La 1ère défaite d’Azov ne doit

 

pas être un écran de fumée

 

 

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L’intensification des bombardements sur Azovstal a eu finalement raison des derniers fanatiques du régiment Azov qui s’y étaient retranchés depuis le début de la bataille de Marioupol.

Le 16 mai un drapeau blanc est apparu au milieu de ruines de la zone industrielle d’Azovstal où les derniers soldats ukrainiens emmenés par les fanatiques du régiment Azov tentaient de servir à leur propagande ukro-atlantiste un baroud d’honneur.

Un premier groupe de 51 « azovites » dont 20 blessés graves s’est rendu après avoir obtenu la garantie de ne pas être tués, montrant à quel point combien tout fanatique finit par prendre sa propre propagande pour une réalité. En revanche ils ne seront pas évacués sur la Turquie mais soignés et interrogés puis éventuellement jugés par les autorités russo-républicaines, car en effet s’ils n’ont quasiment jamais combattu réellement sur le front du Donbass pendant 8 ans, il s’avère, au vu des nombreux témoignages recueillis chaque jour et des preuves saisies dans leurs Etat-Major, que ces néo-nazis ont commis de nombreux crimes dans une répression permanente de la population pro-russe de Marioupol.

Les premières images de l’évacuation sanitaire des blessés d’« Azov » vers les hôpitaux
de la 
République populaire de Donetsk où ils vont être soignés avant leur incarcération et jugements

Quelques heures plus tard d’autres groupes affamés, portant d’autres blessés se présentaient devant les corridors d’évacuation organisés pour leur reddition. En fin de journée, plus de 300 radicaux s’étaient déjà rendus aux forces de libération de Marioupol.

Dans cette histoire les officiers d’« Azov » sont doublement criminels car, en plus des exactions commises contre la population russe de Marioupol, ils ont, pendant 2 mois, refusé d’évacuer leurs blessés par les corridors humanitaires organisés autour d’Azovstal, préférant les laisser mourir dans les sous sols insalubres des usines.

Du côté de Kiev, la reddition des derniers militants d’Azov est officiellement reconnue dans un narratif qui prétend qu’ils vont être échangés contre des prisonniers russes, ce qui hautement improbable. Si tel était le cas se serait une honte pour Moscou et une insulte pour tous ceux qui combattent depuis 8 ans les bandéristes ukrainiens dans le Donbass.

Depuis hier, des hourras résonnent sur les réseaux sociaux propagandistes devant les premières images de ces fanatiques se rendant aux forces russo-républicaines… et à l’évidence, cependant – et sans vouloir jouer le trouble fête – je voudrais rappeler ici quelques réalités :

  • Il reste encore des centaines de combattants ukrainiens dans les souterrains d’Azovstal et même si cette première reddition amorce la fin de leur résistance, le nettoyage de la zone industrielle n’est pas terminée, loin s’en faut.
  • « Azov » n’est pas un simple « bataillon spécial » devenu régiment, il est aussi un parti politique paramilitaire générant d’autres unités portant l’insigne nazi à la « dent de loup » et d’autres unités « Azov » sont déjà présentes à Kharkov et Zaporodje par exemple,
  • Si incontestablement la destruction à Marioupol du bataillon originel « Azov » est une victoire militaire, en revanche sa résistance acharnée est une opération réussie et stimulante pour la propagande ukro-atlantiste et le mythe national ukrainien,

En réalité ses « azovites » ne méritent pas le qualificatif de combattant et encore moins le mythe que la propagande ukro-atlantiste tente de tisser autour d’eux. Ce ne sont qu’un ramassis de fanatiques nationalistes et psychopathes en tous genres souvent issus des égouts du hooliganisme quand ce ne sont pas des repris de justice libérés sous engagement militaire et dont beaucoup se réclament d’une idéologie nazie et d’une russophobie haineuses et dont voici quelques « selfies » aussi débiles qu’inquiétants :

Voilà pourquoi, et au risque de choquer certains, je pense qu’il est prioritaire et urgent de juger les survivants du régiment Azov coupables de crimes de guerre et de les pendre haut et court en place publique pour faire réfléchir les autres fanatiques tentés de vouloir répéter ailleurs leur sacrifice sur l’autel des intérêts de l’OTAN.

En attendant la reddition du dernier carré bandériste est en cours, et dans sa dernière communication vidéo, Prokopenko, le Commandant du régiment Azov a déclaré dans une exagération mégalomane coutumière : 

 

« Les défenseurs de Marioupol ont exécuté les ordres, malgré toutes les difficultés, et pendant 82 jours, ils ont attiré à eux les forces ennemies supérieures en nombre permettant à l’armée ukrainienne de se regrouper, de former plus de personnel et de recevoir une grande quantité d’armes de partenaire des pays. Afin de sauver des vies, toute la garnison de Marioupol se conforme à la décision approuvée du haut commandement militaire et espère le soutien du peuple ukrainien ».

 

Là où ce fanatique néo-nazi a raison c’est que le combat n’est pas terminé,

• d’une part à cause du durcissement des affrontements militaires, leur potentielle internationalisation avec la radicalisation des agissements de l’OTAN, intrusifs dans le conflit russo-ukrainien (aides et soutien militaires) et hégémoniques avec le projet d’adhésion de la Finlande et de la Suède.

• d’autre part car la Russie ne combat pas qu’une armée physique mais aussi et surtout une idéologie fondamentaliste au service d’un capitalisme mondialiste tellement amoral que ses chiens de garde médiatiques n’hésitent même plus à inviter sur leurs plateaux des fanatiques ukrainiens et nazis notoires.

Repoussant les limites de l’abjection les chiens de garde français de BFM TV n’ont pas hésité à inviter sur leur plateau une néo-nazie notoire qui depuis 2014 est connue pour être l’égérie du fanatisme nationaliste ukrainien qui semble t-il est en train de devenir la référence de l’idéologie atlantiste de la phase terminale de l’infection occidentale de l’Europe :

Concernant cette ambassadrice de la résurgence nazie en Europe, je précise qu’il est impossible que les « journalistes » de BFM TV se soient fait piéger par son jolis minois car Vita Zaveroukha est connue depuis 2014 pour son fanatisme nazi depuis que le magazine Elle avait commis l’erreur de lui consacrer un long article avant de s’excuser. J’avais d’ailleurs consacré un article sur ce scandale médiatique en décembre 2014. Et aujourd’hui cette petite salope de nazie est à nouveau portée aux nues par le mainstream médiatique français !

Quand un monothéisme religieux rencontre un monothéisme idéologique dans une soumission commune au monothéisme  de la marchandise.

Le temps des collabos et autres Torquemada de la bien pensance est bel et bien revenu !

Voilà pourquoi, je pense qu’il est temps de regarder la réalité en face et de cesser de se masturber les neurones avec les fantasmes propagandistes qui répètent à longueurs de communiqués débilisant « tout va bien, la Victoire est à portée de nos chars »…

Les menaces qui pèsent aujourd’hui sur les peuples de Russie mais également sur ceux des prétendues « démocraties libérales » sont au delà de toutes les craintes possibles, car une victoire du Nouvel Ordre mondial scellerait la pierre tombale sur les dernières libertés humaines, déjà mises à mal par les mesures de guerre préparatoires imposées au prétextes fallacieux anti-terroristes ou sanitaires.

Nous assistons aujourd’hui à la fin d’un grand cycle où la Marchandise mondiale agonisant de sa propre démesure infernale tente comme d’habitude de répéter cette logique « crise-guerre-reconstruction » pour réinitialiser son système esclavagiste aliénant les peuples aux dictatures étatiques de l’argent. Car la guerre dont Clausewitz rappelait qu’elle « n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens » est aujourd’hui revenue radicalement à l’avant scène du Monde et pour la simple raison qu’elle n’est que l’explosion inévitable des cycles mortifère et esclavagistes de la tectonique marchande dans laquelle se perd l’humanité depuis la révolution néolithique. Avec l’apparition de la valeur d’échange, cette matrice du capitalisme, l’obsession du profit illimité et dans sa nécessité vitale fantasmée enferme depuis des millénaires les peuples dans les cycles infernaux des échanges économiques devenant en concurrence commerciale, puis  guerre économique et finalement guerre militaire.

Et les intégrismes, qu’ils soient religieux, politiques, culturels ou idéologiques comme ce nazisme annihilant le « sens commun » des combattants d’Azov, ne sont que de la poudre aux yeux des peuples destinés non seulement à cacher les vrais enjeux économiques des conflits mais surtout de les y précipiter pour le grand sacrifice sur l’autel de la Marchandise.

Les deux premières guerres mondiales avaient permis au système capitaliste de survivre à la première crise économique puis la première crise financière. Aujourd’hui ces 2 types de crises sont non seulement fusionnées dans la démesure d’un système monétaire occidental artificiel, mais amplifiées par des crises écologiques et démographiques qui leur sont liées. Il y a péril dans les palais dorés de la ploutocratie mondialiste qui n’ayant pas réussi a sauver ses taux de profit avec l’imposture de la crise sanitaire s’apprête a jouer son joker militaire.

Le combat réel a toujours été vertical : c’est celui des peuples contre le pouvoir de l’argent et les élites étatiques et ceux qui persistent comme Moreau and Co à vouloir lire ce conflit qu’à travers le prisme simpliste de querelles politiques horizontales fantasmées (servant au passage leurs propres mercantilisme) ne sont in fine que les idiots utiles du chaos organisé par le marché mondial.

La IIIème guerre mondiale, semée dans le Donbass par les ukro-atlantistes il y a 8 ans, est bel et bien et malheureusement en train de germer, arrosée par l’obstination de Washington de détruire l’Europe dans une guerre contre Moscou, et il ne reste plus qu’une minuscule chance pour qu’elle soit enrayée : que les populations européennes descendent dans la rue pour la Paix et exigent de leurs gouvernements asservis qu’ils cessent de soutenir l’effort de guerre ukrainien et refusent l’intégration d’autres pays au sein de l’OTAN…

Oui je sais que malheureusement, sur ce dernier point, je rêve…

Les vaincus d’Azov continuent à sortir des ruines de l’usine d’Azovstal pour se rendre aux forces russes et
républicaines qui les 
dirigent vers des centres pénitenciers ou des hôpitaux sécurisés de la Fédération de Russie

Bilan provisoire de la reddition de la garnison ukrainienne d’Azovstal, au 17 mai ,12h00 :

Plus de 2500 personnes dont :

804 membres du régiment nationaliste « Azov »

404 blessés ;

55 blessés graves ;

plus de 200 corps dans un état congelé ;

3 prisonniers russes (1 officier, 2 soldats)

Des convois de camions pénitenciers évacuant les prisonniers d’Azovstal vers la Russie passant par la ville frontière de Taganrog près de Rostov sur le Don.

Le président de la Douma d’État (Parlement russe) a précisé qu’elle s’opposerait formellement à tout échange de prisonniers concernant les militants d’Azov.

source : Alawata Rebellion

sp-gru

 

Marioupol : Reddition des soldats

 

ukrainiens retranchés dans Azovstal

 

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par Christelle Néant.

Le 16 mai 2022, les soldats ukrainiens encore présents dans les sous-sols de l’usine Azovstal à Marioupol ont commencé à se rendre à la Russie et à la RPD (République populaire de Donetsk).

Alors que nous étions à Marioupol pour filmer la réouverture d’une école le 16 mai, nous avons été surpris par le silence qui régnait dans la zone autour de l’usine. Pour rappel, suite à l’évacuation des derniers civils qui se trouvaient dans les sous-sols d’Azovstal, l’armée russe bombardait quotidiennement l’usine pour empêcher les soldats ukrainiens d’installer de nouvelles positions de tir.

Mais ce lundi 16 mai 2022, pas un seul tir contre l’usine, pas d’avion de l’armée russe survolant Azovstal. Rien. Ce silence nous semble étrange, mais faute de réseau téléphonique encore pleinement fonctionnel, nous n’arrivons pas à avoir d’information sur ce qui se passe.

Ce n’est que sur le chemin du retour vers Donetsk, que nous apprenons qu’un groupe d’une dizaine de soldats ukrainiens est sorti d’Azovstal afin de négocier avec la RPD et la Russie.

Le soir même, 51 soldats ukrainiens blessés (certains grièvement) sortent d’Azovstal, se rendent et sont envoyés à l’hôpital de Novoazovsk pour y être soignés. En plus de ce groupe de blessés, plus de 200 autres soldats ukrainiens se rendent et ont été envoyés quant à eux au centre pénitentiaire d’Elenovka. Au total ce sont 265 soldats ukrainiens qui se sont rendus.

 


D’après les médecins qui ont examiné les blessés, ceux-ci sont en très mauvais état, et souffrent de malnutrition, ce qui laisse supposer que ce qui reste de troupes ukrainiennes dans l’usine va de toute façon devoir se rendre rapidement faute de vivres.

Nous sommes donc retournés le 17 mai au matin à Marioupol en espérant pouvoir filmer la reddition du prochain groupe de soldats ukrainiens encore présents à Azovstal. Sauf que ces derniers refusent de sortir s’ils sont filmés à leur sortie. Se rendre oui, mais il ne faut pas que leur reddition soit trop publique. Alors tous les journalistes présents près de l’usine sont renvoyés, en espérant que cela poussera enfin les soldats ukrainiens à sortir.

Voir le reportage filmé sur place :

 

Une stratégie payante, puisqu’un peu plus tard dans la journée, un nouveau groupe de soldats ukrainiens a quitté Azovstal et s’est rendu. Comme dans le premier groupe, une partie est constituée de blessés, certains dans un état grave, qui ont dû être emmenés dans les nombreuses ambulances qui avaient été amenées près de l’usine le matin même.
Les autres ont été emmenés dans un centre pénitentiaire, le temps de déterminer qui est qui, et quel sera leur sort. Car parmi ces soldats ukrainiens (terme générique que j’utilise pour faciliter l’écriture et éviter des phrases à rallonge) il y a plusieurs catégories de prisonniers :

1) Les combattants du régiment néo-nazi Azov, qui devront être jugés, et ne sont pas échangeables contre des soldats russes capturés par Kiev, comme l’a rappelé la Russie ;

2) Des soldats de la 36e brigade des Forces Armées Ukrainiennes (FAU), qui, s’ils n’ont pas commis de crimes de guerre, pourraient être échangés contre des soldats russes, ou libérés à la fin de l’opération militaire spéciale ;

3) Des membres des gardes frontières, qui eux aussi, sauf crimes de guerre, pourraient être échangés, ou libérés à la fin de l’opération militaire ;

4) Et il y a aussi peut-être des combattants étrangers (mercenaires combattant pour Kiev ou qui sait peut-être des instructeurs ou conseillers militaires), dont le traitement va dépendre du statut. Un mercenaire ne sera clairement pas traité par les Russes de la même manière qu’un instructeur ou un conseiller militaire venant d’un des pays de l’OTAN. L’impact médiatique ne sera pas le même non plus.

En tout cas, ce qui est certain, c’est que contrairement à ce qu’a essayé de faire croire Zelensky (de manière totalement délirante), il ne s’agit pas d’une évacuation, mais bien d’une reddition des soldats ukrainiens qui se trouvent dans l’usine Azovstal. Ces soldats ne sont pas envoyés en Ukraine, mais bien en RPD et en Russie. Toutes les stratégies de communication que Kiev peut utiliser pour essayer de transformer cette gabegie en pseudo-victoire ne changeront rien à ce fait, à cette réalité !

Volodymyr Zelensky a eu beau essayer de faire croire que celles et ceux qui sortent maintenant de l’usine Azovstal seront échangés, et pourront donc rentrer chez eux, il n’en est rien pour bon nombre d’entre eux. Les combattants du régiment néo-nazi Azov, et tout ou partie des soldats de la 36e brigade des FAU devront répondre de leurs crimes contre les civils du Donbass, et seront donc jugés, sans possibilité d’être libérés à la fin de l’opération militaire ou échangés contre des soldats russes. Les potentiels étrangers présents à Azovstal ne seront pas non plus échangeables.

À l’heure où j’écris ces lignes nous n’avons pas encore de chiffres précis sur le nombre de soldats ukrainiens qui sont sortis le 17 mai d’Azovstal. Mais au vu du grand nombre de soldats qui se trouvaient dans les sous-sols de l’usine (plus de 2000 dont près de 800 membres du régiment Azov) il faudra plusieurs jours pour gérer leur reddition totale et les envoyer selon leur état à l’hôpital ou en prison. Il faudra aussi évacuer et identifier les 200 corps congelés présents dans les sous-sols de l’usine.

Christelle Néant

source : Donbass Insider

 

Ukraine : comment tout cela va-t-il finir ?

 

par François Martin

 

 

C’est la question que tout le monde se pose, et ceux qui connaissent bien la situation sont de plus en plus inquiets.

Outre la violence qu’elle met en scène, toute guerre provoque une vive inquiétude, pour deux raisons. La première est l’incertitude sur l’issue des combats, quand cette issue est porteuse de futurs dangers pour nous, et l’autre est le résultat de possibles négociations, qui seraient amenées à changer notre univers politique ou social. Ici, l’incertitude est encore plus grande, d’une part parce que les deux principaux belligérants, les USA1 et la Russie, sont les deux plus grandes puissances nucléaires au monde, et d’autre part, et c’est le plus grave, parce qu’elles ne se parlent pas.

La nécessité d’un dialogue entre belligérants

Jusqu’à présent, dans tous les « grands » conflits du passé, en même temps que, sur le terrain, se poursuivaient les combats, des discussions avaient lieu en parallèle entre les ennemis, pour une possible issue négociée. Ce fut le cas, en particulier, pendant la deuxième guerre mondiale, où l’on sait, par exemple, le rôle éminent qui fut joué par le Vatican2. Même si, à l’époque, l’un des belligérants fut totalement vaincu, il exista malgré tout, pendant toute la durée de la guerre, un « canal de discussion » tel qu’on pouvait penser qu’à un certain moment, celle-ci pouvait s’arrêter.

De même, lors de l’un des épisodes les plus dangereux de la guerre froide, la crise des missiles de Cuba, la négociation entre les USA et l’URSS fut intense, et ce fut elle – et non pas un épisode militaire – qui mit fin à l’escalade. À l’époque, les responsables américains avaient reconnu que le plus important à leurs yeux était le fait que, bien que n’étant pas d’accord, Américains et Russes s’étaient toujours parlé et compris. Grâce à cela, la situation n’avait pas dérapé. Sans ces échanges, il est probable que la guerre nucléaire aurait eu lieu. Au-delà des divergences – et elles étaient fort grandes –, il existait deux « principes », presque philosophiques, communément partagés : l’un était le fait que chacun des belligérants considérait qu’il avait en face de lui des hommes capables de raisonnements rationnels, l’autre que le but final de la tension était de trouver une issue acceptable pour les uns comme pour les autres.

Il semble que, dans le cas présent, ces deux principes n’existent plus.

Du côté des Russes, ceux-ci ont toujours affirmé la même chose : l’approche de plus en plus marquée de l’Otan près de leurs frontières les met en danger. Ils ont toujours demandé qu’une négociation soit menée afin qu’une architecture de sécurité les protège contre les risques d’agression occidentale. Ils le disaient bien avant la crise, et ils l’ont répété depuis. Même si, depuis le début de la guerre, et parce que cette discussion n’intervient toujours pas, ils ont modifié leurs buts militaires et cherchent aujourd’hui des gains stratégiques en poursuivant leur opération vers la mer d’Azov et la mer Noire, c’est bien cela, leurs garanties de sécurité, à obtenir à travers un dialogue sérieux, qui est le cœur de leur préoccupation. Il est clair que ce danger les obsède, et c’est facile à comprendre. Or ce sujet, que ce soit avant la crise ou depuis qu’elle a lieu, pour des raisons incompréhensibles, n’a jamais été véritablement pris en compte.

Normalement, dans un conflit « classique », dès que les premières opérations militaires commencent, soit les belligérants eux-mêmes, soit les « messieurs bons offices » qui les entourent, proposent un cessez-le-feu, puis l’ouverture de couloirs humanitaires, puis si possible la consolidation du cessez-le-feu, le temps que les diplomates fassent leur travail et trouvent une solution « amiable », la moins mauvaise possible. Ce ne sont pas les « fautes » ou les responsabilités réciproques qui prévalent, mais la possibilité d’arrêter la violence. Ici, rien de tout cela ne semble enclenché. Aucune « grande » voix n’appelle au cessez-le-feu. Bien au contraire, au fur et à mesure que les combats se déroulent, se poursuivent aussi la diabolisation de l’adversaire et les déclarations martiales selon lesquelles « il est un criminel », il convient de le « punir », ou bien « sa défaite est possible », sinon probable. On assiste à une escalade verbale et politique permanente, à l’inverse des « principes » énoncés précédemment. Et cette escalade, il faut le reconnaître, est le fait des Occidentaux. Tout se passe comme s’il existait un « méchant », la Russie, qu’il faut battre à tout prix, et un « gentil », l’Ukraine, qui doit gagner à tout prix. Rien de pire que cela pour rechercher les voies de la paix.

Et dans ce cadre conceptuel délétère, l’un des belligérants est la première puissance nucléaire du monde ; les Européens, qui n’étaient pas directement concernés, se sont eux-mêmes placés en quasi-première ligne ; et les Américains, qui sont les « commanditaires » de l’occident, sont en deuxième rideau, et sans risque militaire direct ! Tout cela rend la situation aussi dangereuse, plus dangereuse encore, selon certains experts, qu’elle ne l’a jamais été depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. C’est cette configuration folle, où l’on a l’impression que les décideurs du monde occidental ont perdu tout sens commun, qui rend si difficile d’imaginer une sortie de crise qui ne soit pas un cataclysme. Il faut pourtant essayer de le faire.

Les lignes rouges à ne pas franchir

1. Examinons tout d’abord les « lignes rouges », celles que, semble-t-il, les belligérants ne veulent pas franchir. À partir de là, peut-être est-il possible de bâtir des scénarios plausibles.

2. La première d’entre elles semble être la réticence des Américains, et aussi des Européens, pour envoyer directement des troupes. Si l’on assiste, presque journellement, à des rodomontades des uns et des autres, et même si Zelensky tente par tous les moyens d’appliquer la consigne américaine de pousser à l’internationalisation militaire du conflit.

3 . Il y a loin de la coupe aux lèvres. Envoyer des armes, oui, même si ce sont pour la plupart des vieux stocks, même si l’essentiel est détruit avant même d’être arrivée à ses destinataires.

4 . Et même si une bonne partie de l’aide américaine ne sert pas à financer ces matériels, mais à payer les fonctionnaires du pays, l’Ukraine étant totalement en faillite… Envoyer des troupes, c’est tout autre chose. Les Occidentaux tentent, par leurs discours belliqueux, de masquer cette faiblesse majeure : sauf à envoyer quelques dizaines, ou même quelques centaines de « conseillers » sous uniforme privé, ce qui ne changera guère le cours de la guerre, ils ne sont pas prêts à s’engager directement. Lorsque, comme c’est probable, il n’y aura plus d’armée ukrainienne d’ici quelques semaines.

5 . Ils se trouveront devant un dilemme : à qui livrer les armes ? Et que faire au-delà ? Il faudrait un « casus belli », tel qu’il permettrait à l’Otan de déclarer la guerre directement à la Russie, soit sur le territoire ukrainien, soit même en Russie. C’est probablement ce que cherchent les USA, mais même si c’est le cas, on peut douter qu’ils prennent le risque de s’engager vraiment à fond sur ce plan. Il faudrait pour cela utiliser les « supplétifs » européens. Les convaincre sera une autre paire de manches…

De l’autre côté, Poutine sait tout cela parfaitement. Il sait que, tant que le conflit ne déborde pas directement des frontières de l’Ukraine, il est lui-même relativement protégé contre une telle internationalisation. Pour cette raison, et même s’il met régulièrement en garde les Occidentaux contre les risques d’escalade nucléaire de leurs positions, il reste prudemment, pour le moment, dans les limites du pays. Alors qu’il aurait pu facilement détruire les stocks d’armes entreposées près de la frontière du côté polonais.

6 . Il évite soigneusement de le faire, précisément pour ne pas ouvrir la porte à une telle escalade. On peut aussi penser que c’est pour cette raison qu’il a engagé aussi peu de troupes dans cette opération, 150 000 hommes, soit pas plus de 7 % de son armée, une gageure pour attaquer un pays de 600 000 km/2.

7. Il se doit d’être très prudent, et de conserver les réserves sufisantes pour une extension possible du conflit sur son propre sol. Et même si probablement la Suède, et surtout la Finlande, risquent d’être acceptés bientôt dans l’Otan, il se gardera bien de s’en prendre à elles directement, fortement et tout de suite, malgré la menace nouvelle qui va peser sur lui

8. Avant tout, il doit régler son problème avec l’Ukraine et, pour cela, il doit d’abord en écraser l’armée. Après cela, la configuration politique aura entièrement changé, parce qu’il pourra dicter ses conditions. Pour cette raison, peu lui importe de dégarnir ses troupes dans des parties du pays moins stratégiques (et même à Kharkiv). Peu lui importe que s’agite la communauté internationale, que s’enflamment les discours, que Zelensky s’exprime encore et encore, que la noria des dirigeants du monde entier fasse la queue à Kiev, que le nième train de sanctions soit voté. Peu importe même que les alliés construisent, à travers la livraison permanente de « petites » armes à des groupes désorganisés ou mafieux, un pays « libanisé » et désormais ingouvernable, surtout dans sa partie Ouest (la partie de l’Est sera à terme intégrée à la Russie). Lui poursuit un but bien précis et un seul : c’est devant le Donbass que se décidera l’affaire, et nulle part ailleurs.

Lorsqu’on en sera là, pense-t-il, il faudra bien parler. Et en face, le camp commence à se fissurer.

 

3 CHEFS DE GUERRE ENNEMIS

Échec de la stratégie américaine

9. En effet, on voit bien que la stratégie américaine, sur tous les plans, a fait long feu. Sur le plan militaire, l’envoi des matériels ne semble pas, en tout cas jusqu’ici, avoir été aussi efficace qu’espéré

Sur le plan économique, la série des sanctions n’a pas mis la Russie à terre

10. Bien au contraire, l’augmentation des prix et l’inflation vont peser sur les économies européennes de plus en plus. Par rapport à cela, la dépense de milliards de matériels en pure perte va apparaître bientôt comme une erreur tactique majeure faite par nos gouvernements. Enfin, sur le plan diplomatique, les USA n’ont pas réussi à isoler la Russie. La plupart des pays du monde n’ont pas suivi. C’est plutôt le bloc occidental qui apparaît au contraire isolé, et plus encore si l’on considère que se met progressivement en place, à la faveur des sanctions prises, un système de paiement mondial alternatif, qui ferait perdre au USD son monopole

11. Par ailleurs, Poutine sait que le système démocratique occidental est par essence fragile. Il ne résiste pas durablement à la douleur… Déjà, l’Italie commence à faire marche arrière. Alors qu’au début, les dirigeants européens sont tous partis en guerre, la fleur au fusil, la maréchale Von der Leyen en tête, sur l’air de « Méchant Poutine, on va te faire la peau », les choses, et l’opinion en premier lieu, peuvent se retourner très rapidement.

Dans ce cas, les « rétropédalages » seront aussi rapides que les déclarations initiales. Pour cette raison, le leader russe n’a pas cherché, lui, à « punir » les Occidentaux, en leur coupant le gaz d’un coup, ce qu’il pouvait facilement faire. Il a craint que les opinions ne prennent alors fait et cause contre lui, et fassent bloc autour de leurs gouvernements

12. Au contraire, il « serre le nœud » très progressivement, laissant les opinions et les gouvernements peser, en face à face, le résultat des actions intempestives de ces derniers, non concertées préalablement avec leurs peuples. Si la zizanie s’installe ici, et se répand, c’est gagné pour lui

13. Et même aux USA, la chose peut se produire. En effet, Poutine le sait, la campagne des mid-terms sera le prétexte d’un débat intense. Si, comme l’espérait certainement Biden, celle-ci aurait été, en cas de victoire, l’occasion de faire remonter fortement sa cote de popularité bien compromise depuis deux ans, au contraire, si l’échec s’annonce, ce pourrait être pour lui une véritable Bérézina politique. C’est pour camoufler (plus encore que pour conjurer) cette menace, qu’il fait voter des budgets militaires de plus en plus pharamineux. Mais, pour beaucoup d’observateurs américains, cette fuite en avant sera observée comme une forme de panique.

14. Déjà, certains militaires de haut rang émettent des doutes sur la pertinence d’une telle stratégie. Face à cela, s’il doit assez rapidement gagner sa bataille du Donbass.

15. Pour le reste, Poutine n’a qu’à attendre. Et plus il attendra, plus la position occidentale apparaîtra comme inefficace sur le plan tactique et exorbitante en termes de coût. Le temps joue à 100 % pour lui.

Quelle issue envisager ?

16. Que peut-il se passer en finale ? Trois choses sont à considérer en pareil cas : la position de force ou de faiblesse des parties en présence, leur sang-froid et leur détermination.

Pour ce qui est de la position de force, pour autant qu’il gagne sa bataille, ce sera du côté de Poutine. Il sera le vainqueur militaire, économique et diplomatique. Solidement appuyé, qui plus est, sur une opinion interne largement acquise, il aura en face de lui des adversaires fragilisés et divisés.

Pour ce qui est du sang-froid, chacun peut s’accorder sur le fait que le Russe n’en manque pas ! C’est sans doute même sa qualité principale. Face à lui, les dirigeants occidentaux n’ont fait que montrer leurs faiblesses : par rapport à leurs mentors américains, à leurs choix tactiques, à la pression médiatique, à leurs propres opinions. Mis à part Orban, aucun ne fait vraiment preuve de solidité.

La détermination est le point principal. Or elle est, c’est certain, du côté russe, car c’est leur survie même qui se joue. Pour Poutine (il l’a dit et redit, et il faut le croire), la question de l’Ukraine est existentielle. Dans cette affaire, on peut penser qu’il ira jusqu’au bout. Comme l’explique de façon limpide le grand géopoliticien John Mearsheimer, il ne peut pas perdre, parce que la militarisation nucléaire de son arrière-cour proche serait la fin de la Russie16. Donc s’il est amené à perdre, ce sera le cataclysme.

17. Face à lui, les USA, pour le moment, ne veulent pas perdre non plus, mais, à la différence des Russes, ils peuvent perdre. Si c’est le cas, que se passera-t-il pour eux ? Une bonne opération commerciale finalement, où ils auront pu tester la faiblesse de l’Europe, et les voies et moyens pour son futur dépeçage. Pour le reste, un échec politique ? Ils en ont vu d’autres, depuis le Vietnam : en Afghanistan, en Syrie… Ils sont toujours là. Ils se relèveront. L’avantage des systèmes démocratiques, c’est qu’ils sont souples. Ils effacent la honte facilement. Biden sera renvoyé aux poubelles de l’Histoire, et son successeur, possiblement Trump, profitera de cette occasion pour un grand coup de balai dans « l’État profond », ce qu’il n’a pas pu faire lors de son premier mandat.

18. La grande Amérique sera un peu écornée, son ego en prendra un coup, ainsi que son monopole et ses pratiques de gangsters (comme l’externalisation de son droit), mais elle s’en portera probablement mieux. Pour nous autres Européens, ce sera la grande inconnue : soit le prétexte d’un sursaut, soit une accélération de la chute…

Mais tout cela, c’est si les choses se passent bien…

François Martin

 

  • Plus personne aujourd’hui, sauf ceux qui sont de très mauvaise foi, ne doute qu’il s’agit d’une guerre entre les USA et la Russie sur le sol ukrainien, et non pas une guerre entre l’Ukraine et la Russie.
  • Voir l’exceptionnel Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, de Pierre Blet, qui montre l’extraordinaire travail diplomatique du Vatican pendant cette guerre.
  • L’internalisation du conflit est déjà en cours. Seule la phase militaire, l’envoi de troupes étrangères, n’est pas encore réalisée. Il s’agit pour les Américains, en utilisant Zelensky, de « pousser dans le dos », à travers leurs opinions exacerbées, les dirigeants européens, pour qu’ils franchissent cet ultime pas.
  • Ces matériels doivent en effet parcourir 1500 km dans de grandes plaines à découvert, avant de parvenir dans la zone des combats. Autant dire un véritable « tir aux pipes » pour l’artillerie russe !
  • Bien qu’elle ait toujours eu comme objectif de reconquérir un jour le Donbass, l’armée ukrainienne a été construite (par les Américains) sous forme défensive, soit dans des tranchées, soit à l’intérieur des villes. Pour cette raison, l’avancée russe, pour ne pas être trop consommatrice en hommes, ne peut être que prudente et progressive. Mais lorsque l’un des belligérants est statique ou même enfermé, et que l’autre dispose du monopole de l’aviation et de l’artillerie, l’issue en principe ne fait pas de doute. La victoire russe, si les choses se déroulent logiquement, n’est qu’une question de temps.
  • Le système d’espionnage russe en Pologne lui fournit certainement la localisation exacte de tout le matériel à livrer, et celui des camps d’entraînement.
  • Ceci, à lui seul, suffit à prouver que l’objectif de l’opération russe n’était pas la conquête du pays.
  • On peut dire, d’une certaine façon, que l’affaire ukrainienne est déjà pratiquement réglée. La vraie menace pour la paix et l’équilibre du monde, c’est la Suède et surtout la Finlande. Il ne faut pas oublier que la Finlande s’est engagée aux côtés des nazis, et qu’elle n’a obtenu le maintien de son statut démocratique, après avoir été battue par Staline, que contre un engagement de neutralité perpétuelle. Pour les Russes, qui ont la mémoire historique très longue, ce choix de la Finlande en faveur de l’Otan représente donc une menace de première grandeur. Ce sera à n’en pas douter le prochain gros « dossier » de Poutine en politique étrangère, qu’il traitera sous une forme qui n’est pas encore connue.
  • Pour la raison indiquée en NDBP n°4. De plus, les combattants ukrainiens se plaignent, semble-t-il, de la multiplicité des types d’engins et d’armes fournis. Ceci, couplé au manque de formation reçue, en rend l’utilisation d’autant plus compliquée et aléatoire.
  • Bien au contraire. Le marché russe ne manque de rien. Si les quantités de matières premières vendues sont moins importantes qu’autrefois, l’augmentation du prix de vente le compense parfaitement, et le rouble ne s’est jamais aussi bien porté.
  • Voir les travaux de Sergey Glazyev.
  • Ce qu’il n’a pas osé faire, les dirigeants occidentaux l’ont fait. Avec leurs trains de sanctions, leurs déclarations martiales et leur livraison d’armes, ils n’ont pas fragilisé Poutine, mais ont au contraire resserré son opinion autour de lui.
  • « La discorde chez l’ennemi » (cf. de Gaulle), c’est l’une des composantes les plus importantes de sa stratégie.
  • Et pour Poutine aussi…
  • Mais en prenant son temps. Cf. NDBP N°5.
  • Tout comme la militarisation nucléaire de Cuba aurait signé la fin des USA. Cette crise des missiles était existentielle pour eux. Voir la Smart Reading Press.
  • Et dans ce cas, ce sera l’Europe, Pologne, pays baltes, Finlande (si elle rejoint l’Otan) et Royaume Uni en premier, qui paieront le prix fort nucléaire. Contrairement à ce que pensent les naïfs européens, l’Amérique ne répliquera pas, parce qu’elle ne voudra pas risquer, en retour, une frappe sur son propre sol.

bombe H