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L' Etat Français peut-t-il faire faillite ?

Par Christian SCHERER Président d'ADMINET FRANCE

Les Français font incorrigiblement confiance à leur Etat.

En toutes circonstances, ils descendent dans la rue, avec certitude qu'ils seront écoutés, et que leurs autorités trouveront une solution à leurs problèmes.

S' ils ne se sentent pas suffisamment écoutés, ils pensent qu'il leur suffira de renverser le Gouvernement pour que tout aille mieux.

Dans ces conditions, combien leur faudra-t-il faire tomber de têtes avant de se rendre à l'évidence : le Gouvernement, élu à leur image, est lui-même impuissant devant les forces économiques qui le dépassent ?

L' Histoire pourtant, devrait les éclairer.

Chroniquement, des Etats Africains sont en cessation de paiement : les fonctionnaires ne sont plus payés, des soldats sans solde se transforment en pillards, le désordre s'installe.

Plus récemment, avec la chute de l'Empire Soviétique, on a vu des masses de retraités jetés à la rue, sans autre ressources que la mendicité ou les subsides de leur famille.

En France aussi, on a oublié le rôle des " Assignats " dans la chute de la Monarchie.

                                                                       * * *

Confronté à des difficultés qui le dépassent, le peuple Français n'a plus d' autre ressource que de s' en remettre, tels les Islandais aujourd'hui, à un grand frère venu le sauver.

Espérons qu' une fois de plus, le sauveur soit américain. S' il devrait être russe ou chinois, ce serait beaucoup plus cruel !

Christian SCHERER

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Un peu d' HISTOIRE de FRANCE

La folle histoire des assignats

par Alain Grandjean (2003)

La monnaie est au cœur de la Révolution française, ce qu’on oublie parfois, et la folle histoire des assignats a laissé des traces profondes dans nos esprits, participant à la peur collective de la planche à billets. Il faut prendre conscience du caractère très particulier –et absolument pas généralisable à nos économies actuelles- de cette tragique histoire (la guillotine fut mise en branle aussi pour des raisons financières !) pour cesser d’avoir peur de la création monétaire.

1 Le contexte et le lancement des assignats

Le motif de la convocation des états généraux est d’ordre financier. Le roi est au bord de la faillite. La moitié du budget royal est consacré à servir des rentes et à éponger des dettes(1)…Il lui faut de nouvelles ressources, impôts et emprunts. La révolution de 1789 ne suffit évidemment pas à résoudre le problème. Le 10 octobre 1789, Talleyrand propose à la toute nouvelle assemblée nationale ce qu’on appellerait aujourd’hui une nationalisation des biens de l’église, évalués à 2 à 3 milliards de livres de l’époque. Le 2 novembre l’Assemblée décide de mettre les biens du Clergé à la disposition de la Nation.
Une caisse des extraordinaires est créée et émet 400 millions de billets, divisés en coupures de 1000 livres et portant intérêt à 5 % : les assignats. Ils sont supposés être gagés sur la vente prévue de biens de nationaux, à désigner ultérieurement…Il sont convertibles en or et permettent d’acheter des biens nationaux. Ils n’ont pas (encore) cours forcé, ce ne sont donc pas de la monnaie, mais techniquement des obligations hypothécaires. A ce stade, indépendamment du jugement qu’on peut porter sur la « nationalisation », il s’agit d’une opération raisonnable au plan financier, qui pouvait réussir. Mais les choses n’en restèrent rapidement pas là.

2 Une émission de billets croissant plus qu’exponentiellement

Au printemps 1790, les 400 millions sont dépensés….et une émission complémentaire de 400 millions est faite. Puis une autre, puis une autre. Progressive­ment les pièces métalliques ne circulent plus (elles sont thésaurisées en France ou à l’étranger) et les assignats circulent de plus en plus vite. La spéculation contre l’assignat (qui fait la fortune de certains…) s’installe. Le système s’emballe : l’Etat doit émettre de plus en plus de billets pour faire face à ses besoins, accrus par les faibles rentrées fiscales et les exigences d’une économie de guerre (déclaration de guerre en 1792), mais aussi pour faire face à la demande de monnaie, nécessaire aux échanges.

Voici les émissions faites dans le temps, en millions (de livres, sachant que le franc est réintroduit en 1795, et selon les estimations de B.Daste). Pour situer les ordres de grandeur la masse monétaire métallique est estimée à l’époque à environ 2 milliards :

Date

Fin 89

Mars 90

Sept 90

Mai 91

Déc 91

1792

1793

1794 (1)

1795

1796

Montant émission

400

400

800

600

300

1000

3500

3000

20000

15000

Montant cumulé

400

800

1600

2200

2500

3500

7000

10000

30000

45000(2)

(1) Chute de Robespierre le 27 juillet

(2) Ce dernier chiffre semble bien établi (voir La légende du franc, de Georges Valence)

1796, c’est la fin des assignats, après une émission cumulée de 45 milliards. Une deuxième tentative d’émission monétaire (les mandats) est relancée et échoue début 1797…Une période de dépression économique s’installe alors du fait du manque de numéraire.

3 Les mesures prises pour soutenir l’assignat

Consciente des difficultés, l’assemblée prit une série de mesures, dont certaines radicales, pour soutenir l’assignat :

-confiscation complète des biens de l’église (1790)

-cours forcené de l’assignat, avec peine de prison (17 avril 1790)

-interdiction de l’exportation des métaux précieux (1791)

-fermeture de la bourse et fin de la publication des cours de change (1793)

-cours forcé avec peine de mort (1793)

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-confiscation de l’or et de l’argent (novembre 1793)

-blocage des prix et salaires (loi du maximum général, septembre 1793)

-passage de l’assignat Livre à l’assignat Franc (1795)

Mais rien n’y fit.

4 La dépréciation irrésistible de l’assignat

On voit dans le tableau ci-dessus que, dès 1791, l’émission de billets est proche de la valeur estimée des biens en garantie…Instinctivement on en déduit que la valeur des assignats n’a pu que se déprécier par rapport à la monnaie métallique. Il semble que la dépréciation de l’assignat ait vraiment démarrée fin 1791, pour s’emballer irréversiblement. La valeur des assignats ne cessa de décroître comme le montre le tableau suivant (chiffres indicatifs, reconstitués à partir des différentes sources citées en bibliographie) accréditant dans les esprits l’idée qu’une émission monétaire est toujours inflationniste. On en redira deux mots dans quelques lignes.

Date : fin

1789

1790

1791

1792

1793

1794

1795

1796

Valeur en numéraire de 100 livres assignat

100

90

75

65

50

30

5

0

Cette dépréciation de l’assignat s’accompagna nécessairement d’une hausse des prix exprimés en livre assignat. Mais pas de celle des prix exprimés en monnaie métallique. En fait cette histoire est essentiellement illustrative de la célèbre « loi de Gresham » : la bonne monnaie chasse la mauvaise. Durant ces 7 années il y eut deux types de monnaie en circulation et l’assignat inspirant moins confiance que la monnaie métallique, celle-ci fut conservée pour des motifs de sécurité, de spéculation et sans doute aussi pour des raisons politiques (les adversaires de la révolution furent sans doute conscients des conséquences économiques de la fuite des capitaux qu’ils réalisaient).

5 Les leçons de l’histoire

La première leçon fut tirée en 1797 par l’abandon de ce type de monnaie, créée en quelque sorte impunément. Bonaparte redoubla de prudence quand il créa la banque de France en 1800 (qui ne devint l’institut d’émission avec monopole de fabrication de billets qu’en 1848) et créa le franc germinal qui fut un modèle historique de stabilité.

La deuxième leçon fut plus inconsciente. La peur de la « planche à billets » s’installa dans les esprits. L’association « création de monnaie-planche à billets-inflation » s’imprima durablement dans les esprits. Il n’est pourtant pas possible de plaquer cette histoire (ni ses cousines , celles de Law et de Weimar, et des hyper-inflations de la deuxième partie du XX° siècle en Amérique du Sud et en Europe de l’Est) sur le cas d’une économie moderne.

Les spécificités économiques de cette période peuvent être évoquées rapidement :

- l’assignat constituait de fait une deuxième monnaie et non une création de monnaie complémentaire, comme ce serait le cas aujourd’hui si la banque centrale créait de la monnaie,

-le budget de l’état était en crise (rentrées fiscales difficiles, augmentation des besoins),

-l’économie réelle était également en crise (avec notamment des besoins d’importation de céréales pour compenser les pénuries agricoles) et évidemment absolument incapable de réagir par une augmentation de l’offre à une augmentation de la demande,

-dès 1792, c’était en plus une économie de guerre,

-la fuite en avant spectaculaire (45 milliards créés alors que l’objectif initial était de 2 à 3 milliards) due au contexte révolutionnaire n’a aucun rapport avec ce que pourrait être une création monétaire maîtrisée rationnellement dans une économie structurée.

Il est donc plus qu’aventureux de généraliser ce qui se passa dans cette folle période et d’en déduire que toute création monétaire est inflationniste. Tout au plus peut-on en inférer l’hypothèse qu’en cas de circulation simultanée de deux monnaies, l’une suscitant la confiance du public et étant en outre reconnue hors des frontières, l’excès de création de la « moins bonne » conduit probablement à sa dépréciation…

Bibliographie

Crouzet François, « La grande inflation », Fayard, Paris 1993.

Daste Bernard, « La monnaie et son histoire », Editions d’organisation, 1976.

Valence Georges, « La légende du franc », Flammarion, 1996.


(1) Estimée à 4 à 5 milliards de livres par l’historien François Crouzet, et soumise à un taux d’intérêt moyen évalué à 7,5% par an


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