Mardi 26 février 2013

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Euro : Basta cosi ?
 Cécile Chevré
Une bonne façon de protéger son patrimoine : payer moins d'impôts !
 François, auteur du blog Objectif Tune

Euro : Basta cosi ?
Cécile Chevré

Il y a quelques semaines, je vous mettais en garde contre deux dates à venir qui risquaient de déstabiliser la zone euro :
- les élections italiennes de fin février
- les élections allemandes prévues en septembre ou début octobre

Et nous voilà parvenus à la première croisée des chemins. Les élections italiennes étaient un test, et elles sont un échec.

Au moment où j'écris ces lignes, l'Italie est en pleine situation de blocage politique. Si le parti de centre-gauche, mené par Pier Luigi Bersani, a obtenu la majorité à la Chambre des députés, ce n'est pas le cas au Sénat. Or pour gouverner, il aurait fallu au centre-gauche la majorité dans les Chambres.

Débute maintenant une intense phase de tractation avec les autres principales forces politiques du pays pour parvenir à un accord, et donc à la possibilité de gouverner le pays.

Or avec qui la coalition de gauche de Bersani pourrait-elle gouverner ? Aujourd'hui, alors que les élections viennent de rebattre les cartes, les deux autres principaux partis du pays sont :
- le parti politique de Silvio Berlusconi, Il Popolo della Libertà (PDL), le Peuple de la Liberté, qui a d'ailleurs annoncé qu'il n'excluait pas un accord avec Berlusconi. Le problème du Cavaliere, outre sa propension à fréquenter d'un peu trop près des "lupa" à peine majeures et le nombre incroyable de casseroles qu'il traîne derrière lui, c'est sa mauvaise réputation, essentiellement sur le plan international. Berlusconi a fait une campagne sur des thèmes flirtant plus que sérieusement avec la démagogie et clairement anti-rigueur. Pas de quoi rassurer les détenteurs de dette italienne et les marchés... Or le PDL a effectué une remontée inattendue lors des élections de dimanche et lundi derniers.

- Le Mouvement des 5 étoiles (M5S), mené par le comique Beppe Grillo chantre lui aussi de thèmes populistes, preuve supplémentaire que le discours anti-euro et anti-rigueur trouve un écho grandissant auprès des Italiens. Et quel désaveu pour la classe politique italienne de voir ainsi un comique devenir la troisième puissance politique du pays ! Relativisons tout de même, le pays est un habitué à voir ses artistes se mêler de politique. Le réalisateur Nanni Moretti est ainsi depuis des années un des opposants principaux à Berlusconi et un soutien du parti de centre-gauche. Mais tout de même, le succès de Grillo est le symbole de la désaffection pour les partis politiques traditionnels.

Grand perdant de ces élections : Mario Monti, et son parti de centre, pourtant grand favori des marchés internationaux et des dirigeants de la zone euro. Seulement voilà, les Italiens sont loin de partager l'enthousiasme des marchés sur le bilan de Monti.

Deuxième perdant : l'Europe. "Si ces résultats sont confirmés, alors de 55% à 60% des électeurs italiens auront voté brutalement contre l'euro, l'Europe, Merkel et l'Allemagne", a commenté le secrétaire général adjoint du Partito Democratico (centre-gauche), Enrico Letta, cité par Le Figaro.

En quoi est-ce un problème ?
Parce que l'Italie est la troisième puissance économique européenne. Et qu'elle est très endettée (120% de son PIB). Parce qu'elle pourrait faire défaut. Et qu'un tel défaut ferait exploser la BCE en vol. Rien que cela...

Revenons en détail sur ces dangers que l'Italie fait peser sur la zone euro.

- L'endettement. C'est un fait que les marchés préfèrent oublier, mais le gouvernement mené par Mario Monti n'a pas réduit l'endettement italien, mais l'a augmenté d'environ 100 milliards d'euros. La dette publique atteint 2 000 milliards d'euros, soit 126% du PIB et donc son plus haut niveau d'endettement depuis la fin des années 40. Pour continuer à se financer, l'Italie, qui a décidé de ne pas faire appel directement à l'aide de la BCE et de l'UE, s'est lancée dans de nouveaux emprunts à court terme, laissant encore plus filer son endettement. Pour cette année, les besoins en refinancement du pays s'élèvent donc à 400 milliards d'euros.

- Le défaut. Si le pays n'avait pas à payer les intérêts sur sa dette, le budget italien serait équilibré. En clair, pas de déficit sans les intérêts de la dette. Chaque année, ces remboursements coûtent 80 milliards d'euros au pays, soit 5,5% du PIB et quatre fois le montant des mesures de rigueur imposées par Mario Monti.

De quoi inciter à un défaut qui permettrait au pays de retrouver une stabilité financière. C'est d'ailleurs ce que propose le parti de Grillo : l'arrêt temporaire du versement de ces intérêts.

- L'explosion de la BCE. "Les résultats de la BCE restent dans le vert... et augmentent", titrait La Tribune le 21 février dernier. "La Banque centrale européenne a enregistré un excédent de 2 164 millions d'euros en 2012, a-t-elle indiqué dans un communiqué. En 2011, cet excédent était de 1 894 million d'euros. Ce niveau n'avait plus été atteint depuis 2009 (avec un surplus de 2 218 millions d'euros)". Ok... Mais d'où viennent les revenus de la BCE ? La réponse est un peu plus loin dans le même article : "Les revenus de la BCE proviennent des intérêts des obligations gardées par la BCE, notamment celles obtenues par le SMP (Securities markets programme)".

Le SMP est en fait un programme lancé en mai 2010, et qui permet à la BCE d'acheter des obligations d'Etat sur le marché obligataire secondaire.

Bien. Seulement près de la moitié de ce SMP, soit 107 milliards d'euros, sont en fait des obligations... italiennes. De quoi mettre en perspective les 2 et quelques milliards d'euros d'excédents de la BCE...

Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?
Les autorités européennes ont pris trop longtemps à la légère le cas italien :
- 2 000 milliards de dettes
- 400 milliards à refinancer en 2013
- une croissance inaccessible : -2,2% en 2012
- une montée en puissance des forces politiques anti-rigueur, anti-européenne et pro-défaut...

... On comprend que les marchés paniquent et s'affichent tous dans le rouge depuis hier. Le CAC 40 dévisse actuellement de 2,5% et l'EuroStoxx 50 de près de 2,8%...

Ajoutez à cela le souvenir cuisant du non-règlement du problème grec.

Et vous obtenez un retour de la crise de la zone euro. Avec la situation économique de la France en ligne de mire.
[Grèce, Espagne, Portugal, Italie...


... C'EST PIRE EN FRANCE !