GJ Paris, acte XVIII : les casseurs gauchistes protégés par le pouvoir

 

Publié le 18 mars 2019 - par  

Brel chantait « Voir un ami pleurer »… Samedi 16 mars 2019, j’ai vu un vigile au bord des larmes parce qu’il avait tenté de faire son travail en empêchant le saccage du magasin Samsung des Champs-Élysées – son employeur – et que, pour cela, on l’avait lynché, m’a-t-il raconté. Un vigile ça ne gagne pas des fortunes…

C’est l’une des images que je garderai de cette journée, comme celle du pillage anarchique de la boutique Jeff de Bruges, un peu plus loin, des boîtes de chocolat écrasées jonchant le sol. À ce sujet, il y avait effectivement de tout parmi les pilleurs, qui prenaient des risques fous, comme cette femme très modeste – son allure parlait pour elle – se saisissant d’un foulard dans une vitrine brisée et donc coupante. Parfois, je les exhortais, en vain, à ne pas céder à cette tentation, leur expliquant qu’ils étaient sûrement filmés. Ce que j’ai refusé de faire pour ma part : je ne suis pas un indic et je n’ai pas d’affection particulière pour des entreprises mondialistes qui font le malheur des peuples, à commencer par le mien ! Même si cette casse n’affectera que les petits employés et pas les dirigeants d’Hugo Boss, Yves Rocher, Celio, etc.

Casse donc inutile et contre-productive, puisqu’elle est déjà associée aux Gilets jaunes, à qui l’on reproche d’y avoir participé – sans preuves ! – ou d’avoir regardé les destructions sans agir. Essayez, au passage, d’empêcher des Blacks Blocs surentraînés de faire ce qui leur chante et ensuite on en reparle !

En m’arrêtant un instant sur cette société inondant notre vie de publicités pour créer des envies que la plupart ne pourront assouvir, je ne saurais condamner sans nuance celles et ceux– mal fagotés, des dents en moins – qui ont volé et ont, pour quelques-uns d’entre eux, connu la rue. Un jeune militaire français m’a ainsi raconté, en début de matinée, comment son pays l’avait abandonné à son sort.

Face à ce déchaînement, gendarmes et policiers ont plusieurs fois reculé, rendus impuissants par les projectiles de toutes sortes lancés sur eux et les batailles rangées.

J’ai même surpris une conversation entre collègues de la Bac dans une ruelle adjacente : « Qu’est-ce que vous faites, les gars ? C’est là-bas que ça se passe ! » a lancé l’un d’eux, qui s’en revenait de la plus brûlante avenue du monde… à ce moment. Réponse : plusieurs moues de réprobation.

Parce que ce jour-là, les uniformes en ont pris plein la tête et les jambes, au point qu’un gendarme s’est effondré, transporté in extremis sous l’Arc de Triomphe. Je me suis proposé pour remettre à ses collègues mon matos de premiers soins. Ils m’ont ouvert le passage mais, voyant les secouristes arriver, je leur ai cédé la place. Bilan : le gendarme a été exfiltré en vue, vraisemblablement, d’une hospitalisation.

Les manifestants n’étaient pas en reste, blessés abondamment. Sur le sol, sporadiquement, l’on voyait des taches plus ou moins grosses de sang. Pas besoin d’imaginer alors le pire : le chaos présent était assez édifiant pour comprendre.

Cependant, si les attaques contre les forces de police et de gendarmerie étaient injustifiables, je ne peux ignorer la rage de ce manifestant du Sud-Ouest : quelques semaines plus tôt, il avait perdu l’usage d’un œil en protégeant sa femme d’un tir de Flash-Ball qui lui était destiné. « J’ai vu son œil exploser », m’a confié cette dernière. Son mari d’ajouter qu’il avait en permanence des migraines et que personne ne pouvait comprendre sa détresse. Cela aussi il eût fallu l’entendre, messieurs Macron, Castaner et autres membres du gang en Marche !

À ce propos, la relative modération des policiers et gendarmes n’était pas tant due à leur bonne volonté apaisante qu’au manque d’effectifs et de matériel adéquat, comme l’ont confié ultérieurement certains de leurs représentants aux médias, dont un se plaignant des munitions « chamallow » livrées à ses collègues. Les nombreux Gilets jaunes mutilés apprécieront. Toutefois, qu’ils se rassurent, on a tous eu notre dose de jets d’eau, gaz lacrymogène, grenades et Flash-Ball !

Petite parenthèse enchantée, j’ai croisé des lectrices et lecteurs de Riposte laïque. De charmantes personnes qui m’ont permis de faire une pause ensoleillée : l’une avait un accent chantant et nettement plus doux à entendre que les détonations diverses et variées ! Et plus haut, dans le brouillard, j’ai retrouvé un élu du Rassemblement national de ma connaissance, les yeux explosés par le gaz lacrymogène mais toujours vaillant et déterminé à défendre l’honneur du petit peuple oublié de France, assimilé à tort aux casseurs d’ultra-gauche.

Auparavant, tandis que le « spectacle » n’avait pas encore commencé, une petite gauchiste du Bordelais, à qui je faisais remarquer que la casse n’était pas trop d’extrême droite, m’a demandé tout de go : « T’es flic ? » Et de lui répondre poliment par la négative. Elle a tout de même douté, jusqu’à ce qu’elle m’aperçoive en train de saluer pas mal de Gilets jaunes, de secouristes, etc. Ou comment parler de tolérance avec un cerveau formaté au Bien (rouge) et au Mal (pas rouge).

Ce qui démontre l’atmosphère hypertendue ce samedi, c’est que très vite les hostilités ont commencé, ce qui n’advient généralement qu’en milieu, voire fin, d’après-midi.

Dans les nuages lacrymogènes, les scènes de combat me semblaient un décor irréel peuplé de silhouettes fantomatiques. Les incessantes détonations me confirmaient que c’était bel et bien la réalité. Pourtant, dans cette opacité, je me sentais paradoxalement plus en sécurité que sur les Champs-Élysées où, lorsque j’y retournais, le feu et la dévastation conféraient à l’avenue et ses alentours une allure de guerre. Voir ma vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=9ZJqcR5nkJs

Dévastations sauvages et inutiles. Qu’on m’explique l’intérêt symbolique d’incendier des kiosques à journaux, comme celui de détruire les véhicules de particuliers. L’un d’eux avait été affublé de gants de boxe, hommage évident à Christophe Dettinger. Sauf que Christophe n’a rien brûlé : il a défendu des femmes !

Petite précision : malgré les déclarations stupides d’Agnès Buzyn, laquelle ne déteste rien tant que les gueux, je n’ai pas vu l’ensemble des Gilets jaunes prendre du plaisir à contempler les destructions, sauf peut-être le Fouquet’s, repère de ce show-biz qui les méprise, tel François Berléand. De la même manière, je peux affirmer, à la lumière des quatorze manifestions parisiennes auxquelles j’ai participé, que des policiers ont pris plaisir à tirer sur les Gilets jaunes et les frapper, ce qui ne fait pas une généralité !

Nombre de Gilets jaunes, lorsqu’ils ont constaté l’ampleur des dégâts et de la violence, se sont d’ailleurs rabattus sur la Marche pour le climat qui se déroulait elle aussi dans la capitale.

Maintenant, quand j’entends les cris d’orfraie des uns et des autres parce qu’on a démoli le Fouquet’s ou la bijouterie Bulgari, j’ai les dents qui grincent : à quand la même émotion lorsqu’une énième église catholique sera profanée ? Émotion, par contre, tout à fait compréhensible quand on parle de la banque incendiée, au-dessus de laquelle se trouvaient des appartements occupés. J’en profite ici pour saluer les pompiers de Paris qui ont, comme toujours, fait preuve d’abnégation et de sang-froid.

Le fanatisme rouge – l’anarchisme étant son enfant terrible – peut effectivement avoir des conséquences dramatiques, malgré l’emballage que certains trouvent séduisant.

Cela dit, je m’interroge, comme beaucoup : on peut arrêter les Identitaires en amont des manifestations mais pas les membres de l’ultra-gauche… ? De qui se moque-t-on ? C’est à se demander si ce samedi 16 mars n’a pas été orchestré pour enterrer définitivement le mouvement des Gilets jaunes !

Charles Demassieux

SOURCE : (Photos et vidéo : Charles Demassieux pour Riposte laïque)

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T. Legrand (France Inter) sur l’évolution du mouvement des gilets jaunes : « l’Ultragauche a gagné », « la question sociale l’a emporté sur la question identitaire », « l’écologie a gagné »

 

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Par JeanRobert le 19/03/2019

10h15

 

Les violences de samedi sont des dégradations ciblées, très politiques et lourdes de sens. D’abord remarquons que dans le combat interne (parfois violent) entre ultradroite et ultragauche qui, dès le début du mouvement,  ont décidé de le parasiter, c’est l’ultragauche qui a gagné. Les ultradroites, multiformes, identitaires, royalistes, soralienne, fascistes de tous poils, font figure d’amateurs désordonnés face à une ultragauche qui suit une procédure d’action très codifiée et ne connaît plus de divisions de chapelles rédhibitoires. Beaucoup moins nombreux, souvent plus vieux, l’ultradroite n’a pas la même agilité ni, paradoxalement,  la même discipline. Elle a d’ailleurs quasiment disparu des cortèges parisiens et sur le fond des revendications, la question sociale l’a aussi emporté sur la question identitaire.

L’ultra gauche, nihiliste, situationniste, anarchiste, zadiste, est devenue simplement extrémiste écolo. Là aussi l’écologie a gagné. C’est une petite armée d’activistes, avec son folklore, ses uniformes noirs destinés à déjouer toutes possibilités de reconnaissance par les caméras de la police, qui se regroupe dans un rêve d’insurrection verte. N’ayant aucune revendication négociable, ni aucune assise populaire, ils n’organisent pas eux-mêmes des manifestations mais décident de s’immiscer dans de vraies mobilisations. Généralement, ils sont mal accueillis par les services d’ordre syndicaux qui, à l’occasion, s’entendent même avec la police pour les contrer. La mobilisation des Gilets jaunes, hiératique, porteuse d’une profonde colère désaffiliée de toutes organisations politiques et syndicales, est le parfait véhicule pour l’ultra gauche.

Les ratés du maintien de l’ordre, les dégâts occasionnés par le LDB ont exaspéré les Gilets jaunes chauffés à blanc par les réseaux sociaux. Les petits groupes de black-blocks n’avaient plus qu’à se donner rendez-vous à Paris le 16. Il en est venu de toute la France et aussi de l’est de l’Europe. Contrairement à ce qu’a pu dire le président, il ne s’agit pas de plusieurs dizaines de milliers d’ultragauchistes, mais seulement de 1500. Leur violence spectaculaire, théâtralisée, est plutôt matérielle. Ce sont surtout les rois de la com’. La devanture du Fouquet’s en feu a fait le tour du monde ! Les Champs-Élysées, le Fouquet’s donc, les magasins de luxe ou de tourisme de masse, les kiosques à journaux sont, pour eux, le symbole de la collusion de l’Etat et du capitalisme. Déjà, ils avaient su à NDDL se faire accepter de quelques agriculteurs qui ne les avaient pas rejetés et qui, finalement, ont pu retrouver leur terre. NDDL, c’est leur Austerlitz ! Là encore, les Gilets jaunes font preuve, à l’égard de cette ultragauche, d’une étonnante mansuétude, comme si cette petite troupe de noire vêtue  leur servait de bras armée. Mais l’action de samedi est quand même un échec pour les black-blocks parce que leur plan était de faire la jonction avec la manif pour le climat. La police les en a empêchés. Ils y auraient reçu  certainement un accueil très hostile. Mais si leur action est politique, ils sont plus agiles dans l’art de la casse éclair et de la dissimulation que dans la théorisation de leur pensée.

Jean ROBERT

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«Vous avez fait du peuple un ennemi de l’Etat» : le philosophe Lordon décline l'invitation de Macron

«Vous avez fait du peuple un ennemi de l’Etat» : le philosophe Lordon décline l'invitation de Macron
SOURCE : © Michel Euler / Philippe Wojazer Source: Reuters
Emmanuel Macron, Frédéric Lordon (image d'illustration).

Pour clore le Grand débat, deux mois après son lancement, Emmanuel Macron a invité des intellectuels à se joindre à lui lors d'une soirée à l'Elysée. Dans une lettre ouverte, le philosophe Frédéric Lordon a expliqué avoir décliné l'invitation.

Emmanuel Macron a échangé, jusque tard dans la nuit du 18 au 19 mars, pendant plus de huit heures, avec les 64 intellectuels qui ont accepté son invitation pour la onzième séance à laquelle il a participé en personne depuis le début du grand débat national. La soirée était organisée en partenariat avec la radio France Culture.

Une rencontre qu'a toutefois boudée un des invités du chef de l'Etat : le philosophe Frédéric Lordon. Celui-ci a défendu sa position dans une lettre ouverte publiée sur l'espace des blogs de Mediapart le 18 mars. L'intellectuel avait profité de l’événement «Le Grand Débarras» organisé le 14 mars à la Bourse du travail de Paris, pour lire sa lettre devant un auditoire pour le moins gaiement captivé.

«Vous comprendrez que si c’est pour venir faire tapisserie le petit doigt en l’air au milieu des pitres façon BHL [...] je préférerais avoir piscine», commence ainsi l'universitaire de gauche.

Vous et vos sbires ministériels venus de la start-up nation [...] vous détruisez le langage

Acerbe, le philosophe n'épargne le locataire de l'Elysée à aucun moment. Déplorant les codes de langage d'un grand débat qu'il estime orwellien, Frédéric Lordon accuse l'exécutif  de mentir en permanence. «Vous et vos sbires ministériels venus de la start-up nation [...] vous détruisez le langage» tonne-t-il avant d'afficher son indignation sur la rhétorique gouvernementale utilisée pour justifier de récentes réformes.

«Quand madame Buzyn [ministre de la Santé] dit qu’elle supprime des lits pour améliorer la qualité des soins ; quand madame Pénicaud [ministre du travail] dit que le démantèlement du code du travail étend les garanties des salariés [...] quand vous-même présentez la loi sur la fake news comme un progrès de la liberté de la presse», s'indigne le philosophe.

Vous avez fait du peuple un ennemi de l’État

Rappelant les commentaires de la presse internationale ou encore ceux de l'ONU sur le maintien de l'ordre en France dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes, Frédéric Lordon dénonce la responsabilité du chef de l'Etat dans le climat de violence actuel : «Vous avez fait du peuple un ennemi de l'Etat», regrette-t-il.

Le philosophe en arrive à un constat peu rassurant pour les membres de l'exécutif qu'il qualifie de «démolisseurs». C'est alors, qu'après avoir évoqué les risques d'un retour de bâton, le philosophe conclut : «Il reste une solution simple, logique, et qui préserve l’intégrité de tous : monsieur Macron, il faut partir. Monsieur Macron, rendez les clés.»

Huit heures de discussion

Diffusée en direct sur les réseaux sociaux, la rencontre entre le chef de l'Etat et les intellectuels ayant répondu présents, a duré près de huit heures, au cours desquelles ont été abordées de nombreuses thématiques, du domaine sécuritaire à l'environnement, en passant par la culture.

Aujourd'hui, on a des gens qui ne savent plus pourquoi ils sont dehors, sauf [pour] détruire

S'adressant à ses interlocuteurs, le chef de l'Etat n'a pas manqué de condamner les récents rassemblements de Gilets jaunes dans la capitale. «On ne peut pas s'arrêter à la tyrannie d'une irréductible minorité», a-t-il déclaré, ajoutant plus tard au sujet des casseurs : «Aujourd'hui, on a des gens qui ne savent plus pourquoi ils sont dehors, sauf [pour] détruire.»

Le président de la République s'est par ailleurs appliqué à défendre ses réformes, notamment celle de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), qui aurait été exigée par des grands patrons du CAC40 lors d’une réunion secrète à l'Elysée, selon une information de France info. «On est rentré dans ce débat sur une taxe que payaient trop certains. Je ne crois pas qu'on s'en sorte en en faisant payer d'autres», a-t-il estimé.

Après avoir privilégié la sourde oreille face à l'émergence du mouvement des Gilets jaunes, Emmanuel Macron avait affiché, à travers le Grand débat national annoncé lors de ses vœux du Nouvel an, sa volonté de «permettre à toutes et tous de débattre de questions essentielles». Toutefois, A l'occasion d'une réunion de groupe LREM à l'Assemblée nationale le 5 mars avec la presse, le Premier ministre concédait : «Le risque déceptif est important.» Quel pessimisme...

Fabien Rives