Chronique Culturelle par Thierry JAN

 

Ce mercredi nous entrerons dans le carême. C’est l’occasion de se remettre en question, de faire une espèce de grand ‘nettoyage de printemps’ afin de retrouver une sérénité de l’âme. Pour ceux qui ne sont pas chrétiens, c’est simplement la marche vers le printemps et qu’ils le veuillent ou non, une renaissance en eux même de la sève de vie. Cette période où tout renaît est finalement la victoire du divin sur les hommes. Cette semaine nous irons découvrir un village cher au cœur des niçois, là où est né leur Mistral : Saint Jeannet , où sont les racines de Joseph Rosalinde Rancher. 

  

 

                              

               Saint Jeannet

 

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Les légions  Romaines tracent la voie Julia qui mène en Provence. Elle passe tout près, vers l’actuel château de la Gaude. Son tracé se poursuit vers Vence. Durant cinq siècles, jusqu’à la chute de l’empire Romain, Saint Jeannet, va jouir du développement et de la prospérité. La chute de Rome, amène une période de troubles et d’instabilités. Les incursions sarrasines dévastent toute la bande côtière. Elles  touchent le moyen pays et ruinent le commerce. Ce n’est qu’après l’an mille que l’on retrouve la stabilité avec le système féodal et les Comtes de Provence. Au XIIIe siècle quelques familles se regroupent en ce lieu, à l’emplacement de l’actuel cimetière. Elle prénomme ce dernier : « Castrum de sancti Johannis »  Le village est né. Après 1388 Saint Jeannet est en première ligne. On décide de le fortifier et de l’entourer de remparts. On peut aujourd’hui y observer deux portes celles : de la Poudrière et de : Sur le Four, Saint Jeannet est prospère.

 

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Au milieu du XIXe siècle, le village connaît un nouvel essor avec l’agriculture. Ce sont la vigne et les olives qui feront sa réputation. On  cite son vin au parfum et saveurs délicates, il concurrence le Bellet des collines niçoises qui lui font face. Saint Jeannet aura jusqu’à 20 000 oliviers. Ces derniers inspireront le peintre Nicolas Poussin. Le lavoir rappelle au visiteur que c’est en 1876 que l’eau courante est arrivée ici.  Elle remplacera avantageusement les anciennes citernes où l’on recueillait l’eau de pluie. Avec le XXe siècle, l’exode rural va dramatiquement amputer l’activité de Saint Jeannet. Le visiteur sera surpris par les ruelles pentues ou calades des XVIe et XVIIIe siècles. Ces dernières empierrées,  ne manqueront pas de nous remémorer le pavage des voies romaines. La tour Sarrasine est le dernier vestige de l’ancien château. A la recherche des vestiges et des secrets de ce village, nous nous perdons volontairement dans le labyrinthe de ses venelles étroites.

 

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C’est ainsi que l’on va découvrir successivement : place de l’église  une maison qui a appartenue de 1597 à 1779 à la famille de Rosalinde Rancher, qui fut un poète du félibrige.  Tout à côté l’on trouve la chapelle saint Bernardin de 1645 et l’église dédiée à saint Jean Baptiste de 1666. A l’intérieur de celle-ci, on remarquera un crucifix qui a appartenu au curé d’Ars et qui fut offert à la paroisse par monseigneur Daumas Quittant ce lieu de spiritualité, on se dirige vers les rues de la Ferrage et des Jardins où l’on trouve encore des traces des anciens remparts. Dans la ruelle sur le Four, on appréciera le passage sous voûte. Sur la terrasse d’une maison qui domine un précipice, on peut bénéficier d’un panorama qui embrasse la côte entre le cap Ferrat et le rocher de Théoule.

 

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Le Var, traînée bleuâtre,  dessine son trait, les collines du Comté se dressent avec elles aussi, leur vignobles, leurs serres et leurs habitations. Les villas et les lotissements sont autant d’îlots qui émergent dans cette campagne vallonnée où la végétation est hélas une peau de chagrin. Quittant cet observatoire, on se retrouve rue de la croix. Là  une vigne vierge jaillit de la façade et érige ses ramures, dispensant son ombre à une tonnelle en balcon. On a dépassé la chapelle sainte Pétronille et l’on se retrouve sur le début du sentier des randonneurs et des varappeurs.  Derrière la chapelle du XVe siècle dédiée à  Notre Dame du Baou, le jardin  Jeanne Aldi est un hommage à ceux qui périrent sur les voies de cette montagne. Un vieux, assis, mâchouillant un bâton de réglisse est tout fier de nous raconter son histoire. Il nous parle de José Giovanni. Il a les doigts déformés par les rhumatismes, le visage buriné des montagnards et il nous confie comment ce  scénariste, lui sauva la vie. « Je ne suis pas le seul, passionné de montagne, il en sauva plus d’un ! » 

 

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On quitte ces lieux où flotte une espèce d’émotion, on ne saurait dire, c’est comme si….

Saint Jeannet nous a ouvert son âme, livré quelques uns de ses secrets, mais notre présentation de ce village serait incomplète si, on omettait de parler des artistes qui y vinrent très nombreux, échappant  aux paillettes de saint Paul. Prévert dédiera un poème à ce village et ses vignerons. Des peintres comme Dufy, Trachel, Mossa franchiront le Var au gué de la Baronne avant qu’il y ait un pont, séduit par les Baous et le paysage. D’autres poètes comme Dessaignes, Tristan Tzara, écriront Saint Jeannet. On ne pourrait tous les citer. Que vous soyez sportifs avec des cordes ou des piolets, ou d’âme poétique avec des rimes dans le cœur, vous serez séduit  par ce village perché.    

 

Thierry JAN



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Á l’époque de la nationale ‘7’ Brignoles est un point de passage important, à mi chemin entre Aix et Nice, la ville bénéficie des flux touristiques. L’autoroute va l’isoler des grands axes routiers et une rocade permet aujourd’hui à la 7 d’éviter ce gros village. 

On a des traces de la fréquentation du site qui remonte à 3000 ans avant Jésus Christ. Rome y fera passer la voie Aurelia. Le nom de Brignoles provient de Brinonia, lequel est cité dans une charte de 558 signée par Childebert. La ville est située sur le bord du Caramy qui irrigue une plaine très fertile. On accède à Brignoles par le pont des Augustins qui enjambe le cours d’eau. 


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On laissera la mairie hôtel particulier du XVIIe et le logis de la fleur de lys de la même époque sur cette place Caramy pour se diriger vers l’église saint Sauveur de 1202 qui remplaça une autre église de 1056 dédiée à Notre Dame, laquelle fut érigée par l’abbaye saint Victor de Marseille. Le 1er Palais des Comtes de Provence se situait sur le côté gauche de l’édifice religieux.  On remarquera surtout le portail roman de ce lieu de culte.  C’est dans ce palais qu’est né en février 1274 Saint Louis d’Anjou qui est le patron de Brignoles.  Le second palais plus majestueux se trouve au bout de la rue des lanciers, il abritait le tribunal et la prison. Il est maintenant depuis 1945 un musée. Á l’origine c’était une simple casemate que les Comtes de Provence aménageront en 1254. C’est là qu’en 1416 siégera le parlement de Provence. 

 

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Brignoles a le statut de ville Consulaire au moyen age. Le nouveau palais est le centre vital de la cité. Au XIIIe siècle la place est indifféremment appelée : place du palais ou des chevaliers. Le Forum , autre nom devient  la place du marché en 1791.  Les Comtes de Provence accorderont divers privilèges aux habitants : le droit de choisir 12 conseillers chaque année en 1321. Ces derniers tranchaient les litiges. En 1403 Brignoles est exemptée des droits de gabelle et en 1449 elle devient ville de foire.


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Nous allons maintenant nous perdre dans les rues de ce village. Nous découvrons les personnages illustres qui y sont nés : François Guisol en 1803, ou encore un poète méconnu mais qui fut le 1er immortel à siéger à l’académie : François d’Arbaud de Porchères né en 1590. Poursuivant notre visite on aperçoit l’hôtel de Clapiers du XVIIe, puis la porte saint François, vestige des anciens remparts. Il y avait outre cette dernière, nommée aussi porte dorée, parce qu’au sud, deux autres portes, Caramy au nord et saint Pierre à l’est. Le  couvent des Franciscains ou Cordeliers a disparu, il en reste la chapelle qui est aujourd’hui une coopérative vinicole. En 1639 on comblera les fossés, permettant à la ville de s’agrandir.

 

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Brignoles fut une des résidences des Comtes de Provence, elle fut envahit par Charles Quint en 1536. Sur la place saint Pierre François Just Marie Raynouard né en 1761 y a sa maison natal. Il fut outre un secrétaire de l’académie Française, un éminent membre du félibrige.  C’est là aussi que se trouvait le couvent des Ursule.  Nous achevons notre visite  rue de la poissonnerie où se trouvait le ghetto. La maison du rabbin avec son médaillon symbolisant le sacrifice d’Abraham nous rappelle cette période douloureuse d’intolérance du moyen age.

Le musée renferme des vestiges du moyen age dont un sarcophage du II° siècle et un autel du Vie siècle.  La vie religieuse y était très dynamique. On trouvait aux faubourgs du village outre les frères mineurs au sud ouest à la porte saint François, les Augustins à l’opposé vers la rivière le Caramy.  Le monastère de la Celle qui existe toujours, à l’origine sainte Perpétue fut fondé par l’abbaye de saint Victor, il prendra son indépendance au XIe siècle. Ce couvent féminin se trouve à l’est du village.

 

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Nous achèverons notre visite en parlant de la Bauxite qui fut une industrie très active dans ce bassin . Un train reliait Carnoules à Gardanne, servant à transporter le minerais. Aujourd’hui les pics et les marteaux se sont tus et ce train sert en été pour balader les amoureux du rail entre Carnoules et Brignoles.

 

Thierry JAN