Drapeau_Italie
                                           Fiorella GIOVANNI                                          

                     

                      ANECDOTES ITALIENNES



L’ORIENT EXPRESS

train2Rendez-vous à 9 heures 30 en gare Santa Lucia au comptoir spécial du train pour l’enregistrement. L’hôtesse constata avec surprise que je ne voyageais qu’avec un petit sac à dos. Les passagers ? En majorité de nationalité britannique. Des porteurs en livrées bleues à gallons dorés se chargeaient des bagages jusqu’à nos cabines.

Ma conscience m’ordonna d’essayer d’obtenir avant mon départ, les coordonnées de la psychiatre intervenante de la conférence de la Scuola dei Calegheri. Je téléphonai au directeur du journal à qui j’avais été présentée. Il ne se souvenait pas de moi.

  • Je n’ai pas son numéro et elle vient de partir pour un mois en Allemagne. Il faudrait voir ça à votre prochain passage.

L’intéressée comprendra t-elle qu’elle a été victime d’un acte manqué freudien, que le contact avec moi sera difficile sinon impossible ? Elle avait parlé d’un déplacement à Paris cette semaine. Contradiction ? Manque de fiabilité ? Encore l’imprécision, la perte de temps, l’énervement et le travail impossible ou très lent. Comment l’Europe va t-elle fonctionner ?

10h20. Les passagers du train Venise-Londres affiché « riservato » montaient dans les voitures bleu marine et or. Le steward du wagon m’indiqua ma cabine, au bout du couloir moquetté. Numéro 7.

  • Je m’appelle Tony. Dans quelques instants, nous parlerons du déroulement du voyage et du maniement des lumières de votre cabine.

Sur la tablette de bois, une lampe, à l’abat-jour vieux rose, de la documentation et des revues luxueuses. Parois et portes en marqueterie d’où glissaient des guirlandes de fleurs. Ouverture des portes arrondies du cabinet de toilette personnel : lavabo et robinets style 30, serviettes brodées, savon et brosse à dents à l’emblème du train, bouteille d’eau minérale.

Au rythme d’une autre époque, dans un luxe peu commun, 22 heures allaient s’écouler calmement entre Venise et Paris avec la traversée des Dolomites, de l’Autriche, du Liechtenstein, de la Suisse et de la France. Les wagons restaurés à grands frais par des artisans, d’après les plans originaux, circulaient certains jours pendant la belle saison. L’atmosphère des trains de luxe fréquentés dans les années 1930 par d’illustres personnalités ne devait en aucun cas disparaître.

PADOUE_ITALIABOLZANOzurich_schweizerhofinsbruckst_anton_austrialiechtenstein_2


  • Bonjour à nouveau ! Voulez-vous quelques renseignements sur le trajet et votre vie à bord du train ? proposa le stewart.

  • Bien sûr.

  • Vous avez la carte sur la tablette. Nous passerons par cinq pays.

Il commenta le circuit et les arrêts.

  • Je vous conseille de descendre pour marcher un peu à Insbruck. Nous resterons en gare environ vingt minutes. A la tombée de la nuit, nous dînerons, aux alentours de Zurich. Pendant le repas, je préparerai votre lit. Vous pouvez m’appeler dans mon office au moyen de ce bouton, chaque fois que cela sera nécessaire. Ne vous gênez surtout pas.

Le train démarra vers le Pont de la Liberté. Pour une fois, je ne regrettais pas de voir disparaître d’un côté, la lagune, et de l’autre, le port de Marghera. Quelques automobiles roulaient elles aussi vers leurs propres destinations. Nous dépassâmes la triste présence de Mestre. Padoue. Arrêt à Vérone. Puis, le train traversa les Dolomites par Bolzano. Voici une vallée au milieu de vignes ensoleillées. Décor verdoyant, grâce à un début de printemps mouillé. Je ressentis un bien immense à voir  à nouveau des arbres, du vert. Venise vous oblige à vivre dans un espace souvent réduit, dans la pierre à profusion, dans un champ visuel restreint, mais si beau. La Sérénissime cache sa végétation dans des jardins et des parcs privés. Et maintenant, le long du train, de hauts sommets rocheux dominaient.

  • Good morning, scusi signora, voici le numéro de votre table pour le déjeuner. L’horaire de 12h30 vous convient-il ? dit le maître d’hôtel.

  • Mais oui. C’est parfait.

  • Voudrez-vous du poisson ou de la viande ?

  • Je préférerais du poisson.

  • Je note, Madame. Les trois wagons-restaurants sont situés au milieu du train. Votre table se trouve dans le deuxième, le wagon Côte d’Azur. Au revoir, Madame.

Le Maître d’hôtel, chemise blanche col cassé, queue de pie et nœud papillon noirs, repartit informer un autre voyageur. Je me mis en quête du wagon Côte d’Azur. Moquette épaisse à fleurs, rideaux, nappes damassées blanches et petites lampes, vaisselle étincelante, couverts en argent, vases fleuris, fauteuils capitonnés, appliques tulipes et parois de verre. La place de quelle actrice, de quelle Reine, occupais-je ? Le paysage défilait. Un personnel polyglotte et stylé, en vestes blanches, surveillait nos repas d’une finesse extrême.

Repasser par le wagon-salon cossu, les voitures-lit aux couloirs moquettés, portes de bois, barres de fenêtres en cuivre.

Après le tunnel du Brenner, arrivèrent les paysages d’Autriche, organisés, propres et verts. Tony contrôlant ma cabine, me raconta des anecdotes italiennes comparables aux miennes. Il aimait son travail qui lui laissait des heures libres dans des villes de rêve. La monotonie n’existait pas. Il venait de travailler tout l’hiver dans un hôtel de luxe de la lagune.

Nous respirâmes un air vivifiant pendant quelques minutes, sur le quai d’Insbruck. Puis nous repartîmes sous les nuages et la pluie. Les cheminées des chalets fumaient. Nous circulions dans un décor grandiose. L’Orient Express grimpait vers Saint Anton à 1800 mètres d’altitude à travers les sapins, passait sur des viaducs suspendus dans le paysage.

Dîner en gare de Zurich. Le Maître d’hôtel me plaça dans le wagon appelé l’Oriental. Je vivais une nouvelle ambiance grâce à la décoration asiatique des parois. Je m’enfonçai dans mon fauteuil. Qualité de service des grands hôtels. Les anglais se présentèrent en costumes noirs et nœuds papillons. Les Anglaises portaient des robes vieillottes aux couleurs acidulées.

  • Puis-je rentrer dans mes appartements ? Demandais-je à Tony dans son office.

  • Je vous accompagne pour déverrouiller votre compartiment. J’ai préparé votre lit pour la nuit. A quelle heure voulez-vous votre petit déjeuner ? questionna t-il.

  • A 8 heures, nous arrivons à Paris à 9h10, je crois.

  • C’est exact. Bonne nuit, dit-il

  • Vous aussi, répondis-je.

A 7 heures le lendemain matin, nous roulions dans la campagne française. Le steward remplissait de charbon la petite chaudière en bout de wagon. Le train produisait son eau chaude et son chauffage. L’odeur ravivait des images liées à l’ancien temps ...

  • Avez-vous bien dormi ? Le matelas ? Je vous apporte votre petit déjeuner ? demanda Tony.

Paysage gris et vert de la banlieue est. Les usagers des trains de banlieue écarquillaient les yeux à la vue de ce train d’un autre âge.

9h10 : Paris gare de l’Est. Tony m’aida à descendre sur le quai. Il me tendit mon sac à dos. Nous nous souhaitâmes la meilleure réalisation de nos projets respectifs.

Paris, par un froid inhabituel en mai. Je changeai de rôle et me dirigeai vers le Rer.


1997 EN ITALIE

ROME  LA_LOUVE_DE_LA_ROME_ANTIQUE

 

Le projet consistait à créer une nouvelle projection de diapositives commentées sur Rome. La ville éternelle recevait mes faveurs. J’y avais été stagiaire de nombreuses années auparavant. Mon programme ? Des lieux à fixer sur la pellicule, penser au commentaire, proposer mon travail photographique sur Paris et Venise, envisager d’écrire sur Rome.

ROME_VUE_DU_CIELSix mois avant mon départ, j’avais organisé quelques rendez-vous. Les studios de télévision de Cinecittà me demandaient de les rappeler à mon arrivée dans la capitale. Je désirais visiter les lieux et voir les décors qui servirent au tournage de films retraçant la vie de personnages célèbres de la Sérénissime.

Le directeur d’une association culturelle française désirait me rencontrer.

Au Vatican, le Préfet donna son accord en précisant la procédure des contrôles d’entrée dans cet état particulier.

Le Président d’une association artistique me téléphona avant mon départ. Le monologue dura vingt minutes. Il ne se préoccupa ni de mes activités ni de mes questions éventuelles. Flot de paroles ininterrompu. J’avais déjà vécu ce vertige. L’expérience et la sagesse me conseillèrent d’éviter l’adresse.

 

LA_DOLCE_VITAJe désirais me rendre sur la tombe de Marcello. J’avais participé à l’émouvant hommage parisien à l’église Saint Sulpice en Novembre 1996. Une cantatrice chantant un requiem a cappella, les mots simples d’un prêtre et d’un ami du spectacle. Une musique de film connue, jouée sur un rythme plus lent, pour la sortie des admirateurs. Sur la place, les projecteurs et les caméras, les personnalités du spectacle et de la culture, la foule, attendaient la sortie du cercueil. Le carrousel de la place s’arrêta de tourner. Le cercueil apparut en haut des marches. Les applaudissements accompagnèrent le nom de Marcello. Un dernier film. La télévision diffusa des rétrospectives. Peu de temps après, les romains saluèrent le grand acteur sur la place du Campidoglio. Le monde entier le regrettait. L’Italie pleurait. La Fontaine de Trevi se drapa de noir. Un orchestre joua des musiques de films sur la place, devant la fameuse fontaine. Toutes les mémoires se souvenaient des images de la « Dolce Vita », du regard et de la voix chaude du grand latin lover, de Marcello.

 

ROME_ANTIQUE_DE_CESARDébut octobre, un été indien et trente degrés. Dans l’avion, ma jeune voisine partait apprendre la langue italienne. A l’aéroport, nous prîmes ensemble le train pour la gare Roma Termini. Peu de changements dans le paysage depuis mon stage. De grands espaces me rappelèrent les films en noir et blanc des années 1950 à 1960. Ils montraient des constructions d’après guerre, immeubles sans vie, émergeant de terrains vagues. Romains et immigrés rentraient vers un logement citadin. Les bâtiments ocres se firent de plus en plus nombreux puis, de plus en plus proches les uns des autres. Des balcons chargés de linge coloré. Des toits en terrasse surmontés d’une forêt d’antennes de télévision. Roma Termini : le bruit et la chaleur. Nous montâmes dans un taxi. Le chauffeur nous apprit que Lucio Dalla chantait gratuitement au forum le soir même. La circulation en centre ville serait bientôt interdite.

  • Que venez-vous faire à Rome ? demanda le chauffeur de taxi.

  • J’ai des rendez-vous de travail, répondis-je.

  • Quel est votre métier, Madame ? insista t-il.

  • Je fais des photos et j’écris.

  • Quel beau métier. Vous allez parler de moi ?

  • Probablement, affirmais-je.

  • Votre fille vous ressemble beaucoup. Elle vous accompagne dans ce déplacement ? continua t-il.

  • Je viens apprendre l’italien dans une famille répondit ma fille d’un jour.

  • Mais, vous, Madame, vous parlez vraiment bien. Mes compliments, ajouta le chauffeur.

  • Merci.


rome_fontaine_trevi_resizeNous contournâmes la fontaine de la Piazza della Repubblica en travaux. Via Nazionale. Piazza Venezia. Je quittai « ma fille » pour rejoindre mon hôtel face à la fontaine de Trevi. Sur cette petite place, une foule internationale, dense et bruyante. La chambre réservée depuis six mois ? Sombre et très chère. Un mur lézardé. Le tremblement de terre en Ombrie m’inquiétait. Je remonterai à Bologne par avion. Pas question de prendre des risques et puis avec l’inorganisation italienne ...

Le lendemain matin, je déjeunai dans « l’atrio » (terrasse fermée sur trois côtés au dernier étage d’un bâtiment). Des photos à prendre motivaient le choix de cet hôtel, face à la célèbre fontaine. L’atrio me permit de me trouver en face et au même niveau que le haut de l’architecture de la fontaine de Trevi. Puis, je confirmai mes rendez-vous. Roberta, heureuse de me revoir, vint me rejoindre à l’hôtel pour une ballade dans le centre historique. Des employés de la municipalité romaine ramassaient les nombreuses pièces jetées dans l’eau du bassin de la fontaine par des touristes désireux de revenir encore à Rome. Un responsable en chemisette blanche surveillait le travail de quatre « ramasseurs de monnaie ». La foule suivait les opérations depuis la place. D’autres ouvriers, observaient, adossés à leur petit camion. J’eus envie de savoir où allait cet argent. J’interrogeai les ouvriers. Ils ignoraient l’usage des pièces. L’homme à la chemisette blanche prit un air très méfiant. Visiblement, répondre ne lui plaisait pas. Via Condotti, nous fûmes attirées par les vitrines des grands couturiers puis, nous entrâmes au Caffè Greco. Tableaux, meubles anciens, calme et distinction des cafés des siècles passés. Piazza di Spagna (Place d’Espagne) à deux pas dans le soleil. L’église française de la Trinité des Monts s’imposa à nos regards. Des fiacres attendaient les clients. Les carabiniers semblaient, comme toujours, sortir d’une opérette. Via del Babbuino (rue du Babouin) et ses belles boutiques. Piazza del Popolo (Place du Peuple) et le Pincio (terrasse des jardins de la Villa Borghese dominant la place précédente), Via Margutta et ce petit restaurant où fut tourné une scène du film « Vacances Romaines » avec Audrey Hepburn et Gregory Peck. Un décor si raffiné. Une atmosphère si agréable.

Nous prîmes un bus orange dans la Via del Corso. Piazza Venezia. Le colisée me sembla posé au milieu d’autoroutes. Que n’a t-on eu l’idée de l’installer sur une vaste pelouse au milieu de chemins ? La Bocca della Verità à gauche.

Nous roulions vers l’Aventino pour déjeuner en famille. Quartier résidentiel vert et calme. Des immeubles à l’esthétique soignée, des terrasses arborées. Nous nous arrêtâmes pour saluer la fille de Roberta, demeurant dans le même immeuble que ses parents. Le père nous attendait à l’étage supérieur. Des spécialités romaines excellentes. Discussions et photos de famille sur le balcon, gentillesse et amitié évidentes.

Après la sieste, il fallut affronter à nouveau le bus et le centre chaotique, sans ticket. « Ici, personne ne paie » me dit-on. Pas de point de vente de billets à proximité. Aucune autre alternative que celle de risquer « à la romaine ». Je fus secouée épouvantablement pendant trente minutes. La circulation allait dans tous les sens à une vitesse vertigineuse ! Je descendis via del Corso, abasourdie par le bruit du bus et la température. Traverser une rue tenait du suicide à cause du manque de feux rouges. Je dus apprendre à m’engager sur la chaussée en voyant arriver des nuées de scooters parmi les voitures. La technique romaine conseillée ? Ce petit signe de la main qui arrête la circulation sur le champ.

Dans la nuit, je me réveillai sans raisons apparentes. Les rideaux bougeaient. Impossible de dormir. Des idées pénibles en tête. Roberta m’expliqua le lendemain que le tremblement de terre en était responsable. L’Ombrie se trouve à 150 kilomètres de là.

 

DECORS_ROMAINSMon amie voulut m’accompagner à Cinecittà. Trente minutes après l’heure convenue du rendez-vous, mon correspondant n’était toujours pas revenu de déjeuner. « Il devait arriver ». « Il allait arriver » ... Parole de secrétaire à qui je fis remarquer qu’il était impossible de travailler avec les italiens. Nous partîmes seules pour les studios de télévision, à la recherche des fameux décors vénitiens. Un vieux chien crasseux dormait sur une pelouse. Dans un bâtiment, des couturières travaillaient sans joie à des costumes andalous en papier de couleurs vives. Dans la zone des studios de la télévision nationale, nous rencontrâmes des mexicains aux vêtements blancs et dorés, plein de franges. Une nuée de jeunes danseuses peu vêtues sortait d'un plateau d'enregistrement d'émissions populaires. Les décors recherchés restèrent introuvables mais nous vîmes l’intérieur du studio de Domenica In, l’émission familiale du dimanche.

Un métro sale et sombre, conduit nerveusement. Trouver le nom des stations dans la pénombre et se tenir fermement furent mes préoccupations majeures lors du retour vers le centre historique.

A l’hôtel, l’étroitesse du bac à douche de la salle de bains aux parois moisies, m’empêchait de me laver correctement. Je déclenchais chaque fois une inondation. Et toute la nuit, les cris des touristes devant la fontaine de Trevi et le bruit de l’eau tombant dans le bassin ...

Au siège de l’association culturelle française, je fus reçue, comme prévu, par un français.

 

ROME_PLACE_SAINT_PIERREAu Vatican, j’aurai dû deviner que l’horaire du rendez-vous pouvait changer. J’étais donc en retard. Je fis savoir mon mécontentement aux gardes suisses toujours vêtus de tranches de tissu bleu et jaune, casqués et protégés par une lance. A t-on pensé un instant que vous alliez venir de l’étranger pour rien ? Je repris un taxi et conseillai au chauffeur de ne pas me faire visiter toute la ville car je la connaissais déjà. Il fit celui qui ne comprenait pas.

Peut-être ne me croirez-vous pas. Pourtant ces lignes n’inventent rien. Le tourisme de groupe et la méconnaissance de la langue ne permet pas d’entrer dans la réalité quotidienne. Par contre, si vous parlez l’italien et voyagez pour vos activités, vous découvrirez un monde bien particulier. Aller très au sud en individuel ? Pour éviter des frayeurs insensées, évitez les routes. Les feux rouges fonctionnent mais ils ne sont pas respectés. Inutile de vouloir comprendre pourquoi vous aurez échappé à un accident. Seules les protections du ciel peuvent fournir une explication. Les personnes les plus âgées ne comprendront pas votre italien. Au nord, distinction oblige : on vous ménage mais, tout à coup, votre chauffeur ignore un feu rouge ou un stop car il n’y avait personne en vue. Le danger est moindre. A cause d’une fantaisie fréquente, vous vous poser des questions et des interprétations hypothétiques naissent. N’attendez surtout pas de longs courriers de vos amis méditerranéens. Loin des yeux, loin du cœur ! Réapparaissez un jour et la fête s’organise en quelques minutes : les dîners entre connaissances, les discussions, les chansons.

J’écourtai mon séjour  dans la capitale administrative italienne : une nuit au lieu de trois prévues dans le second hôtel. Juste le temps de faire des photos depuis la terrasse donnant sur les toits. Annulation du troisième lieu, près de Piazza Navona. Mes amis de Vérone pouvaient me recevoir. Je me rendrai chez eux par avion. Puis, direction Bologne en train.

Adieu la Fontaine de Trevi, sans regrets. Je signalai à la réception de l’hôtel les désavantages créés par la douche et les larges fissures des murs de la chambre. Dataient-elles d’un précédent tremblement de terre ?

  • Les clients sont toujours contents ici.

  • Peut-être ne parlent-ils pas l’italien ?

Dans le quartier de Piazza di Spagna (Place d’Espagne), dans le deuxième hôtel, soit-disant de charme, les choses n’allèrent pas mieux malgré une facture encore plus élevée. Les meubles d’époque de ma chambre semblaient avoir été fabriqués la veille en série. Je pensais pouvoir enfin me doucher dans une salle de bain récente, aux dimensions normales. L’eau coula. Rapidement, le bac de la douche fut plein. L’écoulement ne fonctionnait pas. Le réceptionniste essaya de déboucher sans succès. La fatigue et la nervosité m’accablaient. Une seule envie : fuir cette ville. Quelques photos depuis la terrasse donnant sur les toits. La coupole de Saint Pierre se détachait au loin sur un ciel devenant bleu sombre au couchant. Des campaniles dominaient la ville. En contrebas, les boutiques de luxe de Piazza di Spagna illuminaient l’espace. Flâneries et bavardages autour de la fontaine ? Le long des rues piétonnes ? Pour ma part, nulle envie de sortir. Je m’allongeai pour écouter les nouvelles à la télévision : elle ne marchait pas. Le lendemain matin, j’utilisai les sanitaires de clients partis à l’aube. J’invoquai des changements de rendez-vous, demandai une réduction pour la gêne et pris un taxi pour l’aéroport. Via del Corso, piazza Venezia, les forums impériaux. Le Colisée, se noyait dans la circulation des bus oranges, des voitures, des scooters, des camions. Du lecteur de cassettes du taxi sortait une sonorité d’une qualité exceptionnelle. J’engageai la conversation avec le chauffeur. Il m’expliqua pendant vingt minutes qu’il pouvait écouter toutes les sortes de musiques mais que, selon lui, à chaque état d’âme, correspondait une musique particulière. Il ne pouvait pas écouter n’importe quoi n’importe quand. Pourtant, mon expérience me disait que, dans ce pays, on pouvait facilement vivre n’importe quoi n’importe quand !

A Vérone, le calme, la distinction et l’accent d’une ville bourgeoise du nord de la péninsule régnaient. Je racontai mes aventures peu constructives aux amis :

  • Tu dois comprendre qu’à Rome c’est le sud. Ils ne respectent pas les horaires.

Mes expériences délicates au nord m’incitaient à réclamer des améliorations là aussi. Les seuls travailleurs en provenance du mezzogiorno, souvent « exilés » dans l’administration, provoquaient-ils cette situation, comme le prétendaient les natifs nordistes ?

Je passai quelques jours à deux pas du musée de Castelvecchio et des rives de l’Adige, sans enthousiasme et très fatiguée. Mon retour aérien s’effectuait depuis Bologne où je n’eus pas envie d’honorer la rencontre prévue, ni même de visiter le musée Morandi à deux pas de mon hôtel de la via Indipendenza. Le climat changea. Le froid humide arriva. Je ne pouvais plus supporter ce contexte instable, mouvant et inorganisé. Il empêchait continuellement la poursuite normale de mon travail. Je capitulais. J’avais été patiente depuis 1993. Et toutes ces paroles agréables pleines d’espoir et de futurs échanges communs, sans lendemain. Si je reviens en Italie, pensais-je, j’exécuterai mon travail. Je prendrai mon plaisir visuel. Je ne parlerai à personne et j’essaierai de n’avoir aucune idée constructive à proposer sur place. Mais, pourrais-je même, à nouveau, revoir ces décors ocres ensoleillés ? Sans envie, je pénétrai dans la Montagnola, ce parc au centre de Bologne, pour « tuer le temps ».

Un soir, en flânant sur la belle place Santa Maria Maggiore, je passai devant la façade de la cathédrale San Petronio. En face, à la terrasse du café, sous les arcades, un homme chantait, s’accompagnant au synthétiseur . La voix, la musique et les paroles chaleureuses, résonnaient. Elles remplissaient la vaste place. Les promeneurs s’arrêtaient un moment, écoutaient. Je contournai le Neptune dominant sa fontaine. Fatiguée, je repris la rue Indipendenza vers mon hôtel. Un homme arriva à ma hauteur :

Marcello_Mastroianni

  • Je t’ai remarquée depuis quelques temps. Tu es très belle, dit-il.

  • Merci mais excusez-moi, je rentre à mon hôtel, dis-je.

  • Tu as bien quelques minutes pour moi ? répliqua t-il.

  • Je ne crois pas, dis-je.

  • Prenons un gelato (une glace) dans un café, proposa t-il.

  • Non merci. Du travail m’attend à l’hôtel avant de me coucher, ajoutai-je.

  • Voudrais-tu me tenir un peu compagnie. Je suis sicilien. Je viens d’être muté ici, au nord, dans l’administration. Je m’ennuie à mourir. La froideur des gens … Personne ne me parle. C’est invivable. J’ai accepté cette mutation car je divorce. Tu as un accent. De quelle ville es-tu ?

  • Je suis parisienne, dis-je.

  • Je ferais volontiers confiance à une étrangère. Les femmes de Bologne sont trop émancipées à mon goût, ajouta t-il.

Avait-il compris l’évolution de la femme au cours de ces dernières 40 années, au nord de l’Italie comme en France  ? J’avais entendu des conversations relatives aux difficultés des « déplantés » du sud vivant dans le nord du pays et aux réticences de la population d’accueil. Le contexte a créé deux Italies. Education, habitudes, mentalité, mode de vie différents. La cohabitation reste bien délicate.

Pendant mon retour en avion, suspendue dans le ciel, mes yeux se portèrent sur un article parlant de « l’invisibilité » à Strasbourg de personnalités politiques de la péninsule. Elles ne se plaisent pas loin de Rome. Il me revint en mémoire la déclaration d’un directeur financier de multinationale, rentrant d’un contrôle de filiales nord-italiennes :« leurs résultats sont fabuleux mais, leurs méthodes de travail me sont totalement incompréhensibles !». Les mentalités citadines, restent très régionales et provinciales, chauvines. Les spécialités culinaires de chaque ville sont multiples. Les dialectes sont parlés chaque jour. Subtilité  pour la ville particulière qu’est Venise : un libraire me reprit mécontent « le vénitien est une langue, Madame, et non un dialecte ». L’unité italienne est historiquement récente. Des Italiens affirment que, l’apparition de la télévision rassembla vraiment le pays.

Je ne suis pas la seule à remarquer des faits, à m’interroger. Parfois, plus je fréquente cette terre, moins je la comprends. Il me semble côtoyer des mystères. Certains prétendent qu’ils ne sont pas étrangers à la présence du Vatican ! Des humoristes ou des sages ?

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Le pays est d’une beauté incomparable. Sa lumière reflète une présence divine évidente. La sonorité de la langue crée un opéra quotidien de chaque instant. Depuis l’aurore des temps, les créateurs de la péninsule manient l’Art avec « Maestria ». Les œuvres du passé remplissent les rues, les places, les musées. Voici un palmarès très complet comprenant : la musique et le chant, la peinture, la littérature, le cinéma, l’architecture. Et les succès populaires évoquant tant d’amour ? On les chantent sur scène ou à l’improviste entre amis. La fantaisie italienne nous étonne, nous surprend, nous fait rire aussi. Remercions les italiens pour leurs nombreux talents !

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Fiorella Nicole GIOVANNI

ANECDOTES ITALIENNES

TABLE DES MATIERES

LES SIXTIES

ET LA CHAINE EN OR DE SALO’

VENISE 1993

L’IMPRESARIO

A LA FENICE

L’HISTOIRE DE PIETRO

ON ATTEND UNE PERSONNE, IL EN ARRIVE DEUX

LA FÊTE DE CARNAVAL DANS UN PALAIS DU CAMPO SAN MAURIZIO

ORAGE SUR LES ARÈNES DE VÉRONE

VENISE 1994

A LA GARE SANTA LUCIA

LE XVIIIème SIÈCLE A LA GARE DU NORD

LE RENDEZ-VOUS AVEC GIOTTO CHEZ LES SCROVEGNI

VENISE 1995

SUR LES TRACES DE THOMAS MANN

INTERVIEW A LA SCUOLA GRANDE SAN ROCCO

IL RISTORANTE « ALLA MADONNA »

LES CASTRATS DE VIA GARIBALDI

LE LIVRET DE CAISSE D’ÉPARGNE AU PORTEUR

LE DÉJEUNER CHEZ MARIE ET JEAN

LE VERNISSAGE FANTÔME

LA CONVERSATION AVEC SILVANA

VENISE 1996

L’AQUARELLISTE

L’ORIENT EXPRESS

1997 : EN ITALIE

 


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