Ce samedi entre Bastille, Opéra, Les Halles et Palais-Royal… j’étais avec les miens !

Publié le 16 décembre 2018 - par  

Le peuple, rien que le peuple. Les casseurs et les pillards avaient sans doute la flemme. Tant mieux ! Car, pour la première fois depuis que je couvre les manifestations des Gilets jaunes dans la capitale, j’ai pu causer avec cette petite foule hétéroclite et l’écouter vraiment ; pas entre deux salves de lacrymogènes. Depuis le vieux communiste jusqu’au soldat patriote, en passant par l’éducatrice spécialisée, l’artisan, l’ingénieur à la retraite, la syndicaliste – désenchantée par l’hypocrisie des syndicats, justement, qui ne voient pas le mal dans le port du voile intégral ! –, etc., j’ai tenté de les comprendre, ces gens qui me ressemblent.

Parfois, il y avait même de quoi effrayer un peu plus que le bourgeois dans leurs propos, ainsi que le préconisait un autocollant placardé çà et là dans les rues. En effet, les provinces oubliées et exsangues n’ont plus rien à perdre, m’a avoué un jeune père de famille du Cher, qui bosse comme un esclave et ne s’en sort pas. Ces provinces grondent toujours et le calme parisien retrouvé n’y changera rien. À bon entendeur !

Côté maintien de l’ordre, lorsque j’ai demandé, à un militaire – arborant ses décorations nombreuses sur son gilet jaune – ce qu’il pensait des démonstrations disproportionnées de force opposées aux « gueux » venus manifester ce samedi, l’homme m’a répondu que ce n’était certes pas simple pour les policiers et gendarmes, mais qu’il fallait savoir que : « Les CRS sont recrutés pour leur capacité à la violence. »

Je vois d’ici les critiques : je fais de l’anti-flic primaire. Que nenni ! Cependant, quand je me repasse le film de la journée, je ne peux que constater l’évidence : malgré un calme qui honore les manifestants, les forces de l’ordre n’ont eu de cesse d’aller au contact, les provoquant à l’occasion avec un sens de la caricature qui a fait rire jusqu’à certains passants venus effectuer leurs courses. Que n’ont-ils été aussi virulents quand je me trouvais, quelques semaines plus tôt, pris dans le tourbillon dévastateur des anarchistes ultras ou des agneaux de cités venus dévaster et voler ! Il n’empêche, je n’ai pas entendu un seul slogan du type « Tout le monde déteste la police ! », mais plutôt : « La police avec nous ! » Je ne désespère pas et n’oublie pas, dans le même temps, que des femmes et des hommes courageux se sacrifient pour le pays, c’est indéniable et je les salue humblement.

Ce jour-là, donc, même les petits gars du NPA – Nouveau Parti anticapitaliste – se sont bien tenus ; j’ai été vérifier du côté de Saint-Lazare. J’ai aussi assisté à des scènes magiques, dont celle d’une jeune et jolie fille dansant un flamenco parmi les Gilets jaunes, sous une pluie battante.

Enfin, les échauffourées sont demeurées sporadiques parce que face à un public qui chantait et scandait sa révolte sans grande véhémence, il eût été peu judicieux de frapper et gazer à tout-va. À noter une barricade improvisée, en fin de journée, qui n’était pas franchement indispensable !

Bon, soyons honnêtes, certains policiers tapaient volontiers le bout de gras avec nous tous. À l’un d’eux, qui venait de fouiller mes effets personnels – c’était la cinquième fois ! –, et répondant à sa curiosité, je lui ai dit que je couvrais l’événement pour Riposte laïque. « Je connais », m’a-t-il répondu avec un généreux sourire. Il faut savoir que je ne me suis pas trop caché, déclinant volontiers mon identité à qui la demandait : patriote, catho, loin toutefois de la caricature gauchiste du « facho ». En d’autres termes, pas une seule croix gammée en vue ! Tous se marraient. Parce qu’on était bien d’accord : coco ou facho, athée ou catho, l’ultralibéralisme et son cortège de malheurs nous frappaient indistinctement, nous autres les manants !

Certains, rares, ont bien tenté la confrontation, dont un petit merdeux de cité à qui j’ai fait comprendre que c’était une crevette, et quand on est une crevette on ne cherche pas des noises à un CRS qui peut le soulever de terre avec un seul doigt ! Réponse de l’intéressé : « T’inquiète, j’ai peur de rien ! » Tant que les pouvoirs publics te confortent dans cette posture, te laissant, toi et tes semblables, agresser, piller et, à l’occasion, tuer, tout va bien. Mais viendra un jour où…

À un moment donné, j’ai fait un bout de chemin avec un photographe free-lance. « J’étais à Bordeaux la semaine dernière, m’a-t-il confié, et je l’ai vu le gars avec sa main en bouillie, après avoir ramassé une grenade. » Une grenade qui contient du TNT. On attend le même arsenal lors des prochaines émeutes des cités radieuses, monsieur le ministre de l’Intérieur !

Je suis rentré le cœur léger, car la casse ça va un temps. Des commerçants tirent la langue, au bord de ne plus pouvoir payer leurs employés, voire de mettre la clé sous la porte. Et puis c’est Noël ! Pensons un peu aux gamins, reprenons des forces parmi les nôtres et rebelote en janvier ! Ceci dit à titre exclusivement consultatif…

Charles Demassieux

(Photos et vidéos : Charles Demassieux, pour Riposte laïque)

Print Friendly, PDF & Email