - pour vivre une autre vie que celle de sa mère et de ces femmes enfermées entre cuisine, ménage et mari décideur, sans vie personnelle et vouées au rituel ancestral de faire des gosses pour assurer des individus sur terre. Elle avait mieux à faire. Première solution : se mettre à l'écart du schéma sociétal standard. Mais il fallut entendre les réflexions étriquées sortant des neurones d’où s’échappaient des idées d'anormalité à son sujet. 1950 … que faisait-elle parmi ces esprits limités ? Personne ne la considérait. Personne ne l’écoutait. Elle se faisait des idées parait-il. Existait-elle vraiment pour eux ? Existait-elle pour eux ? Sècheresse humaine et affective présentes. Pas de gestes naturels d’expression d’amour évitant des doutes. Aucun intérêt pour elle à vouloir organiser sa vie comme eux, comme tout le monde. Elle renvoyait à la seconde une claque verbale, celle reçue, à qui voulait la canaliser en mode dit normal. Les enfants de l’époque, considérés comme des êtres inférieurs sans analyses ni ressentis, sans compréhensions, sans douleurs. Pourquoi les adultes les avaient-ils voulus ? Pour les corriger férocement et casser leur vie par inconscience et soi-disant supériorité ? Les domaines de l’humain et de l’art intéressaient son esprit sans frontières. Elle s’organisa une vie passionnante avec un revenu très bas mais se confronta journellement aux mentalités et personne n’en tenait compte. C’est toujours le cas en 2017. Dieu fit-il dévier sa situation ? Une personne bienveillante lui laissa un peu d’argent en héritage. La possibilité de connaitre des villes et des lieux liés à l’art, l’histoire, la musique et la beauté sur terre, s’offrit à elle.

                 L’expérience de vie difficile de la jeune Françoise Dolto l’entraina vers des études de médecine et la psychanalyse. Elle saura apporter dans les années 70, une nouvelle vision des bébés et des enfants. Expliquer leurs capacités jusque-là inconnues donc négligées et montrer combien leur parler dès leur naissance, expliquer la réalité à tout moment par des mots justes, éviter les non-dits créant doutes et ressentis troublants enregistrés pour éviter des maladies. A la même époque, le Docteur Leboyer, affirma que l’enfant entendait le monde extérieur depuis le ventre de sa mère. Dolto le savait aussi. Mai 68, d’une autre façon, apporta une nouvelle considération des très jeunes. Il devint normal de tenir compte de leurs goûts et de leur vision. Nécessité de savoir aussi délimiter des limites convenables dans chaque situation car l’entourage n’a pas à subir les choix ou les lacunes qui ne les concernent pas. Là est la grande difficulté de respect des autres au quotidien et de leur liberté personnelle.

                 Elle agit seule pour être certaine de suivre son chemin sans dépendre de personne. Son esprit est continuellement en mouvement sur son parcours atypique.

                 Une très jeune femme lui confirma dernièrement qu’elle entendait souvent le même discours que celui que mon interlocutrice entendit dans les années 50 et après.

-           As-tu un mari ? Tu auras des enfants. Tu vas créer une famille. Tu n'as pas d'expérience encore, tu es trop jeune pour comprendre. Tu auras envie d’avoir des enfants. Quel beau projet !

On en est toujours là ! Se prolonger en faisant des gosses et manquer de liberté comme tout le monde. Tel un statut honorable par reconnaissance de la Société. Ratée la belle analyse adulte. Je connais aussi cette jeune femme à l'analyse visionnaire, arrivée sur terre un jour de 1998. Elle constata très vite le fonctionnement général présent autour d'elle et les adultes imaginant son ignorance. Comme notre amie, elle comprit ce que son entourage ne voyait pas encore à un âge avancé. Elle me confia en riant qu’elle préférait voyager, apprendre mille choses, étudier encore, être libre et travailler bientôt pour une ONG humanitaire en Afrique. Pour elle aussi, l’amitié vraie et sans conditions de ses amis les chats coutait bien moins cher !  Et puis, trop de monde sur terre parait-il ? Pas la peine de rajouter des individus !

                 Dans l’enfance de mon interlocutrice, la chatte Minette, tigrée de beige et marron, tel un chat vénitien, tint une place primordiale dans sa vie. Minette, sa démarche élégante, sa douceur. Minette dormant en rond sur une chaise à côté de la cuisinière dans la grande cuisine, la seule pièce chaude de la maison simple des grands-parents maternels à la campagne.

41dknnLQSwL

 

*

                 Minette, un premier ange descendu du ciel ? Son amour pour les chats, inexplicable par des mots terrestres, commença avec Minette. Savez-vous que les chats sont liés au domaine céleste ? Leurs dons, leur savoir et leurs compréhensions sont particuliers, tels ceux des voyants. Voici de mystérieux humains. Ils étonnent par leur intelligence, leur drôlerie, leur altruisme envers leurs petits, leurs congénères et envers nous aussi. Ils nous offrent leur amitié sincère. Le chat fut élevé au rang de divinité dans le monde égyptien. Divinité, il l’est encore.

*

 

51sEmG1ivpL              

Nous vivons avec les animaux présents sur la planète. Nous leur devons une vie agréable en rapport avec les besoins de leurs races. Respectons-les totalement. La folie tortionnaire de l'élevage du dieu-fric inhumain et ses adeptes aveuglés divaguent par l'action de Satan : gains malhonnêtes, consommation inutile et maladies graves, argent avant tout. Que l'esclavage et la brutalité inhumaine à l'égard de nos frères animaux s'arrêtent enfin. Que la consommation de viande et de poisson, exagérée, prenne fin dans tous les pays. Les animaux, des êtres à part entière, comme nous. Leurs droits : vie saine, amour et bonheur dans un espace naturel convenable et adapté. Aimons-les sans restriction. Assistons-les. Protégeons-les. Ils ont besoin de nous. Nous avons besoin d'eux. Ils font partie de notre monde. Assistons-nous réciproquement.  

*

                 Elle, qui est-elle ? Contact humain facile, non conventionnelle et forte personnalité, impulsive et instinctive, d’esprit indépendant, parfois fantaisiste ou originale, curieuse en données culturelles et sociales. Elle travaille et étudie sans répit. Certains la pense orgueilleuse. Ne seraient-ils pas gênés par sa personnalité ? Elle me parla sans rien cacher de son combat incessant contre laxisme, malhonnêteté, comportements, remarqués à chaque époque en entreprises et dans la vie quotidienne. Elle ne plia jamais devant hiérarchie et collègues, voisins, éditeurs, commerçants et administrations. Elle aimait avant tout montrer la réalité des situations. Besoin de personne pour suivre son chemin pensé. Rien à voir avec un cheminement de ménagère classique. Effacez absolument vos clichés enregistrés. Vous allez lire ses moments merveilleux en des lieux exceptionnels, pendant des conférences et lors de conversations imprévues sur l'art et les beautés du monde. Peu de personnes vivent cette riche atmosphère par positionnement, grande sensibilité et capacités dès son plus jeune âge.

                 Les lignes qui suivent rapportent nos récents entretiens à Venise et chez elle, près de Paris. Des faits tous véridiques : son parcours atypique, son attachement au vieux Paris, ses déplacements professionnels à Venise et en Toscane, à Cordoue, à Berlin et sa vue de la société au cours du temps jusqu'à fin 2017. Personnalité, passion, buts à atteindre, recherche continuelle de liberté, besoin d'être en accord avec elle-même : un discours franc. Aucune nationalité mentale précise. Pas de patriotisme. Elle vit en France où un visuel de qualité existe et lui convient. Elle aimerait vivre aussi à Florence, en Toscane, à Venise, sa ville d'adoption, à Berlin, à Bruges, en Andalousie, au Maroc : 6 mois là, un an plus loin, pour connaitre vraiment en détails les lieux, les habitants et avoir des habitudes partout. Vous la rencontrez toujours dans des lieux teintés de charme et d'histoire. Elle saura toujours s'organiser en dirigeant, activités, pensées et actions. Elle luttera souvent pour contourner le standard toujours d'usage. Lorsqu'elle apprit l'italien au lycée à Paris, elle eut l'impression d'arriver d'ailleurs et se parla italien continuellement sans faire partie totalement du groupe de lycéennes non plus. Communiquant facilement et tenant compte de la difficulté des personnes d'une origine autre que locale, elle conversait de préférence avec elles : un voyage verbal en ajoutant une parole compréhensive reconnaissant les difficultés de chacun.

                 Ménagère et femme au foyer : refus catégorique du qualificatif déjà dans les années 1950 par besoin d'être quelqu'un d'autre. Soumission, pas question. Pas de contraintes par usage établi. Pas question de répéter le schéma général habituel.

                 Quel cadeau lui avait-on donné ? Celui d'une vie de boniche familiale obligée à disposition du mari obligatoire, se marier et faire des gosses, s'écraser devant les hommes et devant le patron, absence de libertés personnelles. Elle ne voulait qu'indépendance. Elle savait ses choix utiles à elle-même pour SE donner autre chose ainsi qu’à la société.

Elle se tint continuellement à l'écart des groupes, fut en avance sur son temps et parfois même visionnaire. Elle l'est toujours. Elle finança sa vie avec des moyens peu conséquents en ne comptant que sur elle, puis, finança aussi sa vie et son travail artistique jusqu'à maintenant. Encore de nos jours, une majorité de femmes sont entretenues légalement au moins partiellement, par mariage ou autre accord. Une vie plus facile que la sienne. Un revenu très moyen n'est pas égal à deux revenus moyens ou plus élevés. Mathématique. Un détail important oublié souvent. J'ai une grande admiration pour sa volonté, son tempérament et son parcours. Les femmes, souvent, s'engagent complètement avec force et ténacité avec obligation en plus de prouver leurs capacités. Pourquoi ? Les vues misogynes sans fondement depuis toujours sont encore très présentes et anormales.

                 En Mai 1968, les revendications féminines surgirent enfin. Elle ne participa jamais aux manifestations de rues mais déploya ses idées avec force, continuellement, autour d'elle dans la vie quotidienne, au travail et chez elle. Elle combattit le manque de compréhension des hommes trop directifs systématiquement. Pour éclairer sa vision, elle se tourna vers la beauté, l'art et la musique en désertant encore la société banale. Les artistes côtoient un espace mental élargi privilégié. Ils touchent un monde de sensibilités par l'esthétique, les couleurs et les formes, naturelles ou créées. Elle comprit plus tard que l'univers des créateurs contient Dieu. Il guide les esprits à la réalisation de leurs œuvres et se manifeste à travers eux.

*

Pour moi, l'Art, c'est comme une religion, disait-elle.

*

                 Elle insista pour aller au lycée à Paris. Elle choisit l'italien en seconde langue. Une révélation. Elle l'apprit sans travailler. Giudicelli, Casanova, Giovanni, des noms ensoleillés des générations du temps, indiquant des origines à l             a fois corses, vénitiennes et toscanes. Aucune difficulté quant à l'accent tonique et le rythme de la langue-opéra. Elle se parlait en italien continuellement. Son origine belge résonnait moins, dissimulée par les noms du sud. Elle aima plus tard aussi le décor flamand et le ton ocre des briques des maisons. Un ton ocre colorant un ciel souvent gris. Le décor orangé de Bruges se reflète sur l'eau calme de ses canaux. Dans les musées, les tons orangés colorent les peintures anciennes des artistes du nord.

*

                 Après mille et une couleurs rencontrées au Maroc, voici, pour elle celles du lac de Garde en Italie. Les terres ensoleillées l’attiraient.

*

Ce monde nouveau l'intéressait. Allégeait-il un peu son mal-être quotidien, la froideur accablante des présences humaines ne lui convenant pas ? Comment rester dans cet autre monde coloré et vivre en Italie ? Peu évoquées les origines belges de la mère de son père qu'elle n'avait pas connue. Pas importante une femme ? En 2013, cette grand-mère inconnue favorisa t-elle l'entrée de centaines de ses photos et de ses livres à la Bibliothèque Royale Belge de Bruxelles depuis sa résidence céleste ? En achetant une tablette de chocolat à la boutique de la Fraternité Monastique de Jérusalem en face du chevet de l'église Saint Gervais, à deux pas de l'ile Saint Louis, elle confia à la sœur,

                 - Les grands-parents que je n'ai pas connus, habitaient juste à côté de votre église, rue de Brosse - rue de l'Hôtel de Ville. Ils venaient à Saint Gervais tous les dimanches.

                 - Les grands-parents parfois font bien des choses depuis le Ciel, répondit le visage lumineux de la sœur.

                 Lorsqu'elle commença à travailler comme assistante administrative après son stage au service du personnel du siège de l'Aéroport de Paris, elle fréquenta les expositions parisiennes. Elle se savait future créatrice. Elle étudia toujours par elle-même ce qui lui plaisait après son travail, parlait avec des étrangers dans le métro, avec des musiciens après les concerts, avec des peintres dans les expos. Elle allait le dimanche après-midi dans une discothèque proche du Rond Point des Champs Elysées. Elle assistait aux répétitions puis à la diffusion en direct du Petit Conservatoire de Mireille à la Maison de la Radio et aux enregistrements de concerts classiques et interviews de musiciens et chefs d'orchestres, le samedi après-midi dans les studios de France Musique. Et un tour de boutiques dans la rue de Passy ensuite. Elle aimait ce quartier et y travailla quelques temps vers 1970. Pendant la pause déjeuner, elle aimait marcher dans les jardins du Palais de Chaillot, rue Raynouard, Avenue Mozart. Mozart ... et la légèreté tourbillonnante de mille notes alignées dans ses partitions.

                 Imaginez dans les années 50 et 60 : lucidité, réflexion différente et grande sensibilité … alors que de nombreux interlocuteurs s'exprimaient autoritairement avec une diplomatie-hypocrisie citant son soi-disant caractère inacceptable. Une agression pour elle. Elle ne ressemblait à personne et on la disait même malade. Ses raisonnements avant-gardistes n’avaient pas leur place. Cela lui arrive encore parfois en 2017. Trop de personnalité, trop sûre d'elle : ça dérangeait, à la maison, au travail, partout. Elle voyait clair sur les comportements et sur le manque de logique autour d'elle. Elle entend encore actuellement,

                 - Vous avez raison.

Alors, pourquoi ne fait-on pas comme elle ? Elle continue à dévier les propositions dirigistes nivelant les individus pour les tirer facilement tous ensemble dans le même sens. Chacun de nous est unique donc différent. Pourquoi faudrait-il imiter le voisin puisqu'on n'est pas le voisin ? Et pourquoi ce besoin de faire partie du groupe ? Besoin de se sentir soutenu ? Elle appelle ces failles, manque de personnalité.

                 Certaine d'une mission à accomplir, de buts à atteindre et d'aucune complicité possible de sa part, elle ne s'écarta jamais de son chemin. Bien connu que le niveau de conversation se nivèle vers le bas dès que plusieurs personnes sont en présence. Et ne venez pas lui parler de gosses et de maris exceptionnels. Ils ne doivent pas être nombreux sur la planète. Elle organisa des stages professionnels pour elle-même, à Londres et à Rome. Personne ne partait en stage à l'étranger à l'époque. Les stages furent imposés aux étudiants et aux travailleurs il n'y a pas si longtemps. On la croyait mineure alors qu'elle était majeure d'où des questions inutiles, des situations gênantes ou amusantes. Un décalage physique toujours présent favorisait ces situations. Très intéressée par l'humain et ses difficultés possibles, elle étudia psycho au CNAM en fin de journée après son travail. Elle participa pendant x années à des visites conférences au Grand Palais, au Louvre, dans des expositions muséales temporaires, dans l'ile Saint Louis et le Marais. Elle parlait ensuite avec la conférencière. Elle d'étudia aussi le secrétariat médical et fréquenta les cours d'histoire de l'art au Louvre. Des soirées et des weekends toujours très occupés.    En 1993, sans prévision aucune, elle créa ses activités d'écrivain et de photographe lors d'un séjour vénitien en Février pour carnaval. Le charme de la ville posée sur l'eau l'accompagna sur son chemin. Elle reprit la photographie après une pause de 9 ans, capta la magie de la ville et les reflets sur l'eau des canaux. Elle continua à se déplacer à Venise quatre fois l’an. Envoutée par la magie de Venise devenant sa ville d'adoption. Une alliance d'or crée par le joailler de Calle di Mezo, non loin du pont Rialto, la fiança avec la Sérénissime en Février 1994. Une nouvelle vie et mille satisfactions depuis un an déjà. Etude de la ville et de son histoire, contacts sur place, des milliers de photographies. Un univers sans fin. L'envie de mettre des mots et de parler de la cité des eaux se manifesta en 1995. Un sculpteur exposant à l'église San Vidal située entre le pont de l'Académie et le campo Santo Stefano, lui donna l'idée de procéder par donations de son travail. Belle idée. Ainsi, elle ne dépendrait de personne. Elle n'aimait pas les chiffres et les discussions d'argent. Les lieux réputés ne viendraient pas acheter ses photos. Par donations, ses oeuvres seraient en bonnes places à travers le monde pour l’éternité. La nécessité d'un secrétariat international trilingue s'imposa. Elle émit des propositions de dons à des musées, des bibliothèques, archives nationales et départementales, fondations en France et à l'étranger. Elle géra aussi de la documentation sur Venise, Florence, la Renaissance italienne, lut des livres sur ces thèmes, assista à des conférences à Paris, au Louvre et à Venise. Pendant des années, elle passa ses samedis après-midi à la librairie du Louvre découvrant les livres sur l'art et l'histoire de Venise.

526__g1196_20170828_121325

                 1998. Première donation photographique au siège des Monuments Historiques Vénitiens sur la Place Saint Marc.

Elle porta elle-même les documents et fut reçue dans les Procuraties à côté du célèbre Café Florian. A partir des années 2000, elle assista à des conférences au Collège de France, à Sciences Po'/politique italienne et aux films italiens projetés à son cinéclub avec présentation et débat. Elle fut invitée aux conférences de l'auditorium du Louvre présentant les nouvelles expositions notamment sur la peinture italienne.

                 Nombreux sont les instituts réputés en Europe, Canada, Usa, conservant son travail littéraire et photographique, consultable en salles de lecture et sur banques de données par des historiens, chercheurs, étudiants et toute personne le désirant.

                 Actuellement en 2017, elle continue à étudier Venise, Florence et la Toscane, l’histoire de l'islam et de Al-Andalus, l’histoire du catholicisme. Elle gère ses activités et son secrétariat international, écrit ses livres texte et livres photographiques. Elle s'occupe aussi de ses 6 chats libres sur le campus de l'Université de Paris XI de Bures-Orsay, juste à côté de chez elle.

                 Mentalement toujours sans nationalité, sa curiosité culturelle et intellectuelle reste attirée par les étrangers et par les personnes issues de l'immigration notamment maghrébine. Une façon personnelle de s'instruire et de voyager dans d'autres contrées en touchant culture et double culture présentes à côté de chez elle, dans les livres d'auteurs, par des émissions spécialisées télévisées et radiophoniques et par le web. La rencontre de ses chauffeurs maghrébins suite à sa longue hospitalisation à partir d’Octobre 2014 fut un enjeu important imprévu qui l’engagea vers culture et intellect de l’Orient. Un immense espace nouveau au-delà de sa Venise authentique, au-delà de cette porte de l'Orient liée à l’Empire byzantin et à des contrées orientales depuis des siècles.

                 Elle subit son environnement de naissance pendant maintes d'années, trop d'années mais elle en saisit surtout les repères utiles à sa personnalité (esthétique, musique, art, peinture et photographie) en s’écartant des incapacités et incohérences des individus. Est-elle arrivée à se créer le meilleur chemin à travers cette réalité ?

                 Différente, elle devait se préserver et côtoyer très peu de monde mais elle sait créer et profiter de nombreux contacts instructifs qui remplissent automatiquement son espace-temps par curiosité intellectuelle de sa part et voyage continuellement à travers de nombreux thèmes.

                 Mais pourquoi ne reçoit-elle jamais un seul compliment de ceux qui portent le même nom qu'elle ? Intériorisés depuis toujours, problème de communication, omerta, jalousie, mentalité des années 40-50 encore présente ? Leur non-intérêt à la connaitre : pourquoi ? Quel fait secret pourrait expliquer leur indifférence ? Son arrivée sur terre dix ans après un autre enfant aurait-il tant déranger ?

ELLE, DANS LES ANNEES 60 

                 Avant de me parler de la magie vénitienne, elle voulut évoquer sa vision différente de celle des gens de l'époque en cours. Impossible pour elle d'accepter un déroulement sociétal cadré de non-liberté surtout pour des femmes. Elle évitait maintes personnes continuellement. Leurs banalités ne l'intéressaient pas. Elle changeait de trottoir à peine elle les apercevait au loin. Pour elle, la France profonde s'étendait là, à côté de Paris. Elle entendait,

                 - Tu ne fréquentes pas ? Faut aller au bal, aller en vacances au Club Machin. Faut s'amuser. Faut en profiter quand on est jeune. Fau Fau Fau. Yaca Yaca. Irréfléchis ces gens là et de quoi se mêlaient-ils ?

                 - Pas mon style le Club Machin venant d'ouvrir mais je peux vous envoyer la facture !

Rien à leur dire. Elle était autre. Connaissaient-ils ses gouts, ses idées ? Non. Ils se fiaient au standard du moment mais elle n'en faisait pas partie. Allaient-ils eux-mêmes au Club Machin ? Non. Ils radotaient dans leur coin de banlieue sud tout en travaillant à Paris. Que faisait-elle parmi eux ? Que faisait-elle dans ce monde là ? Il ne lui convenait pas. Ces gens là, elle les évitait aussi à la sortie de la messe du dimanche. Des conversations hypocrito-conventionnelles entre personnes se connaissant de longue date : obligation de se saluer, de dire au moins quelques mots, de demander des nouvelles de Untel, d'être bien poli, de serrer les mains par correction et de ne pas se sauver tout de suite. Attitudes polies recommandées par la religion catholique ? Elle sentait les esprits bloqués en mode conformiste d'usage. Adhésion impossible pour elle. Elle passait à l'écart et redescendait vite chez elle. Quel ennui pendant tant années. Que faisait-elle au milieu de cette réalité d'époque ?

                 Par un après-midi d'été, pour la première fois, elle prit seule la ligne de Sceaux (l'ancêtre du Rer B sud) passant par sa petite ville au Sud de Paris. Elle l'avait prise maintes fois accompagnée de ses parents. Elle se rendit chez le disquaire du boulevard Saint Michel, près du métro Luxembourg, du Panthéon et de la Sorbonne. Une belle boutique sur le Boul'mich. Elle y acheta son premier 45 tours : Green Leaves, interprété par les Brothers Four. Paris l'attirait pour son décor historique, son atmosphère intellectuelle. Elle voulait rencontrer un autre style de personnes, des élèves parisiennes et passer des heures dans les librairies du quartier latin, marcher sur le fameux Boul'mich, passer le long de la Sorbonne pour respirer le savoir. Apprendre, toujours apprendre, tout savoir, tout comprendre.       Elle insista auprès de son père pour entrer au lycée à Paris. L'ambiance de son école ne lui plaisait pas, les élèves non plus. Elle s'y ennuyait, ne parlait à personne. Elle fuyait les conversations banales là aussi. A Paris, on étudiait une deuxième langue, en plus de l'anglais. Un an de retard en deuxième langue pour elle. Son père dit,

                 - l'italien est la langue la plus facile. Tu vas apprendre l'italien.

Déclaration de l'adresse d'une relation parisienne chez qui elle était censée habiter. Quelques cours d'italien pendant l'été chez des sœurs de la rue Notre Dame des Champs à Paris et voilà l'année de retard comblée. Elle entra au lycée Sophie Germain, au cœur du Marais, à l'automne suivant. Le Marais ... l'ancien quartier de son père et de ses grands-parents inconnus. Ils avaient aussi habité l'île Saint Louis dans les années 20 avant de franchir la Seine pour résider sur l'autre rive, juste derrière l'Hôtel de Ville, à côté de l'église Saint Gervais. Impossible pour son père de se passer de son quartier. Elle n'avait pas connu ses parents mais, le centre historique de Paris et l'île Saint Louis l'attiraient infiniment. Impossible de se passer du charme du vrai Paris. Un héritage bénéfique. Cinq ans après son arrivé au lycée, la rénovation du quartier, abimé par le temps, fut décidée par André Malraux, premier Ministre de la Culture en France.

                 Les quelques cours d’italien pris en été furent une révélation. Il lui sembla connaitre déjà cette langue. L'accent tonique, ce rythme donnant charme et mélodie, n’eurent aucun secret pour elle. Elle l'apprit sans faire d’efforts et tomba amoureuse de cette beauté sonore. Un impératif : s’exprimer en italien, comme un italien et rapidement. Sur le trajet entre Luxembourg et Pont Marie, chaque jour, elle se parlait en italien en marchant vers son lycée situé rue de Jouy, de l'autre côté de l'île Saint Louis. Elle partait très tôt de chez elle, à 6 h 45, montait dans un wagon gris-bleu et descendait à Luxembourg. Les cours commençaient à 8 heures. Pas question d'étouffer dans le métro urbain et les gens avec deux changements. Elle marchait rapidement dans l'air frais du matin pendant 30 minutes par n'importe quel temps. Elle passait par la rue Soufflot puis descendait la rue Saint Jacques le long des savoirs de la Sorbonne puis devant Notre-Dame. Elle marchait sur d'épaisses planches de bois disloquées d'un affreux pont aux montants métalliques après le chevet de la cathédrale pour quitter l'île de la Cité et entrer dans l'ile Saint Louis par la rue Jean du Bellay. Elle traversait la Seine par le Pont Louis Philippe, prenait en face, la rue du même nom, puis, évitant l'église Saint Gervais à gauche, elle tournait à droite par la rue Geoffroy Lasnier et arrivait à son lycée rue de Jouy présentant des façades dégradées et noircies par le temps dont la boutique du bougnat en face du lycée paraissait bien étrange. Sur la rue Saint Antoine, quelques voitures de 4 saisons vendaient encore fruits et légumes. Le Marais, restait encore industriel dans ses rues étroites et ses cours. Les hôtels particuliers cachaient leur beauté architecturale historique derrière des murs abimés. Elle passa rarement rue Saint Antoine. Avec les copines de classe, elle remontait par l'île Saint Louis vers le quartier latin. Elles écoutaient des procès au Palais de Justice et prenaient le Boul'mich jusqu’au jardin du Luxembourg. Son adaptation au lycée s’avéra facile malgré un niveau plus élevé.

                 Paul Anka, jeune chanteur en vogue, donna un récital au Théâtre de l'Etoile. Grippée, elle y assista quand même avec les camarades de classe. Elles avaient des places, tout en haut du théâtre. Les places les moins chères. Les paroles de sa chanson - You are my destiny - avaient été étudiées en classe : You share my happyness, you are my dream comes true, that's what you are ...

                 Son univers s'ouvrait largement. Elle faisait partie du décor historique du vrai Paris. Elle s'y sentait bien. Elle détestait sa cambrousse de banlieue et ses habitants. Etudier dans un ancien hôtel particulier du XVIIe siècle, passer devant Notre Dame et traverser l'île Saint-Louis chaque matin, marcher deux fois par jour sur le Boul'mich et rue Saint Jacques, que demander de mieux ? Notre parisienne fréquentait les librairies du quartier latin et le Bazar de l'Hôtel de Ville. Très mauvaise la cantine de son lycée. Elle déjeuna quelques temps chez des sœurs dans l'île Saint-Louis, rue Poulletier puis à la maison des Compagnons du Devoir, juste derrière la Mairie de Paris, à deux pas de l'église Saint Gervais. Ses grands-parents paternels inconnus, habitaient jadis au 5e étage de l'immeuble à l'angle de la rue de Brosse et de la rue de l'Hôtel de Ville. Ses parents habitèrent avec eux au début de leur mariage. Ils fréquentaient tous l'église Saint Gervais le dimanche. Pendant le déjeuner, elle parlait avec les Compagnons, célèbres constructeurs du moyen-âge devenus restaurateurs des mêmes édifices historiques classés. Ils effectuent toujours leur tour de France professionnel, comme au moyen-âge. Après le déjeuner, elle faisait ses devoirs dans un petit bureau donnant sur l'étroite rue de l'Hôtel de Ville. En passant par là, regardez, tout en haut : un parapet noir contourne le bâtiment pour rejoindre la façade sur le quai de l'Hôtel de Ville, face à la Seine. Regardez la pointe de l'île Saint Louis et le profil des tours de Notre-Dame dominant les immeubles du quai aux Fleurs et quelques édifices proches de la rue des Ursins et de la rue des Chantres cachant un cloitre d'époque médiévale, celui des chanoines de la cathédrale. A l’angle de la rue des Chantres, remarquez l’indication de la hauteur de la crue de 1910 et la façade moyenâgeuse reconstruite au XIXe siècle. Un quartier médiéval réduit, épargné par les travaux Haussmanniens sur l'île de la Cité vers 1850. Souvent, pendant midi, elle se rendait au BHV sur la place de l'Hôtel de Ville. On la trouvait au rayon des disques : Elvis Presley, Bécaud, Richard Antony, Johnny Halliday, Adriano Celentano et les autres. Elle sautait des repas pour s'acheter quelques 45 tours. Elle admirait les chanteurs. Comme eux, elle avait besoin d'être sur scène. Sa première Olympia ? Gilbert Bécaud. Frénésie et fauteuils cassés à l'une des séances. Elle assista au premier concert de Johnny Hallyday en 1961. D’immenses affiches placardées dans Paris. Adriano Celentano annoncé dans le célèbre music-hall parisien ? Elle était présente (1962). Plus tard, elle y entendit Ten Years After, Nana Mouscouri, Manitas de Plata, Claude François, Les Compagnons de la Chanson, Enrico Macias et d'autres. Plus récemment, France Gall, Sylvie Vartan, Nolwen Leroy, Claudio Baglione et Serge Lama. Elle ne vit pas les Beatles. Ils ne chantèrent qu'une fois à l'Olympia en 1964 et logèrent au George V avec batailles de polochons. Des photographies mémorables d'un illustre photographe montrent les Beatles et leurs batailles de polochons dans leurs chambres du George V. Elle vit cette exposition en Juin 2014. Les Beatles ... découverts en été 1964 sur le magnétophone du cuisinier de l'hôtel Lepanto à Salo', sur le lac de Garde. Elle adopta les 4 jeunes chanteurs - dans le vent - instantanément. Vous souvenez-vous de cette photo sur la pochette d’un 33 tour ? Les Beatles traversant Abbey Road sur un passage zébré de blanc. Des titres cultes pour plusieurs générations,

                 Yesterday ... I want to hold your hand ... Twist and shout ... All you need is love ... Here comes the sun ...

                 Elle aimait les spectacles, les variétés et la musique classique. Elles les aiment toujours.

                        On la disait fière dans son quartier. Rien à dire aux voisins en les voyant dans leur jardin, dans la rue ou au marché. Elle les fuyait déjà toute petite en les rencontrant avec sa mère. Pas envie de leur dire bonjour. Les phrases conventionnelles reflétaient pour elle, diplomatie standard, manque de naturel et de vérité. Elle analysait le monde autour d'elle, un monde froid et figé qu'elle n'appréciait pas. Elle créait son univers et son chemin différent, des idées autres, contraires, voire rebelles. Elle était incomprise. Impossible de ressembler au standard imposé. Elle savait ce qui lui convenait depuis ses 8 ans. Visionnaire la petite ? Trop lucide ? En 2017 la dame a toujours le même état d'esprit. Elle se tient à l'écart et décide de ses propres contraintes pour sa liberté. La société n'a pas à lui dicter ce qu'elle doit être.

                  Obtenir des libertés pour les femmes enfin : elle ne participa jamais aux manifestations. Par contre, autour d'elle et dans le travail, elle agissait verbalement et fort : on savait ce qu'elle pensait et ce qu'elle refusait. Elle ne pliait pas devant la hiérarchie qui eut de nombreux déboires après l'avoir engagée. La femme au bureau devait servir ces messieurs comme à la maison. Pas question : elle refusait de préparer et servir le café au chef de service et à ses interlocuteurs en rendez-vous. Pas question de rester après les horaires normaux ou d'accepter d'arriver plus tôt le matin pour des directeurs se réunissant déjà toute la journée et oubliant statut et salaire très inférieurs de leur secrétaire. Elle n'exécuta pas non plus des travaux lui semblant illogiques ou contre les employés. Pour ces motifs, elle connut 6 licenciements. Un exemple, dans une grande société à un poste d'assistante sociale lui plaisant beaucoup lui permettant de se déplacer à travers la France, le directeur lui demanda de ramener la démission d'une câbleuse travaillant dans un central téléphonique. Elle savait cette jeune femme seule avec un enfant travaillant au milieu d'hommes vulgaires. Elle constitua un dossier avec la Chambre de Commerce de la région de l'employée afin qu'elle reprenne son métier d'étalagiste. Elle prit l'avion pour la rencontrer à Pau sachant qu'elle ne ramènerait pas sa démission. Et le lendemain de son retour, c'est elle qui fut licenciée avec seulement trois mois de salaires. Elle ne discuta même pas le montant. Elle ne discute pas avec de tels individus. Elle ne fait pas partie de ce monde là.

                 Elle s'organisa pour obtenir liberté et indépendance financière avec des revenus peu élevés. Une vie riche mentalement excluant biens matériels, gadgets et vacances au profit d'un parcours atypique en ne dépendant de personne. Elle poursuit ce même chemin encore actuellement. Et elle constate chaque jour, comme avant, que la mentalité actuelle n'est pas toujours très ouverte à une analyse globale et à un comportement humain conscient.

*

                 Dans les années 60, voyager en Europe devint à la mode : Yougoslavie, Corse, Italie, Espagne.

*

Elle, au Maroc

                 Elle fut invitée à se rendre au Maroc, à Rabat puis à Safi chez une jeune dame mariée à un marocain venu étudier à Paris. Imaginez, toute jeune ... et son premier voyage en avion. Elle partit de l'aéroport d'Orly par la toute nouvelle - Caravelle - au nom de - Chambord -. En fin de journée, l'avion survola l'Espagne, glissant sur un ciel rouge feu. Arrivée à Rabat Salé le soir. Elle circula dans le Rif, vit Tétouan, le Cap Spartel, de somptueux paysages méditerranéens.

A Chefchaouen, les femmes sous un voile bleu disparaissaient mystérieusement à la tombée de la nuit dans un dédale de ruelles. Chefchaouen ... Elle m'avoua sa grande envie d'y retourner maintenant pour parler avec les habitants. Revoir Chefchaouen absolument ... Elle passa par Ifrane et ses maisons aux toits pointus faisant penser à l'Alsace, visita les ruines romaines de Volubilis sous un écrasant soleil ... Une bière rousse et des cornes de gazelles dans un café de l'étroite route dominant la ville de Fès ...  Fès, la première capitale du Royaume du Maroc, la plus ancienne ville religieuse du pays et son festival des musiques sacrées du monde en Mai chaque année. Fès religieuse au cours des siècles, son prestige intellectuel et artistique, sa mosquée-universitaire Karaouin fondée en 857, longtemps la plus grande du Maghreb, un carrefour commercial florissant au-delà des frontières du pays. Sa medersa, immense enchevêtrement de ruelles grouillantes d'humains affairés. Ses murs épais cachent mille beautés architecturales et des mosaïques aux couleurs mélangées (zellige).

                 Elle vécut quelques temps à Rabat chez un français. Elle l’accompagnait dans ses rendez-vous en campagne chez des agriculteurs. Leurs femmes portaient de lourds bijoux d'or sur des robes aux couleurs chatoyantes.

                 A Safi, elle dormait dans le salon marocain. L'employée marocaine au prénom des mille et une nuits s’occupait d’elle. Samira ? Aïcha ? L'ombre et la fraicheur se recherchaient au jardin en buvant le thé à la menthe parmi les jasmins. Elle visita une usine de sardines. Le directeur lui offrit gentiment quelques boites. Les sardines du Maroc.

*

                 Des jardins traversés par un long et étroit bassin où l'eau coule paisiblement et murmure au milieu d'une architecture orientale teintée des ocres du Sud ...

*

                 Elle me dit avoir été conquise, enchantée par la beauté de ce pays magnifique et inoubliable. Elle voudra y retourner mais n'y arrivera pas. Plus tard, Venise, sur la porte sur l'Orient, va l'envouter. Le Maroc réapparaitra en 2015 grâce à son chauffeur de taxi, un jeune français d'origine marocaine. Son envie de retrouve le décor marocain se trouva ravivé. Elle entrevit de rendre sur cette terre où l'on parle français pour des centaines de photographies et écouter les marocains dans leur quotidien. Et à Chefcheaouen ... parler avec les dames des ruelles cachées sous leurs voiles bleus.

*

                 Le Maroc fascine les français et les européens.

*

Elle, en Italie

47026479

    Elle partit à Salo, sur le Lac de Garde, avec un petit groupe d'étudiants de l'Académie de Paris. Elle se sentit merveilleusement bien dans ce nouveau décor aux couleurs chaudes, les chansons italiennes, la gaité et la gentillesse des italiens. Elle parlait italien avec tout le monde, posant des questions, marchandant dans les boutiques et au marché. La voilà conquise à nouveau par la lumière et le spectacle musical continuel aux sonorités exceptionnelles. Elle assista à un opéra dans les arènes de Vérone. Pour le logement, il ne fallait pas être difficile : dortoir et lits très raides, longue travée de zinc pour se laver en commun. Le groupe mangeait sur la terrasse d'un restaurant simple au bout de la promenade le long du lac. Le groupe ... une contrainte ne lui convenant pas. Elle détestait vivre en groupe. Le soir, les filles chuchotaient dans leurs lits en parlant des garçons. Elle aurait préféré être seule, aller où elle voulait, parler avec les italiens. Elle avait entendu dire qu'on avait plusieurs vies. Avait-elle déjà vécu dans ces lieux pour être aussi touchée par leur beauté ?

                 Ses parents vinrent la retrouver en voiture à la fin du mois d'Août. Ils logèrent à l'hôtel Lepanto, au bout de la promenade le long du lac. Des repas sous la pergola. Ses parents se lièrent d'amitié avec le propriétaire de l'hôtel. Elle se lia d'amitié avec le jeune cuisinier. Des bateaux blancs glissaient sur le lac longeant des villages dominés par des montagnes : Sirmione, Fasano, Garda, Gardone Riviera.

Quelques jours à Venise

47108890

       Son père décida quelques jours à Venise. Ils partirent dans la Simca Aronde verte. Au bout de la digue arrivant de la terre ferme, Venise. Après avoir laissé la voiture au garage à étages au bout de la digue sur le Piazzale Roma, un employé du bureau touristique leur indiqua un hôtel et ils montèrent dans le vaporetto. A l'époque, les pigeons étaient plus nombreux que les touristes sur la place Saint Marc. La volumineuse colonie de volatiles arrivait de partout pour leur repas de midi. Un policier en uniforme et casque colonial blancs apportait un énorme panier rouge remplit de graines. La basilique disparaissait derrière un nuage de plumes grises quand le policier lançait les graines aux oiseaux.

                 Elle répondit à une annonce parue dans le journal Mickey italien (Topolino) et correspondit avec une jeune vénitienne. Son père ? Couturier. Ils habitaient près la Place Saint Marc, à côté du Grand Théâtre La Fenice, l'Opéra de Venise. Elle me précisa : quand on dit - la Piazza - (la place) à Venise, comprenez, la Place Saint Marc, la seule place de la ville. Les autres places sont des placettes, plus ou moins grandes appelées campi (i, au pluriel - un campo au singulier). De même, il n'y a qu'une rue à Venise : rue/via Garibaldi, au bout du quai/riva Schiavoni, bien après le Palais des Doges, dans le quartier de Castello. La large rue Garibaldi longe les jardins de la biennale d’art.

                 En cette année 1961, elle fit ses premières diapositives sur Lac de Garde et à Venise. Si peu de monde à l'époque. Une Venise restée authentique vivant calmement un début de XXe siècle. Un XIXème siècle finissant semblait même parfois encore présent. Une époque chère à l'écrivain et poète français Henri de Régnier, vénitien de cœur, qui séjourna souvent au Palais Dario, entre Musée Guggenheim et Eglise Santa Maria della Salute. Sur le Grand Canal, si peu de barques, si peu de bateaux à moteurs et sur aucun bateau de croisière passant devant la Place Saint Marc. Ses photographies montrent une Venise appartenant aux vénitiens. Des images d'un autre temps. Elles feront partie de son prochain livre photographique commenté en l'honneur de sa ville d'adoption déjà attendu par la Bibliothèque Nationale Marciana sur la Place Saint Marc et par la bibliothèque de la Scuola Grande San Rocco du XVIIe siècle, une confrérie d'œuvres de charité fonctionnant toujours actuellement comme à l'origine, également musée du Tintoret qui la décora de ses peintures magistrales.

 

8277

                        Depuis la reprise du carnaval en 1981, la fréquentation de Venise par les touristes ne cessa d'augmenter. Pourquoi un patrimoine immense et unique, d'une valeur inestimable, demeure t-il si peu protégé, si peu respecté ? Une destruction organisée ?

                 Elle commence à travailler

                 Après un stage de fin d'études au siège de l'Aéroport de Paris à Denfert, la voilà embauchée comme secrétaire pour la gestion du personnel de l'Aéroport d'Orly. Le trajet lui faisait perdre du temps et les conversations de bureau ne l'intéressaient pas, la hiérarchie non plus. Après un arrêt de travail de quelques jours, un an et demi après son embauche, il lui fut demandé à son retour, de taper à la machine toute la journée au lieu de gérer le personnel. Elle refusa, prit son sac et rentra chez elle. Premier licenciement. Pas grave, il y avait du travail partout et elle n'avait pas l'intention de passer 40 ans dans la même entreprise. Elle savait le côté instructif de changer de travail pour son ouverture d'esprit. Une autre vue que le standard de l'époque. Mais comment éviter - le ça va - ? Comme un lundi, vivement les vacances, vivement la retraite. Comment ne pas fréquenter le discours sur la famille, les enfants, les recettes de cuisine, se marier surtout avant 25 ans pour ne pas paraitre anormale. Un ramassis de bêtises. Une nouvelle façon de travailler naissait : l'intérim. Passer dans de nombreuses sociétés permettait de connaitre des entreprises différentes, des domaines et des gens tous différents. Elle fit de l'intérim dans Paris quelques temps, notamment dans le quartier Madeleine-Opéra. Ensuite, pour éviter les trajets banlieue - Paris, elle préféra travailler autour de chez elle pour un salaire inférieur et gagner du temps libre pour réfléchir et étudier. Elle changeait environ tous les quatre ans de société. Non loin de chez elle, les zones d'activités s'installaient et grandissaient sur des terres agricoles jadis cultivées. Elle conduisait sa petite voiture.

                        - Tu travailles où en ce moment ? lui demandait-on. Facilement recrutée, les patrons déchantaient ensuite. Sa personnalité ne pliait pas. Pas de complicité avec la hiérarchie. Ces messieurs devaient préparer leur café eux mêmes. Pas question d'être la soubrette de service. Pourquoi les femmes n'osaient-elles pas refuser ? Le cliché de la ménagère devait disparaitre aussi du monde du travail. Ces gens là de la France profonde juste à côté de Paris disaient qu'elle n'avait qu'elle à penser, qu'elle pouvait tout s'offrir, qu'elle devait en profiter, s'amuser. Elle peut vous dire qu'il n'est pas rare d'entendre encore ce genre d'analyse raccourcie 50 ans après. Un salaire est-il identique à deux salaires entrant dans une maison ? Non, une évidence mathématique mais pas pour tout le monde. Un salaire ne paie pas autant de factures que deux salaires. Entendaient-ils leurs idioties ? En fait, ces gens là se faisaient entretenir légalement par mimétisme séculaire et par manque de personnalité à se débrouiller seuls et puis ça fait bien : je vous présente mon mari, ma femme, mes enfants. Image classique de réussite enregistrée dans les cerveaux. Image du soi-disant bonheur familial, le seul existant parait-il. Image conventionnelle. Image de normalité. Et pourquoi donc ? Elle changeait de trottoir en les apercevant au loin pour ne pas les saluer sachant leurs idées figées du style femme soumise à monsieur s'occupant de ses gosses.

                 Son vœu ? Travailler chez elle et éviter tous ces bureaucrates ne racontant rien d'intéressant. Elle venait aussi de déserter l'église de sa ville. Comment déserter aussi les déjeuners de Noël conventionnels et arrêter de jeter du linge offert pour son trousseau chaque 25 Décembre. On voulait lui rappeler son avenir, celui de tout le monde. Celui qu'elle refusait. Mais personne ne comprenait qu'elle avait décidé depuis longtemps d'avoir une autre vie que celle-là.

 

Les sixties, l'Olympia et l'époque - yéyé -

                 Elle écoutait - Salut les copains -, l'émission pour les jeunes, sur son transistor. Jean-Marie Perier, talentueux photographe, immortalisait tous les jeunes chanteurs du moment. Sylvie Vartan, Johnny, Françoise Hardy, Dutronc et les autres. Des photos dont on parle encore. A la télé, en noir et blanc, - Age tendre et têtes de bois -, une émission qu'elle ne manquait surtout pas chaque semaine. Tous ces jeunes chanteurs débutaient. Les chats sauvages, Eddy Mitchell, Sheila et les d'autres. Merveilleuse époque. Un vent nouveau. Johnny retenait la nuit. Richard Antony entendait siffler le train. Sheila sortait de l'école et rencontrait les rois mages en Galilée. Françoise Hardy, aux cheveux longs et raides, n'allait pas encore deux par deux. France Gall parlait d'une poupée de son et de sucettes à l'anis. Claude François voyait les femmes - Belles, belles, belles comme le jour. Elvis Presley, après son service militaire, entonnait : It's now or never. En premières places, des succès aux textes et musiques créés ou des traductions de succès américains. Et suivirent les Beatles. Elle vit en concert les Rolling Stones au Palais des Sports en 1972. Polnareff et sa guitare s'installait sur les marches du Sacré Cœur et son originalité s'imposa vite, aimée par les jeunes

                 Elle passait des heures au rayon des disques du Bhv, à deux pas de son lycée. Elle comprenait l'immense travail des chanteurs, leur talent, leurs émotions et leur sensibilité. Elle leur ressemblait. Quelle envie d'être avec eux sur scène ... Elle aussi avait besoin d'applaudissements. Le film - 4 garçons dans le vent - en noir et blanc sortit en 1964 : Les Beatles, les gars de Liverpool ! Une tornade dans les esprits féminins. Lui donnèrent-ils envie de devenir bilingue et de demander l'autorisation officielle d'aller travailler quelques temps à Londres ? Deux ans plus tard, elle travaillait chez Asprey's and Co dans Bond Street.

 

Les rapatriés d'Algérie. Les chansons d’Enrico Macias

                 Elle apprécia de travailler avec des rapatriés arrivant d'Algérie, engagés dans son service. Des sociétés leur proposaient des emplois. Elle voyageait en discutant avec eux. Que d'émotions en entendant la chaude voix d'Enrico Macias et sa musique aux intonations arabo-musulmanes. Elle vivait avec eux leur départ obligé du Maghreb et ressentait leurs émotions, leurs difficultés morales de quitter cette terre ensoleillée du Sud pour devoir vivre dans la grisaille. Enrico Macias ... paroles et musique de cette autre nouveauté musicale du temps, gaie et parfois nostalgique mais rythmée et pleine de chaleur humaine aux accents d'un Sud chaleureux. Son cœur vibrait fort. Elle aussi, avec eux, venait de quitter un décor éblouissant et le soleil. Cher Enrico Macias, merci.

                 - J'ai quitté mon pays, J'ai quitté ma maison, J'ai quitté mon soleil, J'ai quitté ma mer bleue ... Soleil ! Soleil de mon pays perdu, Des villes blanches que j'aimais ... Des filles que j'ai jadis connues. La pluie de l'adieu.

 

Nouveau séjour à l'hôtel Lepanto de Salo'

                 L'été suivant, retour en décor coloré et quelle joie de parler italien. Elle découvrit les variétés italiennes du moment dans l'émission Carosello, chaque jour en début de soirée : une émission télévisée en noir et blanc regardée sur le petit écran du le salon de l'hôtel. Elle dansait le twist le soir au café-discothèque sur le quai à quelques pas de sa chambre. Elle retrouva le jeune cuisinier qui lui présenta sa mère et sa sœur. Des gens simples et sympathiques, chaleureux. Comment rester dans cette atmosphère et parler toujours la plus belle langue du monde ? Elle voulait vivre en Italie. Elle se sentait quelqu'un d'autre et enfin elle-même. Aurait-elle déjà vécu en ces lieux superbes, colorés, dans une vie antérieure ?

                        Elle me parla des succès italiens : la voix éraillée de Rita Pavone criant les paroles de - La partita di pallone - (la partie de ballon), mais aussi – Come te non c’è nessuno (Comme toi, il n’y a personne). Et Mina avec son – Tinterella di luna -. Adriano Celentano offrait à ses fans - 24 000 baci - (baisers) puis – i ragazzi della via Gluck – plus un concert gigantesque de folie sur la place du Duomo de Milan. Elle me fit voir la video quand il chante – Impazzito di te - : foule en délire et lui criant guitare dans les mains Mai, mai, mai piu’ t’amero cosi tanto per tutta la vita (jamais, jamais, jamais, je ne t’aimerai plus autant pour toute la vie). Gianni Morandi, lui, s'agenouillait devant une femme dans sa chanson - In ginocchio da te - (à genoux devant toi). Il clamait aussi - fati mandare dalla mamma a prendere il latte - (que ta mère t'envoie chercher le lait). Bobby Solo chantait - Una lacrima sul viso – un miracolo d’amore, ho capito molte cose … (une larme sur le visage, un miracle d’amour, j’ai compris tant de choses).

                 Les sixties, un renouveau musical exceptionnel en France comme en Italie et une nouvelle danse : le twist.

*

                 Mais ... il fallut rentrer au bout d'un mois. La tristesse l'envahit à nouveau malgré une correspondance régulière échangée avec le jeune cuisinier.

*

Venise et Pieve d'Alpago dans les Dolomites

                 Elle écrivait à la jeune vénitienne rencontrée par l'annonce du journal Topolino. Invitation acceptée en été 1963 : Paris - Venise en train sans couchettes. Heureusement, elle arriva très en avance au train en Gare de Lyon car sa place avait été réservée deux fois. Les ordinateurs n'existaient pas encore. Changement à Milan et traverser la plaine du Po agricole et des rizières sur 350 kilomètres. Les trains de l'époque en Italie aimaient les retards. Elle arriva à Venise alors que sa correspondante l'attendait depuis deux heures. Son père, le bel italien aux cheveux argentés, tel un acteur du cinéma néoréaliste, savait faire rêver son auditoire à la terrasse du Café Florian. Savez-vous, qu'en été, la chaleur équatoriale se fait insupportable à Venise ? La mère et la fille partaient donc dans un village des Dolomites à quelques kilomètres de Belluno. Notre amie partit en bus avec elles vers les montagnes. Imaginez, dans la campagne de terre-ferme, de belles demeures vénitiennes aux fenêtres de style gothique fleuri vénitien, posées sur des parcs arborés très verts. Admirez l'architecture raffinée. Après une heure de bus, au bout d'une route de sable, telle une piste du Maghreb, un village apparut, rassemblé autour de son église, dominant la vallée : Pieve d'Alpago. Une maison simple louée pour quelques temps. Le soir, les jeunes en vacances dans leur famille se retrouvaient pour discuter devant l'église et faisaient un tour à la fraîche dans le noir. Le curé surveillait. Une nouvelle version d'un film de Don Camillo ! Elle fit la connaissance d'un étudiant en Lettres à l'Université de Padoue résidant chez ses grands-parents. Il lui commenta l'Italie du Nord, lui envoya plusieurs livres d'Alberto Moravia à son retour à Paris. Et ils correspondirent longtemps. Elle attendait les lettres d'Italie, les nouvelles du pays. Des lettres ne parvenant pas à égaler le merveilleux ressenti qu'elle éprouvait sur place grâce au rythme de la langue et aux couleurs des paysages. Elle rencontra cet étudiant en Lettres beaucoup d'années après dans la queue d’attente à l’entrée de l'exposition Gauguin du Grand Palais des années 90. Il faisait lui aussi la queue pour l'expo.

toscane_01

 

Diplôme de la Chambre de Commerce Italienne de Paris

Stage de fin d'études à Rome

                 En poste au siège de l'Aéroport de Paris, elle suivit les cours du soir de la Chambre de Commerce Italienne de Paris dans une banque italienne du quartier Saint Lazare. Inutile pour elle de travailler beaucoup et elle lisait aussi l'Espresso. Elle demanda au professeur principal de lui trouver un stage en Italie. Une idée originale pour l'époque : les stages d'étudiants n'existaient pas. Elle hésita entre Florence et Rome, deux villes qu'elle voulait connaitre absolument. Et puis, autant aller au plus loin tout de suite. Elle choisit Rome. Paris - Rome en train : 18 heures sans couchettes, de 20 heures à 14 heures le lendemain. Gare de Lyon à Paris - Gare de Termini à Rome. Elle logeait près du stade olympique et du siège de l'Alitalia chez une femme de diplomate, rue Archimede, adhérente de la Dante Aligheri. Même en Septembre, la chaleur torride lui posa problème. Elle visita Rome à sa façon et marchait pendant des kilomètres du Capitolino à l'église Aracelli et sa voûte bleue étoilée, du monument Victor Emmanuel II à la Piazza Venezia, du Colisée à la Piazza Navona. En son centre, autour d’un obélisque égyptien d’époque romaine, les sculptures colossales de la fontaine des 4 fleuves (le Nil, le Gange, le Danube, le Rio de la Plata symbolisant les continents) devant l’église Sainte Agnès, lui imposèrent le talent du Bernin. Une place posée sur les ruines du stade de Domitien construit en 86, au premier siècle, où avait lieu des courses à pieds, des lancers de javelot et de disques, des jeux à la grecque. L’ensemble architectural superbe du XVIIe siècle sur l’emplacement exact des ruines du stade antique devenu invisible et ses deux autres fontaines aux sculptures flottant sur l’eau de leur bassin retint son attention pour toujours. Piazza Navona … Et cet autre lieu superbe : Piazza di Spagna. Depuis le haut de la montée des marches vers l'église de la Trinité des Monts vous apercevez la via Condotti et son célèbre Café Greco et les magasins des grands couturiers italiens. Suivons notre guide dans les petites rues autour du Panthéon et sur cette petite place où l’imposante fontaine de Trevi déploie colonnes, chevaux surgissant de l’eau et statuts gigantesques. La fontaine de Trevi …  ce lieu mythique du film - La dolce vita -. Souvenez-vous les images en noir et blanc du film : Marcello Mastroiani et Anita Ekberg, dans l'eau de la fontaine et l’actrice disant,

                 - Marcello !

jcr-content

                 Dans les années 60, Rome gardait son authenticité. Notre amie avait conscience de vivre dans un décor de film historique exceptionnel. Lorsqu’un jour elle arriva sur la place Saint Pierre, elle pensa s’être trompée de lieu. Une place si vaste. Non, elle ne se trompait pas : la colonnade du Bernin de forme courbe se trouvait autour d’elle et la fameuse – Pietà –, chef-d’œuvre de Michel-Ange, à droite en rentrant dans Saint Pierre. Les dimensions immenses de la basilique saisissent le visiteur. Sa haute coupole volumineuse interpelle le passant de très loin. Elle monta pour avoir la vue sur la ville et le Tibre passant à deux pas, prit quelques photographies très classiques depuis la hauteur de la basilique. Nous sommes en 1963. Elle est stagiaire à Rome et ces images font partie de ces premières photographies. Vous les verrez dans un prochain livre ainsi que celles de son retour romain en 1997. Pendant son séjour, le Concile Vatican II avait lieu. Il dura trois ans. Les ecclésiastiques fréquentaient la banque où elle travaillait. Rester à Rome et travailler … Elle se présenta au Consulat de France et à la Fao. Pas de recrutements prévus. Et au bout d'un mois de stage sur la via del Corso, cette grande artère conduisant de Piazza Venezia à Piazza del Popolo, au Pincio et à la Villa Borghese, il fallut repartir. Elle pleura dans le train de nuit. Quitter ce décor et cette magnifique langue italienne … Quitter son pays ? Elle remit son rapport au professeur principal responsable des cours de la Chambre de Commerce Italienne de Paris.

2015-singles-38425--rome-totaal-98484677_rome_italie

 

Un poste à l'Euratom. Ispra sur le Lac Majeur

                 En Janvier l'année suivante, elle s’empressa de contacter cet organisme international trouvé en travaillant. Par un froid glacial, après une nuit en train, elle se présenta à un poste à l'Euratom. Ispra, une petite ville sur le Lac Majeur. Travailler en Italie, parler italien toute la journée. Son rêve devenait-il réalité ? Un chauffeur conduisant une grande Fiat bleu marine vint la chercher à la gare de Varese. L'Euratom, organisme international de recherche nucléaire créé en Mars 1957 devant favoriser l’approvisionnement énergétique des pays d’Europe. Les bâtiments ressemblaient fort à ceux du Cea-Saclay où elle s’était aussi présentée un jour. Leur construction datait probablement d'années similaires. Reçue par des français s’ennuyant loin de Milan distant de 80 kilomètres malgré des avantages conséquents d'une entreprise internationale. Elle déjeuna avec eux à la cantine du centre. Une chambre lui avait été réservée pour une nuit à Varese. Elle reprit le train le lendemain. Majeure, elle pouvait décider elle-même de partir travailler en Italie mais elle comprit que sa mère n'allait pas supporter son absence. Pourquoi ? Elle ne le sut jamais. Etait-elle un écran protecteur ? Elle refusa le poste. Elle vécut très mal cette expérience enrichissante manquée pendant beaucoup d’années.

 

11504

                                                                                    L'Eurovision de la chanson 1964

                 Son père avait enfin acheté la télé. Une télé en noir, blanc et gris aux images peu précises. Une très jeune italienne représentait l’Italie, Gigliola Cinquetti. Un extrait de sa chanson fut diffusé en début d’émission. Notre amie en était certaine :  Gigliola Cinquetti allait gagner avec - Non ho l'età - (Je n'ai pas l'âge). Gigliola Cinquetti arriva sur scène : presque une enfant, petit col roulé noir sous un pull blanc et queue de cheval.

                 - Non ho l'età ... non ho l'età per amarti ... non ho l'età per uscire sola con te ... - Je n'ai pas l'âge, je n'ai pas l'âge pour t'aimer, je n'ai pas l'âge de sortir seule avec toi -.

La voilà transportée là-bas par la langue mélodieuse tant aimée. Et Gigliola Cinquetti remporta le premier prix de l'Eurovision cette année là, en 1964.

 

Nouveau séjour à Salo'. La mamma. Les Beatles

                 Elle devait séjourner chez une dame avec qui elle correspondait, connue deux étés auparavant. Elle prit le train de nuit en Gare de Lyon, changea à Milan. Elle revit la plaine du Po, les immenses terres agricoles et rizières, les imposants bâtiments de fermes en briques. Pas encore d'industrie. L'ami cuisinier vint la chercher à la gare de Brescia. Ils prirent un bus pour Salo'. Situation imprévue : la mamma et lui voulaient la loger. L'autre dame aussi. Pas question qu'elle aille habiter chez cette autre signora en haut de la ville. Le jeune cuisinier travaillant toujours à l'hôtel Lepanto et sa mère tenait absolument à s'occuper de la parisienne. Comment expliquer l'incompréhension à cette autre signora du haut de la ville ? Le jeune cuisinier s'en chargea. Pendant tout son séjour, elle eut peur de rencontrer - la signora - notamment au marché. La mamma ne parlait pas l'italien mais seulement le dialecte. Pourtant, elles se comprirent facilement aidées de quelques gestes. Une vie simple : laver le linge au lac, ramener de l'herbe pour les lapins vivant au grenier. La chaleur cumulée à celle du voisin boulanger fut difficile à supporter. Que mangeaient-elles ? Surtout les pâtes et le rizotto aux champignons. Les persiennes de la cuisine maintenues presque fermées à cause de la température. Pas de douche : se laver juste un peu devant l'évier de pierre grise quand personne n'était là. Elle photographiait les lieux, montait plus haut à pieds pour avoir la vue d'ensemble sur le lac. On alla déjeuner un dimanche chez la fille de la mamma. Elle habitait sur les hauteurs de Gardone Riviera. Quelle joie de lui offrir une boite à musique marquetée de volutes marron et beige. Les notes de - Arrivederci Roma – s’échappaient de la boite en ouvrant le couvercle. La mamma la présenta chez des voisines. Tout le monde appréciait la parisienne. Elle découvrit les Beatles cet été là sur le magnétophone de l’ami cuisinier. Les 4 gars de Liverpool : une révélation !     Que de joies simples et sincères : on s'intéressait à elle, elle existait, bercée par la douce langue-opéra. Lui vint l’idée d’offrir une médaille en or de la Vierge à sa mère. Elle alla chez le bijoutier près de la place du marché et de la tour-horloge à l'entrée de la vieille ville. La mamma vint avec elle qui l'obligea à accepter une chaine en or appelée - serpentina -. Un cadeau venant de cette dame sans moyens personnels, à la charge de son fils. Durant un mois, elle reçut leur amitié. Pour la première fois, elle ressentit une vraie chaleur humaine. Et il fallut partir encore, partir loin de la langue-opéra et vivre mal.    De retour chez elle, elle s'entoura des chansons des Beatles. Elle se procura leurs disques au Bhv et ouvrait la fenêtre de sa chambre sur les jardins des voisins en forçant le son de son électrophone. Tout le monde devait en profiter. Allait-on dire encore qu'elle était fière ? Toujours rien à dire à tous ces gens sinon leur faire entendre les chansons qu'elle aimait. Les Beatles, des dieux jeunes pour des jeunes. Une révolution musicale. Des joies par la musique. Une époque nouvelle semblant née spontanément grâce à des chanteurs hier inconnus. Elle adorait l'émission télévisée - Age tendre et têtes de bois -, - Salut les copains - à la radio, les journaux spécialisés, les tubes français, les traductions de succès étrangers. Un univers merveilleux qui allégeait sa vie.

                 Mais pourquoi cette froideur immuable qu'elle vivait journellement depuis toujours ? Une froideur transmise de générations en générations ? Elle fonctionnait autrement. On lui reprochait son côté naturel pourtant non exprimé complètement.

   Elle et sa Fiat 600 grise         

                 Son permis de conduire en poche, elle acheta une petite Fiat 600 grise pour faire italien. Les roues dérapaient un peu dans les virages : ça l'amusait. La voilà libre ! Elle fuyait la maison, assistait à l'enregistrement du - Petit Conservatoire de Mireille, le dimanche après-midi à la Maison de la Radio à Paris ou allait en discothèque près du Rond-point des Champs Elysées. Elle fit la connaissance de jeunes pieds-noirs rentrés peu avant de Tunisie et de deux cousins d'origine grecque. Ils se retrouvaient au drugstore des Champs ou au Pub Renault, des lieux en vogue. On parlait. On riait. On buvait un verre.

En poste à Londres

                 Notre jeune amie décida de devenir secrétaire bilingue anglais par elle-même, obtint un permis de travail pour Londres et quitta son entreprise pour travailler chez Asprey's and Co. de Bond Street. Et la voilà à Londres. Les bureaux, au-dessus du magasin luxueux très ancien ne reflétaient pas le même style. Des bureaux très simples et finalement pas très propres. Thé et petits gâteaux offerts l'après-midi dans un recoin peu avenant. Elle n'aimait pas le thé et partageait une chambre dans un foyer avec une autre jeune fille. Petit déjeuner dans un sous-sol en contrebas de la rue, vue sur les pieds des passants et confiture d'orange. Horrible cette confiture d'orange ! Elle visita Londres elle-même, apprécia beaucoup l'architecture du West End. Comme à Paris, elle préférait marcher dans de beaux décors anciens, passer tous les matins devant le magasin Harrod's, le British Museum, flâner le midi dans Oxford Street, passer devant Buckingham et St James Park. Yellow submarine, le film des Beatles, venait de sortir sur les écrans londoniens. Elle le vit avec deux allemandes habitant au foyer avec elle. On la prenait pour une anglaise avec ses cheveux clairs et ses lunettes. On lui demandait où se trouvait telle rue ou tel monument. Elle renseignait qui venait vers elle car elle avait appris le plan par cœur pour ne pas ressembler à une touriste. Pourtant, elle décida rapidement de laisser Bond Street, le joli West End et ses blanches entrées-colonnes, Hyde Park et le pays des Beatles. Ne pas avoir sa chambre personnelle ne lui convenait pas et la confiture à l'orange du petit déj lui restait en travers. Elle rentra chez elle et trouva facilement un nouveau poste de secrétaire.

                                     Et qui chantait dans ces moments là ? Bob Dylan : Hey Mister Tambourine man et Simon and Garfunkel : Sounds of Silence.

 

Elle en Corse. Calvi, été 1965

                 La voilà partie avec deux amies par l'aéroport du Bourget dans un avion à hélices. Avait-elle inconsciemment voulu découvrir les lieux de son ancêtre ? Giovanni, Giudicelli, Casanova, des noms mentionnés sur l'acte de naissance de son arrière-grand-père émanant la petite mairie de Ventiseri au-dessus d'Aleria. Des bungalows sur Calvi-plage pour logements et des repas servis dans un espace en plein-air le long de la plage. Elle détestait se baigner et être mal assise sur le sable. Elle n'aimait pas la mer. Que faisait-elle là finalement ? Elle préféra connaitre Calvi et des villages perchés aux alentours et partit pour quelques excursions : Bonifacio et Ajaccio en passant par Porto et les calanques de Piana. Dans les montagnes autour de Calvi, elle apprécia tout un après-midi, l’authentique village de San Antonino. Authentique aussi son souvenir de charcuterie, fromage et confitures corses ! Mais, en Corse, des routes étroites, des virages en continu et la mer en contrebas. La peur aussi. Le klaxon fréquent du bus annonçait sa présence. Elle parla avec des pieds-noirs récemment installés sur place pour mettre en valeur l'agriculture méditerranéenne de l'île. Elle photographia les lieux sur diapositives. La musique et les paroles de Christophe chantaient les marionnettes et Hervé Vilard nous annonçait que Capri, c’était fini.

                 Et cet été là, à Calvi, elle entendit aussi les mélodies d'un nouvel auteur-compositeur au nom italien. Une voix particulière et chaleureuse, des paroles sentimentales ou amusantes sur un rythme rapide donnant envie de danser. Une mèche de cheveux ..., Zétaient chouettes les filles du bord de mer …, Vous permettez monsieur, que j'empreinte votre fille ... Un style très personnel et des musiques pour des succès ne ressemblant en rien à ceux de la période yéyé en cours. Salvatore Adamo. Comme en un instant, le chanteur enthousiasma un large public aimant l'écouter et l'applaudir. Comment se fait-il qu'en 1967, elle ne sut pas la date de son récital à l'Olympia ? Elle manqua un tel triomphe. Adamo, une carrière internationale reconnue sur les scènes du monde entier depuis maintes années et une évidence de toujours : le chanteur révèle gentillesse, simplicité et amour de l'humain. Des valeurs essentielles appréciées par nous tous toujours actuellement.

                 Beaucoup d'années après, en 2003, elle accompagna une directrice artistique et actrice montant une nouvelle version de Colomba au Festival d’Olmi Cappella. Cette directrice artistique de talent n’était autre que la fille du créateur du café-théâtre de sa ville. Elles se connaissaient depuis vingt ans déjà. La pièce fut donnée un soir devant la façade de la petite église du village. Un décor corse par excellence. Le festival comprenait aussi des cours de théâtre, des concerts en campagne dans la tiédeur du soir. Elles avaient loué une maison rustique dans un hameau. Vue sur les collines boisées. Des routes étroites serpentaient dans le décor. Des commerçants passaient avec leur camion. Un coup de klaxon indiquait leur arrivée et on achetait le pain et les produits corses. Elles se rendaient aussi en boutiques à Olmi Cappella pour le fromage et la charcuterie du terroir, les confitures de fruits muris au soleil aux saveurs incomparables. Notre amie des couleurs méditerranéennes aida ensuite au secrétariat du café-théâtre.     Elles ne se perdirent jamais de vue malgré leurs vies trop remplies.  Cette directrice artistique mettait en scène ou jouait aussi dans des théâtres parisiens. Dernièrement sa mise en scène de l’Avare obtint ainsi un grand succès pendant trois mois, salué par plusieurs critiques dans des journaux spécialisés.

                 En 2015, les diapositives de Calvi effectuées en 1965 par mon interlocutrice, entrèrent en conservation aux Archives Départementales de Bastia ainsi que ses livres.

                 Nous reparlâmes de l’histoire : la Corse avait fait partie de l’Empire Byzantin chrétien. A partir du VIIIe siècle eurent lieu de nombreux raids par les arabes installés en Espagne et au Maghreb dans les pays du pourtour de la Méditerranée, en Corse et en Sardaigne. Naquirent des accords entre chrétiens et Sarrazins (terme de l’époque pour désigner les musulmans).

Au IXe siècle, les musulmans contrôlaient la Sicile, les Baléares, la Crête et Bari dans la région des Pouilles d’Italie du Sud. Islamisation de l’île Corse et rupture des relations avec Rome. La présence musulmane est attestée en France dans le Languedoc. Les musulmans seraient – montés – jusqu’à Sens, aux portes de Paris où ils furent refoulés.

                 Stagiaire à Belfort

                  Stage à Alstom Belfort pour prendre un poste transféré à Alstom Massy près de chez elle. Au bout d’un mois en poste à l'équipe de Massy commencèrent les grèves de Mai 1968. La société ferma. L'essence manqua et sa Fiat 600 resta au coin de sa rue. Que se passait-il vraiment ? Elle écrivit à l'Elysée pour signifier que la beauté du centre de Paris ne devait pas être abimée. Inutile d'aller à Saint Michel pour voir des Crs. Elle resta chez elle. La peur au ventre, elle voulut s'y rendre un jour pour acheter des chaussures sur la place Saint Michel. Les Crs patrouillaient. Elle rentra dans sa campagne en vitesse et ne put jamais supporter les chaussures achetées trop petites. Quand les hostilités cessèrent, elle reprit son poste et les 48 heures par semaine de l’époque. Il lui sembla que l'obtention par les ouvriers d'un salaire mensuel au lieu d'un salaire horaire, représentait le seul point important.

 

Elle à Rugby et passage à Londres

                 En été 68, après printemps chaud et grèves dans les transports, elle partit d'Orly pour Birmingham. Un stagiaire anglais connu à Belfort l'avait invitée à passer quelques jours chez ses parents à Rugby. Le stagiaire ressemblait fort au Prince Charles. Elle partait avec lui le matin dans la petite Austin de sa mère avec un grand panier pique-nique pendant que le père choyait le jardin très vert et les fleurs de rocaille autour de sa maison. Ils visitaient la région : Coventry, Oxford, Stratford upon Avon. Elle photographia villages et campagne, Oxford aussi. Ses diapositives sont conservées en bonne place dans un institut. Au retour, elle s'arrêta quelques jours à Londres pour refaire un tour dans cette belle architecture et passa au magasin Liberty. A Carnaby street, un flot de musique sortait des boutiques branchées. Elle rapporta une écharpe en drap de laine aux rayures marine, verte, rouge et blanc, celle d'un collège anglais connu. Elle la porta très longtemps.

                 Serait-ce une révélation ?

                 Un jour d'Avril 1969, se levant de son bureau pour regarder par la fenêtre, une grande chaleur et une compréhension l'envahirent : elle sera célèbre. Dans cette vie ? Dans une autre ? Qui peut savoir. Cette compréhension se représenta à nouveau, des années après, en passant au-dessus du Mont Blanc en avion. Elle partait en déplacement pour Vérone et Venise. Le pilote annonça qu'on allait descendre pour voir de près le sommet du Mont Blanc. Elle espéra la compétence totale du pilote. Une montagne de fromage blanc apparut plus bas. La compréhension de célébrité se manifesta à nouveau.

 

ELLE, DANS LES ANNEES  70

                 Encore une fois, pourquoi cette froideur autour d’elle ? Pourquoi ne voyait-on pas qui elle était ? Etait-elle de trop ? Une sorte de malade à ignorer. Un secret ? Lequel ? Omerta corse ? Une présence marocaine dans le groupe, elle aussi, semble bien avoir oublié la chaleur familiale enseignée dans son pays d'origine alors que notre amie l'accueillit avec une si grande joie en hiver 1993, selon son élan naturel vers les étrangers. En 1970 donc, elle rédigea un testament pour un organisme humanitaire.

En Turquie

                 En Août, 1971, Paris - Brindisi en train et conséquences du déraillement d'un autre train près de Milan. Son train fut bloqué plusieurs heures en gare de Milano Centrale. Le bateau assurant seulement certains jours le trajet Brindisi - Izmir fut obligé d'attendre le groupe des Auberges de Jeunesse dans le port de Brindisi et ne partit qu'en fin d'après-midi. Une nuit sur la mer Egée dans des conditions de confort minimum dont les forts mouvements bousculaient les estomacs. Le lendemain vers midi, arrivée à Izmir. Quelle belle idée de l'organisateur : visite de la cité antique de Pergame de suite à 14 heures, sous un soleil à mourir et elle ne supportait pas la chaleur. Le séjour à Kusadasi dans un hôtel très simple sur la plage aurait presque pu être agréable mais, l'eau manquait pour se laver. Il fut proposé au groupe de parisien la visite d'Istanbul : départ en car un matin très tôt. Le car roulait sur une route ressemblant plus à une piste de terre sableuse et le chauffeur s'endormait au volant. Pourquoi le soi-disant deuxième chauffeur ne conduisait-il pas ? A l'hôtel 3 étoiles dans le centre d'Istanbul, pas d'eau non plus pour se laver. Dans les couleurs chatoyantes du grand bazar, des hommes aux yeux sombres suivirent le petit groupe de filles et de garçons. Ils pinçaient les fesses des filles. Des écrivains publics assis par terre travaillaient à l'ombre, des échoppes d'objets en céramique, des pâtisseries au miel dans les vitrines. Depuis le bateau sur le Bosphore, les minarets s'éloignaient dans la fumée du vapeur. Un déjeuner de poisson près du pont de Galata suivit. Puis, la voilà dans Sainte Sophie et son décor musulman recouvrant le décor chrétien qui précéda. Et une chaleur torride continuellement pour lui déplaire. Elle ramena un manteau de peau de mouton, bleu brodé rose et blanc, fourrure à l'intérieur. C'était la mode et ça faisait hippy. Elle jouait les hippies à sa façon. Symboliquement, elle admirait ceux qui partaient à Katmandou. Les récits de ces nouveaux voyageurs marginaux la passionnaient. Une façon d'être à leur côté. Sa rébellion agissait journellement sur place d’une autre manière contre ses employeurs et les machistes. Elle vidait son porte monnaie au profit des musiciens assis par terre dans le quartier latin ou dans les couloirs du métro. Ne pliant jamais, elle connut plusieurs licenciements à cause de sa droiture. Elle retrouvait toujours u travail rapidement. Il y avait du travail partout et elle aimait connaitre des sociétés et des fonctions différentes.

 Concert des Rolling Stones, Palais des Sports de Paris

                 Difficile d'obtenir des places. Sa collègue eut l'idée de passer par un bureau d'étudiants. Et les voilà parties au Palais des Sports dans sa Fiat 600 grise, un soir de 1972. Quel spectacle aussi dans la salle : des accoutrements bizarres pour certains spectateurs. Mick Jagger, invisible, parla dans le noir total. Tout à coup, surgirent lumière, costume rose et son puissant ! De la fumée dans les coulisses latérales non fermées, des types aux cheveux longs réglaient la sono, se déplaçaient, se parlaient. Mick Jagger, tout rose, criait dans son micro. Salle en délire ! A la sortie, 200 Crs derrière des boucliers au cas où mais, venus pour rien. Elles retrouvèrent la Fiat 600 grise garée plus loin et rentrèrent. La tête bourdonnait après ce déferlement musical. Pas facile de travailler le lendemain après une telle expérience.

Joan Baez à Gennevilliers

                 Joan Baez et le folk song. Elle appréciait cette grande militante humaine ayant chanté au fameux festival de Woodstock quelques années avant. Deux fois, elle vit le film de ce festival : pas seulement des nouveautés musicales mais aussi des idées nouvelles et la contestation de la société. Les anciens clichés devaient disparaitre. Un collègue lui proposa de venir entendre Joan Baez dans un gymnase à Gennevilliers. Il s'y rendait avec sa femme. Obligation pour lui d'être le plus près possible de la scène pour photographier. Ils arrivèrent deux heures avant le récital et s'installèrent par terre, juste derrière l'espace réservé aux journalistes et photographes. La salle se remplit peu à peu : beaucoup de jeunes américains et canadiens. Joan Baez arriva avec sa guitare à la main, vêtue d'un ensemble pantalon mauve, longs cheveux noirs,

                 - Farewell, Angelina ... House of rising sun … Les jeunes étrangers chantaient avec elle. Belle atmosphère, idéale, pendant deux heures. Petit à petit, elle acheta tous les 33 tours de Joan Baez. Elle les écoutait continuellement et chantait avec elle à l'intérieur d'elle-même. Elle la retrouva en concert bien des années plus tard, le 30 Septembre 2014, à l'Olympia.

 

La musique en France et en Italie

                 Le rythme disco débarqua des US en France et remplaça le rock : nouvelle rapidité des sons, de la danse, des mouvements et vestes paillettes, col pelle-à-tarte, pantalon pattes d'éléphant. Un style gai qui bouge fort. Côté variétés, arriva Renaud, le gavroche au grand talent : des paroles explicites sans détours. D'autres grands de nos cœurs : Sardou et ses cheveux bouclés mi-longs, Jean Ferrat, le contestataire à la voix chaude, Hugues Aufray et son Santiano, Michel Berger et France Gall en plein bonheur et bien d'autres talents encore. Tous éclairaient nos soirées télévisées. Existe-il des mots précis pour parler d'eux ainsi qu'ils le méritent ?

                 Et en Italie, Umberto Tozzi chantait - Caminero' -. Toto Cotugno et sa chanson - L'italiano - décrivait l'italien vrai aux spaghetti al dente, le canari sur la fenêtre et la radio dans la main. Gianna Nannini, originaire de Sienne et sœur du célèbre pilote automobile, imposait sa voix éraillée criant son rock italien sur les scènes alternatives de Milan. Domenico Modugno, Milva, Mina, Celentano et Gianni Morandi toujours sur les écrans et sur les scènes.

Elle et les multinationales. L'individu réduit à un prénom

                 Vous savez qu'elle travaillait comme assistante bilingue et changeait souvent d'emploi. Les zones d'activités se développaient continuellement autour de chez elle. Trente ans après, ces zones sont devenues immenses à l'américaine. L'agriculture a presque totalement disparue. Peut-être pas si mal : les avions décollant ou atterrissant à Orly toutes les deux minutes évitent de déverser leur carburant sur les champs de salades et autres légumes. Elle travailla dans plusieurs sociétés de la zone de Courtaboeuf et plus tard, sur le plateau de Saclay. En ces années, une nouvelle façon venue des Etats-Unis pour nommer le supérieur ou les collègues : on ne disait plus Monsieur Untel mais seulement son prénom et son patronyme. Difficile au début compte tenu des différences d'âges d'appeler le chef de service par son prénom suivi de son nom. Trente années encore plus tard : le prénom seul est la règle entre personnes de fonctions et d'âges différents. L'identité de chacun s'est réduite à un prénom. Même dans les livres d'art, l'artiste réputé n'a plus qu'un prénom : Léonard pour Léonard de Vinci. Cela la choque. Elle ressent que l'immense génie de la Renaissance est traité en plus comme le gars du coin. Et tout le monde se trouve coupé en deux ! Quel irrespect de s'autoriser à faire disparaitre le patronyme systématiquement, même dans les livres d'art d'éditeurs spécialisés. Désolé, un individu est identifié par un prénom et un nom de famille. L'individu actuel accepte sa diminution sans réfléchir. Très mauvais psychologiquement. Est-il d'ailleurs encore quelqu'un ? L'art, émanant de Dieu s'exprimant par la main des artistes talentueux et leurs oeuvres ... Personne ne remarque le fait ? Personne ne se plaint. La dame, aucunement d'accord pour la nouvelle formule restrictive. Quelle est l’historique de cette pratique ? Qui en est le promoteur ? Le niveau de culture de la population française baissa fortement depuis les années 90. Elle pense qu'une majorité ne voit pas le besoin et l'intérêt de se cultiver. Pourtant, nous disposons tous d'outils faciles aujourd’hui. Une majorité existante ne serait-elle plus attirée par les thèmes instructifs de bons ou hauts niveaux ? A disserter. Côtoyant depuis toujours des thèmes lui convenant, elle ne s'aperçut peut-être pas que qu'une majorité dont elle ne fera jamais partie, opte pour des sujets complètement différents des siens.

 

                                                      Cours de Psycho au CNA à Versailles

                 Des cours après le travail à nouveau, pour comprendre mieux encore le monde qui l'entourait et analyser son histoire. Avec le recul, finalement, elle estime ne pas avoir appris ce qu'elle sait par ces cours trop théoriques. Son savoir est surtout dû à son observation et analyse des comportements et à sa capacité à établir des schémas logiques tenant compte des ressentis, fragilités, difficultés et douleurs de vie des êtres humains.

 Au Festival lyrique d'Aix en Provence

                 Elle rejoignit un groupe des Jeunesses Musicales de France à Aix en Provence en été 1976. Logement à la Cité Universitaire. Au conservatoire, une demeure du superbe quartier Marignan d’architecture baroque autour de la fontaine des 4 dauphins, elle assista à des conférences présentées par, metteurs en scène, journalistes et chanteurs lyriques. Au programme ? La Traviata : musique, voix et duos magnifiques. Jorge Lavelli mettait en scène. Traviata - au Théâtre de l'Archevêché avec Sylvia Sass, toute jeune soprano interprétant le rôle de Violetta. Un triomphe !

                 Aix ... Elle le sentait ... L'opéra et les voix furent de suite un fil conducteur nouveau qui l'emporta vers un espace merveilleux. Verdi, Mozart, Beethoven. La Traviata devint son opéra préféré : quel adjectif précis pourrait qualifier cette beauté sonore ? Son groupe fut invité à assister à l'émission télévisée de Jacques Chancel, - Le Grand Echiquier -, dans la cathédrale Saint Sauveur. Le Dieu Mozart lança les notes légères de son concerto pour piano n° 21 virevoltant dans l'air autour d'elle. Elles envahirent le vaisseau de pierre : deux esthétiques accompagnaient son émotion. Champagne offert dans l'hôtel particulier en face de la cathédrale aux musiciens, choristes, invités du monde lyrique et au groupe des Jeunesses Musicales de France. Rolf Liebermann, Directeur de l'Opéra Garnier du moment et Bernard Lefort, Directeur du Festival lyrique d'Aix en Provence, honoraient l'assistance de leur présence.

 

ELLE, DANS LES ANNEES  80

                        Souvent invitée chez des collègues ou voisins. Cela dura quelques années encore. La mode des invitations à la bonne franquette passa t-elle avec les années Mitterrand ? L’Oriental lui rapporta la même constatation de nos années actuelles. Pas d'invitations malgré les origines méditerranéennes. Les copains originaires du Maghreb se mariaient et ne l’invitaient plus.

                 Elle travaillait en entreprise et le week-end partait dans le quartier latin. Ses amies ? Peu intéressées par ses curiosités culturelles et intellectuelles. Elles sortaient avec le fiancé probable. Pas besoin d'elle. Un fait signifié peu clairement ou pas du tout. Une méthode peu sympathique. Pourtant, elles se connaissaient depuis l'école ou le catéchisme. Selon ses envies, notre amie passait des heures dans les librairies ou sur les Champs, dans les passages, au drugstore ou au Pub Renault. Toujours des idées, besoin de personne pour s'enrichir. Vous savez que banalités et réunions bruyantes ne l'intéressaient pas. Expos et films de son choix représentaient de la documentation sur ses thèmes préférés. Elle se documentait avant de se déplacer pour ne pas perdre son temps. Elle suivait les cours de l'Ecole du Louvre et des visites-conférences dans les musées, les églises, dans le quartier historique de Paris, son quartier. Un agenda toujours rempli. Elle établissait elle-même ses programmes et se rendait aux rendez-vous sans être gênée par des conversations ou réflexions inconvenantes. Elle conversait avec les conférencières ou avec des participants passionnés par les mêmes sujets qu'elle. Une riche nourriture de l'esprit.

                 Elle avait déjà travaillé dans 12 entreprises dont une à Toulouse ayant déménagé de Paris sur l'aéroport de Blagnac, puis fut licenciée d'un laboratoire pharmaceutique américain début 1983. Une année au chômage mais un chèque d'un montant important encaissé. Méthode américaine : on licencie du directeur à la secrétaire sous de faux motifs et l'inspection du travail ferme les yeux. Les problèmes d'emploi commençaient. 1983, première année des contrats de solidarité en Essonne. Un moyen de recruter du personnel. Elle ne trouvait rien de valable sur les zones d'activités aux alentours sauf à un salaire de débutante. Les marchands d'esclaves opéraient avec savoir. Elle entra dans un organisme de recherches. Une simili-administration et un travail sans initiatives. Pas son style. Un secrétariat de direction de directeur-chercheur dans l'âme. Particularité : la dactylo se gardait le travail sans rien expliquer à la collègue de niveau supérieur, choisie plus âgée pour manager. Avec l'aide de la hiérarchie, la dactylo organisait le départ de chaque secrétaire de direction. Et l'active née se retrouva sans rien à faire, sans rien sur son bureau. Déjeuner avec les femmes pour entendre parler de leurs gosses et des histoires de bureau ? Impossible. Echappatoire : rentrer déjeuner chez elle en vitesse pour les éviter. Parfois, elle déjeunait avec un chimiste musicien et un autre, peintre, cherchant une conversation intéressante. Les bonnes femmes s'empressaient d'inventer un ramassis de nullités. Conversation téléphonique interminable pendant des heures de la collègue qui fumait toute la journée. Histoires de bureau et de mecs, de primes et d'avancements. Elle ne comprit jamais leur fonctionnement. Elle ne faisait pas partie de ce monde là. Une horreur tous les jours pendant maintes années et rien à faire de la journée. Enfer sur terre ... Elle apprit qu'elle avait été engagée pour - remplir une case -. La dactylo venait de faire virer la secrétaire de direction précédente. Personne de l'organisme n'avait voulu muter pour ce poste connu invivable. Recrutement à l'extérieur d'une personne ignorant la situation. Ce fut elle, obligée en prime de s'intoxiquer à la nicotine. La dactylo opéra à nouveau avec l'adjoint au chef de service : on lui fit croire à un licenciement interne. Elle le savait impossible. Ce qu'on lui reprochait ? Exactement ce qu'elle reprochait à la dactylo. Obligation de changer de service d'office. Mutée à la documentation du département, elle rangeait des revues scientifiques par numéros. La chef de bureau s'octroyait des privilèges. Elle et ses deux collègues se liguèrent contre elle et informèrent la direction du département. N'ayant jamais assez de travail pour s’occuper, elle travaillait en même temps pour le café-théâtre de sa ville. L'entente avec les deux collègues étant bonne, l'atmosphère était parfois supportable temporairement. Mais, ses capacités en rien récompensées. Où se cachait-il le travail intéressant ? Elle qui voulait travailler chez elle, être écrivain par exemple et ne pas côtoyer cette ambiance débile des bureaux, les réflexions idiotes, les conversations inutiles et des rires soi-disant motivés. Que de temps, que d'années perdus à vivre très mal. La vie est belle mais les individus la gâchent continuellement. Plus tard, on lui demanda d’intégrer le groupe administratif de la direction du département gérant le personnel. Là, travaillaient des anciens militaires. Des discours interminables au contenu douteux et l'apéro du vendredi malgré l'interdiction du règlement intérieur. Bouteilles cachées en bas d'une armoire. Elle ne buvait pas l'apéro. Toujours à l’écart du troupeau donc mal considérée. Impératif pourtant d'éviter les conversations de bas niveaux. Quand elle parlait d'art ou de ses visites au Grand Palais, on se fichait d'elle. Comme d'habitude, la différence gênait. Des histoires humaines graves, des maladies professionnelles non reconnues, l'animalerie dénoncée, des documents lus non conformes à la réalité.

Et la musique ?

                 Depuis les années 60, Maritie et Gilbert Carpentier créaient des émissions pour la télévision. Un couple devenu célèbre rapidement. Des émissions non moins célèbres regardées par 15 millions de téléspectateurs devant leur poste de télévision chaque semaine. Ils révélèrent au public tous les chanteurs des années 60 et cette période formidable, cette révolution musicale. Des soirées joyeuses, des duos entourés de danseurs, paillettes et plumes, des succès, pour le bonheur de tous. Elle aussi attendait cette touche de Broadway à la française chaque semaine. Le couple fut récompensé par un Sept d’Or en 1988. Un hommage à la fin de leur longue carrière si appréciée.

                        En 1979, l'esprit visionnaire de Michel Berger dans Starmania, montra la société du XXIe siècle actuelle : inhumaine, violente, des gratte-ciels trop hauts, des attentats ... France Gall, Balavoine, Fabienne Thibeault, Diane Dufresne et tous les autres, français et canadiens, chantèrent plusieurs versions de l'opéra-rock. Une chute humaine annoncée. Starmania, joué partout dans le monde pendant des années. Une création au Canada appréciée. Un succès en France pendant plusieurs décennies,

                 ... Besoin d'amour.  Des étoiles noires. Duo France Gall et Daniel Balavoine.

Les tubes de l'opéra-rock ? Toujours présents. Toujours chantés. Toujours aimés. Défi d'une l'époque. Défi des années 80. Défi au temps. Michel Berger et son aura exceptionnelle. France Gall et Michel Berger … Comment aurait-on pu ne pas les aimer ? Eux et les chanteurs canadiens.

                 Le jour où j'aurai tout donné ... Je m'en irai dormir dans le paradis blanc ...

                 Celui que j'aime est dans un monde de beauté, là où volent les oiseaux, bien au-delà des mots ... Résiste ...

*

                        Daniel Balavoine devint une icône de la chanson, Jean-Jacques Goldmann, le song maker, aussi. Ils brillaient sur scènes et dans les cœurs. Comment ne pas être conquis par leurs voix, leurs musiques, leur vérité exprimée, leur simplicité et tant de solidarité pour les humains en difficultés. Aide en Afrique et restos du Cœur.

                 Balavoine, en colère intervint un jour dans une émission télévisée devant le Président François Mitterrand et des journalistes. Voyant qu'on ne lui laisserait pas le temps de parler,

                        - ... j'ai juste le temps de me mettre en colère. Je n'aurai pas le temps de parler. Passer pour un merdeux. Je préfère m'en aller tout de suite ! Si j'avais su que je ne dirai rien, j'aurais dormi plus tard ! Ya jamais eu un ministre de la jeunesse jeune. C'est tous des vieux !

                 Balavoine, L'Aziza, 1985. - Petite rue de kasbah au milieu de Gaza ... tes yeux remplis de pourquoi cherchent une réponse en moi ... ta couleur et tes mots, tout me va, que tu soies d'ici ou là-bas ... laisse glisser les regards qui pèsent sur toi ... danse avec moi ... Ce n'est pas un problème pour moi ... L'Aziza, je te veux si tu veux de moi ...

Balavoine, un chanteur engagé terriblement lucide, rebelle et humain. Il nous quitta si vite, trop vite. Son immense énergie nous accompagne encore.

                 Mon interlocutrice est de la même graine que lui. Elle ne chante pas en public mais procède avec analyse lucide et lance ce qu’elle pense. Vos comportements peu fiables sont dus à votre non-réflexion et votre illogisme, votre incapacité à vous remettre en cause. Quand va t-on comprendre une personne intègre et apprécier sa clarté ? Dieu aurait-il du mal à s'imposer au milieu de tous ces perturbateurs de fin de civilisation ?

                 Et Jean-Jacques Goldmann, comment définir la beauté de sa musique, de sa voix ? Immense Goldmann.

- Changer la vie. L'envie d'avoir envie. A nos actes manqués. Quand la musique est bonne. J'm'en fout. J'irai jusqu'au bout de mes rêves, tout au bout de mes rêves ! Je marche seul. Je te donne ... mes plus belles chances, mes différences ... avec Michael Jones. Là-bas … Tu es de ma famille ... Pour que l'on s'aime encore ...

Il créa tant de magnifiques chansons pour d'autres chanteurs que nous aimons aussi. Nous reconnaissons de suite les notes et son style Goldman. Et les enfoirés aident les autres.

                 Et Véronique Sanson, Yves Duteil, Cabrel et son bel accent, Johnny, David et Sylvie Vartan, Claude François, Françoise Hardy, Aznavour, Dutronc, Joe Dassin et plein d'autres encore : leur carrière commença souvent avant les années 80. Ils illuminèrent et illuminent toujours notre écran de télé.

                        Et Renaud : des paroles et des colères justes. Engagé, rebelle, parlant vrai, citant les difficultés des ouvriers, des mineurs. Par sa mère, il est de ce pays du Nord. Une double appartenance culturelle : les autres membres de son entourage, des professeurs, des intellectuels. Il chante la vie des milieux défavorisés. Mon hlm ...

                 Et Coluche : lui aussi savait la vie difficile d'une partie de la population.

                 - 600 000 personnes en France qui ne mangent pas normalement !

Les politiques lui répondirent qu'ils ne savaient pas comment faire pour résoudre la situation.

                        - Nous, on sait comment faire. Alors on le fait !

Il créa les restos du cœur. Un accident de moto en 1986 et Disparait un grand ami de Renaud, le parrain de sa fille. Très affecté, il écrit une chanson en hommage à Coluche, - Putain de camion -.

Leurs chansons restent à nos côtés et traversent les générations. Ils vivent autour de nous ou dans les étoiles.

                 En Italie, sur des cassettes de l'ange venu de Bologne, elle découvrit Eros Ramazzotti. Il avait gagné le premier prix du Festival de San Remo en 1984 avec - Terra promessa - (Terre promise). L'année suivante, le voilà en 7ème position avec - Una storia importante - (Une histoire importante). Succès confirmé en Italie et à l'international. Ramazzotti, une voix éraillée style italien.

                 ... Se bastasse una bella canzone ... S'il suffisait d'une belle chanson ... dedicata a tutti quelli che sono lontano ... dédiée à tous ceux qui sont loin ...

Elle assista à son concert de Bercy en hiver 94 et en été 2011. Zucchero, passionné de blues américain, son allure particulière et son grand chapeau : la révélation européenne de 1989 mais il chantait déjà depuis 1976. Une nouvelle voix éraillée sur les scènes italiennes. Gianna Nannini, la rockeuse siennoise du nom de la marque des fameux gelati de la ville, obtint en Italie comme à l'étranger confirmation de son talent en 1987 avec - I maschi - (les hommes). Elle chante toujours et vient de passer par l'Olympia au printemps 2017.

Un ange arriva d'Italie

                 Elle se sentait en danger depuis longtemps. Des médicaments depuis 9 ans. A cause de la froideur ressentie depuis toujours ? Quelle solution ? Elle payait son appartement, précédemment sa location en remboursant chaque fin de mois à son père, une mensualité pour sa voiture et pas question de partir en vacances. Son collègue post-doc italien du Sud et sa fiancée coréenne, beaucoup plus jeunes qu'elle, l’invitaient chaque week-end à la Cité Universitaire boulevard Jourdan. Elle constata l’évidence de leurs envies communes : apprendre, toujours apprendre, voyager, discuter, découvrir mille choses. En Juin 1989, elle déposa une annonce à l'Institut Italien de Culture de Paris proposant la location de la deuxième chambre de son appartement. Un jeune italien de Bologne l'appela. Ils se rencontrèrent le lendemain soir dans le Marais, au métro St Paul, pour la fête de la musique. Après un concert à l'église des Blancs Manteaux, une invitation qu’elle venait de recevoir, il vint - essayer - la chambre et décida de l'habiter mais il ne put jamais payer le loyer. Il cherchait du travail et étudiait en bibliothèques. Pourquoi avalait-elle toute cette chimie ? Elle lui parla des gens portant le même nom qu'elle et de sa souffrance depuis toujours. Il comprenait. Il affirma qu'elle ne devait pas les écouter. Ils se trompaient. Il pensa à un secret, un intérêt caché ou une grande inconscience. Il alla se documenter en librairie médicale dans le quartier latin et étudia à la bibliothèque de la fac de médecine à deux pas du Boul’Mich. Par amour, il proposa de l'aider à arrêter le traitement médical toxique malgré l'interdiction des médecins. Bien plus jeune qu'elle et d'esprit écolo, il mangeait bio depuis déjà quelques années et utilisait les médecines alternatives.

*

Un ange du monde invisible parlait-il par le nouvel arrivant, l'invitant

A dévier d'une route ne lui appartenant pas ?

*

Personne ne comprenait la présence de cet étranger, plus jeune qu’elle et ne travaillant pas. Un budget très limité : le dimanche, hiver comme été, pique-nique en forêt de Rambouillet ou un tour dans le centre de Paris. Ils vécurent six mois d'étouffement pour sortir de cet enfer chimique. En finir d'étouffer. Quitter l’enfer. Se rétablir. Elle se rétablit. Et elle pensa encore : j'irai jusqu'au bout de cette histoire.

Elle à Amsterdam

                 Le frère de l'ange vint d'Emilie-Romagne quelques jours en été. Les voilà partis avec une petite tente igloo pour Amsterdam. L'ange conduisit la voiture verte de mon interlocutrice, marquée d'une ligne rouge et une ligne blanche sur le flanc. Elle réalisa plus tard que ces deux couleurs sur fond vert, les couleurs du drapeau italien, l'avaient attirée.

                 Elle rêvait de se rendre à Amserdam depuis dix années. L'architecture flamande, les canaux, le Rijksmuseum et ses tableaux célèbres, Van Gogh et les peintres flamands. Le voyage imaginé fut autre. Ils se perdaient chaque soir pour retrouver le camping près du port, un mini Woodstock qui sentait bon. Elle imagina d'y retourner pour son programme personnel.

 

ELLE, DANS LES ANNEES 90 

                 Des copains italiens de l’ange vinrent visiter leur ami et eurent plaisir à la connaitre. L’un, commerçant bio et l’ami avocat voulaient absolument visiter la cathédrale de Chartres et son labyrinthe. Ils partirent pour Chartres un dimanche après-midi.

                 Elle se maria avec l’ange. Codes non conventionnels. Seulement à la mairie et 8 personnes. Pas de faireparts. Son père présent sans comprendre ni accepter la situation. Elle ? Jupe courte de jean gris, chemisier de dentelle blanc, caleçon rose fleuri style XVIIIe. L’ange ? Pantalon noir et polo blanc. Sa mère son ami et son frère vinrent d’Italie pour l’occasion. Ils logèrent quelques jours en Vallée de Chevreuse dans un château du comité d’entreprise d’une administration parisienne au milieu d’un vaste parc. Ils déjeunèrent dans une crêperie le jour du mariage. Elle savait que l’ange lui avait sauvé la vie. Quelques temps après, elle vit que sa vie et ses projets se trouvaient bloqués. L'ange italien repartit à Bologne lui laissant les cassettes d'Eros Ramazzotti et de Zucchero.

Un accident de voiture

                 Juin 1991. Sur le chemin pour rendre visite à des amis habitant dans la campagne, elle ne vit pas la voiture arrivant à sa gauche en sortant d’un chemin. Le véhicule la bouscula par la portière conducteur et la projeta dans les arbres longeant la route.  Responsabilité totale pour elle. Une petite voix se manifesta,

-           Ça n'est pas grave.

Accablée de fatigue, elle ne dormait pas depuis plusieurs semaines. Ses cyclistes du dimanche, doublés peu avant, s'arrêtèrent. L'un d'eux, médecin, la fit sortir de sa voiture et appela les pompiers. Le camion rouge arriva. Le pompier à côté l’elle essaya de calmer son grand stress. Hôpital. Bassin fêlé et sa voiture aux couleurs du drapeau italien, épave. Au bout de dix jours, elle fit croire à l'équipe soignante qu'elle pouvait marcher et rentra à son domicile. Il fallut réapprendre à marcher avec un kiné et s'obliger à traverser la rue au bout de sa résidence, le soir, sans circulation. Peur de traverser une rue à nouveau. Un mois et demi après, elle reprenait son travail. En me parlant, il lui revint en mémoire une chose étrange : pendant cette hospitalisation, elle pensait à Venise. Pourtant, elle y avait séjourné si peu dans les années 60. Etait-ce un signe annonciateur des nombreux séjours artistiques qu'elle allait développer dans la magie vénitienne à partir de Février 1993, 28 ans après sa magnifique découverte des couleurs du Lac de Garde et son premier bref séjour à Venise avec ses parents. Très étrange la petite voix ...

                 En 1994, elle demanda à partir à l'américaine de son entreprise (elle avait l'habitude), pour développer plus vite son travail artistique. Pas le genre de l'entreprise. Une somme dérisoire lui fut proposée alors qu'elle devait encore travailler dix ans. Obligation de refuser. Elle chercha à se faire muter en Italie, chercha x possibilités pour partir et être enfin elle-même. Et elle se morfondait sans travail intéressant correspondant à ses capacités et au rythme qu'elle aimait vivre. Comme à d’autres personnes gênantes et même à des chercheurs, il lui fut proposé de rester chez elle avec son salaire. Elle refusa,

                 - Je ne vais pas voler mes impôts plus les vôtres !

Elle demanda un rendez-vous au chef du personnel, 7.000 personnes sur site,

                  - Vous ne me donnez pas mes primes, je m'en fiche complètement. Gardez votre sale fric ! Je ne me ferai pas une piqûre de débilité pour ressembler à tout le monde !

Elle travailla ensuite avec des ex-chercheurs analysant des articles de revues scientifiques introduites dans des banques de données internationales. Ambiance agréable, pas de hiérarchie marquée. Chacun avait un travail déterminé et différent. On mangeait ensemble mais sans obligation. Elle discutait d'art contemporain avec son collègue physicien. Ils correspondent toujours de temps en temps. Le mardi, ils buvaient le café tous ensemble près de la photocopieuse : plaisanteries, rigolades. Elle donna sa diapo-conférence commentée en direct sur Venise à la grande salle de conférence pendant l'heure du déjeuner en 1997 et aussi son exposition photographique sur Venise. Elle le fit plus tard à l'Ecole Polytechnique et en d'autres lieux.

557169c35fb1ao

 

Nouvelles rencontres de l'ange italien

Venise, Aix en Provence, Vérone, Paris

                 Ils se téléphonaient souvent. Une amitié particulière dura pendant de nombreuses années. Elle passa le voir chez lui sur le trajet Paris - Venise en voiture avec un collègue du centre de recherches pour ramener un lampadaire de Murano dans son break. Il mesurait 1 mètre 80. L'ange travaillait dans sa chambre après un stage d'informatique dans une société de sa ville. Il projetait de créer une société de création de logiciels. Elle lui prêta son appartement lorsqu'elle partit à Sienne en été 93 pour suivre un cours d’histoire sur l'art italien. Il l'accompagna jusqu’à à la gare de Lyon en portant sa valise.

                 L'ange vint la rencontrer à Venise pendant son séjour hivernal suivant. Elle alla l'attendre à la gare Venezia Santa Lucia. Ils se promenèrent dans Cannaregio, son quartier d'adoption et déjeunèrent ensemble. Elle lui offrit la cassette de Véronique Sanson qu'il aimait. Ils parlèrent de choses et d'autres et des chansons italiennes. Al Bano et Romina, un couple en vogue venait de remporter le premier prix du fameux festival musical annuel de San Remo avec - Felicità - (Bonheur), un succès fort pour maintes années dans le pays. Impossible d'oublier cette musique entrainante, ce tourbillon de bonheur sur scène. Et l'ange reprit son train en fin d'après-midi pour Bologne.

                 Une nouvelle rencontre à Aix en Provence en Novembre 1996. 400 kilomètres depuis Bologne pour passer la soirée et la matinée du lendemain ensemble. Elle séjournait à Aix pour étudier l'immobilier de cette belle ville à l'architecture baroque. Le style de ville historique qu'elle aimait habiter. Elle envisageait de se faire muter au centre de Cadarache. Elle avait réservé une chambre à deux lits près de la jolie place des 4 Dauphins, dans le quartier Marignan. Elle aimait particulièrement cette petite place, son architecture massive de blocs de pierre couleur ivoire. Il l'invita à diner près de la cathédrale Saint Sauveur. Ils parlèrent une grande partie de la nuit, lui expliqua qu’il faisait rénover la maison de sa grand-mère au bout du chemin de pierres donnant sur une petite route serpentant dans les collines au-dessus de Modigliana. Une maison rustique, pierres sur pierres, au sol de terre battue, qu'elle avait connue en Mai 1989. Elle y avait rencontré sa mère, son frère et sa sœur. Tout le monde s'était réuni là autour de plusieurs pizzas. Sa grand-mère vécut en autarcie dans cette maison avec deux vaches, des pigeons au pigeonnier et un murier. Ce secteur d’Emilie-Romagne était devenu riche grâce à la production importante des fruits dans un décor ressemblant à une Toscane au visuel plus rural.

                 Nouvelle rencontre à Vérone en Février 2004. Il fit 400 kilomètres pour diner ensemble près de la maison de Romeo et Juliette.

                 Il passa la voir lors d'un séjour professionnel à Paris : rendez-vous au métro Saint Paul. Elle habitait son cher Marais. Un café rue Saint Antoine près de l'Hôtel de Sully. Mon interlocutrice entendit une phrase gênante sur le déroulement de son retour de Vérone. Une phrase ne correspondant pas à son l'analyse humaine. Elle fut mal pendant plusieurs jours. Allait-elle avoir envie de le revoir ?

Les chansons italiennes

                 Laura Pausini gagna le premier prix du Festival San Remo en 93 avec - La solitudine - (la solitude). Une chanteuse à la voix puissante et une grande présence sur scène. L'Italie et l'international la découvrit et l'adopta.

La prof' de traitement de texte

                 La prof' avait quitté sa Dordogne mais pas l'accent. Une personne humaine, amusante, sympathique. Elle donnait des cours de formation en traitement de textes en entreprises. Elles firent connaissance en parlant à la fin d'un cours. La prof habitait à deux pas du métro Saint Paul, derrière le Monoprix. Une amoureuse elle aussi du décor historique du Marais et de Venise, de son passé prestigieux, de ses glycines en Mai.  

Elle et Venise

                 En Février 1993, notre future vénitienne d’adoption décida de reprendre la photographie et de se rendre à Venise après 28 ans d'absence en Italie du nord.

 

RECIT VENITIEN 

... Sur la lagune, les mélancoliques et calmes beautés de l'automne vénitien. En ce temps là, le rapide arrivait à Venise vers cinq heures et Venise apparaissait au voyageur dans toute sa splendeur lumineuse ...

Henri de Régnier, vénitien de cœur

Extrait du livre - Récits vénitiens -.

img7d3ba22a026de863bd82499c7456ec17gondola_and_rialto_bridge_in_venice_1_hero

               En l'an 1177, le pape Alexandre III accorda à la République Sérénissime le droit d'épouser la mer, reconnaissant ainsi, symboliquement, la puissance maritime, marchande et militaire de Venise. Depuis cette date, chaque année, le jeudi de l'Ascension, le doge embarque sur le célèbre bucentaure doré entouré de centaines d'autres gondoles de fêtes, bannières au vent. Il jette un anneau d'or dans l'Adriatique. Un signe de - véritable et perpétuelle domination -. Dès le XVIe siècle, à la période appelée – Renaissance - la puissance maritime de Venise commença à décliner. La cité des doges continua à fêter - les épousailles de la mer - par des cérémonies fastueuses, assurant au monde sa puissance perpétuelle. Croire encore à sa puissance et en donner l'illusion au monde entier en se nourrissant de sa propre légende ? Et actuellement, en 2017, comment comprendre Venise ? Que cherche t-elle en acceptant ces millions de passants ? Son histoire, son mythe, est bien autre chose qu’une exploitation commerciale … Mon interlocutrice ne peut pas envisager que l’âme de Venise soit ainsi bafouée, transformée. L’âme de Venise vit depuis des siècles par les artistes, la musique, la beauté extrême du lieu et son architecture arrivant de l’Orient. Le mental contemporain saura t-il la respecter, la conserver intacte ? 

                 Son affaiblissement définitif économique commença au XVIIe siècle. Au siècle précédent, de nouvelles routes vers l'Orient brisent le monopole du commerce des épices qui procurait richesse aux marchands vénitiens. Venise doit aussi gérer des guerres intérieures et se protéger des continentaux. La domination des mers lui échappa définitivement. Les turcs revendiquèrent certains territoires vénitiens sur le pourtour de la Méditerranée sillonnés par les pirates. De nombreux bateaux des marchands de la Reine des mers furent ruinés. Mais Venise était encore riche par les trésors accumulés au cours des siècles. Elle entretiendra son mythe de puissance longtemps par des fastes devenant une stratégie diplomatique éblouissant le monde. Fêtes et processions, bals et carnavals, voilà la vie vénitienne nouvelle. Les fêtes de la cité, les fêtes religieuses et la vie locale furent liées et se succédèrent continuellement, toute l'année. Elles se déroulaient sur la Place Saint Marc. Le doge, les dignitaires et le clergé y étaient présents aux sons de musiques triomphales. Ces fêtes étaient l'occasion de foires et de spectacles dans la ville, de régates sur le Grand Canal et de lâchers de taureaux dans les ruelles. Les paroisses organisaient aussi des fêtes patronales et des messes grandioses, des processions, des bals, des scènes de théâtre et spectacles de marionnettes sur les places. Les grandes confréries vénitiennes, au nombre de six, organisaient aussi des cérémonies et des fêtes. Au XVIe siècle, elles devinrent de riches institutions. Elles avaient des activités de charité pour leurs membres, donnaient des messes, aidaient les orphelins et les malades, participaient aux processions. Elles célébraient les jours de fête pour louer et prier Dieu et ses saints par des psaumes, hymnes et musiques mélodieuses. Le voyageur Thomas Coryat, présent à une fête à la Confrérie Saint Roc écrivit son émerveillement. Il n'avait jamais entendu une telle beauté musicale. Des fêtes toute l’année et le carnaval durait six mois. Il se terminait le 15 Décembre pour reprendre à l'Epiphanie jusqu'au Carême. Venise, un monde mystérieux et des festivités continuelles. Un monde masqué où hommes et femmes se confondaient en vivant une liberté totale.     La permanence des fêtes vénitiennes attirait l'affluence des étrangers. Eblouis, ils découvraient la cité des doges et la magnificence des ses palais et églises. La musique tenait une place importante dans les fêtes et le XVIIe siècle connut son apogée musicale.

téléchargement

Venise, porte de l'Orient

                 Le temps s'y écoulerait-il plus lentement qu'ailleurs ? Les vénitiens vivaient-ils déjà au rythme du monde oriental en faisant partie de l'Empire byzantin chrétien ? Des détails ornementaux de l'architecture de la Place Saint Marc, sur les palais et les cinq bulbes de la basilique Saint Marc, son intérieur immense mosaïqué d'or aux personnages gigantesques, montrent son ancienne appartenance au monde byzantin et une basilique aux traits de mosquée. L’eau servit de remparts à la ville. Sa construction commença sur les ilots centraux de Rivo Alto à partir de l'an 500 et donna le nom de Rialto au quartier. A la Renaissance, 11.000 arbres en provenance des forêts des Dolomites, région montagneuse plus au Nord, seront enfoncés dans la vase des ilots pour supporter le pont Rialto de pierre d'Istrie réalisé par l'architecte da Ponte en 1588-1591. Pendant des siècles, Venise s'enrichit par son commerce en Méditerranée mais aussi par la construction de bateaux dans son immense arsenal pendant la longue époque médiévale. A partir du XIe siècle et pendant deux siècles que durèrent les 8 croisades, l'arsenal produisit des bateaux pour transporter les croisés qui partaient de Venise pour Jérusalem. Le motif officiel des croisades ? Reprendre le tombeau du Christ. Ce fut en fait une longue guerre de religions entre chrétiens et musulmans. Des tueries sauvages d'occidentaux barbares organisées à partir de 1099 ne connaissant rien de l'Orient ni de ses populations raffinées et érudites. Une première colonisation en terre d'Islam déclarée païenne car non chrétienne. Un appel du pape Urbain II contre l'islam précipita les chevaliers nobles puis les populations occidentales de l'époque vers des tueries excessives en contrées inconnues. Les états latins furent créés, gouvernés par des barbares occidentaux venus du Nord, se déclarant rois spontanément.

                 Elle insista pour me rappeler que les savants de l'islam transmirent aux occidentaux les savoirs des philosophes et des savants grecs. Les musulmans les connurent avant les occidentaux, envahisseurs de l’Orient. L'existence de leur intelligence en ces contrées lointaines fut inconnue jusqu'aux croisades.

                 Après le début des années 2000, l'arsenal médiéval vénitien fut enfin reconverti en espaces d'expositions. Les vénitiens lui en parlaient pendant ses séjours à partir de Février 1993. Il fallut encore une vingtaine d'années pour arriver à cette réalisation. La transformation de l'ex Moulin Stucky sur l'ile de la Giudecca ainsi que celle des anciens entrepôts de la Douane de Mer sont terminés depuis peu de temps. Le Moulin Stucky, bâtisse de briques construite au XIXe de style nordique par un hollandais abrite maintenant un hôtel de luxe et une galerie commerciale. La Douane de Mer est devenue musée d'art contemporain dépendant du Palazzo Grassi sur le Grand Canal.

                 Venise ... c'est malheureusement 22 millions de visiteurs par an qui détruisent la ville et dérangent les vénitiens de moins en moins nombreux. Tous ces gens de passage prennent en otage l’âme sérénissime et salissent sa beauté. Superficialité destructrice. Que viennent-ils faire là ? Ils ne s'intéressent pas à elle vraiment. Ils ne l’aiment pas pour ce qu’elle représente profondément.

                 - J'ai fait ... Venise !

Ah oui ? En 3 heures ou en 3 jours ? Les voilà qui remplissent anarchiquement et bêtement les ruelles du parcours gare – Place St Marc -, en criant, jetant les cannettes par terre. Les voilà assis sur le sol, près d’un puits séculaire, sur les marches d’un pont historique pour pique-niquer, habillés de shorts affreux couleur fluo, de jupettes couvrant à peine des fesses et de chapeaux sans formes en été. Certains laissent des graffiti !!! ???. Beauté raffinée d’une ville historique contre troupeau continuel et son irrespect total, conséquence de sa non-culture et d’un esprit décadent. Des nouveaux barbares débarquant tous les jours.

                 Au XVIIIe siècle, 18.0000 personnes vivaient dans Venise historique. En 2016 ... 50.000 seulement. Voilà le résultat du tourisme de masse ravageur du dieu-fric mondial inconscient ! Depuis longtemps, les vénitiens sont obligés de partir en terre ferme où le prix des logements et de la nourriture sont moins élevés. Le nombre des boutiques, d'hôtels de luxe, de palais anciens divisés en appartements loués est extravagant. Quel système satanique détourne la ville des vénitiens et sa beauté subtile ? Et ce système là empêche aussi les écrivains, les historiens, les chercheurs, utiles à la société culturelle vraie et à l'histoire du lieu, de faire leur travail. Ce travail là, ne s'effectue pas au milieu d’une société de consommation sans scrupules mais dans le respect du passé prestigieux de lieux à préserver faisant partie du patrimoine mondial représentant - le passé -. Les taxes versées au port par les bateaux de croisières et celles des agences touristiques à la ville sont très rentables … mais destructrices. Henri de Régnier, Proust, Ruskin, Balzac, Musset, Wagner et tant d'autres artistes n’imaginèrent pas leur chance de connaitre une Venise authentique de la fin du XIXe et début XXe siècle. Notre amie ne se doutait pas, lors de sa première visite des lieux, en 1961, qu’elle voyait une Venise authentique elle aussi. Les barbares décadents cassent l’âme de Venise …

 

Aimer Venise - Veneziamente -, comme un vénitien

                        Un lien idéal avec Venise nécessite parfois de la fuir physiquement, de la vivre de loin, d'éviter ses visiteurs d'un jour, bruyants, irrespectueux et bien trop nombreux. Ils défigurent les nobles lieux. Comme un vénitien, - Veneziamente -. Elle déteste et fuit les visiteurs de passage. Ils ne cherchent pas l'âme de la ville mais viennent la salir. Ils gênent infiniment les vénitiens, les artistes, les écrivains. Ils ont besoin de vivre à chaque instant dans l’authenticité d'une beauté incomparable.

Venise fin XIXe siècle

                 Les visiteurs rejoignaient Venise par bateaux à vapeur depuis la mer Adriatique. Une arrivée féérique en approchant par le bassin St Marc et découvrant sur une seule ligne, la façade du palais des Doges, le campanile et les cinq coupoles de la basilique. En 1846, par la construction d'une digue de 4 kilomètres venant de Mestre en terre ferme, appelée - pont de la liberté - le train arriva dans la ville posée sur l'eau composée d'ilots reliés par 440 ponts. Mon interlocutrice enviait Henri de Régnier qui connut la vie quotidienne calme d'une Venise en fin de XIXe. Venise resta à l'écart du monde jusqu'à l'arrivée des trains.

La Venise des années 60

                 Sur les photographies de 1961 de notre amie, seulement quelques personnes Place Saint Marc et beaucoup de pigeons. Un policier vêtu de blanc et coiffé d'un casque colonial en été apportait la nourriture des volatiles chaque jour à midi. Un grand panier rouge rempli de graines et soudain, un nuage gris s'abattait sur la Place. La basilique disparaissait pour quelques temps. Des vendeurs de fleurs parcouraient les ruelles. De nombreux souffleurs de verre travaillaient dans les ateliers de Murano. De nombreux chats étendus au soleil : les chats soriani, descendant de leurs congénères amenés de Syrie pour combattre les rats pendant les épidémies de peste depuis le moyen-âge. Beaucoup de chats. Pendant les années d'enrichissement de la ville grâce aux marchands vénitiens sillonnant la mer, des chats, dont la présence sur les bateaux marchands était demandée par les assurances, ne s'étaient-ils pas évadés des bateaux voulant séjourner dans une magie nouvelle ? Dans les années 60, peu de circulation sur le Grand Canal, si peu de touristes, pas de bateaux de croisières. Imaginez Venise vous offrant toute sa fascination …

Elle et Venise

sa ville d'adoption, depuis Février 1993

                 Elle m'avoua qu'une photo de masques lui donna envie de partir là-bas. Elle prit le train de nuit Rialto quelques jours avant l'ouverture du carnaval pour vivre l'atmosphère de la ville dans son quotidien habituel. Elle arriva à Venise, ce matin-là et la ville exerça sur elle une telle émotion. Un envoûtement ? Sa magnificence la toucha au plus profond. Après 28 ans d'absence en terre italienne du Nord, elle se remit à parler la langue sans difficultés. Une passion à nouveau présente, intacte. Elle reprit la photographie sans imaginer qu'elle allait développer ses activités d'écrivain et de photographe et séjourner dans ce lieu singulier plusieurs fois l'an pendant de nombreuses années. Avec son Rollei, elle allait capter des milliers de photographies, pas seulement à Venise. La ville posée sur l'eau devint sa ville d'adoption. Elle l'est toujours.

                 Toucha t-elle l'âme de Venise dans le quartier de Cannaregio ? … du côté du ghetto, de l'église de la Madonna dell'Orto et de la maison du Tintoret. Chaque jour, elle photographiait des lieux charmants en évitant les visiteurs de l’époque qu’elle trouvait déjà trop nombreux en 1993 et dans les années qui suivirent. Elle avait besoin impératif d’être seule pour – posséder – les lieux, pour entrer en communication avec eux, pour un discours privilégié. Elle fit des centaines de clichés dans des coins insolites. ils témoignent de sa vision des lieux à l’écart du trajet gare Santa Lucia – Place Saint Marc. Le quartier Saint Marc aux restaurants, hôtels et vitrines de grands couturiers présentait peu d'intérêt pour elle. Venise … lieu de rencontre de l’Orient et de l’Occident. Les peintres Bellini, grâce aux pigments apportés d’Orient, reproduisirent sur leurs tableaux immenses, l’impression visuelle des soieries et velours, des tapis, carreaux et animaux présents vers Alexandrie, ville partenaire commerciale de Venise. Une époque au besoin de redéfinition artistique et culturelle se réalisant par échanges d’idées et de matériaux et non pas par opposition. Les vénitiens, commerçant depuis longtemps avec l’Orient connaissaient son savoir, technique et scientifique, son sens des affaires issu des bazars, très en avance sur l’Occident.

                 Le joaillier de la ruelle - calle di Mezo -, dans sa minuscule boutique près du pont du Rialto, créa pour elle une alliance scintillant des feux d'un petit diamant. Elle se fiança en début d'année suivante avec la ville Sérénissime, sa ville.

                 Venise, une porte ouverte sur l'Orient et des contrées lumineuses. Venise, ville indépendante de l'Empire byzantin chrétien. Croisés et templiers en partirent pour la terre sainte. Elle m'a déjà parlé des croisades, souvenez-vous que pendant deux siècles eurent lieu pillages d'oeuvres d'art, de statues gigantesques, tueries et prises de territoires. Les magnifiques chevaux de Constantinople installés sur le balcon de la façade de la basilique Saint Marc furent ainsi volés et ramenés pour enjoliver l'extérieur du monument. Napoléon les emporta lors de son passage dans la ville en Décembre 1797 pour les intégrer à la porte du château des Tuileries, détruit plus tard. Ils furent restitués à Venise en 1815. Ces magnifiques chevaux de bronze sont protégés depuis peu dans un musée de Venise. Leurs copies paradent sur la façade de la basilique. A son passage, Napoléon déclara Saint Marc cathédrale en retirant cette fonction à l'église San Pietro située derrière l'arsenal dans le quartier de Castello.

                 A son premier retour vénitien, elle habita dans un petit hôtel du quartier de Cannaregio sur le large canal du même nom, tout près du pont delle Guglie et de la gare Santa Lucia. Elle se sentit chez elle et ce quartier devint - son quartier -. Elle marchait, marchait, marchait toute la journée photographiant des petits coins sans personne. Elle aimait longer le quai de la Miséricorde et voir le mur de briques orangé, dominé par la Vierge et le vert des arbres du jardin de la résidence universitaire catholique Santa Fosca. Une barque bousculait tout à coup les reflets dans l'eau du canal et la Vierge disparaissait. Quelques minutes après, elle veillait à nouveaux sur les lieux, en haut du mur. Elle aimait marcher dans ce long passage sombre et silencieux l'amenant au canal San Felice et au quai de la Misericordia ensoleillé. Elle déjeuna plusieurs fois sur ce quai dans un petit restau servant une cuisine jordanienne. Une jeune napolitaine mariée à un jordanien diplômé en architecture servait les plats typiques de chez lui. Faute d'emplois comme architecte en Italie en ces années là, ils avaient ouvert ce petit restau sympa et l'architecte s’était transformé en cuisinier. Elle passait les voir à chaque séjour et déjeunait sur le quai par beau temps. En hiver, elle s'installait à l'intérieur dans un décor oriental bleu et ocre de palmiers et chameaux. Ils discutaient de la vie locale et elle riait en mangeant les boulettes cuisinées par l'architecte. Plus tard, le neveu jordanien reprit le restau et le couple partit vivre en Jordanie.

                 Du côté de Santa Fosca et du ghetto, elle franchissait de jolis ponts en fonte aux arabesques dont l’ombre renvoyait leur forme noire dessinée sur les marches et le sommet plat des ponts. Elle capta leur ombre sur ses images.

                 Sur le campo del Ghetto Novo ... une fontaine permettait aux passants de se rafraichir avec les pigeons. Des enfants jouaient autour du puits ancien de pierre blanche d'Istrie. Un chat surveillait de loin les pigeons. Depuis un sixième étage, la voix d'une soprano interprétant Norma transformait la place en scène d'opéra tandis que les passants vivaient aussi leur quotidien. Avait-elle déjà vécu dans le ghetto de Venise pour s'y sentir aussi bien ? Avait-elle un passé juif ? Quelle envie d'habiter là ... Elle se renseigna du prix du mètre carré et visita des appartements. Habiter dans une dimension humaine et tout faire à pieds, un immense privilège pensait-elle. Faire les commissions chez les petits commerçants, au marché, discuter avec les marchands du passé et du présent, les côtoyer tels des amis. Les vénitiens disaient,

                 - Signora, Madame, Venise est une ville de dimension humaine.

Elle parlait à tout le monde. Elle semblait vivre là depuis toujours, posait des questions sur la vie vénitienne et son histoire. Les vénitiens remarquaient son réel intérêt. Ils prétendaient que rare était sa démarche et ils la complimentaient.

                        Elle photographia la ville à chaque séjour pendant des années. 40 séjours et environ 10000 photos. A chaque déplacement, un programme chargé. Son esprit privilégiait la connaissance des lieux dits mineurs, leur atmosphère insolite et entrer en conversation avec les habitants.

                 Cannaregio ... elle aimait les alentours de l'église de la Madonna dell'Orto décorée par le Tintoret. Il décora aussi la Scuola Grande San Rocco dans le quartier San Polo.

                 Cannaregio ... paisibles quais, calmes ruelles, finissant parfois au bord d'un petit canal silencieux bercé par le léger clapotis de l'eau caressant la berge de pierre blanche. Quelques petits restaurants tranquilles. Des tables dehors pour manger sur le quai. Des passants dans leur rêve vénitien. Un haut mur ocre baignant dans l'eau presque immobile au croisement de deux canaux d'où s'échappe le sommet de feuillages verts d'un jardin. Ce jour-là, au milieu d'une ruelle, des vénitiens assis autour d'une petite table jouaient aux cartes et parlaient fort. Le décor qui sommeillait s'activa. Sur le campo dei Mori, autour du puits, des pigeons trottaient cherchant des graines sur le sol de pierre et un chat arrivait à pas lents. Une dame sortit de chez elle, ferma sa porte à clé, contourna l'angle du campo et le maure au nez de métal, inséré dans l'angle de la maison du quai. Elle passa devant la demeure du Tintoret et marcha vers l'abbaye de la Miséricorde et le canal San Felice, dépassa la façade du Palais Papafava. Allait-elle faire des achats au marché près du canal de Cannaregio ? Au 1842 de la ruelle San Leonardo, un petit refuge, une pièce louée en rez-de-chaussée et sa fenêtre directement sur la ruelle. Les chats se promenaient là, entre Strada Nuova (rue neuve) et le pont de bois emmenant vers l'église San Marziale. La chatte Vivaldina, tigrée, vrai chat vénitien, regardait les passants depuis le rebord de sa fenêtre puis venait se frotter aux chevilles des amoureux des chats. L'histoire de Vivaldina fait partie de son premier livre - Un Chat à Venise -. Plus loin, d'autres chats et leurs maisonnettes. Des dames en retraite prenaient soin d'eux chaque jour. Depuis le quai fondamenta Nuove (Quai Neuf), le dernier quai de Cannaregio, on apercevait les îles de San Michele (le cimetière) et de Murano (l'île des verriers). Un trafic incessant entre ce quai et les îles de la lagune Nord, vers Torcello, Burano, San Erasmo, San Francesco del Deserto et l'aéroport Marco Polo en terre-ferme. Vivre dans ce décor, encore et toujours ...

                 Elle marchait, solitaire, photographiant le quotidien d'une Venise posée sur ses reflets. Le trajet gare Santa Lucia vers la Place Saint Marc, toujours trop fréquenté, elle s'écartait systématiquement de cet axe et son travail photographique montre une Venise loin du monde. Elle photographiait aussi les chats du Parc Savorgnan et d'ailleurs. Suivez-moi bien, le vrai chat de Venise, est un chat tigré beige et marron descendant des chats apportés de Syrie pour combattre les épidémies de peste. Les chats reconnaissaient notre amie d'un séjour à l'autre. L'un d'eux, attendait chaque matin l'ouverture d'une boutique sur le quai Toletta pour passer sa journée avec le patron. Le chat tigré dormait sur le comptoir, près de la caisse.

                 Elle me raconta les matins d'hiver se noyant dans le brouillard et les façades des palais cachées derrière le voile gris d'un décor irréel ... et le vaporetto fuyant son arrêt flottant pour s'engloutir dans l’épais voile gris ... Et elle, elle marchait, marchait, volant dans l'espace aux sons des violons d'un concerto du Maestro Vivaldi.

                 Connaitre chaque ruelle, chaque place, chaque cour. Elle vivait dans un tourbillon étrange. Elle possédait les lieux, prenait de sombres passages insolites, longeait des canaux, croisait des vénitiens aux pas rythmés. Comme eux, elle montait et descendait les marches d'un pont puis d'un autre, prenait encore un nouveau pont, puis d'autres. Quatre cents ponts relient les ilots historiques et vous parcourez des kilomètres du matin au soir. Elle photographiait la magie et le charme. Elle parlait à des chats dans une ruelle, dans une cour, sur un campo ou près d’un puits de pierre sculptée. Les vénitiens lui commentaient leurs difficultés physiques quotidiennes dans cette ville incommode mais admirable. Y vivre nécessitait de marcher continuellement, de franchir sans cesse des marches de ponts, de tirer caddies et poussettes dans les ruelles. Caddies, poussettes et bambini empruntaient le vaporetto. Les vénitiens se retrouvaient serrés sur le pont, au milieu des trop nombreux visiteurs déjà à l'époque, caméscope en main. Et le prix de la nourriture ? Madonna ! Bien plus élevés qu'en terre ferme. Pourquoi ? Chaque matin, les denrées arrivent par barques sur les quais, transportées ensuite à pieds sur des diables vers les boutiques et au marché. L'acqua alta sévissait souvent, surtout en hiver : obligation de marcher dans une hauteur d'eau importante, jusqu'à 1,20 mètre, de se déplacer avec des cuissards et de continuer à travailler en rez-de-chaussée des boutiques, des restaurants, au marché et dans les luxueux magasins du quartier Saint Marc, le plus bas de la ville et inondé de suite.

                 - Signora, que cette ville est peu pratique ! lui répondait-on à chaque fois.

                 Le Lion de Saint Marc veillait sur elle et sur tous depuis l'architecture orientale. Saint Marc, patron de Venise, avait succédé à Saint Théodore, juchés en haut de leurs colonnes sur la Piazzetta près du Palais des Doges.

                 Elle répondit à l'annonce d'un chanteur lyrique et impresario du journal de l'Office de Tourisme. Rendez-vous à son bureau dans une ruelle sombre juste derrière la tour-horloge des Mori proche de la basilique. Il cherchait des agents pour vendre ses spectacles et concerts en costumes du XVIIIe siècle dans les capitales européennes. Un descendant blond des Maures au patronyme de Moresco ? Venise fut autrichienne puis française fin XVIIIe. Blond vénitien ou blond autrichien ? Non, blond autrichien pensa t-elle. Le blond vénitien existait avant, à l'époque des courtisanes. Elles entretenaient leur blondeur au soleil sur - l'altana -, cette petite terrasse de bois posée sur le toit des maisons. Contrat en poche, elle sortit du bureau de l'impresario dans une douce température pascale. Le gond de San Marco résonnait lourdement dans l'air transparent. Midi et une lumière éblouissante. Elle devait fêter la Lumière à la terrasse de l'hôtel Gran Monaco sur le Grand Canal. Au fond de la Piazza, après l'Office de Tourisme, elle prit à gauche la calle Valaresso et en face de l'entrée du Harry's Bar, elle pénétra à l'hôtel Gran Monaco. Le serveur la conduisit en terrasse à une petite table ronde. Les gondoles dansaient à ses pieds sur la vue de la Douane de Mer. Des clients arrivèrent en taxi d'eau posant le pied directement sur la terrasse du restaurant. Trafic intense de barques, bateaux, vaporettos. Des gondoliers sautaient d'une gondole à l'autre pour atteindre leur embarcation.

                 - La Signora aimerait-elle un apéritif ? demanda le serveur en veste blanche.

                 - Que me conseillez-vous cher Monsieur ?

                 - Un Bellini, prosecco et jus de pêche naturel, l'apéritif vénitien par excellence.

                        - Va pour un Bellini !

Notre amoureuse de Venise devint à l’instant même, actrice internationale d'un film inédit, le sien, celui de sa vie organisée par elle-même. Le serveur revint avec le fameux Bellini. Il s'informa du motif du séjour de sa cliente. Il parlait avec tact et apprécia l'intérêt de la dame pour la ville posée sur l'eau et la complimenta. Elle mémorisa pour toujours le panorama flottant dans son éclatante lumière. Les émotions dues à la beauté du lieu l'épuisaient mais elle devait continuer son programme. Après le déjeuner, elle retourna sur la Place Saint Marc, passa sous les arcades devant le Café Florian, contourna le Café Chioggia sur la Piazzetta. Après le palais des Doges, elle franchit le - ponte di Paglia -. Là, toujours un attroupement : des visiteurs contemplaient le pont des soupirs, ce pont architectural fermé entre le Palais Ducal et ses prisons. Elle continua sur le large quai Riva Schiavoni, dépassa l'entrée gothique de l'Hôtel Danieli et église de la Pietà-Vivaldi. Elle marcha dans le quartier de Castello vers la Via Garibaldi et les jardins de la Biennale. Deux bateaux de la marine américaine stationnaient le long du quai, en partance pour la Yougoslavie. Sur chacun, 900 personnes à bord. Les - marines - guidaient les curieux sur leur ville flottante. Après l'arrêt du vaporetto - Tana -, elle vit des chats qui fuyaient vers les jardins. Des draps séchaient en travers d’une ruelle. Des personnes assises sur des bancs rouges discutaient sur le contrejour de l'ile San Giorgio Maggiore. Des yachts le long du quai.

                 Depuis sa chambre chez la signora sur le quai Venier Do Leoni, entre pont de l'Académie et église Santa Maria della Salute, elle voyait l’altana, cette terrasse au-dessus de la maison d'en face et un rebord de fenêtre rempli de géraniums. La façade d'un palais, son jardin vert et les glycines de Mai glissaient vers le quai depuis le mur de briques ocre se reflétant dans la vitre de sa fenêtre ouverte. De petites galeries, un arc pointu au-dessus d'un passage étroit, des barques et une gondole protégée par un épais tissu bleu. Une artiste dessinait les lieux. Les pas des passants résonnaient sur la pierre du quai. Sous sa fenêtre, passa un grand chien. Quelques pas derrière, le maitre le suivait en lisant le journal. 

                 Ses images montrent mille reflets sur l’eau des canaux, la géométrie des marches d’un pont, des affiches de concerts, des vénitiens marchant dans une ruelle, l’entrée du Florian, du linge qui sèche, le kiosque du campo ... Un livre photographique commenté – Ma Venise authentique - verra le jour bientôt. Le léger bruit du clapotis de l'eau touchant le bord du canal accompagnait ses pas.

                 Lors d'un nouveau séjour, elle entendit - Les Quatre Saisons - du Maestro Vivaldi à l'église de la Pietà. La façade de l'église regarde l'ile San Giorgio Maggiore depuis le quai Riva Schiavoni. Chaque soir, un concert en honneur du prêtre roux avait lieu. A Venise, remarquez les sons particuliers des violons contenus dans les voûtes : des sons plus doux qu’en d’autres lieux remplissaient l’espace parfois réduit en hauteur par des tentures posées sous les voutes. Les violonistes jouaient sur des violons d'époque recréés au XIXe ou XXe siècle. Elle entendit une messe de Mozart dans la chapelle de la résidence universitaire catholique de Santa Fosca. Solistes aux voix puissantes et orchestre de l'Université d'Architecture Ca'Foscari. Santa Fosca, ses jardins et son entrée ogivale de pierre sculptée et torsadée de l'ancien couvent de l'ordre des Servi.

                 Cannaregio, son quartier, sa Venise authentique. L'aurait-elle habité dans une autre vie pour l'aimer tant ? Regardez, voilà le petit marchand de journaux, juste en face du pont menant à la façade de l'église de la Madonna dell'Orto. Les titres des journaux du jour à l'extérieur de la boutique : Di Pietro enquête. Plus loin, le style de la vitrine d’un coiffeur la fit penser aux années 50 : 3 chats se réchauffaient au soleil derrière la vitre. A quelques pas, un marchand de boutons de portes en cuivre et un atelier de robes de mariées, des petits restaurants. Sur le quai, des ouvriers rénovant un palais prenait leur pause et discutaient. Et le doux clapotis de l'eau frappait le bord du canal. Elle emprunta un passage mystérieux sous les maisons conduisant étrangement quelque part, mais où ? Parfois chez quelqu'un, parfois vers l'eau d'un canal au bout de la ruelle ou à une adresse difficile à trouver. La numérotation ne suit pas en ligne droite. Elle tourne à partir d'un point central du quartier. Vous risquez d'arriver très en retard à un premier rendez-vous. Plus pratique de mémoriser visuellement pour se guider la prochaine fois.   Elle se perdait rarement grâce à sa mémoire visuelle justement. Pas photographe pour rien la dame. Comme c'est étonnant, là, le passage porte son nom, San Giovanni. Giovanni ? Le prénom Jean.

                 Un soir, elle entra au Théâtre Goldoni dans le quartier Saint Marc pour le concert du chanteur De Gregori. Elle se trouva placée avec les jeunes au premier rang du deuxième balcon. Ambiance variétés italiennes, tout le monde chantait. Les jeunes connaissaient les paroles par cœur. Elle retourna plusieurs fois au Goldoni, notamment pour une mise en scène contemporaine de la pièce, Barouf à Chioggia de Carlo Goldoni. Rencontrant le metteur en scène à la sortie du spectacle, elle le complimenta pour sa présentation très contemporaine ne gâchant en rien l'atmosphère de l'œuvre goldonienne. Goldoni écrivit de nombreuses pièces en dialecte vénitien caricaturant le comportement des habitants de sa ville au XVIIIe. Depuis longtemps, elle devait connaitre le Gran Teatro La Fenice. Elle attendit debout pendant une heure pour obtenir une place au concert du soir. Se rendant au célèbre théâtre en fin de journée, elle confondit des ruelles et n'arriva plus à s'orienter. Le temps passait. Le spectacle allait commencer et elle cherchait encore son chemin. Elle portait sa p'tite robe noire achetée près de l'église San Moise, rue du XXII Mars. Elle demanda son chemin plusieurs fois,

                 - Facile, signora, vous prenez à droite puis à gauche, vous passez trois ponts puis vous tournez à gauche et vous êtes arrivée.

Elle arriva enfin mais en retard. L'employé ne lui permit pas d’entrer et de déranger les spectateurs. Elle devait attendre l'entracte devant un écran. Venir de Paris pour regarder un écran. ? Elle tourna autour de l'employé. Une dame en manteau de léopard, crème épaisse sur le nez et lunettes de star entra      dans le hall.

                        - Signora, vous voici à nouveau dans notre ville et dans votre hôtel habituel ?

et l'employé laissa la dame rejoindre sa place.

                        - Alors, cette dame, elle, a le droit de déranger ?

                 - Il y a un règlement.

                        - Pour une fois qu'il y a un règlement dans ce pays ! Il y en a deux en fait. Allez me chercher le directeur !

                        - Mais Madame ...

                        - Je veux parler au directeur. Celui-ci la conduisit à une place d'orchestre alors que son billet correspondait à un siège de galerie élevée. La salle dorée de réputation mondiale lui offrait un fauteuil d'orchestre.

                 Le carnaval commença dix jours avant Mardi Gras selon la tradition. Elle y participa plusieurs fois et photographia des masques sur la Place Saint Marc et dans les ruelles, à l'improviste. Invitée à une fête costumée dans une maison du Campo San Maurizio du quartier Saint Marc. Chaque jour, elle portait sa cape de drap de laine noire, copie de celles du XVIIIème et un petit tricorne vert à voilette achetés dans une petite boutique de Strada Nuova (rue neuve). La journaliste invitant à la fête, proposait les - fritelle - (beignets de carnaval) et du vin blanc pétillant de Vénétie. Invités aussi, des américains en costumes XVIIIème loués à New York. Des personnages animés d'une peinture de Pietro Longhi ? Des masques venant jouer à des jeux de hasard dans un ridotto (salle dédiée au jeux) ? Un gondolier chanta les airs vénitiens anciens en s'accompagnant sur son accordéon. Et l'assistance reprenait en cœur.

                 - Son' le tre gondole, sotto la luna ... Les trois gondoles sous la lune ...

Une vénitienne éclata de rire en racontant son histoire. Le toit de la propriété du XVIIIe qu'elle venait d'acheter s'était envolé. Faire un second prêt ? Comment déjà payer le premier ! Le - prosecco -, ce vin banc pétillant de Vénétie, coulait dans les flutes pour accompagner les beignets saupoudrés de sucre glace. Discours de l’organisatrice, applaudissements, la gaité régnait sur les visages.

                 Le lendemain en fin de matinée, elle alla chercher la jeune pianiste de Vérone à la gare Santa Lucia. Notre amoureuse de Venise portait sa cape noire de drap de laine et une perruque rouge bouclée. La jeune pianiste la cherchait sur les marches de la gare descendant vers le Grande Canal.

                        - Mais que se passe t-il ? Je ne te reconnais plus. Je te sens différente. La magie du lieu ? Le carnaval ? Ta tenue inhabituelle ?

Elles parlèrent autour d'une pizza sur le Campo Santi Apostoli (place des Saints Apôtres) puis marchèrent jusqu'à la basilique. La musicienne se présentait à l'impresario-chanteur-lyrique dans l'après-midi. Elle venait à Venise pour la première fois depuis sa ville de Vérone à 150 kilomètres. Les habitants de la région ne fréquentaient pas Venise.

                 Dans son petit hôtel simple, notre amie se plaignit du ménage rarement fait. Le café ? Une lavasse dans un pays disant servir le meilleur café du monde. Dans l'escalier ? Pas de lumière. Des robinets desquels l'eau coulait à peine et à la réception, des disputes familiales devant les clients. Payer par carte bancaire ? Oui mais, avec une augmentation de 3% sur la facture. Illégal. Chercher un distributeur pour payer en liquide ? Passer des heures pour trouver le distributeur correspondant à la carte ? Elle insista pour payer par carte bancaire sans frais supplémentaires. Envoyer un achat encombrant par la poste ? Dio ! Madonna Santa ! Faire la queue à la poste, on préfère éviter. En 93, les italiens n'utilisaient pas encore de cartes bancaires. Lors d'un retour en train, son voisin de compartiment lui apprit la non connexion de certains distributeurs de la ville au système central. Il avait eu souvent des difficultés lors de ses déplacements professionnels en Italie. Le pays ne faisait pas encore partie de l'Europe. Pour y entrer, deux ans après, les italiens prétendirent qu'on leur imposa des conditions draconiennes.

                 Au Café Florian, elle écrivit quelques cartes postales. Le Café Florian, une institution depuis 1720 : on y servit les premiers cafés, une denrée en provenance d'Orient. Les plus beaux masques s'y réunissaient le soir pendant carnaval. Folie de carnaval : N'avaient-elle pas rendez-vous avec George Sand et Musset pour un verre sous le chinois (tableau célèbre du café Florian) ? Elle entendait Veronica Franco, la célèbre courtisane lettrée, lisant ses textes à des admirateurs étrangers. En sortant du Florian, elle croisa Casanova devant le Café Quadri. Il courait presque. Avait-il rendez-vous avec une nonne dans l'île de Murano ? Il se dirigeait vers la Piazzetta où des gondoles attendaient les passagers. Des orientaux aux turbans dorés parcouraient la ville probablement invités dans un palais. Elle aperçut la Traviata entrant au café Chioggia sur la Piazzetta, un camélia à la main. Elle portait une cape noire doublée de soie blanche sur une robe noire au décolleté souligné de strass. Alfredo l'accompagnait. Le Maestro Vivaldi et Claudio Monteverdi sortirent de la basilique Saint Marc. Deux Maîtres de chapelle enfin réunis malgré leurs époques différentes, reprenant la direction d'orchestre ensemble. Ils venaient de diriger de superbes voix caressant les mosaïques d'or de la basilique. Wagner faisait sa promenade quotidienne. Il se dirigeait vers Cannaregio pour rejoindre son appartement du palais Vendramin. Henri de Régnier parlait de poésie avec Pétrarque, l'immense poète italien de la pré-renaissance séjournant sur les reflets vénitiens et ne songeant plus à repartir pour Vaucluse.

                 Elle changeait souvent de lieu de résidence pour capter des atmosphères différentes et éviter de longs trajets dans la ville. Elle vécut plusieurs fois aussi chez - la signora - près de la Fondation Guggenheim. La signora, vénitienne, lui raconta son enfance dans le quartier qu'elle habitait encore.

                 Sur le quai Venier Do Leoni, après l'entrée du musée Guggenheim, se trouve le Palais Dario. Ce palazzo fut construit fin XVème siècle. Donnant sur le Grand Canal, sa façade répétant le style moyenâgeux du XIIème, d’après des calculs des Templiers présents à Venise à l'époque. Une inscription latine en façade : - Urbis genio Jonnaes Darius -. Le palais devint maudit au XXe siècle. Les propriétaires successifs n'auraient-ils pas respecté la vie prévue de Ca'Dario à son origine ? Plusieurs propriétaires sont morts, d'autres ont fait faillite. Des faits étranges se succédèrent. A l'arrière, le palais d'un style architectural plus récent avec ses belles fenêtres géminées donne sur le petit Campiello Barbaro. Les marches du pont, tout en arrondi, descendent élégamment après l'étroit canal des Torresselle. A deux pas, l'église Santa Maria della Salute, élevée à partir de 1631 par l'architecte Longhena en remerciement à la Vierge d'avoir mis fin à une épidémie de peste. Ca'Dario ... l'écrivain Henri de Régnier y vécut - Veneziamente - (comme un vénitien), fin XIXe et début XXe siècle. En témoigne la plaque de pierre posée bien plus tard, en 1948, sur le mur de la propriété par la municipalité vénitienne. Le livre de Jean-Paul Bourre, Ca'Dario, La malédiction d'un palais vénitien, vous en apprendra plus.

                 Depuis deux ans déjà, elle séjournait souvent à Venise. Après un séjour vénitien, elle ne rentra pas directement à Paris. Elle passa saluer une connaissance à Stuttgart. Venise - Milano - Stuttgart en train. Une autre fois, elle rendit visite à sa compagne du cours d’histoire de l’art italien connue à Sienne : Venise - Kapfenberg en Autriche en train puis Kapfenberg - Gratz pour passer quelques jours à Gratz, chez l'étudiant en langue italienne connu à Sienne. Puis, Gratz - Salzbourg : son dieu Mozart l'invitait dans la rue des enseignes sur la rive opposée au jardin Mirabelle. Puis, Salzbourg - Strasbourg : un arrêt de quelques heures pour visiter la cathédrale et manger une choucroute. Puis, retour à Paris. Sur deux années, elle parcourut 15.000 kilomètres en train. Ces trajets partiellement nocturnes lui permirent de vivre sa vision d'adolescente : une Europe sans frontières. Le train passait d'un pays à l'autre dans la nuit sans s'arrêter pour des contrôles. Impossible même de savoir dans quel pays le train roulait.

 

Première exposition photographique

sur Venise dans sa ville

                 Arriva Mars 1995 et son exposition - Promenade à Venise -. L'expo-photo eut lieu à la médiathèque : vernissage rituel avec le discours de l'adjoint au Maire à la Culture et un pot pour les invités. Elle assura des permanences en fin de journée et pendant les weekends, répondant aux questions des visiteurs. Elle ne tenait pas à présenter des expositions. Elles sont nombreuses et plus ou moins valables. Les lieux gratuits difficiles à obtenir. Impossible de faire face aux prix de location de quelques mètres carrés à Paris. Dans des restaurants ou cafés, le travail artistique difficile et coûteux décorait les murs pour un public ne venant pas pour porter attention au travail de l'artiste. Elle considérait qu'il devait être conservé, montré dans des instituts et être intégré sur leurs banques de données. Une façon de rester éternelle. Les instituts culturels et artistiques sauraient reconnaitre son travail. Un sculpteur lui donna l'idée de pratiquer ainsi, comme lui, par donations. Elle fit des propositions auprès d'instituts en France et en Italie au départ puis dans le monde entier. La nécessité de gérer un secrétariat international trilingue naissait.    Il y eut à nouveau une autre exposition photographique tout l'été 2001 dans sa ville et aussi dans un restaurant de Montparnasse, dans un café-théâtre, à l'Ecole Polytechnique, à Montargis, à Amiens, etc. La télé régionale vint l'interviewer et la filma dans l'une de ses expositions et chez elle. Suivirent des articles journalistiques. Ainsi, son travail est présent à la Bibliothèque Nationale de France et du Québec, la Bibliothèque Royale Belge, au Musée des Beaux Arts de Lille, à la Feline Historical Foundation à Alliance dans l'Ohio, à Harvard University, dans les bibliothèques d'instituts parisiens et des Alliances Françaises en Italie, Berlin, Rotterdam, Manchester, à San Francisco et Los Angeles et dans les Instituts Italiens de Cultures à Paris, Naples, Québec.

                 Assistante en entreprise et gérant ces activités, elle travaillait presque 24/24, se déplaçait à Venise plusieurs fois l'an par courtes durées pour ses rendez-vous et ses prises de vues. Considérant que chaque photographie est une œuvre, elle accoucha 60000 fois et de ses livres aussi. Et ne confondez pas, ses déplacements n'étaient pas des vacances. Pas le budget pour ça. Son salaire payait son quotidien, son appartement, des milliers de photographies et les tirages nécessaires, petits ou grands formats, des hôtels modestes avec petit déjeuner infect et sa documentation. Elle mangeait peu et mal à Venise ne proposant que des prix très élevés. Remarquez sa volonté à gérer vie quotidienne et artistique en se finançant par elle-même. Personne ne s'en rendait compte. Rarissimes les compliments reçus et c'est toujours le cas. Par contre, jalousie et incompréhensions fonctionnent parfaitement.

                        - Tu pars encore en vacances ! ! !

Disaient ses collègues. Elle partait fatiguée et revenait les yeux cernés,

                        - T'as passé de bonnes vacances ? ? ? ?

Non de non, quand vont-ils s'arrêter ?

                 Une deuxième exposition, - Des Palais vénitiens à l'architecture contemporaine - prit place dans la même salle de la médiathèque de sa ville, tout l'été 2001. La télévision régionale tourna un film-interview chez elle et à la médiathèque. Elle organisa des visites commentées de son exposition les weekends. Certains visiteurs osaient luit demander des détails, d’autres avaient peur de lui parler. Sachez que l'artiste ne souhaite que parler avec les visiteurs. Voilà sa meilleure récompense.

Révélation au-dessus du Mont Blanc.

                 Roissy - Vérone par avion début Octobre 95. Arrêt à Vérone une nouvelle fois pendant trois jours chez les parents de la jeune pianiste connue à Sienne.            Le pilote annonça qu'il allait se rapprocher du sommet du Mont Blanc. Le temps le permettait. Pas rassurée notre amie. Et se présenta la même révélation qu'en 1969 dans son bureau en regardant par la fenêtre. Vous souvenez-vous de cette prévision de célébrité ?

ob_4b93a4_dscn4162

Vérone et Padoue

                 Les véronais l'accueillirent chaleureusement à l'aéroport de Villafranca. Ils lui annoncèrent le programme spécial prévu pour elle : Padoue et la visite de la chapelle des Scrovegni avec le commentaire d’un ami spécialiste des fresques du pourtour de l'église et un verre au célèbre Café Pedrocchi que Stendhal fréquenta. Il y eut aussi des diners et des rires grâce au vin blanc local, le - prosecco -. Elle paria des palais. Les véronais devaient lui offrir un palais dans leur ville historique sur Piazza Erbe (place des herbes). Et une évidence, sous peu, elle serait célèbre donc riche et achèterait son palazzo vénitien. Elle fit sa promenade rituelle dans le centre historique de Vérone, traversa Piazza Erbe aux façades peintes puis, parcourant le Corso Cavour, elle se dirigea vers le musée de Castelvecchio restauré par l'architecte Scarpa. Elle emprunta le pont ancien sur l'Adige. Elle aimait ses créneaux en - queues d'hirondelles -. Vérone ... une ville riche commerçant avec l'Autriche, l'Allemagne et les pays plus à l'est et des gens distingués, lui fit-on remarquer un jour. Dante, poète de la Divine Comédie et homme politique, présidait au centre de Piazza Dante, place magnifique devant le Palazzo della Ragione (palais de la Raison). La longue rue Mazzini et ses boutiques élégantes conduisait à Piazza Bra et à l'Arena où des opéras investissent son immense scène en été. Maria Callas y débuta en 1947. Une exposition qu'elle visita à Vérone avec grand intérêt l'année précédente en témoignait. Notre parisienne aimait entrer chez Ricordi pour voir les nouveaux cd. Elle aimait aussi longer les bords de l'Adige jusqu'à l'église San Zeno. Deux lions de marbre rouge de la région gardaient son entrée. Et elle parcourait les allées du jardin des Giusti, à travers statues et ifs d’un vert sombre. Vérone ... encadrée des douces lignes des collines boisées lombardes. En Octobre 95, grand soleil et mille couleurs mais le froid sévissait. Elle acheta plusieurs pulls de laine sur Piazza Erbe et elle ne les quitta plus à Vérone comme à Venise.

sam_1697

                 Vérone – Venise, 150 kilomètres en train et son nouveau séjour photographique dans sa ville allait commencer.

Venise Entretien avec le conservateur de la Scuola Grande San Rocco

                 Au XVème siècle, la Scuola Grande San Rocco, une confrérie de laïcs fondée en 1478 œuvrait par actions de charité. Elle fonctionne encore de nos jours. Il y eut 6 confréries à Venise, dont celle de San Marco devenu l'hôpital civil près de l'immense église San Giovanni et Paolo. Le conservateur la reçut alors qu'elle n'avait pas rendez-vous et que le monument allait à 17 heures. Mon interlocutrice lui parla des concerts d'ouverture de la nouvelle salle de concerts de Cité de la Musique à la Villette cette année là, en Janvier. Elle y avait entendu deux concerts de musique baroque vénitienne. Au XVIIe siècle, les musiciens ne jouaient pas rassemblés en orchestre. Ils jouaient en marchant sur des plans situés en gradins au-dessus de la scène, une présentation respectée dans la nouvelle salle modulable de la Villette. L'ensemble Gabrieli Consort and Players donna un merveilleux concert ce soir là. Les musiciens portaient des chemises de différentes couleurs vives. Tous jouaient sur instruments anciens et bougeaient sur la scène ou sur les gradins en changeant d'instruments selon les pièces musicales. Gabrielli, Picchi, Barbarino. Le second concert du dimanche après-midi, fut à la fois musical et théâtral. Une compagnie reproduisit la vie passée d'un quartier vénitien à carnaval : violonistes, saltimbanques, masques, Colombine, passants vénitiens s'arrêtant pour regarder le spectacle de rue aux sons de musiques de divers compositeurs. Nul doute que l’enthousiasme des spectateurs parisiens était à son comble.

                 Pour la Saint Roc, le 16 Août, six mois après le concert de la Villette, Gabrieli Consort interpréta les mêmes pièces musicales à la Scuola Grande San Rocco. Quel privilège de jouer ces musiques dans un tel lieu historique et de recréer le concert donné le 16 Août 1608 dans son lieu d'origine, selon les écrits du voyageur anglais Thomas Coryat. A nouveau, les musiques de compositeurs baroques vénitiens résonnèrent ce soir-là. Un fait exceptionnel. Et ce sol de marbre de plusieurs couleurs aux formes géométriques ... Et les scènes peintes par Tintoret ... Et ces lampes orientales tels d'énormes lampions blancs ... La musique du XVIIe siècle caressait un décor d'une rare richesse.

                 Le conservateur savait que cet ensemble réputé avait joué sur instruments anciens et petit orgue à la Villette en respectant la mise en scène du XVIIème siècle d'après les notes du voyageur anglais présent à San Rocco émerveillé découvrant les fastes de la musique vénitienne,

                 - La plus belle musique de toute ma vie ! écrivit-il.

Ces notes constituent un des documents les plus détaillés et les plus vivant qui soit sur la pratique musicale de l’époque à San Rocco. Il explique remarquablement un événement musical vénitien d'excellence et son extrême degré de magnificence.         En ses années, l'Europe entière venait se divertir, s'étourdir de la fête et des splendeurs de la République Sérénissime et des courtisanes. Les étrangers n'avaient jamais rien vu de semblable. Venise avait-elle choisi la fête, les jeux de hasard et les arts pour oublier son déclin économique depuis la Renaissance ? Elle déclinait en fait depuis un siècle.

                 En nos années contemporaines, une fête vénitienne continue t-elle ?

                 La Scuola Grande San Rocco est décorée intérieurement par plusieurs peintres depuis 1478 dont - le Tintoret -. Vous savez qu'il demeurait à côté de l'église de la Madonna dell'Orto, dans le quartier de Cannaregio. Le conservateur guida notre parisienne. Ils montèrent le grand escalier vers la vaste salle supérieure. Là, des murs peints de scènes bibliques immenses. Le long du mur du fond de cette longue salle, de nombreuses lampes orientales posées au-dessus du sol contre la paroi, diffusaient une lumière brillante à la base des oeuvres peintes et sombres. Sur le sol, un patchwork géométrique de marbre aux mille couleurs. Un monde, à la fois oriental et vénitien. Le conservateur l'invita au concert du soir qui aurait lieu dans la salle inférieure. Là aussi, un sol superbe constitué d'un assemblage géométrique de marbre de différentes couleurs. A chaque instant, elle marchait sur l'histoire, sur l'art et la beauté de Venise.

Déjeuner à la terrasse de l'Hôtel Danieli. Photographies

                 Un repas prévu depuis longtemps en esprit. Elle ne pouvait faire certaines photographies que depuis la hauteur du Danieli construit à la fin du XIVe siècle pour la noble famille Dandolo. Il lui fallait une séquence de plusieurs photographies pour sa projection en fondu-enchainé qu'elle commentait en direct. Son but ? Montrer à ses auditeurs la luminosité du soir déclinant et l'énorme soleil rouge-orangé descendant derrière l'église Santa Maria della Salute et la pointe de la Douane de Mer, à l'extrémité du quartier de Dorsoduro, juste après le palais Dario.

                 Sur le quai Riva Schiavoni, elle passa la porte gothique de l'hôtel Danieli. Elle connaissait les lieux et se dirigea vers le large escalier de pierre revêtu d’un tapis rouge. Elle monta quelques marches dans l'architecture orientale et s'arrêta un instant pour regarder le plafond aux caissons de bois dorés au-dessus de l'immense salon du bar. Impressionnant. Montant encore, elle atteignit un vaste palier silencieux : une longue table au centre et des consoles de bois sculptées, des portes doubles de chambres, des tableaux aux murs, un épais tapis. Au numéro 10, la chambre qu'habitèrent George Sand et Alfred de Musset. Une émotion supplémentaire. Elle continua la montée vers le restaurant. A nouveau un large palier, épais tapis, tableaux aux murs, portes de bois sculptées. Personne. Silence en un lieu historique exceptionnel qui connut Balzac, John Ruskin, Wagner, Zola, Goethe. Le syndrome de Stendhal allait-il l'épargner ? Par moment, elle se sentait vaciller. Elle monta encore et encore et passa dans la partie de l'hôtel construite au XXe siècle et rejoignit l'entrée de la terrasse du restaurant au dernier étage.

                        - La Signora a réservé une table ?

                        - Oui, j'ai demandé une table au bord de la terrasse. Je suis photographe. J'ai prévenu que je ferai quelques photographies pour ma projection commentée.

                 - Nous sommes au courant. Aucun problème signora. Soyez la bienvenue dans notre ville. Voici la carte. Je reviens dans quelques minutes prendre votre commande.

Elle demanda un plat de risotto à l'encre de sèche, plat de Vénétie et un verre de vin rouge du Lac de Garde. Une faible lumière jaune, légèrement brumeuse, voilait le bassin Saint Marc, l'ile de la Giudecca et la pointe de la Douane de Mer. Plus bas, des gondoles noires dansaient le long du large quai Riva Schiavoni. Les passants se dirigeaient vers la Piazzetta ou, en sens opposé, vers le quartier de Castello. Allers et retours incessant du ferry vers Chioggia transportant, voitures et passagers, d'une terre ferme à l'autre. Incessant aussi le trafic des barques d'entrepreneurs, de déménageurs. Le vaporetto voguait vers l'ile du Lido et l'ile San Giorgio Maggiore puis revenait vers Saint Marc. Bateaux des pompiers, bateau-ambulance, bateaux de la Guardia di Finanza et taxis d'eau : tout un monde quotidien allant d'iles en iles.

                      Entre rêve et réalité, elle prit quelques photos du panorama automnal voilé d'or. En début d'après-midi, la lumière commença à changer d'intensité, puis, un énorme soleil rouge-orangé éclaira un ciel déjà bleu plus sombre derrière l'architecture de l'église de l'architecte Longhena. Quelques minutes après, telle une ombre chinoise, la forme noire de l'église se découpa sur l'énorme soleil en feu glissant derrière l'architecture. Capter absolument l'ensemble disparaissant dans quelques instants. Un mirage oriental ? Stress émotionnel … Les images devaient se succéder pour la projection en fondu-enchainé. Le soleil disparut derrière l'église. La nuit tombait. La ville se referma sur ses secrets.

*

                 Dans Venise la rouge

                 Pas un bateau qui bouge,

                 Pas un pêcheur dans l'eau,

                 Pas un falot.

Alfred de Musset, 1828, extrait du poème - Dans Venise la rouge -.

*

                 J'étais dans Venise, sur le pont des Soupirs, un palais d'un côté et une prison de l'autre, j'en voyais les monuments s'élever du sein des vagues, comme par la baguette d'un enchanteur.

Lord Byron - extrait de - J'étais dans Venise - quatrième chant (4-1).

gondoles-venise

Sur les traces de Thomas Mann

           Sur les traces de Thomas Mann

 

                 Elle monta dans le vaporetto à San Zaccaria pour passer l'après-midi dans l'ile du Lido. Cette ile, une longue bande de terre, sépare la lagune de la mer Adriatique. Un village entre lagune et mer, une immense plage plate de quelques kilomètres où les vénitiens profitent des bains de mer en été. Trois hôtels luxueux, des villas, le Palais du Festival du cinéma, un golf. Les voitures y circulent.

                 Le film - Mort à Venise - du célèbre réalisateur Luchino Visconti fut tourné à l'hôtel Les Bains en 1971 d'après le livre de l'écrivain Thomas Mann. Il résida plusieurs fois au cours de sept années dans cet hôtel au tout début du XXe siècle mais finit par ne plus accepter l’atmosphère des lieux et le comportement des vénitiens. Il déserta Venise. Elle avait lu son livre et voulait y vivre quelques heures, connaitre l'hôtel et sa plage privée. L'auteur avait remarqué des voix sur la plage en provenance des alentours. Une impression étrange. Le film fit scandale en Italie à sa sortie : le personnage principal, attiré par un très jeune garçon au doux visage et cheveux blonds. Les images montraient la vie dans cet hôtel luxueux au tout début du XXème siècle. De riches familles des pays de l'Est y venaient en villégiature. Un bâtiment de pierre, une façade de 300 mètres sur le boulevard Marconi, face à l'Adriatique. Un parc arboré côté bassin en direction du campanile de St Marc.

                 En ce jour d'automne 1995, un voile automnal enveloppait délicatement le paysage et semblait étouffer les sons. Elle se dirigea vers la plage privée de l'hôtel. Le ciel gris teintait les vagues, l'eau et le sable, de la même couleur grise. Des images du film lui revinrent à l’esprit et l'atmosphère étrange, parfois angoissante, d'une Venise cachant une épidémie de choléra. Le bruit des vagues rythmait le temps. Des voix lui parvinrent. Pourtant, aucune présence autour d'elle. Seule une mouette, perchée sur un pieu enfoncé dans le sable, surveillait le décor nostalgique. Brouillard et mélancolie descendaient sur la mer.

                 Elle entra dans l'hôtel, se dirigea vers la réception,

                        - Auriez-vous la gentillesse de m'accepter dans votre magnifique hôtel pendant quelques heures ? J'ai besoin de m'imprégner de son atmosphère. Je suis écrivain et désire écrire un chapitre sur les pas de Thomas Mann et sur le film de Luchino Visconti.

                        - Aucun problème signora. Vous pouvez aller et venir dans l'hôtel comme il vous plaira. Quel plaisir pour nous.

                        - Un café ristretto (serré) serait le bienvenu. Venise est une ville fatigante.

Le concierge quitta la réception et la conduisit à l'immense salle à manger lui indiquant une table ronde recouverte d'une nappe de couleur orangée. Il lui avança un fauteuil. Elle disposait de tout l'espace. Les clients ? Partis en promenade pour l'après-midi. Pas un bruit. Elle savoura son café serré et se reposa quelques minutes. Elle avait hâte de découvrir la splendeur de l'hôtel. Elle confia ses affaires à la réception. Par une porte ouverte, elle découvrit une grande salle et ses murs revêtus de boiseries et miroirs en alternance. Une salle de bal ? Un homme en costume parlait à des ouvriers. Elle s'approcha d'eux.

                        - Monsieur, s'il vous plait, je me souviens avoir vu cette magnifique salle dans le film - Mort à Venise - de Luchino Visconti. De nos jours, à quoi sert-elle ?

                 - C'est la salle des fêtes de l'hôtel utilisée aussi comme salle de congrès. J'ai moi-même assisté au tournage du film de Visconti en 1970. J'ai vu apporter les meubles pour la circonstance. Quelle atmosphère en présence de tous les acteurs, du grand Visconti, des caméras, des figurants. Signora, une merveille. Dans le film, cette pièce fut utilisée pour les scènes du restaurant. Je travaille ici depuis 1949. Vous vous intéressez à l'hôtel ?

                        - J'écris un livre sur Venise. J'aimerais parler de Thomas Mann qui résida à l'Hôtel Les Bains plusieurs fois pendant sept années. Je passe l'après-midi ici dans ce but.

                        - Venez avec moi, signora, vous découvrirez la plus belle vue depuis le cinquième étage.

Ils montèrent le large escalier central recouvert d'un épais tapis rouge. La rampe de fer forgé s'envolait vers les étages. Il ouvrit une fenêtre sur le palier du cinquième en direction du quartier Saint Marc, à quinze minutes de vaporetto. Le voile automnal dissimulait le campanile. Dans le parc de l'hôtel, de hauts arbres aux couleurs rougissantes se mélangeaient au dégradé de tons du jaune au brun des arbustes.

                        - Signora, savez-vous que peu de gens s'intéressent au passé comme vous. Nous n'en rencontrons jamais. S'il vous manque des informations, n'hésitez pas à me contacter. Voici ma carte.

Ils échangèrent leurs cartes de visite. Elle retourna à sa table, écrivit quelques notes et commanda un jus d'orange pressé. La luminosité commençait à baisser. A 17 heures, des clients de l'hôtel apparurent en tenues contemporaines. Plus d'un siècle séparait les esthétiques visibles.       Elle quitta l'élégante architecture de pierre et reprit le boulevard Marconi pour traverser l'ile du Lido. A l'embarcadère, au bout de la rue commerçante, le vaporetto arrivait. La lumière disparaissait rapidement en Octobre. Elle monta sur le pont. L'eau d'un bleu sombre se rayait du reflet orangé des faisceaux de lumière projetés par les fanaux posés sur les pieux de bois cerclés ensemble délimitant le chenal. Le ciel, d'un bleu encore intense contrastait avec la couleur sombre de l'eau. Le vaporetto partit. Elle pensa à Thomas Mann en ce début de XXe siècle, qui, après ses séjours fréquents pendant 7 années à l'Hôtel Les Bains, ne voulut plus revenir à Venise. Laxisme, choléra, chaleur. Son livre - Mort à Venise - et le magnifique film de Luchino Visconti du même nom relate les faits vécus par l'écrivain allemand à Venise. Au loin, un bateau de croisières, tous hublots éclairés, longeait la Piazzetta par le canal de la Giudecca. Dans le soir, brillaient les lumières de Riva Schiavoni. Elle descendit au ponton San Zaccharia, près de l'Hôtel Danieli. Que d'émotions encore aujourd'hui ... Elle n'en pouvait plus et eut peur de l'overdose de beauté provoquant des malaises. Passant devant l'église San Zaccharia, elle prit la ruelle au fond du campo et entra un peu plus loin dans une trattoria pour diner. Et si je mangeais une petite polente, avec un crabe mou de la lagune ? Elle retourna à sa chambre en contournant les églises Santo Stefano et San Vidal, passa sur le pont de l'Académie pour rejoindre le canal San Trovaso et la Pensione Accademia. Trois lanternes aux verres colorés au-dessus de la porte d'entrée éclairaient le quai. Elle entra dans la cour-jardin et passa devant des statues de terre cuite et des arbustes. De hautes fenêtres d'époque gothique fleuri vénitien allégeaient l'esthétique de la façade du palais. A l'intérieur, poutres et lustres de verre de Murano, meubles anciens et tableaux contemporains aux murs. Depuis la fenêtre de sa chambre, elle pouvait voir le trafic des barques à moteur allant et venant sur le Grand Canal proche et les bateaux taxis s'arrêtant au ponton de l'hôtel. Habiter Venise ... et ne plus en partir pour ne pas revenir sans cesse ...

 

Exposition photographique sur le centre historique de Paris

                 Elle se joignit à l'exposition de peintures des adhérents d'une association culturelle vénitienne et exposa des photographies du centre historique de Paris. Les longues grèves parisiennes de Décembre 1995 faillirent l'empêcher d'être présente à cette exposition à la galerie du quartier de Santa Croce. Plusieurs billets de trains et d'avions prévus à des dates différentes pour favoriser sa présence sur place. Finalement, elle partit à Venise en train de nuit dès la reprise de la circulation ferroviaire. Voyager en train … Elle aimait, au petit jour, traverser l'architecture mussolinienne pourtant peu attirante des gares de la plaine du Pô. Un témoignage d’une vie antérieure en Italie ? Frayeurs : le lieu d'exposition avait changé et elle n'en avait pas été informée alors qu’elle avait donné rendez-vous à des vénitiens pour le vernissage prévu à la Scuola dei Calegheri sur le campo San Toma'. Son joaillier vénitien de la ruelle di Mezo, créateur de sa bague de fiançailles avec Venise, invité à l'évènement, se concerta avec la signora du refuge des chats de Cannaregio, invitée elle aussi. Ils comprirent où se tenait l'exposition, de l'autre côté de la ville, dans le quartier de Santa Croce. Vite, vite, il fallut parcourir les ruelles par des raccourcis. Les vénitiens savaient comment faire au plus vite à pieds. Le petit groupe arriva après le discours du Président de l’association qui, salué, ne vit pas où était le problème. Elle ne reçut jamais la vidéo du vernissage qu'il devait lui envoyer. Par contre, le rencontrant le lendemain près de l'église des Frari, il lui proposa de trouver des clients parisiens pour les cours d'italien dans son association. Un pourcentage lui serait versé sur un compte épargne au porteur pour payer son hôtel à chaque séjour. Un compte au porteur ... Laisse tomber lui conseilla la signora de Vérone.

                 Durant ce séjour là, elle fit la connaissance d'Asteria Fiore à la fin de la conférence qu'elle donna à la Scuola dei Calegheri (ancienne école des cordonniers). Asteria, une dame napolitaine installée depuis longtemps dans le quartier de Castello, du côté de l'arsenal. Une dame de forte personnalité aux activités littéraires. Elles burent un chocolat chaud au café du campo San Tomà après la conférence. Pluie et humidité épouvantables accablant qui se trouvait dans la ville aux reflets disparus soudainement. De l'eau dans de l'eau ... Le bon chocolat chaud fut le bienvenu et elles parlèrent psycho tout en plaisantant. Asteria Fiore passait parfois par Paris pour se rendre en Allemagne mais, elles n'arrivèrent pas à se revoir à Paris ou à Venise.

                 La jeune pianiste rencontrée à Sienne vint la voir à Venise depuis Vérone. Elle venait d'arriver de Dallas chez ses parents pour Noël. Elle terminait ses études musicales à l'université du Texas. Il pleuvait continuellement. de l'eau dans l'eau ... La musicienne voulut passer à la galerie de Santa Croce pour voir les photographies de Paris et les peintures puis, elles discutèrent plusieurs heures, tranquilles, au bar d'un hôtel sur le Grand Canal, près de la gare Santa Lucia. Café serré et chocolat chaud appréciés vu le temps désastreux. Elles se remémorèrent le décor moyenâgeux de Sienne, les concerts à la célèbre Chigiana et sur les placettes en soirées et celui du Duomo décoré à l'intérieur de tous les drapeaux des quartiers siennois. Elles échangèrent un petit cadeau pour Noël et la jeune pianiste reprit le train pour Vérone en fin de journée. Il pleuvait toujours.

 

Retour de Venise par l'Autriche

                                            Au retour d'un séjour dans sa ville, elle passa en train par l'Autriche et rendit visite à sa compagne de cours d’histoire de l'art italien à Sienne dans la petite ville de Kapfenberg. Elle découvrit l'Autriche en hiver sous la neige : de merveilleux paysages blancs, la chaleur des salons de thé douillets bien chauffés et les énormes pâtisseries à la crème. Discussions, photos, visites à des amis, évocation de souvenirs de Sienne. Elle s'arrêta ensuite à Gratz chez l'étudiant en langue italienne et artiste peintre également connu à Sienne cette année là aussi. Sa mère, ne parlant pas italien ou français, les servait à part sur une petite table au salon. Couettes de plumes et chauffage excessif de 25 degrés : elle se réveilla avec un mal de tête accablant. Ils se rendirent à l'Opéra de Gratz pour entendre le Freischütz. A l'entr'acte, dans une atmosphère très XIXe, des spectateurs les saluaient. Ils connaissaient le jeune peintre mais qui pouvait bien être cette dame en cape vénitienne et tricorne vert à voilette l'accompagnant ? Le peintre la guida le lendemain dans les larges avenues de Gratz, sans circulation automobile. Nourriture bio et pain confectionné par sa mère. Son père, médecin homéopathe, ne rentrait que le week-end. Il travaillait en Slovénie. Deux jours après, elle reprit le train pour Salzbourg. Elle devait absolument connaitre la maison de son cher Mozart dans la vieille ville, le jardin Mirabelle, la cathédrale, les places communicant entre elles, crées par des architectes italiens et la rue aux enseignes. Le soir même, direction Stuttgart pour une autre entrevue puis, arrêt de quelques heures à Strasbourg et retour à Paris.

 

orient-express-train

 

             Retour par l'Orient-Express

 

                 Au cours de l'année suivante, elle rentra par le Venise - Londres, ce train de luxe d'une autre époque. Savez-vous qu'il traverse plusieurs pays par une ligne privée ? Enregistrement au comptoir spécial en gare Santa Lucia à 9 heures 30. L'hôtesse constata avec surprise qu'elle voyageait avec un petit sac à dos alors que les passagers, en majorité britanniques, transportaient de lourdes valises. Les stewards en livrées bleues et gallons dorés se chargèrent des bagages jusqu'aux cabines. L'anecdote italienne du jour : elle téléphona au directeur du journal culturel local pour obtenir le numéro de téléphone d'une intervenante pour la contacter avant son passage à Paris. Non, il ne l'avait pas. Il avait cru l'avoir. Il ne le trouvait plus. Il fallait revoir ça à son prochain passage à Venise. Et voilà, ça recommençait. Contradiction et manque de fiabilité, imprécision, perte de temps, énervement, travail impossible ou très lent. Lenteur orientale ?       A 10 heures 20, les passagers du train affiché - riservato - montaient dans les voitures bleu marine aux lettres d'or. Le steward la conduisit à sa cabine numéro 7, au bout du couloir moquetté.

                              - Je suis votre steward. Dans quelques instants nous parlerons du déroulement de votre voyage et du maniement des lumières de votre cabine.

Sur la tablette de bois, une lampe à l'abat-jour vieux rose comme sur la documentation. Sur les portes arrondies du cabinet de toilette, des guirlandes de fleurs glissaient de la marqueterie. L'ouverture des portes laissait voir un lavabo et des robinets style 1930, des serviettes blanches brodées à l'emblème du train, une bouteille d'eau minérale, savon et brosse à dents. Venise - Paris par les Dolomites, l'Autriche, le Liechtenstein, la Suisse et la France. Des wagons restaurés à grands frais recréant l'atmosphère des trains de luxe des années 30, fréquentés par d'illustres personnalités.

                        - Voulez-vous quelques informations sur la vie à bord du train ? Vous avez la carte sur la tablette montrant les cinq pays traversés. Je vous conseille de descendre marcher un peu sur le quai à Innsbruck. Nous y restons environ vingt minutes. A la tombée de la nuit, nous servons le diner au niveau de Zurich. Pendant le repas, je préparerai votre lit. Vous pouvez m'appeler dans mon office au moyen de ce bouton chaque fois que cela vous sera nécessaire. Ne vous gênez pas.

Le train démarra vers le pont de la Liberté, cette digue qui relie Venise historique à la terre ferme. Pour une fois, elle ne regrettait pas de voir disparaitre d'un côté la lagune et de l'autre, le port de Marghera et ses raffineries de pétrole. Quelques automobiles roulaient sur la digue. Le train dépassa Mestre en terre ferme puis Padoue. Arrêt à Vérone. Quelques clients montèrent. Le train repartit vers Bolzano et les Dolomites. Une vallée ensoleillée et des vignes dans un décor verdoyant due à la pluie du printemps. Voir ce paysage vert et des arbres lui fit du bien. Elle réalisa que le décor minéral vénitien enfermait ses habitants, les obligeant à vivre dans un espace de pierre restreint aux jardins cachés derrière de hauts murs. Et maintenant, le long du train, de hauts sommets rocheux dominaient. Le maître d'hôtel en queue de pie, chemise blanche, col cassé et nœud papillon noir, lui confirma son déjeuner à 12 heures 30 au wagon Côte d'Azur, au milieu du train. Le paysage défilait. Dans le couloir, une épaisse moquette, barres de cuivre sous les fenêtres.

Orient-Express_28-03-17_HD_04

Elle traversa le salon cossu, suivit des portes de bois sculptées, arriva dans le wagon Côte d'Azur. Fauteuils capitonnés, parois de verre et appliques tulipes. Des nappes blanches damassées, des petits bouquets sur les tables, une vaisselle de porcelaine et des verres gravés du sigle du train. Un personnel polyglotte stylé. Elle déjeuna mais ne se sentait pas à sa place dans ce luxe. Elle préférait sa cuisine simple et copieuse. Et puis, tant d'individus sur terre ne mangeaient pas à leur faim. Finalement, que faisait-elle dans ce train ? Elle préférait son décor habituel. Après le repas, elle repassa par le salon cossu et son épaisse moquette. Le steward remplissait de charbon une petite chaudière en bout de wagon. Le train produisait son eau chaude et son chauffage. L'odeur du charbon ravivait des images de l'ancien temps. Elle regagna sa cabine et s'enferma dans son univers. Après le tunnel du Brenner, arrivèrent les paysages autrichiens, organisés, propres et verts. Son steward passa la voir. Il lui raconta des anecdotes locales semblables aux siennes. Il aimait son travail lui laissant parfois quelques heures dans des villes de rêve. La monotonie n'existait pas. Il venait de travailler tout l'hiver dans un hôtel de luxe de la lagune vénitienne. Elle respira l'air frais sur le quai à Innsbruck et le train repartit sous les nuages et la pluie. Les cheminées des chalets fumaient même en Mai. L'Orient Express grimpait vers Saint Anton à 1800 mètres d'altitude à travers sapins et viaducs. Elle dina dans le wagon Oriental. Les britanniques se présentèrent en costumes noir et nœuds papillon. Les anglaises portaient des robes aux couleurs acidulées. Elle avait mis sa p'tite robe noire.

                 Le lendemain matin, paysage gris de la banlieue de Paris. Les usagers des trains de banlieue écarquillaient les yeux à la vue de ce train d'un autre âge. Petit déjeuner à 8 heures en cabine. Horaire prévu pour l'arrivée en gare de l'Est, 9 heures 20. Le steward l'aida à descendre du wagon bleu marine aux lettres d'or et lui tendit son sac à dos. Des vœux réciproques pour leurs projets respectifs furent émis. Par un froid inhabituel en Mai, elle changea de rôle et se dirigea vers le Rer.

 

Séminaire à la Fondation Cini

                 En Septembre 1996, elle suivit un séminaire sur le passage de Napoléon à Venise en 1797. Des orateurs connus se succédèrent pendant plusieurs jours. Les français reçoivent encore parfois des réflexions : Napoléon a beaucoup cassé la ville, fermé les ordres religieux, ordonné de grands travaux. Le fond de la place Saint Marc fut fermé par une architecture similaire aux procuraties existantes et l'église présente sur la Place Saint Marc fut détruite. Les cordons protecteurs constitués d'énormes blocs de pierre d'Istrie, entre lagune et Adriatique, furent consolidés. Peu apprécié l'envahisseur français. Il s'imposa dans l'espace prestigieux des vénitiens et voulut le posséder. Pour ce séjour, elle habita chez la signora, entre Pont de l'Académie et Ca'Dario, sur le quai Venier Do Leoni et comme à l'accoutumée, elles parlèrent des derniers évènements vénitiens, des expositions et des concerts, du musée Guggenheim voisin qui s'étendait dans le quartier.

 

Diner à la terrasse de l'Hôtel Danieli

                 Lors du nouveau séjour sérénissime de Juin 97, elle dîna sur la terrasse de l'hôtel Danieli sur le panorama à peine éclairé de l'ile San Giorgio Maggiore et sa façade palladienne, les bâtiments de la Fondation Cini et l'ile de la Giudecca. Tout le bassin San Marco s'étendait devant elle. Elle observa le trafic de barques et du ferry sur l'eau. Un tableau de Canaletto animé ? Un songe ? Non. Une image réelle, immense, allant de la pointe de la Douane de Mer à l'ile du Lido dissimulée par l'ombre du soir.

La prof' à Venise

                 Pour un pont en Mai 1998, son amie de Dordogne arriva en pleurant de joie. Revenir à Venise ... Notre vénitienne laissa la photographie et les rendez-vous. Elles se promenèrent dans les ruelles. Les glycines glissaient des murs de briques ocres le long des quais.  Elles logèrent dans le quartier de Dorsoduro, à deux pas du pont de l'Académie et du musée des Beaux Arts. A deux pas de chez la signora. Leurs pas se mêlèrent à ceux d'Henri de Régnier qui, fin XIXème et début XXe siècle, résidait chez ces dames, alors propriétaires du palais Dario, Madame Bulteau et la Comtesse de la Baume. Voyez, sur la façade du palais, des cercles dans l'architecture. Seraient-ils inspirés des rosaces des cathédrales ? Vous savez que la forme ronde, une multitude de points assemblés, représente symboliquement - le spirituel -. La forme carrée, elle, représente - le temporel -. Gravé dans le marbre à la base du palais, au-dessus de l'eau : - Genio Urbis Joannes Dario - et au-dessus de la porte d'eau, un médaillon. Des chroniques très anciennes parlent d'un talisman mystique chassant des faits néfastes possibles.           La façade et son décor unique sur le Grand Canal, surplombe l'eau en sa fin de parcours, juste avant l'église Santa Maria della Salute et le grand bâtiment de briques de la pointe de la Douane de Mer, transformé depuis quelques années en salles d'expositions d'oeuvres contemporaines dépendant du musée du Palazzo Grassi.

                 Au bout du quai Venier Do Leoni, après un pont en dos d'âne vénitien enjambant l'eau d'un étroit canal et des fleurs sculptées de long de son mur, elle montra à sa compagne la plaque de pierre gravée en l'honneur de l'écrivain français,

*

 Dans cette vieille maison des Dario, Henri de Régnier, poète de France, Vécu - Veneziamente - et écrivit de 1889 à 1901.

 

*

 

                                         - Veneziamente - Comme un vénitien.

XP_461551

                        Le Palais Dario fut construit en 1487 par l'architecte Pietro Lombardo attiré par la science des bâtisseurs de l'ordre du Temple. Pendant la présence à Venise des Templiers aux XIe et XII siècles, ce lieu, à l'extrême pointe du quartier de Dorsoduro, servit d'ossuaire templiers.

D'autres ossuaires investirent aussi des ilots inhabités dans la lagune où se trouvaient rassemblés - corps et esprits - des adeptes du Temple. Des ilots toujours sans noms actuellement semble t-il. Les mouettes les survolent en criant. La façade du Palazzo Dario sur le Grand Canal montre l'esthétique du XIIe siècle, ornée de polychromes de style gothique floral vénitien et des ajouts d'époque Renaissance. Les Templiers, guerriers de Dieu, résidaient nombreux à Venise notamment pour partir vers l'Orient en croisade à partir de 1099. Le palais Dario fut donc construit sur un ossuaire. Il touchait presque le palais Barbaro. Giovanni Dario ne voulut pas se séparer de son bien au profit de la famille Barbaro. Marietta Dario épousa Vincenzo Barbaro et les époux s'installèrent au second étage du Palais Dario. Une alliance dans le but obtenir le palais ? Vincenzo et Marietta furent-ils réellement amoureux ? Vincenzo Barbaro, portant épée sur ses habits de soie, menait une vie de débauche, fréquentait les courtisanes et des lieux troubles. Dans le délai d'une année, Giovanni Dario fit faillite. Pourquoi ? En conséquence, il quitta le Grand Conseil et mourut de tristesse. Sa fille Marietta ne put admettre les faits détruisant le prestige de son père. La vox populi prétendit qu'elle se laissa mourir de faim. Vincenzo Barbaro n'aurait-il rien tenter pour sauver sa femme enfermée dans une pièce du Palais Dario ? Il l'a lui-même emmurée et l'a laissée mourir de faim. Le testament écrit par Marietta stipulait son désir que le Palais Dario ne soit pas vendu mais loué à l'année aux ambassadeurs turques résidant à Venise. Et qui poignarda Francesco Barbaro pour empêcher sa main mise et protéger le palais Dario ?   

La seule période faste du palais ne serait-elle pas celle de ces dames propriétaire à la fin du XIXe siècle et début XXe siècle lorsqu'elles louaient des chambres à leurs hôtes et au poète Henri de Régnier ?

                               Le palais fut déclaré maudit au XXe siècle. Des faits étranges s'y succédèrent. Les derniers acheteurs se seraient-ils mis en danger en ne respectant pas la vocation, la signification, l'architecture et les lieux, trois siècles plus tard ? Etait-il déjà maudit juste après sa construction au XVe siècle ce qui aurait provoqué dès l'origine les graves situations existantes entre les deux familles Dario et Barbaro ? Il y a quelques années, découvrant les nombreux faits dramatiques survenus au cours des temps anciens et au XXe siècle, un réalisateur connu renonça à l'achat du palazzo. Tout dernièrement, des échafaudages recouvraient ses murs. Finalement, il semblerait qu'il soit loué par un musée vénitien l'ouvrant parfois à la visite.

images

                 Notre amie et son invitée venaient d'atteindre l'adorable Campiello Barbaro et rejoignirent l'envolée des marches parallèles de l'église de la Salute, construite en remerciement de la fin de l'épidémie de peste de 1631. Des remerciements répétés chaque 21 Novembre lors d'une procession traversant la fin du Grand Canal sur un pont de bateaux pour une cérémonie religieuse en cette église.

 

Grève des pilotes

                 Notre vénitienne d'adoption et son amie se rendirent d'urgence à la gare Santa Lucia pour obtenir deux billets Venise - Lausanne dans le train de nuit à la date de départ prévue de l'hôtel. Trop de monde pour trouver des chambres au dernier moment et jusqu'à quand durera cette grève. La solution : rentrer par le train de nuit Venise - Lausanne puis par le Tgv Lausanne - Paris. Petit déjeuner copieux matinal à l'hôtel en face de la gare de Lausanne. Pendant plusieurs mois, elle veilla au remboursement des retours Venise - Paris prévus en avion. Il fallut 3 mois pour obtenir les fonds.

 

                 Comme Thomas Mann, elle déserte Venise

                 Elle déserta quelques temps Venise. La lecture du chapitre - Anecdotes italiennes - vous apprendra les motifs qui l'engagèrent à fuir sa ville tant aimée pendant une année environ. Notre puriste n'en pouvait plus de subir les comportements locaux.

 

Retour à Venise

                 L'envoutement se manifesta à nouveau en Février 2.000. Impossible pour elle de se détacher de la ville posée sur ses reflets. Elle reprit ses interviews, ses photographies, cherchant de nouveaux témoignages de terrain.

                 Et elle continua de se rendre à Venise plusieurs fois dans l'année. Un rythme d'enfer. Il fallait mieux être né sous le signe du Lion et avoir un tempérament passionné pour affronter l'ensemble. Le signe du Lion ? Celui de Napoléon : il n'a jamais manqué d'ardeur pour foncer vers des réalisations presque démesurées. Humour : pourvu qu'elle ne se retrouve pas comme lui un jour en exil à l'ile d'Elbe ! Sa phobie de l’eau n’est pas nouvelle. Mais comment se fait-il que Venise soit sa ville d’adoption ? Etrange.

images

Carnaval 2.000, soirée au Palazzo Pisani-Moretta

                 Soirée identique à celles du XVIIIe en l'honneur d'hôtes étrangers invités à séjourner dans la Sérénissime.

 

Habit d'époque obligatoire.

 

Elle portait son habit du XVIIIe siècle vénitien masculin.

carnaval-venise-tourisme-ambiance-festive-e1484737917567

                 La nuit était déjà tombée sur la cité des doges lorsqu'elle prit un vaporetto passant à l'arrêt Tana près de l'Arsenal. Un vaporetto rempli de personnages costumés et masqués, tous debout sur le pont. Une scène étonnante. Elle se mélangea à eux et le bateau glissa à nouveau sur l'eau noire, passa devant la Piazza pour entrer dans le Grand Canal. Quelques minutes après, il s'arrêta au ponton flottant - Accademia -. Elle descendit plus loin à l'arrêt San Tomà et continua à pieds vers la minuscule ruelle longeant l'arrière du palazzo Pisani-Moretta. Les invités arrivaient en gondoles par la façade ou par la ruelle arrière et le jardin. Elle entra dans le jardin et poussa une lourde porte au rez-de-chaussée du palais. Dans l'immense pièce correspondant aussi à la porte d'eau en façade du palais, la longue table ovale proposait le Bellini, l'apéritif vénitien et une multitude de gâteaux salés. Elle rejoignit des hommes élégants aux visages poudrés et longues perruques, cannes et capes noires. Des patriciens ? Non, des invités étrangers séjournant à Venise, comme au XVIIe, s'entretenant de leurs activités internationales. Des dames les accompagnaient vêtues de robes volumineuses et décolletées. Des courtisanes ? Peut-être. Elle se trouvait à nouveau parmi les personnages animés d'un nouveau tableau de Pietro Longhi. Après l'apéritif, un valet en costume d'époque vert pâle leur conseilla de monter au premier étage par le large escalier Renaissance de pierre sculptée. Le diner allait être servi. Un second valet les accueillit en haut de l'escalier annonçant les titres de chaque invité. Dans la vaste pièce dominant le Grand Canal, plusieurs salles aux doubles portes de bois ouvertes laissaient voir les plafonds peints à fresques par Tiepolo. La lumière des lustres en verre de Murano, électrifiés depuis longtemps, éclairait les thèmes allégoriques des plafonds. Sur la longue table recouverte d'une nappe blanche damassée, des plats à base de poissons de la lagune et de légumes, ceux qu'on achète au marché du Rialto en provenance de l’ile de Saint Erasmo, l'ile agricole de la lagune, divers gâteaux vénitiens et les classiques beignets de carnaval au goût subtil, recouverts de sucre-glace, les vins de Vénétie. Pendant le diner, saltimbanques, jongleurs, musiciens, diseuses de bonne aventure passèrent aux tables des invités. Et de discrets interviews télévisés. Le bal viennois prit place beaucoup plus tard sous les lustres de verre. 

0217-masque-carnaval-venise-2012-reve-27

                 Pendant ce séjour, elle logea sur le Campo Bandiera e Moro, devant l'église San Giovanni in Bragora, dans un ancien palais de Doges. La fenêtre de sa chambre s'ouvrait sur le campo. Les passants se rendaient à l'église ou chez le quincailler de la place. Des enfants jouaient au ballon autour d'un arbre central. Les fonds baptismaux en marbre rouge de Vérone de cette église virent le baptême du Maestro Antonio Vivaldi. Il naquit dans cette paroisse le 4 Mars 1678.

                 Maestro Vivaldi, le prêtre rouge. Les Quatre Saisons, son œuvre la plus populaire et la plus enregistrée au cours des siècles mais aussi 470 concertos pour violons, 45 opéras, 2 oratorios, 75 sonates et 40 œuvres sacrées dont son Gloria. Violoniste dans l’orchestre de la basilique Saint Marc, il est destiné à la prêtrise mais renonce à son ministère pour être nommé maître de violon et compositeur à l’orphelinat du conservatoire de la Pietà financé par les artistocrates vénitiens pour venir en aide aux déshérités de la ville. A la Pietà, on prend soin des orphelines déposées à l’entrée. Elles sont prises en charge et éduquées. Les plus douées deviennent musiciennes. Elles jouent sur la tribune en restant dissimulées derrière des paravents en bois ajouré excitant la curiosité du public qui se presse chaque dimanche et jours de fête. Il y dirigea ainsi jusqu’en 1740 un orchestre réputé dans tout l’Europe pour lequel il composa. Il donna des concerts chaque dimanche à la Pietà. Une popularité internationale. Il donna aussi des concerts de bienfaisance en des lieux vénitiens prestigieux et dans les églises montrant l’art du chant de ses jeunes protégées, du violon et du clavecin. Un auditoire ébloui. Jean-Jacques Rousseau le relate dans ses - Confessions -. Il inventa l’opéra et écrivit des ouvrages lyriques. Le San Cassiano, le premier théâtre d’opéra fut construit. Cet aspect vivaldien est encore à l’heure actuelle peu exploré. Les décors gigantesques activés par des machines déchainaient les spectateurs pendant des scènes de combats. Sa musique religieuse est plus connue par des motets, des magnificats, des cantates et son fameux Gloria. Ce type de compositions révélait sa foi sincère dans une ville de jouissance peu honnête. Il mourut à Vienne en 1741. Ses manuscrits musicaux sont conservés dans le fonds Vivaldi de la Bibliothèque Nationale Universitaire de Turin. Maestro Vivaldi … Elle assista à plusieurs concerts dans l’église de la Pietà-Vivaldi dont concert aux chandelles que les musiciens éteignirent une à une après la dernière note. Tel un rituel. Et après la musique, après cette atmosphère vous transportant dans un monde parfait, la présence du décor de l’île San Giorgio Maggiore et sa façade palladienne à peine éclairé devant vous …, dans le soir … Un autre don du Ciel … Impossible de se détacher de tant de beauté.

                 Le lendemain, plus loin, sur la Via Garibaldi, elle eut grand plaisir à revoir le marché, les petits cafés où les ouvriers boivent une verre pendant leur pause à midi et les commerces proches de l'entrée des jardins de la biennale d'art. Au fonds de la large artère, le bateau-épicier où les vénitiens attendent pour leurs achats de légumes, là où réapparait le canal passant sous la rue, elle tourna à gauche et longea un petit canal. Le linge séchait d'une fenêtre à l'autre au-dessus des barques stationnées. Programme du jour : des photographies du secteur de San Pietro, cathédrale de Venise jusqu'au passage de Napoléon. Dans cette partie du quartier de Castello, des ateliers de réfection de barques et bateaux près de l'ex-cathédrale. Personne dans les ruelles, seuls quelques chats étonnés vaquant à leurs occupations mystérieuses et des fenêtres d'appartements fermées appartenant à des étrangers souvent absents. Une Venise populaire aussi du côté du quai Sant'Anna. Elle contourna l'immense arsenal. Il construisait les galères au moyen-âge. Les croisés et les templiers en partirent vers le monde musulman dit païen à partir de 1099.

                 Tout à coup, une scène ressemblant à l'une de la pièce de Goldoni, - Il campiello - : une dame à sa fenêtre parlait en dialecte vénitien à la voisine d'en face, accoudée à sa fenêtre. Des voix aigues et des commentaires en langue vénitienne remplirent l'espace. Deux chats s'arrêtèrent au milieu de la ruelle pour les écouter. Ils se tenaient informés des nouvelles de la ville. Et les vénitiennes se parlèrent longtemps d'une fenêtre à l'autre. Le linge séchait sur des câbles. Midi, des ouvriers sortirent d'une maison en chantier et entrèrent à la trattoria. Notre vénitienne les suivit. De longues tables recouvertes de nappes à carreaux rouges et blancs. Simplicité. Plat du jour : risotto aux épinards de la lagune et la bouteille de rouge sur la table. Elle déjeuna avec les ouvriers dans le tumulte des conversations. Après le risotto, elle repartit vers San Pietro par le pont de bois aux lanternes et photographia de loin les ateliers de réfection d'embarcations ouverts sur l'eau. Au bout du pont, l'entrée d'un cloitre semblant délaissé. Pas un bruit. Une barque bleue laissée là sur l'herbe et un chat tigré marchant lentement à travers des herbes folles.

 

Au Harry's Bar du quartier Saint Marc

                 En fin de journée, elle se rendit au Harry's Bar, calle Valleresso, proche de Piazza San Marco. La table attitrée d'Ernest Hemingway lui porterait-elle chance ? Elle resta un moment pour vivre l'atmosphère du célèbre café, parla avec le serveur en veste blanche. En partant, elle salua le caissier et traversa la Piazza à peine éclairée. Tout à coup, elle comprit qu'elle avait oublié de payer son chocolat chaud. Où avait-elle la tête ? Elle retourna au Harry's Bar et paya. Personne ne s'était aperçu de son oubli.      

 

                        Un clin d'œil du Lion ailé

       

86793734-le-drapeau-de-venise-venise-avec-le-lion-ailé-sur-fond-de-ciel-bleu

 

 

          Les lions l'entouraient : le Lion signe zodiacal, le Lion de Saint Marc, symbole de Venise et de la région Vénétie, le logo de la compagnie d'assurance où étudia pour obtenir son diplôme de la Chambre de Commerce Italienne de Paris et son chauffeur oriental combattant un lion en rêve. Le lion, un gros chat. Elle était liée aux chats depuis son enfance et la dame de Bruges lui avait révélé son rôle de prêtresse en Egypte auprès des chats Bastet. Et depuis des siècles, le Lion ailé de Venise, attribut de Saint Marc, montrait son livre aux passants sur les édifices publiques dans toute la Vénétie.

*

- Pax Tibi Marce Evangelista Meus

 

- Que la Paix soit avec Toi, Saint Marc.

 

*

 

6138913-winged-lion-from-the-front-of-doge-s-palace-in-venice

 

                 Février 2002. Dix ans de fiançailles avec Venise

                 La date d'un important anniversaire arrivait. Depuis 10 ans elle travaillait sur le thème de Venise et depuis 10 ans, elle la photographiait plusieurs fois l'an. Souvenez-vous, depuis sa deuxième année de présence vénitienne, elle portait une alliance d'or créée par le joaillier de Calle di Mezo, près du pont du Rialto. Fêter ses 10 ans de fiançailles s'imposait. Pendant son séjour de Février 2002, elle invita la signora chez qui elle habitait souvent et organisa un apéritif dans le petit salon de l'hôtel littéraire La Calcina, résidence de John Ruskin au XIXe, sur le quai des Zattere, le quai Sud de Venise, face à l'ile de la Giudecca. La signora, blonde vénitienne, portait ce soir là, un collier de mille fils d'or sur un chemisier noir. Blond et or étincelaient sous la lumière du grand lustre en verre de Murano de l'hôtel. La signora lui parla à nouveau du rio Piscina à deux pas de chez elle. Autrefois, les enfants se baignaient dans le rio, le canal. Il fut recouvert plus tard pour créer une ruelle. La ruelle portait toujours le nom de rio Piscina. Elles dinèrent ensemble à la Taverna San Trovaso voisine de l'atelier construisant encore des gondoles. Le patron de la taverne ayant compris le motif de leur présence, offrit le vin aux dames. Il connaissait la signora, une voisine et l'écrivain venait souvent à sa table. Voici vraiment le plus important anniversaire de la vie de notre amie. Célébrer sa ville mythique. Dix ans déjà.

 

Chez la signora du quai Venier Do Leoni

                 Elle prenait son petit déjeuner avec elle dans la grande cuisine - habitable -, une expression italienne. Quelques tasses attendaient souvent d'être lavées dans l’ancien évier de pierre grise à côté de la cafetière italienne à facettes. La signora lui parlait des difficultés physiques à vivre dans sa ville. La fenêtre de la cuisine habitable donnait sur les jardins arborés du musée Guggenheim. Les oiseaux chantaient dans les arbres entre Grand Canal et le quai conduisant à Ca'Dario et à Santa Maria della Salute, l'extrémité du quartier de Dorsoduro. La signora recevait des invitations et elles allaient visiter des expositions ensemble. Notre amie parlait de ses chambres et des connaissances logeaient chez elle.

                 - Tu m'envoies des gens bien éduqués. Jamais aucun problème même s'ils viennent avec de jeunes enfants. J'apprécie.

 

Invitation au Palazzo Albrizzi de Cannaregio

                 Commémoration en hommage de l'écrivain Asteria Fiore. Que lui était-il arrivé ? Elle logeait dans le quartier de Castello, vers l'arsenal et se rendait souvent en Allemagne en passant par Paris. En Décembre 1995, par un horrible temps humide, elles prirent un chocolat bien chaud sur le campo San Tomà après son intervention à la Scuola dei Calegheri. Asteria Fiore, une dame napolitaine, écrivain, poète et conférencière. Entre les déplacements de chacune, elles n'étaient pas arrivées à se rencontrer à nouveau à Paris ou à Venise.

                 Elle décida de se rendre à cette invitation particulière de Mai 2002 et partit à Venise dans les trois jours. Une chance, sa chambre habituelle chez la signora était libre. Elle habita une fois de plus sur le quai Venier Do Leoni, en face du Palazzo de la célèbre famille turinoise dont la façade et son vert jardin, se reflétèrent à nouveau dans la vitre de sa fenêtre ouverte sur le quai. En Mai, les glycines mauves, telles des guirlandes, glissaient du haut mur ocre. La fenêtre de la grande cuisine habitable s'ouvrit à nouveau sur les jardins du musée Guggenheim pendant son petit déjeuner et elle parlait du quartier avec la signora.

                 Au Palais Albrizzi, centre culturel italo-allemand de Venise, notre vénitienne d'adoption arriva très en avance pour connaitre le palais et son exposition de peinture contemporaine temporaire. Les invités arrivèrent ensuite progressivement et la salle de réception du palais fut remplie.

                 La fille d'Asteria Fiore et l'ami professeur de sa mère vinrent de l'étranger pour présider la commémoration. Sa fille venue de Londres lut des textes et des poèmes écrits par sa mère. Le professeur, également pianiste, offrit à Asteria et à l’assistance des pages aux notes légères du grand Mozart. Il jouait sur le piano à queue du palazzo. De petits films projetés montrèrent l'écrivain fêtée en conférence au Bistrot Français du quartier Saint Marc et dans différents lieux de la ville. Et les voilages des baies gothiques dissimulaient l'architecture de jadis.

 

*

 

                        - Casa lontana – La maison au loin -

Dolcezza della casa lontana, soave al ritorno. Il silenzio scende bianco dai monti alle soglie dischiuse nel respiro di limpidi orizzonti e sfiora i casolari sparsi, con passo lieve e spolvera i camini solitari ... Asteria Fiore.

 

                 - La maison au loin -

                 Douceur de la maison lointaine, douce au retour. Le blanc silence descend des monts sur les seuils ouverts dans le souffle d'horizons limpides caressant doucement les maisons ça et là et dépoussière les cheminées solitaires ...

 Il y eut des remerciements. Il y eut un verre offert à l'assistance. Mon interlocutrice aperçut quelques vénitiens déjà rencontrés lors de séjours précédents mais, ils restèrent entre eux et semblèrent étonnés de sa présence au palazzo. Venise encore parfois aristocratique. Après avoir salué le professeur et la fille de l’écrivain commémorée, elle évita discrètement le buffet du rez-de-chaussée. Notre amie marcha jusqu'à la l'arrêt Ca'd'Oro et prit le vaporetto qui arrivait. Elle en descendit trente minutes plus tard sur le ponton à Accademia, non loin de sa chambre chez la signora. Elle croisa la fille d'Asteria Fiore, probablement sortie du même vaporetto qu’elle. Elles s'embrassèrent sans se parler. Les mots ne furent pas nécessaires. Notre vénitienne regagna sa chambre, entre Accademia et Musée Guggenheim. Elle raconta la commémoration à la signora puis ressortit avec elle pour manger les sardines - in saur - sur le quai des Zattere face à l'ile de la Giudecca. Sur ce large quai, les vénitiens promènent leur chien ou viennent lire le journal sur un banc. Le quai conduit d'un côté vers un supermarché et au port maritime d'où partent des bateaux pour la Grèce et, de l’autre côté, vers l'hôtel de John Ruskin, proche de la pointe de la douane.

 

La librairie Acqua Alta de Cannaregio

Sur le Campo Santa Maria Nova

                                Elle me parla de ce lieu singulier découvert par hasard l'année précédente. Après avoir franchit le pont du campo Santi Apostoli et le canal puis tourné à gauche, avant l'hôtel La Forcola où elle avait logé un hiver, elle passa devant une épicerie, un bar à vins et son étalage de cichetti pour l'apéritif puis dépassé une boutique présentant le travail des dentelières de l'ile de Burano, elle entra sur le campo Santa Maria Nova. Le profil du chevet de l’église des Miracoli, le long d’un canal semblait fermer la place au fond et cacher ses marbres de plusieurs couleurs. Une minuscule supérette, quelques pigeons, des bancs rouges, un petit café et ses quelques tables à l’extérieur. Et sur le campo, une librairie d’un aspect original : des piles de livres débordaient dehors où dormaient des chats. Elle entra dans la première pièce remplie de centaines de livres entassés par thèmes. Comment faire pour consulter ces livres posés les uns sur les autres jusqu’au plafond ? Une gondole au milieu d'une seconde pièce présentait des livres sur Venise et encore tant d'autres livres autour et plus loin. Histoire de Venise. Artistes de Venise. Romans sur Venise. Livres photographiques. Livres pour enfants. Des livres en italien, en français, en anglais et en d'autres langues. D'autres livres encore avaient été entassés dans une baignoire. Et des chats dormaient sur les livres. Etonnante librairie. Le patron, sympathique et drôle, d'allure bohême, vint lui parler. Il connaissait Paris. Il lui indiqua une chambre près de sa librairie chez un voisin pour son prochain séjour. Il voulut lui faire voir de suite le lieu dont il parlait à quelques mètres plus loin. Les chats garderaient la boutique quelques minutes. Un surprenant libraire. Il lui parla d'une dame française qu'il fréquenta jadis. Un magnifique souvenir. Elle visita les lieux en caressant les chats intellectuels. Elle fut attirée par une couverture aux jolis dessins colorés : l'histoire d'un poisson quittant Venise et pour arriver un jour par la Seine au pied de Notre-Dame de Paris. Quel périple assez inimaginable, mais pourquoi pas finalement, magie vénitienne aidant. Le libraire connaissait l'auteur du livre, une florentine et commenta la personnalité de l’auteur. Atmosphère originale de ce campo et de cette librairie investie par les chats. Elle revint souvent y passer un moment pendant d’autres séjours. Elle entra dans le petit café à quelques mètres de là, demanda une orange pressée et lut le journal local. Un vaporetto électrique silencieux circulait depuis peu sur le Grand Canal. En effet, elle l'avait utilisé la veille. Sans bruit, il glissait sur l’eau. Un concert dans la chapelle de la résidence universitaire catholique de Santa Fosca programmé : une messe de Mozart interprétée par l'orchestre et les solistes de l'Université Ca'Foscari. Impossible de manquer ce concert le lendemain. Elle connaissait cette chapelle du quartier de Cannaregio, son quartier préféré. Elle nota l'horaire pour s'y rendre le lendemain.

 

                 La librairie Acqua Alta transférée

                             Elle s'installa dans le quartier de Castello, cour du Tintor. Un lieu beaucoup plus grand. Les visiteurs et les clients pouvaient y arriver à pieds ou en barque sur le canal. Surplus d’originalité. Mais, si l’eau du canal montait, que deviendraient les livres ? Et les chats ? Ils n’aiment pas l’eau. Se réfugieront ils le plus haut possible sur des piles de livres ?

 

                 La bora en hiver

                 La passion ne compte pas les heures passées au travail. N'allez pas penser vous aussi que les artistes s'amusent. Ils se fatiguent cérébralement continuellement. Des milliers de photographies, des kilomètres à pieds pas seulement dans la belle Sérénissime, dans Paris historique aussi. A Venise, elle montait et descendait les marches des ponts toute la journée. Elle passait d'une ruelle à l'autre, d'une placette à une cour, d'un chat à un autre chat.

                 Carnaval finit rituellement après dix jours de festivités, le soir de mardi-gras et en hiver, la bora souffle. Ce vent remonte de l'Adriatique vers le delta du Pô. Il fouette les visages et vous transperce jusqu'aux os. En 1994, elle coucha plusieurs nuits toute habillée, gardant sa doudoune tant le froid glaçait tout son être.

Présence de sa mère

                 Quartier de Cannaregio, Février 2.002. Elle sortit de son hôtel à 9 heures pour parcourir et photographier à nouveau son quartier préféré. Campo Santi Apostoli, quai Santa Caterina, fondamenta Nuove, église des Jésuites. Elle s'arrêta sur le campo des Jésuites. Malgré une pluie fine et froide détestable de Février, des couleurs ocres resplendissaient. Déjà 13 heures. Un homme et son diable descendit les marches du large pont en dos d'âne. Devant elle, une fontaine sur le quai, des pots de fleurs sur le rebord d'une fenêtre, une pancarte - Trattoria -. Des enfants sortirent d’une école du quartier, puis, plus personne. Elle remarqua les arrondis des marches venus rejoindre le sol du campo. Elle prit plusieurs photographies, peu différentes les unes des autres. De retour chez elle, elle regarda ces photos en vitesse. Elle manquait toujours de temps. Quelques jours après, les regardant à nouveau avec une voisine, elle découvrit sur l'une d'elle seulement, la présence de sa mère décédée plusieurs années avant. Elle avait photographié le lieu sept fois, un chiffre biblique. 6 jours de création du monde par Dieu + 1, jour de repos dominical du dimanche. Sa mère se tenait à côté de la fontaine, sous un parapluie car il pleuvait. Elle se tenait à la manière de Mary Poppins, le pied gauche plus petit et un peu soulevé comme si elle atterrissait sur terre. Elle portait sa coiffure courte habituelle. Sur le parapluie, des écussons. Le matin même en sortant de son hôtel, elle avait demandé à son père, décédé aussi, de l'éclairer à nouveau sur ses origines. A 13 heures, sa mère répondait sur un seul des sept négatifs. Sur le parapluie, les écussons de la Savoie identiques à ceux la région Piémont-Sardaigne. Les Savoies actuelles françaises faisaient partie de la région Piémont-Sardaigne italienne avant 1861, date du début de l'unification italienne par Garibaldi qui dura dix années mais ne sera jamais vraiment réalisée mentalement. Une partie du Piémont, les actuelles deux Savoies, furent rattachées à la France. Le message disait que sa mère, née en Seine et Marne, avait eu une vie antérieure dans le Piémont. Sa voisine regardant les photos remarqua le visage de sa mère au type italien des montagnards italiens du Nord. Mon interlocutrice n'avait jamais fait le rapprochement. Donc, elle était de descendance corse, italienne piémontaise par sa mère, de Toscane par la Corse et par le patronyme d'un peintre toscan découvert au Louvre. Plus un saupoudrage belge. Un article lu peu de temps avant cette expérience expliquait que le monde de l'au-delà pouvait se manifester sur un objectif et donc sur des photos, parfois aussi sur un écran d'ordinateur ou sur des bandes magnétiques.

ob_0806ec_salute-det

Des coupoles impossibles

                                   Sur sa photographie de 1993 prise avec son Rollei depuis le campo della Carità, à l'entrée du musée des Beaux Arts, les coupoles de Santa Maria della Salute étaient visibles derrière le pont de l'Académie. Ces coupoles semblaient implantées dans l'eau du Grand Canal alors que cette église se situe bien plus loin à droite. Impossible de les voir à cet endroit. Elle interrogea plusieurs photographes. Personne ne sut que répondre.

                 Plus tard, en Mai 2002, sur les trois photographies prises par son Canon depuis le contrebas du pont de l'Académie, les coupoles de Santa Maria della Salute apparaissaient encore derrière le pont. Qui pourra lui expliquer ce fait ?

800px_COLOURBOX2464274

 

Henri de Régnier

Poète et écrivain français résidant à Venise

                 Rendant visite à la signora du quai Venier Do Leoni, elle lui parla d'une plaque de pierre posée après l'entrée du musée Guggenheim, sur le campo Barbaro et de cet écrivain français qui résida souvent à Ca'Dario un peu plus loin.

                 - Oui, j'ai découvert cette plaque l'an dernier. Je dois en savoir plus sur les faits dramatiques survenus aux différents propriétaires, suicides, faillites, faits étranges. J'ai posé des questions à des vénitiens et ils ne savent rien. Et toi, que sais-tu ?

                 - Les vénitiens n'aiment pas en parler. Déjà à l'origine fin XVème siècle, les Dario et les Barbaro du palazzo proche ne s'entendaient pas.

Ainsi parlait la signora, native de rio Piscina, la calle juste un peu plus loin de chez elle. Là où elle se baignait dans son enfance avec les gosses du quartier. Notre vénitienne d'adoption fit quelques pas pour revoir l'arrière de Ca'Dario, remarqua à nouveau le toit sombre avançant au-dessus des belles fenêtres géminées. Impression étrange que cette zone sombre produite par le toit. Elle s'étonna à nouveau du bel ensemble arrondi des marches descendant du pont vers le petit campo Barbaro.

                 Plus tard, après la lecture du livre de Jean-Paul Bourre, elle se demanda si cette zone étrange et sombre serait celle où Marietta Dario fut emmurée.

 

Entretien avec un éditeur vénitien

                 Le livre d'un vénitien relatait l'acqua alta dramatique de Novembre 1966. Elle savait le trouver chez l'éditeur Filippi en sa boutique située juste après le campo della Guerra, peu distant des lions gardant l'espace latéral gauche de la basilique Saint Marc. Lorsqu'elle arriva : boutique fermée. Selon les horaires affichés, ouverture prévue. Le facteur lui aussi attendait l'éditeur et ils se mirent à parler. Les facteurs à Venise, parcouraient eux aussi des kilomètres dans les ruelles. Ils transportaient le courrier et les petits paquets dans un grand sac noir à roulettes. Au bout de trente minutes, le facteur perdit patience et partit. La patience n'était pas du tout la qualité de notre amie, mais elle avait besoin de ce livre, texte et photos. L'acqua alta avait failli engloutir la ville en cette nuit de Novembre 1966. Dans la lagune, les - murazzi -, ces cordons de terre consolidés par d'énormes blocs de pierre d'Istrie furent détruits qui protégeaient les maisons des marées en délimitant aussi la lagune de la mer Adriatique. L'eau recouvrait les habitations et les containers stockant le gaz explosèrent. Dans les lieux historiques, les vénitiens sortant d'un théâtre ou d’un restaurant, ne purent rentrer chez eux. Venise, envahit par l'eau ... hauteur de la marée 1,94 mètre. Dramatique.    L'éditeur arriva enfin. Ils - délirèrent - sur la ville et sa beauté. Le vénitien évoqua sa ville mythique. Au cours du temps, faits réels, fait imaginés, faits déformés, devenaient une nouvelle réalité. Il terminait l'écriture de l'histoire d'une très belle dame parcourant la magie vénitienne. Il lui lut un chapitre. Elle l'écoutait depuis un autre monde tout en étant présente dans sa boutique. Où était-elle vraiment ? Elle suivait la dame de palais en palais, de ruelle en ruelle. L'entrevue dura deux heures. Deux heures à l'écart du temps.

 

                 Acheter le drapeau de la Sérénissime

Signorile, le chat du Palazzo du campo Santa Marina

 

                 Où acheter le drapeau de la Sérénissime pour son appartement ? La signora lui indiqua la boutique du Campo Santa Marina vendant les habits et objets officiels aux rameurs de la lagune. Elle traversa le Grand Canal, marcha longtemps pour rejoindre la boutique Nicolaj, du campo Santa Marina. La voyant intéressée par l'authenticité de sa ville, le patron, natif de la ville posée sur l’eau, éprouva grand plaisir à lui expliquer l’histoire de sa boutique dans son palais transmis de père en fils.

                 - Un palazzo, signora. Un palazzo, de plusieurs étages.

Et il habitait là aussi. Une immense boutique en rez-de-chaussée pour tous les articles et vêtements des rameurs sur la lagune et leurs nombreux clubs. Ils montèrent deux étages par un escalier très simple. Sur le deuxième palier, une porte ancienne de bois sombre sculptée ressemblait à une porte d'église gothique. Allait-on entrer dans la chapelle du palais ? Ils entrèrent dans une vaste pièce. Des persiennes fermées pour éviter soleil et chaleur. Dans l'obscurité, elle distingua des tapis au sol et des portraits sur les murs,

                        - Voici la famille. J'ai hérité du palazzo de mon père.

Ils traversèrent plusieurs salles sombres en enfilade où régnait une atmosphère d'un autre siècle. Meubles anciens et odeur de cire. Combien de pièces ? Il y avait encore un étage supérieur, des tableaux, des tapis au sol, des meubles anciens, et l’odeur de cire à nouveau.

                 - Vous voyez, je vis ici dans cet immense palazzo. Ma femme ne veut pas l'habiter. Elle préfère rester dans son ile de Mazzorbo dans le calme des verts jardins, loin du flux des visiteurs et par le pont qui conduit à pieds à l'ile de Burano, elle retrouve ses amies d'école. Pour elle, voilà son paradis. Elle ne veut pas faire le trajet tous les jours pour venir m'aider au commerce. Venise ne lui plait pas. Insensé !

Tout en parlant, ils arrivèrent dans une grande salle à manger. Une table ovale au centre recouverte d’une nappe à carreaux rouges et blancs. Le vénitien venait de déjeuner. Laissés là, son assiette et son couvert, un plat aux arabesques dorées et un reste de spaghetti.8888

                        - Signora, la seule personne ici appréciant vraiment le lieu, c'est le chat !

                        - Le chat ?

                        - Oui, le chat ! Regardez là-bas, sur le coin du tapis. Je vous présente, Signorile. Il passe ses journées à méditer sur le vieux tapis. Voilà le plus heureux des chats. Le palais est à lui. Il habite chez moi mais je suis chez lui. Ces animaux sont incroyables d'intelligence et de sensibilité. Leurs ancêtres arrivèrent par les bateaux circulant sur la Méditerranée. Les chats protégeaient les cargaisons des rats. Les assureurs de l'époque exigeaient leur présence sur les bateaux.

                 - Oui, j'ai lu cette obligation pour l'assurance des navires de commerce dans les temps anciens.

                 - Vous qui étudiez Venise depuis tant d'années, vous savez certainement que d'autres chats sont les descendants des chats amenés de Syrie pour combattre les rats propageant la peste lors des épidémies dans notre ville. A Venise, ces chats ont une allure, une démarche, une distinction, tels des nobles de la ville. Ils voient mille détails et observent ... Vous savez aussi qu'ils sont liés au monde spirituel, à Dieu et au monde invisible comme un voyant. Que sommes nous à côté d'eux ? Pas grand chose, signora, pas grand chose ...

_light-351863-le-chartreux

Ce chat très ancien serait d’abord apparu en Syrie, puis aurait été importé par les Templiers dès 1110. Difficile de s'y tromper : avec sa belle robe gris-bleu, ses yeux couleur orange et ses douces expressions, c’est le compagnon idéal pour les amoureux des chats. Doux, affectueux et aussi pantouflard, le Chartreux adore être brossé à contre-poil !

                 - Oui, Monsieur, je sais tout ça. Mais, dites-moi, si un jour vous vendiez une partie de votre palazzo, faites-moi signe. J'étudierai la question et si j'achète, le chat viendra me visiter tous les jours, me racontant son histoire et celle des lieux. Je ne plaisante pas.

Et elle ramena chez elle le drapeau de la République Sérénissime. Le drapeau orangé montre un Lion ailé de couleur jaune avant sa partie frangée sur la droite, celui qui flotte aux fenêtres des palais et devant la basilique Saint Marc depuis des siècles. Il flotte aussi dans le salon de notre amie, à Paris.

 

Paco, le chat du quartier de Cannaregio

8

              Elle me raconta sa rencontre avec Paco et la signora du palazzo du canal San Felice donnant sur le campo de la Misericordia. Dans l'immense entrée, elle croisa un chat tigré beige et marron lui aussi, descendant des chats vénitiens authentiques, venus de Syrie pour combattre les rats des épidémies de peste à Venise. Un chat soriani. Elle monta au troisième étage par le large escalier de pierre sculptée d'époque Renaissance. La lumière inondait l'espace et la vue sur l'Abbaye de la Miséricorde, son puits et le canal San Felice. La signora lui ouvrit la porte de fer forgé sur le palier, au dernier étage. Elle pénétra dans un vaste salon de 120 mètres carrés. Les fenêtres donnaient sur les toits de Venise et les clochers dans toutes les directions. Un rêve ? Non, une réalité. Une superbe vue ! Dans ce salon de 120 mètres c   arrés, quelques meubles anciens, un long canapé et un énorme bouquet de fleurs aux couleurs tendres sur un guéridon. Elle lui apportait ses livres et la conversation s'orienta sur la magie des lieux. Mon interlocutrice évoqua le chat rencontré dans l'entrée du palais quelques minutes avant. Paco, un chat magnifique, natif de Cannaregio, le plus beau quartier de Venise. Une naissance noble au palais de la Ca' d'Oro (la Maison en Or) sur le Grand Canal. Tous les chats vénitiens, sont nobles par le droit du sol, une nationalité exceptionnelle. Le bruit du trafic sur le Grand Canal le dérangeait. Il choisit la ruelle Priuli Racchetta plus au calme et le palais de la signora. D'où arrivait-il chaque matin ? Personne ne le savait. Lui aussi vivait là - veneziamente - depuis des années. Il surveillait les allers et venues des vénitiens vaquant à leurs occupations et le passage des visiteurs. Il surveillait aussi, l'entrée du palais, son palais. Un travail important. Il espérait qu'aucun visiteur ne ferait de malaise par overdose de beauté pour ne pas devoir l’accompagner à l'hôpital civil du quartier San Marco peu distant. Non, il ne voulait pas quitter son quartier de Cannaregio. Impossible pour lui de partir à l'étranger. Pour lui, ces gens, trop de gens, passaient devant chez lui. Ils venaient abimer son quartier. Les empêcher de passer par là ? Il cherchait depuis longtemps et ne trouvait pas de solution. Vers midi, il grimpait l'escalier d'époque Renaissance en pierre blanche d'Istrie et miaulait derrière la porte en fer forgé au troisième étage. La signora le faisait entrer et lui servait son plat, près du guéridon du grand salon. Ensuite, Paco dormait sur le canapé blotti dans les coussins. Il se reposait mais surveillait du coin de l'œil les toits et les clochers. Il cherchait comment empêcher les visiteurs de passer devant son palais en usant la pierre des ruelles de son beau quartier. Il devait trouver la solution pour les éloigner ...   

                 Midi. Douze coups sonnèrent. Un miaulement. Paco avisait de sa présence à la porte de fer forgé. Il venait prendre son noble repas.

 

                                      Diner à la Calcina sur le quai Le Zattere

                 Elle me parla d'un miracle ce jour là : une Lumière inhabituelle. Sortant de chez la signora, elle passa par la ruelle Foscarini puis devant l'église Sainte Agnès, prit un passage sous des maisons pour atteindre le quai sud des Zattere, en face de l'ile de la Giudecca aux trois églises et sur l'extrême droite, la longue façade nordique de briques du Moulin Stucky construit au XIXe siècle. Sur la gauche, l'ile San Giorgio Maggiore faisant suite au bâtiment de l'ancien couvent abritant la Fondation Cini et la façade palladienne de l'église San Giorgio et son campanile, copie réduite du campanile de San Marco. Le canal de la Giudecca, large comme une mer, le vaporetto le traversait inlassablement, reliant l'ile au quai des Zattere. Un trafic continuel de barques, ferry, gondoles, déménageurs, entrepreneurs, Police et Guarda di Finanza, ambulances, vigili del fuoco (pompiers). Tout le monde travaille sur l'eau depuis toujours. Elle marcha tranquillement sur le sol de pierre du quai en distinguant l'ile de loin et les silhouettes des églises du Rédempteur, de Sant'Eufemia et l’église des Zitelle, désaffectée devenue un centre d’expositions. Le ponton-restaurant de Pensione La Calcina dansait sur le panorama. Déjeuner là ? Un doux parfum des jasmins provenait d'énormes pots de terre cuite posés sur le pourtour du ponton près des tables. Elle regarda le menu et rentra à l'hôtel pour réserver. Elle serait ainsi certaine d'avoir une place pour midi trente. John Ruskin, poète, littéraire, peintre et aquarelliste, critique d'art et professeur à Oxford, fréquentait souvent La Calcina, fin XIXe. Il y vint même avec sa femme Effie Gray. Une plaque en façade de l'hôtel témoigne de sa présence. La Calcina, un hôtel littéraire connu des anglais. Plusieurs fois, elle essaya de l'habiter. Toujours complet même en s'y prenant six mois à l'avance. Elle passa le canal par le pont juste après l'hôtel. Le quai continuait devant un haut mur. Une statue dépassait dans l'angle de briques orangées du quai, entourée de branches feuillues d'un jardin. Elle reprit ses prises de vues sur le quai des Zattere. Lui vint l'idée de proposer une donation photographique à l'hôtel de John Ruskin. En parler à la direction de l'hôtel pendant le déjeuner ? Le ferry passait et repassait, dans un sens et dans l'autre ...

                 Midi trente, elle entra sur le ponton du restaurant flottant. Quelques clients déjà autour des tables dans le doux parfum des jasmins. Le serveur la plaça à la table 11. Elle remarqua le chiffre. Il revenait souvent ces derniers temps. Un spécialiste lui avait annoncé quelques mois avant qu'elle possédait les chiffres 11 et 22, des chiffres de personnes aux activités et aux connaissances particulières. Le couple de serveurs aux habits bleu pâle comme des nurses anglaises s’occupa d’elle puis, le serveur au teint coloré vint la voir. Il ne comprenait pas l'italien mais seulement le français. Il arrivait de Paris. Elle commanda un carpaccio de viande, un verre de vin de Vénétie et de l'eau pétillante. Elle lui parla de sa proposition de donation photographique. Il alla chercher la propriétaire de l'hôtel qui appela son mari. Rituel et inévitable délire sur la beauté de Venise … Ils acceptèrent sa proposition photographique et une œuvre grand format apportée avec elle, un contrejour depuis leur quai vers la Giudecca avec deux oiseaux passant au centre de la photographie. Souvenez-vous, elle avait fêté dans leur salon, avec la signora, ses 10 ans de fiançailles avec Venise, sa ville.

                 De retour chez elle, elle expédia à la Pensione La Calcina, 200 photographies des lieux. La propriétaire envisageait de reprendre les réunions littéraires dans son hôtel. Elles avaient eu lieu fin XIXe siècle et jusqu'aux années 50.

L'ile de la Giudecca

                 En face du quai - Les Zattere -, voyez la longue ile de la Giudecca et localisez le - Ponte Lungo – (le pont long), l'église du Rédempteur, celle de Sant'Eufemia et celle des Zittelle, désaffectée, puis, les jardins et tonnelles de l'Hôtel Cipriani. Elle a eu l'occasion d'entrer dans leur verdure. Cet hôtel et ses jardins donnent aussi, de l'autre côté de cette bande de terre, sur l'immense espace fréquenté par les bateaux des pêcheurs de Chioggia. Au restaurant Altanella, calle delle Erbe (ruelle des herbes), un jour d'hiver et de froid brouillard, elle apprécia un succulent plat de gnocchi faits maison, cuisiné par la patronne et servi par son fils. Un régal. En hiver, les repas se prennent à l'intérieur parmi les tableaux contemporains figuratifs exposés sur les murs du restaurant. Au printemps et en été, les clients déjeunent sur la terrasse au bord du canal. Après le repas, elle faisait toujours un tour dans les ruelles de l'ile : voilà l'Auberge de Jeunesse et les quelques boutiques du quai face au quartier Saint Marc et du linge séchant sur des câbles. Plus loin, de belles villas et divers établissements renommés, des enfants jouant au ballon et le vaporetto traversant, inlassablement, le large canal de la Giudecca, transportant vénitiens et visiteurs. Quel calme ...

 

La lagune

                 La lagune vénitienne, peu profonde, correspond au delta du Pô, long de 50 kilomètres de Caorle au nord à Chioggia au sud. La lagune ... un autre monde. Des ilots herbeux recouverts d'eau ou non selon la hauteur de la marée, survolés par des volatils. Un espace naturel où vivent oiseaux, poissons, animaux, pêcheurs et chasseurs. Les maisonnettes des chasseurs dans les roseaux appelées - casoni - et les vallées de pêche pour une pratique ancestrale. Oubliez le terme - vallée - entre deux montagnes. Dans la lagune, les vallées de pêche ont été crées et organisées par l'homme en secteurs séparés et préservées de la pollution pétrochimique du port de Marghera. Elles sont aussi préservées des pesticides utilisés par les paysans de terre ferme. Le vaporetto contourne des ilots et suit sa route délimitée par des groupes de pieux enserrés par des rubans métalliques montrant le chemin aquatique obligatoire.

                 Elle m’expliqua la lagune vénitienne, ses iles abandonnées surmontées d'une maison en ruine, des lieux gris perdus sur l’eau, vus depuis la vitre ruisselante de pluie d'un vaporetto. La lagune, du vide dans l'eau et de l'eau dans du vide. Un bout du monde mais aussi, une réserve naturelle d’oiseaux et des ilots ossuaires datant du moyen-âge et des Templiers. Des cérémonies étranges y seraient célébrées encore parfois, parait-il.

 

Chioggia

Le port de pêche vénitien. Une ville de pêcheurs

                 Un près actif situé en direction de Ravenne. Une petite ville tranquille et ses nombreux bateaux amarrés en ville sur des canaux. Changement d’ambiance. La vie normale quotidienne d’une petite ville et de son port de pêche. Les pêcheurs s’occupant de leurs bateaux. Les ménagères faisant les courses au marché et conduisant les enfants à l’école. Notre amoureuse de Venise s'y rendit plusieurs fois par un bus partant de l’entrée de Venise à l’arrivée de la digue venant de terre ferme. Le bus contournait le delta du Pô par le sud. Elle évita ainsi la foule du week-end pendant carnaval et côtoya les ouvriers du port pétrolier de Marghera créé dans les années 20 sous Mussolini. Chioggia et des prix si différents de ceux de Venise. Il lui sembla mal comprendre les étiquettes. Un autre monde …

 

Elle à Venise à partir de 2003

                                Déjà un an avant l'arrivée de l'euro, le coût de la vie augmenta. Impossible pour elle de continuer à assurer ses frais de déplacements fréquents à Venise et en Toscane et de payer son travail photographique coûteux. Elle profita du volume infini d'informations à disposition sur internet pour se tenir au courant de l'actualité vénitienne, des problèmes spécifiques de la ville lagunaire et géra documentation, newsletters spécialisées, contacts et secrétariat trilingue. Elle lut aussi les écrivains fréquentant la Reine des mers. Si nécessaire, elle interrogerait ses correspondants rencontrés lors de ces déplacements. Elle demanda à son photographe seulement le développement des négatifs et les cd rom. Plus de tirages sur papier. Elle répertoria encore des milliers de photos pour les faire entrer dans des instituts culturels par donations et sur des banques de données en Europe, Usa, Canada, Monaco. Elle continua la recherche de nouveaux lieux de donations, se rendit aux conférences concernant la politique italienne à Sciences Po'/Paris et à son cinéclub, passa des heures à la librairie du Louvre après avoir assisté aux présentations des nouvelles expos à l'auditorium qui l'invitait. Elle voyait les nouveaux films italiens sortant à Paris si le thème l'intéressait ou se trouvait lié avec son travail. Elle regardait les sorties de livres d'auteurs italiens à la librairie La Compagnie en bas de la rue de la Sorbonne. Un lieu calme appréciable.

                 Son esprit se trouvait à Venise et à partir de 2016, elle se mit à étudier l’historique de l’islam, Al-Andalus et son érudition pendant 7 siècles en terre européenne, la diaspora musulmane obligée par la Reconquista des rois catholiques qui favorisa leur participation à la Renaissance italienne. Quel choix se présentait à eux ? Se convertir au catholicisme, mourir ou partir. Elle chercha à comprendre l'actuelle situation des musulmans français issus de l'immigration du Maghreb, leur interprétation historique de la continuité des évènements depuis une cinquantaine d’années.

 

2012. Anniversaire. 20 ans de fiançailles avec Venise.

                 Elle eut envie de réunir quelques personnes à Venise pour fêter l'évènement. Elle imagina un diner à la Taverne San Trovaso après un apéritif à la Calcina dans l'ombre de John Ruskin avec la signora du quai Venier Do Leoni et sa sœur habitant la ruelle proche, près de l'église Saint Agnès sur la ruelle Foscarini. Elle aussi louait des chambres très simples aux visiteurs de passage. Facile pour mon interlocutrice de réserver des chambres pour quelques personnes en prévoyant à l'avance. Quelques personnes contactées ne purent se déplacer ou ne virent pas le motif exceptionnel à saisir pour aller respirer avec elle l’une des merveilles insolites du monde. Un collègue, amoureux à sa façon de la Sérénissime République, accepta de venir avec grand plaisir. Sa présence serait accompagnée de quatre autres personnes. Incompréhension : évident pourtant qu'elle ne pouvait pas payer le séjour complet des personnes contactées. Elle voulait créer un évènement original, une expérience et proposer à quelques-uns, adeptes du lieu, pour un bon motif pour se retrouver dans l'architecture orientale et les reflets. Que fit-elle ? Elle fêta cet anniversaire avec elle-même sans se rendre à Venise. C’était encore le mieux. 

 

2017. Anniversaire. 25 ans de fiançailles avec Venise.

                 Elle ne proposa rien à personne.   A chaque instant, elle vit à Venise par l'esprit et son alliance d'or en témoigne depuis 25 ans. 

 

                 PENDANT QU’ELLE DESERTE VENISE

Roscoff, Vienne, Séville et Cordoue, Lourdes, Berlin

Conférencière en italien à Notre-Dame de Paris

                 Comme l'écrivain Thomas Mann, un jour, elle ne supporta plus de constater de voir son programme ralenti à Venise. Comportements, erreurs d'informations, inorganisation locale, faux horaires de trains. A la place de petites aquarelles commandées pour Noël, elle reçut d'autres modèles. Le verre transparent et turquoise du lampadaire acheté à Murano se fendit au premier allumage. Il fallut en fabriquer un nouveau mais le verrier devait être dans un travail de la même couleur. Il fallut attendre des mois. Une vénitienne lui donnant rendez-vous ne se présentait jamais. Etourdie disait-elle. Des trains existaient sur les annuaires à Paris mais pas dans les annuaires de la gare de Venise. Un hôtel fermé alors qu'elle avait réservé. Machin ne trouvant plus les infos sur Truc et Trucbis oubliant leur rendez-vous. Le lieu de son exposition changé : elle n'en était pas informée mais venait exprès de Paris.

                 Vous savez qu'elle travaillait sans arrêt : la journée pour vivre et payer son appartement, le soir et les weekends à son travail artistique plus des déplacements fréquents organisés et financés par elle sur de courtes périodes de congés payés. Elle ne se rendit pas à Venise pendant plus d’une année. Mais, pourra t-elle oublier vraiment ce lieu magique ?

 

                 Elle en Bretagne. Roscoff

                 Accompagnons-la en Bretagne du nord. Pendant son séjour pour des soins dentaires d'eau de mer purifiée en été 97, elle proposa son diaporama commenté en direct sur Venise à l'Office de Tourisme et à la station marine du Cnrs disposant d'une grande salle de conférences. Idée retenue pour l'été 1998. La projection gratuite eut lieu au cinéma de Roscoff. L'affiche invitait les habitants et les vacanciers un dimanche après-midi à une promenade à Venise Des journalistes de Ouest France et du Télégramme de Brest assistèrent à la projection. Le Télégramme titra ainsi son article - Les chats ont sauvé Venise ! -, tandis que Ouest-France, plus discret, annonçait - Promenade à Venise -.

                 Elle retourna plusieurs fois dans cette ancienne cité corsaire les années suivantes jusqu'en 2004.

 

Une rencontre italienne amicale à Roscoff

                 En Août 2004, une relation de cette merveilleuse petite ville, lui présenta une italienne de Trieste logeant chez elle. Un séjour en thalasso gagné par un concours. Elles déjeunèrent chaque jour sur la plage de Rockroum, en contrebas de l'établissement marin, le premier créé en France en 1899, en face de la vue sur l'ile de Batz. Le soir, le faisceau de lumière projeté par le phare balayait l'espace dès la nuit tombée. Elles se revirent à Paris plusieurs fois et sont toujours en contacts fréquents en échangeant des données franco-italiennes. Roscoff ... un lieu calme et charmant, face au décor de l'ile de Batz et son phare. Le soir, l'ile lançait son grand rayon de lumière sur l'eau. Une réplique du bassin Saint Marc à la fin du jour ? Là aussi, comme depuis la terrasse du Danieli, un grand soleil rouge-orangé glissait dans l'eau derrière l'ile. Roscoff ... mystique ? Serait-ce à cause d'une empreinte laissée par la statue de la Vierge débarquée un jour d'un navire dans l'ancien port, devant l'actuelle station marine du Cnrs ? Roscoff ... un bourg aux maisons de caractère en granit breton, une ancienne ville de riches armateurs, des ruelles longeant de vieux murs. Sur la promenade des tamaris commençant devant la station marine face à l'ile de Batz, un calme étonnant régnait. Les visiteurs et les chiens se promenaient en souriant. L'air fortement iodé donnait des vertiges aux nouveaux arrivants. Un taxi minibus proposait des excursions dans la région. Le chauffeur, natif du lieu, commentait le circuit pendant quelques heures ou une journée. Elle visita ainsi l'Armorique mais aussi la côte par Douarnenez, la pointe du raz, Trégastel, Ploumanach, Carantec, Saint Pol de Léon et sa cathédrale imposante en granit du pays.

 

Elle à Vienne. 31 Décembre 1997 - 1er Janvier 1998

                        L'avion décolla. Une cabine décorée de branches de sapin aux grands nœuds rouges et une odeur de pain chaud. Les hôtesses servirent le petit déjeuner. Enfin, elle allait connaitre Vienne, la salle dorée du Musikverein, son acoustique exceptionnelle et assister au concert télévisé du 1er Janvier, celui que vous regardez chez vous pour commencer l'année. Elle en rêvait depuis longtemps. Elle partit avec un petit groupe, juste quelques personnes. Au programme ? l'Art Nouveau, la galerie de peinture du Belvédère, La Flûte enchantée à l'Opéra, collections du Palais des Beaux Arts, la pâtisserie Demel, diner dans une taverne autrichienne et le célèbre concert du Musikverein. Chaque année, les fleurs venant de San Remo recouvraient le pourtour de la scène. Une décoration à l’italienne. Quelle chance pour elle : les voix légères des petits chanteurs de Vienne, présents pour les fêtes de fin d'année, se firent entendre depuis le balcon entourant l'orgue. A l'entracte, ils vinrent dans l'allée centrale de la salle dorée et offrirent des roses à toutes les dames. L'orchestre, dirigé par Zubin Mehta interpréta les pièces viennoises traditionnelles et vint, la Marche de Radesky. Les spectateurs, joyeux, tapaient dans les mains.

 

Elle en Andalousie

Cordoue

                 Au printemps 1998, la voilà dans de nouveaux paysages ocres autour de Cordoue. Son petit groupe bénéficia de l’accompagnement d’un journaliste musical. Le long pont romain franchissant le Guadalquivir conduit dans le quartier juif aux ruelles traditionnelles et les pots fleuris accrochés sur les murs blancs les colorent. Elle visita la mosquée, un espace immense tel un quartier : pénètrons par la cour des orangers et ses fontaines. Et à l’intérieur, impressionnantes ces arcades doubles de briques rouges et de pierre ivoire, les unes derrière les autres à l'infini. Une mosquée contenant une cathédrale intégrée à l'époque du passage de Cordoue de l'islam au catholicisme imposé par les rois catholiques en 1236. A l'origine, une petite église des Wisigoths, transformée en mosquée avant d’être – la mosquée de Cordoue –, agrandie trois fois jusqu’à 22000 mètres carrés. Cordoue, un important centre intellectuel et culturel musulman pendant 7 siècles de présence islamique en Andalousie. L’éminent Averroès, penseur et théologien du XIIe y naquit et vivait dans la ville. Les mosquées, lieux de prières, furent dès leur origine, des lieux culturels, intellectuels et d’études pour les populations.

                 Redécouvrant Cordoue en 2017 pour l’écriture de son livre – L’Oriental -, elle me raconta cet épisode. Une forte envie d’y retourner physiquement se manifesta pour une nouvelle découverte selon son étude de l’islam depuis deux ans. Un aspect mystique du lieu lui apparaitrait-il plus précisément en y retournant ? Profiteriez-vous de sa proposition et de porter son sac de voyage et vous seriez en vacances. Dans la journée, son programme et ses rendez-vous seront établis par avance. Et la visite de Grenade s'impose par la même occasion. Important de toucher sur place l’intellect qui régna sur Al-Andalus dans les siècles passés. Elle s’y emploie déjà chez elle par les livres et internet. Il semblerait que depuis quelques années, l’évêque de Cordoue veuille éliminer l’appellation - Mosquée-Cathédrale – au profit de – Cathédrale -. Polémique. Les visiteurs viennent à Cordoue surtout pour la mosquée, témoignage immense laissé par les siècles et par les musulmans en terre occidentale à partir de 711. A Grenade, actuellement, depuis trois générations, les imams de la Grande Mosquée sont des espagnols convertis. Serait-ce une nouvelle perspective pour d’autres villes d’Europe aussi ? Une répétition de l’Histoire ? Les prières pourraient-elles à nouveau résonner dans la mosquée de Cordoue et remplacer les touristes ?

                 Quelle émotion pour elle en visitant l'immense mosquée-cathédrale en Mai 1998. La vision de cette forêt d'arcades bicolores, rouges et ivoires alternés puis de cette cathédrale intégrée en son centre, lui laissèrent un souvenir puissant de la grandeur du lieu. Au Portugal, l'architecture islamique est toujours présente, témoignant de la présence orientale qui dura moins longtemps qu'en Espagne.

 

Séville

                 Son opéra construit en 1992 et son intérieur de bois clair. Une mosquée devenue cathédrale d’une hauteur de voutes de 90 mètres : impossible d’en voir l’architecture haute sans regarder dans le miroir installé sur un pied. Un ancien minaret de pierre ciselée pour clocher. Elle visita l'Opéra, La Maestanza, dirigé par un italien et assista à la représentation du Barbier de Séville. Le décor de scène répétait le décor réel autour du théâtre : la tour d'Or, ancien point d'observation militaire contrôlant les entrées des bateaux sur le Gualdaquivir passait devant l'Opéra. Souper après la représentation puis, retour dans les murs blancs du quartier juif. Les chambres donnaient sur un patio. L’eau de la fontaine murmurait le matin sur les azulejos.

 

Elle à Lourdes

                 Elle rencontra les marchands du Temple en été 1999 dans une multitude de boutiques d'objets de piété. Lourdes et sa multitude d’hôtels, les uns sur les autres dans les rues centrales. Chaque matin, elle consultait les livres de boutiques spécialisées et parlait avec les vendeurs avant d'entrer sur le secteur des sanctuaires, lieu de paix, loin des bruits de la vie citadine.

                 - Les pèlerins reçoivent des grâces pendant leur séjour, mais, pas nous qui vivons ici, lui dit une commerçante.

Le premier soir, elle regarda la procession depuis la basilique ancienne. En contrebas, le serpentin lumineux des flambeaux et les chants des fidèles venus du monde entier. La pancarte en tête de chaque groupe indiquait sa provenance. Beaucoup d'italiens. Elle parla italien pendant une semaine. Elle participa à la procession du soir le lendemain. Le dimanche matin, messe internationale dans la basilique contemporaine souterraine, célébrée par plusieurs prêtres dans ce vaste espace impressionnant de grandeur et de foi des malades et des pèlerins. Dans un secteur après la grotte, de nombreux fidèles attendaient des heures en priant pour leur bain dans l'eau de Lourdes purifiante. Elle mit des cierges en évoquant des intentions particulières. Elle s'aperçut en fin de séjour que les photos étaient interdites sur les sanctuaires. L'avait-on vu photographier ? Ce travail photographique fit l'objet d'une donation destinée à Jean-Paul II pour les archives générales du Vatican.

                 Sur un cliché pris depuis la basilique du XIXe le premier soir, lorsqu'elle regardait la procession se dérouler plus bas, son père de dos devant elle, regardait lui aussi la procession du soir. Pourtant il habitait dans le ciel depuis deux années. Elle savait que pouvaient se produire ses situations, révélant l’existence d’un autre monde présent autour de nous.

 

Elle à Berlin, Octobre 1999 et Décembre 2001

                 Comment aurait-elle pu imaginer aimer Berlin ? Dans les mémoires, même sans avoir vécu cette longue période de guerre, des images noires de la porte de Brandebourg se sont enregistrées.        Elle se joignit à un petit groupe organisé par un journal catholique connu et séjourna une première fois quelques jours à Berlin fin Octobre 1999. Hôtel dans l’ex Berlin Est. Dès la descente de l’avenue Karl Marx, étincelante sous le soleil après la restauration des façades, elle aima Berlin. Autour du Parlement, des travaux gigantesques envahissaient l'espace immense. Sa coupole de verre venait d'être posée sur son architecture XIXe siècle, enfin réhabilitée complètement depuis 1945. Dans la transparence de la coupole, la vue sur la ville la captiva. Partout des tuyaux surélevés transportaient l'alimentation en eau indispensable aux travaux sur cette zone et celle de la chancellerie en construction. Le drapeau allemand flottait au vent. Beau triptyque photographique de sa part accepté ensuite à la Bibliothèque Nationale de France avec des œuvres sur Sienne. Le directeur du journal et sa femme, sachant sa démarche, l’attendait en haut du monument. Au loin, elle reconnut le bâtiment jaune de la célèbre philharmonie construite dans les années 60. Futuriste à l'époque mais esthétiquement toujours bien intégrée dans le décor visuel. Des avenues très larges aux œuvres d'art contemporaines comme exposées en plein air et Tirgarten, une forêt au milieu de la ville sur un kilomètre et demi.  Postdamer Platz et sa gare en construction pour de nombreuses interconnexions vers l'extérieur de la ville. Le Sony Center : buildings et articulations métalliques recouvertes, fermant en hauteur l'espace entre les bâtiments. Un quartier aux tons ocres tout récent construit par Renzo Piano sur un plan de ville ancienne en étoile : depuis la place centrale avec cafés et théâtre partent des rues bordées d'arbres déjà grands, âgés de vingt ans. Des immeubles de bureaux. Un centre commercial. Le quartier semblait habité depuis longtemps alors qu'il venait de naitre. A droite de la porte de Brandebourg, l’emplacement de l'ambassade de France bientôt en construction. Partout dans la ville, les immeubles contemporains d'architectes mondiaux réputés. Elle assista à la 9ème symphonie de Beethoven dirigée par Daniel Barenboïm à l'Opéra d'Etat et à Tosca au Nouvel Opéra, dans une distribution italienne.

                 Lors d’un second séjour fin Décembre 2001, le soir du 31 Décembre, la voilà spectatrice à la Philharmonie : le Maestro Claudio Abbado dirigeait des chanteurs lyriques. L’hôtel offrit la soirée du dernier jour de l’année et une évocation réussie des comédies musicales et de Marlene Dietrich. Pendant plusieurs mois, elle pensa à Berlin, un large espace culturel où respirer. Une découverte. Elle projeta d’y retourner encore pour connaitre les quartiers artistiques branchés situés dans l’ex Berlin Est. Elle envisagea d’y habiter pour quitter le centre parisien en 2011.

 

Conférencière en italien à Notre-Dame de Paris

                 En Janvier 2000, pour le jubilée, elle fit partie des 60 guides bénévoles en plusieurs langues de la cathédrale de Paris. Elle guidait les italiens. Elle fit remarquer aux collègues de son autre travail qu'elle était montée en grade : elle parlait au micro de la cathédrale comme le Cardinal ! La visite était gratuite mais il fallait tendre la main à la fin du commentaire, ce qu'elle ne fit pas. C'était gratuit ou ça ne l'était pas. Il était demandé aux conférenciers de lancer des messages chrétiens à l'intention des visiteurs, de parler de la fête catholique arrivant. Elle concevait d'être conférencière historique seulement. A Notre-Dame, de nombreux ecclésiastiques aux connaissances précises pouvaient, mieux qu'elle, instruire les visiteurs. Une séance de formation eut lieu au Musée d'Arras où sont conservés les tableaux originaux offerts par les corporations du moyen-âge jadis placés dans les chapelles du pourtour de la cathédrale. Habitant à l'extérieur de Paris, elle ne put suivre les formations mensuelles du soir rue du Cloitre Notre-Dame et rentrer tard en Rer. Elle quitta rapidement la mentalité peu favorable aux femmes. Elle ne cherchait pas à s'occuper, ses activités étant déjà trop nombreuses.

557169c35fb1ao

INTERVEW A VENISE

 

                 Lors d’un de ses nombreux séjours vénitiens, le journaliste Giovanni de Venis a tenu à connaitre sa vision personnelle de Venise. Il vint quelques temps après lui rendre visite dans ses vertes collines près de Paris. L’aventure vénitienne imprévue de notre amie, à partir de Février 1993, vous est rapportée par ces lignes. Retournera t-elle à Venise physiquement ? Les hordes barbares des temps actuels dans sa ville la dérangent. Elle ne fait pas partie de leur monde. Pourtant, elle sait où s’isoler dans Cannaregio et vers l’arsenal et connait quelques chambres en rez-de-chaussée dans un ancien palais de doges entouré d’un vert jardin décoré d’antiques de pierre ainsi qu’un appartement sur jardin, dominé par le campanile de l’église de la Madonna dell’Orto et une possibilité existe aussi à Castello, juste à côté de l’église San Giovanni in Bragora où fut baptisé le Maestro Vivaldi, sur le campo Bandiera et Moro. Quelqu’un vient de lui confirmer que la foule dérangeante est encore actuellement concentrée sur le trajet gare Santa Lucia – Place Saint Marc et que les bateaux de croisières ne sont pas présents à certaines saisons. Alors, sait-on jamais … reste à solutionner son transport et le portage de son bagage.

Si vous suivez des chats soriani, dans les ruelles,

ils vous guideront dans la brume puis à travers le contrejour d'un décor flottant dans une intense lumière. Vous frôlerez les reflets magiques de lieux insolites silencieux. Ils vous entraineront dans un monde féérique et la frénésie du carnaval.

 

Ecrit par Elle pour le lecteur de son livre

 

– Le Voyage à Venise –, Déc. 1999

 

L'eau et la pierre,

 

Venise pose sa beauté sur des reflets. Une invitation à entendre le discret clapotis de l'eau frappant le bord de pierre du canal. Après le silence d’un lieu oublié, voici le bruit des pas sur la pierre des ruelles. Il rythme la ville posée entre eau et pierre.

 

Ecrit pour vous par Elle, Déc. 2017 

 Venise est le plus prodigieux évènement urbanistique existant sur cette terre. Le Corbusier

Venise est un lieu où règne la beauté. C'est la plus prodigieuse machine à faire rêver sortie de l'imagination des hommes. Venise qui n'en finit pas de mourir et de ressusciter.

 

Jean d'Ormesson

 

RECITS DE TOSCANE

 

La Toscane,

un charme entre illusion et réalité, le lyrisme d'une langue d'art, l’harmonie divine du paysage. Histoire et patrimoine. Des valeurs inestimables.

                 Les historiens européens estiment que la Renaissance (un terme inventé au XIXe siècle) représente le début des temps modernes plaçant l'humain au centre du monde. Le concept visuel de la Grèce antique réapparut par le travail des sculpteurs reprenant le gigantisme des statues et des colonnades, les introduisant dans les palais, en ville, en campagne et dans les jardins. Florence, berceau de l'humanisme, de l'homme nouveau et d'une culture brillantissime.

                 Notre amie se rendit à Florence plusieurs fois. Elle aima vite l’atmosphère des palais florentins aux énormes blocs de pierre taillés et leur bossage : empreinte des siècles de la pierre, noble matière, création esthétique raffinée des architectes et des ouvriers talentueux de la Renaissance. Piazza Trinità, Via Maggio, via del Corso et del Proconsolo …

 

Le Pays de Toscane

                 Elle vous offre une brève description d'une terre paradisiaque : Florence et des villages anciens dont l’architecture témoigne de leur histoire sur fonds de doux paysages. La Renaissance par les Arts reprenait les concepts de la statuaire du temps grecque. Artistes, artisans, architectes, littéraires, sculpteurs et scientifiques, tous des génies. En campagne, des demeures séculaires imposantes aux jardins dominant des vallées souvent ombragées et d’étroites routes aux flancs de collines.

 

 

Filippo_da_Verona_-_Scuola_del_Santo_-_Padova

 

A chaque instant, vous touchez du regard le - sens du Beau -. Par les peintres, après les thèmes religieux aux fonds d’or byzantins, la perspective fut représentée et des portraits par la peinture à l'huile remplaçant les fresques et les thèmes religieux chrétiens. Un immense patrimoine national à entretenir et à conserver. Le Pays de Toscane ... lumière et perfection visuelle ? Harmonie et présence céleste ?

                 - Comment ce paysage peut-il être aussi beau ?

                 - Nous, ici, nous sommes habitués depuis toujours.

Imaginez avec Elle ...

                 Un chemin bordé de cyprès d'un vert sombre montant sur la hauteur en serpentant. Il rejoint une maison viticole.

                 Le cyprès, symbole d'éternité ...

                 Des champs de tournesols couleur soleil longeant une petite route serpentant le long d’une colline boisée.

                 Des petites villes aux noms étincelant de lumière : Castellina in Chianti, Monterrigioni, Greve in Chianti, San Giovanni Val d'Arno, Siena, Pienza, Arezzo, Castello di Brolio …

                 Harmonie du paysage naturel et lignes massives parfois austères des palais d'époque Renaissance.

En Toscane, ces lieux anciens reflèteraient-ils un autre monde ? Un monde parfait ?

                 En Mars 2002, au cours d’un colloque du Louvre, elle apprit de l'architecte paysagiste que l’homme avait façonné le paysage toscan.

 

Liaison ancienne France-Toscane

 

                 Catherine de Médicis épousa Henri II, Marie de Médicis devint la femme d'Henri IV. La liaison des Médicis avec la famille de Lorraine créa aussi un lien fort entre la France et la Toscane des Médicis. Ces deux reines apportèrent en France le raffinement et une civilisation. Notre inconscient français connait les lieux florentins depuis des siècles.

ob_4b93a4_dscn4162

 

Elle et la Toscane

                 Elle circula dans une campagne sublime. Serait-elle originaire de Toscane ? Son patronyme pourrait le laisser penser. Revisitant un jour la galerie de peintures italiennes du Louvre, elle découvrit un peintre toscan de la Renaissance au patronyme identique au sien. Etonnant ce nom similaire sur un monument funéraire du Castello di Brolio dans le Chianti. Casanova : ses recherches ne permirent pas de contrôler une parenté avec le célèbre vénitien. Une liaison existe pourtant entre elle et cette terre dorée. Souvenez-vous, au lycée à Paris, elle apprit l'italien facilement avec un an de retard. L'esthétique sonore, le rythme de la langue lui parlaient.

 

Le syndrome de Stendhal

Malaises par overdose de beauté

                 Stendhal, Consul de France à Rome au XIXe siècle en fut victime lors d'un déplacement à Florence. Il visitait l'immense église Santa Croce présentant les tombes de Michel-Ange, du poète Alfieri, Machiavel et Galilée. Ce malaise prit le nom de - syndrome de Stendhal -. Un service de l'hôpital Santa Maria Novella au centre de Florence soigne ce trouble des êtres hypersensibles. Des émotions trop fortes les envahissent. Les asiatiques en sont souvent atteints en venant pour la première fois en Europe et notamment à Florence, en découvrant l'esthétique de ces décors architecturaux inconnus pour eux.

 

                 L'architecte Filippo Bruneslleschi

 

                 Il sut clore la cathédrale Santa Maria del Fiore très longtemps après sa construction. Sa coupole aux dimensions énormes, pèse 37000 tonnes. Mon interlocutrice résida dans un hôtel en étages le long de la cathédrale. Par la fenêtre de la salle de petits déjeuners, elle photographia l’architecture de marbre de plusieurs couleurs et l’arrondi de l’énorme coupole. En arrivant par la Via Scala, une étroite rue latérale débouchant sur la cathédrale, l’espace visuel au bout de la rue se trouve rempli par la coupole gigantesque couleur brique. La date anniversaire de la mort de l’architecte renommé est célébrée chaque année par les florentins.

 

                 L'Italie du XIIIe siècle

 

                 Des cités-états rivales dirigées par des familles de grands bourgeois enrichis de leur sens inné du commerce. Leurs enjeux ? Pouvoir, prestige et construire. Grande rivalité notable entre Florence et Sienne par exemple.

 

florence2

Dans Florence historique

                        Benozzo Gozzoli, peintre de la chapelle des mages du palais Medici Riccardi, la mairie de Florence et sa merveille picturale sur les murs de l'espace restreint : un cavalier aux boucles blondes sur son cheval, peint en évidence parmi de nombreux autres personnages : Laurent le Magnifique regarde le visiteur.

                 Marchons dans l'ombre des génies : Botticelli et Piero della Francesca, Donatello et Fra Angelico, Massaccio, Giotto et Uccello, Filippo Lippi et Leonardo di Vinci, Cimabue et tant d'autres encore. Rencontrez aussi Boccace, Dante et Pétrarque, Malaparte puis Galilée.

 

                 En 1504, Michel-Ange offrit au monde son David.

Sa copie préside sur la place du Belvédère en montant vers l’église San Miniato et devant l’entrée du Palazzo Vecchio sur la place de la Seigneurie. L’œuvre originale de marbre blanc est conservée à la Galerie de l'Académie.

 

florence

 

 

David …  Sculpté dans un seul bloc de marbre de grande qualité.

                 Des lèvres dessinées parfaitement, les veines de sa main effleurant sa peau légère et les boucles de ses cheveux encadrant un regard minéral, doux mais puissant. Seul un génie pouvait créer ainsi.

Le David de bronze de Donatello, vous le rencontrerez au palais du Bargello, derrière le Palazzo Vecchio.

                 Arrêtons-nous devant le contrejour de la fontaine de Neptune de Bartolomeo Ammannati en marbre de Carrare : tel un géant, Neptune, Dieu de la mer, aux traits de Cosme 1er de Médicis, préside dans l’eau au milieu de la fontaine. Trois tritons et quatre chevaux marins l'entourent. Et une pluie étoilée ruisselle sur les chevaux de marbre.

                 A l'entrée de la Loggia des Lanzi, deux grands lions de pierre, la patte posée sur une boule. La grâce du Persée de Benvenuto Cellini capte votre regard. De même, les corps parfaits, sculptés dans un seul bloc de marbre par Jean de Bologne pour son Enlèvement des Sabines.

                 Les émotions par beauté de l’art se succèdent. Une fatigue émotionnelle accablante parfois. Overdose de beauté ? Attention au syndrome de Stendhal et aux malaises possibles pouvant surgir et le soir, la place de la Seigneurie, peu éclairée, vous bouleversera à nouveau …

 

Une subtile beauté transforme le monde. Il devient idéal.*

                 Dante nous ouvre les portes de sa maison rue Santa Margherita et Fra Angelico nous reçoit dans les cellules des moines peintes à fresques au couvent Saint Marc.

                 Un superbe Filippo Lippi à gauche en entrant dans l'église de la Badia, animée par les Fraternités Monastiques de Jérusalem, rue del Proconsolo, derrière le Palazzo Vecchio.

                 La cathédrale Santa Maria del Fiore, le Duomo, de style gothique italien. Il ne ressemble pas à celui des cathédrales du Nord de la France et date d'un siècle après le gothique français. La structure médiévale a été conservée, trapue, et a été revêtue d'une - décoration gothique italienne -. Les architectes italiens de l'époque ne croyaient pas à la solidité de l'architecture gothique française. Ils conservèrent la structure médiévale qu'ils connaissaient déjà et habillèrent voûtes et façades.

                 Dans le baptistère, un Christ aux dimensions écrasantes vous regarde depuis la voûte mosaïquée.

310

 

Le Ponte Vecchio et le quartier de l’OltrArno

                 Elle aime le Ponte Vecchio depuis une vieille photographie entrevue dans les années 1960. Elle hésita tant en 1963 sur le choix du lieu de son stage après son diplôme de la Chambre de Commerce Italienne de Paris : Florence ou Rome ? Ce pont habité l'attirait, Rome aussi. Il fallut trancher. Elle choisit Rome en regrettant le pont sur l'Arno. Elle le fréquenta en esprit pendant des années. Vingt ans plus tard, elle se rendit à Florence et marcha enfin sur le Ponte Vecchio. Sa préférence ?

                 Le quartier de l’OltrArno. Le célèbre pont le rejoint en vous menant vers Santa Maria del Carmine peinte à fresques par Massaccio. Savez-vous qu’au moyen-âge les tanneurs travaillaient sur ce pont et qu’à la Renaissance, les bouchers y installèrent leurs boutiques ? Ils jetaient des morceaux de viande dans l’Arno et les odeurs envahissaient le quartier. Sur le Ponte Vecchio passe aussi la voie Cassia reliant Rome à la Toscane. Le couloir Vasari menant du musée des Offices au Palais Pitti, passe au-dessus des maisons du pont. Remarquez les fenêtres. Les portraits des nobles de la Renaissance y sont exposés sur un kilomètre de couloir-musée. Ce couloir permettait aux nobles de ne pas courir de risques en se mélangeant à la population des rues.

                 L’OltrArno, un quartier calme réservé aux piétons. Elle eut un jour de 1989, un entretien dans le petit théâtre – Il Punto -. Il touchait une église offrant de sortir du théâtre par l’église sur l’Arno où une barque attendait des passagers. La longue rue San Jacopo et ses palais cossus aux portes de bois cachent des jardins verts fleuris aux pieds de fontaines.   Via Maggio, et la maison de Bianca Cappello, vénitienne : sa belle-mère lui destinait un vieillard vénitien pour mari. Elle quitta la Sérénissime avec un jeune vénitien et devint maitresse puis épouse de François de Médicis, grand-duc de Toscane. Les florentins ne la reconnurent jamais. A sa mort, elle fut jetée dans une fosse. Florence et Venise rivales. Plus loin, l'église Santo Spirito et sa fontaine circulaire où l’on fait une pause quand il fait trop chaud. Marchons encore un peu jusqu’au cloitre de Santa Maria del Carmine. Dans l’église, découvrons les célèbres fresques de Massaccio. Un peu plus loin, l'église San Frediano et le marché des florentins du quartier. Voyons les travailler dans leurs ateliers de restauration de meubles et objets anciens. Après le Palazzo Pitti, en contournant les immenses jardins Boboli, entrons dans les jardins de la noble famille Torrigiani de la Renaissance près du quartier de Porta Romana.

 

Les villas médicéennes

                 A seulement quelques kilomètres de Florence, flânez dans les demeures des grands bourgeois de la Renaissance aux patios peints à fresques, aux vastes jardins et statues de pierre, énormes pots de terre cuite remplis de fleurs et fontaines. Elles dominent un panorama aux tons dorés dès le printemps.

 

Création de la banque

Les Medicis, collectionneurs d’œuvres d’art

                 Au XVe siècle, Cosme l'Ancien de l’illustre famille Médicis collectionnait des œuvres d’art et créa le système bancaire. Plus tard, son petit-fils, Laurent le Magnifique, humaniste, passionné d'art, écrivain et poète de talent, acheta sur ses fonds personnels des œuvres aux artistes ses contemporains. Le mécénat naquit ainsi. Une collection d'œuvres majeures réunies pendant 300 ans par les membres de la famille. Par Laurent de Médicis, les créateurs se trouvaient introduits auprès de familles riches achetant leur création. Il acheta des objets, des vases et les portraits créés par les peintres florentins. Une façon personnelle de s'appuyer sur l'art pour asseoir une influence publique et être connu dans toute l'Europe. Un pouvoir tel un roi ? Michel-Ange devint son créateur à demeure. Il le logea près de lui.

Saveurs culinaires

                 Déjà à la Renaissance, ces terres ensoleillées produisaient un vin rouge sombre réputé : le Chianti Classico. Avez-vous aussi entendu parlé du Brunello, du minestrone de légumes et haricots parfumé de basilique, de la charcuterie du Pays Toscan, des pâtes au basilique et du fromage des villages ? et les glaces du même nom de la rockeuse connue originaire de Sienne.

 

Des cours sur l’art italien à Sienne

                 Train de nuit Paris - Florence une nuit d'Août 1993. Elle arriva en la gare Santa Maria Novella le lendemain matin. Pour rejoindre Sienne, son train traversa la campagne et des petites gares aux noms enchanteurs. Il frôlait les champs de tournesols.

                 Gare de Sienne dans la ville récente s’étendant en contrebas de trois collines regroupant la ville historique moyenâgeuse. Elle monta en taxi. L'école lui avait réservé une chambre partagée avec d'autres étudiants. Le taxi s'arrêta via Santa Caterina. D’une fenêtre s’échappait les notes du concerto en Ré de Beethoven. Un cd probablement. Elle monta à l'étage. Sur le palier, un violoniste répétait un mouvement du concerto. Un bel accueil. Sa chambre toute simple donnait sur l'étroite rue descendant à pic vers la maison de Sainte Catherine de Sienne et la fontaine Branda. Dans la cuisine, une jeune fille brune finissait sa vaisselle. La propriétaire ? Non, une pianiste suivant le cours de perfectionnement d'un Maestro international à la célèbre école de musique - la Chigiana -. Chaque été, de nombreux musiciens venaient du monde entier suivre des cours de perfectionnement musical. Elles parlèrent de musique, de concerts, de leurs villes. Dans Sienne, ville sans voitures, des musiciens partout le soir en été. Des concerts sur les placettes à peine éclairées réservées uniquement aux piétons. Une amitié naquit entre elle et la jeune pianiste de Vérone. Elles déjeunaient ensemble et chacune partait ensuite vers son cours en début d'après-midi. Le soir, elles allaient au hasard des concerts dans l’architecture médiévale. Un rêve-réalité sur beautés sonores et visuelles. Tant d'émotions ...

                 Elle habitait dans le quartier de l'Oie. Le drapeau montrait une oie couronnée d'or sur fond blanc cerné de vert et rouge, les couleurs nationales. Elle acheta le drapeau pour l'exposer chez elle. Chaque maison du quartier arborait le drapeau du quartier de l'oie. Toutes les fenêtres siennoises montraient leur drapeau de quartier pour la course du Palio qui avait lieu quelques jours après sur la place centrale, le Campo, en forme de coquille Saint Jacques. Son sol de briques placées en chevrons devant le Palais Communal, à la fois mairie et musée. Le pourtour de la place venait d'être recouvert d'une épaisse couche de sable devenant la piste de course des chevaux de races sélectionnés dans chaque quartier. Trois passages très en pente passant sous de hautes maisons historiques encerclant la place du Campo permettaient de descendre sur la place ainsi qu'un un large accès près de la chapelle proche de la mairie-musée. Le cheval d'un habitant de l'un des quartiers de la ville gagnait la course. Elle avait lieu deux fois l’an en été. La course ne dure que deux minutes. Un grand danger dans la courbe près de la chapelle pour les pattes fines des chevaux. Un prêtre les bénissait dans une église de Sienne avant la course. Le Palio est une bannière crée par un artiste remise au quartier dont le cheval est vainqueur. Des diners ont lieu le soir même après la course, sur des tables dressées dans les ruelles. Et les chants traditionnels remplissent l'espace médiéval.

 

                 Novembre 1966. Inondation de Florence

                 Les eaux furieuses de l’Arno envahir la ville. Comme à Venise, que de pertes artistiques conséquentes. Il fallut de nombreux mois pour qu’une majorité de documents historiques importants puissent être mis à l’abri.

 

Le Palio

                 Elle assista la veille pendant plusieurs heures aux éliminatoires sous un soleil torride. Impossible de ressortir de la place pour qui y était entré. Des ambulances stationnaient sur la piste de terre près de la chapelle dans la courbe dangereuse. Si elle avait su ... elle aurait évité cet écrasant soleil. Sur le Campo, les fenêtres se louaient à prix d’or pour regarder la course du lendemain.

 

Autour de Sienne

                 La jeune autrichienne en cours d’histoire de l’art avec notre amie, logeait à un quart d'heure à pieds du centre de Sienne, sur une petite route quittant la cité moyenâgeuse par la via dei Tuffi qui descendait face à un vaste panorama, passant devant une chapelle et de belles maisons entourées de verts jardins aux énormes pots de terre cuite toscans plantés de fleurs. Un soir, invitée à dîner, elle descendit dans le contrejour superbe sur les collines. La propriétaire de sa camarade autrichienne louait les chambres d'hôtes dans sa grande maison toscane. Une façade aux lignes allégées par des arcades au rez-de-chaussée. La signora donnait des cours de cuisine à des étrangers. Autour de la maison, un jardin et deux chevaux. Elle espérait les voir gagner le Palio et son quartier recevrait les honneurs mérités. Son mari, agent immobilier fit visiter des maisons à notre parisienne. Elle circula une journée entière avec lui du côté de Castello di Brolio et de Monti in Chianti. Elle se voyait habiter là, dans ce reflet céleste. D’étroites routes ombragées le long de vieux murs de pierres longeaient les collines. Personne même au mois d’Août. Des chemins bordés de cyprès montaient la pente d'un vert paysage jusqu'à de vieilles demeures. La voiture traversa les vignes du Chianti et de calmes villages des siècles passés. Au bord d'un vignoble, la minuscule route arriva devant les arcades d'un petit couvent en rénovation, divisé en appartements. Un souffle léger frôla son bras. Un ange glissait-il sur le reflet du paradis céleste ? Ce petit couvent aurait pu devenir un centre de cours hiver comme été, un lieu de concerts avec logement des musiciens. Elle en parla à son retour au directeur d'un café-théâtre parisien qu'elle connaissait. La douceur de l’hiver en Toscane ... On accédait aux appartements par deux marches d'un côté, trois marches de l’autre. Vue sur la campagne et les collines boisées ou sur la petite route traversant un vignoble. Pas de voitures, pas de bruit, la vigne à quelques pas. L'agent immobilier siennois ne parlait pas. Seulement une phrase au cours de tout l'après-midi,

                 - Je suis né ici. Comment ce paysage peut-il être aussi beau ?

Ils croisèrent seulement deux anglais à vélos durant l’après-midi.

                 Sa femme de l’agent immobilier invita notre amie ainsi que la jeune pianiste pour le dimanche suivant. Ils circulèrent tranquillement jusqu'au Castello di Brolio qu'ils visitèrent. La signora commenta sa ville de Sienne : elle gardait son organisation militaire. Chaque quartier possédait son drapeau représentant un animal, sa maison de quartier, son musée. Tous les habitants et leurs enfants y travaillaient après l'école. Ils organisaient des diners, des sorties, des activités pour adultes et enfants. Pas de délinquance à Sienne. Les manipulateurs d'étendards s'entrainaient toute l'année sur certaines places pour participer à des fêtes historiques et pour le défilé précédant la course du Palio deux fois l’an.

                 Sienne ... construite sur trois collines et d’épais murs de pierre du moyen-âge. Leur ombre facilitait la marche dans la cité en été. Le Palio, les cours internationaux de perfectionnement musical à la Chigiana, Sainte Catherine, le duomo long de 120 mètres, gigantesque église de style pisan (marbre blanc aux lignes de marbre noir), son pavement noir et blanc aux personnages bibliques, la place du Campo, le minestrone et la charcuterie locale, le Chianti Classico et le Brunello, les cyprès montant le long d'un chemin pentu, les tournesols et le soleil. Voilà la Toscane.

                 Sienne sans voitures : seuls autorisés, les camions de livraisons le matin et les taxis en journée. Sienne : le duomo remplit des drapeaux des quartiers pour la course du Palio.

 

San Gimignano

                 Rendons-nous avec elle à la gare routière à l'entrée de Sienne, près de l'église San Domenico. Les peintures de cette église montrent les extases de Sainte Catherine. De cette place, voyez le panorama sur la ville historique et la longueur incroyable de la nef de la cathédrale, prévue à l’origine pour être plus grande et plus belle encore que Santa Maria del Fiore de Florence. Des villes rivales au XVème siècle. La cathédrale de Sienne ne fut jamais terminée par manque d'argent. Prenons le bus bleu pour nous rendre à San Gimignano et traversons la campagne boisée et cette terre orangée couleur terre de Sienne. Monteriggioni, Poggibonsi et voici les tours de San Gimignano à l'horizon. Le bus bleu s'arrêtait dans les petites villes. Des passagers montaient, d'autres descendaient. Elle aimait côtoyer la vie locale. A San Gimignano, le bus bleu s'arrêta devant les remparts et la porte San Giovanni. Elle la franchit et rejoignit les hautes tours élancées vers le ciel témoignant de la haine et des luttes sanglantes entre familles gibelines et guelfes. Des tours habitées à l'époque dotées d'escaliers incommodes. Place de la Citerne, place du dôme. Elle entra admirer l'intérieur orné de fresques racontant l'ancien et le nouveau testament de Bartolo di Fredi et de Barna da Siena et les deux statues sculptées par Jacopo della Quercia. En haut du village, dans un vaste jardin, un grand écran et des sièges : un cinéma d'été en plein air, une mariée et son photographe parmi les oliviers, un musicien au clavecin et une immense vue sur la campagne. En contrebas, sur la petite route, elle croisa un cabriolet rouge vif. Le voile de la mariée flottait dans l'air. Une image insolite d'un film sur l'écran géant du paysage.

 

                 La jeune pianiste de a Chigiana

                 Elle proposa à la parisienne de venir dans sa belle ville de Vérone et de rencontrer ses parents. En échange, mon interlocutrice l'invita à séjourner chez elle dès l'automne. Elle lui organisa un concert dans la capitale après avoir pris des contacts avec des églises et des lycées du quartier latin, des associations italiennes avec qui elle était liée culturellement. Elle n'avait jamais fait ce travail, peu importe. Une nouvelle expérience en plus. Et elle se voyait déjà s’arrêter à Vérone pour connaitre les parents de la musicienne, visiter la ville avant de continuer son travail à Venise distant de 150 kilomètres. Facile en train de rejoindre sa ville d’adoption et d’arriver, comme toujours dans le trafic des embarcations du Grand Canal en contrebas des marches de la gare Santa Lucia devant l’église San Simeone Piccolo et sa coupole. Cannaregio, son quartier l’attendait.

 

En concert à Paris

                 En Octobre, la pianiste véronaise joua dans le théâtre d'un lycée du quartier latin. Répétition le matin sur le piano d'un café-théâtre et la musicienne visitait ensuite Paris. Après son concert du soir rue Saint André des Arts, elles dinèrent avec quelques connaissances venues l’applaudir, sur une péniche-théâtre-restaurant amarrée en contrebas de l'Institut de France, près du Pont des Arts. Les bateaux-mouches glissaient sur la Seine étoilée devant l'architecture du Louvre.

                 L'année suivante, début Décembre, trois concerts furent prévus par notre amie. La pianiste joua sur un Steinway and Sons à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Applaudissements des malades et du personnel. Bouquet de la Direction offert à l’artiste. Elle se produisit une seconde fois au lycée du 6e arrondissement avec les compliments de la directrice et du professeur de musique. Concert le dimanche après-midi à l'église Saint Merri, proche du Centre Pompidou. Une église pleine et applaudissements soutenus. Le Directeur Artistique du café-théâtre où elle répétait le matin vint la féliciter. Mon interlocutrice continua à organiser quelques autres concerts pour des italiens dans cette église. La direction de la Maison de l’Italie de la Cité Universitaire boulevard Jourdan accepta de les loger à cette occasion.

 

Retour à Sienne

                             Elle savoura un quatrième séjour