ROMA - ITALIA

louve ROMAINE

Rome
Blason de Rome
Héraldique
Drapeau de Rome
Drapeau
Les grands sites de Rome
Les grands sites de Rome
Noms
Nom italien Roma
Administration
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Flag of Lazio.svg Latium 
Province Rome 
Maire Ignazio Marino
(2013-2018)
Code postal 00100 (générique), de 00121 à 00199
Code ISTAT 058091
Code cadastral H501
Préfixe tel. 06
Démographie
Gentilé Romani, en français les Romains
Population 2 614 263 hab. (1-01-20121)
Densité 2 034 hab./km2
Géographie
Coordonnées 41° 53′ 19″ Nord 12° 29′ 12″ Est  
Altitude Min. 0 m – Max. 37 m
Superficie 128 530,57 ha = 1 285,3057 km2
Divers
Saint patron Saint Pierre et Saint Paul
Fête patronale 29 juin
 
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Italie

Voir la carte topographique d'Italie
City locator 14.svg
Rome
Liens
Site web http://www.comune.roma.it

Rome (en italien Roma /'roˑma/) est la capitale de l'Italie depuis 1871. Elle se trouve dans la région du Latium, dans le centre du pays. Avec 2 783 300 habitants établis sur 1 285 km² (4 103 250 habitants avec l'agglomération en 2009)2, Rome est la commune la plus peuplée d'Italie et la plus étendue d'Europe3 ; son aire urbaine est en revanche moins importante que celles de Milan et Naples4.

Ville berceau de la civilisation occidentale après Athènes, Rome a une histoire qui s'étend sur plus de deux mille cinq cents ans. Elle était le centre de l'Empire romain, qui a dominé l'Europe, l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient pendant plus de cinq cents ans à partir du Ier siècle av. J.-C. jusqu'au Ve siècle apr. J.-C.. Rome occupe une place capitale dans le christianisme et abrite le siège de l'Église catholique romaine et la Cité du Vatican, un État souverain dont le chef est le pape.

Le centre historique est de style Renaissance et baroque. Rome est la troisième destination touristique la plus visitée d'Europe derrière Londres et Paris5 et son centre historique est classé par l'Unesco comme site du patrimoine mondial6.

Sommaire

Géographie

Site

Article connexe : Centre historique de Rome.
Image satellite de Rome

Rome est située dans la région du Latium, au centre de l'Italie, à la confluence de l'Aniene et du Tibre. Le centre-ville est situé à environ 25 kilomètres de la côte de la mer Tyrrhénienne, mais l'agglomération romaine s'étend jusqu'à celle-ci par le biais du Municipio XIII formant l'actuel quartier d'Ostie, appelée aussi Lido di Roma (Lido signifiant "littoral" en Italien). L'altitude varie de 13 mètres au-dessus du niveau de la mer (sur la Piazza del Popolo) à 120 mètres.

Le centre historique de Rome est dominé par les sept collines : Aventin, Caelius, Capitole, Esquilin, Palatin, Quirinal et Viminal, se situant toutes sur la rive gauche du Tibre qui traverse la ville en direction du Sud et au milieu duquel se trouve l'île Tibérine. La ville antique était entourée par des murailles dont le mur d'Aurélien, une enceinte construite par l'empereur Aurélien en 270 pour protéger les quartiers qui s'étaient développés en dehors du mur servien. Cette partie de Rome couvre environ 4 % de la superficie de la municipalité actuelle qui s'étend bien au-delà de l'espace proprement urbain.
Le vieux centre demeure une des cités historiques les plus grandes du monde, il est divisé en 22 Rioni et comprend environ 300 hôtels, plus de 2 000 palais, 300 églises, 200 fontaines monumentales, plusieurs sites archéologiques, huit parcs, les principaux monuments de la ville, les institutions gouvernementales et des milliers de magasins, bureaux, bars et restaurants.

Le reste de la ville est divisé en quartiers urbains qui contiennent la majorité des immeubles modernes. Le tout est entouré par le Grande Raccordo Anulare (G.R.A), l'autoroute périphérique romaine. Au-delà se développent de nouveaux quartiers regroupant les secteurs tertiaires, et les nouveaux quartiers résidentiels débordant largement le périphérique (Torrenova, Acilia), et eux-mêmes ceinturés par le périphérique de l'autoroute A1 Milan-Naples.

Climat

Rome bénéficie d'un climat méditerranéen caractéristique des côtes méditerranéennes de l'Italie. Les hivers sont doux, même si un coup de froid en provenance des Apennins ne peut être exclu. La neige est cependant plutôt rare. Les étés sont chauds et secs, mais influencés par la proximité de la mer. Un record absolu de chaleur a été mesuré le 3 juillet 1905 atteignant 40,1 °C au centre de Rome. Les précipitations atteignent leur maximum lors des pluies orageuses d'automne.

Relevé météorologique de Rome
Moisjan.fév.mar.avr.maijui.jui.aoû.sep.oct.nov.déc.année
Température minimale moyenne (°C) 2 4 6 8 12 16 18 19 16 13 7 5 11
Température moyenne (°C) 8 8 11 12 17 20 23 23 21 17 12 9 15
Température maximale moyenne (°C) 12 13 15 17 21 25 28 28 26 21 16 13 20
Précipitations (mm) 80 70 60 60 50 30 10 20 60 110 110 90 800
Source : Weatherbase7

 

Hameaux

Vue de Rome depuis le Janicule.

Ostie, Ostia Antica, Acilia Nord, Acilia Sud, Vitinia, Infernetto, Trigoria, Piana del Sole, Casal Palocco, Castel di Leva, Villaggio Prenestino, Castelverde, Corcolle, La Storta-Olgiata, Massimina, Valle Santa.

Communes limitrophes

Albano Laziale, Anguillara Sabazia, Ardea, Campagnano di Roma, Castel Gandolfo, Castel San Pietro Romano, Ciampino, Colonna, Fiumicino, Fonte Nuova, Formello, Frascati, Gallicano nel Lazio, Grottaferrata, Guidonia Montecelio, Marino, Mentana, Monte Porzio Catone, Monte Compatri, Monterotondo, Palestrina, Poli, Pomezia, Riano, Sacrofano, San Gregorio da Sassola, Tivoli, Trevignano Romano, Zagarolo, lanuvio.

Étymologie

La ville de Rome sous Constantin

Le nom de la ville est dû à la légende de jumeaux Romulus et Rémus, où le premier tua le second, obtenant ainsi le droit de donner son nom à la ville qu'il construisait. Une autre hypothèse suggère que le nom de Rome viendrait du mot Rumon, nom étrusque du Tibre, qui serait ainsi devenue « La ville du fleuve »8,9.

Rome possède aussi plusieurs surnoms, dont l'Urbs, Caput Mundi (capitale du monde), La Ville Éternelle, La ville aux sept Collines10 et Limen Apostolorum ("au seuil des apôtres").

Histoire

Panorama de Rome depuis la coupole de la basilique Saint-Pierre.

Origine légendaire

Article détaillé : Romulus et Remus.

Selon la légende, Rome aurait été fondée le 21 avril 753 avant J.-C. par Romulus (sur le mont Palatin), qui aurait tué son frère jumeau Remus lors de la création de la ville. Ces deux frères sont les descendants du dieu Mars et de Rhéa Silvia, fille de Numitor. La généalogie légendaire de Romulus permet de donner une origine divine à Rome : la Ville aurait été créée, car les dieux le voulaient ainsi.

D'après l'archéologie

D'après les sources archéologiques, les premiers occupants du site au VIIIe siècle av. J.-C. étaient des bergers vivant dans des cabanes installées sur le Mont Palatin, une colline qui domine le fleuve du Tibre.
À la même époque, la péninsule italienne est occupée par plusieurs peuples : les Grecs au Sud, les Carthaginois en Sardaigne et en Corse, les Étrusques au Nord. Ce sont ces derniers qui, au VIIe siècle av. J.-C. réunissent les villages dans la plaine du Latium et créent une cité qui est protégée par les sept collines environnantes et par ses remparts.

Démographie

Pyramide de Caius Cestius et Porta San Paolo

Les spécialistes considèrent que Rome était, à l'époque impériale (c'est-à-dire pendant la période comprise entre les débuts de l'époque chrétienne et le VIe siècle), la plus grande ville du monde, comptant entre 1 et 2 millions d'habitants11. Pour l'époque augustéenne, le chiffre pouvant être retenu se situe entre 800 000 et 1 million d'habitants. Ce chiffre atteint 1 200 000 habitants en 260 après J.C., 450000 au Ve siècle et moins de 30000 au VIIIe siècle, ce déclin démographique entraînant une rétraction du tissu urbain vers l'anse du Tibre et le champ de Mars. Il faut attendre le début du XIXe siècle et la révolution industrielle pour que des capitales comme Londres ou Paris dépassent ce chiffre. La ville de Rome elle-même retrouve cette démographie dans les années 193012.

Aujourd'hui, la ville compte environ 2,7 millions d'habitants, et son aire urbaine à peu près 4 millions sur 5 352 km². C'est la troisième agglomération d'Italie après Milan et Naples, mais la commune en elle-même est la plus peuplée du pays.

Selon le report de la Caritas13, les résidents de la commune de nationalité étrangère représentent en 2009 10 % de la population totale. La communauté roumaine est la plus nombreuse avec pas moins de 100 000 résidents.

Religion

Rome chrétienne

La basilique Saint-Pierre

La religion chrétienne s'est rapidement implantée dans la capitale de l'Empire grâce à la présence de la communauté juive. Le christianisme est devenu une religion légale en 313 (Édit de Milan), avant de devenir la religion officielle de l'Empire en 380 (Édit de Thessalonique).
L'importance de la communauté chrétienne dans la cité et la tradition selon laquelle Saint Pierre et Saint Paul y furent martyrisés, fait de Rome la capitale des chrétiens et surtout de Église catholique.

La Rome impériale laisse la place à la Roma christiana (Rome chrétienne) qui se matérialise dans des édifices paléochrétiens qui remplacent les domus ecclesiae et se multiplient d'abord en périphérie de la ville (monastères, églises, basiliques funéraires telles la basilique Saint-Pierre, Saint-Paul-hors-les-Murs et Saint-Jean-de-Latran) puis à partir du VIe siècle dans le cœur ancien14.

L'évêque de Rome, successeur de l'apôtre Pierre, est très tôt considéré comme le pape de toute la chrétienté. De 753 à 1870, Rome est la capitale des États Pontificaux qui s'étendent de la mer Tyrrhénienne à la mer Adriatique. La fondation du Royaume d'Italie sous l'égide de la Maison de Savoie met fin à leur existence. Le pape Pie IX se réfugie au palais du Vatican se considérant prisonnier de fait, c'est le début de la controverse appelée question romaine.

Ce n'est qu'en 1929 qu'un accord est trouvé sur la représentation temporelle du Saint-Siège par les Accords du Latran créant la Cité du Vatican, un état enclavé qui inclut la basilique Saint-Pierre, ainsi que d'autres bâtiments romains bénéficiant de ce fait du statut d'extraterritorialité. Cette cité constitue l'état souverain le plus petit du monde.

Rome compte plusieurs centaines d'églises et de lieux de culte dont les principales d'entre elles font l'objet du pèlerinage de Rome qui est, avec ceux de la Terre Sainte (Jérusalem en particulier) et de Compostelle, l'un des trois principaux pèlerinages chrétiens. On arrive dans la « ville sainte » par la via Francigena ; le pèlerinage inclut généralement les quatre « basiliques majeures » que sont: Saint-Pierre (qui contient le tombeau de Saint-Pierre), Saint-Paul-hors-les-murs (où se trouve le tombeau de Saint Paul), Saint-Jean-de-Latran (cathédrale de Rome et du monde) et Sainte-Marie-Majeure (contenant une relique de la Crèche). Ces quatre basiliques majeures étant souvent associées à trois « basiliques mineures », constituant ainsi le "Tour des sept églises" : la Basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem (qui garde les reliques de la Passion), la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs et la Basilique Saint-Sébastien-hors-les-Murs, sur la voie Appienne, au-dessus des catacombes.

Rome est aussi le siège de l'ordre de Malte, organisation catholique souveraine à vocation humanitaire, souveraineté cependant toute relative, car sans territoire.

Autres religions

La ville étant très cosmopolite, d'autres cultes y sont représentés, dont le judaïsme, qui fut confiné au Ghetto de Rome sous les papes.

Ces dernières années la communauté islamique a grandi en importance, en majeure partie du fait de l'immigration depuis l'Afrique du Nord et les pays du Moyen-Orient. C'est ainsi que la mosquée de Rome, inaugurée le 21 juin 1995, œuvre de l'architecte Paolo Portoghesi, est la plus grande d'Europe.

La construction du Temple mormon de Rome (couramment nommé Temple de Rome) a été annoncée le 4 octobre 2008 par Thomas S. Monson, président de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours au cours d'une Conférence générale de l'Église. Le temple desservira les membres de l'Église de Grèce, Chypre, Albanie, Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine et de Macédoine, ainsi que les 22 000 membres de l'Église en Italie.

Administration

Les 19 Municipi de Rome depuis 1992

Si Milan est la capitale économique italienne, Rome en est la capitale administrative et, à ce titre, le siège des principales institutions du pays : la présidence de la République (au Palais du Quirinal), le parlement italien et l'ensemble des ministères.

Subdivisions administratives

Le territoire de la commune est divisé en 19 Municipi (en 1992, le "Municipio XIV" a été supprimé et est devenu la commune de Fiumicino).

Maires de Rome

Article détaillé : Liste des maires de Rome.

Patrimoine

En raison de son histoire très ancienne, Rome est une ville très riche en monuments, musées et points de vue : elle attire depuis le Moyen Âge des milliers de voyageurs et de pèlerins. Et dès le XVIIe siècle, lors de l'inauguration du Grand Tour par les anglais, elle est une des destinations préférées de jeunes nobles européens venus parfaire leur éducation au contact des beautés antiques. Dans la deuxième moitié du siècle des Lumières15, cet afflux d'étrangers culmine, et s'enrichit de nombreux hommes de sciences désireux d'enquêter – dans un esprit encyclopédique – sur les savoirs rassemblés au fil des siècles dans les bibliothèques et les archives de la ville.

« À ce lieu se rattache toute l’histoire du monde, et je compte un second jour de naissance, une véritable renaissance, du jour où je suis arrivé à Rome. »

— Voyage en Italie, Johann Wolfgang von Goethe, le 3 décembre 1786.

Aujourd'hui, elle fait partie des dix premières villes les plus visitées au monde16. Le centre-ville est classé depuis 1980 au patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO.

L'Antiquité

Rome était la capitale de l'Empire romain. Elle a conservé de nombreux monuments antiques, dont le Colisée est l'un des plus célèbres. Dans cet amphithéâtre qui pouvait accueillir jusqu'à 60 000 personnes avaient lieu, entre autres, des combats de gladiateurs et d’animaux. Édifié entre 70 et 80, c'est l'œuvre des empereurs Vespasien et Titus. Autre exemple de monumentalité, le Circus Maximus, qui connut son apogée au IIIe siècle : il mesurait alors 600 mètres de long pour 200 mètres dans sa plus grande largeur, et près de 250 000 spectateurs pouvaient assister à ses courses de chevaux.

Le quartier du Forum romain et du Colisée, cœur de la ville antique, est dominé, entre autres, par l'arc de Constantin, érigé en 315 pour commémorer la victoire de l’Empereur Constantin sur Maxence, l'arc de Titus, l'arc de Septime Sévère. Les Forums impériaux, le Capitole et les musées capitolins, le Panthéon, les thermes de Dioclétien et de Caracalla et les onze Aqueducs de Rome, les catacombes sont autant d'autres monuments célèbres. Le Forum romain était, au temps de l'Antiquité, une grande place où les Romains se rassemblaient pour discuter d'affaires. C'était là que siégeait la Curie (Sénat). Cette place était le centre religieux et économique de l'Empire romain. En effet, il y avait de nombreux temples, dont le temple de Jupiter, le temple de Juno Moneta, où le trésor de Rome était conservé, le temple de Vesta, contenant le feu sacré, bref, l'ensemble des symboles de la culture romaine. Au Moyen Âge, les vestiges se sont enfouis sous la terre. Aujourd'hui, le Forum est composé de ruines.

La Renaissance et la Rome baroque

Place d'Espagne

Rome a été un centre majeur de la Renaissance, qui a profondément marqué la ville. Parmi les nombreux monuments construits à cette époque, on peut citer la Place du Capitole de Michel-Ange, au sommet du Capitole, qui comprend le Palazzo Senatorio, siège du gouvernement de la cité. L'époque est également marquée par la construction de grandes demeures par les familles aristocratiques près du Quirinal, et de palais comme le Palazzo Venezia, le Palais Farnèse, le Palazzo Barberini, le Palazzo Chigi (siège actuel du gouvernement italien), le Palazzo Spada et la Villa Farnesina. Rome doit au XVIIe siècle ses grandes places, souvent ornées d'obélisques, dont la plus représentative et la plus célèbre est la Piazza Navona. L'art baroque est aussi représenté par la Fontaine de Trevi de Niccolò Salvi. Cette effervescence artistique répond aux souhaits des papes qui font appel aux artistes les plus talentueux d'Italie pour décorer la ville, avec un point d'orgue lors de la Haute Renaissance.

Rome contemporaine

Le monument à Victor-Emmanuel II, aussi connu sous les noms de « Autel de la Patrie » et surnommé dans les années 1970 la « Machine à écrire » par certains Romains, est le bâtiment néoclassique le plus connu de la ville. Le Palais de Justice, conçu par Guglielmo Calderini, situé sur la place Cavour, est un exemple d'éclectisme. Il est surnommé péjorativement Palazzaccio (« vilain palais ») par les Romains.

L'architecture fasciste apparaît surtout dans le quartier de l'EUR, bâti dans la deuxième moitié des années 1930. L'Esposizione Universale di Roma (Exposition universelle de Rome), qui devait s'y tenir en 1942 a donné son nom au quartier, mais elle fut annulée en raison de la Seconde Guerre mondiale. Il reste à ce jour un des principaux témoignages de l'architecture fasciste inspirée par le néoclassicisme.

Le centre-ville notamment a fait l'objet de rénovations profondes à l'occasion du Jubilé de l'an 2000 et on a vu les palais ocres retrouver leurs couleurs pastel d'origine lors de ces campagnes de rénovation. Pour l'occasion, les grandes artères ont été rendues piétonnes à l'exemple du célèbre Corso qui traverse la ville du nord au sud et relie la Piazza del Popolo à la Via Nazionale.

Autres monuments

Rome compte plusieurs ponts et de nombreuses fontaines célèbres, comme celles monumentales de Trévi, de Barcaccia et des Quatre-Fleuves mais aussi la charmante fontaine des Tortues dans le quartier du Ghetto.

Culture

Musées

Musées du Capitole

Rome compte de nombreux musées, dont le Musée national romain, le Musée de la civilisation romaine, le Musée national étrusque de la villa Giulia, les Musées du Capitole, la Galerie Borghèse, le musée du Château Saint-Ange, la Galerie nationale d'art moderne, le MAXXI - Musée national des arts du XXIe siècle, le Musée d'art contemporain (MACRo) et les célèbres Musées du Vatican, visités par des millions de visiteurs chaque année.

Universités

Rome est un centre national pour les études supérieures. Sa première université, La Sapienza, fondée en 1303, était la plus grande d'Europe et la seconde du monde au niveau du nombre d'étudiants. Parmi les autres universités publiques, on peut citer Tor Vergata (1982) et Rome III (1992). Rome comprend plusieurs universités et instituts pontificaux placés sous l'autorité du Saint-Siège, il s'agit de l'Université pontificale grégorienne, fondée en 1551, de l'Université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin, entre autres. Parmi les universités privées se trouvent "LUMSA", l'Université catholique du Sacré-Cœur, "LUISS", l’Istituto Europeo di Design, la John Cabot University, l'"Istituto Universitario di Scienze Motorie", la American University of Rome, le "Campus de Malte", la "S. Pio V University of Rome" et la "Università Campus Bio-Medico". On trouve également à Rome le "Loyola University Chicago Rome Center" de la Loyola University Chicago.

Musique

Rome accueille la Accademia Nazionale di Santa Cecilia (fondée en 1585), qui se produit, entre autres, dans le récent Auditorium Parco della Musica, l'un des complexes musicaux les plus importants du monde. Rome possède aussi son opéra, le Teatro dell'Opera di Roma.

La ville a été l'hôte du Concours Eurovision de la chanson 1991 et des MTV Europe Music Awards 2004.

Cinéma

Décors de "Gangs of New York" à Cinecittà

Rome possède son grand complexe de studios cinématographiques, Cinecittà, la capitale du cinéma italien, où sont tournés des films à gros budget. Récemment, Martin Scorsese les a choisis pour filmer Gangs of New York. La série Rome de HBO/BBC y a été tournée ainsi que le livre 6 de Kaamelott.

Média

Les principaux journaux de la ville sont La Repubblica (deuxième journal du pays), L'Osservatore Romano, l'édition locale de Metro International, Il Messaggero, Il Manifesto et L'Unità.

Les chaînes de radio principales sont Radio Capital, Radio CNR, Radio DeeJay (centre), Radio Dimensione Suono, Radio Dimensione Suono Roma, Radio Globo, Radio Italia, Radio Rock, Radio Radicale, Radio Radio, Radio Vatican et Radio 24 (centre).

Sport

Rome a été la ville hôte des Jeux olympiques d'été de 1960. Elle est officiellement candidate pour recevoir les Jeux olympiques d'été de 2020. En 1998, la ville a accueilli les troisièmes Jeux équestres mondiaux. En football, la rivalité entre l'AS Roma et la SS Lazio est l'une des plus fortes au monde.

ClubSportFondé enLigueStadeEntraîneur
SS Lazio Football 1900 Serie A Stadio Olimpico Vladimir Petković
AS Roma Football 1927 Serie A Stadio Olimpico Aurelio Andreazzoli
Pallacanestro Virtus Roma Basket-ball 1960 Serie A PalaLottomatica Sašo Filipovski
Polisportiva SS Lazio Rugby 1927 Rugby à XV 1927 Eccellenza Centre sportif Giulio-Onesti Roberto Esposito
Gruppo Sportivo Fiamme Oro Rugby Rugby à XV 1955 Eccellenza Stadio S. Gelsamini Sven Valsecchi
M. Roma Volley Volleyball 2006 A 1 Palazzetto dello Sport Roberto Serniotti

Économie

Aujourd'hui, Rome possède une économie dynamique et diversifiée dans les technologies et les communications. Le secteur des services est prospère. Il produit 6,7 % du PIB national (plus que toute autre ville en Italie). L'activité de Rome croît de 4,4 % annuellement et continue à se développer à un taux plus élevé que dans le reste du pays. La croissance économique de Rome a commencé à surpasser celle de ses rivales, notamment Milan. Mais une concurrence traditionnelle persiste avec la cité lombarde. Le tourisme est une des industries clés de Rome, avec ses nombreux musées. Rome est également le centre de l'industrie italienne du film, grâce aux studios de Cinecittà. De nombreux sièges sociaux d'entreprises, ministères, centres de conférence, stades et musées sont situés dans les quartiers d'affaires de Rome : Esposizione Universale di Roma (EUR) ; Torrino (au sud de l'EUR) ; Magliana ; De Medici-Laurentina de Parco ; « Tiburtina Valley », zone industrielle longeant l'antique voie Tiburtine.

D'après une étude du groupe immobilier Knight Frank et de Citi Private Bank publiée en 2009, Rome est la huitième ville la plus chère du monde en ce qui concerne les prix de l'immobilier de luxe (13 500 euros par mètre carré)17.

Éducation

Santé

La ville de Rome accueille le plus important centre hospital-universitaire public d'Italie, l'hôpital Umberto I rattaché à l'université La Sapienza. D'autres établissements notoires sont présents dans la capitale comme l'hôpital Gemelli et l'hôpital San Giovanni–Addolorata.

Transport

Aérien

Rome est desservie par trois aéroports, dont les deux principaux, l'aéroport Léonard-de-Vinci de Rome Fiumicino et l'aéroport de Ciampino, sont administrés par Aeroporti di Roma. L'aéroport Léonard-de-Vinci, situé au sud-ouest de Rome à Fiumicino, est le principal du pays. L'aéroport de Ciampino, au sud-est de Rome, est utilisé à la fois par le transport commercial et militaire. Quant à l'aéroport d'Urbe, c'est un petit aéroport dédié aux vols privés. À l'est de Rome se trouve l’aéroport de Centocelle qui est utilisé par l'Aeronautica militare18 et n'est pas ouvert au public, néanmoins il est actuellement en reconversion en tant que parc public.

Ferroviaire

La gare centrale Termini ou Rome-Termini, située près de l'Esquilin, est une des plus grandes gares d'Europe. Ouverte en 1863, entièrement reconstruite entre 1939 et 1951, est gérée par Grandi Stazioni et desservie par Trenitalia.
Roma Tiburtina, la seconde gare de la ville, est en cours de travaux pour accueillir les trains à grande vitesse.
Les autres gares importantes sont Roma Ostiense, Roma Trastevere, Roma Tuscolana, Roma San Pietro, Roma Nomentana et Roma Casilina.

Urbain

Le tramway de la ligne 14

Rome est desservie par des lignes de bus, 6 lignes de tramway et 2 deux lignes de métro depuis 1955 ainsi qu'un système de trains souterrains urbains qui lient le centre ville à la banlieue.

Les nombreux embouteillages causés par la circulation automobile durant les années 1970 et 1980 ont mené à la création d'une Zona a Traffico Limitato - zone à trafic limité (ZTL) dans le centre-ville. Malgré la difficulté d'accomplir des œuvres souterraines à cause des nombreuses ruines présentes partout dans le sous-sol romain, une troisième ligne de métro est en construction et deux autres sont approuvées et en cours de réalisation. Plusieurs parkings souterrains sont en cours de construction dans le but de remédier au manque de places pour les voitures. Le trafic routier reste néanmoins un problème important pour la ville.

Jumelage et partenariats

Rome n'est jumelée qu'avec une seule ville :

  • Drapeau de la France Paris (France) depuis 1956 « Solo Parigi è degna di Roma; solo Roma è degna di Parigi » qui veut dire « Seule Paris est digne de Rome ; seule Rome est digne de Paris ».

Rome a également signé des pactes d'amitié et de coopération avec d'autres villes du monde :

Personnages célèbres

Naissance

Hormis les innombrables personnalités de la République, puis de l'Empire romain, à Rome sont nés aussi :

Décès

Anecdotes

  • Durant sa longue histoire, et étant donnée son importance, Rome a toujours eu une population caractérisée par d'importants flux migratoires ; ainsi, par tradition, un « vrai » Romain est une personne dont la famille a vécu à Rome depuis au moins sept générations.

Aujourd'hui on considère qu'un individu né à Rome de parents nés à Rome est un « Romain de Rome », selon l'expression consacrée.

  • SPQR (Senatus Populusque Romanus)- le Sénat et le Peuple Romain - a été traduit en italien par Sono Pazzi Questi Romani (« Ils sont fous ces Romains ») par des compatriotes jaloux, repris dans les aventures d'Astérix et Obélix.
  • 44 autres villes dans le monde portent le nom de Rome et il y aurait au moins une ville par continent portant ce même nom.
  • Rome est connue pour son réseau hydraulique public, et cela, depuis l'époque antique. Aujourd'hui, un système de plus de 2 500 fontaines publiques, les Nasoni, assurent de l'eau fraîche gratuite à tous les Romains et touristes.

Bibliographie

Ouvrages francophones

  • (fr) Filippo Coarelli, Guide archéologique de Rome, Paris, Hachette, réed. 2001, 349 pages.

Documentation en italien

Annexes

Notes et références

  1. (it) Popolazione Residente al 1 Gennaio 2012 [archive] sur le site Demografia in Cifre de l'ISTAT.
  2. Insee, « Agglomérations urbaines de l'Union européenne de plus de 1 million d'habitants » [archive], 2007. Consulté le 25 aout 2009
  3. Près de 12 fois la superficie de Paris
  4. Aires urbaines les plus peuplées d'Italie
  5. Caroline Bremner, « Top 150 City Destinations London Leads the Way » [archive], Euromonitor International. Consulté le 2008-11-09
  6. Historic Centre of Rome, the Properties of the Holy See in that City Enjoying Extraterritorial Rights and San Paolo Fuori le Mura [archive], UNESCO World Heritage Center. Consulté le 2008-06-08
  7. (en) Weatherbase: Historical Weather for Rome [archive]. Consulté le 25 aout 2009
  8. Servius, Aen. 8.63 et 90
  9. « Hubert PETERSMANN sur l'étymologie de Tiberis et Roma » (ArchiveWikiwixQue faire ?). Consulté le 2013-04-12
  10. Son centre historique est situé sur sept collines : Le Quirinal, le Palatin, Le Capitole, l'Aventin, l'Esquilin, le Cælius et le Viminal
  11. Claude Nicolet, Robert Ilbert et Jean-Charles Depaule, « Mégapoles méditerranéennes: géographie urbaine rétrospective », Actes du colloque organisé par l'École française de Rome et la Maison méditerranéenne des sciences de l'homme, Rome, 8-11 mai 1996, Maisonneuve & Larose, 2000, 1071 pages. ISBN 2-7068-1377-6 et ISBN 978-2-7068-1377-1
  12. La Rome médiévale : l'ombre de l'antique et l'affirmation du pouvoir pontifical [archive], Encyclopædia Universalis
  13. http://www.caritasroma.it/Prima%20pagina/Osservatorio2009.asp [archive]
  14. Charles Pietri, Christiana respublica : éléments d'une enquête sur le christianisme antique, École française de Rome, 1997, 1684 p. [lire en ligne [archive]]
  15. Gilles Montègre, Rome, ville des Lumières, L'Histoire n°375, mai 2012, p. 74
  16. Les villes les plus visitées [archive]
  17. (en) Knight Frank, Citi Private Bank The Wealth Report 2009 [archive], p. 27, document .pdf en ligne sur la page International Residential [archive] consultée le 5 septembre 2009.
  18. Comando Operativo di vertice Interforze (COI) [archive] sur le site du ministère de la Défense - consulté le 19 juin 2007

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41° 53′ N 12° 29′ E (carte)

Histoire de la Rome antique

 

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Carte de la ville de Rome au IVe siècle
(Nouveau Larousse Illustré, XIXe siècle, 1866-1877).

 

Évolution de la Rome antique et de l'Empire byzantin.

 

Politique sous la Rome antique
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La Rome antique est à la fois la ville de Rome et l'État qu'elle fonde dans l'Antiquité. L'idée de Rome antique est inséparable de celle de la culture latine. Ce regroupement de villages au VIIe siècle av. J.-C. parvint à dominer l'ensemble du monde méditerranéen et de l'Europe de l'Ouest du Ier au Ve siècle par la conquête militaire et par l'assimilation des élites locales, sa domination a laissé d'importantes traces archéologiques et de nombreux témoignages littéraires, et elle a façonné pour toujours l'image de la civilisation occidentale. Durant ces siècles, la civilisation romaine passe d'une monarchie à une république oligarchique puis à un empire autocratique.

Le tableau d'une ville progressant de manière continue ne correspond pas intégralement à la complexité des faits. Son histoire n'a pas été celle d'une croissance continue : aux progrès, de rythmes d'ailleurs très variés, ont succédé des stagnations ou parfois même des replis. Mais les Romains sont parvenus à résoudre les difficultés internes nées de la conquête sous la République en transformant leurs institutions républicaines. La fondation de l'Empire par Auguste marque le début d'une période où la conquête romaine atteint les limites du monde connu à l'époque et où la civilisation romaine, en partie influencée par les Grecs, influence durablement les régions conquises. À partir du IIIe siècle, le monde romain subit les grandes invasions des Barbares venus de l'Europe du Nord et de l'Asie, et pour leur résister s'est donné une structure bureaucratique et militaire, ce qui n'a pas empêché le brillant renouveau du IVe siècle ainsi que l'établissement du christianisme comme religion d'État. Après la séparation entre l'Orient et l'Occident en 395, de nouvelles invasions mettent fin à l'Empire en Occident en 476.

En proie à l'instabilité interne et aux attaques de la migration des peuples, la partie occidentale de l'Empire, comprenant l'Hispanie, la Gaule, la Bretagne, l'Afrique du Nord et l'Italie, se scinde en royaumes indépendants à la fin du Ve siècle. La partie orientale de l'Empire, gouvernée à partir de Constantinople, incluant la Grèce, l'Anatolie, la Syrie et l'Égypte, survit à cette crise, et malgré la perte de la Syrie et de l'Égypte au profit de l'empire arabo-islamique naissant, renaît et vit tout un autre millénaire, jusqu'à ce qu'elle soit finalement détruite par l'empire ottoman. Cet empire médiéval et chrétien, appelé « Empire romain » par ses habitants, mais que les historiens dénomment généralement « Empire byzantin », est à bien des égards héritier de l'Empire romain

La civilisation romaine est souvent regroupée dans l'Antiquité classique avec la Grèce antique, une civilisation qui a inspiré une grande partie de la culture de la Rome antique. Outre le modèle de pouvoir qu'elle a créé et légué, et dont on ne compte plus les princes qui ont voulu l'imiter ou s'en sont inspirés, la Rome antique a contribué grandement à l'élaboration du droit, des constitutions et des lois, de la guerre, de l'art et la littérature, de l'architecture et la technologie et des langues dans le monde occidental, et son histoire continue d'avoir une influence majeure sur le monde d'aujourd'hui.

Pour d'autres articles fondamentaux, consulter la « liste d'articles généraux sur la Rome antique ».

Sommaire

 

La Rome royale

 

Article détaillé : Monarchie romaine.

 

Premiers Romains

 

Les premiers Romains sont organisés en groupes héréditaires appelées gentes ou « clans ». Pendant longtemps, ce genre de divisions est familier de la majorité des Indo-Européens. Chaque clan se compose d’un agrégat de familles vivant sous la tutelle d’un patriarche, appelé pater (mot latin pour « père »). Chaque gens constitue une unité qui s’autogouverne et chaque membre d’une gens particulière partage les mêmes droits et les mêmes responsabilités que les autres membres. Chacun des clans se gouverne lui-même de façon démocratique (chaque membre peut voter) ou aristocratique (un groupe d’anciens gère les problèmes). Bien avant la date traditionnelle de la fondation de Rome, une communauté s’est fusionnée en confédération, la ville d’Albe-la-Longue (Alba Longa) constituant son point de rassemblement. Néanmoins, après un certain temps, le siège de cette confédération se déplace à Rome1.

Fondation de l'Urbs (la Ville) (753 av. J.-C.

Article détaillé : Fondation de Rome

La ville de Rome est située au centre de la péninsule italienne, au sud de l'Europe et dans une position centrale du bassin méditerranéen. Le site même de la ville, avec ses sept collines et un espace marécageux au bord du Tibre, dans la plaine du Latium, est propice aux échanges commerciaux. Les premiers Romains se sont probablement installés sur la rive gauche du Tibre, à environ 20 km de l’embouchure du fleuve. Le premier village indépendant se trouve sûrement sur le Palatin. D’autres se sont formés sur le Quirinal, l’Esquilin, le Capitole et sur les collines du Caelius. Au sommet de chaque colline se tient une citadelle protégeant les habitants. Très tôt, ces villages ont procédé à un synœcisme (réunion de maisons) pour former la ville de Rome. Autour de cette période, il existe probablement des extensions vers le sud ainsi que le long de la rive gauche jusqu’à l’embouchure du Tibre2

Légendes

Énée portant Anchise, œnochoé à figures noires, vers 520-510 av. J.-C., musée du Louvre (F 118).

 

Les peuples dans la péninsule italienne au début de l'âge du fer :

 

La naissance de Rome est évoquée dans des récits légendaires racontés par Virgile, Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, entre autres. Dans l’Énéide, long poème à la gloire de l'empereur Auguste, Virgile raconte les aventures du troyen Énée, fils de Vénus. Celui-ci parvient à s'enfuir de Troie quand celle-ci est saccagée par les Achéens avec son fils Ascagne (ou Iule), un groupe de Troyens et en portant son père Anchise sur ses épaules. Après de nombreuses aventures et des amours contrariées avec Didon, la reine de Carthage, il débarque dans le Latium où il fonde la ville de Lavinium. Son fils Ascagne fonde Albe-la-Longue. Cette légende permet de donner à Jules César et son héritier Auguste une origine divine puisqu'ils se présentent comme les descendants d'Ascagne3,4

La louve capitoline (selon la légende, Rome est fondée par Romulus et Rémus, qui, dans leur enfance, auraient été nourris par une louve).

Après Ascagne, douze rois se succèdent à Albe. Le treizième, Numitor, est détrôné par son frère Amulius. Pour écarter tout futur rival, celui-ci fait de sa nièce, Rhéa Silvia, une vestale, c'est-à-dire une prêtresse de Vesta ayant l'obligation de rester vierge. Mais le dieu Mars tombe amoureux d'elle et de leur union naissent des jumeaux, Romulus et Rémus. La jeune vestale est emmurée vivante et ses fils sont exposés sur le Tibre (selon Denys d'Halicarnasse de nombreuses versions existent, tout aussi bien sur le viol que sur la peine infligée). Ils sont d'abord recueillis par une louve qui les allaite puis par un couple de bergers qui les élève6,7

Devenus adultes, ils restaurent le trône de leur grand-père Numitor et décident de fonder une nouvelle ville. Ils s'en remettent aux auspices pour savoir lequel d'entre eux régnera sur la ville, mais une dispute éclate entre les deux frères. Au cours de la querelle, Romulus tue Rémus. Cette légende prend sa forme définitive à la fin du IVe siècle av. J.-C. Selon la tradition, la fondation de Rome remonte à 753 av. J.-C. Les Romains comptent les années à partir de la date supposée de la naissance de leur cité (Ab Urbe condita)8,9.

Archéologie

Les recherches archéologiques ont permis de trouver sur le mont Palatin, des cabanes de bergers datant du milieu de VIIIe siècle av. J.-C., ce qui correspond à la date légendaire de la naissance de Rome. Les vestiges trouvés montrent qu'à partir de ce moment, la cité connaît un développement continu10.

 

Débuts de la Monarchie (VIIIe et VIIe siècles av. J.-C.)

La Monarchie peut être divisée en deux périodes. La première voit le règne des quatre premiers rois légendaires (Romulus/Titus Tatius, Numa Pompilius, Tullus Hostilius et Ancus Marcius), à qui les annalistes attribuent la fondation des institutions politiques et religieuses de la ville. Celle-ci est organisée en curies, le Sénat et les comices curiates deviennent officiels. Rome s’engage dans plusieurs guerres de conquête. C’est à cette époque que serait fondé le port d’Ostie et qu’est construit le premier pont sur le Tibre11.

Familles patriciennes et leur division en curies

Articles détaillés : Patricien et Curie (Rome antique).

 

Dominique Ingres, Romulus, vainqueur d'Acron, porte les dépouilles opimes au temple de Jupiter Férétrien, 1812, École des Beaux Arts, Paris.

 

Selon ce que rapporte la tradition, les anciens Romains sont divisés en trois groupes ou Tribus romuléennes, les Tities, les Ramnes et les Luceres. L'origine et la composition des ces tribus restent un sujet de débat pour les historiens12. Les familles appartenant à l’un de ces trois groupes constituent les premières familles patriciennes. Afin d’organiser la ville, ces familles patriciennes l’ont divisée en unités appelées curies, bien que, selon la légende, cette organisation soit imputée au premier roi, Romulus. Chacun des trois tribus est divisé en dix curies13.

Création du Sénat, des comices et Roi de Rome

Articles détaillés : Curie (Rome antique) et Comices curiates.

Quelques-uns des clans se gèrent de façon démocratique avec chaque membre possédant le droit de vote. D’autres se gouvernent de façon aristocratique, organisés autour d’un conseil d’anciens. Quand ces clans ont fusionné pour donner naissance à une plus large communauté, les deux méthodes ont été conservées pour gouverner.

Les premiers Romains s’expriment démocratiquement au travers d’une comitia (« assemblée » ou « comice »). Les deux principales assemblées formées sont connues sous les noms de comices curiates et de comices calates. Les comices sont l’incarnation des tendances démocratiques des premiers clans. Pour mieux respecter la forme de démocratie directe utilisée par les clans confédérés, les deux comices sont organisées de façon à refléter au mieux les divisions tribalees de la ville. Les comices sont donc organisées par curies. Les membres de chacun des trois tribus (Ramnes, Tities et Luceres) sont assignés à une curie précise, chaque groupe étant divisé en dix curies.

L’équivalent aristocratique des assemblées prend la forme d’un conseil municipal des anciens. Alors que les conseils de chaque clan se composent des anciens des familles dirigeantes du clan, le conseil municipal se compose des anciens appartenant aux clans dirigeants de la ville, conseil qui deviendra le Sénat. Celui-ci (selon la légende) se compose de 300 anciens (des patres) venant de chacun des trois tribus et constituant les premiers sénateurs romains14.

Le peuple et les anciens reconnaissent la nécessité d’avoir un dirigeant politique unique, appelé le rex. Le peuple élit le roi tandis que les anciens le conseillent14.

 

Monarchie tardive (VIe siècle av. J.-C.)

La deuxième période, plus riche en évènements que la première, voit le règne des trois derniers rois légendaires, l’importante expansion du territoire romain et le développement de la classe plébéienne avec son intégration partielle à la structure politique de la ville. Enfin, cette seconde période voit les seuls rois étrangers ayant régné sur Rome avec leurs successions basées sur l’hérédité. Les trois rois étrusques semi-légendaires entament une politique de conquête. Sans se pencher en détail sur le degré de véracité de ces légendes, il est très probable que de telles conquêtes aient bien eu lieu à la fin de la Monarchie. Il devient alors nécessaire de déterminer ce qui doit être fait des peuples conquis14.

Le premier roi étrusque de Rome, Tarquin l'Ancien, succède à Ancus Marcius. Il a été suggéré que Rome a été envahie par les Étrusques, bien que cela reste improbable. La ville est située sur une position facilement défendable et son expansion rapide attire les populations de toute la région. La politique libérale de la ville constitue une opportunité pour un dirigeant compétent de gagner le trône15.

Apparition de la classe plébéienne

Article détaillé : Plèbe

Le plus souvent, les habitants dont les villes ont été conquises y demeurent. Leur vie quotidienne et leur système de gouvernement restent les mêmes, mais leurs villes perdent leur indépendance vis-à-vis de Rome. Néanmoins, un certain nombre vient à Rome. Pour acquérir un statut économique viable et légal, les nouveaux arrivants doivent accepter une dépendance envers une famille patricienne ou envers le roi (qui est lui-même un patricien) ; ils deviennent alors clients d’une famille patricienne. En fin de compte, ceux qui s’étaient attachés au roi sont libérés de leur dépendance. Ces derniers constituent alors les premiers plébéiens16.

Comme Rome s’agrandit, de plus en plus de soldats sont nécessaires aux conquêtes. Les non-patriciens appartiennent à la même curie que leurs patrons. En ce temps, l’armée est organisée sur la base des curies, de sorte que les individus dépendants de familles doivent se battre. Néanmoins, quand ils sont délivrés de leur dépendance, ils quittent la curie à laquelle appartient leur patron. Ils ne sont alors plus obligés de se battre, mais ils perdent tout statut politique ou économique17.

Pour faire revenir ces plébéiens dans l’armée, les patriciens ont dû faire des concessions, dont on ne connaît pas exactement la nature. Une des conséquences est que les plébéiens ont désormais le droit de posséder leurs propres terres. Devenus propriétaires terriens, ils ont maintenant tout intérêt à défendre la ville, car si elle venait à être conquise, ils perdraient toutes leurs terres. Néanmoins, il ne leur est donné aucun pouvoir politique18. Tous ces éléments qui se mettent en place conduiront à la Guerre des ordres sous la République.

 

Réorganisation servienne de l’armée

Pour faire revenir les plébéiens dans l’armée, le roi Servius Tullius abolit l’ancien système qui organise les armées sur la base des curies et le remplace par un système basé sur la propriété terrienne. Suivant la réorganisation de Servius Tullius, deux nouvelles unités sont créées. L’armée est divisée en centuries (centuriae). De futures réorganisations seront plus efficaces en se basant sur les tribus19. Les centuries se rassemblent dans une nouvelle assemblée appelée comitia centuriata (comices centuriates). À sa création, cette assemblée ne dispose d’aucun pouvoir politique ou législatif. Elle est simplement utilisée comme point de réunion de l’armée20.

 

Des rois mythologiques

Le philologue et comparatiste Georges Dumézil voit dans la succession des premiers rois un exemple des fonctions tripartites indo-européennes21,22 : Romulus le fondateur et le pieux Numa Pompilius exercent la fonction souveraine, à la fois organisatrice et sacerdotale, Tullus Hostilius la fonction guerrière, Ancus Marcius la fonction productrice. À chaque souverain légendaire, on attribue donc une contribution particulière dans la naissance et la création des institutions romaines et dans le développement socio-politique de la cité. Des rois étrusques, Tarquin l'Ancien urbanise Rome, Servius Tullius organise la population citadine et militaire et Tarquin le Superbe, par son comportement, précipite l'instauration de la République23.

 

La République romaine

Le mot « république » vient du latin res publica, ce qui signifie « la chose publique ». Gouverner la cité est donc une affaire publique et collective. La devise de la République est Senatus Populusque Romanus, « le Sénat et le peuple romain ». Elle symbolise l'union du Sénat romain, où siègent à l'origine les familles patriciennes, et de l'ensemble des citoyens romains. En effet, les Romains sont divisés en deux groupes, les patriciens et les plébéiens. Ces derniers forment la masse des artisans et paysans. Ils vivent en dehors de l'organisation patricienne et n'honorent aucun ancêtre particulier. Les patriciens sont souvent propriétaires de vastes domaines cultivés. Ils appartiennent à de célèbres familles, les gentes. Chaque gens a ses propres cultes dont celui des ancêtres et ses traditions. Elle comprend un nombre plus ou moins grand de clients qui doivent obéissance à leur « patron » et reçoivent en échange aide et assistance en cas de besoin.

 

Avènement de la République (Ve et début IVe siècles av. J.-C.)

Paragraphe détaillé : Avènement de la République romaine.

 

Fin des rois étrusques et instauration de la République

Vue romantique de Rome, avec le Tibre, le mur servien et le pont Sublicius, dominée par le Capitole et le temple dédié à la triade de Jupiter, Junon et Minerve.

 

L'histoire des débuts de la République est très obscure : en dehors des découvertes archéologiques, qui ne permettent qu'exceptionnellement une narration des évènements, on ne possède pas de sources contemporaines de cette période. On ne peut donc en écrire l'histoire qu'à partir des récits historiques qu'en donnent les Romains eux-mêmes, récits souvent imprécis, parfois contradictoires, où la légende et la réécriture à des fins politiques se mêlent au souvenir des évènements les plus anciens. Néanmoins, bien qu'il soit évident que la tradition enjolive les faits pour ne pas donner à Rome le mauvais rôle, il est aujourd'hui admis que la tradition romaine se base sur des faits historiques, même s'il est très difficile et souvent impossible de démêler le vrai du faux24.

 

Selon les traditions, Junius Brutus, le neveu du dernier roi Tarquin le Superbe, est le fondateur légendaire de la République romaine, en 509 av. J.-C. Tarquin est renversé, car il use de ses pouvoirs pour instituer une tyrannie. Ses abus sont si extrêmes que le Sénat et le peuple de Rome voient même le concept de la monarchie comme odieux. Le Sénat perd le contrôle de l'élection des nouveaux sous la dynastie étrusque des Tarquins, et c’est cette atteinte à la souveraineté du Sénat, plutôt qu’une tyrannie intolérable, qui pousse les patriciens, plutôt que le peuple entier, à chasser le dernier roi. Tarquin le Superbe soulève des villes étrusques contre la république naissante qui les vainc. Porsenna, roi étrusque de Clusium, assiège alors Rome pour rétablir Tarquin, mais renonce devant l’obstination des Romains. Les auteurs modernes remettent en cause tous les divers évènements obscurs narrés par les historiographes romains, notamment l'épisode de Porsenna25. Cependant, nombre de villes latines se défont du joug étrusque à la fin du VIe siècle av. J.-C. Le tyran se réfugie ensuite à Tusculum où il pousse son gendre Octavius Mamilius à la guerre. Allié des Latins, il mène l'ultime combat contre Rome au lac Régille où il est vaincu, puis meurt quelques années plus tard à Cumes où il fait de son hôte, le tyran Aristodème, son héritier26,27.

Quelques légendes suggèrent que la Monarchie diffère radicalement de la République naissante. Il est plus probable qu'il y ait eu une transition plus graduelle. Il se peut qu'il y ait eu un renversement rapide de la Monarchie, mais le seul changement immédiat à ce moment-là est le remplacement du roi par une magistrature à deux têtes limitée en temps. Les autres changements se sont probablement produits plus progressivement que la tradition ne le suggère.

 

Guerres extérieures

Le territoire romain lors de la chute de la monarchie à la fin du VIe siècle av. J.-C.

 

La bataille du lac Régille, ainsi que l'échec de Porsenna, marque définitivement la fin du règne des Tarquins à Rome. En 493 av. J.-C., une alliance est signée avec la Ligue latine : le fœdus Cassianum. Elle met fin à la guerre entre Romains et Latins et place Rome à égalité de pouvoir avec tous les membres de la Ligue latine réunis. Cela crée autour de Rome un rempart contre les Volsques et les Èques28,29 puisque Rome s'allie aussi aux Herniques en 486 av. J.-C30. L'histoire romaine du Ve siècle av. J.-C. est secouée de guerres contre les Volsques et les Èques ainsi que parfois les Sabins, mais Rome résiste et repousse les montagnards, leur infligeant de lourdes défaites et des trêves plus ou moins longues, malgré quelques revers31.

Rome et Véies s'opposent pour des motifs économiques. Grâce à Fidènes, située en amont de Rome sur un gué du Tibre, Véies contrôle la Via Salaria et le trafic du sel dans la région32,33. Une première guerre, privée, est menée par les Fabiens, massacrés à la bataille du Crémère34. Ensuite, vers 435 av. J.-C., Rome s'empare de Fidènes une première fois35, qui devient une colonie romaine, puis définitivement en 425 av. J.-C, année où une trêve de 20 ans est conclue36. En 406 av. J.-C., Rome assiège Véies37. La guerre et le siège durent dix ans, jusqu'en 396 av. J.-C., La ville étrusque tombe aux mains des Romains dirigés par le dictateur Camille en l'an 396 av. J.-C38. Cette guerre et cette prise sont un évènement majeur dans l'histoire romaine : pour la première fois, les soldats-paysans restent dans l'armée plus d'une année entière, sans rentrer chez eux pour l'hiver, et pour la première fois, en compensation, ils reçoivent une paie tirée d'un nouvel impôt payé par les propriétaires terriens, le tributum39. Le territoire romain double presque de taille et Rome prend l'ascendant dans l'alliance éternelle entre égaux conclue avec la Ligue latine, dominant les autres cités. Ainsi, Rome n'a jamais été si forte et aucune cité latine ou étrusque ne semble pouvoir lui faire de l'ombre40.

Mais en 390 av. J.-C., une horde gauloise, menée par Brennus, écrase l'armée romaine. Les instances religieuses et les objets sacrés sont mis en sécurité à Caere, une alliée, avant que les Gaulois ne s'emparent de Rome et assiègent le Capitole, où les derniers défenseurs résistent41. Si l'on en croit les traditions, Rome est totalement mise à sac, détruite et brûlée42, seul le Capitole est épargné, défendu héroïquement (épisode des oies du Capitole notamment43). En réalité, il se peut qu'il ne s'agisse que d'un pillage général, les Gaulois dépouillant tout, surtout les temples, plutôt que d'une mise à sac radicale. Ce sac reste à jamais un traumatisme pour la République romaine, et il se peut donc que les traditions soient très exagérées44. Le sac de Rome n'est qu'un évènement mineur dans une guerre opposant les tyrans de Syracuse, Denys l'Ancien au début du IVe siècle av. J.-C., alliés des Gaulois qu'ils utilisent peut-être comme mercenaires (hypothèse de l'historienne Marta Sordi (it)45), aux Étrusques de Caere (Caere et Syracuse luttant pour détenir la puissance thalassocratique), qui sont visés par l'attaque gauloise, et qui subissent de graves pertes à l'instar de Rome46.

 

Institutions primitives et lutte patriciat/plèbe

 

Au lendemain de la chute de la monarchie, le Sénat et surtout les deux seuls magistrats récupèrent le pouvoir suprême, et on passe d'un système monarchique à un système oligarchique. Ce changement de gouvernement ne profite qu'à une minorité, la nouvelle élite : le patriciat. De nombreux plébéiens sont très endettés, et subissent donc la loi du patriciat.

La première sécession de la plèbe a lieu en 495 av. J.-C. et la plèbe obtient la création de la magistrature du tribunat de la plèbe interdite aux patriciens, chargée de défendre son intérêt. Les tribuns de la plèbe sont inviolables. Ils peuvent s'opposer à n'importe quelle loi proposée par les autres magistrats : c'est l’intercessio47. Les tribuns de la plèbe gagnent du pouvoir petit à petit. Par la Lex Publilia Voleronis, les plébéiens s’organisent par tribu 48,49, se rendant politiquement indépendants des patriciens50.

Ensuite, ils réclament la mise par écrit des lois, par l'intermédiaire du projet de la Lex Terentilia, autour duquel Rome se déchire pendant une décennie51, jusqu'à ce qu'une commission extraordinaire, les décemvirs, soit établie pour rédiger des lois écrites. La loi des Douze Tables est rédigée en deux fois. La seconde commission de décemvirs tente de maintenir son pouvoir absolu, mais devant la sécession de la plèbe, retirée sur le mont Sacré, ils doivent démissionner, et la loi est approuvée par le peuple romain52,53,54. Selon les études modernes, le second décemvirat ne serait jamais survenu25,55. La loi des Douze Tables constitue le premier corpus de lois romaines écrites. Leur rédaction est l'acte fondateur du droit romain, de la constitution de la République romaine et du mos maiorum.

Une série de lois est ensuite votée, par lesquelles les plébiscites promulgués par les comices tributes ont force de loi sous réserve que le Sénat les ratifie, le droit d'appel au peuple est rétabli, la sacrosainteté et l'inviolabilité des tribuns de la plèbe sont proclamées : ce sont les leges Valeriae Horatiae56, ainsi que la suppression de l'interdiction de mariage entre plébéiens et patriciens : la lex Canuleia. Le Sénat, pour faire face à la demande que le consulat s'ouvre aux plébéiens, propose la création du tribunat militaire à pouvoir consulaire, ouvert à tous, et ayant presque tous les pouvoirs du consulat, exceptés ceux donnés à une nouvelle magistrature patricienne, la censure57. Au début, les patriciens accaparent la nouvelle magistrature, mais petit à petit, les plébéiens sont de plus en plus nombreux à accéder au tribunat militaire à pouvoir consulaire, qui devient presque systématique, remplaçant le consulat.

En 376 av. J.-C., une série de lois est proposée pour améliorer la situation de la plèbe à Rome. Il s'agit de lois politiques, économiques et sociales, visant à partager le pouvoir suprême entre plébéiens et patriciens, à lutter contre l'accaparement par les patriciens des terres récemment annexées autour de Rome (ager publicus), et à soulager la plèbe qui est écrasée de dettes : les mesures proposées sont le rétablissement du consulat, avec obligatoirement un élu plébéien parmi les deux consuls, l'interdiction d’occuper plus de 500 jugères sur l’ager publicus et la déduction du capital des intérêts déjà payés et l'étalement du remboursement des dettes sur trois ans, ainsi que la suppression du nexum. Les trois lois, unies en une seule pour le vote, sont approuvées58. Le consulat plébéien ouvre implicitement l'accès à la dictature et à la censure. Durant toute cette période, la République romaine fait face à une multitude d'ennemis, et est sans cesse en guerre contre des peuples italiques, en ayant souvent recours à l'élection d'un dictateur pour faire face aux menaces extérieures, et est plusieurs fois proche de la catastrophe, comme lors du sac de Rome en 390 av. J.-C.

 

Conquête de l'Italie (IVe et début IIIe siècles av. J.-C.)

 

 

Le IVe siècle av. J.-C. représente un tournant majeur dans l'histoire de Rome, car il pose les bases de l'expansion qui est suivie par l'extension du territoire romain jusqu’à la Campanie, malgré la résistance forte des montagnards samnites. Les historiens contemporains identifient plusieurs facteurs qui expliquent ces changements : le traumatisme des invasions gauloises et les difficultés qui suivirent avec ses voisins, semblent avoir persuadés les Romains de ne plus accepter de menaces et d'entamer une expansion que l'on peut parfois qualifier d'« impérialisme défensif ».

 

Guerre des ordres

Article détaillé : Guerre des ordres.

La période qui suit le vote des lois licinio-sextiennes voit l’émergence de tendances alarmantes, tel que le rapprochement continu des tribuns et des sénateurs. Vers le milieu du IVe siècle av. J.-C., le concile plébéien ratifie la Lex Ovinia qui permet aux censeurs de décider de l'entrée de n’importe quel magistrat nouvellement élu au Sénat. Les plébéiens détenant déjà de nombreuses magistratures, leur nombre au Sénat augmente probablement rapidement. Le rapprochement entre les tribuns et le Sénat facilite la création d’une nouvelle aristocratie plébéienne : la plupart des plébéiens élus aux magistratures proviennent d’une de ces familles plébéiennes. Cette nouvelle aristocratie plébéienne se fond bientôt dans l’ancienne aristocratie patricienne, créant une aristocratie combinée « patricio-plébéienne »59.

En 287 av. J.-C., les plébéiens font sécession. Pour mettre un terme à cette nouvelle sédition, lois hortensiennes sont adoptées, qui donnent force de loi aux résolutions de l’assemblée de la plèbe (plébiscites) sans ratification du Sénat. La signification fondamentale de cette loi dans les faits est qu’elle retire aux patriciens toute possibilité de s’opposer aux plébéiens, ce qui entraîne que les sénateurs plébéiens ont dorénavant les mêmes droits que les sénateurs patriciens. Par conséquent, le contrôle de l’état ne retombe pas sur les épaules de la démocratie, mais sur les épaules de cette nouvelle aristocratie « patricio-plébéienne »60.

 

Une armée de citoyens

Article détaillé : Armée romaine.

 

Centurion dans une reconstitution historique.

Seuls les citoyens propriétaires ont le devoir de se battre pour la République. Les plus riches combattent dans la cavalerie (equites), les autres sont fantassins (pedites)61. Après les réformes de Camille62, ils forment des légions d'environ 4 500 hommes, composées notamment des hastati, les jeunes citoyens (iuniores) bien entraînés en première ligne, des principes, eux aussi iuniores, mais plus expérimentés, en deuxième ligne, et des triarii, les seniores, qui forment la dernière ligne et la réserve. Les plus pauvres combattent en tant que vélites. Il existe aussi des troupes auxiliaires composées de soldats ne jouissant pas de la citoyenneté romaine qui assistent les légions. Il règne dans la légion une discipline rigoureuse.

 

Histoire de la conquête

En 390 av. J.-C., Rome est prise par les Gaulois et subit son premier sac. Pour les Romains, cet épisode est vécu comme une catastrophe nationale. La cité met longtemps à se relever de ce désastre63. Après quelques accrochages avec ses voisins, notamment les étrusques de Tarquinii vaincus et quelques villes latines rebelles, et après avoir fait face à de nouveaux raids gaulois, Rome commence la conquête de l'Italie64.

Rome a su mettre fin à ses divisions sociales et peut donc proposer un modèle politique séduisant aux aristocraties des autres cités méditerranéennes, atout diplomatique non négligeable. La diplomatie joue en effet dans la conquête romaine un rôle souvent négligé au profit des aspects purement militaires. La deditio de Capoue en 343 av. J.-C. en constitue le meilleur exemple : pour bénéficier de la protection romaine, la cité campanienne de Capoue se livre complètement à Rome qui voit sa zone d'action traditionnelle brutalement étendue à la riche région qu'est la Campanie65,66. L'interpénétration des élites est si importante que l'on parle parfois d'« état romano-campanien »67, toujours est-il qu'un mécanisme essentiel des conquêtes à venir s'est mis en place : Rome s'appuie sur les aristocraties locales, ou sur une partie de ces aristocrates, pour étendre son territoire, en échange elle offre à ces aristocraties la stabilité politique et l'insertion valorisante dans un ensemble plus vaste, l'accès à une échelle supérieure. Ainsi, lors de la première guerre samnite, les Romains interviennent, en 343 av. J.-C., pour protéger Capoue des Samnites. Les Samnites sont vaincus en 341 av. J.-C., mais Rome ne peut exploiter son succès et doit se replier à cause du soulèvement des Latins, qui menacent directement Rome68.

S'ensuivent les guerres latines, qui opposent Rome à la Ligue latine, entourant en partie le territoire romain. Une tentative de la part des peuples latins d'acquérir leur indépendance de Rome est la principale cause de la guerre. La défaite des Latins voit la dissolution de la Ligue latine prononcée, ainsi que l'incorporation de ses territoires dans la sphère d'influence romaine. À cette occasion les Latins obtiennent des droits partiels et différents niveaux de citoyenneté et leurs villes sont transformées, soit en municipes, soit en colonies romaines69. Entre 336 et 327 av. J.-C., Rome s'impose plus au sud de l'Italie et en Campanie, et stabilise les territoires nouvellement conquis70

La fondation romaine de Frégelles à la frontière samnite et de graves tensions à Naples provoquent une réaction hostile immédiate des Samnites. Le conflit durera près de 40 ans. Les Romains remportent les premières batailles, mais après plusieurs années de guerres de frontières, les consuls romains décident, en 321 av. J.-C., de porter la guerre en territoire samnite, initiative qui se termine par la capture humiliante de deux légions par le samnite Caius Pontius à la bataille des Fourches Caudines. Les hostilités prennent fin en 316 av. J.-C. et la trêve est en faveur des Samnites, qui obtiennent des Romains la cession de la colonie romaine de Frégelles71. Les hostilités reprennent en 314 av. J.-C., et Rome bat une vaste coalition rassemblant les Samnites, les Étrusques, les Ombriens, les Marses, les Herniques, les Péligniens et les Salentins72. En 304 av. J.-C., les Marses, les Péligniens, les Marrucins et les Volsques sont à leur tour écrasés et soumis. Les Èques, vaincus par une campagne éclair, sont annexés73. En 295 av. J.-C., les Samnites réussissent à faire pénétrer une armée en Italie du Nord, secondés par leurs alliés étrusques et ombriens, qui sont en guerre contre Rome depuis 302 av. J.-C. De plus, ils profitent de la présence des Gaulois qui depuis 299 av. J.-C. font des incursions régulières en Italie du Nord. Les Romains écrasent cette coalition et le territoire samnite est envahi : ces derniers capitulent en 290 av. J.-C., Rome asservit leurs villes et annexe leur territoire74.

 

Campagnes de Pyrrhus Ier d'Épire.

 

Rome sort des guerres samnites maître de l’Italie centrale et est en contact direct avec les cités grecques qui bordent les côtes sud de la péninsule et qui contrôlent une partie du commerce méditerranéen. Tarente fait appel au jeune roi d'Épire, Pyrrhus Ier, pour ralentir la progression romaine75. En 280 av. J.-C. Pyrrhus débarque en Italie et vainc les Romains. Les populations encore indépendantes du Bruttium et de Lucanie font alliance avec Pyrrhus, suivies des Samnites, et le jeune roi remporte à nouveau une « victoire à la Pyrrhus »75. Au milieu des campagnes d'Italie, Pyrrhus apporte son secours aux Siciliens contre Carthage. Pyrrhus accepte et Rome s’allie à Carthage, pour protéger la Sicile des visées de Pyrrhus. L'avancée de Pyrrhus est foudroyante. Cependant, Pyrrhus se voit contraint de partir de Sicile pour s'occuper d'autres affaires en Italie méridionale75. En 275 av. J.-C., les Romains battent enfin Pyrrhus, qui quitte l'Italie et retourne en Épire, laissant une garnison à Tarente75.

Les Sallentins et les Picéniens sont à leur tour soumis. En 265 et 264 av. J.-C., Rome prend et détruit la cité étrusque de Volsinii et les dernières villes étrusques indépendantes au sud de l'Arno sont rattachées à la République romaine76.

 

Économie, société et organisation de l'Italie

 

À cette époque, la République romaine domine dorénavant une grande partie de l'Italie et permet à la péninsule de se stabiliser et de prospérer pour la première fois de son histoire, l'économie romaine et italienne est florissante. À Rome même, les institutions se consolident et se diversifient, la guerre des ordres prend fin, et l'État se trouve un seul et unique maître du pouvoir : le Sénat77.

 

Suite à la chute de Tarente en 272 av. J.-C., toutes les terres de la péninsule italienne situées au sud du fleuve Arno sont sous domination plus ou moins directe de Rome. De tous ces peuples et villes, aucun n'a réussi à s'opposer longtemps à l'avancée romaine, aucune coalition assez forte n'a réussi à se former pour résister aux forces romaines, car tous ces peuples et ces villes étaient désunis en temps de paix. Rome apporte à l'Italie une stabilité au début du IIIe siècle av. J.-C., à la même époque où les institutions de la République se stabilisent aussi78.

Toutes les populations et toutes les cités italiennes étaient divisées avant que Rome ne s'impose, et cette dernière réussit à entretenir des différences entre chaque, traitant avec chaque ville et chaque peuple, sous des conditions différentes et pour des statuts différents. De toute l'Italie centrale et méridionale, il ne reste plus que « les Romains, les Latins et les alliés italiens », les seuls à être des hommes libres au sein de la communauté romaine. Il s'agit donc de Rome et des peuples ou cités qui ont été totalement intégrés, des territoires semi-intégrés, et des alliés de Rome, au début par des alliances entre égaux qui deviennent très vite des pactes dominés par Rome79.

Il existe deux types de citoyenneté romaine : les citoyens de plein droit qui jouissent donc de tous les droits et de tous les devoirs, c'est-à-dire notamment le droit de voter et d'être élu, de propriété, de recevoir une solde dans l'armée ainsi que le devoir de servir sous les armes et de payer des impôts ; et ceux qui ont les mêmes droits et devoirs hormis celui de voter et de pouvoir être élu magistrat. Une partie des anciens Latins qui formaient la Ligue latine est incorporée à Rome avec la citoyenneté. Rome, de concert avec les Latins, va fonder de nombreuses colonies latines à des endroits stratégiques du territoire romain. Ce système de colonie latine, où les colons ne sont pas citoyens romains, mais possèdent un certain nombre de droits au sein de la colonie quasi-indépendante de Rome, va perdurer longtemps, étant à l'avantage de Rome et des colons. Enfin, les alliés sont en bas de la structure administrative romaine. Ils sont le plus souvent liés à Rome par une alliance inégale, et dans tous les cas, ces alliés doivent fournir à Rome un certain nombre de troupes et de fournitures militaires, sans que Rome doive les payer, ce qui soulage les citoyens romains.

Ainsi, Rome a su créer autour d'elles, parmi une mosaïque de statuts, un certain équilibre et surtout une prospérité que l'Italie n'a pas connue avant, effaçant en partie les inégalités au sein de l'organisation romaine81.

 

Institutions politiques

 

 

Fonctionnement théorique de la République romaine vers les IIIe et IIe siècles av. J.-C.

 

Alors qu'aux débuts de la République ce sont les consuls qui détiennent le pouvoir, petit à petit le Sénat émerge et s'impose au sein des institutions romaines. L'assemblée devient permanente et assoit son autorité sur les magistrats romains à la fin du IVe siècle av. J.-C., passant d'un conseil des anciens à l'organe principal du pouvoir dont les magistrats sont les subordonnés. Le Sénat romain est tourné essentiellement vers la politique étrangère. Alors que son rôle dans les conflits armés se limite théoriquement à celui de conseiller, le Sénat finit par superviser ces conflits. Le Sénat gère également l’administration civile au sein de la ville. Alors que le Sénat peut influencer la promulgation de lois, il ne fait pas officiellement ces lois. Les assemblées législatives, qui sont considérées comme l'incarnation du peuple de Rome, font les lois domestiques qui gouvernent le peuple. Le Sénat promulgue des décrets appelés senatus consultum. Officiellement, il s’agit de "conseils" donnés aux magistrats, bien qu’en pratique, ces décrets sont souvent suivis à la lettre par ceux-ci82,83.

Pendant toute la République, les citoyens sont répartis en centuries à des fins militaires, et en tribus à des fins civiles. Chacun des deux groupes se rassemble pour des buts législatifs, électoraux et judiciaires. Les comices centuriates sont organisées d’une manière très aristocratique. Selon cette organisation, les classes les plus élevées contrôlent suffisamment de centuries pour obtenir la majorité à chaque vote. Seules, les comices centuriates peuvent élire les consuls, préteurs et censeurs, déclarer une guerre offensive, ou encore valider le cens. Les comices tributes élisent les questeurs, les édiles curules et les tribuns militaires. Elles ont également le pouvoir d’instruire des cas judiciaires. Le concile plébéien ne représente pas tout le peuple, car les patriciens en sont exclus. Le concile plébéien élit ses propres représentants (tribuns de la plèbe et édiles plébéiens, considérés comme des magistrats). En effet, le concile plébéien est l’assemblée des tribus plébéiennes alors que les comices tributes sont l’assemblée des tribus « patricio-plébéiennes »84,82,85,86.

Les magistratures sont électives et annuelles, hormis la censure et la dictature. Tous les magistrats ont un certain rang de pouvoir. Les dictateurs possèdent plus de pouvoirs que n’importe quel autre magistrat, suivi des consuls et des préteurs, magistrats ordinaires. Chaque magistrat peut seulement bloquer par son veto une action prise par un magistrat de rang égal ou inférieur au sien. Par conséquent, aucun magistrat ne peut s’opposer par son veto aux décisions du Sénat ou des assemblées. Comme les tribuns de la plèbe et les édiles plébéiens ne sont pas à proprement parler des magistrats, ils ne sont pas concernés par la répartition des « pouvoirs majeurs ». En général, cela fait d’eux des magistrats indépendants des autres. Ils ne peuvent voir leurs actes bloqués par le veto des consuls. Si un magistrat, une assemblée ou le Sénat ne se conforment pas aux ordres d’un tribun, celui-ci, en usant de l’intercessio, pourra bloquer cette action particulière. Chaque magistrat républicain détient certains pouvoirs constitutionnels (potestas), qui comprennent l’imperium, la coercitio et l’auspicia (pouvoirs religieux). Ces pouvoirs sont équilibrés par plusieurs contraintes constitutionnelles, incluant la collégialité (collega), le droit des citoyens d’en appeler au peuple (provocatio) et une division constitutionnelle des pouvoirs (provincia). Seul le peuple de Rome (plébéiens et patriciens) a le droit de conférer ces pouvoirs à un magistrat84,82,87,88,89.

Conquête de la Méditerranée (IIIe et IIe siècles av. J.-C.)

 

 

Conquête de l'Occident méditerranéen

 

 

 

À partir de 264 av. J.-C. commence le grand affrontement contre Carthage qui marque un tournant dans l'histoire de Rome. Carthage, ancienne colonie phénicienne a développé d'abord des comptoirs commerciaux, puis des points d'appui et des colonies dans toute la Méditerranée occidentale et notamment à l'ouest de la Sicile grâce à son esprit d'entreprise. Rome se méfie des ambitions carthaginoises en Sicile. C'est la cause de la première Guerre punique qui dure près de vingt-cinq ans. Les Carthaginois prennent d'abord la ville de Messine, reprise par surprise par les Romains, déclenchant le début de la guerre. Il s'ensuit vingt ans de guerres avec des fortunes diverses, les premières victoires sont romaines, plus les Carthaginois se reprennent et stoppent l'avancée romaine. Finalement, Rome prend le contrôle des mers et la victoire navale devant les îles Égades contraint Carthage à signer une paix humiliante. Elle abandonne la Sicile, puis la Sardaigne et la Corse après coup, et paie un fort tribut90.

 

Campagnes de la deuxième guerre.

 

Après la première Guerre punique, Rome s'étend en Illyrie, après avoir vaincu les Ligures, les Insubres et réduit la Gaule cisalpine en province romaine91. De son côté, Carthage se lance à la conquête de l'Hispanie. Cette expansion inquiète Rome qui fait renaître les hostilités en 219 av. J.-C92. Mais la République trouve en face d'elle, en la personne d'Hannibal, un adversaire redoutable, un homme politique et militaire de génie. Hannibal remporte alors dans le nord de l'Italie une série de victoires et avance vers le sud en traversant les Apennins. Là, il écrase par deux fois, à Trasimène et à Cannes, les armées romaines. Les villes alliées à Rome dans le sud de l'Italie (mais dans le sud uniquement) se rallient à Hannibal. Celui-ci s'installe à Capoue93. Rome refuse de s'incliner, remporte plusieurs succès, à Nole, Syracuse avec Claudius Marcellus, puis en Hispanie et enfin en Afrique sous la direction de Scipion l'Africain. Celui-ci a finalement raison d'Hannibal en 202 av. J.-C. dans la plaine de Zama, ce qui met fin à la deuxième Guerre punique. Les vaincus, qui perdent leurs possessions extérieures doivent payer un énorme tribut à Rome qui devient la première puissance de la Méditerranée occidentale en 202 av. J.-C94. Parmi les raisons du succès romain, on peut citer le refus de la classe politique romaine de s'admettre jamais vaincue, même si elle se divise sur la stratégie à adopter, offensive ou défensive ; la capacité de recrutement romaine, comblant constamment ses pertes, au prix d'une pression épuisante sur ses alliés ; la maîtrise maritime, et la fidélité des peuples alliés entourant Rome d'un glacis protecteur et de la plupart des ports d'Italie du Sud.

Carthage est finalement détruite en 146 av. J.-C95. Malgré de nombreuses révoltes, l'Hispanie reste romaine. L'ouest méditerranéen est donc sous domination romaine au IIe siècle av. J.-C., seule la future Gaule transalpine n'est pas encore romaine, mais elle devient une province de la République romaine en 121 av. J.-C., parachevant la conquête de toutes les terres côtières de ce côté de la Méditerranée.

 

Domination sur l'Orient méditerranéen

 

Article détaillé : Guerres de Macédoine.

 

Pendant la deuxième Guerre punique, Philippe V de Macédoine s’allie à Hannibal Barca. La guerre finit indécisivement en 205 av. J.-C. et se solde par le partage entre Rome et la Macédoine d'un territoire mineur le long du littoral de l’Adriatique pour « combattre la piraterie », l’Illyrie96. En 201 av. J.-C., la deuxième guerre macédonienne est déclenchée par Rome, avec l’aide de quasiment tout le monde grec. C’est un conflit indécis jusqu’à la victoire romaine à la bataille de Cynocéphales en 197 av. J.-C. En 194 av. J.-C., Rome déclare la Grèce « libre » et se retire complètement des Balkans97. La Ligue étolienne est peu satisfaite des territoires que Rome leur a cédé et « invitent » Antiochos III de l’Empire séleucide à les aider pour libérer la Grèce de l’« oppression romaine ». Rome répond en chassant les Séleucides de Grèce et en leur infligeant des défaites en Asie Mineure, obligeant Antiochos à signer le traité d’Apamée en 188 av. J.-C98.

Après la mort de Philippe V de Macédoine en 179 av. J.-C., son fils, Persée déclenche de la troisième Guerre macédonienne. Initialement, les forces romaines ont des difficultés contre les forces macédoniennes, mais en 168 av. J.-C., les Romains écrasent leurs adversaires à Pydna. La Macédoine est divisée en quatre républiques dirigées par des marionnettes que Rome commande99. Rome écrase complètement une rébellion macédonienne et ne se retire pas de la région, formant la province romaine de Macédoine, établissant un pouvoir romain permanent sur la péninsule grecque. Entre 149 et 146 av. J.-C., la ligue achéenne se révolte aussi : victoire romaine, pillage et destruction de Corinthe. En 133 av. J.-C., le royaume de Pergame échoit en héritage à Rome. Il donne naissance à la province d'Asie.

Rome et l'Italie au IIe siècle av. J.-C.

 

 

En 287 av. J.-C., la guerre des ordres a pris fin par les lois hortensiennes, résolvant ainsi un des grands problèmes des débuts de la République. Néanmoins, il n’y a pas de changement politique important entre 287 et 133 av. J.-C. Les lois critiques de cette période sont toujours ratifiées par le Sénat. La fin du IIe siècle av. J.-C. voit une aggravation des problèmes financiers pour de nombreux plébéiens. En effet, les longues campagnes militaires tiennent de nombreux citoyens loin de chez eux pour se battre, sans qu’ils ne puissent plus s’occuper de leurs terres, laissées à l’abandon. Les petits fermiers font faillite et convergent alors vers Rome, grossissant les rangs des assemblées populaires, où leur statut économique leur permet, pour la plupart, de voter pour le candidat qui leur promet le meilleur avenir. Une nouvelle culture de dépendance apparaît qui favorisera la montée en puissance des meneurs les plus populaires100.

 

L'Italie au IIe siècle av. J.-C., une mosaïque de statuts.

 

Durant toute la deuxième Guerre punique, hormis quelques défections dans le Sud, les territoires latins et alliés de Rome sont restés fidèles à la République, et ont très largement contribué à l'effort de guerre, tant humainement que matériellement. Cependant, la citoyenneté romaine n'est que très peu étendue et les rancœurs et motifs de révolte s'accumulent contre le pouvoir central à Rome, aveugle. L'organisation générale de l'Italie n'a pas évolué depuis près de deux siècles, alors que le territoire romain s'étend maintenant sur une grande partie du bassin méditerranéen. Ce blocage entraînera une guerre civile terrible au début du Ier siècle av. J.-C., connue sous le nom de « guerre sociale », entre les Romains et leurs alliés101.

La République se retrouve seule maître de toute une partie du bassin méditerranéen où les territoires sont florissants. La prise de la Grèce et d'une partie de l'Asie augmente l'afflux de richesses dans toute la République. Le nombre d'esclaves est démultiplié et leurs biens acquis par Rome. L'apport financier suite à toutes ces guerres et ces territoires absorbés est extrêmement important. L'esclavage devient le moteur de la société romaine après la deuxième Guerre punique, lorsque les riches Romains commencent à créer des grandes propriétés (Latifundium) dans les provinces conquises102.

Rome en devenant maître de l'Italie et surtout des cités de la Grande-Grèce définitivement après la deuxième Guerre punique, renforce son hellénisme. Le grec est devenu une seconde langue, largement utilisée dans le commerce, une langue de culture aussi. Les Romains les plus riches envoient leurs enfants dans les écoles grecques. La prise de la Grèce en 146 av. J.-C. ne fait que renforcer le phénomène. L'art grec connaît une véritable renaissance au milieu du IIe siècle av. J.-C., et son influence sur l'art italique est considérable. La profonde hellénisation de l'art romain est voulue par le pays dominateur103.

 

Crises de la République (fin IIe et Ier siècles av. J.-C.)

 

Paragraphe détaillé : Crises de la République romaine.

 

La fin de la République est marquée par les nombreuses guerres civiles et extérieures qui ont des incidences considérables sur l'économie et la société romaine. Les institutions politiques républicaines sont peu à peu vidées de leur contenu au profit des généraux à la tête d'armées de vétérans qui leur sont dévouées.

 

Guerres civiles et fin de la République

 

 

La guerre profite surtout aux riches. Les rangs des citoyens petits propriétaires se sont éclaircis, surtout pendant la deuxième Guerre punique. Il y a donc moins d'agriculteurs. Les campagnes se couvrent de vastes pâturages. Le blé importé de Sicile concurrence celui des petits producteurs latins qui, ruinés, vendent leurs terres à bas prix aux grands propriétaires et s'en vont à Rome rejoindre la plèbe urbaine. Les grandes familles se constituent ainsi d'immenses domaines, les latifundia, où sont installés des paysans non propriétaires, les colons, et de nombreux esclaves. Elles forment la nobilitas, la noblesse qui accapare les magistratures et remplit le Sénat. À côté de cette noblesse foncière, apparaît une nouvelle classe d'hommes d'affaires qui s'enrichissent dans le commerce, la banque et le crédit. Leur richesse leur permet de tenir une place importante dans l'ordre des chevaliers. La noblesse et les chevaliers s'entendent pour exploiter l'empire naissant qui est divisé en provinces. Hommes d'affaires et magistrats issus de la noblesse s'enrichissent en les pillant souvent de manière systématique104.

En ville par contre, le chômage s'accroît, la main-d’œuvre salariée est concurrencée par la masse des esclaves apportées par les conquêtes. Rome devient une ville bigarrée rassemblant, à côté des citoyens romains, des Italiques, des Grecs, des affranchis de tous horizons. Cette foule entretient une agitation constante dans la cité. À partir de 133 av. J.-C., les tensions se multiplient entre les riches et les pauvres, d'autant plus que le luxe le plus tapageur a fait son apparition à Rome. Pourtant une tentative de réforme se dessine avec les Gracques, issus d'une grande famille noble. Ils pensent qu'une réforme agraire est nécessaire pour résoudre le problème de la plèbe, mais les deux frères sont massacrés tour à tour, et leurs réformes abandonnées105.

 

 

Des Germains envahissent la Gaule et écrasent à plusieurs reprises les armées romaines. Une réforme militaire profonde est entamée, en admettant, dans les rangs de l'armée, les prolétaires, c'est-à-dire les citoyens non propriétaires, qui n'avaient pas, jusque-là, accès aux légions. Une armée de pauvres et de non-citoyens succède ainsi aux armées de citoyens propriétaires terriens, mais c'est une armée de métier, prête à se dévouer à son chef et à lui ouvrir la route du pouvoir, d'autant plus si celui-ci est généreux. La nouvelle armée permet à Rome et à Marius de triompher face à deux menaces106.

 

 

Après les Gracques, vient le temps des ambitieux qui luttent pour le pouvoir. Grâce à la réforme militaire et à ses victoires en Afrique et en Gaule, Marius domine la vie politique, associant les chefs du parti populaire à son pouvoir. En 91 av. J.-C., commence la guerre sociale, qui oppose le Sénat et les Italiens, qui tentent d'obtenir la citoyenneté romaine. En effet, ceux-ci, bien que faisant partie depuis longtemps de la République et bien que fournissant d'importants contingents militaires à l'armée romaine, n'ont pour la plupart pas acquis le statut de citoyens et sont toujours considérés comme des sujets. Rome réussit à endiguer la rébellion en concédant le droit de cité aux alliés qui ne s'étaient pas révoltés et ensuite à tous ceux qui déposeraient les armes. Par la suite Sylla parvient à vaincre les dernières cités irréductibles. À l'issue de la guerre sociale, les Italiens obtiennent donc le droit à la citoyenneté romaine et l'Italie est unifiée sous un seul statut juridique. Mais les problèmes subsistent. Les institutions républicaines ont du mal à fonctionner normalement. Les chevaliers et la nobilitas s'affrontent pour l'exploitation des provinces. S'ensuit les guerres civiles entre Sylla et Marius, tour à tour massacrant leurs opposants dans les rues de Rome, et finissant par la dictature de Sylla, qui opère ensuite d'importantes réformes politiques, renforçant le pouvoir des aristocrates et diminuant celui des tribuns de la plèbe. Il se retire ensuite de la vie politique107.

Mais rapidement de nouvelles révoltes entraînent de nouvelles expéditions militaires favorisant ainsi l'émergence de nouveaux généraux vainqueurs qui se disputent le pouvoir. Pompée et Crassus font face aux rébellions et aux ennemis de Rome, avec succès. Pompée s'allie alors à Crassus et à Jules César en pleine ascension politique. Les trois hommes se partagent le pouvoir et forment le premier triumvirat. De 58 à 51 av. J.-C., Jules César fait la conquête de la Gaule indépendante, s'attirant ainsi prestige et richesse. Il peut alors se consacrer à son ambition suprême, la conquête du pouvoir à Rome. Il sait qu'il peut compter sur la loyauté de ses légions et de soutiens politiques à Rome. Pendant ce temps, Crassus trouve la mort contre les Parthes à Carrhes en 53 av. J.-C. Pompée profite alors de l'absence de Jules César pour être nommé consul unique par le Sénat en 52 av. J.-C. et mettre fin à l'incessante agitation politique qui secoue la ville. Fin 50, début 49 av. J.-C. la noblesse romaine confie à Pompée la mission de protéger l'Italie. César fort de troupes aguerries par 9 ans de combat en Gaule fait la conquête de l'Italie puis bat les armées de Pompée en Hispanie puis à Pharsale en 48 av. J.-C. Les derniers partisans de Pompée sont battus en Afrique en 46 av. J.-C. César reste le seul maitre de Rome après 4 ans de guerre108.

 

César (vers 10044 av. J.-C.).

 

Il organise une monarchie qui ne dit pas son nom. Il est nommé par le Sénat dictateur pour 10 ans puis dictateur à vie en 44 av. J.-C. Il est « élu » consul tous les ans et est aussi censeur et porte le titre imperator, chef suprême des armées. Il détient aussi l'inviolabilité tribunicienne. Il réorganise le Sénat en l'ouvrant à des familles non romaines originaires des provinces. Il pratique une politique favorable aux pauvres : remise des dettes, lotissement des vétérans, grands travaux pour embellir Rome. Il meurt assassiné aux ides de Mars 44 av. J.-C. par un complot dirigé par Brutus et Cassius109.

 

À l'aube de la mort de Jules César.

 

À la mort de Jules César, son petit neveu et fils adoptif, Octave, son lieutenant, Marc Antoine et le proconsul de la Gaule transalpine, Lépide s'entendent pour se partager le pouvoir. Ils forment le second triumvirat. Leur premier objectif est de venger la mort de leur mentor. Cassius et Brutus sont tués en 42 av. J.-C. lors de la bataille de Philippes. Après la destitution de Lépide en tant que triumvir par Octave, les deux hommes se retrouvent face à face. Le conflit est inévitable. Marc Antoine allié à Cléopâtre est battu à Actium en 31 av. J.-C. Octave poursuit alors méthodiquement la conquête de l'Orient, jusqu'en août 30 av. J.-C., lorsque Marc Antoine et Cléopâtre se suicident. Octave reste le seul maître de Rome. De plus, l'opinion publique est lasse des désordres et des guerres civiles, elle réclame un régime stable, fût-il autoritaire110.

De retour dans la cité, Octave inaugure une ère nouvelle qui ne se terminera qu'avec la chute de Rome au Ve siècle.

 

L'Empire romain

 

 

Octave, futur Auguste, (63 av. J.-C.14 apr. J.-C.).

 

Haut Empire (Ier au début IIIe siècle)

 

Article détaillé : Haut Empire romain.

 

Le Sénat confère alors à Octave le titre d'Auguste. Tout en laissant le déroulement des anciennes magistratures et du Sénat, Auguste concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Ses successeurs les empereurs Julio-Claudiens, les Flaviens et les Antonins mènent l'Empire romain à son apogée. Au IIe siècle, la superficie de l'Empire romain est à son maximum, et compte entre 50 et 80 millions d'habitants. Rome est avec un million d'habitants la plus grande ville du monde méditerranéen.

 

D’Auguste à la fin des Sévères

 

 

 

Auguste (Octave), le premier empereur de Rome, se voit attribuer le pouvoir proconsulaire pour dix ans. Il divise l'Empire en provinces sénatoriales (pacifiées) et impériales (où se trouvent les forces armées). Il prend le contrôle absolu de l’armée, dont il assure le financement et est protégé en permanence par la garde prétorienne, stationnée dans l’Urbs (jusqu’alors aucune troupe n’avait résidé à Rome). Le Sénat conserve ou reçoit d’importantes prérogatives dans les domaines de l’administration civile (Rome, Italie, provinces), des finances, de la justice et de la monnaie. Auguste entend qu’il soit, en face de l’armée (réformée, qui devient définitivement une armée de métier.), le seul élément civil qui compte dans l’État. Sous le principat d'Auguste, Rome est divisée en quatorze « régions ». Des travaux sont entrepris pour stabiliser les rives du Tibre. Afin de lutter contre les incendies, assez fréquents dans la capitale, un corps de vigiles est instauré, et de nouveaux aqueducs sont construits. De très nombreux autres monuments seront construits sous son règne111,112.

À sa mort, c'est son dernier fils adoptif, Tibère fils d'un premier mariage de Livie, qui devient empereur. L'Empire prospère et accumule des fonds qui contribuent alors à assainir les finances, mais son règne est aussi marqué par les meurtres de personnalités politiques, et il meurt haï113,114. Caligula, son petit-neveu et petit-fils par adoption, troisième fils de Germanicus, prend par la suite le pouvoir. Pendant six mois, les Romains peuvent se féliciter d'un empereur juste, utile et libéral, qui leur font oublier la sinistre fin du règne de Tibère ; mais une grave maladie fait changer dramatiquement Caligula, qui devient un tyran. Une énième conspiration a raison de lui et c'est Claude, son oncle, qui lui succède115,116. Malgré son manque d'expérience politique, Claude se montre un administrateur capable et un grand bâtisseur public. Son règne voit l'Empire s'agrandir : cinq provinces s'ajoutent à l'Empire dont la Bretagne, en 43, la Lycie, la Mauritanie, la Norique et la Thrace. Il étend la citoyenneté romaine à beaucoup de provinces, dont la Gaule où il est né. Mais c'est un empereur faible, et il meurt empoisonné à l'instigation d'Agrippine en 54, après avoir, sur les conseils de celle-ci, adopté son fils Néron117. Les premières années de son règne sont connues comme des exemples de bonne administration, puis de nombreux scandales éclatent, ainsi le grand incendie de Rome. Mal entouré, il prend de mauvaises décisions et ordonne un dernier suicide, celui d'un excellent général, Corbulo, ce qui provoque la rébellion de plusieurs généraux. L'empereur est démis par le Sénat et se suicide118,119. C'est la fin des Julio-Claudiens.

 

 

À la mort de Néron, l'Empire connaît une première crise. Des généraux, Galba, Othon et Vitellius sont tour à tour nommés empereurs par leurs troupes puis assassinés en 69120.

 

 

C'est finalement le chef de l'armée d'Orient, Vespasien, un Italien, qui devient empereur donnant ainsi naissance à la dynastie des Flaviens. Il rétablit l'ordre et de la paix à Rome et dans les provinces révoltées. Pour asseoir son pouvoir, l'empereur va s'inspirer du modèle augustéen en reprenant les grands thèmes de son règne ainsi qu'en monopolisant les magistratures supérieures. À l'échelle de l'Empire, il mène une politique entre continuité et innovation. Tout comme ses prédécesseurs, il multiplie les constructions publiques, notamment le Colisée qu'il entreprend. D'autre part, il recourt à de véritables innovations dans le domaine financier. Les frontières de l'Empire se stabilisent et se fortifient avec la construction d'un système défensif surveillant les peuplades barbares outre rhéno-danubiennes (Germains, Daces, Sarmates, Chattes)121,122. Son fils Titus, qui a joué un grand rôle sous son règne, lui succède, mais n'est empereur que deux ans. Le deuxième fils de Vespasien devient alors à son tour empereur123. La conquête de la Bretagne par Agricola se poursuit avec brio et Domitien lance une offensive surprise contre le peuple germain du Rhin le plus puissant à l'époque, les Chattes, qu'il vainc. La présence romaine en Bretagne et en Germaine est sérieusement renforcée. Mais très vite la situation se dégrade sur le Danube. Les Daces viennent de s'unir et Domitien intervient en personne avec la garde prétorienne pour les chasser. Finalement, après des revers de généraux romains, Domitien préfère traiter et fait la paix avec le roi dace, Décébale, qui devient un roi client et perçoit des subsides. Au début du règne, Domitien se montre libéral et juste. Il est loué pour son sens de la justice, de la religion. Cependant son naturel inquiet, sa tendance à voir des complots partout, sa violence et son autoritarisme assombrissent la fin de son règne. Ce dernier est assassiné en 96 par une conspiration de palais124.

 

 

L'extension romaine sous la République et l'Empire :

 

Le Sénat a déjà prévu un remplaçant en la personne de Nerva qui donne naissance à la dynastie des Antonins. Il adopte son successeur Trajan, un Romain d'Hispanie. Cinq empereurs remarquables sur six choisissent, de leur vivant leur successeur, car ils n'ont pas de fils, toutefois le choix se porte toujours sur de proches parents. Les règnes de Trajan et de son successeur Hadrien correspondent à l'apogée de l'Empire romain.

Trajan, tout en s'attachant à favoriser l'agriculture et à développer l'administration, fait la conquête de la Dacie, de l'Empire parthe et annexe l'Arabie. L'empereur développe aussi la romanisation de l'Empire. La conquête de la Parthie ne lui survit pas125. L'empereur Hadrien s'attache à mener une politique plus défensive. Sous son règne, dans plusieurs régions frontières, en Afrique et en Bretagne notamment, des fortifications importantes se développent, souvent appelées limes. Par ailleurs, Hadrien s'attèle à améliorer le fonctionnement de l'Empire. Dans la continuité d'un effort commencé par d'autres empereurs, il s'attache à favoriser l'intégration des provinciaux, notamment par la création de colonies honoraires : alors que le terme colonie désignait le plus souvent l'installation de colons romains, il est désormais un titre honorifique concédé à une cité et qui donne la citoyenneté romaine à tous ses habitants126

Le règne d'Antonin le Pieux n'est pas marqué de conquêtes, mais plutôt par une volonté de consolidation de l'état actuel. C'est traditionnellement durant son règne qu'on considère que l'Empire romain est à son apogée, du fait de l'absence de guerre et de révolte majeure en province. C'est pourtant cette politique défensive et attentiste qui annonce les difficultés financières et militaires de l'Empire romain127. Marc Aurèle et Lucius Verus succèdent à Antonin. Le second meurt au bout 8 ans de règne, sans grand acte. Le premier est connu pour être un empereur-philosophe stoïcien. Sur le plan intérieur, il accomplit une œuvre législative importante. Il passe 15 ans sur le front du Danube à lutter contre les Barbares. L'Empire entre en effet dans une période bien moins propice : ses voisins aux frontières semblent plus puissants, l'Empire doit faire face à des difficultés agraires, des famines, à l'épidémie de la peste antonine128,129. Marc Aurèle choisit son fils, Commode comme successeur. L'assassinat de celui-ci, qui s'est comporté en tyran durant une grande partie de son règne, met fin à la dynastie des Antonins.

 

 

Son assassinat en décembre 192 ouvre une crise politique comme à la fin de la dynastie des Julio-Claudiens. La garde prétorienne assassine le nouvel empereur Pertinax et porte au pouvoir Didius Julianus.

 

 

 

C’est finalement le général de l'armée du Danube, l’Africain Septime Sévère qui prend le pouvoir. Il comble de bienfaits l'armée dont il augmente les effectifs et renforce le pouvoir impérial. Les prétoriens qui ont fait et défaits tant d'empereurs sont recrutés parmi les légions du Danube fidèles à Septime Sévère. Il sauve un temps l'Empire de l'anarchie et entame d'importantes réformes politiques, militaires, économiques et sociales. Le brassage culturel qu'apporte l'Empire s'accroît, les religions venues d'Orient deviennent plus populaires dans l'Empire, en particulier le culte de Mithra parmi les militaires. Cet aspect a parfois été exagéré par les historiens qui ont décrit les Sévères comme une dynastie orientale, jugement considérablement relativisé aujourd'hui130.

Il nomme ses deux fils Auguste, mais à sa mort, Caracalla s'empresse de tuer son jeune frère Geta. Il est connu pour avoir publié en 212, le célèbre édit qui porte son nom donnant à tous les hommes libres de l'Empire la citoyenneté romaine. Il meurt assassiné sur le front parthe sur ordre du préfet du prétoire Macrin qui ne réussit à prendre sa place que peu de temps. Il nomme son propre fils Diaduménien César puis Auguste en 218, mais sont tous deux assassinés130. Le cousin de Caracalla, Élagabal devient ensuite empereur, mais tout occupé au culte du dieu du même nom il laisse le gouvernement à sa grand-mère, Julia Maesa. Il est tué par les prétoriens et son cousin Sévère Alexandre lui succède pour un règne de 13 ans. Après son assassinat, l'Empire sombre dans une période bien plus troublée, traditionnellement qualifiée d'« anarchie militaire », terme cependant impropre, car si le pouvoir impérial est parfois divisé, il n'est jamais absent.

 

Pouvoir et culte impériaux

 

Articles détaillés : Empereur romain et Culte impérial.

 

Les empereurs portent le titre d'imperator, chef suprême des armées. Pendant toute la durée de l'Empire romain, la victoire est un puissant facteur d'affermissement du pouvoir. L'empereur vaincu se voit facilement contester le pouvoir par un autre général ambitieux. Tous les empereurs prennent l'habitude de se faire élire consul pour montrer la continuité entre les institutions républicaines et le principat. Cela leur confère aussi l’imperium, le pouvoir de contraindre et d'être obéi de tous131. Ils ont aussi l’imperium proconsulaire ce qui leur donne le pouvoir de gouverner toutes les provinces. En tant que détenteur de la puissance tribunitienne, ils possèdent l’intercessio, c'est-à-dire le droit de s'opposer à n'importe quelle décision des magistrats de l'Empire. Comme Jules César, ils portent le titre de grand pontife qui fait d'eux les chefs de la religion romaine. Ils reçoivent un serment de fidélité personnelle de tous les habitants de l'Empire.

Jusqu’à la fin de l’Empire byzantin, la succession d'un membre de la famille au feu empereur n'est pas automatique. Le pouvoir n'appartient ni à un individu, ni à une dynastie. Ainsi, il y a des risques importants de guerres civiles à chaque fin de règne. La période des Antonins, où l'empereur choisit son successeur hors de sa famille, et où il n'y a pas de troubles lors de la prise de pouvoir du nouvel empereur, est une exception131. Le Sénat et le peuple sont pénétrés par la crainte d’une guerre civile à chaque succession. Ils acceptent donc avec empressement l'idée qu’un descendant du prince régnant prît la suite de son père. Un des devoirs de tout empereur est de préparer la transmission pacifique de son trône. Le choix le plus logique est, même aux yeux des Romains, de désigner son fils ou d’en adopter un. En cas de crise, un général porté en triomphe par ses soldats peut par les armes accéder au pouvoir suprême. La garde prétorienne chargé de veiller à la sécurité des empereurs joue un rôle grandissant dans les complots et les assassinats qui jalonnent la période impériale.

La fonction de grand pontife procure aux empereurs un caractère sacré. De plus dans les croyances populaires, Scipion l'Africain, Marius et Sylla ont un caractère divin. César développe autour de lui une légende de divinité prétendant descendre de Vénus et d'Énée. L'empereur Auguste met en place le culte impérial. Il fait diviniser César et ainsi, en tant que son héritier, il s'élève ainsi au-dessus de l'humanité. Il se dit fils d'Apollon. Il associe aussi toute la communauté au culte du génie familial devenant ainsi le père de tous, d'où son titre de père de la patrie. Auguste refuse d'être divinisé de son vivant. Il laisse cependant se construire des temples qui lui sont consacrés surtout dans l'Orient habitué à considérer ses souverains comme des dieux vivants, à condition que son nom soit associé à celui de Rome divinisée. Le mouvement se poursuit après sa mort. Tous les empereurs se placent sous l'auspice d'un dieu. Peu à peu, ils sont assimilés à des dieux vivants dans tout l'Empire. Après la mort ils reçoivent l'apothéose. Les Antonins prennent Jupiter capitolin comme dieu suprême. Pendant le règne d'Hadrien, la divinisation de l'empereur vivant progresse encore en Orient. L'idéologie impériale revêt des aspects plus philosophiques. L'empereur doit sa réussite à son mérite (Virtus) et à la protection divine132.

Le culte impérial est aussi une manière d'habituer les habitants de l'Empire, si dissemblables par la culture et les croyances à respecter le pouvoir de Rome à travers un empereur divinisé. Dans tout l'Empire, on restaure ou on construit des temples consacrés au culte impérial. Des cérémonies sont organisées en l'honneur de l'empereur. C'est l'occasion pour la communauté de se retrouver dans des processions devant de sacrifices, des banquets et toutes sortes de spectacles.

 

Administration impériale

 

Article détaillé : Province romaine.

 

L'Empire romain sous Hadrien, avec des frontières stabilisées, vers l'an 120.

 

Dans les provinces sénatoriales, le gouverneur, un proconsul ou un propréteur, est nommé par le Sénat. Ces provinces sont en paix et il n'y réside aucune légion en permanence. Dans les provinces impériales le gouverneur, un légat propréteur ou procurateur, est nommé par l'empereur. L'Égypte est dirigée par un préfet pris dans l'ordre équestre nommé par l'empereur. Cependant l'empereur dispose de pouvoirs de contrôle dans toutes les provinces. Il peut nommer des légats extraordinaires dans les provinces sénatoriales. Partout dans l'Empire, les domaines impériaux, les impôts indirects et les mines sont administrés par un procurateur nommé par l'empereur. L'Italie jouit d'un statut privilégié. Elle échappe à l'impôt foncier et est administrée directement par le Sénat.

Les gouverneurs sont nommés pour une durée de 4 à 6 ans. Ils gardent des liens étroits avec le pouvoir central grâce à une correspondance très suivie. Ils doivent veiller aux impôts, à l'ordre public, au recensement, au respect des propriétés. Ils disposent d'une administration très réduite. De fait, ils interviennent dans la vie des provinces surtout pour juger un citoyen romain, juguler les troubles importants à l'ordre public, résoudre les difficultés financières des cités. La plupart des questions administratives sont réglées à l'échelon local dans le cadre de la cité. Celle-ci constitue pour les Romains, le cadre de vie idéal. Là où il n'en existait pas, essentiellement en Occident, les Romains en ont créé.

Dans la capitale, on trouve autour du souverain des organismes et des hommes qui l'aident à gouverner. Le conseil du prince dont il s'entoure pour prendre les décisions capitales est composé d'hommes choisis pour leurs compétences militaires, juridiques ou diplomatiques. Le conseil devient peu à peu permanent et prend une place prépondérante dans le gouvernement de l'Empire. Le préfet du prétoire est le personnage le plus important de l'entourage impérial. Il dirige la garde prétorienne et est le commandant en second lors des expéditions militaires. Il finit même par menacer le pouvoir impérial.

 

Organisation militaire

Articles détaillés : Armée romaine, Légion romaine et Limes.

 

Déploiement des 27 légions en 80.

 

Jusqu'au milieu de IIe siècle, l'armée reste une armée de conquête. Auguste annexe l'Illyrie et tente vainement de conquérir la Germanie. Il fixe les frontières de l'Empire au Rhin et au Danube. Claude fait la conquête de la Bretagne, Trajan, celle de la Dacie, de l'Arabie. Il fait l'éphémère conquête de la Parthie. À partir d'Hadrien, le plus important est de maintenir l'Empire et non plus de conquérir de nouveaux territoires. Une des priorités d'Hadrien est d'enclore l'espace romain derrière une muraille destinée à protéger l'Empire des barbares. On lui doit le fameux mur d'Hadrien au nord de la Bretagne133. Ces successeurs continuent son œuvre. Aux frontières de la Germanie, de l'Orient et de l'Afrique, des murs sont érigés. On a fini par leur donner le nom de limes bien qu'en latin, limes signifie simplement chemin de patrouille à la frontière. Des voies stratégiques permettent de circuler facilement jusqu'aux frontières pour les défendre en cas d'attaque. En tout, les Romains ont 9 000 km de frontière à défendre. L'armée reste cantonnée aux frontières. Les gouverneurs des provinces frontalières qui accueillent des légions sont choisis avec soin par l'empereur, car ils en assurent le commandement. En tout, 400 000 hommes repartis en 30 légions (25 à l'époque d'Auguste) défendent les frontières.

 

Soldats romains vers 70 (reconstitution ludique).

 

L'armée romaine comprend à peu près 150 000 légionnaires de citoyenneté romaine et engagés pour 20 ans. Ils sont doublés par des troupes auxiliaires recrutées parmi les non-citoyens et qui reçoivent la citoyenneté romaine au bout de 25 ans de service militaire. À partir d'Hadrien, une partie des auxiliaires se distinguent de l'armée romaine, car ils gardent leur armement traditionnel133. Les Italiens, qui au Ier siècle étaient encore majoritaires dans les légions, répugnent de plus en plus à faire leur service militaire. Il faut donc aller chercher les recrues dans les provinces qui, quand elles sont très romanisées, rechignent elles aussi à partir à l'armée. Les soldats se recrutent donc de plus en plus dans les provinces les moins romanisées même si, au IIe siècle, la garde prétorienne et les officiers (Centurions) sont toujours recrutés parmi les Italiens. L'Italie demeure aussi le principal lieu de recrutement pour la formation de nouvelles légions comme ce fut le cas sous Marc Aurèle (Legio III Italica). L'armée romaine est devenue néanmoins une armée de métier qui a amalgamé les divers peuples de l'Empire. Son unité provient d'un esprit de corps donné par un entraînement rigoureux, une discipline de fer élevée au rang de divinité, une religion spécifique des camps autour des dieux romains traditionnels et du culte impérial, un encadrement de qualité. On doit au corps des ingénieurs militaires la construction de canaux, de routes, d'aqueducs, et de fortification de cités. La présence de l'armée aux frontières est un grand facteur de développement économique pour ces zones et un puissant instrument de romanisation.

 

Société de Haut Empire

 

Article détaillé : Société romaine.

 

Les 80 millions d’habitants de l'Empire appartiennent par naissance ou par fortune à des groupes sociaux différents. On naît esclave, homme libre ou citoyen romain. Les esclaves n'ont aucun droit. Ils mènent une vie très dure dans les grands domaines ou dans les mines. En ville leur sort est plus clément. Ils travaillent comme domestiques, artisans et même professeurs ou artistes pour les plus lettrés. Certains tiennent boutique et versent une somme à leur maître pour pouvoir travailler. Ils peuvent ainsi payer leur affranchissement. Les sujets de l'Empire sont des hommes libres qui ne sont pas citoyens romains. Ils peuvent témoigner en justice, mais doivent payer le tributum, un impôt direct. On est citoyen romain par naissance, par décret ou après 25 ans de service militaire. Les citoyens ne paient pas le tributum. La plupart des citoyens exercent de petits métiers. À Rome, il existe 200 000 citoyens pauvres pour qui les distributions gratuites de l'annone sont vitales.

Les plus riches sont regroupés dans l'ordre équestre ou l'ordre sénatorial sur décision de l'empereur. Dans cette société d'ordres : ordre sénatorial, ordre équestre ou ordre décurional, la nobilitas se distingue une reconnaissance de l'origine et non pas par un statut. Cependant, la nobilitas perd certains de ses marqueurs sociaux. Au IIe siècle la procession des portraits disparaît. Elle est en effet désormais réservée aux seules funérailles impériales134.

Au début de l'Empire, la société n'est pas figée. Les esclaves, surtout urbains, peuvent être facilement affranchis par leur maître. Peu à peu tous les hommes libres accèdent à la citoyenneté. L'édit de Caracalla, en 212, fait de tous les hommes libres des citoyens romains, ce qui « renforce l'unité morale de l'Empire135 ». Cependant, les Barbares soumis par la force ainsi que les basses couches de la population égyptienne ne reçoivent pas la citoyenneté135. Ainsi à Volubilis, les paysans isolés et les tribus semi-nomades voisines de la cité restent des sujets de l'Empire, sauf quelques chefs récompensés ainsi de leur soutien136. Mais peu à peu, les distinctions se font entre les honestiores, les puissants, et les humiliores, les humbles. Ils sont traités de manière inégale devant la justice : à la distinction juridique entre citoyen et non-citoyen s'est substituée une distinction sociale entre riches et pauvres.

 

Ville, lieu de la civilisation romaine

 

 

Carte du centre de Rome.

 

Dans presque toutes les cités de l'Empire, on vit à l'heure romaine. Selon certaines estimations137, Rome, la capitale compte plus d'un million d'habitants sous le Haut-Empire (fourchette de 600 000 à 1.2 million138). Les Romains l'appellent tout simplement l'urbs, la ville. Elle est avec Alexandrie, la plus grande ville du monde romain. Depuis le Ier siècle, la ville a été beaucoup embellie par les empereurs. Ces nombreux monuments symbolisent la grandeur de Rome et l'art de vivre de Romains. Les forums, lieux de vie politique sous la République, sont devenus des ensembles monumentaux comprenant des basiliques, de nombreux temples, des arcs de triomphe et des bibliothèques. La colline du Palatin est occupée par les palais impériaux, la maison des Augustes. Mais Rome est avant tout dans l'imagination populaire, la ville des jeux. Plusieurs monuments exceptionnels leur sont consacrés: le circus Maximus entre le mont Palatin et l'Aventin, Le Colisée, le plus grand amphithéâtre du monde romain, consacré aux jeux du cirque, essentiellement des combats de gladiateurs. Les thermes apparaissent à la fin de la République. Les empereurs en construisent de nombreux pour les loisirs de la plèbe romaine. Pour acheminer l'eau dont les thermes et une population nombreuse ont besoin, de nombreux aqueducs sont construits. Au Ier siècle, ils peuvent acheminer vers la ville près d’un million de mètres cube d'eau en un jour. La ville a grandi au cours des siècles de manière désordonnée. Les rues sont étroites et sinueuses. En 64, après l'incendie de Rome, Néron fait reconstruire la ville avec des axes larges et aérés. Les plus riches vivent dans de vastes villas, alors que les plus modestes vivent dans des immeubles collectifs, les insulae.

 

Plan et maquette d'une villa suburbaine de type pompéien.

 

L'architecture romaine s'épanouit dans les villes, l'architecture impériale innove dans la généralisation de la voûte en plein cintre, et l'emploi systématique du mortier (opus caementicium) puis de la brique (opus latericium), réalisant des monuments de plus en plus audacieux à Rome (Panthéon, Colisée, forums impériaux, thermes, etc.) et dans les provinces (pont du Gard, arènes de Nîmes, etc.).

Les grandes métropoles comme Carthage, Antioche refleurissent. Les Romains construisent partout dans l'Empire des villes au plan régulier appelé plan hippodamien. La ville s’organise autour de deux axes, le cardo et le decumanus. On y trouve tous les monuments typiques de la romanité. Les villes ont à leur tête un sénat local appelé curie recruté parmi les riches habitants de l'Empire. Ils forment l'ordre décurional. C'est en son sein que sont élus les magistrats : édiles — chargés de la police des marchés et de la voirie —, duumvirs — magistrats ayant des attributions judiciaires —, duumvirs quinquennaux — élu tous les cinq ans et assurant des fonctions censoriales. L'ordo des décurions doit gérer les finances (pecunia publica) et le territoire de la cité, assurer l'ordre public et les relations avec le pouvoir central. Les décurions et surtout les magistrats financent en grande partie sur leurs fonds propres, la construction de monuments et des temples. À des sommes légalement définies et exigées, ils peuvent ajouter volontairement un don de leur part. Cette pratique appelée évergétisme occupe une place importante dans la construction et la vie des cités. L'évergétisme permet aux aristocrates des cités de manifester leur libéralité et leur faste, il peut être un outil d'autocélébration, appuyer une stratégie familiale, le monument donné rappelant la gloire de la famille sur des générations, en même temps qu'il fonde une cohésion politique et sociale : le don de l'évergète peut être conçu comme un contre-don qui répond au respect dont lui témoigne la cité et au pouvoir politique qu'elle lui a conféré. Fêtes, spectacles et distributions variées, souvent issues de l'évergétisme, contribuent, dans les cités, à l'élaboration puis au maintien d'une culture municipale, d'une cohésion civique. Si l'historiographie a vu autrefois dans l'évergétisme un facteur expliquant l'abandon des fonctions politiques par les aristocraties locales, cette hypothèse n'est plus actuellement reçue, et l'on n'imagine plus une désertion généralisée des curies.

 

Dans les villes de l'ouest de l'Empire, le latin se répand tandis que l'est reste fidèle à la langue grecque.

 

Prospérité économique

 

Article détaillé : Économie romaine.

 

En règle générale, la plupart des richesses produites viennent des campagnes et de l'agriculture. Sous le Haut-Empire, la tendance à la concentration foncière se confirme. La nobilitas ou les temples d'Orient possèdent de vastes domaines. Mais le plus grand propriétaire de l'Empire, c'est l'empereur lui-même qui agrandit ses biens en confisquant ceux de ses opposants. Le centre du grand domaine ou latifundium est la villa, la demeure du maître avec ses dépendances. Si l'idéal affiché est celui de l'autarcie, car c'est le patrimoine foncier et l'autosuffisance qui fonde la dignité sociale, il existe d'importantes régions de cultures commerciales. La principale culture est celle des céréales qui permet de nourrir tous les habitants du domaine. Les agronomes romains conseillent de réserver une partie de la superficie à des cultures commerciales comme la vigne et l'olivier. La petite propriété n'a pas disparu pour autant. Elle demeure l'idéal de la société romaine, mais son importance s'est réduite. Si sous l'Empire, l'agriculture a peu évolué, techniquement elle a diffusé certaines pratiques. L'existence de gains de productivité n'est pas exclue par certains auteurs.

Les principales activités artisanales sont effectuées dans les campagnes, mais aussi dans les villes : production textile, fabrication et entretien des outils, production de poterie. Pendant très longtemps les historiens conçurent les villes antiques comme uniquement consommatrice, après des discussions importantes cet avis est considérablement relativisé. D'importantes régions minières existaient en Espagne et dans les régions danubiennes. Mais là aussi, les progrès techniques sont minimes. Le travail manuel et l'activité mercantile sont, pour les classes instruites, une source de mépris, une chose réservée aux classes inférieures et aux esclaves. L'existence d'esclaves a peut-être aussi constitué un obstacle au développement du progrès technologique. Toutefois, les recherches archéologiques récentes relativisent aussi fortement les anciens jugements portés sur certains domaines : les archéologues et historiens s'accordent par exemple aujourd'hui sur la diffusion importante et précoce du moulin à eau dans l'Empire romain.

La paix et la prospérité du Haut-Empire entraînent un accroissement des activités commerciales. La Méditerranée au cœur de l'Empire romain connaît un trafic intense. La piraterie est très réduite grâce aux flottes de guerre des empereurs qui patrouillent en permanence. Les navires se hasardent de plus en plus en haute mer pour raccourcir la durée des traversées. Mais pour les trajets coûts ou moyens, les marins préfèrent le cabotage le long des côtes. La Méditerranée est ouverte de mars à octobre, c'est-à-dire que la navigation y est autorisée. En hiver, il n'y a pas de navigation. Les grands ports méditerranéens sont Ostie, le port de Rome, Alexandrie en Égypte et Carthage en Afrique. Les liens commerciaux atteignent aussi la Baltique, l'Afrique noire via les caravanes transsahariennes, l'Inde et la Chine. On voit donc que l'Empire n'est pas un espace clos. Le goût pour les produits de luxe des Romains alimente le grand commerce international. En ce sens l'Empire prolonge les deux derniers siècles de la république, mais la domination économique italienne dans certains domaines — céramiques de qualité, amphores, vins — cède la place, avec le temps, aux productions provinciales.

 

Crise de l’Empire romain (IIIe siècle)

 

Article détaillé : Crise du troisième siècle.

 

Origines de la crise

 

Les historiens s'interrogent encore sur les raisons de la crise profonde que traverse l'Empire romain au IIIe siècle. Certaines causes extérieures à l'Empire peuvent l'expliquer. En Orient, l'Empire parthe déliquescent laisse la place à l'Empire Sassanide dans le second quart du IIIe siècle. Cet empire puissant, bien structuré et agressif fait peser une pression constante sur les provinces d'Asie. Au nord-est de l'Europe, les Germains orientaux qui vivent dans les régions de la mer baltique entament une lente migration vers le Sud et le Sud-Est européen. Ce faisant, ils chassent les autres tribus qui se trouvent sur les territoires qu'ils traversent. Celles-ci cherchent à trouver refuge dans l'Empire romain en espérant y trouver de nouvelles terres et un riche butin139. Leurs incursions mettent à jour la faiblesse de la stratégie défensive romaine. En effet, les légions sont massées aux frontières. Une fois franchie la région frontière, les barbares peuvent ravager sans presque aucune entrave les provinces. Le dispositif militaire romain, et l'organisation du pouvoir impérial sont aussi très peu adaptés à une guerre simultanée sur deux fronts, en Orient et sur l'ensemble Rhin-Danube.

Les difficultés internes sont dues à l'éloignement de plus en plus grand des militaires prêts à imposer de lourds sacrifices aux civils pour protéger l'Empire des menaces d'invasions et de la classe possédante qui accepte difficilement l'accroissement de ses charges fiscales. Sur le plan politique, cela se traduit par la montée de l'ordre équestre, titulaire des grandes préfectures et de plus en plus présente dans les provinces comme gouverneur à la place de la classe sénatoriale140. De plus à partir de 250, l'Empire romain est touché par des épidémies qui entraînent, au moins régionalement, une dépopulation et une crise économique dont souffrent principalement l'Occident déjà ravagé par les incursions germaniques.

L'état le plus récent de la recherche relativise cependant le caractère général et continu de la crise. Le IIIe siècle est désormais plutôt décrit comme marqués par quelques grandes crises mieux définies du point de vue chronologique : crise politique en 238, deux graves crises dans les années 250 et 260, la période la plus dure pour le pouvoir impérial. Mais l'accent est désormais aussi mis sur la diversité des situations régionales, le maintien d'une prospérité en Afrique, sur l'existence de période de redressement ou sur les capacités de relèvement et de résistance, induisant plus une période de mutation qu'une crise et un déclin continus.

 

Instabilité impériale

 

 

La période comprise entre 235 et 268 est assez mal connue. Seize empereurs se sont succédé, faits et défaits par le sort des armes. Les empereurs sont créés par un nouveau groupe, l’État-major de l’armée. Il choisit le nouvel empereur, qui est ensuite avalisé par le Sénat. Le rang impérial est devenu, aux yeux des militaires, le grade le plus élevé dans la hiérarchie des officiers131. Ainsi Maximin Ier le Thrace est le premier militaire de carrière à devenir empereur par la volonté seule de ses soldats141. Il déploie une grande énergie pour sécuriser la frontière face aux Daces et aux Sarmates. Il exige de la classe sénatoriale et des provinces de lourds impôts pour faire face aux dépenses militaires qui atteignent la moitié du budget de l'État. Cette pression fiscale provoque la fraude fiscale de sénateurs dont la fortune dépasse les millions de sesterces142 et la révolte des grands propriétaires d'Afrique qui portent au pouvoir Gordien Ier en association avec son fils Gordien II en 238. Ils sont rapidement battus. Maximin est tué devant Aquilée de même que Pupien et Balbin, choisis par le Sénat comme nouveaux Augustes. À la fin de 238, Gordien III, le petit-fils de Gordien Ier devient empereur143. Il périt assassiné à l'instigation du préfet du prétoire, Philippe l'Arabe qui doit éliminer plusieurs concurrents avant d'être tué en affrontant Dèce. Dèce est le premier empereur tué par des barbares, lors de la lourde défaite d'Abrittus face aux Goths en 251. Trébonien Galle et Émilien se succèdent à un rythme rapproché. Ce dernier ne règne que quatre-vingt-huit jours. La légitimité impériale qui reposait sur la victoire est soumise à rude épreuve : la crise militaire encourage les usurpations : les armées cherchant un général efficace et les régions menacées désirant un empereur proche pour les protéger.

 

Période dite des
« Trente Tyrans » :

Valérien (253 à 260)
Gallien (253 à 268)

 

Valérien règne associé à son fils Gallien. Celui-ci est le dernier aristocrate à parvenir à l'Empire144. Ils doivent faire face aux incursions des Alamans et des Francs en Gaule et à l'offensive du souverain sassanide Sapor en Syrie. En 260, Valérien est même fait prisonnier par les Perses et finit ses jours comme esclave en Iran. Gallien resté seul empereur parvient à stopper une invasion des Alamans en les battant en Italie du Nord. Il abandonne la Dacie conquise par Trajan qui est devenue trop difficile à défendre et fixe la frontière de l'Empire sur le Danube. Mais il doit faire face à de nombreuses usurpations, celle de Macrien et de Quiétus en Orient, de Régalien en Pannonie et de Postume en Gaule qui proclame l'Empire des Gaules.

 

 

Les successeurs de Gallien sont tous des militaires à qui l'armée a donné une grande rigueur et la foi en l'éternité de l'Empire romain. L'Empire est devenu militaire. À partir de réformes entamées sous Gallien — exclusion des sénateurs du commandement militaire — les empereurs illyriens font face à la crise et réorganisent la défense de l'Empire. Aurélien réunifie l'Empire en mettant un terme aux sécessions palmyrénienne et gauloise et fortifie Rome.

 

Transformations après 260

 

Gallien entame une mutation profonde de la stratégie militaire. Il répartit en profondeur les moyens de défense en plaçant dans les principaux nœuds routiers de l'Illyrie des détachements des légions frontalières. Il constitue une importante cavalerie avec un commandement autonome. Il exclut les sénateurs des emplois militaires et les remplace par des chevaliers. Il fait entrer dans l'armée des barbares vaincus amorçant par là même la « barbarisation » de l'armée145. L'armée absorbe une part toujours plus grande des ressources de l'État. Un impôt spécial, l'annone militaire, est prélevé pour son entretien.

 

L'Empire divisé autour de 271 : Empire des Gaules et celui de Palmyre.

 

Les fonctions de général en chef et de chef de guerre victorieux que tient traditionnellement l'empereur sont renforcées dans ces périodes de guerres incessantes. À côté des qualificatifs habituels comme felix, on associe de plus en plus le terme invictus. En effet, un empereur vainqueur peut espérer la fidélité de ses sujets et de ses troupes. En cas de défaite militaire, des concurrents apparaissent parmi les autres généraux. Les empereurs essaient cependant de trouver une légitimité en transformant le culte impérial. Aurélien est divinisé de son vivant. Sur ses monnaies, on peut trouver l'inscription deus et dominus natus (dieu et seigneur de naissance)

Les difficultés du IIIe siècle donnent à penser aux Romains qu'ils ont été abandonnés par les dieux et il s'ensuit une période ou les citoyens refusant de participer aux cultes publics, comme les chrétiens et les Juifs sont persécutés. Dèce, à partir de 250 puis Valérien renouvelle l'obligation de sacrifices, ce qui entraîne des persécutions envers les réfractaires. En 260, son fils Gallien publie un édit de tolérance maintenu par ses successeurs pendant 40 ans.

L'opposition entre la nobilitas et l'homme nouveau est plus vivace que jamais. L’Empire passe entre les mains de familles n'ayant jamais exercé la fonction impériale. Les empereurs novi laissent à leur famille la noblesse en héritage. Les honestiores des provinces d'Occident et les dirigeants des peuples barbares voisins, acquièrent eux aussi la nobilitas qui les incorpore aux couches les plus élevées. En ce qui concerne la noblesse romaine, elle garde un immense prestige social, mais perd presque toute son autorité politique134.

 

Antiquité tardive (fin IIIe au Ve siècle)

 

Article détaillé : Antiquité tardive.

 

Empereurs du Bas Empire

 

 

Dioclétien, musée d'Istanbul.

 

 

Quelques mois après son arrivée au pouvoir, Dioclétien comprend qu'il ne peut diriger seul l'Empire et confie à Maximien le soin de s'occuper de l'Occident en tant que César puis d'Auguste. En 293, il donne à Maximien un adjoint qui porte le titre de César, Constance Chlore et s'en choisit lui-même un, Galère. C'est ainsi que les besoins de l'Empire donnent par hasard naissance à la tétrarchie, c'est-à-dire le pouvoir à quatre. Il n'y a pas de partage territorial de l'Empire romain, mais, les quatre hommes se répartissent le commandement des troupes et les secteurs dans lesquels ils interviennent. Dioclétien reste cependant au sommet146. Cette nouvelle organisation permet d'éliminer les usurpateurs qui semaient le trouble en Gaule, de repousser les barbares. La victoire sur les Sassanides permet de renforcer la présence romaine en Mésopotamie avec la constitution de cinq nouvelles provinces147. La politique intérieure de Dioclétien est dans lignée des empereurs du IIIe siècle. Il renforce la divinisation de la fonction impériale. Il déclenche la dernière et la plus violente des persécutions contre les chrétiens.   


En 305, les deux Augustes abdiquent le même jour pour laisser la place à leurs Césars, Galère et Constance Chlore, qui deviennent à leur tour Augustes. Dioclétien choisit deux nouveaux Césars, <a title="Maximin II Daïa" href="http://fr.wi