Jean-Pierre Giovanelli 

 

CHRONOS - AÏON   

 

(installation vidéo)

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l'artiste Jean-Pierre GIOVANELLI

24 juin 2011sous-sol de la librairie Quartier Latin, 30 av. St Jean Baptiste Nice dans le cadre de l'Art contemporain et de la Côte d'Azur.

steelseries_aion_zboardL' Aion n'est ni Dieu ni  destin. Il est le temps incalculable de l'éternité ; il est ce qui n' a jamais commencé et qui jamais ne finira Il n'a ni but ni projet, ni intention.Il est le Tout qui contient tout c'est lui qui fonde.

Ce fondement indéfinissable, indicible et  inconnaissable, c'est l'Aion,

6972003_horloge_sable_montrant_comment_le_temps_est_passant_sur_fond_noirNous avons inventé Dieu pour éclaircir le mystère. Les Grecs n'avaient pas besoin de Dieu. Ils n'ont jamais envisagé de création du Monde. Ils partaient et parlaient simplement de l'évidence du "il y a" qui englobe l'immensité. Quoi que je fasse, quoi que je pense, "il y a" est avant moi.

L'Aion c'est la nature elle-même selon l'ordre du temps.

Dans sa méditation, qu'il soit taoiste, bouddhiste, épicurien ou pyrrhonien, le sage se retire du monde de Chronos et de ses pompes pour retrouver en lui-même la présence indiscutable de l'Aion. Le temps de sa méditation il "s'abat à l'origine des choses" (Lao-tseu), il retrouve le fondement absolu et s'y fond comme une goutte dans la mer. Il sait bien que Chronos, hélas, le reprendra à la sortie de son voyage!

Chronos est la durée, la mémoire, le mouvement, le devenir, la vitesse, la répétition.

horloges004Parce que les horloges ne mesurent pas forcément du temps. Parce que le temps est toujours là alors qu'on dit qu'il s'écoule. Et qu'il existe indépendamment de ce qui survient, se transforme, vieillit et meurt. Aujourd'hui, le regard le plus audacieux et le plus déconcertant sur le temps, c'est la physique qui le porte.

 Dans le conflit entre l'AÏon et le Chronos c'est bien le premier qui l'emporte.

Jean-Pierre GIOVANELLI



 La Mort et le Mourant.

 

Par Jean de la Fontaine                                                                                      la_mort_et_le_mourant


La Mort et le Mourant. J.J. Grandville.

La Mort ne surprend point le sage ;
Il est toujours prêt à partir,
S'étant su lui-même avertir
Du temps où l'on se doit résoudre à ce passage.
Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps :
Qu'on le partage en jours, en heures, en moments,
Il n'en est point qu'il ne comprenne
Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine ;
Et le premier instant où les enfants des rois
Ouvrent les yeux à la lumière,
Est celui qui vient quelquefois
Fermer pour toujours leur paupière.
Défendez-vous par la grandeur,
Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse,
La mort ravit tout sans pudeur
Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.
Il n'est rien de moins ignoré,
Et puisqu'il faut que je le die,
Rien où l'on soit moins préparé.
Un mourant qui comptait plus de cent ans de vie,
Se plaignait à la Mort que précipitamment
Elle le contraignait de partir tout à l'heure,
Sans qu'il eût fait son testament,
Sans l'avertir au moins. Est-il juste qu'on meure
Au pied levé ? dit-il : attendez quelque peu.
Ma femme ne veut pas que je parte sans elle ;
Il me reste à pourvoir un arrière-neveu ;
Souffrez qu'à mon logis j'ajoute encore une aile.
Que vous êtes pressante, ô Déesse cruelle !
- Vieillard, lui dit la mort, je ne t'ai point surpris ;
Tu te plains sans raison de mon impatience.
Eh n'as-tu pas cent ans ? trouve-moi dans Paris
Deux mortels aussi vieux, trouve-m'en dix en France.
Je devais, ce dis-tu, te donner quelque avis
Qui te disposât à la chose :
J'aurais trouvé ton testament tout fait,
Ton petit-fils pourvu, ton bâtiment parfait ;
Ne te donna-t-on pas des avis quand la cause
Du marcher et du mouvement,
Quand les esprits, le sentiment,
Quand tout faillit en toi ? Plus de goût, plus d'ouïe :
Toute chose pour toi semble être évanouie :
Pour toi l'astre du jour prend des soins superflus :
Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus
Je t'ai fait voir tes camarades,
Ou morts, ou mourants, ou malades.
Qu'est-ce que tout cela, qu'un avertissement ?
Allons, vieillard, et sans réplique.
Il n'importe à la république
Que tu fasses ton testament.
La mort avait raison. Je voudrais qu'à cet âge
On sortît de la vie ainsi que d'un banquet,
Remerciant son hôte, et qu'on fit son paquet ;
Car de combien peut-on retarder le voyage ?
Tu murmures, vieillard ; vois ces jeunes mourir,
Vois-les marcher, vois-les courir
A des morts, il est vrai, glorieuses et belles,
Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles.
J'ai beau te le crier ; mon zèle est indiscret :
Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.

Jean de la FONTAINE