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Retour sur les promesses électorales des candidats à l’élection présidentielle quant au devenir des Armées

Pendant la campagne pour l’élection présidentielle, la prestigieuse « Revue de Défense nationale », lue attentivement dans les cercles dirigeants de l’armée française, a adressé un questionnaire à l’ensemble des onze candidats sur leur vision de la Défense nationale et des principaux enjeux stratégiques du monde à venir.

Sept candidats ont répondu au questionnaire, parmi lesquels François Asselineau. Ces réponses ont été publiées dans le numéro 799 d’avril 2017 de la Revue de Défense nationale.

Mme Arthaud, MM. Cheminade, Lassalle et Poutou n’ont envoyé aucune réponse.

Le sommaire du numéro peut être consulté ici.

Un rapide coup d’œil sur le résumé des réponses des candidats, réalisé par la rédaction de la revue, confirme que :

Les 3 candidats euro-atlantistes (Emmanuel Macron, Benoît Hamon et François Fillon) ont affiché une perspective clairement européiste, sans revenir sur la sujétion de la France à l’UE et à l’Otan, et ont embobiné les électeurs par des formules ronflantes et creuses :

Comme on le voit, Emmanuel Macron, entouré d’une armada de « communicants », avait présenté un texte « marketing » multipliant les promesses grandiloquentes, creuses et contradictoires :

  • Que signifie exactement l’affirmation selon laquelle « la souveraineté nationale passe par de nouvelles ambitions où l’Europe doit avoir sa place » ? Ce mariage de l’huile – « la souveraineté nationale » – et du vinaigre –  « de nouvelles ambitions où l’Europe doit avoir sa place » – n’est qu’un mensonge et un oxymore éculé, qui consiste à dire « en même temps » une chose et son contraire pour mystifier tout le monde.

 

  • Que signifie exactement le fait que la défense « nécessite d’amplifier les efforts dans une démarche dynamique » ? Ceux qui, comme le chef d’État major des Armées – le général de Villiers – avait cru que cela signifiait un engagement ferme d’augmenter le budget de la Défense mesurent aujourd’hui à quel point ils ont été dupés.

 

Comme on le voit, François Fillon accumulait – comme Macron mais en un peu moins caricatural -, les vœux pieux et les formules ronflantes  : « nouvelle ambition », « vraie politique efficace et exigeante », « dissuasion rénovée », « forces bien dotées et entraînées recentrées sur leur métier opérationnel et intégrées dans la Nation »…

Mais quiconque s’arrête un instant sur ces formules de Fillon se rend compte qu’elles ne voulaient à peu près rien dire de concret.

Ce ne sont que des mots alignés les uns après les autres, des expressions permettant toutes les interprétations et ne comportant aucune explication sur leur compatibilité avec les contraintes colossales, notamment stratégiques et budgétaires, imposées  par notre appartenance à l’UE et à l’Otan.

 

Comme on le voit, Benoît Hamon affirmait certes vouloir donner aux armées « les moyens d’agir en renforçant l’effort budgétaire », mais il affirmait dans le même temps sa foi en « l’Europe de la défense et l’Otan » destinées, selon lui , à « se rapprocher » au motif que  « la France a un rôle à jouer »…

Difficile, pour Hamon, d’avouer plus clairement qu’il fallait en finir avec une France indépendante et souveraine.

Les 3 candidats « insoumis » ou « souverainistes » (Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan) n’ont absolument pas proposé de sortir de l’UE, de l’euro et de l’Otan (le triple « Frexit »).  Leurs questionnaires sont résumés par des formules floues et ambiguës, constituées de vœux pieux nullement engageants :

Comme on le voit, Jean-Luc Mélenchon proposait certes « un nouvel indépendantisme français » (le mot « indépendantisme » semblant être forgé pour éviter de parler simplement de l’indépendance, voire pour ridiculiser cette dernière), et affirmait : « la France doit affirmer son indépendance face à l’OTAN et à l’Union européenne ».

Bien.

Mais quiconque ne veut pas se faire duper doit reconnaître qu’aucune de ces formules ronflantes de Mélenchon ne comportait l’engagement précis de « sortir de l’UE et de l’Otan ».

 

Comme on le voit, Mme Le Pen proclamait bien sûr que « la sécurité est une priorité absolue » et qu’il « faut redonner à nos armées les moyens d’agir en retrouvant une totale autonomie stratégique ».

Notons bien que Mme Le Pen parlait de « redonner à nos armées une totale autonomie stratégique » et non pas de « redonner à nos armées leur indépendance stratégique »

Quiconque ne veut pas se faire duper doit reconnaître qu’aucune de ces formules ronflantes de Mme Le Pen ne comportait l’engagement précis de « sortir de l’UE et de l’Otan ».


Comme on le voit, Nicolas Dupont-Aignan proclamait certes que « l’indépendance de notre Défense est une priorité ».

Mais c’était pour préciser aussitôt que cela devait se faire « sans exclure des coopérations et des partenariats », comme si ce n’était pas une évidence, depuis que le monde est monde, qu’un État doit avoir des alliés !

Aussi, quiconque ne veut pas se faire duper doit reconnaître que ces formules ronflantes de Dupont-Aignan ne comportait aucunement l’engagement précis de « sortir de l’UE et de l’Otan ».

François Asselineau était bien le seul candidat à proposer la sortie unilatérale de la France de l’Union européenne et de l’Otan pour régler  les problèmes budgétaires des Armées.

La rédaction de la revue a résumé les réponses de François Asselineau de la façon suivante dans le sommaire :

Comme on le voit François Asselineau a bien été le seul des candidats ayant répondu à la Revue de Défense nationale à proposer de sortir de l’UE et de l’Otan. Il n’y avait aucune ambiguïté, aucun propos à double sens, en un mot aucune tromperie.

Mais il y a plus :  le président de l’UPR a été également le seul à expliquer, lors de cet entretien, pourquoi il était vital de sortir de l’UE si l’on voulait redresser le budget des armées françaises.

Le questionnaire de la revue comportait en effet une question sur le budget de la Défense nationale, s’appuyant sur la requête formulée de longue date par le chef d’État major des Armées, Pierre de Villiers, de le voir porté à 2% du PIB.

 

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Compte tenu du différend public survenu depuis le 11 juillet 2017 entre Emmanuel Macron et Pierre de Villiers, il est très utile et éclairant de revenir aujourd’hui sur la réponse ainsi donnée par François Asselineau :

Question de la RDN :

Le chef d’état-major des Armées a publiquement plaidé pour que la prochaine LPM [loi de programmation militaire ] retienne l’objectif d’une ressource de 2 % du PNB (hors pensions) affectée à l’effort de défense et cela dès 2018. Souscrivez-vous à cet objectif que la plupart des experts considèrent comme indispensable pour maintenir les capacités de nos armées ?

Réponse de François Asselineau :

Je pense qu’il faut même dépasser l’objectif de 2 % du PIB affectés à l’effort de défense, pour que ce dernier atteigne 3 % du PIB à la fin de mon quinquennat. 

Il faut comprendre que les coupes sombres qui ont affecté le budget de nombreux ministères, dont celui de la Défense, ces dernières années, résultent directement des politiques d’austérité imposées par notre appartenance à l’Union européenne et à l’euro.

Le « Frexit », que je suis le seul candidat à proposer de mettre en œuvre, permettra à la France de retrouver des marges budgétaires significatives, grâce à des économies (par exemple l’arrêt de notre contribution au budget de l’Union européenne, qui nous fera économiser 9 milliards d’euros nets par an) et grâce à une puissante politique de stimulation économique, devant engendrer un surcroît de recettes fiscales. C’est la raison pour laquelle l’objectif de parvenir à 3 % du PIB de dépenses pour la défense nationale est parfaitement réaliste.

A contrario, tous les autres candidats promettent de « renégocier les traités européens », ce qui est impossible compte tenu du fait que l’Union européenne est un attelage baroque entre 28 États-membres dont les intérêts, constamment divergents, sont impossibles à satisfaire en même temps.

Il en résulte que les autres candidats n’auront pas d’autre choix que d’appliquer les potions amères dictées par la Commission européenne et la Banque centrale européenne, ce qui se répercutera inévitablement, tôt ou tard, sur le budget, déjà anémié, de la défense.

À ce propos, je tiens à saluer le véritable génie d’adaptation dont nos forces armées ont su faire preuve pour assurer, malgré des budgets contraints, la continuité de la défense de la nation.

Le 14-Juillet 2017 restera dans les annales comme un jour de crise ouverte entre l’armée et le président de la République. La plupart des observateurs jugent désormais inéluctable la démission du chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers (61 ans). La crise a débuté mardi 11 juillet. C’est le jour où le ministre des comptes publics – Gérald Darmanin (34 ans) a annoncé que, fin 2017, la solidarité interministérielle n’assumera pas les surcoûts des opérations militaires extérieures comme le prévoit la loi. Pour les payer, les armées devront donc économiser 850 millions d’euros sur leurs équipements. Cette annonce, auxquelles s’ajoutent d’importants gels de crédits, est perçue comme une trahison par les militaires car Macron avait promis d’atteindre un effort de défense de 2 % du PIB en 2025, ce qui exige de nouveaux crédits immédiats. C’est d’ailleurs sur cette promesse renouvelée qu’il a maintenu Pierre de Villiers à son poste pour un an, le 30 juin.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/07/17/une-crise-majeure-ouverte-entre-macron-et-l-armee_5161378_823448.html#r181DQH0ye9XIH96.99

Commentaires

1°) Rétrospectivement, l’analyse de François Asselineau – annonçant que les promesses d’augmentation budgétaire formulées par les autres candidats ne pourraient pas être tenues du fait des contraintes imposées par l’UE et l’euro – se révèle parfaitement et tragiquement exacte. Loin d’augmenter le budget de la Défense nationale comme il l’avait promis, Macron commence par lui faire subir une nouvelle saignée de 850 millions d’euros pour 2017 !

Certes, Macron promet maintenant d’augmenter ce budget de façon brutale en 2018, après l’avoir fait baisser de façon brutale en 2017. Mais qui croit encore à ses promesses ? C’est parce que les militaires – à commencer par le premier d’entre eux – ont perdu la confiance qu’ils avaient dans le nouveau locataire de l’Élysée que le chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers, a publié sur sa page Facebook, le 14 juillet, un texte intitulé « Confiance ».

 

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Mon cher camarade,
« Confiance, confiance encore, confiance toujours ! ». C’est par ces mots que le général Delestraint conclut ses adieux à ses compagnons d’armes, au mois de juillet 1940, à Caylus. Alors même que la défaite est actée, son discours est une exhortation ferme à rejeter toute «mentalité de chien battu ou d’esclave ».
Quelques mois plus tard, conformant ses actes à ses paroles, il prend la tête de l’Armée secrète. Arrêté, torturé puis déporté, il meurt au camp de Dachau, le 19 avril 1945, moins de trois semaines avant la victoire, dont il a été l’un des artisans les plus actifs.
Ce qui m’a toujours frappé dans cette recommandation du général Delestraint, c’est d’abord ce qu’il ne dit pas. Il ne dit ni « en qui », ni « en quoi » avoir confiance. A ses yeux, le plus important est, avant tout, cet état d’esprit singulier – cet « optimisme de volonté » - qui choisit de voir la plus infime parcelle de lumière au cœur des ténèbres les plus noires.
La confiance, c’est le refus de la résignation. C’est le contraire du fatalisme, l’antithèse du défaitisme. Et, en même temps, il y a dans la confiance une forme d’abandon. Agir sans s’abandonner, c’est faire preuve d’orgueil. S’abandonner sans agir, c’est se laisser aller.
Choisissons, donc, d’agir comme si tout dépendait de nous, mais sachons reconnaître que tel n’est pas le cas. Autrement dit, si toute notre foi, tout notre engagement et notre détermination sont nécessaires, ils sont à jamais insuffisants pour envisager la victoire. La vraie confiance réconcilie confiance en soi et confiance en l’autre.
La confiance en soi, d’abord. Vertu essentielle qui se construit dès l’enfance. Vertu qui naît des obstacles surmontés. C’est le cas dans les stages d’aguerrissement, que certains d’entre vous ont vécus. Ils vous révèlent vos capacités réelles qui dépassent, de beaucoup, ce que vous auriez pu imaginer. La confiance en soi est un moteur. Elle libère les énergies et encourage à l’action. Les fausses excuses tombent. Tout ce dont je suis capable devient possible !
La confiance dans l’autre, ensuite. Celle par laquelle je reconnais que je ne peux pas tout ; que le salut passe autant par mon camarade, mon chef, mon subordonné que par moi-même. Par cette confiance, je m’assume dépendant. Cette reconnaissance est le ciment de nos armées. La confiance mutuelle fait notre unité, en même temps que notre assurance. C’est elle qui fait dire au capitaine de Borelli, considérant ses légionnaires : « Par où pourrions-nous bien ne pas pouvoir passer ? ».
La confiance dans le subordonné est, particulièrement, féconde. On a pris l’habitude de lui donner un nom savant : la subsidiarité ; mais ça ne change rien. Comme chef d’état-major des armées, je mesure chaque jour davantage à quel point je suis dépendant de l’action de chacune et de chacun d’entre vous. Seul, je ne peux rien. Ensemble, rien n’est impossible !
Je terminerai par une recommandation. Parce que la confiance expose, il faut de la lucidité. Méfiez-vous de la confiance aveugle ; qu’on vous l’accorde ou que vous l’accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité. Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi. La confiance est une vertu vivante. Elle a besoin de gages. Elle doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l’obéissance active, là où l’adhésion l’emporte sur la contrainte.
Une fois n'est pas coutume, je réserve le sujet de ma prochaine lettre.
Fraternellement,
Général d’armée Pierre de Villiers

 

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Dans ce texte  plein de sous-entendus, qui semble préfigurer l’annonce de sa démission, le chef d’état-major des armées écrit notamment : « Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi ». Suivez son regard….

Les Français doivent comprendre que les coupes budgétaires dans tous les ministères, – et notamment les coupes concernant la Défense -, résultent d’abord et avant tout de notre appartenance à l’Union européenne et à l’euro. Tant que les Français ne le comprendront pas – ou ne voudront pas le comprendre -, ils continueront de voir l’État, l’ensemble de nos services publics et en particulier notre outil de Défense dépérir.

 

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S’ajoutent à ce sombre tableau, les perspectives nouvelles et terrifiantes révélées par Vincent Brousseau dans son article du 15 juillet 2017, selon lesquelles notre technologie nucléaire militaire, nos armements stratégiques et notre siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies pourraient passer sous le commandement de l’Union européenne, pour le plus grand bénéfice de l’Allemagne, et cela toujours au nom de la prétendue « construction européenne ».

2°) M. Macron qui avait pris l’engagement solennel, y compris devant Pierre de Villiers à travers sa réponse à la Revue de Défense nationale, d’augmenter le budget des armées pour le porter progressivement à 2% du PIB se révèle donc – aux yeux des militaires comme de tous les Français –  n’être qu’un bonimenteur cynique, n’ayant aucun égard pour la parole donnée, aucun honneur et aucune compassion pour des soldats français envoyés combattre avec des équipements scandaleusement insuffisants.

Cette « crise majeure » – comme la qualifie le journal Le Monde du 17 juilletde confiance entre les armées et le président de la République est sans précédent depuis plus d’un demi-siècle : il faut remonter au putsch des généraux d’Alger du 21 avril 1961 – il y a 56 ans – pour trouver semblable parfum de rébellion de la « Grande muette ».

Encore s’agissait-il à l’époque du contexte de crise aiguë de la guerre d’Algérie et la rébellion des généraux d’Alger contre Charles de Gaulle n’était pas soutenue par l’écrasante majorité des appelés du contingent. Aujourd’hui, la défiance est, dans un un sens, plus grave ; car elle intervient en temps de paix et elle traduit le sentiment de la très grande majorité des officiers supérieurs comme des soldats.

On peut d’ailleurs formuler l’hypothèse que cette défiance, si elle se nourrit des coupes scandaleuses conduites depuis des années dans le budget de la Défense, trouve aussi sa source dans un malaise plus diffus, plus lourd et moins conjoncturel. Le mal de vivre des armées françaises tient au fait que nombreux sont les militaires de tout grade à bien percevoir l’effondrement continuel de la France et son assujettissement à Washington, Berlin, Bruxelles (Commission européenne) et Francfort (BCE). 

3°) La cure budgétaire que subit la Défense créé légitimement une inquiétude sur la pérennité de la dissuasion nucléaire française dont la nécessaire modernisation représente un investissement estimé à 50 milliards d’euros sur 20 ans, soit 10% du budget de la Défense.

 

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Il est possible qu’Emmanuel Macron continue à sanctuariser la dissuasion nucléaire. Mais, compte tenu du personnage et des forces qui l’ont porté à l’Élysée à la suite d’un matraquage médiatique inouï – il est possible aussi, qu’un beau jour, il annonce que son coût doit être partagé avec nos « partenaires » européens… Ce qui ne serait pas sans une prise de contrôle au moins partiel de notre force de dissuasion !

Conclusion

Les nouvelles coupes féroces à l’encontre du budget de la Défense nationale, conjuguées à l’intention de quelques fanatiques européistes de voir la France partager sa défense nucléaire et son siège de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies avec d’autres États européens, confirment l’impérieuse nécessité de quitter l’Union européenne, l’euro et l’Otan.

Il en va non seulement du sauvetage de notre outil de Défense, mais aussi de la paix du monde.

François Xavier

16 juillet 2017

 

« François Xavier » est le pseudonyme de l’un de nos adhérents fidèles depuis plusieurs années, qui nous apporte régulièrement une aide précieuse, en particulier pour rédiger des communiqués de presse. Travaillant comme cadre financier dans une grande institution, il préfère écrire sous pseudo pour éviter des problèmes avec son employeur.

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Publié par Gaia - Dreuz le 17 juillet 2017

Après le recadrage du président de la République, le sort du chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers, est en suspens.

Le 14-Juillet 2017 restera dans les annales comme un jour de crise ouverte entre l’armée et le président de la Ve République, en dépit du succès du défilé qui a mis ce vendredi-là les troupes à l’honneur sous le regard admiratif de l’Américain Donald Trump. Dans le week-end, les sources du Monde convergeaient pour juger inéluctable la démission du chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers.

Une folle séquence a débuté mardi 11 juillet. Dans Le Parisien, le ministre des comptes publics Gérald Darmanin annonce que, fin 2017, la solidarité interministérielle n’assumera pas les surcoûts des opérations extérieures comme le prévoit la loi : pour les payer, les armées devront économiser 850 millions d’euros sur leurs équipements.

L’annonce des coupes, auxquelles s’ajoutent d’importants gels de crédits, est une douche froide. Le président s’était engagé pour atteindre un effort de défense de 2 % en 2025, ce qui exige de nouveaux crédits immédiats. Sur cette base, il a maintenu Pierre de Villiers à son poste pour un an, le 30 juin.

Le 12 juillet, le chef d’état-major proteste, devant le président, en conseil de défense. Avant de se rendre devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale pour une audition à huis clos.

Une fuite révélera son courroux : « Je ne me laisserai pas baiser comme ça ! » Connu pour être franc et direct, Pierre de Villiers est applaudi par les députés. Avec les parlementaires, les industriels de l’armement sonnent la mobilisation.

« Je suis votre chef »

Le 13 au soir, venu au ministère rendre hommage aux troupes qui vont défiler comme le veut la tradition, le chef de l’Etat déclare, en des termes très autoritaires : « Je considère qu’il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique. » « Je suis votre chef. » Assurant qu’il tiendra ses engagements, Emmanuel Macron ajoute : « Je n’ai besoin de nulle pression et de nul commentaire. »

Le 14 au matin, le général Villiers accompagne le président pendant le défilé et publie sur Facebook, comme il le fait régulièrement, une lettre aux soldats. Celle-ci a pour thème la confiance et se conclut ainsi : « Une fois n’est pas coutume, je réserve le sujet de ma prochaine lettre. » Après le recadrage présidentiel, le général a signifié à son équipe qu’il prendrait une décision en début de semaine.

Le 15 juillet, le chef de l’Etat indique au Journal du dimanche : « Si quelque chose oppose le chef d’état-major au président de la République, le chef d’état-major change. »

A son arrivée à l’Elysée, Emmanuel Macron avait multiplié les gestes à l’intention des armées. Le jour de son investiture, il avait remonté l’avenue des Champs-Elysées en command-car et s’était aussitôt rendu au chevet des soldats blessés de l’hôpital Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine). Le 19 mai, il avait réservé son premier déplacement hors d’Europe aux forces françaises engagées au Sahel contre les djihadistes. « Je protégerai l’institution militaire (…), ma confiance en vous est totale », avait assuré le président depuis Gao, au Mali.

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Des coupes « inacceptables »

Même volonté de mise en scène quelques jours plus tard, à Lorient. En marge d’une visite des chantiers navals de Saint-Nazaire, le chef de l’Etat avait accompagné en mer des commandos marine. Belles images assurées pour celui dont les adversaires avaient critiqué le manque d’expérience en matière régalienne. Le 4 juillet, il s’est fait hélitreuiller à bord du Terrible, l’un des quatre sous-marins porteurs de la bombe nucléaire, où il a passé plusieurs heures en plongée.

Le nouveau chef des armées avait, plus subtilement, montré sa volonté de prendre en main les dossiers militaires en exfiltrant au Quai d’Orsay Jean-Yves Le Drian, le ministre de la défense indéboulonnable du quinquennat Hollande, et, surtout, en le séparant de son directeur du cabinet tout-puissant, Cédric Lewandowski. Pour succéder à M. Le Drian ont été choisies deux non-spécialistes : la centriste Sylvie Goulard, démissionnaire au bout d’un mois en raison de l’affaire des emplois fictifs du Modem, et l’ancienne socialiste Florence Parly, une « budgétaire » inconnue au bataillon. Ni la ministre des armées ni Jean-Yves Le Drian ne se sont exprimés depuis le début de la crise.

« En s’affichant autant, Macron a donné l’impression de se servir des soldats pour se construire une image, ils ont le sentiment de s’être fait avoir », critique un parlementaire. Preuve du malaise, la politique tracée par le chef de l’Etat a été critiquée jusque dans son camp. Le député LRM du Morbihan Gwendal Rouillard, un dauphin de M. Le Drian, a jugé « carrément inacceptables » les coupes du budget. Son collègue du Val-de-Marne Jean-Jacques Bridey, président de la commission de défense à l’Assemblée nationale, a dit « regrette [r] le choix » de l’exécutif. « Il n’était pas sérieux d’annoncer 850 millions d’euros de coupes tout en donnant 1,5 milliard pour recapitaliser Areva », explique-t-il au Monde en dénonçant l’attitude de Bercy. « Le calendrier a piégé les militaires, la ministre et même le président. »

Durant la campagne présidentielle, les membres de la garde rapprochée d’Emmanuel Macron l’appelaient entre eux « le chef ». Une habitude que le président de la République entend voir perdurer au pouvoir. Mais, avant même de savoir si le chef d’état-major déciderait de rester ou non, les observateurs avertis de l’institution militaire jugeaient ces derniers jours que le quinquennat démarrait sur une crise majeure.

« Les armées, ça obéit, fondamentalement. Et, sur le fond, c’est le devoir du président de rappeler son autorité », souligne le très respecté Henri Bentégeat, un prédécesseur du général Villiers qui a servi le président Jacques Chirac. « Mais la méthode va laisser des traces, on ne peut pas remettre en cause publiquement un chef militaire comme cela devant ses subordonnés. » Au fond, estime un général qui exprime un point de vue très partagé, « Pierre de Villiers n’a fait que son devoir en défendant le budget des armées, et Emmanuel Macron ne se rend pas compte que, lorsqu’il sera dans la cour des Invalides pour son premier soldat mort à cause d’un défaut d’équipement, c’est à lui que s’adresseront les reproches. »

SOURCE : © Gaïa pour www.Dreuz.info

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L’INÉVITABLE RUPTURE


éditorial du Général Martinez

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Jamais un État en situation de guerre n’aura fait subir aux forces armées qui protègent la nation une diète aussi insensée et imprudente. L’annonce d’une coupe de 850 M€ du budget 2017 des armées qui représentent, en fait, les surcoûts des OPEX (opérations extérieures) et des OPINT (opérations intérieures) – non budgétés, il faut le souligner, car seuls 450 M€ l’ont été alors que le véritable coût est 1,3 Md€ – est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Il est vrai que le président de la République ne s’attendait pas à ce que le Chef d’état-major des armées (CEMA), le général Pierre de Villiers, exprime sa désapprobation à la suite de cette décision prise par le gouvernement. Complètement étranger à l’institution militaire et à la culture qui habite ceux à qui la France a confié son épée, il vient de découvrir qu’au sommet de la hiérarchie militaire un général, voire des généraux, ose(nt), lorsque l’intérêt supérieur du pays et de la nation est en cause comme c’est le cas aujourd’hui, exprimer son (leur) désaccord. Alors, il a cru bon de devoir, lors de son discours aux armées, la veille de la fête nationale, humilier le CEMA avec des propos inappropriés mais révélateurs d’un orgueil démesuré qui ne supporte pas la contradiction, rappelant notamment qu’« il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique ». Peut-on relever que le CEMA s’est exprimé – et c’est un devoir légitime – à huis-clos devant les parlementaires concernés par le sujet ? Peut-on ajouter que le président de la commission qui l’auditionnait a regretté les mesures prises par le gouvernement et a donc approuvé les conclusions émises ? N’est-ce pas le président de la République lui-même qui, par sa déclaration brutale, étale ce débat sur la place publique ? Mais peut-être est-ce par calcul afin de signifier au CEMA que son crime de lèse-majesté n’a qu’une issue, son départ.

Cependant, il n’est pas certain que le président sorte grandi de cet incident. Rappeler, en effet, sur un ton condescendant et méprisant que le chef, c’est lui peut non seulement être considéré comme une réaction d’enfant gâté mais constitue, à l’évidence pour qui a commandé des hommes, une faute qui se traduit par une marque non pas d’autorité mais d’autoritarisme. Mais cette réaction se révèle être surtout une marque de faiblesse préjudiciable pour la confiance à son égard.

Permettons quelques observations probablement désagréables mais difficilement contestables.

Première anomalie, s’agissant de la répartition de cette purge budgétaire pour 2017 entre les ministères, les armées se voient appliquer injustement 20% du total alors qu’en toute équité cela aurait dû représenter 13%. Les armées sont donc doublement pénalisées.

Ensuite, on peut s’étonner que le Premier ministre, « découvre » avec le rapport de la Cour des Comptes le déficit à combler pour 2017 pour respecter la volonté de Bruxelles et le qualifie d’inacceptable. En effet, le président de la République, héritier direct du quinquennat précédent en matière économique n’était-il pas à la manœuvre jusqu’à la fin du mois d’août 2016 et donc responsable au moins partiellement de cette situation ? Enfin, last but not least − comme dirait le président qui s’exprime beaucoup en anglais au lieu de le faire dans la langue de Molière pour défendre et faire rayonner la langue française − il est aujourd’hui au pouvoir grâce à un coup d’État institutionnel, n’ayant, de surcroît, obtenu que 18% des voix des électeurs inscrits au premier tour de l’élection présidentielle.

Et pour couronner le tout, avoir jeté l’opprobre sur la France en accusant notre pays d’avoir commis un crime contre l’humanité en évoquant la colonisation restera pour les patriotes – notamment au sein du monde militaire – une tache indélébile.

Cela dit, ce sérieux désaccord entre le CEMA et le Chef de l’État révèle simplement le niveau atteint par l’incompréhension et le décalage énorme qui s’est instauré entre le militaire et le politique en matière de conception de la gouvernance du pays sur le long terme qui doit viser la sécurité à l’extérieur et la concorde à l’intérieur. Il y a aujourd’hui, incontestablement, un fossé qui s’est creusé et qui sépare l’approche des problèmes du monde, et par voie de conséquence du pays, entre le militaire et le politique dont les logiques et les horizons sont par nature différents.

Le premier voit loin et la permanence de la défense du pays et de ses intérêts, la sécurité et la protection de la nation restent un tourment constant qui dépasse le temps présent et s’inscrit dans le temps long.

Le second détient le pouvoir après avoir gagné des élections qui consacrent généralement des ambitions personnelles mais l’exerce le plus souvent soumis au cours des événements qu’il ne maîtrise pas toujours et qui le maintient dans une vision qui, la plupart de temps, ne dépasse pas le court terme et qui s’inscrit donc dans le temps court.

Mais le destin du peuple, le destin de la nation, s’inscrivent dans le temps long. 

Alors, s’agissant de la sécurité à l’extérieur, chacun sait que depuis très longtemps le budget de nos forces armées a servi de variable d’ajustement et il faut reconnaître que depuis la fin de la Guerre froide la situation n’a fait qu’empirer, la détérioration de nos capacités opérationnelles ayant atteint un niveau critique mettant en danger la vie de nos soldats engagés en opérations. Cette détérioration a d’ailleurs déjà mené à une rupture irréversible des capacités dont la conséquence pour nos forces armées se traduit par un déclassement stratégique extrêmement préjudiciable pour la France et dangereux pour la défense de nos intérêts dans le monde.

C’est la conséquence du relâchement de l’effort de défense qui en une trentaine d’années est passé de 3% à 1,5% du PIB.

Et les promesses de relever cette part du PIB à 2%, à l’horizon… 2025, sont indécentes compte tenu de l’état plus que préoccupant de nos forces armées. Et c’était le devoir du CEMA de le dire.  

Quant à la concorde à l’intérieur, elle dépend essentiellement du niveau de cohérence interne de la société qui se caractérise par sa culture et donc son identité. Force est de constater que la société française n’est plus aujourd’hui une société apaisée et ne le sera plus avant longtemps en raison de la fracture identitaire qui lui est imposée contre son gré avec une immigration de peuplement qui a marqué les quatre dernières décennies et à laquelle il faut ajouter aujourd’hui la submersion migratoire qui frappe l’Europe, sans réaction de l’Union européenne ou des chefs d’État européens, à l’exception de ceux du Groupe de Visegrad. ( ex-pays de l'Europe de l'EST du temps du communisne russe bolchevique ! ).

Circonstance aggravante, cette immigration de peuplement, complétée par cette submersion migratoire africaine, véhiculent une culture hostile à la nôtre et incompatible avec la démocratie.

Refuser de le comprendre met en sérieux danger l’avenir de la nation et de l’Europe.

Le terrorisme islamique qui sévit le confirme et nos forces armées exsangues sont engagées également sur le territoire national alors qu’elles n’ont jamais été autant sollicitées sur les théâtres extérieurs depuis la fin de la Guerre froide et alors qu’elles ont perdu avec les purges engagées au cours des deux derniers quinquennats 70.000 hommes !

Alors quel sera le dénouement de cette confrontation entre le président de la République et le CEMA, puisque ce dernier est convoqué le 21 juillet à l’Elysée ?

Le président recevra-t-il le général Pierre de Villiers pour lui réitérer son mécontentement et pour exiger sa démission – seconde humiliation – ou pour, considérant qu’une large majorité de Français approuve le général, passer l’éponge ?

Une chose est certaine : le CEMA a été humilié publiquement et ceux qui portent l’uniforme ou qui l’ont porté se sentent offensés car il ne s’agit pas d’une lutte engagée pour des intérêts personnels ou pour des intérêts propres aux armées mais pour la défense de la France et de son peuple aujourd’hui en guerre. Ne pas vouloir le comprendre est irresponsable et augure mal de l’aptitude du chef de l’État à appréhender les vraies menaces qui pèsent sur la nation.

Il serait donc logique que le CEMA décide de démissionner et le fasse savoir avant de se rendre à cette convocation.

Sans remettre en cause la primauté du civil sur le militaire, il convient cependant de rappeler que les forces armées exercent un sacerdoce au service avant tout du Peuple, quels qu’en soient ses représentants.

Cela dit, cette situation de crise est à rapprocher de celle qui s’est déjà produite il y a deux ans et au cours de laquelle, pour des raisons portant sur des réductions importantes d’effectifs décidées alors que la France est en guerre, le CEMA et les chefs des trois armées (Terre, Air, Mer) ont déjà failli démissionner. Le ministre de la Défense avait alors su exercer son rôle notamment de médiation et convaincre le président de la République.

Aujourd’hui, deux mois après le début du quinquennat, nous en sommes déjà à un second ministre, non plus de la Défense mais des Armées, court-circuité car son champ d’action a été réduit, le président ayant décidé de s’accaparer toutes ces prérogatives, avec le risque évident d’être en permanence en première ligne.

On ne voit donc pas pourquoi les trois autres chefs des armées de Terre, de l’Air et de la Marine, solidaires du CEMA, pourraient ne pas le suivre cette fois-ci en démissionnant également. Une crise serait alors ouverte mais qui aurait le mérite de créer un choc pour rappeler à nos élites politiques leurs devoirs à l’égard de la nation en sérieux danger sur son propre sol. Des drames sont, en effet, en train de se préparer et les responsables politiques ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas.

Avec mon essai « Quand la Grande Muette prendra la parole » (éd. Apopsix), préfacé par Ivan Rioufol, nous sommes dans l’actualité et dans le vif du sujet.

Général (2s) Antoine Martinez
Coprésident des Volontaires Pour la France


Ceux qui ont lu et apprécié « Devoir d’Expression d’un Citoyen (pas) Ordinaire » ne manqueront pas de lire le nouvel essai que vient de publier le général Martinez « Quand la Grande Muette Prendra la Parole ».
Un projet auquel souscriront l’ensemble des patriotes, las de l’incompétence des prétendues élites et de la décadence économique, morale et identitaire de notre pays. Acheter et faire connaître cet ouvrage constitue un acte de résistance, de patriotisme et une contribution à l’ardent effort de redressement de la France.