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 LIBERATION DES OTAGES :

LES DESSOUS DE L'AFFAIRE

Editorial par Maurice D.

Quatre otages libérés, parmi ceux capturés par des terroristes musulmans au Niger il y a trois ans : c'est tant mieux pour eux.

 

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Avec une admirable modestie, le président de la République en petites vacances en Slovaquie l'a annoncé hier vers 18 heures, en fin d'après-midi, avec une autre annonce, celle que Le Drian et Fabius étaient déjà en route pour Niamey avec un avion du GLAM (armée) afin de les ramener le plus vite possible, c'est-à-dire ce matin, à Villacoublay.

Quelle efficacité, quelle promptitude à réagir, "un succès pour Hollande" ont déclaré à l'unanimité les chroniqueurs présents à C' dans l'air qui a interrompu son émission pour chanter la bonne nouvelle à la gloire de son président vénéré. Ému Yves Calvi, émus les chroniqueurs par le ton grave, l'émotion retenue du président qui venait d'apprendre la nouvelle, "à l'instant" comme il le déclare dans son annonce, et en faisait part avec une promptitude admirable au bon peuple de France.

Pas un seul pour observer quelques petits détails troublants. Dans le désordre :
L'annonce arrive à pic pour donner un coup de pouce vers le haut à la chute catastrophique pour l'équipe au pouvoir de la popularité du président et du premier ministre, et redorer une image brouillée par plusieurs reculs du gouvernement et de la majorité socialistes sur divers sujets : la jeune rom expulsée invitée à revenir en France, l'éco-taxe sur les camions annulée, la colère des Bretons dont les entreprises ferment les unes après les autres, etc.

Or la libération était acquise depuis plusieurs jours, le bruit en avait couru vendredi dernier mais le gouvernement l'avait vigoureusement démenti. Seulement comment se fait-il alors que les otages étaient déjà "installés dans une villa de Niamey où des médecins les ont examinés, une villa où ils se sont reposés,…" selon une correspondante de presse citée par BFM-TV.

Qui en a prévenu Le Drian et Fabius déjà dans l'avion au moment où Hollande parlait ?

C'est, nous dit-on, le président nigérien Mahamadou Issanfou, président du Parti Nigérien pour le Socialisme, un copain de Hollande, un copain "qui a beaucoup fait pour la libération des otages", mais en réalité a surtout organisé avec Hollande la rétention d'information qui leur permet de s'attribuer maintenant tout le mérite de l'opération.

Un mérite d'autant plus grand que "la libération s'est faite sans assaut et sans paiement d'une rançon, conformément à la doctrine que le président défend" a fait savoir Le Drian qui voudrait bien récolter quelques miettes du succès présidentiel.

On imagine les terroristes musulmans dans leur désert, gentiment convaincus par les arguments humanistes des deux présidents socialistes, celui de France étant relayé sur place par Le Drian "qui a fait plusieurs voyages à Niamey en toute discrétion". Des terroristes qui auraient pendant trois ans nourris et soignés "à l'œil" les otages "qui semblent en bonne santé", tout en les déplaçant constamment, comme l'a raconté l'otage libérée dès la première année pour cause de maladie.

Cela ne fait pas que sembler incroyable, ça l'est. La preuve en est apportée par une jeune femme, fille d'un otage qui n'a pas été libéré celui-là.

Dans une courte vidéo diffusée par Planet.fr, (en toute discrétion, en fin de l'article sur le "Nouvel impôt climat-énergie voté hier par les députés") elle raconte qu'elle a été contactée "il y a deux mois" par l'Elysée qui lui a annoncé la libération imminente des otages, un accord étant en cours de négociation entre Areva et les preneurs d'otages sur le paiement de la rançon par Areva. Elle a objecté que c'était bien pour les otages employés par Areva, mais que son père n'avait aucune entreprise pour payer sa rançon. Il lui a été répondu "trois jours plus tard" qu'Areva paierait pour les cinq otages français. "Ce soir mon père n'est pas là" conclue-t-elle.

Il y a donc bien eu versement d'une rançon.

Cela rassure, les terroristes ne sont pas les gentils musulmans ayant fait une bêtise et qui cherchent à se faire pardonner en rendant les otages après s'être fait gentiment gronder par Hollande et Issanfou, comme la presse et le gouvernement tentent de le faire croire, ce sont bien des preneurs d'otages sans scrupules qui font payer pour libérer leurs otages si on ne les leur reprend pas de force. Ça, c'est crédible et, j'ose le dire, "normal". Ce qui n'est pas normal, c'est la fable qu'on nous sert pour tenter de faire croire à l'efficacité du président et de ses ministres.

Versement d'une rançon il y a donc bien eu, et cette rançon a permis la libération de quatre otages, grâce à leur employeur Areva qui a chèrement payé pour. Le gouvernement et le président n'y sont pour rien ou presque. S'ils avaient autant d'influence qu'ils le prétendent sur le président Issanfou, celui-ci aurait négocié pour tous les otages, sans considération d'appartenance à une riche entreprise capable de verser plusieurs millions d'euros.

Il ne reste plus à nos militaires au Mali ("1 500 soldats" sont impliqués dans une opération en cours dans la boucle du Niger, donc au Sud du Nord-mali, selon la presse) à retrouver les preneurs d'otages islamistes avant qu'avec cet argent qu'ils viennent de recevoir ils aient acheté de nouvelles armes et de nouveaux pickups Toyota pour combattre nos soldats.

Dernier "détail" : pourquoi le président a-t-il attendu d'être en Slovaquie pour annoncer la libération des quatre otages ? D'abord cela a mobilisé Sarko One, l'avion présidentiel qui aurait pu être utilisé pour les rapatrier plutôt qu'un deuxième avion du GLAM avec les deux ministres chargés de les convoyer. Pourquoi deux ministres ? Ils n'ont rien d'autre à foutre ? Mais au diable les économies, ils ont droit à une journée de vacances à Niamey eux-aussi, comme le président à Bratislava où il s'est rendu pour des affaires très importantes : "Ce matin il signera le Livre d'or de la ville, à midi il sera reçu vingt minutes par le président slovaque et cet après-midi il visitera un musée" (iTélé, hier matin).

Le plus drôle, si l'on peut dire, c'est que le président slovaque s'est ouvertement payé sa tête en faisant malicieusement observer à Hollande que lui, en début d'année, il avait fait voter une éco-taxe sans rencontrer la moindre difficulté.

La Bretagne est à feu et à sang (il a déjà coulé : une main de manifestant arrachée par une grenade), son gouvernement recule "avec courage" comme dit Ayrault sur l'eco-taxe, mais le président a le temps d'aller faire du tourisme culturel en Slovaquie. Formidable !

Maurice D.

 

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