AUJOURD'HUI DECOUVREZ QUI EST REELEMENT LE CANDIDAT EMMANUEL MACRON A LA PRESIDENTIELLE ?

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Emmanuel MACRON, produit de l’année du Système

Trop ‘‘COOL ’’ et MÉDIATIQUE pour être HONNÊTE

Incontestablement, Emmanuel Macron est la sensation politique du moment, celui de la présidentielle. Jusqu'à présent (à 9 jours du premier tour), du simple point de vue de la stratégie politicienne, c'est un parcours (presque) sans fautes : couverture médiatique de rêve et (ceci expliquant cela) bonne image apparente dans l'opinion française ; soutien de la grande majorité des élites financières et culturelles françaises et internationales ; rupture proclamée avec les partis politiques discrédités et même avec le gouvernement impopulaire dont il est issu ; discours politiquement correct sur les « sujets qui fâchent » (ou qui clivent) : immigration, protectionnisme, poussée populiste, etc. Et n'oublions pas ce côté « société civile », homme du réel et des dossiers, si prisé par les temps qui courent... Et, un bonheur politique n'arrivant jamais seul, le candidat Macron peut encore compter sur les difficultés de ses adversaires : d'une gauche divisée par la gué- guerre Valls/Hamon/Mélenchon à une droite déstabilisée par la préférence familiale de François Fillon. Cerise sur ce gâteau déjà « appétissant », Emmanuel Macron est encore servi par une « excellente présentation », avec son physique de jeune premier de la politique et du business et sa bonne éducation : on sait que ce côté gendre – ou fiancé – idéal est un argument électoral, à l'heure de l'image reine et de la peopolisation de la politique. Il ne manque même pas au candidat de « la gauche + la droite » le label officiel « rebelle » décerné par tout ce qu'il y a de moins rebelle dans ce pays, à savoir les élites médiatiques et économiques. On a pu lire ça et là que se préparait une «révolution Macron » ; et son livre programme, il l'a lui-même baptisé Révolution. Emmanuel Macron serait en somme une sorte de Che Guevara cool et pas marxiste, un nouveau Kennedy de la modernité politique... Et, histoire de rassurer, à tout hasard, un autre « segment » de clientèle politique, Macron s'est fendu d'allusions respectueuses à Louis XVI et Jeanne d'Arc, et même d'une visite à Philippe de Villiers au Puy-du-Fou. Comme ça tout le monde ou presque est content. Oui mais voilà, nous, nous ne sommes pas contents. Parce que nous ne sommes pas dupes d'une opération de communication et donc de manipulation de très grande ampleur, au profit d'un personnage dont tous les Français qui s'inquiètent de leur avenir, de leur identité et de leur protection sociale ont quelque chose à redouter. Macron n'est sans doute pas le premier pré- dateur social et agent d'influence étranger déguisé en réformateur justicier. Mais c'est, à ce jour, le mieux organisé, le plus soutenu et le plus en situation de prendre la direction de ce pays. Cet outsider est juste le représentant local de l'oligarchie internationale – et plus exactement « post-nationale » – la plus tentaculaire, ce « rebelle » est du côté des puissants de l'heure, ce « réformateur social » est le plus « Medef-compatible » des candidats à la présidence de la France. Et c'est bien ce que nous allons nous efforcer de démontrer dans les quelques pages qui suivent, à grands renforts de faits incontournables et de citations incontestables.

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D’où viens-tu Emmanuel ? 

Du gouvernement le plus impopulaire qui soit, celui de Hollande/Valls.... DE CHEVÈNEMENT À HOLLANDE (EN PASSANT PAS LOIN DE FILLON)...

Et avant le gouvernement ? Né le 21 décembre 1977 ( - 40 ans ) à Amiens dans une famille de médecins – et d'universitaires –, Emmanuel Macron a fréquenté un collège de jésuites puis le lycée Henri IV à Paris, avant Sciences Po et enfin l'ENA (il est diplômé en 2004), pas la plus grande pépinière de rebelles disponible sur le marché. Dans toutes ses étapes, c'est le parcours, presque caricatural, d'un bon élève du système en place. Et c'est tout naturellement qu'il intègre l'inspection des Finances. En 2002, il vote cependant pour Jean-Pierre Chevènement, candidat d'une gauche souverainiste, jacobine et sociale, à l'opposé donc des orientations mondialistes qu'il ne va pas tarder à prendre. Au même moment (2003) il a adhéré au PS, dont Chevènement est devenu un opposant déclaré. Disons que le jeune homme – il a alors dans les 26 ans – se cherche encore... Un peu plus tard il fait partie d'un groupe de réflexion engagé en faveur de Ségolène Royal pour la présidentielle de 2007, et qui prône un front commun Royal/Bayrou : Chevènement décidément s'éloigne ! Il s'éloigne tellement qu'après avoir été refusé comme candidat PS aux législatives puis aux municipales en 2007 en Picardie (région dont il est originaire), Macron est dé-marché par le premier ministre de Nicolas Sarkozy, un cer-tain François Fillon, qui lui propose le poste de Directeur Adjoint de son cabinet : mais Emmanuel décline l'offre. C'est qu'en 2006 il a rencontré François Hollande, premier secrétaire du PS, dont il rejoint officiellement l'équipe en 2010. Pour la primaire de la gauche de 2011, alors que DSK est au faîte des sondages, il soutient Hollande. Il est membre d'un petit mais influent think-tank d'inspiration « sociale-libérale », le Groupe de La Rotonde, qui prône notamment – déjà – un « choc de compétitivité » (traduisez une réduction drastique du coût du travail français) et envoie régulièrement des recommandations en ce sens au candidat Hollande.

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UN JEUNE MILLIONNAIRE PARRAINÉ PAR MINC ET ATTALI

Entre-temps, son profil de carrière a changé : en 2008 il a quitté la fonction publique pour le privé. Et quel privé ! Il intègre en effet la banque Rothschild comme banquier d'affaires, grâce à la recommandation de Jacques Attali, théoricien et zélateur de la mondialisation la plus totale et la plus sauvage, et qui a l'oreille de Sarkozy après avoir eu celle de Mitterrand. Pas étonnant dans ces conditions idéales qu'il soit nommé par décret sarkozyste (2010) membre de la « Commission pour la libé- ration de la croissance française », plus connue comme « Commission Attali » du nom de son inspirateur, et qui prône un vaste programme de déréglementation de tout, du social au migratoire en passant par la production : encore un exemple de la consanguinité entre droite et gauche «de gouvernement ». À cette époque, celle de la présidence Sarkozy, Emmanuel Macron devient la créature d'un autre grand agitateur libertarien-mondialiste (de gauche), Alain Minc, qui l'introduit dans la sphère dirigeante du quotidien Le Monde.

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Suivant en cela le conseil – « Enrichissez-vous ! » – de Guizot, grand ancêtre du laissez-faire économique et politique, Emmanuel Macron grimpe dans la hiérarchie de la banque Rothschild et dans ce cadre réussit un joli coup de fric : le rachat du groupe Nestlé par la société pharmaceutique américaine Pfizer. Cette transaction portant sur neuf millards d'euros fait entrer l'ambitieux jeune homme dans la caste des millionnaires – il reconnaîtra avoir touché deux millions (bruts) entre 2010 et 2012. Il reconnaîtra aussi, en tant que banquier, 33.000 euros de rémunérations mensuelle « de base », hors bonus. En seulement trois ans, Emmanuel est devenu un aristocrate de l'argent et de la gauche « moderne » : le cré- neau est intéressant et il va solidement le tenir.

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Les choses sérieuses commencent (2012)

À peine Hollande élu président de la République, Emmanuel réintègre, en mai 2012, la fonction publique. Pas pour refaire l'inspecteur des Finances mais pour devenir Secrétaire général adjoint de l'Élysée. Le voilà, à 35 ans, dans le premier cercle du pouvoir. Et il bosse : il est notamment l'un des concepteurs du « pacte de responsabilité et de solidarité  », sorte de synthèse entre aspirations des milieux patronaux (allègement des charges et de la fiscalité des entreprises, «  simplification » des procédures d'embauche et de licenciement, tout ceci sur le modèle allemand), et protection sociale minimum des salariés ; le projet est présenté par François Hollande lors de ses bons vœux du 31 décembre 2013 ; mais sur ce dossier, Macron, plus franchement libéral que social, s'est heurté à Nicolas Revel, son alter ego au secrétariat de l'Élysée, qui est lui plus social que libéral. Il travaille aussi sur une réforme des retraites. Le Medef lui doit le refus final de Hollande de légiférer sur les salaires – parfois exorbitants – des grands dirigeants d'entreprises – on devra, dans ce domaine, se contenter d'un « code de bonne conduite » : décidément, à côté du jeune Macron, Michel Rocard ferait presque figure de bolchevik !

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UNE (BRÈVE ET CONFORTABLE) BOUDERIE POLITIQUE...

En juin 2014, Emmanuel quitte soudain le cabinet de François Hollande : on dira que sa décision s'explique par sa déception de n'avoir pas intégré le premier gouvernement Manuel Valls, et plus précisément de n'avoir pas récupéré le secrétariat général de l'Élysée finalement confié à Jean-Pierre Jouyet, énarque sexagénaire venu du cabinet Fillon et, comme tant d'autres, tout à fait « hollando-compatible » : à requin, requin et demi ! Pendant quelques semaines, le jeune golden boy de la politique et de la finance pense à créer sa société de conseil financier, ou encore un fonds d'investissement pour « projets innovants ». Puis, grâce à l'ami Minc, il obtient un « petit boulot de dépannage » : maître de conférence en Économie politique à la prestigieuse London School of Economics ; on lui trouve encore un poste à l'université à Berlin. Emmanuel appartient au monde merveilleux des élites mondialisées, où l'on ne connait jamais, même au creux d'une carrière, chômage et fins de mois difficiles… 

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Enfin Ministre ! (2014-2016)

De toute façon, ce « passage à vide » sera de très courte durée : en juin 2014, il est nommé ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique en remplacement d'Arnaud Montebourg, remercié par Hollande/Valls pour ses orientations économiques trop «patriotiques » . Pas de risques de ce côté avec le nouveau ministre de l'Économie, le plus jeune depuis Giscard sous Pompidou. On pense aussi, vu l'âge, le poste et l'orientation, au Laurent Fabius des années 80. L'opinion en tout cas le découvre vraiment. On peut compter sur lui pour tirer le maximum de profit politique de cette exposition...

UN PROJET DE LOI D'« UBÉRISATION » (AVANT LA LETTRE) DE L'ÉTAT ET DE L'ÉCO- NOMIE OU LA « MACRON-ÉCONOMIE »

Son premier haut fait est la présentation, en Conseil des ministre, en décembre 2014, de son projet de loi « pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances », qui est une version « libéralisée » d'un précédent projet d'Arnaud Montebourg : Macron, sous prétexte de « déverrouiller l'économie française », y déréglemente à tour de bras, sur les professions réglementées, sur le travail le dimanche – et la nuit ; sur le monopole de la SNCF en matière de transports de voyageurs sur longue distance (avec mise en concurrence avec des cars privés), sur l'acquisition « simplifiée » du permis de conduire. Il met même encore plus les pieds dans le plat patronal en prévoyant le plafonnement des indemnités de licenciement, et même des dommages et intérêts en cas de licenciement abusif ! Les promoteurs immobiliers ne sont pas oubliés, avec l'augmentation systématique de 30 % des limites de constructibilité en zones urbaines. Et il y a tout un volet spécial « désengagement de l'État de tout », avec un projet de vente par le dit État de dix milliards d'euros de participation dans des entreprises publiques récemment privatisées. Mieux – si l'on peut dire – le projet Macron envisage la possibilité de transférer la propriété de l'équipement de nos armées à des acteurs privés qui ainsi loueront chars, avions de chasse, terrains et ports de guerre à la Défense nationale ! Cette véritable ubérisation de la France, Alain Madelin l'avait rêvée dans les années 80, Emmanuel Macron l'a quasiment réalisée dans son projet, cadeau de fin d'année 2014 aux grand patrons et aux opérateurs privés ! Ce projet, sans précédent – même sous la droite – de super-mondialisation de l'économie et des services, de remise en cause des prérogatives de l'État et du modèle social français est définitivement adopté en juillet 2015. On avait beau se douter que la gauche de Hollande n'avait plus grand-chose à voir avec celle du Front Populaire, la révolution culturelle portée par Emmanuel Macron est de dimension historique ! De toute façon, il aura au moins l'honnêteté de déclarer, à l'occasion de sa visite à P. de Villiers en août 2016, « Je ne suis pas socialiste ». On pourrait ajouter au vu de ses projets et mesures qu'il est à peine plus « social » !

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UNE ÉTOILE POLITICIENNE EST NÉE !

Les éloges pleuvent à l'échelon international, de l'OCDE à la Commission de Bruxelles. En mars 2015 Macron entre définitivement dans la vie des Français via l'émission de France 2 « Des Paroles et des Actes » : des actes, il vient d'en accomplir de retentissants et de forte portée, et les paroles lui viennent bien, sur ce média qui rend justice à sa télégénie. Une étoile politique est vraiment née, dans la catégorie apparemment inusable des vrais-faux nouveaux Kennedy. Ce wonder golden boy, qui a évidemment bien capté l'air du temps médiatique, n'oublie pas de se donner un supplément d'âme de gauche : il exprime bruyamment son désaccord, fin 2015, avec un projet vallsien de ré- forme sur la déchéance de nationalité pour faits de terrorisme, laissant même courir la rumeur qu'il a envisagé de démissionner du gouvernement. Macron ne fait que traduire à sa façon l'équation de la gauche occidentale moderne : mondialisation économique + antiracisme médiatique. Début 2016, Emmanuel Macron tente de pousser ses réformes – et sa notoriété – en proposant un nouveau projet de loi, dit des « Nouvelles opportunités économiques », et aussitôt rebaptisé « Macron 2 », dans le droit fil du précédent. Mais cette fois-ci ça ne passe pas, ça casse même. Manuel Valls a fini par comprendre où Macron, avec l'amicale et discrète complicité de François Hollande, veut en venir : à le remplacer plutôt tôt que tard. Le Premier ministre s'oppose franchement à l'initiative de son sémillant ministre, et le contraint, avec l'aval de Hollande, à se soumettre au programme défini par le projet de loi de la ministre du Travail Myriam El Khomri. Celle-ci doit cependant accepter, de mauvaise grâce, d'intégrer deux mesures macroniennes à sa loi : la modification – dans un sens pro-patronal – des conditions de licenciement économique et le plafonnement des indemnités prud'homales des licenciés abusifs : Emmanuel a une éthique et n'y renonce pas facilement !

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LE BILAN D'UN MINISTRE : À VENDRE OUTIL INDUSTRIEL FRANÇAIS À PRIX SACRIFIÉS

C'est déjà l'heure d'une esquisse de bilan de Macron ministre. Outre sa révolution libérale (loi Macron 1), il a eu quelques gestes aussi forts que concrets : la privatisation puis cession à la Chine de l'aéroport de Toulouse ; la cession de l'équipementier télécom français Alcatel à son concurrent finlandais Nokia : à cette occasion (juin 2015), le ministre, en déplacement (auto)promotionnel en Bretagne, avait exposé le fond de sa pensée économique et politique d'une manière on ne peut plus claire : « Je ne fonctionne pas à la nostalgie. Je crois au volontarisme lucide. On peut penser qu'il vaut mieux rester français et seul, si c'est pour finir en mauvais état et avec beaucoup de licenciements ce n'est pas la solution. » Et à propos de la vente de l'aéroport de Toulouse à un investisseur chinois, il avait fustigé l'État français « très mauvais actionnaire » selon lui. Peut-être, mais c'était quand même un actionnaire français. Mais cette dimension nationale est décidément étrangère au logiciel «hors sol » d'Emmanuel Macron. On a donc compris que Macron n'avait pas la nostalgie de la France de de Gaulle. Quant aux licenciements, sa politique de préférence étrangère va en produire quelques-uns. En effet, le ministre Macron peut « s'honorer » d'une ou deux promesses non tenues : par exemple aux ouvriers de l'usine Alstom de Belfort, en grande difficulté, il avait solennellement promis que l'État – actionnaire à 20% de l'entreprise – ne les abandonnerait pas. Tout ça s'est conclu, comme on sait, par la fermeture de l'usine en septembre 2016. Une fermeture à laquelle d'ailleurs M. Macron n'est pas étranger avec ses mesures anti-SNCF. Beaucoup – dont Arnaud Montebourg – lui reprocheront de s'être très vite désintéressé du dossier de ce « canard boiteux », naguère pourtant fleuron de la technologie française. D'ailleurs, au niveau « macron-économique », le ministre de l'Économie mondialisée vend carrément la branche énergie d'Alstom au groupe américain General Electric pour 12 milliards, alors que le chiffre d'affaires d'Alstom était bien supérieur. Il a même refusé d'utiliser un décret datant de mai 2014 et permettant à l'État de s'opposer à la prise de contrôle d'une société française par un groupe étranger ! Naturellement, pour l'usine de Belfort, il dénoncera bruyamment une décision «inacceptable » de la direction d'Alstom, tout en ajoutant aussitôt que l'État ne pouvait s'opposer à cette décision. Et tant pis si elle ruine la vie de « sans-dents »... On peut aussi dire un mot des illustres « autocars Macron », fruits de sa réforme du monopole SNCF sur les grandes distances : en octobre 2016, un an après l'entrée en vigueur de la libéralisation des liaisons par autocars, Le Figaro constate que seuls 1 430 emplois ont été créés dans cette branche, quand début 2015 l'institut France Stratégie, émanation de Matignon, en prévoyait 22 000. Il est vrai qu'il ne s'agit pas ici de licenciements, mais littéralement, d'emplois fictifs ! Et puisqu'il est question d'emplois, il faut bien parler chiffres : sous son ministère – août 2014/août 2016 – ce sont 500 000 chômeurs de catégorie A qui se sont ajoutés aux statistiques officielles !

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MINISTRE ET OPPOSANT AU GOUVERNEMENT !

La dégradation - pour ne pas dire la décomposition – accélérée de l'image du gouvernement Hollande/Valls n'a évidemment pas échappé à l'ambitieux Emmanuel. Qui rue spectaculairement dans les brancards de la Hollandie en tenant, le 12 juillet 2016, un meeting du mouvement qu'il vient de se créer sur mesure, En Marche !, où il n'hésite pas à critiquer les orientations, jugées globalement inefficaces et archaïques, de son premier ministre Manuel Valls : c'est une attitude politique sans précédent sous la Ve République – on peut remonter peut-être au « oui mais » de Giscard à de Gaulle. Manuel Valls, outré, demande aussitôt la tête de Macron à Hollande qui le 14 juillet rappelle à son ministre de l'Économie qu'il est tenu à la « solidarité » gouvernementale, et doit travailler « sans démarche personnelle et encore moins présidentielle ». Mais le turbulent ministre n'écoute plus un président qu'il sait condamné par l'opinion. Le 30 août, à la demi-surprise générale, il démissionne avec éclat du gouvernement pour se consacrer à son mouvement, tremplin de sa candidature présidentielle. François Hollande, qui avait joué Macron contre Valls, reconnaîtra qu'Emmanuel Macron l'avait « trahi avec méthode » ! Ce dernier a d'autant moins d'états d'âme qu'un sondage indique alors que 84% des Français approuvent sa décision. Reste que Macron est d'ores et déjà entré dans l'histoire politique de la France contemporaine par sa brève mais retentissante expérience d'opposant déclaré au gouvernement auquel il participe !

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Dis moi qui te soutient je te dirai qui tu es: en marche vers l’enfumage

Au moment – avril 2016 – où il lance son mouvement En Marche !, Emmanuel Macron n'a ni structures, ni militants, ni même de vrai programme, et, bien sûr, pas de financement public. Mais il a d'innombrables amis bien placés. Et ceci va largement compenser cela.

L'HOMME QUI PARLAIT À L'OREILLE DES GRANDS PATRONS (ET VICE-VERSA)

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En quelques années de politique à gauche, le jeune homme s'est constitué un carnet d'adresses de riches et de puissants à faire pâlir d'envie un leader politique de droite. Le cas le plus « exemplaire » est encore celui de Patrick Drahi, homme d'affaires franco-maroco-israé- lien (et résident suisse) à la réputation douteuse mais à la puissance financière indéniable – il dirige le prospère consortium franco-luxembourgeois Altice, groupe intervenant dans les télécommunications et notamment le câble, et possède une holding Next Limited Partnership. Drahi est un archétype de ces grands hommes d'affaires transnationaux et même carrément hors sol. Et entre lui et Macron, le contact a tout de suite été bon. Début 2014, l'alors Secrétaire général adjoint de l'Élysée a pesé de toute son influence pour favoriser le groupe Drahi – contre Bouygues et l'avis du ministre de l'Économie Arnaud Montebourg qui s'inquiète à juste titre du flou fiscal et du caractère étranger des intérêts d'Alticedans la reprise de SFR, filiale de Vivendi. Finalement Drahi obtient SFR. Macron n'a pas obligé un ingrat. Il délègue auprès du président d'En Marche ! son bras droit d'Altice, Bernard Mourad, qui entre à l'état-major macronien comme « conseiller spécial » et, évidemment, financier à peine occulte : rarement la consanguinité entre une force politique et le monde de la (grande) finance aura été plus caricaturale...

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Mais Patrick Drahi est loin d'être la seule bonne fée patronale à s'être penchée sur le berceau d'En Marche ! Voici une liste non exhaustive de soutiens bien placés de l'entreprise Macron : - Alexandre Bompard, patron de la FNAC - Xavier Niel, patron de Free - Claude Bebear, patron d'Axa - Marc Simoncini, patron de Meetic - Henry Hermand, pionnier prospère de la grande distribution en France, (et un des mentors politiques du jeune Emmanuel Macron, et par ailleurs à l'origine de Terra Nova, le think tank bobo). - Françoise Holder, patronne du groupe Holder (boulangeries Paul et salons de thé de luxe Ladurée), venue du sarkozysme D'autres pontes du CAC 40 se font représenter auprès de Macron par leurs rejetons: ainsi Yannick Bolloré, fils de Vincent et directeur de l'agence Havas ; ainsi Alexandre Arnault, fils de Bernard le patron-fondateur de LVMH et accessoirement deuxième fortune de France. Tenu de par ses fonctions à un devoir de réserve (de façade) Pierre Gattaz, patron des patrons, a cependant lui aussi pour le jeune chef de parti les yeux de Chimène : en janvier 2017, Yves Thréard du Figaro cite Gattaz, qui « trouve tout à fait intéressant ce que dit Emmanuel Macron », un coup de pouce du Medef auquel n'aura pas droit François Fillon. On ne sait pas si Macron sera le futur président de la République mais on sait déjà qu'il est élu par le CAC 40 et qu'il est le candidat le plus « Medef-compatible » !

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« PLUS MÉDIATIQUE, TU MEURS ! » I

l n'y a pas que les grands patrons à voter Macron dès le premier tour. Il y a aussi les médias, notamment audiovisuels. Normal : tous sont la propriété de grands patrons. Le cas le plus caricatural à cet égard est celui de la chaîne d'information continue BFM TV – la plus regardée du PAF et de la TNT. Entre cent exemples, la journaliste politique-vedette de la chaîne, Ruth Elkrief, avait bien du mal à cacher son enthousiasme lors de son compte rendu du grand meeting lyonnais de Macron, le 5 février dernier : ce faisant elle était tout à fait dans la ligne du propriétaire de BFM, le décidément incontournable Patrick Drahi. Qui, au fait, possède aussi RMC.

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Macron peut encore compter sur l'attitude globalement « compréhensive » du groupe Bolloré qui possède Canal+, I-Télé, D8, etc. Notre « rebelle » peut aussi s'appuyer sur le bras long de son très proche Matthieu Gallet, PDG de Radio France, et encore, comme on vient de le voir, sur celui de Yannick Bolloré, patron de Havas. Il ne manque même pas au ré- pertoire du président d'En Marche la caution droitiste d'Yves de Kerdrel, directeur du groupe Valmonde, qui édite l'hebdomadaire Valeurs Actuelles, dont le lectorat se partage pourtant entre partisans de François Fillon et de Marine Le Pen ! Côté presse papier on ne s'étonnera pas d'avantage des unes très positives du Point, de L'Express, de L'Obs, ou, dans un registre plus people, de Paris Match, ou même des grands titres du Monde, de Libération ou de L'Opinion (pour ne pas parler de la presse économique, stalinienne dans son ultra-libéralisme).

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Tous ces titres sont la propriété de grands groupes, à commencer par celui de Xavier Niel qui, associé à ses compères de gauche Matthieu Pigasse et Pierre Bergé, tient les leviers du Monde, de L'Obs, de Télérama, de l'hebdo naguère catho La Vie, de Courrier International, des sites du Huffington Post et de Rue 89, etc, etc... Drahi, lui, fort de ses titres de propriété, fixe peu ou prou la ligne éditoriale de L'Express, de Libération et de L'Expansion. Avec ou sans consignes de propriétaires ou d'actionnaires, Laurent Joffrin et Nicolas Beytout, respectivement rédacteurs en chef de Libération (groupe Drahi) et de L'Opinion (propriété de Nicolas Beytout), n'ont pas ménagé leur plume pour chanter les talents d'Emmanuel Macron. Le groupe Lagardère, à forte participation qatarie soit dit en passant, a ménagé lui aussi, via Paris Match, quelques-unes valorisantes – et même franchement glamoureuses – à Macron et son épouse.. On a pu établir, début 2017, une statistique intéressante : entre janvier 2015 et janvier 2017 L'Express aurait consacré 4.100 articles à ce brillant sujet, Le Monde 2.000, soit bien plus qu'à tous les autres candidats réunis de la primaire de la gauche ! Certes, Emmanuel Macron est un newcomer très télégénique, mais lorsque l'on sait que la plupart de ces articles lui sont très favorables, on sent que les dés démocratiques sont quelque peu pipés dans le royaume de France ! À côté de l'empire de presse – virtuel mais très efficace – d'Emmanuel Macron, François Fillon ferait presque figure de « petit chose » avec...

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... Le Figaro et Valeurs Actuelles (moins son directeur de la rédaction Yves de Kerdrel) ! Pour finir, on remarquera que cet unanimisme laudatif des médias nous en rappelle un autre : celui dont bénéficia Dominique Strauss-Kahn, déclaré président de la République par les experts et journalistes avant même l'élection – et ce sensiblement pour les mêmes raisons politiques, économiques et culturelles que Macron aujourd'hui... On pourrait encore rappeler les exemples de Laurent Fabius en 1983/84, voire de Jean-Jacques ServanSchreiber au début des années 70 : tous représentants d'une «nouvelle gauche » mondialiste très prisée par les élites d'hier et d'aujourd'hui...

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AU SECOURS MITTERRAND REVIENT ! (DE BERGÉ À KOUCHNER, EN PASSANT PAR ATTALI)

Pour ce qui est des soutiens politiques, Macron ne fait certes pas dans la nouveauté, et encore moins dans la dissidence. On a même l'impression que sa candidature donne une nouvelle jeunesse aux vieilles figures de la Mitterrandie triomphante des années 80. Jacques Attali, un des idéologues les plus en vue et les plus arrogants de la mondialisation, conseiller du prince François Mitterrand, semble avoir repris du service sous la bannière rose pâle du jeune patron d'En Marche ! On a vu plus haut que la route de celui-ci avait croisé très tôt celles du binôme Attali/Minc, du gouvernement Hollande aux arcanes du Monde. Certes Attali a d'abord été plus que réservé sur son ancien poulain, lui reprochant d'incarner... « le vide de la politique française » (mai 2016), ainsi que son absence de programme (décembre 2016). Mais aujourd'hui, cédant sans doute au vertige des bons sondages, et constatant sûrement la gauchisation du PS, Attali a changé d'avis, estimant que Macron est en train progressivement de « remplir » ce vide. Soutien encore (légèrement) critique – toujours pas de programme – mais soutien quand même – Macron, selon lui, « a tous les talents pour être un homme d'État » (janvier 2017). Son compère Minc, moins engagé historiquement à gauche, n'a pas d'états d'âme. L'essayiste mondialisé, qui conseilla Sarkozy et choisit Juppé à la primaire de la droite, l'a dit au Figaro (le 22 janvier 2017) : « Je vais voter Emmanuel Macron (…) parce qu'il est le seul candidat authentiquement européen ». L'Europe n'étant pour M. Minc qu'une étape vers la mondialisation-globalisation définitive. Avec ces deux zélateurs de l'économie et de la société mondialisées, aux nombreuses et prestigieuses connexions internationales, Macron bénéficie d'un parrainage mondialiste de première classe.

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Mais il est ramené aussi, par Attali notamment, au peu glorieux passé mitterrandien, fait d'échecs économiques et d'opacité politicienne. Mais, de ce point de vue, le soutien le plus symbolique – et, dirons-nous, le plus accablant – c'est encore celui de Pierre Bergé, incarnation définitive de la gauche la plus caviar et la plus sectaire, mécène de toutes les entreprises politiques de François Mitterrand, à commencer par SOS Racisme : avec lui, ce sont non seulement les puissances de l'argent, le gratin culturel mais aussi le communautarisme de type LGBT qui confirment leur allé- geance à Emmanuel Macron, décidément candidat pré- féré d'une caste de privilégiés tendance bobo. En parlant de bobo, il ne manque même pas à Macron la caution, un rien faisandée, de « l'esprit de 68 », avec la bienveillance affichée de Daniel Cohn-Bendit, vieux gauchiste rallié comme beaucoup de ses camarades, à l'internationalisme des marchés. Ceci dit, dans un monde politique fait de postures et d'impostures, « ça peut le faire un peu » comme disent les jeunes... Autre figure ridée de la gauche caviar droit-de-l'hommiste des années 80, Bernard Kouchner qui est passé à Macron avec la même « fluidité » qui l'avait fait passer de Mitterrand à Sarkozy. Ajoutons à ces « grandes » figures du passé une pincée de rescapés du PS en rupture accé- lérée de hollandisme, au premier rang desquels Gérard Collomb, maire de Lyon, mais aussi l'ex-président de la région Ile-de-France Jean-Paul Huchon. Plus quelques autres de calibre politique inférieur comme Jean-Pierre Sueur, actuel vice-président PS du Sénat et ancien secré- taire d'État de Mitterrand, Jean-Claude Boulard (maire du Mans) ou encore Nicole Bricq (sénatrice PS et ex-ministre de Jean-Marc Ayrault I & II). Mention spéciale « nouveauté antisystème » pour l'inamovible Jean-Michel Baylet, patron à vie du groupusculaire Parti Radical (de Gauche) et de La Dépêche du Midi, ministre de Manuel Valls, caricature de potentat politique local et magouilleur (il a été condamné en 2003 à six mois de prison avec sursis et 300.000 euros d'amendes pour abus de biens sociaux, recel, faux et usages de faux), et qui obtint 0,64% à la primaire de la gauche de 2011. Le côté « attrape-tout centre mou » du macronisme est par ailleurs illustré par Renaud Dutreil, ancien secré- taire d'État de Chirac et de Raffarin, ex-maire UMP de Reims et reconverti depuis dans les affaires, notamment chez LVMH. On peut dire qu'il incarne à la perfection le principe de porosité : entre la politique et le monde des affaires, mais aussi entre la droite et la gauche ! Ces ralliements sont assez typés et datés pour poser un problème marginal à Macron et à son équipe de stratèges. Qui ne voudraient pas qu'En Marche ! devienne trop visiblement un « sas de récupération » de politiciens/ lobbyistes/people vieillissants et compromis, liés à des aventures politiques pas toujours reluisantes... Macron candidat de la nouveauté et de la rupture avec le système ? « Lol ! » comme diraient les jeunes internautes.

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En marche ! Comment ça marche ?

Tout le monde – sauf peut-être François Hollande – a compris, dès le lancement officiel du mouvement En Marche ! (avril 2016), qu'Emmanuel Macron se voit un destin présidentiel. En mars pourtant, il désignait encore le président sortant comme le candidat légitime de la gauche en 2017 ! L'ambiguïté est levée – ou le mensonge dissipé – avec l'annonce officielle de la candidature de l'ex-ministre de l'Économie, le 16 novembre 2016. 

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CLIQUEZ SI VOUS ÊTES D'ACCORD AVEC MOI ! EN MARCHE ! OU LE TRIOMPHE DE LA POLITIQUE VIRTUELLE

Entre-temps, ministre ou plus ministre, Emmanuel Macron a continué d'occuper l'actualité politique avec le lancement de son mouvement. Qui bénéficie – c'est une litote – d'une certaine bienveillance médiatique. En effet la plupart des commentateurs, reportages et articles sur le sujet s'extasient tout haut sur la nouveauté de la démarche, le dynamisme et l'écho de l'entreprise. Il y a d'abord les « marcheurs », présentés comme des citoyens revivifiant la démocratie et la politique par leur façon d'aller porter la bonne parole macronienne aux quatre coins du pays, tout en recueillant des sortes de cahiers de doléances des Français, sous forme d'un double questionnement assez basique : « Qu'est-ce qui marche en France selon vous, et qu'est-ce qui ne marche pas ? ». Et il y a très vite les chiffres d'adhésion annoncés qui sonnent comme autant de bulletins de victoires : 85.000 adhérents revendiqués mi octobre 2016, 96.000 mi-novembre, 127.000 fin décembre ; 186.554 le 8 février 2017... Oui, sauf que, d'abord, ces adhésions sont gratuites, et ensuite se font en un clic de souris d'ordinateur : c'est, certes, très moderne ou actuel, mais laisse planer un doute sérieux sur la profondeur et la solidité de pas mal d'adhésions à En Marche ! En fait, c'est une adresse courriel qui remplace une carte d'adhésion classique ; on adhère à en Marche ! comme on signe une de ces innombrables pétitions électroniques, ou l'on répond par oui ou par non sur un sondage de site politique. De plus, Le Monde l'avait constaté, une même personne peut adhérer plusieurs fois à En Marche ! en fournissant autant d'adresses mail différentes que nécessaires !

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PARTI POLITIQUE ASSISTÉ PAR ORDINATEUR (P.A.O.)

Ensuite, ces centaines de citoyens marcheurs, militants d'un type nouveau vaguement censés être bénévoles, ne peuvent consacrer durablement une partie de leur temps à la cause – sans percevoir un dédommagement. Eh bien justement : en septembre 2016 le site du magazine économique Challenges révèle que c'est une start-up fran- çaise, Liegey-Mulller-Pons (LMP) – du nom de ses trois dirigeants originaires de Strasbourg – qui a envoyé, entre mai et août 2016, les quelque quatre mille « marcheurs » à la rencontre d'une centaine de milliers de Français pour recueillir leurs desiderata et idées, réunis finalement en 25.000 questionnaires dûment remplis (version officielle). La start-up est spécialisée, via un logiciel de son cru, dans le traitement et le recoupement informatique de diverses données – électorales, sociologiques, géographiques. Ses trois animateurs ont participé à la campagne électorale d'Obama, puis à celle de Jean-Paul Huchon pour les ré- gionales et enfin à celle de François Hollande en 2012. On peut dire que LMP a lancé une OPA sur le marché politique de la gauche européenne, intervenant aux côtés des Verts allemands ou du PSOE espagnol, ou de tendances de gauche italiennes. Du coup, la start-up bobo verrait son CA doubler tous les ans. De quoi rémunérer les quatre mille marcheurs « volontaires-et-citoyens » d'En Marche ! Les jeunes loups progressistes de LMP n'ont d'ailleurs pas caché leur « intention de faire gagner Macron ». Lequel peut à son tour leur faire gagner beaucoup (de l'engagement comme investissement productif)... Et puis, dans un deuxième temps, toutes ces remarques et doléances recueillies à la base, il faut encore les traiter, les ordonner en un programme cohérent de réformes politiques, économiques et sociales. Et pour ça, Emmanuel Macron et son staff vont laisser tomber un peu plus le spontanéisme : les milliers de questionnaires collectés sont traités, c'est-à-dire classés et analysés, selon la méthode des algorithmes par une société de stratégie politique, la Proxem, une autre start-up, basée dans le Xe arrondissement de Paris, et dirigée par François-Régis Chaumartin. La page d'accueil du site de cette société résume bien son objet social – et le cahier des charges de l'équipe Macron : « Transformer les conversations en données » Des ordinateurs de la Proxem vont donc sortir des « tendances » que le « politburo » d'En Marche ! va recycler en lignes programmatiques et en éléments de langage pour les entretiens médiatiques et les discours. Car, tout de même, Macron – et non son hologramme – sillonne le pays, de réunions en visites de sites d'activités, se présentant à chaque fois comme le candidat naturel de tous ceux qui sont déçus par la classe politique traditionnelle. Il va même, en dépit de son proche passé, se poser en champion anti-Système. Et très vite, le réformateur à physique de play-boy rencontre un indéniable succès de curiosité et d'affluence. Encore amplifié par la publicité gratuite des médias, plus bienveillants que jamais envers ses entreprises. C'est au point que certains – dont JeanLuc Mélenchon – parleront de « macronite », un mal qui affecte sérieusement, en effet, les milieux médiatiques.

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VRAIE-FAUSSE INTERROGATION : D'OÙ VIENT L'ARGENT ?

Tout ceci a donc un coût. En Marche ! ne disposant, et pour cause, d'aucune représentativité, ne perçoit aucun financement public. On peut cependant faire confiance à Macron pour aller chercher l'argent là où il est. À cet égard sa tournée de « funds raising » (levée de fonds) à Londres et à New York est à la fois très symbolique et très juteuse. Encore que là, la transparence tant vantée par Emmanuel Macron fait quelque peu défaut : combien d'argent, donné par quels généreux et puissants donateurs étrangers ? Il y a la partie émergée de l'iceberg, médiatisée. Par exemple la formule « petit-déjeuner-déjeuner-dîner avec Emmanuel Macron » proposée le 8 septembre 2016 à Londres : les heureux convives, en majorité des Français expatriés, paieront leur rond de serviette jusqu'à 7.500 euros (un tarif à la Bill Clinton, ou à la Nicolas Sarkozy) ! Une autre de ces « galas de soutien » londoniens à la cause macroniste aurait eu lieu le 14 avril de la même année. À New-York, début décembre, l'ex-ministre de Chirac Renaud Dutreil lui organise une soirée avec le gratin local où les convives pouvaient là encore faire jusqu'à 7.500 euros de dons (le maximum autorisé par la Loi). Des « dîners Tupperware », plus discrets et intimes, mais pas moins onéreux, ont été organisés dès mai/juin 2016 à Paris, alors que Macron était encore au gouvernement et pas encore candidat : Le Figaro cite notamment « deux cocktails dînatoires » organisés chez lui dans le XVIe, prévus les 1er et 8 juin et finalement reportés, et dont les organisateurs précisaient dans un courriel destiné aux invités : « Nous attendons des personnes ayant choisi de participer à ces soirées qu'elles manifestent concrètement, idéalement le soir même, leur soutien à notre démarche ». Ce genre d'initiatives conduiront le député LR Georges Fenech à écrire au président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, pour lui demander d' « éclaircir » les conditions de ces levées de fonds, l'alertant sur la « confusion des genres, voire ce potentiel conflit d'intérêts » entre un ministre et un politicien. On ne peut pas dire que la démarche de Fenech ait, à ce jour, beaucoup inquiété Macron... Ce dernier préférera, on le comprend de la part d'un candidat « anti-système » autoproclamé, mettre en avant une vague de dons privés, français et modestes. Il y a aussi le succès de librairie de Révolution, son livre manifeste publié en novembre 2016, qui se serait écoulé début 2017 à 70.000 exemplaires. Toujours est-il que fin 2016, l'état-major d'En Marche ! indique que son champion a déjà récolté 3,7 millions d'euros pour sa campagne présidentielle : soit deux à trois fois plus que les budgets de Fillon et de Juppé pour la primaire de la droite. Un candidat à la primaire de la gauche, et lui aussi passé par Bercy, Benoît Hamon, va en tout cas demander, en novembre 2016, à Macron de publier la liste de ses donateurs. La réponse de l'intéressé sera au moins éclairante sur les limites de sa transparence affichée : il refuse dénonçant de la part de Hamon une démarche « démagogique »... Comme on dirait dans la « France d'en bas » : « Circulez, y'a rien à voir ! » À vrai dire, nul n'ignore, dans la sphère politico-médiatique, que l'essentiel des ressources de Macron et d'En Marche ! provient moins du bas de laine de modestes sympathisants français que des caisses de ses innom-brables amis bien placés dans les affaires, et dont nous avons donné plus haut une liste limitée mais significative. Il est en tous cas un un mode de financement que notre golden boy ne mettra pas en avant : ces 120.000 euros de « frais de bouche » du ministère de l'Économie qui ont servi à alimenter, non le ministre et ses invités ou collaborateurs, mais le futur candidat Macron : l'affaire est révélée, début 2017, par le livre "Dans l'enfer de Bercy" des journalistes de Radio France et de France Culture Marion L'Hour et Frédéric Says.

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Voici, à cet égard, un extrait intéressant de l'entretien qu'ils ont accordé au quotidien 20 minutes (publié le 25/01/2017) : « En 2016, le ministre (Macron) avait consommé en seulement huit mois 80% du budget « frais de représentation » alloué à l'ensemble de son ministère, notamment pour financer des déjeuners et des dîners tenus «  en bonne compagnie ». Il lui est même arrivé d'organiser deux dîners dans la même soirée ! » Et les journalistes d'ajouter ce scoop rétroactif : « Nous savons désormais que Macron avait prévu de démissionner le 16 juillet, ce qu'il n'avait pas pu faire en raison de l'attentat de Nice... Tout était vraiment planifié ! » Comme quoi Emmanuel Macron, non content de pratiquer la transparence opaque, est un pro de la « spontanéité planifiée ». Disons à sa décharge, qu'il n'est ni le seul ni le premier, mais que dans ce registre-là au moins il est très convaincant ! Pour le reste, constatons que cette affaire des frais de bouches de Bercy n'a pas eu le centième de l'écho médiatique des affaires touchant Sarkozy hier, et Fillon aujourd'hui. Sans doutes ces derniers n'avaient-ils pas des Patrick Drahi, des Xavier Niel ou des Matthieu Gallet dans leur entourage...

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PARTI – ET CANDIDAT – POUR SOCIÉTÉ « LIQUIDE »

Pour résumer, En Marche !, machine de guerre électorale d'Emmanuel Macron, a toutes les caractéristiques d'une organisation politique post-politique : pas de vrais militants, des intermittents rétribués; pas de vrais adhérents, des « cliqueurs » de souris ; pas de meetings, des one man shows... En Marche ! c'est une organisation liquide pour une société liquide, pour reprendre les termes et les analyses développés dans un livre remarqué et remarquable sorti en 2009 et dû à l'essayiste anglo-polonais Zygmunt Bauman. Selon lui, une société est devenue « liquide » quand elle s'est émancipée de toutes les règles jusque-là jugées indispensables pour la structuration et la pérennité de la dite société ; c'est une société où tout – peuple, institutions, discours – est flou, déstructuré, relativisé, liquide en un mot. Flou, liquide comme le programme et le positionnement d'Emmanuel Macron. Pas étonnant que ce dernier semble – au moins dans les sondages – convaincre autant de gens. De gens qui, d'autres enquêtes l'attestent, constituent le moins déterminé, le plus volatil des électorats de la présidentielle à venir. 

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Interrogé en décembre dernier sur le cas Macron, Jacques Attali, un de ses premiers mentors en politique avait eu ces mots pas gentils : « Pas de programme, d'ambition, de vision, de projet long terme ». Aujourd'hui encore les commentateurs politiques, pourtant assez largement acquis à sa cause, se sentent obligés, dans un souci d'objectivité (ou d'apparence d'objectivité) de dé- plorer le « flou artistique » du programme du candidat de « gauche-et-de-droite » apparemment le mieux placé pour l'élection présidentielle. On souligne ça et là que dans ses interviews et ses meetings il s'en tient à des gé- néralités politiquement correctes – renouvellement de la vie politique, vivre-ensemble, écologie, recours à la société civile, construction européenne, esprit de créativité, compétitivité économique, opposition au gaz de schiste, etc. Des thèmes particulièrement consensuels – au moins médiatiquement – que Macron est loin d'être le seul à promouvoir. On le sait, l'intéressé a répondu à sa façon lyrique, le 12 février dernier, à cette critique en déclarant carrément que « c'est une erreur de penser que le programme est le « cœur » d'une campagne électorale ». Ajoutant que l'action politique est d'abord portée par une dimension « mystique », un « style » et même une « magie ». Nous ne lui donnerons pas systématiquement tort sur ce point, mais ajouterons que la « magie » émanant de sa personne sera insuffisante à convaincre les Français si elle ne s'appuie pas sur un ensemble cohérent de mesures concrètes. Surtout quand on pose comme lui au candidat pragmatique, technicien, efficace, post ou trans-idéologique. Et de ce côté-là, à deux mois du premier tour, c'est ce fond qui manque le plus chez Macron !

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RÉVOLUTION, UN LIVRE POUR LA BIBLIO- THÈQUE ROSE DE LA POLITIQUE

Soyons juste, le PDG d'En Marche ! a quand même publié (en novembre 2016) un livre-programme, « Révolution (c'est notre combat pour la France) », qui est aussi et surtout un autoportrait forcément complaisant. La critique du Point avertissait d'ailleurs le lecteur : « Ceux qui espéraient découvrir enfin un projet politique détaillé dans le livre d'Emmanuel Macron en seront pour leurs frais » (17,90 euros prix Fnac). On y trouve quand même, côté esquisse d'ébauche de programme, des prises de position en faveur d'une sortie rapide de l'état d'urgence, de la dépénalisation du cannabis, d'une retraite à la carte permettant à chacun de travailler plus longtemps ou moins longtemps selon ses besoins. Il y a un chapitre « bisounours » sur l'écologie et la Cop 21, avec des envolées lyriques et optimistes sur l'avion Solar Impulse et sur les ressources énergétiques gisant au fond des mers – une idée piquée à Mélenchon ? Conciliant la préoccupation écologique avec le monde – son monde – de la haute finance, il prédit que la Bourse de Paris sera bientôt, par l'adoption de « nouvelles règles du jeu », un « leader de la finance verte » – un concept inspiré du « billet vert » ? Et délirant d'optimisme « patriotique », il prétend que les grandes villes françaises, de par leur densité topographique, sont moins touchées par la pollution automobile que les mégapoles américaines caractérisées par leur étalement. D'un point de vue plus politique Emmanuel Macron s'y définit comme « un homme de gauche » et un « libéral » – ce qui n'est pas forcément antinomique. Une gauche de type nouveau – encore qu'on puisse penser qu'un Hollande, un Valls, un Tapie même s'y retrouveraient – pétrie de contradictions et de grands écarts démagogiques : entre autres, Macron prend la défense dans son livre des agriculteurs contre les distributeurs des grandes surfaces, oubliant apparemment qu'il fut le rapporteur de la commission Attali qui, elle, avait nettement choisi la grande distribution contre le petit exploitant agricole. Plus loin, Macron se félicite de la concentration des activités économiques autour de Paris et des capitales régionales, tout en constatant que les populations de « la France périphérique subissent de plein fouet les fermetures d'usines, le retrait des services publics ». Mais qu'elles se rassurent car, assure Emmanuel, « grâce au dynamisme des métropoles, aucun territoire n'est condamné ». Cette incohérence – ou inconséquence – à tonalité optimiste n'est pas sans rappeler le valet de la chanson « Tout va très bien Mme la marquise », qui après avoir énuméré des catastrophes tient toujours à rassurer sa maîtresse...

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Depuis la sortie de son livre, succès de librairie politique – justement parce qu'il était plus biographique que politique –, Emmanuel Macron a quand même éprouvé le besoin de donner quelques éclaircissements supplémentaires sur ses intentions, au fur et à mesure que l'élection présidentielle s'approchait. On a donc appris qu'il veut « réformer » l'ISF (imposer seulement l'immobilier), mais pas le supprimer, qu'il prônait l'augmentation de la prime d'activité ; et aussi le maintien des 35 heures, mais avec la possibilité de les «moduler » ; la suppression des cotisations maladie et chômage pour les salariés et indépendants (mesure financée par la CSG) – mais ces contributions financent pour une bonne part l'assurance maladie et chômage ; le droit à une allocation–chômage pour les indépendants et les salariés démissionnaires ; l'allégement de charges pour les PME ; l'institution d'une retraite – à la carte – entre 60 et 67 ans. Et puis une « prime de majorité » sous forme d'un « pass culturel » de 500 euros à tous les jeunes de 18 ans : il faut bien soigner son image de gauche floue – pardon « liquide ». Le profil de Jean Pisani-Ferry, économiste « responsable du programme et des idées » de Macron et, à ce titre, chargé de piloter un groupe de... quatre cents experts, est de toute façon sans surprises : jusqu'en janvier 2017, et depuis 2013, ce haut fonctionnaire de 65 ans, fils du ministre de l'Agriculture du général de Gaulle (puis ministre de Mitterrand), dirigeait France Stratégie, organisme gouvernemental héritier du Commissariat au Plan et chargé de conseiller Matignon en matières de grandes orientations économiques et sociales. Un ex-homme de François Hollande donc, et toujours un eurocrate établi et convaincu, qui a dirigé l'influent cercle « de réflexion » bruxellois Bruegel entre 2005 et 2013 : ce think tank, très officiellement au service des institutions européennes, et de fait en osmose complète avec les orientations et décisions de la Commission européenne, est financé aux deux tiers par des contributions publiques émanant de seize États membres de l'Union européenne. Il réunit des gens bien placés – hauts fonctionnaires européens et dirigeants du secteur privé – sous la houlette de Jean-Claude Trichet, ex-président de la Banque Centrale Européenne. Et tout ce beau monde de fournir Bruxelles en rapports et essais politiquement européistes et économiquement sans-frontiéristes.

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IMMIGRATION : PLUS QUE JAMAIS UNE CHANCE POUR LA FRANCE !

Là où Macron n'est pas vaguement de gauche, c'est sur l'immigration : il a salué la délirante politique migratoire d'Angela Merkel, assurant que les réfugiés – et l'immigration en général - étaient une chance pour l'économie française : « L'arrivée de réfugiés est une opportunité économique » déclare-t-il ainsi le 4 septembre 2016 sur une radio israélienne, ajoutant qu'il est « confiant » sur la capacité de la France à intégrer des milliers de migrants dont, péremptoirement, il salue les « qualifications remarquables » (?). Et tant pis si ça ne plaît pas aux Français. D'abord cet accueil est un « devoir moral » et, de toute façon, tranche-t-il dans ce même et éclairant entretien, « ce n'est pas un sujet sur lequel on doit gouverner aux sondages. L'Histoire a montré que quand on suit parfois la volonté des peuples, surtout dans des moments difficiles, on se trompe ». Un discours et une posture « morale » qui, à vrai dire, sont ceux de la gauche depuis plus de trente ans, de François Mitterrand à Laurence Parisot, en passant par Hollande/Valls ou Tapie : on a un peu l'impression en lisant ces déclarations que le logiciel du si moderne Macron date des années 80, celles où SOS Racisme té- léguidé par Mitterrand faisait de l'antiracisme un immigrationnisme forcené, et où Bernard Stasi nous expliquait que l'immigration était « une chance pour la France ». À ce sottisier mondialiste, nourri par les déclarations de la gauche – mais aussi d'une partie de la droite – Emmanuel Macron a récemment apporté sa contribution en déclarant, lors de son meeting lyonnais du 4 février dernier : « Il n'y a pas de culture française. Il y a une culture en France ». Dans cette nuance, on trouve tout le relativisme de la doxa de la gauche – rien n'est fixé, rien n'est historiquement ou culturellement légitime, rien n'est enraciné – et une confirmation de ce que Macron est bien le digne héritier de cette gauche des années 80, multiculturaliste, immigrationniste, sans-frontiériste.

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Et ignorante et méprisante de ce qu'est et a été son pays, legs que lui Macron juge sans doute, en mondialiste « hors sol » qu'il est, dépassé, voire ringard... Pour le reste, Emmanuel Macron se situe dans le droit fil du boboïsme politique : c'est la caste privilégiée dirigeante – et exploitante – qui sait mieux que le peuple – forcément populiste – ce qui est bon pour la France, la morale... et les affaires du capitalisme hors sol. Ah ce n'est pas Macron qui aurait consulté les Français sur le projet de constitution européenne ! Et c'est encore moins lui qui proposerait, élu, un référendum d'initiative populaire sur l'arrêt de l'immigration, ou contre la spéculation boursière. Non, décidément, Macron n'est pas populiste ! Quoi d'autre ? La création de dix mille postes de policiers et gendarmes en trois ans et la mise en place d'une police de proximité et des quartiers ; et 2% du budget de l'État à la Défense : il faut bien penser à la majorité de droite – ou à droite – de ce pays... En politique étrangère, ce jeune politicien a assez de nez pour sentir le vent tourner : loin du désastreux extrémisme atlantiste de hollande, il est – en bon candidat de gauche médiatique – chaque jour plus critique envers Trump et Poutine ; il a tout de même – à l'occasion d'un voyage au Liban – qualifié d'erreur la politique de renversement de Bachar al-Assad poursuivie par l'Élysée et le Quai d'Orsay. Mais son candidat américain était évidemment Hillary Clinton, dont il aurait certainement soutenu la politique étrangère désastreuse... Sinon on en est encore à se demander – façon de parler – s'il sera, comme tant de ses collègues et concurrents, Qatar-compatible... Tout ceci précisé et compilé, on attendait encore, à 9 jours du premier tour de la présidentielle, un vrai programme chapitré et détaillé, de la part du candidat déclaré président par les sondages... Mais enfin il l'a dit lui-même : « un programme n'est pas le cœur d'une campagne électorale »...

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En guise de conclusion : rien de nouveau sous le soleil politicien

Macron est ainsi tout à la fois le produit de la technostructure et de la com', le dernier avatar d'une société qui se cherche toujours plus de nouvelles icônes. Mais rien n'indique que la rencontre d'un homme avec la communication annonce cette autre rencontre d'un homme avec le peuple... » Arnaud Benedetti, professeur à l'Université Paris Sorbonne, dans Le Figaro du 17 janvier 2017. Tout est brillamment dit, en trois lignes. Osons cependant ajouter ces quelques observations en forme de récapitulatif :

CE QUE MACRON N'EST DÉCIDÉMENT PAS...

Emmanuel Macron n'est pas un candidat de type nouveau : il y a eu, rien que sous la Ve République, d'autres « Kennedy » français avant lui, qui tous jouaient sur la jeunesse et la rupture, ou au moins le renouvellement de la classe politique traditionnelle : Jean-Jacques Servan Schreiber, Chaban-Delmas, Giscard, Fabius... Il y eut, plus récemment (début des années 90) le bref épisode des « rénovateurs » de la droite – Michel Noir, François Léotard, François d'Aubert, Alain Carignon, etc, dont le principal argument politique était leur jeune âge ; on a eu droit aussi à des outsiders du style Kouchner, Borloo ou Tapie, qui jouaient sur une ou deux recettes éprouvées: le positionnement « société civile », théoriquement étranger à la politique politicienne et professionnelle, et au-dessus des partis. Avec pour profil politique un humanisme attrape-tout ou un pragmatisme de « pro ». Et un optimisme militant et lénifiant. Macron est un peu un mix de ces deux types de vrais-faux-dissidents : il est issu, en dépit de son jeune âge, d'un sérail politique, celui du PS hollandais, et des réseaux Attali. Et il clame cependant haut et fort son refus des clivages et des partis traditionnels, posant lui aussi au technicien « apartidaire », mettant en avant, comme Tapie, de façon plus policée, son expérience du monde des affaires. Il cumule les avantages en termes d'image : n'est-il pas un Tapie bien élevé, un Juppé, ou un Rocard, jeune et branché, un Madelin de gauche ?

Son sourire même est une de ses armes, avec ce qu'il semble promettre d'optimisme, de foi en l'avenir forcément meilleur. Kennedy souriait beaucoup aux caméras, lui aussi. Ce n'est évidemment pas un rebelle, c'est au contraire le dernier avatar du système politico-financier en place : son état-major, ses réseaux sont, nous l'avons démontré ici, comme un gotha de la grande finance franco-internationale, un syndicat des patrons de groupes de presse français, une gigantesque agence de communicants. On a rarement vu, même aux temps du giscardisme et du mitterrandisme triomphants, un candidat aussi bien « entouré » de riches et de puissants, disposant d'autant d'argent, de relais médiatiques, de contacts avec les puissants... Qu'un tel privilégié de la politique et de la fortune – à qui on offre la présidence de la République à 40 ans à peine, sans que jamais auparavant il ne se soit frotté au suffrage universel – qu'un tel produit du Système « énarquo-bobo » puisse se présenter comme candidat anti-système en dit assez long sur la subversion des mots et la confusion des genres et des valeurs dans la France de 2017 ! Ce n'est certes pas non plus un populiste (voir notamment plus haut le paragraphe sur l'immigration), en dépit de ses diatribes contre les partis traditionnels et de ses effets de tribune. C'est vrai, dans ses meetings, EM s'essaie avec quelque succès à faire le tribun populaire, montant parfois très haut et fort dans sa péroraison : on se souvient notamment d'un meeting parisien en décembre dernier où son crescendo vocal avait suscité quelque ironie sur les réseaux sociaux.

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Tout ça fait en effet très peuple, très Danton, mais sonne terriblement faux, surjoué. Arnaud Benedetti, cité en exergue de cette conclusion, voit assez juste quand il assimile le leader d'En Marche ! plutôt à un de ces télévangélistes américains, qui exhorte un public conquis et plein d'espoir à se mettre justement « en marche, pour accomplir une prophétie teintée de libéralisme, de réformisme sociétal et d'ouverture à la mondialisation ». Un télévangéliste qui aurait remplacé Dieu par le marché.... Mais, « révolutionnaire » ou prêcheur médiatique d'une nouvelle religion profane, tout indique qu'il ne s'agit là que de rôle de composition : Macron est tout sauf un mystique illuminé, un croisé.

C'est un banal et habile ambitieux politique, porté par la crise du politique, et qui ne fait rien sans consulter des consultants et des enquêtes d'opinion.

Sa vraie nature – sa vraie mentalité, sa vraie vision sociale et politique –, elle transparaît d'ailleurs lors d'incidents de campagne, isolés mais assez significatifs, qui sont autant de bémols dans une jolie partition globalement bien retranscrite : il y a l'algarade qui l'oppose, encore ministre (en mai 2016) à Lunel à un ouvrier protestant contre son projet de loi travail et daubant sur son beau costume, où il lance excédé à ses opposants : « Vous ne me faites pas peur avec vos T-shirts, la meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler ! » ; il y a aussi cette sortie venue tout droit de son moi profond de privilégié méprisant et recueillie dans un entretien en septembre 2016 sur Europe 1, où il traite les femmes travaillant dans la société Gad – abattoirs bretons – d'« illettrées » qu'il faut former. : on n'est pas très loin des « sans-dents » de son ex-président de tutelleChassez le naturel du golden boy, il revient au galop ! Un Danton, Macron ? Allons donc : plutôt un fermier général, un de ces super-financiers technocrates du temps de Louis XVI, qui faisaient les intellectuels avancés tout en étant de super-privilégiés de l'Ancien Régime. COLOSSE AUX PIEDS D'ARGILE ? Classé deuxième du premier tour depuis février et les ennuis de Fillon par tous les sondages, Emmanuel Macron souffre cependant d'une tare politique d'ailleurs soulignée par ces mêmes sondages : la volatilité de son électorat ; toutes les enquêtes d'opinion de ces dernières semaines le confirment en effet, son électorat est le moins solide : selon, entre autres, une enquête d'Elabe publiée début février, seul un électeur macroniste déclaré sur deux (52% pour être précis) est en fait sûr de son choix, ce qui est le plus bas taux pour les cinq principaux candidats de la présidentielle – à titre de comparaison : 81% pour Marine Le Pen, et encore 63%, malgré les ennuis, pour François Fillon. C'est la rançon d'une candidature basée sur le look, les artifices de com' et le vide idéologique. Car Emmanuel Macron n'est pas le champion d'un monde nouveau, il est la dernière cartouche française d'un système contesté et à bout de souffle, un mirage fait homme politique... Autre handicap non relevé – et pour cause – par la presse : ces derniers temps, les champions des médias institutionnels, plébiscités par les éditorialistes et commentateurs, et gonflés par les sondages, ont tendance à mordre la poussière :

Hillary Clinton, les opposants au Brexit, Alain Juppé, Manuel Valls ont tous perdu in fine contre toutes les prévisions des « experts ».

Macron, en dépit de sa puissance de feu financière et médiatique, peut être la dernière en date des bulles politico-médiatiques à exploser – ou du moins à se dégonfler – en vol. Il y a un effet de mode Macron, et en ces temps de zapping politicien, il est plus fragile malgré tout que des candidats s'appuyant sur un parti et une tradition politique établie, quand bien même celle-ci serait en déshé- rence. Il faut des années pour construire et implanter une force politique sérieuse : En Marche ! avec son homme pressé de président et ses adhérents recrutés à coups de clic de souris risque fort de ne pas tenir la distance, et de se décomposer à la première déconvenue électorale... Certes, à Paris et à Lyon, l'ex-ministre de l'Économie a réuni des foules importantes – un succès de curiosité plus que d'adhésion – mais il n'y a pas forcément corrélation entre des succès d'affluence à un meeting et un score élevé à l'élection : en 2012, Mélenchon en a su quelque chose ! Pour finir, disons simplement, après avoir rappelé ses actes, ses paroles, son parcours et ses amis, qu'Emmanuel Macron est, de loin, le candidat le plus « hors sol », le plus soumis aux marchés et puissances étrangères de l'argent et de ce fait le plus dangereux pour l'outil économique national, la prospérité des Français, l'indépendance et l'identité de la France.

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 CE QUE NOUS POUVONS FAIRE, NOUS, CONTRE LE PIRE DES CANDIDATS :

Les médias mainstream étant le plus souvent, pour les raisons que nous avons exposées dans cette plaquette, des instruments de la campagne d'Emmanuel Macron, c'est aux médias alternatifs de faire un travail de réinformation. Cette plaquette est un des moyens de cette nécessaire et urgente réinformation. Elle permet de rappeler « de quoi il est le nom » comme diraient les sociologues, c'est-à-dire qui il est, d'où il vient, ce qu'il a fait, ce qu'il veut faire, qui le soutient et pourquoi. Il importe donc de la diffuser au maximum dans les dernier ours qui nous séparent encore du premier tour de l'élection. Outre cette brochure, nous disposons d'un site Tout sauf Macron (TSM) qui centralise et actualise toutes les informations utiles sur la « face cachée » du candidat de l'establishment et des médias. Le consulter, et diffuser notre plaquette, voilà, pour reprendre un mot à la mode dans les médias, un vrai « acte citoyen ». Car si les médias du système ont « torpillé » Fillon, les médias alternatifs peuvent et doivent torpiller Macron !

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