Guerre d’Ukraine : Jour 65 – L’OTAN

 

fait pression sur la Roumanie pour

 

ouvrir un front en Transnistrie

 

image_pdfimage_print

par Le Courrier des Stratèges.

Alors qu’elle a entamé son troisième mois, la guerre d’Ukraine comporte toujours un grand risque d’escalade entre les États-Unis et la Russie. Se rendant compte que l’armée ukrainienne est condamnée à perdre la guerre, les États-Unis et la Grande-Bretagne essaient de conjurer l’inévitable en organisant en Allemagne, sur la base militaire de Ramstein, un sommet de coordination des livraisons d’armes. En fait, ces acheminements auront de plus en plus de mal à arriver à leurs destinataires du fait de la destruction des voies ferroviaires et, plus généralement, de l’intensification des frappes balistiques de précision sur les dépôts pétroliers, les entrepôts d’armes et de véhicules blindés – sans oublier la corruption endémique du pays qui fait qu’une partie des armes livrées sont revendues. Pris dans une tenaille de plus en plus serrée (frappes de missiles à l’ouest du pays et offensive du Donbass à l’est), le gouvernement ukrainien semble essayer d’ouvrir un autre front, en Transnistrie – éminemment dangereux puisque la Roumanie, membre de l’OTAN, et l’Ukraine enserrent ce petit territoire où se trouvent des troupes russes dédiées au maintien de la paix. Comme le dit l’une de nos sources, le conflit semble devenir une « guerre d’usure ». Mais contrairement à ce qu’avaient espéré les Occidentaux, la Russie tient le choc des sanctions ; donc la prolongation de la guerre ne sert plus qu’à une chose, conduire, lentement mais sûrement, le pays à une partition de fait, le long d’une ligne qui va de Kharkov à Odessa.

Carte des frappes russes sur des sous-stations électriques des chemins de fer ukrainiens.
La Bataille d’Ukraine 

À partir de Southfront.org (voir la vidéo pour des cartes détaillées) :

« En date du 29 avril, l’armée russe et les forces armées de la République populaire de Donetsk (RPD) et de la République populaire de Lougansk (RPL) poursuivent leur progression régulière aux dépens des troupes de Kiev dans la région du Donbass.

Au sud de la région de Kharkov, autour de la ville d’Izioum, des combats intenses se poursuivent sur toute la ligne de front. Les unités russes progressent vers la route Barvenko-Slaviansk.

Les forces de Kiev continuent de retirer leurs unités de la tête de pont restante sur la rive gauche de la rivière Severski Donets. Depuis la zone de Liman-Iampol et la région de Severodonetsk, elles tentent de conserver leurs positions les plus avancées à l’est, entre Severodonetsk et Popasnaya, où de violents affrontements se poursuivent.

Sur la ligne de front près de Severodonetsk et Popasnaya, les militaires russes et les forces de la RPD poursuivent leur avancée. Cependant, les forces de Kiev font preuve de résistance. Les gains russes sont réels mais lents.

Près de Donetsk, le principal point chaud est la zone située au nord d’Avdeïevka, où les forces de la RPD ont remporté des succès tactiques. Cinq civils ont été tués et 21 autres blessés, dont deux mineurs, à la suite d’une attaque des forces de Kiev avec des lance-roquettes BM-21 Grad sur le quartier Kirov de Donetsk.

Le 28 avril, des missiles russes ont détruit les installations de l’entreprise Artiom, spécialisée dans les fusées et l’industrie spatiale, dans la ville de Kiev. Ceci s’est passé alors que le secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres se trouvait à Kiev. Façon pour Vladimir Poutine de rappeler qu’il mène la guerre en même temps qu’il est prêt à négocier la paix.

Des missiles Kalibr basés en mer ont détruit trois sous-stations électriques de traction dans les zones des nœuds ferroviaires de Fastov, Krasnoselka et Polonnoye.

Dans la nuit, l’aviation opérationnelle-tactique et l’aviation de l’armée de terre ont frappé 112 équipements militaires des forces de Kiev. Parmi eux : 95 rassemblements de main d’œuvre et d’équipements militaires.

Selon le ministère russe de la Défense, environ 500 militaires ukrainiens, 59 véhicules blindés, des affûts d’artillerie et des voitures ont été détruits, ainsi que plus de 60 combattants de la formation nationaliste Donbass près de Roubtsi sur le territoire de la République populaire de Donetsk.

En outre, deux systèmes de défense antiaérienne Buk-M1 et Osa AKM ont été détruits près de Veseloïe et Prishib, ainsi que deux dépôts de munitions près de Novoselovka et Slaviansk.

Les troupes russes de missiles et d’artillerie ont également effectué 1299 frappes le 28 avril. 975 frappes supplémentaires ont été effectuées de nuit. Au moins 58 postes de commandement, 183 points forts des troupes ukrainiennes, 1746 rassemblements de personnel et d’équipements militaires, 246 positions de l’artillerie ukrainienne et 21 dépôts de munitions ont été touchés.

En outre, deux systèmes de missiles anti-aériens ukrainiens S-300, un lanceur de missiles tactiques Tochka-U et une station de guerre électronique ont été détruits près de Barvenkovo.

Dans le même temps, les moyens de défense aérienne russes ont abattu 13 drones ukrainiens, dont le « Bayraktar-TB2 », à la frontière russo-ukrainienne, dans la région de Novovodiannoïe.

L’impression générale qui se dégage chez de nombreux observateurs est celle d’une inévitable victoire russe. Elle expliquerait la précipitation avec laquelle les Américains ont décidé d’envoyer du matériel plus moderne à l’Ukraine. Cela expliquerait aussi la tentation apparente de déclencher une opération de l’OTAN en Transnistrie.

Une vidéo représentative de l’armée ukrainienne ? 

Toujours sur le site de Southfront.org, qui abonde en vidéos, on en trouve une où des soldats ukrainiens se plaignent d’avoir été abandonnés par leur commandement.

« Nous sommes des militaires de la 79e Brigade, 2e et 3e bataillons. Nous sommes situés dans le village de Yampol.

Nos commandants nous ont conduits dans la forêt pour creuser, nous avions deux ou trois pelles pour beaucoup de gens… nous avons été attaqués – nous n’avons même pas eu le temps d’attacher une baïonnette.

Nous sommes restés là pendant 5-6 jours, et les commandants nous ont abandonnés… Et maintenant, on nous fait déserter pour le fait que nous avons survécu… Il y a encore beaucoup de cadavres qui gisent là, dans ces fosses.

Je demande votre attention, surtout les volontaires qui nous aident, les officiers qui nous ont abandonnés – nous avons appelé l’artillerie, et il n’y avait rien – aucune aide.

Nous avons été battus par l’aviation – pas de défense aérienne. Nous avons été stupidement jetés pour la viande. Alors nous sommes sortis et avons demandé à l’aîné – c’était un commandant de brigade adjoint ou un commandant de bataillon – Comment ça se passe ? Il a dit : « Mike, le commandant de la DSHV (brigade d’assaut), a donné l’ordre d’aller au corps à corps sur les chars… »

Par conséquent, nous faisons appel à vous – Aidez-nous, car nous sommes considérés comme des déserteurs… Nous sommes jugés comme des ennemis, des déserteurs qui ont quitté le champ de bataille. Nous n’avons pas quitté la bataille – nous avons décidé de survivre.

Nous avons mené le combat, avec des machines automatiques contre les blindés, et ceux qui étaient encore en vie sont sortis vivants du chaudron. Les 70% restants de nos gars sont étendus dans les bois, des cadavres.

Outre le fait qu’ils veulent nous rendre coupables de tout – nous pensons que nos commandants sont coupables, probablement le général de secteur, qui – je ne sais pas. Nous demandons à être emmenés à Mykolaiv, car un assaut s’y prépare. Ils ont décidé de nous laisser ici parce qu’ils veulent nous achever pour que vous ne sachiez pas la vérité.

Les 95e et 79e brigades sont séparées. Les gens (le personnel) – nous sommes des réservistes, il y a des militaires sous contrat, quelques personnes, mais nous ne citerons pas de noms. Même les militaires sous contrat comprennent que c’est un cul. Nous avons été jetés en pâture.

…Les officiers fuient le champ de bataille. Pensez-y, parce que sinon, ils nous mettront en prison.

Une heure avant la percée, nos officiers ont quitté le poste de commandement et nous ont abandonnés. Quand la percée est arrivée, on a demandé du soutien, ils ont dit : « occupez une défense circulaire », alors qu’ils n’étaient plus au KSP (poste de commandement et d’observation). Quand on est allé au KSP, le KSP était déjà vide. Un char contre trente, et nous sommes sortis par groupes de 2, 3, 5 personnes. Quand nous sommes arrivés à la deuxième ligne, il n’y avait personne qui était censé nous couvrir.

On n’abandonne pas, on veut se battre, mais pas dans la 75e brigade d’assaut.

… Nous ne pouvons pas nous battre alors que les blessés sont abandonnés, les officiers s’enfuient en voiture, ils ne veulent même pas ramasser les blessés – c’est une honte. De telles personnes – ne sont pas des officiers – ce sont des chacals. »

La crise du monde occidental

 Ci-dessus, un montage photo humoristique en Australie sur les « bushmasters » envoyés en Ukraine et qui ont toutes les chances de finir soit détruits par un missile russe soit dans le stock de l’armée russe.

Il est par ailleurs assez cocasse de constater que des gouvernements obsédés par le changement climatique n’hésitent pas à brûler du kérosène sans compter pour envoyer du matériel militaire en Ukraine.

 « Mais vous ne vous rendez pas compte…. ». Le très macronien Figaro, qui a abandonné depuis longtemps la citation de Beaumarchais qui ornait son exergue (« sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ») redécouvre le réel. Un reportage sur ces familles qui ont accueilli des Ukrainiens en imaginant que c’était pour quelques jours… Décidément, l’Occident, à l’occasion de la guerre en Ukraine, sort du déni de réalité. Loin de l’opposition abstraite entre des médias entre les « pro » et les « anti », il y a une réalité simple: accueillir des réfugiés, c’est un énorme effort, qui doit être mené, financé, accompagné dans la durée. Les gouvernants occidentaux ont le dilettantisme qui caractérise souvent les gens « très riches » pour parler comme François Hollande. Ils prennent, pour les autres, des engagements qui ne sont pas tenables. C’est tout à fait irresponsable de ne pas tout faire immédiatement pour arrêter cette guerre par la négociation.

 En deux mois de guerre, l’Union européenne a importé pour 43 milliards d’hydrocarbures de Russie.

 L’Allemagne soutient les demandes de sanctions sur les importations de Russie d’uranium – Politico, citant cinq diplomates européens anonymes. Cette décision pourrait porter atteinte à l’approvisionnement en uranium des réacteurs de l’UE construits par la Russie, ainsi qu’aux nouveaux projets nucléaires. Selon les diplomates, les sanctions contre l’industrie nucléaire russe ont été discutées lors d’une réunion avec les ambassadeurs de l’UE et de la Commission en début de semaine, la Pologne et les États baltes étant à l’origine des appels à l’action.

 Une gigantesque pression est exercée sur les parlementaires moldaves pour qu’ils acceptent de laisser passer des troupes roumaines vers la Transnistrie.

 Pendant que les Roumains et les Moldaves sont soumis à chantage par Washington pour envisager une opération contre la Transnistrie et que les dirigeants polonais rêvent d’annexer la Galicie orientale, la Biélorussie masse quelques troupes à la frontière avec la Pologne.

 La propagande occidentale a décidé que le pilote ukrainien imaginaire qui avait abattu 40 avions russes était mort au combat écrasé par une force ennemie supérieure ! Le récit s’adapte au réel !

Le nouvel équilibre des puissances

 Quelle tristesse pour la France et pour les pays de l’Union Européenne que ce soit la Chine totalitaire qui dise les choses : « Les États-Unis portent une responsabilité indiscutable dans le début de la crise en Ukraine » – (un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères).

 Quelle sera la portée de l’argumentation russe, telle qu’exprimée par Sergueï Lavrov sur le média Al-Arabiya : « Il est évident que les tentatives de l’Occident collectif d’interférer avec le cours naturel de l’histoire, de résoudre ses problèmes aux dépens des autres, sont vouées à l’échec. Le monde d’aujourd’hui a plusieurs centres de décision, il est multipolaire. Nous voyons comment les États d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine se développent de manière dynamique. Une réelle liberté de choix se dessine pour chacun, y compris en matière de modes de développement et de participation aux projets d’intégration. Notre opération militaire spéciale en Ukraine contribue également au processus de libération du monde de l’oppression néocoloniale de l’Occident, fortement impliquée dans le racisme et le complexe d’exclusivité ? »

Essayons de nous mettre dans l’état d’esprit de beaucoup de dirigeants et de sociétés du monde :

  • Depuis 1991, les États-Unis ont bombardé et disloqué des États qui résistaient à l’ordre washingtonien.
  • La Russie est – après la Syrie grâce au soutien de la même Russie – le premier État qui résiste victorieusement à l’ordre américain. Admettons même que les Russes puissent être unilatéralement considérés comme les agresseurs dans ce conflit ukrainien. La plupart des pays non occidentaux n’en tiendraient même pas compte tellement le passif américain est lourd.
  • Le prochain G20 se tiendra en Indonésie… où Kadyrov combattant musulman considéré comme le libérateur de Marioupol est devenu un véritable héros. quand donc les États-Unis ont demandé au président américain de ne pas inviter la Russie au prochain G20, ils ont été poliment éconduit. Poliment puisque l’Indonésie accepte finalement d’inviter Zelenski.

En somme, il se pourrait qu’avec leur réputation d’être patauds en communication, les Russes soient en fait en train de gagner la bataille de l’opinion mondiale. Si notre analyse est confirmée, on peut dire que le discours occidental n’aura plus qu’un effet : éviter les divergences d’opinion trop visibles en Amérique du Nord et dans l’Union européenne.

Ce que fait Lavrov, avec une fausse ingénuité, c’est de retourner contre les Occidentaux le discours sur la diversité des cultures :

« Aujourd’hui, nous ne parlons pas d’une nouvelle « guerre froide », mais, comme je l’ai déjà noté, de la volonté persistante de Washington et de ses satellites, qui s’imaginent être les « arbitres du destin de l’humanité », d’imposer un modèle américano-centrique de l’ordre mondial. On en est arrivé au point où la minorité occidentale tente de remplacer l’architecture centrée sur l’ONU et le droit international formés après la Seconde Guerre mondiale par son propre « ordre fondé sur des règles ». Ces règles sont écrites par Washington et ses alliés eux-mêmes, puis imposées à la communauté internationale comme étant contraignantes.

Il faut comprendre que les États-Unis poursuivent cette ligne destructrice depuis plus d’une décennie. Il suffit de mentionner l’agression de l’OTAN contre la Yougoslavie, l’attaque contre l’Irak, la Libye, la tentative de destruction de la Syrie, les « révolutions de couleur » orchestrées par les capitales occidentales dans un certain nombre de pays, dont l’Ukraine. Tout cela a coûté des centaines de milliers de vies, a conduit au chaos dans diverses régions de la planète.

Ceux qui suivent une voie indépendante en matière de politique intérieure et étrangère, les Occidentaux tentent de les supprimer par les méthodes les plus brutales. Et pas seulement la Russie. Nous voyons comment la « pensée en bloc » est imposée dans la région Asie-Pacifique. Qu’est-ce que la stratégie dite indo-pacifique promue par les États-Unis, qui a une orientation anti-chinoise prononcée. Dans l’esprit de l’archaïque doctrine Monroe, les États-Unis cherchent à dicter comment et selon quelles normes l’Amérique latine doit vivre. Cela explique les nombreuses années d’embargo commercial illégal contre Cuba, les sanctions contre le Venezuela, les tentatives de « faire vaciller » la stabilité au Nicaragua et dans certains autres pays. Dans le même ordre d’idées, et la pression continue sur le Belarus. Cette liste peut être poursuivie.

De toute évidence, les tentatives de « l’Occident collectif » d’entraver le cours naturel de l’histoire, de résoudre ses problèmes aux dépens des autres, sont vouées à l’échec. Le monde d’aujourd’hui possède plusieurs centres de décision, il est multipolaire. Nous voyons comment les États d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine se développent de manière dynamique. Chacun dispose d’une réelle liberté de choix, notamment en ce qui concerne les modes de développement et la participation aux projets d’intégration. Notre opération militaire spéciale en Ukraine contribue également au processus de libération du monde de l’oppression néocoloniale de l’Occident, fortement mêlée de racisme et d’un complexe d’exclusivité.

Plus tôt l’Occident acceptera les nouvelles réalités géopolitiques, mieux ce sera pour lui-même et pour l’ensemble de la communauté internationale. »

 Selon la Banque Mondiale :

« La guerre en Ukraine a provoqué un choc majeur sur les marchés des produits de base, modifiant les structures mondiales du commerce, de la production et de la consommation de telle sorte que les prix resteront à des niveaux historiquement élevés jusqu’à la fin de 2024, selon le dernier rapport de la Banque mondiale sur les perspectives des marchés des produits de base.

L’augmentation des prix de l’énergie au cours des deux dernières années a été la plus importante depuis la crise pétrolière de 1973. Les hausses de prix des produits alimentaires – dont la Russie et l’Ukraine sont de grands producteurs – et des engrais, qui dépendent du gaz naturel comme intrant de production, ont été les plus importantes depuis 2008.

« Dans l’ensemble, il s’agit du plus grand choc de produits de base que nous ayons connu depuis les années 1970. Comme c’était le cas à l’époque, le choc est aggravé par une recrudescence des restrictions au commerce des denrées alimentaires, des carburants et des engrais », a déclaré Indermit Gill, vice-président de la Banque mondiale chargé de la croissance équitable, des finances et des institutions. « Ces développements ont commencé à faire planer le spectre de la stagflation. Les responsables politiques doivent saisir toutes les occasions d’accroître la croissance économique au niveau national et éviter les actions qui porteront préjudice à l’économie mondiale ».

Les prix de l’énergie devraient augmenter de plus de 50% en 2022 avant de diminuer en 2023 et 2024. Les prix non énergétiques, notamment ceux de l’agriculture et des métaux, devraient augmenter de près de 20% en 2022 et se modéreront également au cours des années suivantes. Néanmoins, les prix des produits de base devraient rester bien supérieurs à la moyenne des cinq dernières années. En cas de guerre prolongée ou de sanctions supplémentaires à l’encontre de la Russie, les prix pourraient être encore plus élevés et plus volatils que prévu actuellement.

En raison des perturbations du commerce et de la production liées à la guerre, le prix du pétrole brut Brent devrait atteindre une moyenne de 100 dollars le baril en 2022, son plus haut niveau depuis 2013 et une augmentation de plus de 40% par rapport à 2021. Les prix devraient se modérer à 92 dollars en 2023 – bien au-dessus de la moyenne sur cinq ans de 60 dollars le baril. Les prix du gaz naturel (européen) devraient être deux fois plus élevés en 2022 qu’en 2021, tandis que les prix du charbon devraient être 80% plus élevés, les deux prix atteignant des sommets historiques.

« Les marchés des produits de base subissent l’unsdes plus grands chocs d’approvisionnement depuis des décennies en raison de la guerre en Ukraine », a déclaré Ayhan Kose, directeur du groupe Perspectives de la Banque mondiale, qui produit le rapport Perspectives. « L’augmentation des prix des denrées alimentaires et de l’énergie qui en résulte a un coût humain et économique considérable, et risque de freiner les progrès en matière de réduction de la pauvreté. La hausse des prix des produits de base exacerbe les pressions inflationnistes déjà élevées dans le monde entier ».

Selon les prévisions, les prix du blé devraient augmenter de plus de 40% et atteindre un niveau record en termes nominaux cette année. Cela mettra la pression sur les économies en développement qui dépendent des importations de blé, notamment en provenance de Russie et d’Ukraine. Les prix des métaux devraient augmenter de 16% en 2022 avant de s’atténuer en 2023, mais ils resteront à des niveaux élevés.

« Les marchés des produits de base subissent une pression énorme, certains prix des produits de base atteignant des sommets historiques en termes nominaux », a déclaré John Baffes, économiste principal au sein du groupe Prospects de la Banque mondiale. « Cela aura des effets d’entraînement durables. La forte hausse des prix des intrants, tels que l’énergie et les engrais, pourrait entraîner une réduction de la production alimentaire, notamment dans les économies en développement. La moindre utilisation des intrants pèsera sur la production et la qualité des aliments, ce qui affectera les disponibilités alimentaires, les revenus ruraux et les moyens de subsistance des pauvres ». »

La Banque Mondiale se trompe sur un point : la guerre d’Ukraine n’est pas à elle seule la cause de la crise. Les confinements liés au COVID-19 et la politique à tendance hyperinflationniste de Joe Biden avaient largement enclenché les problèmes ici désignés. La guerre d’Ukraine ajoute aux problèmes préexistants. C’est bien la raison pour laquelle l’Union européenne est suicidaire de s’aligner comme elle le fait sur les États-Unis.

source : Le Courrier des Stratèges

 

 

 

 

 

hith-white-house-attacks-E

 

 

Ukraine : l’Europe doit se désolidariser

 

des Américains, par Bruno Mégret

 

 

Ukraine : l’Europe doit se désolidariser des Américains, par Bruno Mégret
  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn
  • Print Friendly

Par Bruno Mégret, polytechnicien, haut fonctionnaire, essayiste ♦ La guerre en Ukraine évolue de façon très inquiétante. Le jusqu’au-boutisme des Américains ouvre en effet le risque d’une guerre nucléaire qui pourrait être fatale au monde européen.

Les Américains jettent de l’huile sur le feu…

Organisant la mobilisation générale contre la Russie, les Américains jettent de l’huile sur le feu. Accuser Poutine des pires ignominies, le traiter de boucher, parler de crimes de guerre et de génocide, le menacer de la Cour pénale internationale, c’est se couper de toute négociation possible avec lui. Ensuite, soutenir l’armée ukrainienne en s’engageant massivement à ses côtés au point de planifier maintenant des livraisons d’armes pour vingt milliards de dollars, c’est prolonger, voire étendre le conflit avec les pertes matérielles et principalement humaines qui en résultent. Enfin, c’est surtout s’engager ouvertement dans la guerre contre les Russes avec la volonté de les battre militairement.

… après avoir cherché à piéger les Russes

Un projet dont on peut d’ailleurs se demander s’il ne s’inscrit pas dans une stratégie conçue de longue date. Tout se passe en effet comme si les Américains avaient cherché à piéger le maître du Kremlin en refusant toute négociation avec lui sur la sécurité en Europe et en annonçant ensuite que pas un soldat américain ne viendrait défendre l’Ukraine. À la manière dont ils avaient poussé Saddam Hussein à l’invasion du Koweit, ils auraient ainsi délibérément créé les conditions de la réaction agressive des Russes pour, dans un deuxième temps, organiser contre eux une mobilisation générale de tout le monde occidental.

Mais si Poutine est acculé, le pire devient possible

L’erreur dramatique des Américains est que Poutine n’acceptera jamais de subir une défaite militaire. Et, s’il n’est pas question ici de défendre l’intéressé et de nier sa responsabilité première dans le conflit et dans les drames, voire les exactions qui en résultent, le devoir des dirigeants confrontés au chef d’État russe n’est pas d’aller pleurer dans les médias comme certains responsables américains mais d’agir lucidement en tenant compte des contraintes géopolitiques comme des réalités psychologiques.

A cet égard, il est clair que si Poutine est acculé à subir une défaite militaire, il utilisera l’arme nucléaire. On peut penser et espérer que ce sera, dans un premier temps au moins, l’arme nucléaire tactique sur le théâtre du champ de bataille, mais personne ne peut prévoir ce qu’il adviendra après une telle escalade de la violence guerrière.

 

bombe H

L’Ukraine doit mener une guerre qu’elle aurait pu éviter…

Alors pourquoi prendre un tel risque ? S’agit-il de la souveraineté de l’Ukraine ? Un pays ne cesse pas d’être souverain si ses dirigeants, en sages politiques, tiennent compte des contraintes géopolitiques auxquels il est soumis. Faute d’avoir voulu le faire, les Ukrainiens ont été entraînés dans la guerre d’une façon pour le moins paradoxale : ils subissent une invasion russe pour avoir voulu se protéger d’une invasion russe (en cherchant à adhérer à l’Otan) ! Le président Zelensky porte donc sa part de responsabilité dans cette guerre en n’ayant pas accepté pour son pays un statut de neutralité, statut qui n’a rien au demeurant de déshonorant. Aussi est-il mal placé pour exiger aujourd’hui de tous les pays occidentaux qu’ils s’engagent sans réserve à ses côtés dans une guerre qu’il aurait peut-être pu éviter par une attitude plus prudente. Une guerre dans laquelle lui et son peuple sont d’ailleurs de surcroît instrumentalisés par les États-Unis.

… et se trouve instrumentalisée par les Américains pour détruire la puissance russe

Si les Américains prennent le risque d’une escalade militaire avec la Russie, c’est en effet pour un enjeu à leurs yeux bien supérieur à celui du devenir de l’Ukraine. Il s’agit pour eux d’en finir avec la puissance russe. Une puissance qu’ils ne contrôlent pas et dont ils détestent les valeurs politiquement incorrectes. Mais cet acharnement américain contre la Russie montre en tout cas combien les États-Unis peinent à prendre en compte les réalités nouvelles du monde actuel. Après leur victoire sur l’URSS ils ne sont pas devenus en effet les maîtres du monde car ce dernier n’est pas passé d’une organisation bipolaire à une structure unipolaire mais à une planète structurée en plusieurs pôles de puissance. Leur ennemi, ou leur adversaire, comme le nôtre, n’est donc pas la Russie mais bien plutôt les puissances émergentes qui veulent prendre leur revanche sur l’Europe et le monde occidental qui les ont dominées pendant plusieurs siècles. Les Américains seraient donc bien avisés de comprendre ce grand basculement et d’en tirer les conséquences : pour faire face à ces nouvelles puissances comme la Chine et dont beaucoup sont animées par le ressentiment ou l’esprit de vengeance, les États-Unis gagneraient à avoir à leur coté une vraie puissance européenne autonome et une Russie forte qui reste européenne.

L’Union européenne devrait se désolidariser des États- Unis pour imposer la désescalade

D’ici là, et pour en revenir à la guerre en Ukraine et au risque majeur d’une escalade nucléaire, je considère qu’il est de la responsabilité historique de l’Union européenne de se désolidariser officiellement des États-Unis et, forte de cette nouvelle légitimité, de se positionner avec autorité comme une puissance d’apaisement et de désescalade, écartant les Américains et poussant les deux parties à la négociation. Telle est l’initiative que devrait prendre rapidement l’actuel président de l’Union européenne, Emmanuel Macron. Et peu importe si certains pays comme la Pologne s’opposent à une telle prise de position, l’enjeu est trop important pour ne pas passer outre. Il s’agit en effet d’éviter le risque d’une guerre qui d’ailleurs ne serait pas mondiale. Car cette guerre n’embraserait que l’Europe et l’Amérique du nord. Elle conduirait au suicide du monde européen et chrétien, ce serait le crépuscule de l’Occident.

Bruno Mégret
02/05/2022

Bruno Mégret
Bruno Mégret est un homme politique, ancien député et député européen. Venu du RPR, numéro deux du Front national puis président du MNR, il a été au premier plan des débats publics. Aujourd’hui en retrait de la vie politique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont, récemment, le Temps du phénix (Ed. Cité Liberté).

chars de combat lourds russes

« Opération spéciale » russe en Ukraine :

 

témoignage précieux du général

 

Dominique Delawarde

 

 

image_pdfimage_print

Ce témoignage rare et exceptionnel est en réponse à un message de Jacques Myard, membre honoraire du Parlement, maire de Maisons-Laffitte, président du Cercle Nation et République, et président de l’Académie du Gaullisme

par Dominique Delawarde.

Bonjour monsieur M.,

Si une bonne partie de votre analyse sur les risques de dérapage du conflit ukrainien me semble juste, je reviens sur la phrase : « Les renseignements fournis par les Américains ont été décisifs pour contrer l’avancée russe dont l’’armée s’est révélée incapable de s’adapter, en raison de concepts militaires d’’un autre âge. »

Ancien chef « Situation-Renseignement-Guerre électronique » de l’état-major interarmées de planification opérationnelle, je ne partage pas du tout cette partie d’analyse qui repose sur une « appréciation de situation » inexacte qui est, en fait, la conclusion d’une prise de position atlantiste biaisée, visant à faire croire aux ukrainiens que la Russie est faible, pour pousser l’Ukraine à résister jusqu’au bout et lui laisser envisager, avec l’aide occidentale, une victoire. Voici mon argumentation…

Jusqu’à preuve du contraire, la Russie n’a pas déclaré de mobilisation partielle et encore moins générale de ses forces pour mener cette « opération spéciale ». Dans le cadre de l’Opération Z, elle n’a utilisé, jusqu’à présent, que 12% de ses soldats (des professionnels ou des volontaires), 10% de ses avions de chasse, 7% de ses chars, 5% de ses missiles et 4% de son artillerie. Chacun observera que le comportement des élites dirigeantes occidentales est, jusqu’à ce jour, beaucoup plus fébrile et hystérique, que le comportement de la gouvernance russe, plus calme, plus placide, plus déterminée, plus sûre et maîtresse d’elle-même, de son action et de son discours. Ce sont des faits.

La Russie n’a donc pas fait jouer ses immenses réserves (réserves qui n’existent quasiment plus en UE). Elle dispose de beaucoup plus d’une semaine de munitions ainsi qu’elle le démontre chaque jour sur le terrain. Nous n’avons pas cette chance à l’Ouest où la pénurie de munitions, l’obsolescence des matériels majeurs, leur maintenance insuffisante, leur faible DTO (Disponibilité Opérationnelle Technique), l’absence de réserve, le manque d’entrainement des personnels, le caractère échantillonnaire des matériels modernes et bien d’autres éléments ne nous permettent pas d’envisager sérieusement, aujourd’hui, une victoire militaire de l’OTAN face à la Russie. C’est bien la raison pour laquelle nous nous contentons d’une guerre « économique » en espérant affaiblir l’ours russe.

Venons-en à la qualité du leadership militaire de la partie russe et comparons la à celle de la « coalition occidentale ».

Le 24 février, les Russes se sont lancés, dans l’urgence, dans une « opération spéciale » préemptive, précédant de quelques jours un assaut des forces de Kiev contre le Donbass.

Cette opération était spéciale parce que l’essentiel des opérations au sol allaient se dérouler dans un pays frère et dans des zones dans lesquelles une partie importante de la population n’était pas hostile à la Russie (le Donbass). Il ne s’agissait donc pas d’une opération classique de haute intensité face à un ennemi irréductible, il s’agissait d’une opération dans laquelle la technique du rouleau compresseur russe, écrasant les forces, les infrastructures et les populations adverses par l’artillerie (comme en Allemagne lors de la 2ème guerre mondiale) était impossible à envisager. Cette opération était spéciale parce qu’il s’agissait davantage, dans le Donbass, d’une opération de libération d’une population amie, otage des bataillons de représailles ukro-nazis, et martyrisée depuis 8 ans, opération dans laquelle les populations et l’infrastructure civiles devaient être épargnées autant qu’il était possible.

Cette opération était donc réellement spéciale et particulièrement difficile à conduire avec en permanence à l’esprit les exigences contradictoires d’obtenir la victoire en avançant et en occupant le terrain, tout en ménageant la population et l’infrastructure civile et la vie de ses propres soldats.

En outre, cette opération a été menée, jusqu’à présent, en infériorité numérique (près de un contre deux), alors que le rapport de force au sol requis en offensive est de 3 contre 1, et même de 5 contre 1 en zone urbanisée. Les forces kiéviennes ont d’ailleurs parfaitement compris l’intérêt de se retrancher dans les villes et de se servir des populations civiles russophones et russophiles comme bouclier humain…

J’observe que, sur le terrain, les forces russes continuent d’avancer, jour après jour, lentement mais sûrement face à une armée ukrainienne qui a réalisé sa mobilisation générale, qui est aidée par l’occident, et qui est sensée se battre pour sa terre…

Mettre en cause la qualité du leadership russe, engagé dans une opération militaire très complexe, menée en infériorité numérique, dans laquelle tout doit être fait pour éviter les dégâts collatéraux excessifs, me paraît être une énorme erreur d’appréciation. On prête aussi trop souvent aux russes, en occident, des intentions ou buts de guerre qu’ils n’ont jamais eus, juste pour pouvoir dire que ces objectifs n’ont pas été atteints.

Il est vrai que l’OTAN ne s’est jamais embarrassée de scrupules pour écraser sous les bombes les populations civiles des pays qu’elle agressait (souvent sous des prétextes mensongers), pour contraindre ces pays à demander grâce. (Serbie, Irak, Afghanistan, Libye, …etc). Plus d’un million de bombes otaniennes ont été larguées depuis 1990 sur la planète entrainant la mort directe ou indirecte de plusieurs millions d’individus dans l’indifférence la plus totale des opinions publiques occidentales.

Avant d’en arriver à l’examen du leadership occidental, pour comparaison avec le leadership russe, notons que l’OTAN a mis 78 jours de bombardement et 38 000 sorties aériennes pour contraindre la petite Serbie à demander l’armistice. Rappelons que la Serbie est 8 fois plus petite que l’Ukraine et 6 fois moins peuplée, et qu’elle était agressée par l’OTAN, sans mandat de l’ONU, dans un rapport de force de plus de dix contre un…

Quelqu’un en occident s’est-il interrogé alors sur la qualité du leadership de l’OTAN qui a mis 78 jours à vaincre son adversaire serbe avec un tel rapport de force ? Quelqu’un s’est-il interrogé sur la légalité de cette action lancée sous un prétexte mensonger (faux massacre de Racak) et sans mandat de l’ONU ?

Je connais bien, pour l’avoir mesuré moi-même aux USA pendant plusieurs années, la qualité du leadership US, qui est aussi celui de l’OTAN et qui, disons-le tout net, n’est pas bonne, à quelques exceptions près.

Pour tenter d’évaluer la qualité de leur leadership et les chances de victoire dans un éventuel conflit, les USA utilisent deux méthodes.

1- Pour la guerre de haute intensité, les évaluations se déroulent dans un grand camp militaire situé dans le Nevada : Fort Irwin
Toutes les brigades mécanisées ou blindées de l’Armée de Terre US effectuent des séjours d’entraînement et de contrôle dans ce camp, à intervalles réguliers. J’ai eu le privilège d’assister à nombre d’entre eux. Après trois semaines d’entraînement intensif dans ce camp, avec tous les matériels majeurs, il y a un exercice en vraie grandeur pour conclure la période, avant que la brigade ne rejoigne sa ville de garnison. La brigade est opposée à un petit régiment équipé de matériels russes et appliquant la doctrine militaire russe. On l’appelle l’ OPFOR (Opposing Force).

Statistiquement, selon l’aveu même du général commandant le camp et directeur de ces exercices militaires de haute intensité, la brigade US perd la partie 4 fois sur 5 contre l’OPFOR russe … Rares sont donc les commandants de brigades américains qui peuvent se vanter de l’avoir emporté sur « l’OPFOR russe » à Fort Irwin.

Interrogé sur cette étrangeté, le commandant du camp nous déclarait toujours : « ce n’est pas grave, le commandant de brigade apprend de ses erreurs et ne les renouvellera pas en situation réelle »… On peut toujours rêver …

De mon point de vue d’observateur extérieur, les échecs des commandants de brigade US étaient tout simplement liés à leur formation qui consiste à suivre des schémas et des règlements à la lettre sans jamais en déroger, même si la situation se prête à la prise d’initiatives et/ou à des actions d’opportunité, en marge des règlements. Le « principe de précaution ou Zero defect philosophy » paralyse les leaders, retarde les prises de décision, coupe l’élan, et conduit très souvent à la catastrophe dans le combat de haute intensité.

À Fort Irwin, cette catastrophe est observée dans 80% des cas au détriment des brigades US. C’est un fait.

2- Pour entrainer les états-majors, et tenter d’évaluer les chances de succès dans un éventuel conflit, des exercices d’état-major de haut niveau (War games) sont organisés chaque année. Ces wargames se veulent aussi, en fait, des répétitions d’actions militaires qui sont envisagées. Il y a, en bout de chaîne, des unités des trois Armées pour matérialiser les décisions prises par les États-majors US.

Il faut savoir que tous les wargames envisagés contre la Chine ont été perdus par le camp US, ce qui explique peut-être la prudence des USA dans leurs relations avec la Chine.

J’ai moi-même participé au printemps 1998 à l’un de ces wargames qui n’était autre que la répétition, avant l’heure, de la guerre d’Irak de 2003.

Il faut aussi souligner que des wargames contre l’Iran ont été perdus par la partie US et notamment, en 2002, le wargame Millenium Challenge. Cette année-là, le général du Marine Corps Van Riper qui commandait l’OPFOR iranien a coulé l’ensemble d’un groupe porte-avions US (19 navires) et 20 000 hommes en quelques heures, avant que le leadership US ne s’aperçoive de ce qui lui arrivait …. .

• https://www.youtube.com/watch?v=g9b1DG86a4k et https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=van+riper

Je n’évoquerai pas ici les wargames contre les forces russes parce que je n’en connais pas les résultats.

Si l’on rajoute à tout ce qui précède toutes les guerres perdues par les USA depuis la guerre du Vietnam jusqu’au piteux retrait d’Afghanistan d’octobre 2021, on ne peut être que très dubitatif sur la qualité du leadership US, donc otanien.

En conclusion, je dirai qu’il faut être prudent avant d’évoquer les insuffisances du leadership russe. Peut-être conviendrait-il d’ôter la poutre qui obstrue les yeux du leadership occidental avant d’évoquer la paille que l’on peut trouver dans l’œil du leadership russe. Si le leadership russe a, aux yeux de certains, sous-estimé la capacité de résistance de l’armée ukrainienne, le leadership occidental a sous-estimé la capacité de résistance russe aux sanctions économiques occidentales et sa capacité à imaginer des contre sanctions très efficaces qui vont mettre à mal les économies de l’UE et les affaiblir toujours plus vis à vis des USA et dans leur compétition avec la Chine.

Le leadership occidental a également sous-estimé les soutiens sur lesquels pouvait compter la Russie dans la guerre économique qui lui est faite (soutien de l’OCS, des BRICS, de très nombreux pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine et même des pays du golfe, producteurs de gaz et de pétrole. … https://thecradle.co/columns/8096). Tous ces pays qui refusent de sanctionner la Russie sont souvent des pays exaspérés par l’hégémonisme du monde unipolaire occidental et par les sanctions qui leur sont unilatéralement appliquées au moindre écart de conduite par rapport aux règles fixées par les USA pour servir leurs intérêts.

Sur le plan militaire et dans la perspective d’une guerre nucléaire, les occidentaux gagneraient enfin à ne pas sous-estimer les performances des vecteurs et des technologies russes.

• https://www.youtube.com/watch?v=mVFlXQjxwcE

Il faut être prudent avant de prendre pour argent comptant et de relayer les déclarations péremptoires et les analyses des services de renseignement occidentaux et garder à l’esprit la superbe déclaration de Mike Pompéo, ex Secrétaire d’État américain :

« J’ai été directeur de la CIA et nous avons menti, triché, volé. C’était comme si nous avions eu des stages entiers de formation pour apprendre à le faire »…

• https://www.france-irak-actualite.com/2020/04/mike-pompeo-et-l-arme-du-mensonge

Pour ma part, je préfère partager/relayer le bel article du général Jacques Guillemain sur la crise ukrainienne qui me paraît rappeler quelques vérités toujours bonnes à entendre :

• https://www.profession-gendarme.com/point-de-vue-du-general-francais-jacques-guillemain-situation-russie-ukraine

Général Dominique Delawarde

***

May 1, 2022 10:32 PM, « Jacques Myar » <jmyard@jacquesmyard.fr> wrote :

MESSAGE de Jacques MYARD

Membre Honoraire du Parlement

Maire de Maisons-Laffitte

Président du Cercle Nation et République

Président de l’Académie du Gaullisme

Le 1er MAI 2022

Guerre d’Ukraine Vers un affrontement États-Unis – Russie : risques de dérapage et d’’engrenage ?

La guerre en Ukraine évolue visiblement vers un affrontement direct entre la Russie et les États-Unis. Il est évident que Washington a armé depuis des années l’’armée ukrainienne, formé leurs soldats, fourni tous les renseignements recueillis par la CIA et surtout par les écoutes effectuées par la NSA.

Les renseignements fournis par les Américains ont été décisifs pour contrer l’’avancée russe dont l’’armée s’est révélée incapable de s’adapter, en raison de concepts militaires d’’un autre âge.

Les Américains se rendent désormais compte que l’’Ukraine n’’est plus dans une situation de résistance, elle peut gagner non la guerre dans sa totalité mais tenir militairement à distance la Russie, la faire reculer !

La destruction le 15 avril du navire amiral russe Moskva en mer Noire effectuée grâce au guidage par les services américains de deux missiles Neptune, a été une étape, peut être symbolique, mais bien réelle dans l’’épreuve de forces russo-américaine !

Mais c’’est le 28 avril que Washington a annoncé clairement ses intentions et fixé ses objectifs. Le président Biden demande au Congrès de voter une aide à l’’Ukraine de 33 milliards de dollars dont 20 d’armement.

Auparavant, le 26 avril en Allemagne, sur la base américaine de Ramstein, le vrai patron de l’’OTAN, le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin, préside une conférence à laquelle participent les représentants de 40 États dont la France qui y dépêcha notre ambassadrice à Berlin.

La tenue de cette conférence sur une base américaine– la symbolique est très forte – ne laisse aucun doute sur la volonté de Washington de prendre fermement la direction de la coalition pour contrecarrer la Russie coupable d’’une guerre d’’agression. Lloyd Austin ne mâche pas ses mots : « Nous voulons voir la Russie à tel point qu’elle ne puisse plus faire ce qu’elle a fait en envahissant l’’Ukraine. »

En conséquence la livraison d’’armes lourdes s’’accélère avec des missiles antiaériens, des obusiers Howitzer. À l’’évidence les Américains après leur échec en Afghanistan, après Saïgon, cherchent à rebâtir leur crédibilité politique et militaire dont ils ont un impérieux besoin en mer de Chine méridionale pour garantir l’’indépendance de Taïwan.

La Russie est certes l’’agresseur, mais aujourd’hui, en raison de l’’engagement auprès de l’’Ukraine des Américains, Moscou a clairement le sentiment d’’être opposé aux États-Unis.

D’’où un changement radical de la guerre et surtout des incertitudes fortes sur les conséquences géostratégiques des deux premières puissances nucléaires mondiales.

On se rappelle heureusement, comme le disait le général Gallois, que « L’’atome rend sage ! » Oui, mais un dérapage ne peut être exclu…

Quelle doit être la politique de la France ? La France soutient l’’Ukraine dans sa résistance contre la Russie de Poutine, mais a-t-elle intérêt à se mettre au garde à vous et à claquer les talons aux ordres des Américains dont l’’objectif est double : affaiblir durablement la Russie d’’une part et assurer la mainmise politique et militaire sur l’’ensemble des pays européens d’’autre part ?

Dans ces conditions la France doit conduire une politique indépendante, avec un seul objectif : obtenir un cessez le feu en recherchant un règlement politique pour reconstruire l’’Ukraine et asseoir les fondements de la sécurité en Europe. L’’Europe, dont la Russie et l’Ukraine font partie. Dans ces conditions, l’’envoi aux Ukrainiens des canons français César de 155, d’’une très grande précision, ne fait qu’’accroître la continuation de la guerre, une guerre que les Occidentaux semblent vouloir conduire jusqu’’au dernier soldat ukrainien…

La France ne retrouvera sa crédibilité et sa capacité d’’agir qu’’en affirmant une politique étrangère totalement indépendante !

Il existe bien, dès lors, un réel risque de dérapage, d’’engrenage qui ouvre la boite de Pandore de l’’aventure. Ce sera alors un échec patent pour tous !

Clemenceau jugeait à juste titre qu’’il est « plus facile de faire la guerre que la Paix ». Et il ajoutait : « Un arrangement médiocre ou une Paix boiteuse valent mieux que la guerre. »

N’oublions pas la sagesse d’’Aristote : « L’’objet de toute guerre, c’’est la Paix. »