ARTMEDIA X PARIS
12 et 13 Décembre 2008
BNF - INHA


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Mario COSTA et Fred FOREST Crédit Photo Fred Forest Copyrihts

Le projet ARTMEDIA, qui a débuté il y a 25 ans, va clôturer son cycle de travaux, avec sa dixième édition, sous la direction de Mario Costa et de Fred Forest. Ce colloque international se déroule à Paris dans le vendredi 12 décembre à la BNF, site Mauriac, et le samedi 13 décembre 2008 à l'auditorium de l'INHA. Le site web du colloque ainsi que la publication en ligne des actes sont réalisés par Leonardo/Olats. Les actes papiers sont publiés par l'INA avec l'Harmattan. Les enregistrements vidéo des interventions sont confiées en dépôt à la disposition des chercheurs par la BNF et par l'INA.
Cette manifestation bénéficie du soutien scientifique, en tant qu'institutions partenaires, de la Bibliothèque Nationale de France (BNF) et de l'Institut National de l'Histoire de l'Art (INHA).


INTRODUCTION [english]      



Éthique, esthétique, communication technologique ou le destin du sens
Etica, estetica, comunicazione tecnologica : il destino del senso

Ethics, Aesthetics, Techno-communication: The Future of Meaning


Nous avons fait appel à des spécialistes de différentes disciplines, pour réfléchir dans le cadre d'un colloque non structuré en thèmes et sous-thèmes pour donner à chacun la liberté de pouvoir choisir son point d'ancrage et de pertinence. Il est à noter que ce thème recoupe des problèmes qui ont inspiré de différentes façons, le projet d’Artmedia depuis ses origines, Il s'avère, en effet, à travers ses neufs éditions précédentes que les questions abordées recoupent inévitablement les rapports entre éthique et esthétique. Ces interrogations et cette réflexion sont encore en suspens, sans avoir été épuisées. En tout état de cause, nous voudrions pouvoir clôturer notre réflexion autour d'une problématique qui s'impose encore aujourd'hui de façon drastique et, plus encore, pour les années prochaines, pour ce qui concerne le devenir de l'art dans nos sociétés.

 

« À supposer que nous ayons déjà l’art, d’où donc avons-nous les preuves de son influence ? les preuves tangibles d'une quelconque influence de sa part ? », avait déjà mis en questionnement Nietzsche en 1878 (Humain, trop humain, I, 22). Gabo, l’un des artistes les plus attentifs à la modernité, se demandait, à son tour, plus de quarante ans plus tard : « Comment l’Art contribue-t-il à l’époque actuelle à l’histoire de l’homme ? » (Manifeste du Réalisme, 1920). Plus récemment, une polémique se développait en France autour des années 1999, mettant en question l'art contemporain. Une polémique ayant pour intérêt et pour mérite de remettre à l'ordre du jour des questionnements renvoyant aux mêmes interrogations. Mais avant d'aller à la recherche des preuves supposées de l '« influences » de l’art, il est nécessaire de se poser abruptement une autre question aussi radicale :

Qu’en est-t-il de l’art aujourd'hui dans notre monde ? 

 

Une question de cet ordre a été posée à plusieurs reprises pour l’art moderne (Ortega, Berdjaev, Sedlmayr, Thode, Bloch, Ellul…) et continue d'être posée encore plus aujourd’hui pour ce qui est de l’art contemporain (Baudrillard, Virilio, Clair, Hartford…, et encore, tout récemment, par Michel Gauthier, dans Fresh Théorie, II, 2006 et Elisabeth Wetterwald dans 20/27, n.1, 2007, qui ont été jusqu'à parler de « vacuité », de « solitude » d ' « absence », de « rien », et de « nullité »…).

 

En effet, vis-à-vis des 2 millions d’artistes qui peuplent actuellement le paysage de l’art contemporain dans le monde, qu'en est-il au juste du rôle "quasi-pathologique" joué par le marché, et par tout le "système de l’art" , quand des propositions théoriques nous invitent à repenser l’histoire de l’art et son déroulement (Belting, Danto…) ? Qu'en est-il des bouleversements constitués par l'existence des nouvelles technologies et des artistes qui travaillent avec elles ? Qu'en est-il de la quantité démesurée d’argent public que les Etats brassent pour l’art contemporain en toute incertitude sur la valeur présente et future des œuvres ? Devons nous continuer simplement à nous demander avec Gabo, comment l'art contribue, sous le nom d’ « art contemporain », à l’époque actuelle de notre histoire ? Qu’en est-il de l’éthique sociale dans les productions de l’art contemporain, des productions avec qui un "système de l’art" toujours plus cynique occupe, entre autres, des lieux publics grâce à de l’argent public ? Et, d’autre part, au moment où le cynisme et l’affairisme dénaturent et rendent "obsolète" l’idée que nous avons de la démocratie, quelle possibilité les pratiques artistiques ont-elles, encore, de redonner vie et sens à l’espace public ?

Est-il vrai, par ailleurs, que les produits et les pratiques liées aux technologies actuelles de la communication sont en mesure d’ouvrir des territoires possibles de régénération ? Les tensions éthiques/esthétiques doivent-elles se résoudre néanmoins, comme semblent suggérer nombre des produits et des pratiques liées au réseau, à la seule équation de la communication ?

Les artistes d'aujourd'hui ont-ils encore la possibilité d’exercer cette capacité de "symbolisation", retenue depuis toujours comme une des fonctions spécifiques de l’art ?

Pour tout dire, qu’en est-il, et qu’en sera-t-il, du sens dans notre monde ?

Le moment est donc venu d'approfondir sur ce sujet la réflexion, et de nous poser des questions, qui sont à la fois d'ordre esthétique, éthique, pragmatique et philosophique.

 

* * * * *

 

Avec cette dernière Édition, Édition de sa clôture, en décembre 2008, Artmedia, 25 années après sa fondation (mai 1985), entend confirmer par la qualité et le prestige de ses éditions successives, au cours de toutes ces années, et par le nombre des participations internationales, qu'elle s'impose historiquement comme le premier et le plus important projet scientifique dédié aux rapports techno-science/philosophie/esthétique :

  • Artmedia est déjà connue (reconnue) au niveau international, en tant que production liée à l’Université de Salerne, par de nombreuses institutions étrangères qui l’ont soutenue dans le monde entier, tout au long de ces vingt dernières années ;

  • la précédente Édition parisienne d’Artmedia (la VIII, fin novembre 2002) s’est déroulée dans des endroits de prestige (Centre National du Commerce Extérieure et Ecole Normale Supérieure) et avec le parrainage d’un grand nombre d’institutions internationales (www.olats.org/projetpart/artmedia/2002/mono_index.php) . Elle s’est réalisée avec la participation d’une cinquantaine d’artistes et de théoriciens, venus du monde entier, et a reçu un large écho dans les médias (la revue « Art Press » a publié sous forme d'un numéro spécial, les textes de présentation, « Ligeia », une autre revue française, émanation du CNRS, distribuée à l'international, a publié ses Actes);

  • un grand nombre d’articles est paru dans la presse française et italienne, la bibliographie en ligne est riche et multilingue, l'enregistrement vidéo complet de toute la manifestation fait désormais partie des archives de l’INA (Institut National de l'Audiovisuel) et se trouve actuellement mise à disposition des chercheurs, des spécialistes et des étudiants à la BNF.

Enfin, l’écho attendu de cette nouvelle édition d’Artmedia X, courant décembre 2008, tant par le thème choisi et son actualité, que par la qualité et la personnalité des chercheurs scientifiques qui y participeront; est, à coup sûr, assurée du succès. Un succès et une estime particulière que la communauté intellectuelle universitaire internationale ne manquera pas de saluer. Cette contribution à la pensée avec son accompagnement scientifique interviendra dans un moment exceptionnel de visibilité à l'échelle européenne, pour rejaillir sur l'image de toutes les institutions organisatrices qui y auront contribué

Pour Mémoire

Nous rappelons que simultanément à Artmedia, Fred Forest, Professeur titulaire de l'Ecole Supérieure Nationale de Cergy et Docteur d'Etat de la Sorbonne, Professeur de l'Université de Nice Sophia-Antipolis, a organisé en France, entre 1985 et 1994, une cinquantaine de séminaires sur les arts technologiques et de la communication, les usages de l'Internet, l'Esthétique de la communication, dans le cadre de l'Université Paris 1 Sorbonne, l'Université de Paris VIII, l'Université de Nice et le MAMAC (Musée d'art Moderne et d'Art Contemporain de Nice)

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Ouverture du Colloque par Fred Forest ( qui a quitté la place vide pour prendre la photo ) de droite à gauche : Jacqueline Sanson, Directrice Générale BNF; Jean Michel Rodes, Directeur de l'Inathèque (INA) Maria Paula Fimiani, Professeur de Philosohie, Vice-Recteur de l'Université de Salerne; Annick Bureau, Directrice de Leonardo/Oats, Artpress ( Coyrights Fred Forest )

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de gauche à droite : Pierre Huyghe,Professeur Paris I Sorbonne; Louis-José Lestocart, Art Press; Roberto Barbanti, Maître de Conférences à Paris VIII; Fred Forest, Professeur émérite de l'Univerité de Nice Sophia Antipolis. ( Coyrights Fred Forest )

ORGANISATEUR-CONCEPTEUR :

Fred Forest, France, Prof. d'Esthétique

Contribution: Entre esthétique et éthique, le Beau et le Vrai, la voie étroite de l'utopie réaliste

 

website: http://www.webnetmuseum.org
website: http://www.fredforest.org

Biographie / Biography / Biographia
Résumé / Abstracts / Riassunto

Biographie : Artiste multimédia, Docteur d'Etat de la Sorbonne, Professeur émérite de l'université de Nice, Professeur titulaire Ecole Nationale Supérieure d'Art de Cergy

Pionnier de l'art video (1967) du Net Art (1994) et de l'Art sur Second Life (2007)

L'ensemble de son oeuvre est entré en France au Partrimoine National (2004)
- Prix de la communication de la XII Biennale de Sao Paulo (1973)
- Création de la Biennale 2000 au MAC de Sao Paulo (1975)
- Biennale de Venise (1976)
- Documenta 6 Kassel  (1977)
- Exposition personnelle Centre Georges Pompidou (1982)
- Grand Prix de la Ville de Locarno pour son Festival des Arts électroniques (1995)
- Fondateur du musée http://webnetmuseum.org
- Rétrospective au Paco das Artes (2006)
- Exposition personnelle au MAC de Sao Paulo avec la création de la Biennale de l'an 3000 (2006)
- Rétrospective à la Slought Foundation de Philadelphie (2007)
- Expositions personnelles à Sarajevo, Nice, Naples, Nîmes et collaboration avec l'ICOM pour sa journée annuelle le 18 mai 2008 (2008)

Fred Forest a publié une dizaine de livres théoriques. Il est co-fondateur des mouvements de l'art sociologique (1974) et de celui de l'esthétique de la communication avec Mario Costa (1983)

Résumé : Entre esthétique et éthique, le Beau et le Vrai, la voie étroite de l'utopie réaliste 

Michel Onfray prône " une philosophie en actes et non pas en chambre, dans la vie quotidienne, et non dans l'amphithéâtre ou la bibliothèque de l'université, donnant une santé nouvelle à une discipline qui dès lors déborde les ghettos dans lesquels elle se trouve confinée par les gardiens du théorétique pur." (1).

 

À l’instar de Michel Onfray, je revendique depuis toujours pour l'artiste, un statut original qui lui reconnaît une praxis spécifique qui le confronte à la réalité du moment. Un mode de faire qui le mette en position d'exercer, lui aussi, une philosophie en actes, c'est-à-dire de devenir un opérateur et un expérimentateur esthético-éthique du réel (2). Le mouvement de l'art sociologique que nous avons créé en 1974 avec le collectif d'art sociologique, comme le groupe international de l'esthétique de la communication constitué avec Mario Costa en 1983, répondaient à ces critères.

Certains intervenants de ce colloque ne manqueront pas d'aborder l'impérieuse question que soulève dans notre époque les rapports des développements technologiques avec ceux du devenir de l'esthétique (production d'objets symboliques) et de l'éthique (morale sociale). Je vais me consacrer pour ma part à dresser un état des lieux, ici et maintenant, dans l'observation et l'analyse critiques des fonctionnements du système de l'art contemporain dans ses rapports entre éthique et esthétique, puis je donnerai, à mon sens, la seule ligne d'action possible pour l'artiste, aujourd'hui, dans la société telle qu'elle se présente.

Je serai d'autant plus motivé à le faire que ce système de l'art contemporain, depuis une trentaine d'année, prospère et tourne à plein rendement sans qu'il nous ait été donné de remarquer, en son sein, même, beaucoup de philosophes, de critiques d'art, ou de penseurs qui le mettent en perspective, critique pour en dénoncer les errements éthiques, sa " légèreté" esthétique et, finalement, l'aliénation sociale qu'il incarne pour la plus grande partie de sa production. À bien y regarder, l'artiste ne serait-il donc qu'un amuseur public (Ben), un décorateur conceptuel, (Buren (3), un artiste imposé par l'establishment, à la fois à son service et servi par lui (Sophie Calle). Comme s'il était admis, en s’appuyant sur l’histoire de l’art, une fois pour toute, que l'artiste ne pouvait exister que dans des rôles, pré-formatés, sans jamais pouvoir échapper à cette condition. Je suis de ceux qui pensent, au contraire, que la société en mutation va donner aux artistes l'opportunité d'acquérir un vrai statut qui va leur permettre, d'assumer dans nos sociétés une responsabilité et un rôle majeur.

 

Ce colloque tombe à point nommé, car on constate depuis peu, après une hégémonie sans partage, durant des décennies, de l’art contemporain, des lignes de failles et des doutes, qui semblent désormais affecter son système. Nous ne nous étendrons pas sur la remise en cause dont il a été l'objet en France dans les années 90 (4) qui n'a été, en fait, qu'un épiphénomène. Les défenseurs de l'orthodoxie formelle de la tradition qui s'y sont retrouvés, comme Jean-Philippe Domecq, Jean Clair, Marc Fumaroli, n'apparaissant souvent, à tort ou à raison, que comme des nostalgiques de formes révolues appartenant au passé. En effet, ne sont jamais prises en compte chez eux, dans un discours sans nuance, les mutations idéologiques, sociales et techniques qui affectent nos sociétés, et en renouvellent, de fait, l'imaginaire, les formes artistiques et symboliques. Sans jamais, non plus, que leur discours fasse allusion, à un déplacement pourtant significatif de l'esthétique vers l'éthique. Un déplacement que le critique d'art Pierre Restany a souligné très tôt dans ses écrits (5).

 

Pour de multiples raisons, je suis convaincu que ce colloque fera date. Il va jouer le rôle de catalyseur. Ce sera un moment historique. Il va contribuer par le thème même qu'il s'est choisi, à dégager un nouveau positionnement critique en regard d'un art contemporain, longtemps dominant, mais dont les modèles et le fonctionnement accusent désormais une certaine forme d'obsolescence.

L'artiste en dehors des soutiens du marché et institutionnels peut aussi s'engager dans les formes que permet aujourd'hui la révolution de l'information. S'il a la maîtrise de cette dernière, il a pour lui l'avantage, sur les pouvoirs institués (économiques et politiques), de la rapidité d'exécution, de la faculté de l'imagination pragmatique, du sens des stratégies créatives, de l'entière liberté d'action, sans devoir en référer à un système ou à une hiérarchie quelconque avant de passer à l'action.

 

Aujourd'hui, et c'est un fait nouveau, les premiers signes d'une lézarde dans le système de l'art contemporain commencent à se faire jour. Ce n'est pas tant une faille esthétique comme les avant-gardes en ont tant pratiqués au cours du siècle dernier, se chassant les unes après les autres, avec des propositions esthétiques qui se voulaient toujours nouvelles et innovantes. Mais plutôt un doute insidieux qui s'installe, enfle et se propage. Un doute qui fait suite à l’arrogance triomphante de l'art contemporain qui, comme une marée irrésistible, a envahi nos musées et nos esprits, des décennies durant. Le marketing de l'art a mis sous influence et au pas dans les écoles d'art des générations successives d'étudiants. Les revues d'art ont cédé à la tentation bien compréhensible de la manne financière pour enrégimenter leurs lecteurs, laissant entendre subtilement que celui qui n'aimait pas l'art contemporain était tout simplement un imbécile, doublé d'un fieffé réactionnaire. L'esthétique s'est trouvée ainsi reléguée à un rang mineur, quand à l'éthique, elle s’est trouvée radicalement gommée. La marchandisation et l'instrumentalisation ont fini par niveler la dimension esthétique et encore plus sa fonction éthique. C'est le marché, l'économie, la finance, la spéculation, le marketing qui non seulement sont devenus le moteur de l'art dit contemporain mais, bien pire encore, son vecteur unique de création. Dans un monde en mutation et en crise, les artistes (les vrais) ne peuvent plus rester enfermés dans un ghetto, où les enjeux esthétiques sont devenus dérisoires et les préoccupations éthiques pratiquement absentes. L'art contemporain : un univers élitaire, clos sur lui-même. Clos à double tour, qui ne fonctionne plus que sur l'équivalence à des valeurs financières. Des valeurs préfabriquées, attribuées, manipulées par les opérateurs influents du marché. Ces opérateurs, qui bénéficient de toute la chaîne des pouvoirs établis, du producteur —l'artiste de base— au sommet de la pyramide, où se consacre, au final, la valeur de l'œuvre, directement en fonction du montant atteint, chez Christie's. Ces opérateurs sont si puissants en France, qu'ils recrutent selon leur bon vouloir à l'occasion, leurs employés aussi bien chez d'ex-ministres de la culture que chez d’ex-Présidents du Centre Georges Pompidou, ou encore, comme rabatteurs utiles, mais de moindre importance, des responsables de Centres culturels publics et de Fonds Régionaux d'Art contemporain. Ces opérateurs qui par leur puissance financière déterminent donc la valeur esthétique des œuvres, selon leur bon vouloir, bénéficiant par ailleurs d'un réseau efficace auprès des personnels des administrations culturelles et des musées publics, ce qui rend de surcroît leur efficacité esthétique redoutable.

 

C'est dans ce monde sans transparence aucune que naviguent à vue les artistes de l'art contemporain, à la merci de leurs commanditaires. Mais que peuvent-ils donc bien faire d'autre ces malheureux artistes, à la fois victimes et mercenaires de l'art contemporain, souvent bien malgré eux disent-ils ?

La réponse est simple, comme je l'ai moi-même préconisée publiquement à plusieurs reprises, notamment lors du colloque, l'Etat et l’art contemporain(6) devant un aréopage de personnalités, qui ne comptaient pas moins dans leur rang, une dizaine de représentants de l’Etat: les artistes doivent prendre le pouvoir ! 

 

Tout le système de l'art contemporain repose, s'organise et se structure entièrement et exclusivement sur une idéologie mercantile. Une fois connue (reconnue) cette vérité première sur lequel repose tout le système, il s'agira de le neutraliser en élaborant des stratégies inventives qui auront recours aux ressources que peuvent offrir aujourd'hui les outils du numérique, de l'information, voir de la désinformation.

Le constat qu’on peut faire c’est que dans tous les secteurs des activités humaines, une dominante s’est imposée selon laquelle ce sont les flux économiques qui régissent la vie des individus qui ont été transformés, disons, en citoyens-consommateurs. Mais, en réaction directe à cette tendance, on observe depuis une quinzaine d’années (avec l’avènement de l’Internet) que les communautés culturelles sont à l'initiative de tentatives de mouvements de libération de l'emprise du marché. Le logiciel libre a émergé au milieu des années 1990. Et enfin de nombreux groupements d'artistes ont commencé à créer des organes de réflexion sur les "infrastructures génériques", sur des services publics en open source, sur des démarches de développement ou de « décroissance » collaborative, offrant une alternative au libéralisme sauvage.

 

Pourquoi les artistes seraient-ils les initiateurs, les contributeurs ou les gardiens de ces nouveaux pouvoirs partagés ? Parce que l'action artistique est à la fois le dernier rempart, et le premier indicateur de la santé démocratique et d’une certaine authenticité. Dans une société où chacun de nos mouvements est surveillé, analysé, décortiqué, l'acte artistique peut encore avoir une valeur hautement symbolique et de liberté.

 

Le pouvoir des "artistes", celui, de l'esthétique et de l'éthique, peuvent être sans limites si les artistes seulement en prennent conscience. Il est à leur portée de main. Il suffit qu'ils se baissent pour le cueillir et s'en approprier. Vouloir c'est pouvoir. Ils ne le savent pas encore. Demain ils le sauront, déjà, car dans ce monde en crise, ils sont les seuls capables de pouvoir refonder du SENS, là où il n'y en a plus, et redonner au mot POUVOIR tout son sens positif pour changer le monde. Cette nouvelle révolution de l’art à imposer en ce début du XXI, c’est celle qu’appelle tous mes vœux, et que je nomme : l’utopie réaliste.

 

(1) Le Monde daté du vendredi 11 juillet 2008 p.8. 
(2) Art sociologique vidéo, Fred Forest, UGE 10/18, Paris 1977
(3) L’affirmation de ce dernier nous paraît d’autant plus cocasse venant de sa part quand il nous assène, sans apparemment le moindre soupçon de doute: « L’artiste officiel a sans douter existé, mais n’existe plus. Je ne vois aucun artiste aujourd’hui en France sur le dos duquel on pourrait coller cette étiquette. Qui dit un artiste officiel dit artiste représentant le pouvoir, quel qui soit». Pour un artiste d’un bon niveau intellectuel reconnu, nous prendrons cela chez lui, bien entendu, plus pour du cynisme que de l’inconscience. Ce n’est pas sur la question de l’esthétique que nous le prendrons à défaut, ici, comme on le mettra en cause généralement, mais sur celle de l’éthique, de la dérobade et du refus de s ‘assumer pour ce que l’on est. (Le Monde, « Il n’y a plus d’artistes officiels », interview d’Harry Bellet, Vendredi 25 juillet 2008).
(4) La crise de l'art contemporain, Revue Esprit ,Février 1992, n°2.
(5) "La révolution de la vérité : vers un nouveau critère fondamental du goût", Séminaire public Fred Forest, MAMAC Nice, vendredi 19 mai 1999.
(6) "L’Etat et l’art contemporain", Théâtre du Rond Point, Paris 29 novembre 2007 (Voir Art Absolument n° 22 septembre 2007 et Artension, n°4, "La critique dissidente", Mai-Juin 2007

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de gauche àdroite : Sophie Lavaud, Enseignant-Chercheur, Université Jean Monnet à Saint-Etienne; Dominique Chateau, Professeur Paris I Sobonne;François Soulages, Professeur Paris VIII; Anne Cauquelin, Professeur émérite, Université de Picardie, Directrice de la nouvelle revue d'ETHETIQUE. ( Copyrights Fred Forest )



ORGANISATEUR-CONCEPTEUR :

Mario Costa, Italie, Prof. d'Esthétique à l'Université de Salerne

Contribution: Co-organisateur du colloque

 

Actes / Proceedings

ARTMEDIA X - Introduction

Mario COSTA

 

En ce qui concerne la réflexion sur l’art il y a, entre les Etats-Unis et l’Europe, une différence profonde qui ne peut pas nous échapper.

En Europe, l’art contemporain soulève des questions et est mis en doute au point de considérer l’art même, en tant que tel, épuisé pour toujours.

Aux Etats-Unis, au contraire, on ne doute pas du fait que ce qui est produit n’est rien d’autre que de l’art, de l’art contemporain, et on essaie de trouver toutes sortes de raisons grâce auxquelles on peut être sûr qu’il s’agit bien d’art et de rien d’autre.

Cette nécessité de légitimer l’art contemporain se trouve à la base de nombreuses théories esthétiques américaines importantes depuis, à peu près, la seconde moitié des années soixante.

Une opinion très influente, due aussi au prestige de son nom, est celle de Nelson Goodman. Un petit nombre de propositions suffisent pour illustrer sa pensée : « Le mythe absurde et encombrant de l’insularité de l’expérience esthétique peut être abandonné » 1; mais oui, parce que l’art, artefact symbolique, existe à l’intérieur de toute la circulation du symbolique et il s’agit d’art seulement au moment où, à l’intérieur de cette circulation, il fonctionne en tant qu’art ; c'est-à-dire, très simplement, que la vraie demande n’est pas « Qu’est ce qui est art ? », mais « Quand un objet est-il une œuvre d’art ? » 2, et, il est inutile de le dire, un objet est une œuvre d’art, indépendamment des « symptômes » artistiques qu’il peut avoir ou ne pas avoir, quand il fonctionne en tant qu’art.

Bref, l’impulsion est donnée.

Ainsi, de George Dickie et de sa « théorie institutionnelle » de l’art, nous apprenons que : est « art » tout ce que les institutions de l’art considèrent en tant que tel, sans que soit suspecté la dangerosité de cette position ; alors que de la part de Howard Becker on nous offre la légitimation du fait que l’œuvre d’art est un produit collectif appartenant à tous ceux qui, de différentes façon, la font exister, sans dire, en revanche, que la collectivité des agents de l’art constitue désormais, en réalité, une grande machine du « vide » qui a comme seul objectif de le faire apparaître « plein ».

 

Mais le dernier cri, celui qui est théoriquement mieux développé, et qui est à l’origine des deux précédents, est représenté par Arthur Danto dont, comme chez Hegel dont il s’inspire, on ne sait s’il faut apprécier davantage la capacité de saisir la vérité ou la capacité de la mystifier immédiatement.

Pour Danto, donc, l’art est arrivé à sa fin, ayant été rendu obsolète par la philosophie qui, d’autre part, n’a pas eu un meilleur destin. Mais ce qui suit après la « fin de l’art » ce n’est rien d’autre, encore et toujours, que de l’art, l’art de la « post – histoire », c'est-à-dire un art qui consiste dans le « tu peux faire ce que tu veux », car de toute manière il y aura toujours quelqu’un qui t’achètera ou te fera acheter.

Du reste il y a deux millions d’artistes qui doivent vivre, 100.000 dans la seule ville de New York, avec toutes les conséquences économiques que leur existence comporte ; ou, peut être sont-ils, eux-mêmes, la vraie conséquence économique ?

 

Le Colloque s’interroge sur le futur du « sens ». Je ne crois pas que le destin du « sens » ait un bon avenir.

Je crois au contraire, que, dans notre monde, c’est tout l’univers du symbolique qui se trouve dans une crise profonde et peut-être irréversible. Le symbolique a été effacé par la télévision qui a entièrement digéré la réalité, par la réduction en monnaie sonnante et trébuchante de tout l’existant, par la façon d’être du politique, par le fait que nous ne sommes plus dans une quelconque culture mais dans un « bloc communicant » technologique qui existe au-dehors de nous et qui l’emporte sur nous et sur nos desseins. Je ne crois pas que les artistes puissent faire grand chose dans cette situation.

 

Du “sens” nous savons désormais tout grâce à Richard Dawkins : comment il se génère, comment il se diffuse, comment il se décline…; et puis, surtout le « sens », tout le « sens » du monde, tout le « sens » secrété par l’homme au cours de son histoire, tout comme l’escargot sécrète sa propre bave, est tout entier là, sur Internet, un océan de « sens » extériorisé et cristallisé dans lequel tout notre « sens » se dissout et s’évanouit.

Bref, les conditions pour l’arrivée d’une catastrophe du symbolique sont toutes déjà données et ce qui est en train d’arriver n’est rien d’autre que son lent mais inexorable big bang 

C’est dans ce monde que l’art vit aujourd’hui, ou mieux, que vit ce qui reste de lui.

Depuis  trente ans, j’essaie de comprendre quel type d’activité esthétique peut tenter de survivre dans ce monde.

Mon opinion est que l’art, à partir de certaines avant-gardes, a commencé à transformer profondément son ancienne essence faite de beauté, d’expression, de symbolique, de sentiment qui se fait image, d’aspiration à la transcendance, et ainsi de suite, pour se contaminer avec les forces qui agissent le plus dans notre monde : la science et la technologie.

À propos de cette nouvelle situation de l’art et de l’esthétique, dont le prétendu « système international de l’art » semble se moquer, j’ai cru pouvoir parler d’abord, avec Fred Forest, d’esthétique de la communication, et ensuite de sublime technologique, de bloc communicant et d’esthétique du flux, de transformation de la figure de l’artiste en celle de chercheur esthétique, et ainsi de suite.

Le travail accompli pour Artmedia est à inscrire dans ce cadre d’hypothèses plus générales et compréhensives.

Le Projet Artmedia se conclut avec ce prestigieux Colloque.

Je remercie tous ceux, public inclus, qui l’ont rendu possible. Je sais gré à ceux qui ont accepté d’y tenir des conférences et j’espère que le travail réalisé par Fred Forest et par moi puisse être, finalement, pas du tout inutile. Merci.  

Notes

1 - Nelson Goodman – I linguaggi dell’arte [1968], Milano, Il Saggiatore, 1976, p. 219
2 -   Nelson Goodman – Vedere e costruire il mondo [1978], Roma-Bari, Laterza, 1988, p.79

 


Edmond Couchot, France, Prof. émérite à l'Université de Paris VIII, Directeur de la formation en Arts et technologies de l'image

Contribution: Nouvelles temporalités dans les arts et la communication

Biographie / Biography / Biographia
Résumé / Abstracts / Riassunto

Biographie : Edmond Couchot est Docteur d'État et Professeur émérite des universités. Il a dirigé la formation Arts et Technologies de l'Image à l'Université Paris-8 pendant une vingtaine d'années. Plasticien d’origine ; il s'intéresse en tant que théoricien aux relations de l'art et de la technologie et a publié sur ce sujet de nombreux articles et trois livres : Images. De l'optique au numérique, Hermès, 1988, La Technologie dans l'art, J. Chambon, 1998, L’Art numérique, en collaboration avec N. Hillaire, Flammarion, 2003.

Résumé : Nouvelles temporalités dans les arts et la communication

Si les technologies numériques nous ouvrent un nouvel espace, virtuel et cybernétique, elles nous plongent aussi dans une temporalité dont nous faisons l’expérience pour la première fois — une sorte de temps totalement « dérégulé », hors de la chronie : un temps u-chronique. C’est une autre façon de percevoir et de concevoir le temps que la technique nous impose désormais. Et, dans la mesure où le temps est indéfectiblement lié à la création du sens, c’est vers une autre direction du sens, inconnue jusqu’à ce jour, que nous nous orientons.

Cette nouvelle temporalité bouleverse la plus grande part de nos activités matérielles — dont l’économie et le marché qu’elle contribue fortement à déréguler —, mais elle bouleverse également notre être intime et social, nos modes de communication, nos façon d’être et d’agir, nos jeux et nos plaisirs, notre imaginaire. Nous sommes ainsi déchirés entre deux temporalités. L’une construite depuis des siècles sur la fixité de l’écriture et la sélectivité de l’Histoire, l’autre, très récente, propre au temps des ordinateurs et des réseaux, un temps libéré du temps du monde et de ses repères stables.

S’agira-t-il alors de nous soumettre sans contestation à la technologie et à ses nouvelles temporalités ou d’en rejeter, tout aussi radicalement, tous les possibles et les promesses ? Quelles voies sont praticables entre la soumission et le rejet ? Dans ce choix crucial, quel rôle pourra jouer l’art qui est lui aussi traversé par ce conflit ?


Vincenzo Cuomo, Italie, Université de Salerno

Contribution: Au delà de la 'maison de l'être' : l'expérience esthétique du non-symbolique

 

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Résumé / Abstracts / Riassunto

Biographie : Vincenzo Cuomo (né à Torre Annunziata, 1955) est professeur de philosophie en Italie. Depuis 1986, il collabore au laboratoire de recherches Artmedia, sous la direction de Mario Costa de l'Université de Salerne. Il a publié de nombreux articles et essais sur la philosophie des techniques et l'esthétique des médias. Il a publié les livres : Le parole della voce. Lineamenti di una filosofia della phoné (publié à Salerne par Edisud, 1998) ; Il corpo impersonale. Saggi di estetica dei media e di filosofia della tecnica (publié à Naples par Liguori, 2004) ; Al di là della casa dell’essere. Una cartografia della vita estetica a venire (publié a Rome par Aracne, 2007). Il a aussi édité un livre d'écrits de Th. W. Adorno sur les relations entre la musique et les médias (publié à Naples par Tempo Lungo Edizioni, 2002). Il est le co-rédacteur en chef du magazine Kainos. Rivista telematica di critica filosofica (www.kainos.it)

Résumé : Au-delà de la « maison de l’être » : l’expérience esthétique du non-symbolique.

La puissance et la pénétration de la technique dans les « environnements de vie » est en train de révéler l’historicité mémorable de la « condition humaine ». La question fondamentale qu’aujourd’hui la philosophie doit affronter est celle de repenser radicalement le phénomène de la nature humaine au-delà de celle que Heidegger appelait « la maison de l’être », c’est-à-dire au-delà de la traditionnelle caractérisation de l’homme comme « animal symbolique » et/ou « être dans le monde ». Ces notions ontologiques paraissent désormais toujours plus précaires et incomplètes.

Quelques émergences techno-culturelles devraient nous faire réfléchir :

a) l’affirmation d’un nouveau paradigme « performatif » dans le milieu de la nouvelle phénoménologie des images ;
b) la marginalisation et la provincialisation de l’ordre symbolique et l’émergence de nouvelles opérativités sub-symboliques et tecno-morphes ;
c) la progressive réduction des formes d’existence dans le monde à un fitness adapté aux techno-environnements de vie.

La marginalisation du sens n’implique pas, toutefois, une complète destruction de l’expérience humaine. De nouvelles perspectives d’expériences esthétiques, qui ne sont plus liées au « sens », mais qui ne sont pas, pour cette raison, insensées, semblent, en effet, s’ouvrir.

Riassunto : Al di là della “casa dell’essere”: l’esperienza estetica del non-simbolico.

La potenza e la penetrazione della tecnica negli “ambienti di vita” sta rivelando la storicità epocale della “condizione umana”. La questione fondamentale che la filosofia oggi deve affrontare è quella di ripensare radicalmente il fenomeno della natura umana al di là di quella che Heidegger chiamava “la casa dell’essere”, vale a dire al di là della tradizionale caratterizzazione dell’uomo come “animale simbolico” e/o “essere nel mondo”. Queste nozioni ontologiche appaiono ora sempre più precarie e incomplete.

Alcune emergenze tecno-culturali dovrebbero farci riflettere: 

a)  l’affermarsi di un nuovo paradigma “performativo” nell’ambito della nuova fenomenologia delle immagini;
b) la marginalizzazione e provincializzazione dell’ordine simbolico e l’emergere di nuove operatività sub-simboliche e tecnomorfe;
c) la progressiva riduzione delle forme di esistenza nel mondo a fitness adattivo ai tecno-ambienti di vita.

La marginalizzazione del senso non implica, tuttavia, una completa distruzione dell’esperienza umana. Nuovi orizzonti di esperienza estetica non più legati al “senso”, ma non per tale motivo insensati, sembrano, infatti, dischiudersi.


Sophie Lavaud, France, Artiste et théoricienne des arts interactifs, enseignante-chercheure à l'Université Jean Monnet de Saint-Etienne

Contribution: Esthétique et éthique : la responsabilite de l'artiste aujourd'hui

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Biographie : Sophie Lavaud est artiste, enseignante et chercheure dans le domaine des arts visuels et numériques. Elle vit et travaille à Paris. Docteur de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en Art et Sciences de l’Art, elle a enseigné à l’université de Franche-Comté, à l’université de Technologie de Compiègne et est actuellement enseignante-chercheure à l’université Jean Monnet de Saint-Etienne.

En 2007, elle est invitée à l’école d’art d’Ottawa, à l’Alliance Française et à l’InterAccess Electronic Media Arts Center de Toronto (Canada) à diriger une série d’ateliers d’écriture de projets d’art numérique interactif.

Elle intervient régulièrement depuis 1997 sur le rôle de la technologie dans l’art, dans des conférences nationales et internationales (à New York, Bilbao, Londres, Casablanca, Paris…) et publie des articles dans des revues et des ouvrages scientifiques.

Elle est invitée en 2003, en tant que chercheure en art, en résidence à la Villa Media pour une réflexion théorique et pratique sur la production de ressources pédagogiques, fruits d’un travail croisé entre recherche informatique et recherche en arts plastiques.

Elle a organisé en 2007 à l’université Paris 8 (Laboratoire Paragraphe) un atelier de réflexion transdisciplinaire Art, Intelligence Artificielle et Complexité. - Univers Distribués. 

Son travail pratique et théorique étudie comment les technologies émergentes et certaines approches scientifiques appliquées à la programmation, comme l’Intelligence Artificielle Distribuée, peuvent gérer informatiquement des problématiques artistiques auparavant traitées par la peinture. C’est ainsi qu’elle explore depuis une quinzaine d’années, les possibilités poétiques et expressives des medias numériques et interactifs allant de l’image de synthèse à la réalité virtuelle, en passant par le réseau. Ses installations interactives et multisensorielles, qui mettent le corps du spectateur-interacteur au coeur du dispositif artistique, sont exposées dans des manifestations ou festivals nationaux et internationaux (Art virtuel–créations interactives et multisensorielles, @rt-outsiders, Isea, Festival International de Casablanca, Stony Brook University et d’autres).

 

Résumé : Esthétique et éthique : la responsabilite de l'artiste aujourd'hui 

Au-delà des techniques de représentation qu’il façonne et des matérialisations esthétiques qu’il produit, le travail symbolique de l’artiste « responsable » s’affirme comme un indicateur majeur de la situation, voire de la condition de l’homme dans le monde.

Toute pratique artistique s’appuie, en effet, sur des systèmes de représentation qui supposent des techniques et donc des modèles et des théories. Plus que de simples outils à saisir le réel, l’interpréter, le circonscrire, en rendre compte, le contrôler, le tenir à distance, s’en approcher, le construire, le façonner ou le détruire, ces modèles correspondent à une certaine vision du monde et de la position qu’y occupe l’homme à une époque donnée de son histoire. Depuis une trentaine d’année, les technologies numériques de l’information et de la communication ont modifié radicalement le contexte de la production des œuvres, de leur morphogenèse à leur socialisation, soulevant ainsi de nouveaux enjeux. Mais aucun enjeu ne pouvant être purement technique, ils sont avant tout, esthétiques, philosophiques, éthiques, sociaux voire politiques.

Dans la continuité de notre travail universitaire pratique et théorique, nous tenterons d’observer qu’à de nouvelles formes esthétiques mises en place par certains artistes, peuvent correspondre des valeurs éthiques et lesquelles. Une vision du monde et laquelle. En réponse au vide angoissant laissé par l’écroulement de nos certitudes positivistes établies depuis le XIXème siècle, les bouleversements survenus dans nos sociétés avec l’apparition de médias et de technologies de communication et d’information, la perte de valeurs spirituelles, la domination des valeurs marchandes et spéculatives, quelle peut être la position de l’artiste aujourd’hui ? Comment humaniser la technologie ? Existe-t-il des œuvres qui ont réussi à nous questionner et nous sensibiliser sur des problématiques existentielles de notre époque ?

En nous appuyant sur l’analyse critique d‘œuvres contemporaines diverses, nous tenterons de faire ressortir des critères significatifs permettant de les inscrire ou non dans le respect de ce que je nommerai « une éthique humaniste » de l’art et de la vie.


Maurizio Bolognini, Italie, Artiste et théoricien de l'art génératif

Contribution: De l'interaction à la démocratie. Vers un art génératif post-digital

 

website: www.bolognini.org
e-mail: m.bolognini[at]hyperdelphi.net

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Biography : Maurizio Bolognini works in Italy as both a media artist and researcher in electronic democracy and network communication techniques. As an artist he has exhibited widely in Europe and the U.S.A. His latest solo shows include ones at the Villa Croce Museum of Contemporary Art, Genoa; Laboratory Museum of Contemporary Art, Rome; PAN-Palazzo delle Arti di Napoli, Naples; CACTicino, Bellinzona, CH; WHACenter and Roger Smith Lab, New York.

Bolognini’s research interests are art, technology and democracy. Since 1988 he has used computer programming to produce random images: there are hundreds of computers (IMs, Computer sigillati, Atlas 2 series etc.) which he has programmed to generate continuous and unlimited flows of random images and has left to work indefinitely. Since 2000 he has concentrated on combining programming and communication devices, as in the Collective Intelligence Machines (CIMs): interactive installations connecting his programmed machines to the mobile telephone network, to allow interaction by members of the public.

He is author of many publications and the books Democrazia elettronica (Carocci, Rome 2001) and Postdigitale (Carocci, Rome 2008). Recent books on his work: D. Scudero (ed.), Maurizio Bolognini: Installazioni, disegni, azioni, Lithos, Rome 2003; S. Solimano (ed.), Maurizio Bolognini: Programmed Machines 1990-2005, Villa Croce Museum, Genoa 2005; M. Costa et al., Maurizio Bolognini. Infinito personale, Nuovi Strumenti, Brescia 2007.

 

Biographia : Maurizio Bolognini lavora in Italia come artista e come ricercatore nell'ambito della democrazia elettronica e delle tecniche di comunicazione di rete. Come artista ha esposto in molte occasioni in Europa e negli Sati Uniti. Tra le ultime mostre personali: Museo di Arte Contemporanea di Villa Croce, Genova; Museo Laboratorio di Arte Contemporanea, Roma; PAN-Palazzo delle Arti di Napoli; CACTicino, Bellinzona, CH; WAHCenter e Roger Smith Lab, New York.

I suoi interessi di ricerca comprendono arte, tecnologie, democrazia. Dal 1988 ha iniziato a usare elaboratori elettronici per produrre immagini casuali: centinaia di computer (serie IMs, Computer sigillati, Atlas 2 ecc.) sono stati programmati per generare flussi di immagini in continua espansione, e lasciati funzionare all'infinito. Dal 2000 si è concentrato sulla combinazione di dispositivi di programmazione e di comunicazione, come nelle Collective Intelligence Machines (CIMs): installazioni interattive che connettono alcune delle sue macchine programmate alla rete telefonica cellulare, consentendo l'intervento del pubblico.

E' autore di molte pubblicazioni tra cui Democrazia elettronica (Carocci, Roma 2001) e Postdigitale (Carocci, Roma 2008)

Libri recenti sul suo lavoro: D. Scudero (a cura di), Maurizio Bolognini: installazioni, disegni, azioni, Lithos, Roma 2003; S. Solimano (a cura di), Maurizio Bolognini: Macchine Programmate 1990-2005, Neos, Genova 2005; M. Costa et al., Maurizio Bolognini. Infinito personale, Nuovi Strumenti, Brescia 2007.


Anne Cauquelin, France, Prof. émérite de Philosophie à l'Université de Picardie, Directrice de la Nouvelle Revue d'Esthétique

Contribution: Ethique et multivers

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Biographie : Agrégée de philosophie, Docteur d'Etat, Professeur émérite de philosophie de l'Université de Picardie. Dir.de la Revue d'Esthétique. Vice-présidente de la Société française d'Esthétique. Ses centres d'intérêt porte sur l'art contemporain et ses développements technologiques ; le site, le lieu, le paysage le jardin : Qu'est ce qu'un site, généalogie du site, le site web, le cyberpaysage les mondes possibles.

Parmi ses publications : La ville, la nuit, PUF, 1977 ; Essai de philosophie urbaine, PUF,1982 ; Aristote, le langage, PUF, 1990 ; L'art contemporain, PUF, Que sais- je? 1996. 8ème édition, 2006. trad grec, roumain coréen, espagnol, portugais, italien, turc ; Petit traité d'art contemporain, Le Seuil, 1996, réédition 1998, trad.portugaise ; Le site et le paysage, PUF coll. Quadriges  2002 ; Petit traité du jardin ordinaire, Payot /rivages, 2003 ; Fréquenter les incorporels, PUF, coll. lignes d'art, 2006. trad allemand.

Résumé : Ethique et multivers

Multivers est un terme qu'utilisait volontiers Daniel Charles, et nous nous étions retrouvés sur la pluralité des mondes comme sur bien d'autres sujets. J'aimerais rendre hommage ici à ses pensées pluralistics, que sa mort a interrompues, et l'occasion m'est donnée de le faire dans le cadre d'Artmedia X.

Les questions éthiques ne concernent pas seulement les pratiques de la raison pratique, pas seulement les règles du bon usage d'Internet et du cyberespace, même si les usages cyber-communicationnels mènent à une véritable critique de la morale traditionnelle (en matière de droits d'auteur par exemple). L'éthique première (comme il y a une philosophie première) touche à la manière de considérer notre monde : est-il unique, central, anthropocentré, ou bien multiple, a-centré, avec des contreparties dans l'univers? Et si c'est le cas, comment passer d'un univers à un autre ? Que transportons-nous ou qu'abandonnons-nous de nos règles quand nous accédons à un de ces multivers ? Ne s'agirait-il pas de les transformer sinon de les réinventer ? La question se pose alors d'une morale et d'une esthétique orientée multispaces.



Daniel Charles ( Août 2008 ), France, Prof. émérite d'Esthétique à l'Université de Nice

Contribution: De la Polyagogie chez Cage et Xenakis

Résumé / Abstracts / Riassunto

Résumé : De la Polyagogie chez Cage et Xenakis

John Cage avait expressément déclaré en juin 1961, en préfaçant Silence, qu’il tenait à dédouaner entièrement la «responsabilité» du bouddhisme zen vis-à-vis de sa carrière de compositeur. Le zen, en effet, que signifiait-il au juste «aujourd’hui, dans l’Amérique de la mi-vingtième siècle»? A l’orée de son magnum opus, donc, il avait formellement décliné l’affiliation passe-partout dont les critiques avaient cru bon de l’affubler, et refusait d’être catalogué purement et simplement comme un adepte de ce qu’Etiemble, à l’époque, appelait le «zaine» (pas plus, du reste, que son admiration pour Marcel Duchamp ne légitimait, selon lui, qu’on le taxât de «néo-dadaïsme»...).

 

Trente ans plus tard, en septembre 1991 au Festival d’Automne de Madrid, John me fit part de sa dernière (et grande) découverte: le livre que Drexler – avec lequel il était en contact – venait de publier (Unbounding the Future, sous-titré The Nanotechnology Revolution). A ses yeux, Drexler ouvrait notre avenir, et cela non pas seulement du fait des implications écologiques probables de son programme, mais parce qu’il nous obligerait dorénavant à penser à la japonaise, sans pour autant réactiver quelque mystique que ce fût. Cela représentait, pour Cage, la confirmation éclatante de sa propre démarche. Dès le départ en effet, Drexler se réclamait de la distinction capitale, propre à la langue japonaise, entre l’imagination pure (kûso no, l’irréalité que supposent par exemple «des bottes anti-pesanteur»...) et le futur en tant que source d’espoir (mirai no) ou but réalisable (shorai-teki). La conjonction de ces derniers vocables, en tranchant sur le kûsô no (cf. Drexler, p. 37-38), permettait de saisir sur le vif le réalisme japonais tel qu’exprimé en matière de nanotechnologie; en comparaison, les Etats-Unis brillaient surtout par leur retard en ce domaine (p. 111-113).

 

Sur ce point, Cage abondait dans le sens de Drexler. Lui-même a bel et bien, et à plusieurs reprises, attesté avoir découvert, en recueillant, de l’enseignement de Suzuki, non pas seulement la logique Hua-yen ou Kegon propre à l’Avatamsaka Sutra, mais, sous le couvert du «leibnizianisme à l’état sauvage» qu’avait inculqué naguère Paul Carus à Suzuki lui-même, le sens profond d’une molécularisation musicale qui s’est épanouie peu à peu, de HPSCHD aux ultimes Number Pieces.

Interrogé sur l’éventuelle connivence entre son esthétique et celle d’un Xenakis, il me répondit que si les critiques avaient observé, pour commencer, que sa musique n’utilisait, «par rapport à Xenakis, que fort peu de sons», ils avaient été forcés de constater ultérieurement qu’«elle en contenait bien plus»! Pareille réponse, on s’en doute, était à entendre cum grano salis.

 

Et c’est sur ce «plus» que portera notre enquête. Celle-ci examinera d’un peu près quelques-uns des attendus du bel article qu’a publié Robin Mackay avec Russell Haswell et Florian Hecker à propos de leur oeuvre réalisée à l’UPIC Blackest Ever Black, sous l’intitulé Rediscovering The Polyagogy of Abstract Matter, dans la revue Collapse, vol. III, 2007 (p. 108-139). 

 



Dominique Chateau, France, Prof. d'Esthétique et de Philosophie de l'art à l'Université de Paris 1 - Sorbonne

Contribution: L'esthétisation de l'art et ses conséquences éthiques

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Biographie : Il a notamment publié : La Question de la question de l’art. Notes sur l’esthétique analytique, Danto, Goodman et quelques autres, Presses Universitaires de Vincennes, 1994 ; L’Art comme fait social total, L’Harmattan, 1998 ; Arts plastiques : archéologie d’une notion, Jacqueline Chambon, 1999 ; Qu’est-ce que l’art ?, L’Harmattan, 2000 ; Cinéma et Philosophie, Nathan, 2003 ; Sartre et le cinéma, Séguier, 2005 ; Esthétique du cinéma, Armand Colin, 2006 ; Qu’est-ce qu’un artiste ?, Presses Universitaires de Rennes, 2008.

Résumé : L’esthétisation de l’art et ses conséquences éthiques

Benjamin écrivait que « le fascisme (…) tend tout naturellement à une esthétisation de la violence » et lui associait le futurisme affirmant que « la guerre est belle »… Cependant, en même temps qu’ils déclaraient cela dans leurs manifestes, faisant allégeance au fascisme, les futuristes proposaient des innovations formelles antagonistes avec l’ancienne valeur du beau. Cette sorte d’ambiguïté, par laquelle la posture critique de l’art se compromettrait avec l’éthique de masse, constitue encore dans le contexte de l’esthétisation postmoderne de l’art un problème culturel crucial.



Paolo D'Angelo, Italie, Prof. d'Esthétique à l'Université de Rome 3

Contribution: Sur quelques phénomènes d’esthétisation dans l’art contemporain

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Biographie : Paolo D’Angelo (Firenze 1956) est professeur d’Esthétique à la faculté de lettre – Université de Rome Trois. Ses champs d’intérêt sont surtout, du point de vue thématique, l’esthétique des arts visuels et l’esthétique du paysage ; et du point de vue historique, l’esthétique allemande de l’âge romantique, l’esthétique italienne du XX ème siècle, l’esthétique analytique anglo-américaine. Il a publié : Introduzione all’estetica analitica, Roma, Laterza, 2008 ; L’Estetica italiana del Novecento, Roma, Laterza 2007 ; Cesare Brandi. Critica d’arte e filosofia, Macerata, Quodlibet, 2006 ; Ars est celare artem. Da Aristotele a Duchamp, Macerata, Quodlibet 2005 ; Estetismo, Bologna, Il Mulino, 2003 ; L’Estetica del Romanticismo, Bologna, Il Mulino, 1997 ; Estetica della Natura. Bellezza naturale, paesaggio, arte ambientale, Roma, Laterza, 2001 ; Dizionario di Estetica, Roma, Laterza, 1999 (in collaborazione con Gianni Carchia) ; Simbolo e Arte in Hegel, Roma, Laterza, 1988 ; L’estetica di Benedetto Croce, Roma, Laterza, 1982. Il a traduit de l’allemand les Lezioni di estetica d'Hegel (2000) et il a travaillé à l’édition italienne de la Critica del Giudizio di Kant (1997)

Résumé : Sur quelques phénomènes d’esthétisation dans l’art contemporain.

On a beaucoup parlé, dans les dernières années, d’esthétisation diffuse et de triomphe de l’esthétique dans l’ère postmoderne. Ces discours, un peu vagues quand ils sont rapportés à la réalité en général ou à la vie sociale dans sa totalité, peuvent acquérir une signification plus précise si on les rapporte aux développements récents des arts jadis dits ‘majeurs’. En prenant exemples en premier lieu de l’architecture et de la littérature, l’exposé essayera de montrer que la thèse de l’esthétisation est encore capable de contribuer à déchiffrer la situation présente seulement si a) la notion d’esthétisme est prise dans un sens déterminé, avec référence à ce qu’a été l’esthétisme historique de la fin du XIXe siècle et si b) on entend l’esthétisation comme perte de valeur exemplaire de l’art. Les phénomènes auxquels nous sommes confrontés peuvent alors être synthétisé dans le constat que aujourd’hui tous les arts tendent à se métamorphoser en arts mineurs.


Fabrizio Desideri, Italie, Prof. d'Esthétique à l'Université de Firenze

Contribution: L'image dit-elle encore soi même ? Pour en finir avec la philosophie de l'art

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Biographie : Fabrizio Desideri est professeur d'Esthétique à l'Université de Florence. Co-directeur (avec Giovanni Matteucci) de la revue en ligne aisthesis (www.seminariodestetica.it), il est membre du Conseil de Présidence de la Société Italienne d’Esthétique. Dans les dernières années sa recherche a porté sur les suivants thèmes : 1) Benjamin, Adorno : esthétiques de la modernité; 2) le problème du jugement esthétique chez Kant ; 3) théories de la conscience ; 4) esthétique et philosophie de l'esprit ; 5) théories de l'objet esthétique et définitions de l'œuvre d'art. Parmi ses livres récents : L’ascolto della coscienza. Una ricerca filosofica (L’écoute de la conscience. Une recherche philosophique), Feltrinelli. Milano 1998 ; Il fantasma dell’opera. Benjamin, Adorno e le aporie dell’arte contemporanea (Le fantôme de l’œuvre. Benjamin, Adorno et les apories de l'art contemporain) il Melangolo Genova 2002 ; Il passaggio estetico. Saggi kantiani (Le passage esthétique. Essais kantiens) ; Forme dell’estetic (Formes de l’esthétique), Laterza, Roma-Bari 2004 ; (Avec G. Matteucci) Dall’oggetto estetico all’oggetto artistico (De l’objet esthétique à l’objet artistique) FUP, Firenze 2006 ; (avec G. Matteucci), Estetiche della percezione (Esthétiques de la perception, FUP, Firenze 2007 ; (avec C. Cantelli) Storia dell’estetica occidentale. Da Omero alle neuroscienze (Histoire de l’esthétique occidentale. D'Homère aux neurosciences), Carocci, Roma 2008 ; (avec M. Baldi) Paul Celan. La poesia come frontiera filosofica (Paul Celan. La poésie comme frontière philosophique), FUP, Firenze 2008.

 

Résumé : L'image dit-elle encore soi même ? Pour en finir avec la philosophie de l'art

Ma proposition ne vise pas seulement à défendre l'autonomie et la priorité d'une esthétique par rapport au discours philosophique sur l'art, mais à prendre congé d'une philosophie de l'art dans toutes ses déclinaisons possibles. Qu'elle ait un caractère normatif-transcendantal, réflexif-herméneutique ou phénoménologique, une philosophie de l'art assume que la fonction et le sens de l'œuvre d'art à l'intérieur du paysage humain soient hors de ce que l'œuvre d'art fait et montre pour sa vertu native. En dernière instance une philosophie de l’art présuppose que l’image ne dit pas soi-même dans le sens de Wittgenstein. De même que la science, l'art n'a pas besoin de la philosophie pour exister dans la forme d'une agency d'efficacité symbolique à l'intérieur de la vie sociale. L'art ne peut pas fonctionner de succédané ou d'achèvement de la nature typiquement conceptuelle de la recherche philosophique. L'idée de remarquer les nœuds problématiques typiques de la contemporanéité où il se donne ou peut se donner un tressage effectif parmi la productivité des pratiques artistiques et l’improductivité des pratiques philosophiques me semble plus féconde. Cette idée exige qu'en de tels nœuds les fils qui se tressent soient - à mesure que l’occasion se présente et donc sans généralisations essentialistes - distincts et autonomes. C’est pour cela qu’il est nécessaire de contester la thèse, soutenue par Danto, que l'identité d'une œuvre d'art consiste en une interprétation ou en une théorie et abandonner l'idée d'un « monde de l'art », sans lequel il n'y aurait pas identification artistique. À cet égard je retiens que la faiblesse de l’argument de l’indiscernabilité objective avancée par Danto dérive d'une conception étroitement objectale de l'œuvre d'art et, plus profondément, de la méconnaissance du fonctionnement esthétique de l’art. En tant qu'objet social symboliquement actif, une œuvre d'art ne fonctionne pas en fonction de ses propriétés objectivement stables, mais plutôt par le fait que ces propriétés ont la vertu d'engendrer de manière stable ce presque-objet qu'est l'image. Avant être des représentations ou des expressions de quelque chose les œuvres d'art sont des fixations d'image à valence esthétiquement symbolique : objectivations symboliquement actives de la fonction d'image. Plutôt que chercher un sens éthique dans l’art, nous devons penser plus à fond l’éthique de l’image et de tout ce qui a fonction d’image dans la notre vie actuelle.

 


Thierry de Duve, Prof. de Théorie de l'Art moderne et contemporain à l'Université de Lille

Contribution: L'esthétique comme quasi-éthique

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Biographie : Professeur à l’Université de Lille 3, l’historien et philosophe de l’art Thierry de Duve est l’auteur d’une dizaine de livres sur l’art et l’esthétique de la modernité. Il a été le commissaire de l’exposition Voici – 100 ans d’art contemporain, qui s’est tenue en 2000 au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, et celui de la participation belge à la Biennale de Venise 2003. Il travaille actuellement à une théorie esthétique de l’art nourrie par la Critique de la faculté de juger de Kant. Son livre sur l’enseignement artistique, Faire école (Presses du réel, Paris, 1992), ressort à l’automne 2008 dans une nouvelle édition revue et augmentée (Presses du réel-Mamco).

 

Résumé : L’esthétique comme quasi-éthique

Comme l’acte moral, le jugement esthétique est libre. Contrairement à l’acte moral, le jugement esthétique est involontaire. Je voudrais partir de ces deux axiomes pour examiner ce qu’il en est de la responsabilité esthétique, que ce soit celle des artistes, des agents culturels au sens large, ou du public.

 


Jean-Pierre Faye, Co-fondateur du Collège Internationale de Philosophie, Directeur de l'Université Européenne de la Recherche

Contribution: Ethique des langages et poétique de l'histoire

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Biographie : Université Européenne de la Recherche. Parmi ses publications : Langages totalitaires et Théorie du récit, réédition 2002 ; en 2008 : Les voies neuves de la philosophie :  philosophie du transformat, éd. Hermann ; Histoire cachée du nihilisme, éd. La Fabrique (avec Michèle Cohen-Halimi) ; La bataille de léda, éd. Hermann. A paraître : La fête de l'ane de nietzsche, éd. L'Harmattan.

 

Résumé : Ethique des langages et poétique de l'histoire

C'est la narration en acte qui "fait" l'histoire. Quand le Führer infâme dans son bunker suit aux côtés de Göbbels les dernières heures du Ghetto de Varsovie insurgé, il vocifère la référence aux prétendus "Protocoles des Sages de Sion", cette fable fabriquée et menteuse, trame de l'antisémitisme exterminateur du XXe siècle, encore venimeuse au XXIe siècle. Pour lui, aucun doute : les prétendus "Sage de Sion" dictent leur volonté à Churchill, Roosevelt ou Staline... Et en vérité, les héros du Ghetto réfugiés dans les égouts sont plus "puissants" que lui et ses armées encore immenses. Une éthique des langages procède de la perception la plus aigüe du renversment optique nécessaire à la vue du change de l'histoire. La parution posthume des "Droits du Citoyen" de Mably en janvier 1789 était annoncée d'avance comme une "poétique de l'histoire" —mais "poétique" au sens le plus fort de "poiétique" et du poiein en langue grecque. Elle annonçait, racontait et produisait d'avance le serment du Jeu de Paume ... Tel est le renversement copernicien de l'éthique pour demain : l'éthique est ce regard qui vient surprendre la comète narrative de l'histoire et la folle gravitation de son orbite "cométale" ....

 


Maurizio Ferraris, Italie, Prof. de Philosophie théorétique à l'Université de Turin

Contribution: Pleurer et rire "vraiment"

 


Mariapaola Fimiani, Italie, Prof. de Philosophie Morale et vice-recteur de l'Université de Salerne 

Contribution: Le sommeil événementiel

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Biographie : Mariapaola Fimiani est professeur de philosophie morale à l’Université de Salerne. Elle a publié de nombreux essais en Italie et à l’étranger. Parmi ses ouvrages les plus récents: Paradossi dell'indifferenza (Milano, 1994), Foucault e Kant. Critica Clinica Etica (Napoli, 1997; Paris, 1998; Buenos Aires, 2005), Lévy-Bruhl. La différence e l'archaïque (Paris, 2000), L'arcaico e l'attuale (Torino, 2000), Antropologia filosofica (Roma, 2005), Erotica e retorica. Foucault e la lotta per il riconoscimento (Verona, 2007).

Résumé : Le sommeil événementiel

Dans les anthropologies modernes, l’interrogation sur l’homme a trahi l’interdiction kantienne d’assimiler l’empirique et le transcendantal. Le diagnostic foucaldien dans Les mots et les choses a signalé en cette trahison le glissement d’un “sommeil dogmatique” à un “sommeil anthropologique”. L’hypothèse d’un “sommeil événementiel” permet de lire l’aplatissement du transcendantal sur l’empirique dans la scène contemporaine des nouvelles technologies, dans lesquelles la fluence et le dynamisme des procès assignent l’espace du singulier et de l’événementiel à la cognition et aux savoirs spéciaux. Outre la réduction du théorique aux constantes empiriques, ce qui est en jeu, et qu’il faut discuter, est en général le risque de l’assimilation de la philosophie –de l’exercice de la pensée– aux pratiques de la cognition et des sciences. Des penseurs tels que Deleuze et Foucault essaient d’approfondir le sens du transcendantal et de la pensée. C’est dans ces réflexions que la “virtualisation” et l’“actualisation” suggèrent des profils différents pour une approche à la dimension éthique de l’expérience.


Pierre-Damien Huyghe, France, Prof. d'Esthétique à l'Université de Paris I - Sorbonne 

Contribution: La morale des objets

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Biographie : Pierre-Damien Huyghe est Professeur des Universités, responsable du master recherche consacré au design à l'Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne. Il est l'auteur notamment de Art et industrie (philosophie du Bauhaus), Circé, 1999, Du commun, Circé, 2002 et, plus récemment Éloge de l'aspect, Mix, 2006.

Résumé : La morale des objets

Ce en quoi nous sommes fondés à trouver de l'art ne se trouve pas seulement dans le « monde de l'art ». Cette dernière expression conduit à définir l'esthétique comme une discipline restreinte à l'étude d'une sorte assez particulière de phrases circulant à l'occasion d'objets eux-mêmes assez particuliers. On perd dès lors de vue l'implication possible de cette esthétique dans la compréhension plus générale des moeurs. Or l'état de ces mœurs est sans cesse défini et re-défini par des productions objectives qui affectent la perception et organisent la sensibilité. Nombre d'appareils sans lesquels il n'y aurait pas aujourd'hui de médiations entre les humains sont de cette sorte. Je voudrais indiquer ce que peut signifier l'idée d'une conduite artistique de tels appareils. Cette réflexion concerne notamment le design. Elle vise à montrer en quoi ce dernier a été – et est encore peut-être – un enjeu artistique.

 


José Jimenez, Espagne, Prof. d'Esthétique et Théorie des Arts à l'Université Autonome de Madrid, Directeur de l'Institut Cervantes de Paris, Directeur Général des Beaux Arts au Ministère de la Culture espagnol

Contribution: L'image esthétique

Biographie / Biography / Biographia
Résumé / Abstracts / Riassunto

Biographie : José Jiménez, né à Madrid, est Docteur en Philosophie. Professeur depuis 1975 à la Universidad Autónoma de Madrid, il est aussi Professeur d’Esthétique et Théorie des Arts depuis 1983 à la même université. Il a été Président du comité de direction promoteur de l’Institut d’Art Contemporain (IAC). Directeur de l’Institut Cervantes de Paris d’octobre 2004 à juillet 2007, dans lequel, entre autres activités, il a initié un important programme d’expositions d’art contemporain. En 2006 la Société Italienne d’Esthétique lui a remis le Prix Européen d’Esthétique pour la publication de son livre Théorie de l’Art. En juillet 2007 il a été nommé Directeur Général des Beaux Arts et des Biens Culturels du Gouvernement espagnol.

 

Professeur Investigateur à la Freie Universität, Berlin (1 mars- 31 mai 1986). Membre du comité de direction de l’Association Internationale d’Esthétique (1988-1992). Promoteur et Directeur de l’Institut d’Esthétique et de la Théorie des Arts (1988-1995). Président du XII Congrès International d’Esthétique (Madrid, 1992). Membre du comité de direction de la Fédération Latino-américaine d’Esthétique (1993). Docteur Honoris Causa de la Universidad de La Plata, Argentine (1993). Professeur Invité de la Faculté d’Architecture, Design et Urbanisme de l’Université Nationale de Buenos Aires (1993). Chercheur invité, Département d'Espagnol et de Portugais, New York University (14 avril-20 octobre 1995). Membre du comité local de 5 Cyberconf – Fifth International Conference on Cyberspace / Cinquième Congrès International sur le Cyberespace (Madrid 6 - 9 juin 1996). Membre du conseil d’administration du Centro Galego de Arte Contemporáneo, Santiago de Compostelle, entre septembre 1996 et février 1998. Depuis Septembre 1998, il est Correspondant Académique en Espagne de l’Académie Nationale des Beaux Arts d’Argentine.

 

Directeur de la revue CREACIÓN (1990-1995). Membre du conseil de rédaction du magazine Revista Oriente (Revue d’Orient) de mars 1998 jusqu’à mars 2001. Il a participé au Comité Scientifique de la Revista de Museología (Revue de Muséologie) de 1996 à 2001. Actuellement, membre du conseil éditorial de la revue art.es international contemporary art. 

 

De 1986 à 2002, il a codirigé avec le Professeur Rafael Argullol (Professeur de la Universidad Pompeu Fabra de Barcelone), la collection « Metrópolis » : série de livres sur l’Esthétique et la Philosophie de la Culture, publiée par les éditions Tecnos de Madrid. Depuis 2002, il est Directeur de cette collection renommée « neoMetrópolis », et qui est éditée conjointement par Tecnos et Alianza Editorial.

Ses publications les plus importantes sont : El ángel caído. L’image esthétique de l’ange dans le monde contemporain (Anagrama, Barcelone, 1982, 2007. Tr. vers l’italien: L'angelo caduto, Hestia Edizioni, Milan, 1999. 2ème édition augmentée : Círculo de Lectores / Galaxia Gutenberg, Barcelone, 2007), La estética como utopía antropológica. Bloch y Marcuse (Tecnos, Madrid, 1983), Filosofía y emancipación (Espasa-Calpe, Madrid, 1984), Imágenes del hombre (Tecnos, Madrid, 1986. 2e ed. 1992, 3ème ed.1998), Cuerpo y tiempo. La imagen de la metamorfosis (Destino, Barcelone, 1993), Memoria (Tecnos, Madrid, 1996), "Las raíces del arte: El arte etnológico", dans: Historia del Arte. 1: El mundo antiguo (Alianza Editorial, Madrid, 1996, p. 41-83) et Teoría del arte (Tecnos-Alianza Editorial, Madrid, 2002).

Il a dirigé l’édition des nombreux livres collectifs et a publié de nombreuses critiques dans des catalogues et des livres traitant de l’art contemporain.Il écrit, depuis 1974, pour différents organes de presse : Informaciones, Diario 16, El País et depuis 1995 pour le quotidien El Mundo.

Biography : José Jiménez, born in Madrid, is Doctor of Philosophy. Since 1975 he has been teaching at the Universidad Autónoma de Madrid, and in 1983 he became Professor of Aesthetic and Theory of Art at the same university. He was President of the board of directors of the Instituto de Arte Contemporáneo (IAC) / Contemporary Art Institute. Director of the Instituto Cervantes in Paris from October 2004 to July 2007, he started an important program of contemporary art exhibitions. In 2006, the Italian Society of Aesthetic rewarded him with the Aesthetic European Price for his book Theory of art. In July 2007 he was appointed General Director of Fine Arts and Cultural of the Government of Spain.

 

Teacher and researcher at the Freie Universität, Berlin (1st of March -31st of May 1986). Member of the board of directors of the Asociacion Internacional de Estudios de Estética / International Association of Aesthetic Studies (1988-1992). Promoter and Director of the Instituto de Estética y Teoría de las Artes / Institute of Aesthetic and Theory of Art (1988-1995). President of the XII International Congress of Aesthetic (Madrid, 1992). Member of the board of directors of the Federación Latinoamericana de Estética / Aesthetic Federation of Latin America (1993). Doctor Honoris Causa at the Universidad de La Plata, Argentina (1993). Invited Teacher at the Faculty of Architecture, Design and Planning of the National University of Buenos Aires (1993). Visiting Scholar, Department of Spanish and Portuguese, New York University (14th of April-20th of October 1995). Member of the local committee of 5 Cyberconf- Fifth International Conference on Cyberspace (Madrid, 6-9 of June 1996). Member of the Board of Trustees of the Centro Galego de Arte Contemporánea, Santiago de Compostela, from September 1996 to February 1998. Since September 1998, he is an Corresponding Member in Spain for the Academia Nacional de Bellas Artes de Argentina / National Academy of Fine Arts of Argentina.

 

Director of the magazine CREACIÓN (1990-1995). Member of the Editorial Board of the magazine Revista de Occidente from March 1998 to March 2001. He participated in the Scientific Committee of the magazine Revista de Museologia from 1996 to 2001. At present, he is member of the Editorial Advisory Board of the magazine art.es international contemporary art.

 

From 1986 to 2002, he co-directed with Professor Rafael Argullol from the Universidad Pompeu Fabra de Barcelona, the collection “Metrópolis”: a series of books dealing with the Aesthetic and Philosophy of Culture, published by Tecnos in Madrid. Since 2002, he is Director of the same collection, renamed “neoMetrópolis”. It is published by Tecnos and Alianza Editorial.

Among his publications we can highlight: El ángel caído. The aesthetic image of the angel in the contemporary world (Anagrama, Barcelona, 1982, Tr. to italian: L'angelo caduto, Hestia Edizioni, Milán, 1999. 2nd Edition, extended: Círculo de Lectores / Galaxia Gutenberg, Barcelona, 2007), La estética como utopía antropológica. Bloch y Marcuse (Tecnos, Madrid, 1983), Filosofía y emancipación (Espasa-Calpe, Madrid, 1984), Imágenes del hombre (Tecnos, Madrid, 1986. 2nd ed. 1992, 3d ed.1998), La vida como azar. Complejidad de lo moderno (Mondadori, Madrid, 1989. 2nd ed.: Destino, Barcelona, 1994), Cuerpo y tiempo. La imagen de la metamorfosis (Destino, Barcelona, 1993), Memoria (Tecnos, Madrid, 1996), "Las raíces del arte: El arte etnológico", in: Historia del Arte. 1: El mundo antiguo (Alianza Editorial, Madrid, 1996, p. 41-83) and Teoría del arte (Tecnos-Alianza Editorial, Madrid, 2002).

He has directed the edition of numerous collective books and has published numerous texts in catalogues and books regarding contemporary art.

He collaborates since 1974 in different press media: Informaciones, Diario 16, El País, and since 1995 he has been working for the newspaper El Mundo.

Résumé : L'image esthétique

Le point de départ est l’établissement d’une hypothèse théorique sur la racine commune des formes de représentation. Racine commune qui se situe dans le corps, dans sa matérialité, à partir duquel s’effectue sa projection dans l’image, conçue comme forme symbolique de connaissance et d’identité.

 

C’est l’existence de cette racine commune : anthropologique et non de caractère métaphysique, qui permet d’expliquer l’unité/différence des arts. Chacun d’eux produit des images, bien que, il est clair qu’ils le font à partir de processus expressifs différents. En même temps, l’image esthétique ainsi entendue se différentie de l’image médiatique qui, avec son caractère redondant et enveloppant, constitue le noyau de la transmission d’information et des processus de configuration de la sensibilité au sein des sociétés de masses de nos jours.

 

Face à ces usages aliénants et coercitifs de l’image on propose, fondamentalement à travers l’exercice critique de la philosophie et des arts, la recherche des registres de vérité et d’exigence morale que celle-ci entraîne dans son positionnement de rupture et de différentiation par rapport à la chaîne globale des images médiatiques.

 


   

Jorge Latorre Izquierdo, Espagne, Prof. de Culture de l'image à l'Université de Navarre

Contribution: High Tech au Musée : tradition et innovation dans les œuvres de Bill Viola

Biographie / Biography / Biographia
Résumé / Abstracts / Riassunto

Biographie : Depuis 1998, Jorge Latorre est professeur au Département de Culture et Communication Audiovisuelle à la Faculté de Communication de l'Université de Navarre. Il y enseigne les matières Fondements culturels de la communication II (Histoire de l'Image) et Culture visuelle contemporaine. Les lignes directrices de sa recherche sont l'histoire de la photographie et du cinéma, ainsi que la théorie de l'art contemporain en relation avec les moyens de communication sociale et les nouvelles technologies. La bourse Fulbright, visant à développer la recherche artistique et la gestion culturelle (domaine de la photographie), lui a permis de mener des investigations dans quelques uns des plus importants centres internationaux concernant l'étude de l'art contemporain et la photographie : School of Visual Arts (SVA) ; International Center of Photography (ICP); Tisch School of the Arts (TSOA), tous à New York. Fruit de ce travail sur le terrain à un moment historique tel que le 11 septembre, s'ajoute ainsi l'exposition de ses photos: New York, avant et après (http://www.unav.es/dcca/jlatorre/nuevayorkantesydespues).

Biography : Jorge Latorre is Bachelor on Arts (Philosophy) and PhD on History of Art (specialized on Photography, 1998), Fulbright Visiting Scholar at the Fine Arts Department of NYU (advisor: Robert Rosenblum, 2001-2002), Professor of Fundamentos culturales de la comunicación (Visual Culture) at the School of Communication (Journalism, Advertising-Public Relations and Audiovisual) of the Universidad de Navarra.

ésumé : High Tech au Musée : tradition et innovation dans les œuvres de Bill Viola

Bill Viola (New York, 1951), artiste de renom dans l'horizon muséologique actuel, est certainement le vidéoaste le plus influent de nos jours. Depuis 1970, ses vidéos et installations ont abordé des sujets aussi universels que la perception, la mémoire, la conscience ou la douleur. Moyennant les technologies des plus avancées en matière audiovisuelle, il poursuit la grande tradition picturale qui aboutit à Dali et au Surréalisme, et qui remonte au Quatrocento (Gothique ou Renaissance), alors que la maîtrise de la perspective et du modelé rendait possible une peinture qui atteignait à son maximum de vraisemblance.

De quelques images initialement accolées à la réalité (sous forme de reportage ou de document), récemment il recrée en studio ces grands sujets empreints d'humanité qui l'ont toujours intéressé. Les accessoires et l'utilisation de lumières et de techniques quasi publicitaires sont justifiés lorsqu'ils témoignent, de façon plus crédible, des profondes émotions que l'artiste veut transmettre. Déjà Vasari, dans son célèbre ouvrage "Les vies" des artistes florentins, voyait en la croissante qualité d'adresse des peintres pour la représentation figurative, non pas l'imitation de la nature, mais plutôt le perfectionnement des moyens au service de leur fonction sociale première: l'expression véritable d'un événement sacré ou édifiant. Si l'illusion du réel que peut susciter un tableau ou une statue n'est pas l'objectif premier, mais bien la façon d'éveiller chez le spectateur l'illusion dramatique, les nouvelles technologies numériques apparaissent alors comme l'outil le plus adapté, non pas seulement pour les grandes possibilités créatives qu'elles offrent, mais surtout pour leur potentiel de crédibilité considérable, et donc d'efficacité émotionnelle.

Mais, qu'est-ce qui change dans tout ce processus? Je tâcherai d'y répondre dans cet exposé.


Michael F Leruth, Etats-Unis, Professeur associé de français, The College of William and Mary, Virginie, USA

Contribution: Quelques réflexions sur l'art, l'utopie et l'interface

Biographie / Biography / Biographia
Résumé / Abstracts / Riassunto

Biographie : Michael Leruth est professeur de français au College of William & Mary en Virginie (USA), où il donne des cours de civilisation française. Spécialiste de la culture et de la culture politique contemporaines, il a publié des articles sur diverses célébrations nationales récentes en France (par exemple, le bicentenaire de la Révolution française, la Fête de l'internet et le passage à l’an 2000) et sur l’identité nationale, la culture républicaine et la laïcité dans des revues importantes comme French Cultural Studies, The French Review, Modern and Contemporay France et French Politics and Society. Depuis plusieurs années, il s’intéresse également à la démarche artistique de Fred Forest. Il est l'auteur en 2004 du premier texte sur l'œuvre de Forest publié dans une revue savante anglophone (Mosaic) et d'une interview en deux parties avec Forest publiée dans Contemporary French and Francophone Studies (2006). Il a également participé dans l'action « The Digital Street Corner » que Forest a montée à la foire d'Art Basel Miami Beach en 2005 et dans la rétrospective Fred Forest organisée par la Slought Foundation de Philadelphie en 2007. Il travaille actuellement sur un livre sur Forest.

Biography : Michael Leruth is Associate Professor of French at the College of William & Mary in Virginia (USA), where he teaches French civilization. A specialist of contemporary culture and politics, he has published articles on a number of recent national celebrations in France (for example, for the Bicentennial of the French Revolution, the Fête de l'Internet, and the arrival of the Year 2000) as well as on French national identity, republican culture, and secularism in major journals like French Cultural Studies, The French Review, Modern and Contemporary France, and French Politics and Society. In recent years, he has also been interested in the artistic practice of Fred Forest. He is the author, in 2004, of the first text on Forest’s work to be published in an English-language scholarly journal and of a two-part interview with Forest published in Contemporary French and Francophone Studies (2006). He also participated in « The Digital Street Corner, » which Forest created for Art Basel Miami Beach in 2005 and in the Fred Forest retrospective organized by the Slought Foundation of Philadelphia in 2007. He is now working on a book about Forest.

 

Résumé : Quelques réflexions sur l'art, l'utopie et l'interface

Qu’en est-il de l’idée d’utopie dans l’art à l’époque des nouveaux médias ? D’une part, ces médias contribuent à enrichir la fonction utopique traditionnelle de l’art occidental : il ne s’agit plus pour l’art de la création de simples images de lieux abstraits et idéaux que l’on doit se contenter de contempler, mais d’environnements complexes et interactifs que l’on peut virtuellement habiter. Or, cette fonction se trouve néanmoins confrontée à une triple crise. Crise, d’abord, de la représentation dans l’art et de la démystification de l’œuvre. Crise, ensuite, des grands récits de la modernité —et surtout celui du progrès— qui ont servi de base à la plupart de nos grandes visions utopiques. Crise paradoxale, finalement, liée à la prolifération de l’espace virtuel que les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont généré. Si l’effet conjugué des deux premières crises est de conférer aux projets utopiques un certain caractère plus équivoque et éphémère, la troisième pose la question fondamentale du sens même du geste utopique de créer des lieux virtuels et idéaux dans un monde où notre paysage quotidien est de plus en plus fait d’espace virtuel. Cette communication maintiendra que, parmi d’autres stratégies, le sens du geste utopique dans l’art des nouveaux médias s’est bel et bien inversé —qu’il ne s’agit plus que de créer des mondes virtuels à partir d’éléments perfectionnés du monde réel, mais aussi de recréer un monde réel à partir d’éléments décalés de l’espace virtuel tel qu’on a désormais l’habitude de le rencontrer tous les jours. A la jonction du réel et du virtuel, le problème des interfaces est au cœur du geste utopique en sens inverse dont cette communication examinera trois types de démarches : [1] le bricolage d’interfaces qui, au lieu de permettre un passage lisse du réel au virtuel, donnent lieu à des combinaisons inédites des deux domaines ou à une redécouverte du réel à partir du virtuel (c’est-à-dire, un passage en sens inverse du virtuel au réel) ; [2] le détournement, ou la déconstruction, d’interfaces communes (et hégémoniques) —ceux qui, telles les mythologies décrites par Barthes, réussissent à apparaître à la fois « naturels » et « transparents »— visant une défamilarisation esthétique et critique des environnements virtuels auxquels ils donnent lieu (ceux-ci cessent de fonctionner de façon « spectaculaire » dès lors que l’on découvre leur réalité complexe et hybride) ; et [3] la transformation de l’interface en un seuil liminal, comme dirait Victor Turner, ce qui comprend aussi l’immersion dans le temps rituel (c’est-à-dire, l’uchronie). Pour élucider ces démarches, cette communication prendra appui sur des exemples dans l’œuvre des pionniers de l’art des nouveaux médias (Fred Forest, Mobile Image, Robert Adrian, Paul Sermon, Knowbotic Research) ainsi que dans le Net Art actuel.


Louis-José Lestocart, France, Critique d'art et de cinéma à Art Press, NRF

Contribution: Théorie de la prédiction. L'intelligible connaissance esthétique

Biographie / Biography / Biographia
Résumé / Abstracts / Riassunto

Biographie : Critique d'art et de cinéma, docteur es-sciences et technologie des arts (Paris 8), Louis-José Lestocart est chercheur en épistémologie artistique. Affilié à l’IRIS (CNRS), membre du bureau du Programme européen Modélisation de la CompleXité et de l’Institut des Systèmes Complexes Paris Ile-de-France, il co-dirige, en ce dernier lieu, le groupe « Esthétique, complexité, modélisation et expérimentation », voué à l’étude des rapports Science/Art. Dernière publication : Entendre l’esthétique dans ses complexités, Paris : l’Harmattan, coll. « Ingenium », 2008.

 

Résumé : Théorie de la prédiction. L'intelligible connaissance esthétique

Perception et sensation du mouvement, devant certaines œuvres d’art (peintures, films ou vidéos), ne semblent pas pleinement prises en compte par les approches cognitivistes habituelles. L’auteur a réalisé lui-même une étude de perception du mouvement pictural sur des peintures originales de Francis Bacon. (avec Z. Kapoula, directrice de recherches au CNRS) qui ne l’a pas pleinement contenté. Cette étude n’interrogeant pas la sensation d’un champ spatio-visuel extrêmement élaboré (qu’on pourrait appeler « futur ») fortement éprouvée lors de ces perceptions. Il apparaît en effet que certaines œuvres recèlent des parties cachées ainsi « subodorées » - ou même nettement présentes dans certains films expérimentaux ou vidéos-, qu’une certaine perception peut dévoiler de façon quasi-instantanée. Nous voyons dans les théories de prédiction de physiciens de l’université de Santa Fe (Crutchfield et Shalizi), des interrogations proches pouvant s’appliquer à l’interprétation et à l’entendement des œuvres. Enfin à propos de ce processus de déchiffrement s’opérant dans le cerveau en relation avec « sa » perception, on évoquera brièvement les travaux de Giacomo Rizzolatti. et les capaciés d’imitation et de simulations des actions des neurones dits « miroirs ».


Rudolf zur Lippe, Allemagne, Prof. de Philosophie à l'Université de Francfort

Contribution: L’éthique fondée sur la perception consciente, c’est-à-dire l’esthétique

Biographie / Biography / Biographia
Résumé / Abstracts / Riassunto

Biographie : Études de droit, d´économie, d´histoire.
Journalisme, peinture, théâtre.
Exercices de Za-Zen depuis 1964
Film sur Béjart en 1969.
Thèse d`état en philosophie sociale et esthétique, avec Adorno.
Enseignement aux universités de Francfort, Oldenburg, puis Witten ; philosophie des formes de la Vie depuis 1974.
Membre de l'Institut d'Etudes Avancées de Berlin, 1981-1982.
Membre, avec Jean Duvignaud, de l’Association de la Sociologie de la Connaissance et de l´Imaginaire, Paris VII.
Exposition scientifique sur la géométrisation de l´homme et du monde dans différents pays depuis 1983.
Création de la revue Poiesis en 1986
Initiation et direction des ”Aspers Lectures on Matters of Our Time” pour écouter les voix des autres cultures du monde depuis 1992.
Membre de l´Initiative Humboldt Forum”, dialogue des cultures, à Berlin depuis 2003.

Ouvrages les plus importants (en Allemand)
"Une Histoire du corps à la Renaissance", 2 vol. (Naturbeerrschung am Menschen)
"Une Economie de la vie" (Am eigenen Leibe)
"Une Fondation anthropologique de l’esthétique", 2 vol. (Sinnenbewusstsein)
"Liberté que nous désirons" (Freiheit die wir meinen)
"Une Nouvelle considération de la “réalité”" (Wahnsystem Realität)

 

Résumé : Ethique et Esthétique

La crise profonde qui caractérise dans nos sociétés modernes les rapports des humains avec la nature, commence à provoquer une recherche précipitée : sur quels systèmes de normes —religieux, philosophiques, scientifiques— peut-on baser certaines limitations à l´exploitation toujours plus accélérée des “ressources” ? Tous sont arbitraires et moralisateurs. La plupart des questions qui s´imposent change, par contre, totalement de caractère au moment où nous nous approchons des matières à travers une véritable perception et imagination sensorielles. Ce sont les arts qui, en différentes perspectives, se font les porte-paroles de la perception, à l’âge où les métiers et le quotidien produisent de moins en moins ces facultés, et les réintroduisent dans la Vie (Jean Dubufet parle de l´homme du commun à l’ouvrage). Ce sont eux qui créent des espaces libres pour les jeux de la pensée, essentiels pour sortir des structures d´experts et de classifications quantitatives. Dans L´âme et la danse Paul Valéry dit qu´il faut limiter la liberté du jugement pour retrouver la liberté du mouvement.


Pierre Moeglin, France, Prof. de Sciences de l'Information et de la Communication à l'Université de Paris-Nord

Contribution: Président de séance

Biographie / Biography / Biographia

Biographie : Pierre Mœglin est professeur en sciences de l’information et de la communication. Il dirige le LabSic à l’Université Paris 13 et la Maison des sciences de l’Homme Paris Nord. Spécialiste des industries culturelles et des industries éducatives, il est l’auteur de plus d’une centaine d’articles et de plusieurs ouvrages, parmi lesquels, en 1994, Le Satellite éducatif. Média et expérimentation, Collection Réseaux et, en 2005, Outils et médias éducatifs. Une approche communicationnelle, Pug. Il a aussi dirigé, en 1998, L’Industrialisation de la formation. État de la question, CNDP, et en 2003, avec Gaëtan Tremblay, 20001 Bogues, Globalisme et pluralisme, Presses de l’Université Laval. Par ailleurs, une dizaine de ses articles, publiés en France et à l’étranger, portent sur l’Esthétique de la communication en général et sur la démarche de Fred Forest en particulier.

 


Robert C. Morgan, Etats-Unis, Critique d'art à NYArt, Art Press…

Contribution: Vidéo neo-métaphysique

Biographie / Biography / Biographia
Résumé / Abstracts / Riassunto

Biography : International Art Critic, Robert C. Morgan was born in Boston, Massachusetts and raised in Long Beach, California. He received his M.F.A. in Sculpture from the University of Massachusetts, Amherst in 1975 and his Ph.D. in contemporary art history from New York University (School of Education) in 1978. He is currently an Adjunct Professor of Fine Arts in the Graduate School at Pratt Institute in Brooklyn, New York.

Morgan has authored books, catalogs and monographs on modern and contemporary artists in various countries and languages. His book on the American conceptualist Robert Barry was published by Karl Kerber Press in Bielefeld, Germany (1986). Haim Steinbach was published by the Musée d’Art Contemporain, Bordeaux (1988). Duchamp, Androgyny, Etc, was published by Editions Antoine Candau in Paris (1990). A collection of  Morgan’s essays, entitled El Fin del Mundo del Arte (1998) and a volume of his lectures, entitled Duchamp y los artistas contemporaneous postmodernos (2000), were translated and published by Eudeba in conjunction with the Centro Cultura Rojas at the University of Buenos Aires. His book, Bernar Venet: Work, 1961-1971 was published by Editions des Cahiers intempestifs in St. Etienne, France as a bilingual edition (1999). His monograph on the French sculptor Alain Kirili (Flammarion) was published in 2002. 

Books published in English include Commentaries on the New Media Arts (Umbrella Associates, 1992); After the Deluge: Essays on the Art of the Nineties, (Red Bass Publications, 1993); A Hans Bellmer Miscellany (Malmo, Sweden: Baum/Malmburg,) 1993; Conceptual Art: An American Perspective (McFarland, 1994); Art into Ideas: Essays on Conceptual Art (Cambridge University Press, 1996) with a Spanish translation, Arte en Las Ideas, published by Akal (Madrid) in 2004, and a Korean translation published by JRM Press (Seoul) in 2007; Between Modernism and Conceptual Art (McFarland, 1997); and The End of the Art World (Allworth Press, 1998). His critical anthologies on Gary Hill (2000) and Bruce Nauman (2002) were both published by Johns Hopkins University Press.

He has written and published over 2000 essays and reviews in more than 60 international magazines and professional journals. His essays have been translated into seventeen languages.

Since 1992, he has served as a correspondent for Art Press (Paris). He is a Contributing Editor to Sculpture Magazine and a former Contributing Editor to Tema Celeste. He has contributed essays, features, and reviews to numerous magazines and journals of contemporary art including The Village Voice, Art News, Flash Art, Dialogue, The New Arts Examiner, Art Journal, Glass Quarterly, American Ceramics, Review, Cover, Domus (Milan), Arte Factum (Belgium), Art in Culture (Seoul), Art in America, Arts Magazine, Kunstforum (Berlin), Wolgan Misool (Seoul), Lapiz (Spain), Artscribe (U.K.), Afterimage, Camerawork, The Brooklyn Rail, and the Shanghai Art Museum Quarterly. He is currently the Western editor in the series “New Frontiers of Criticism and Theory” at Beijing University Press.

Dr. Morgan has received grants from the National Endowment for the Humanities in 1980, 1987, and 1988 and a Rockefeller/NEA Fellowship in 1985. In 2007, he was invited on two occasions by the cultural commission of the municipality of Tehran as a juror for the First International Sculpture Symposium and the Tehran Sculpture Biennial. In 2008, he was a resident at the Emily Harvey Foundation in Venice, and will deliver a keynote address for a major symposium at the School of Art and Design in Haifa, Israel this December 2008.


Edgar Morin, France, CNRS, philosophe et sociologue

Contribution: Ouverture du colloque

Biographie / Biography / Biographia

Biographie : Né le 8.07.1921 à Paris

Combattant volontaire de la Résistance. Lieutenant des Forces françaises combattantes (1942-44).

Directeur de recherches émérite au CNRS

Co-Directeur du Centre d'Études Transdisciplinaires (Sociologie, Anthropologie, Politique) de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (1973-1989).

Président de l'Agence européenne pour la culture (Unesco). Président de l’Association pour la Pensée complexe.

Docteur honoris causa : Université de Perugia (sciences politiques), Université de Palerme (psychologie), Université de Genève (Sociologie), Université de Bruxelles, Université d'Odense (Danemark), Laus honoris causa Instituto Piaget, Lisboa, Colegiado de Honor du Conseil supérieur de l'éducation d'Andalousie (Espagne), Université de Natal, Université de Joa Pessoa, Université catholique de Porto Alegre (Brésil), Université technologique de la Paz (Bolivie), Libera Universita de lingue e communicazione, Milan (Italie), Université fédérale de Guadalajara (Mexique), Université de Messine (Italie). Programmés : Université de Valencia (Espagne), Université de Skopje (Macédoine), Université de Thessaloniki (Grèce), Université de Laval à Québec, Université Ricardo Palma (Pérou), Université Nationale Majeur de San Marcos (Pérou), Université La Cantuta (Pérou), Université Nationale Pedro Ruiz Gallo (Pérou), Université de Cracovie (Pologne), Université de Santiago (Chili).

Commandeur de la Légion d'honneur. Commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres. Officier de l’ordre du mérite espagnol. Grand Croix de l’ordre de Santiago de l’Espada (Portugal).

Prix européen de l'essai Charles Veillon 1987. Prix Viareggio international 1989. Médaille de la Chambre des députés de la République italienne (Comité scientifique international de la Fondation Piu Manzu). Prix Media (culture) de l'Association des journalistes européens 1992. Prix Méditerranéen de la Généralité de Catalogne 1994. Médaille d’or (" Aristote d’or ") de l’Unesco 2001. Médaille d’or du Centre Pio Manzu (2001)

 

La recherche

Complexus: ce qui est tissé ensemble. L'unité de la recherche d'Edgar Morin est dans le souci d'une connaissance ni mutilée ni cloisonnée, qui puisse respecter l'individuel et le singulier tout en l'insérant dans son contexte et son ensemble. Dans ce sens:

- il a effectué des recherches en sociologie contemporaine (L'Esprit du Temps, La Métamorphose de Plozevet, La Rumeur d'Orléans) ;

- il s'est efforcé de concevoir la complexité anthropo-sociale en y incluant la dimension biologique et la dimension imaginaire (L'Homme et la mort, Le Cinéma ou l'homme imaginaire, Le Paradigme perdu) ;

- il énonce un diagnostic et une éthique pour les problèmes fondamentaux de notre temps (Pour sortir du XXème siècle, Penser l'Europe, Terre-Patrie ) ; 

- enfin il se consacre depuis trente ans à la recherche d'une Méthode apte à relever le défi de la complexité ce qui s'impose désormais, non seulement à la connaissance scientifique, mais aussi à nos problèmes humains, sociaux, politiques (La Méthode, 1. La Nature de la nature, 2. La Vie de la vie, 3. La Connaissance de la connaissance, 4. Les Idées, 5. L’identité humaine, I Éthique). Cette recherche débouche sur la proposition d'une réforme de pensée.

 

Principaux ouvrages   

 

Il y a des traductions des livres d’Edgar Morin au moins en 27 langues et dans 42 pays.

LA METHODE

1977, La Nature de la nature  (t.1), Seuil. Nouvelle édition, coll. Points, 1981.
1980, La Vie de la vie (t.2), Seuil. Nouvelle édition,  coll. Points, 1985.
1986, La Connaissance de la connaissance  (t. 3), Seuil. Nouvelle édition, coll. Points 1991.
1991, Les idées (t.4), Seuil. 
2001, L’identité humaine (t.5), Seuil.
2004, Éthique (t.6), Seuil.
2008, La Méthode, Opus, Paris, le Seuil, (2 t.) 1216 pages chacun.

COMPLEXUS

1982, Science avec conscience, Fayard.  Nouvelle édition remaniée, coll. Points, 1990.
1984, Sociologie, Fayard., Nouvelle édition remaniée et complétée, Le Seuil, coll. Points 1994.
1990, Arguments pour une Méthode, Colloque de Cerisy autour d'Edgar Morin, Seuil.
1990, Introduction à la pensée complexe, ESF.
1999, L’Intelligence de la complexité (avec Jean-Louis Le Moigne), L’Harmattan. 

 

ANTHROPO-SOCIOLOGIE

1951, L'Homme et la mort, Seuil. Nouvelle  édition, coll. Points, 1977.
1956, Le Cinéma ou l'homme imaginaire, Minuit. Nouvelle édition, 1978.
1973, Le Paradigme perdu : la nature humaine, Seuil. Nouvelle édition, coll. Points, 1979.
1974, L'Unité de l'homme (en collaboration avec Massimo Piatelli-Palmarini), Seuil. Nouvelle édition, coll. Points, 3 vol. , 1978.
1987, Penser l'Europe, Gallimard. Nouvelle édition complétée Folio 1990.
1993, Terre Patrie,  (avec la collaboration d'A-B. Kern), Le Seuil.

 

XXème SIECLE

1946, L'An zéro de l'Allemagne, La Cité universelle.
1957, Les Stars, Seuil. Nouvelle édition,  coll. Points, 1972.
1962, L'Esprit du temps (t. 1)Grasset (Nouvelle édition, coll. Biblio Essais, 1983.
1975, L'Esprit du temps (t.2), Nécrose  (en collaboration avec Irène Nahoum).  Nouvelle édition, coll. Biblio Essais 1983.
1967, Commune en France : La Métamorphose de Plodemet, Fayard (Nouvelle édition, coll. Biblio Essais, 1984.
1968, Mai 68 : La Brèche, (en collaboration avec Cornélius Castoriadis  et Claude Lefort). Nouvelle édition  suivie de Vingt ans Après, éditions Complexe, 1988.
1969, La Rumeur d'Orléans, Seuil. Edition complétée avec La Rumeur d'Amiens, 1973. Nouvelle édition, coll. Points, 1982.
1981, Pour sortir du XXème siècle,  Nathan. Nouvelle édition, Seuil, coll. Points, 1984.
1983, De la nature de l'URSS, Fayard.
1987, Penser l'Europe, Gallimard. Nouvelle édition complétée Folio 1990.
2006, Le Monde moderne et la question juive, Paris Seuil, coll.  Non conforme
2007, L’an I de l’ère écologique, dialogue avec Nicolas Hulot, Taillandier.

 

POLITIQUE

1969, Introduction à une politique de l'homme, Seuil 1965, Points politique.
1997, Politique de civilisation, Arléa.
2005, Culture et Barbarie européennes, Bayard.

 

ENSEIGNEMENT

1999, La tête bien faite, Seuil.
2000, Relier les connaissances, Le Seuil.
2000, Les Sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur , Ed.Unesco.

UNE EXPERIENCE SUR LES MEDIAS D'UN TYPE INEDIT  PAR   EDGARD MORIN

Ce qui me semble très interessant chez FRED FOREST c'est qu'il se livre à des expériences sur des médias de type tout à fait inédit, ses expéiences ont des facettes multiples. D'un côté elles ressemblent à une sorte d'art de l'immédiat. C'est de l'Art ! Mais c'est aussi une provocation, une intervention, un acte social, parfois à la limite presque politique. Enfin d'un autre côté encore cela peut être une invitation à une réflexion sociologique.

On pourrait croire que c'est un sorte de plaisantin qui s'amuse à mettre des espaces blancs dans les jounaux... On peut même, à la limite, le considérer comme une sorte de bricoleur expérimental. C'est déjà très beau car les bricoleurs ont la véritable imagination !

Mais FRED FOREST, au-delà des apparences, va plus loin encore que cela. Il va à la source de tout ce qui est important en nous, êtres humains, à la fois individuels et sociaux, - sources de rêves, d'imagination, de créativité qui ne demande qu'à s'exprimer  - qui est toujours plus ou moins barrée, asphyxiée en nous. Il essaye donc de favoriser cette expression.

Ce que je trouve important dans son activité c'est qu'elle se trouve à la racine, et tout ce qui se trouve à la racine n'a pas de nom, ne peut être classifié. Les choses qui peuvent être classifiées sont les choses de surface, les choses qui peuvent être séarées en tranches !

Fred Forest est-il un artiste ?

OUI, mais pas que ça.

Est-il un chercheur ?

Essentiellement mais pas dans le sens restrein que l'on donne aujourd'hui souvent à ce mot comme dans chercheur scientifique...

Est-ilun homme public ?

OUI, mais d'un type d'action publique différent. Je pense que le monde d'aujordhui dans son anonymat, sa bureaucratisation, et toutes ses tendances qui le poussent à une sorte de mécanique, ce monde a besoin d'animateurs, de perturbateurs. C'est-à-dire de gens qui le secouent, qui le réveillent, qui lui donne une âme.

Edgard MORIN

 

 

 

 


Jean-Michel Rabaté, Etats-Unis, Prof. d'Anglais et de Littératures Comparées à l'Université de la Pennsylvanie

Contribution: Les couleurs du mensonge ; vers une éthique

Biographie / Biography / Biographia
Résumé / Abstracts / Riassunto

Biographie : Jean-Michel Rabaté is Vartan Gregorian Professor in the Humanities at the University of Pennsylvania. He is one of the founders and executive directors of Slought Foundation. He is a member of the American Academy of Arts and Sciences. He has authored or edited more than thirty books on modernism, psychoanalysis, contemporary art, philosophy and writers like Beckett, Pound and Joyce. His latest books include Given: 1) Art, 2) Crime, Sussex University Press (2006), Hélène Cixous--On Cities, co-ed., Slought (2006), Lacan Literario, Siglo 21 (2007), 1913: The cradle of modernism, Blackwell  (2007) and The Ethic of the Lie, The Other Press (2008)

 

Résumé : Les couleurs du mensonge ; vers une éthique

Ma présentation va tenter de prolonger les conclusions de mes deux livres récents, Given: 1) Art, 2) Crime (2007) et The Ethics of the Lie (2008).

 

Mon analyse de l’esthétique du crime telle qu’on peut la trouver chez certains surréalistes par exemple etait fondée sur la thèse de Thomas de Quincey qui dans “Du meurtre considéré comme l’un des beaux-arts” radicalise un point de départ Kantien et suppose qu’il n’y a aucun rapport entre l’éthique (tant qu’on peut sauver quelqu’un d’un meurtre, il faut le faire) et l’esthétique (une fois qu’un meurtre est accompli, on est libre de considérer le résultat comme un spectacle auquel s’appliqueront uniquement les lois de l’esthétique). Début donc d’une certaine modernité qui met l’art à l’abri de l’éthique ; Baudelaire, Nietzsche, Wilde et quantité d’autres s’y réfèrent.

 

Parallélement, mon analyse du mécanisme social du mensonge m’avait fait relire le texte fameux de Kant sur le mensonge, texte qui conduisit de Quincey à considérer que Kant était potentiellement un meurtrier. Kant estimait ainsi qu’on ne doit jamais mentir, même si c’est pour sauver un ami pourchassé par des assassins… Lacan en déduisait un parallèle surprenant entre Kant et Sade dans un essai célèbre. Je voudrais donc suggérer d’une part une certaine esthétique de l’éthique, si l’on considère le mensonge comme un fait de société inévitable mais entraînant souvent des conséquences dangereuses, celles mêmes que Kant met en avant. Si l’on ne peut donc opposer les “black lies” aux “white lies” comme on le fait communément en anglais, opposition métaphysique que Nietzsche condamnait catégoriquement; il est en revanche envisageable de penser les catégories des divers mensonges comme autant de couleurs, ce que je tenterai de démontrer avec quelques exemples littéraires et filmiques. L’art prendra sa place de droit et de fait dans l’organisation des couleurs du mensonge. Enfin, peut-être que Platon et Nietzsche pourront se réconcilier sur l’idée d’un glorieux mensonge, d’un spectre coloré des tromperies mutuelles qui fondent la vie en société.


Isabelle Rieusset-Lemarié, France, Université de Paris 10

Contribution: Fonder un monde commun sur une éthique de la liberté : la voie privilégiée de l'esthétique

Biographie / Biography / Biographia
Résumé / Abstracts / Riassunto

Biographie : Isabelle Rieusset-Lemarié, théoricienne et critique dans le champ des arts et images numériques, des esthétiques intermédias (inter-arts, arts-sciences), et des pratiques culturelles émergentes. Auteur de La Société des clones à l'ère de la reproduction multimédia (Actes Sud, 1999) elle a prolongé ses recherches benjamininennes par des travaux et publications en esthétique et sémio-anthropologie de l'art explorant l'esthesis au travers du geste, du goût et des parfums et interrogeant les notions de vivant, d'autonomie, de liberté et de "monde commun" en éclairant les enjeux contemporains à partir des pistes heuristiques ouvertes tant par la philosophie (Hegel, Kant, Arendt..) que par l'anthropologie. Elle poursuit ses activités d'enseignant - chercheur à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

 

Résumé : Fonder un monde commun sur une éthique de la liberté: la voie privilégiée de l'esthétique.

L'horizon ouvert par Kant reste heuristique pour aborder les enjeux esthétiques et éthiques liés à l'émergence du "citoyen du monde" et à son inscription dans l'espace public tant réel que virtuel. Au delà de Arendt qui pointe son rôle dans l'émergence d'un "monde commun" fondé sur une "mentalité élargie", le jugement esthétique sous-tend l'exigence la plus radicale ouverte par Kant : fonder le "sensus communis" sur l'activité la plus libre. En quoi "le développement de cette extraordinaire ère nouvelle déterminée par la "satisfaction" de la faculté de juger esthétique réfléchissante*" nous libère-t-il des règles connues pour se confronter aux singularités et à l'imprévisible? Si pour Arendt "l'espace public potentiel" du jugement esthétique favorise l'inscription dans l'espace public réel, il reste à examiner le rôle de l'espace public des réseaux dans cet élargissement du territoire local à l'échelle planétaire transfrontière, tant dans "l'esthétique de la communication" que dans les pratiques culturelles urbaines émergentes qui réinscrivent le corps libre dans l'espace public, réel, de la ville ou, virtuel, des images expériencielles partagées.

* cf. Mario Costa, Le Sublime technologique, IDERIVE, 1994.

Abstracts : Horizons opened by Kant still are heuristical for enlightening aesthetical and ethical questions linked with the 'world citizen' emerging from public spaces, both real and virtual. Beyond the writings of H. Arendt who points its part in the emergence of a 'common world' based on an 'enlarged mentality', Aesthetic Judgement supports the most radical requirement sustained by Kant: founding 'sensus communis' on the freest activity. Does 'the development of this extraordinary new era based on the 'satisfaction' of the reflecting aesthetic faculty of judgement' emancipate us from known rules in order to face both singularities and unforeseeable? For Arendt 'potential public space' at stake in aesthetic judgement paves the way to real public spaces. Consequently we must examine how public spaces in networks open local territories to the global transfrontier scale, thanks to 'Aesthetic of Communication' and to emerging urban cultural practices which point out the role of free body in public spaces, either real (in the city) or virtual (in experiencial shared images).

* cf. Mario Costa, Le Sublime technologique, IDERIVE, 1994.

 


Maryvonne Saison, France, Prof. d'Esthétique à l'Université de Paris X Nanterre, Directrice de la Société Française d'Esthétique

Contribution: Les défis du temps réel

Biographie / Biography / Biographia
Résumé / Abstracts / Riassunto

Biographie : Née le 1er mai 1945, Maryvonne Saison a suivi un cursus classique, de l'agrégation de philosophie (1968) au doctorat és lettres (1979). Elle a enseigné de 1968 à 1970 dans le secondaire avant d'être nommée attachée puis chargée de recherche au CNRS (au sein du groupe de recherches théâtrales et musicologiques) où elle a travaillé de 1970 à 1981. En 1981 elle a été recrutée à l'Université Paris X-Nanterre comme maître de conférences de philosophie avant d'obtenir un poste de professeur de philosophie esthétique dans cette même université en 1990.

Responsable du Centre de recherches sur l'art (EA 3459), elle préside la Société française d'esthétique depuis 1994, est membre du comité de rédaction de la Revue d'esthétique (n° 1 à 45, 1981-2008, éd. Privat puis éd. Jean-Michel Place) et de la Nouvelle revue d'esthétique (n°1, PUF 2008).

Ses champs de recherches sont la philosophie contemporaine et l'art. Elle s'est notamment intéressée au thème de l'imaginaire (Imaginaire/imaginable ; parcours philosophique à travers le théâtre et la médecine mentale, éd. Klincksieck, 1981), à Merleau-Ponty, Mikel Dufrenne et Gilbert Lascault (plusieurs études sur Dufrenne ont été publiées dans la Revue d'esthétique ou dans des ouvrages collectifs sur la phénoménologie, certaines ont été traduites en chinois et en espagnol). Elle a édité la conférence de Michel Foucault La peinture de Manet, publiée avec les actes du colloque qui lui a été consacrée, Michel Foucault, un regard, aux éd. du Seuil en 2004 dans la collection "Traces écrites". En ce qui concerne l'art, elle s'est intéressée à la littérature (à travers plusieurs études consacrées à l'écrivain Claude Louis-Combet) et au théâtre (elle a publié Les théâtres du réel. Pratiques de la représentation dans le théâtre contemporain, éd. l'Harmattan 1998, et de nombreuses études sur la représentation théâtrale parues dans diverses revues. Ella a participé à l'ouvrage collectif sur Claude Régy paru en 2008 aux éditions du CNRS dans la collection "Les voies de la création théâtrale").

 

Résumé : Les défis du temps réel

Je me situe dans la perspective ouverte par Michel Fo