Ukraine : Derniers éclairages

 

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par Dominique Delawarde.

L’actualité étant ce qu’elle est, voici trois nouveaux documents qui donnent un nouvel éclairage sur la situation actuelle.

1. Une analyse très argumentée et donc pertinente, de Stratediplo qui traite de la légalité des referenda à venir en Ukraine.

Son titre : Referenda en Novorussie

Quatre régions ex-russes, représentant la moitié de la Novorussie appelée en français Nouvelle-Russie depuis deux siècles et demi, vont se prononcer par referendum, dans les jours qui viennent, sur leur réunification avec la Russie.

Les deux premières à l’avoir annoncé sont les provinces administratives ukrainiennes de Kherson et Zaporijia, récemment libérées (partiellement) par l’armée russe du joug du régime issu du coup d’État qui avait abrogé la constitution ukrainienne en février 2014, a interdit il y a huit ans l’utilisation et l’enseignement de la langue de ces provinces, a procédé il y a quelques mois à la dissolution de tous les partis d’opposition et venait d’annoncer il y a quelques semaines une grande opération d’épuration de la population « collaboratrice avec l’ennemi ».

Les deux autres régions ex-russes à avoir annoncé un referendum sont les républiques de Donesk et Lougansk, États indépendants de facto depuis leur exclusion manu militari de l’ex-Ukraine, indiscutablement souverains selon les critères de la Convention de Montevideo de 1933 (qui précise même que « l’existence politique de l’État est indépendante de sa reconnaissance par les autres États »), et finalement reconnus par la Russie le 21 février.

Sauf erreur ces deux pays avaient déjà conduit il y a quelques années des referenda sur la réunification avec la Russie, ignorés par celle-ci qui n’avait même pas reconnu leur indépendance avant l’imminence d’une attaque ex-ukrainienne il y a sept mois, de même qu’elle n’avait pas reconnu l’indépendance de l’Ossétie du Sud avant le déclenchement de l’opération de « purification ethnique » par la Géorgie début août 2008, et ignore encore son referendum de réunification. Pour mémoire, la Transnistrie s’est prononcée à 97% pour la réunification il y a seize ans, et l’a encore demandée en vain il y a huit ans.

Ces quatre régions ex-russes exerceront leur droit à l’autodétermination selon les critères contemporains. En ce qui concerne les deux républiques cosaques, elles ont largement démontré depuis huit ans leur capacité à organiser des scrutins locaux ou nationaux libres, sans interférence extérieure (l’armée russe n’y est entrée que cette année) et en invitant même des observateurs étrangers, en dépit du refus de l’OSCE. En ce qui concerne les deux régions actuellement ukrainiennes, il est évident que le scrutin ne pourra se tenir que grâce à la protection périphérique de l’armée russe, et seulement dans les zones qui ne sont plus sous le contrôle du gouvernement de Kiev.

Bien que l’intention en fût connue depuis au moins deux mois, le court préavis d’organisation ne permettra certainement pas le déploiement d’un dispositif international d’observation. La libre présence des moyens modernes d’information, l’expérience démocratique des populations et la dimension de ces régions laissent cependant supposer qu’il ne s’agira pas d’un vote dicté par une armée d’occupation, comme dans les États pontificaux en juin 1790.

Concept historiquement récent, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est affirmé dès l’article premier de la Charte des Nations unies, puis plus loin dans l’article 55.

Il est cité en préambule ou en référence de nombreux instruments juridiques adoptés par les institutions internationales (du système ONU ou pas). La résolution 1541 de l’Assemblée générale de l’ONU, adoptée le 15 décembre 1960, mentionne trois modalités d’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à savoir « l’indépendance et souveraineté, la libre association avec un État indépendant, et l’intégration à un État indépendant ».

En dépit de ce qu’on a appelé dans la Neuvième Frontière un traité tacite de nonprolifération étatique, plusieurs instruments internationaux préconisent que les États favorisent l’exercice du droit à l’autodétermination par les peuples qui ne sont pas encore des États. Par exemple, selon le Pacte international relatif auxdroits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966, « les États […] sont tenus de faciliter la réalisation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

La Cour internationale de justice a même établi par un arrêt du 30 juin 1995 que ce devoir de facilitation est une norme erga omnes, qui concerne donc tous les États et pas seulement ceux directement impliqués comme parties prenantes. Ainsi, non seulement l’Ukraine (souveraine) et la Russie (occupante) sont évidemment censées faciliter l’autodétermination des peuples de Zaporijia et Kherson, mais également les autres pays, qu’ils soient signataires de ces traités comme la France ou la Pologne par exemple, ou non signataires comme Donetsk (voisine de Zaporijia). Et, contrairement à une erreur assez répandue, l’autodétermination d’un peuple ne porte pas atteinte à l’intégrité d’un État déjà existant, celle-ci n’interdisant, dans les textes internationaux, que l’usage de la force par d’autres États.

L’Acte final d’Helsinki montre qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre le principe de l’intégrité territoriale et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, puisque ses signataires s’y sont engagés à respecter simultanément les deux. Et la Cour internationale de justice, dans son avis consultatif 2010/25 du 22 juillet 2010, a expressément rappelé que « la portée du principe de l’intégrité territoriale est donc limitée à la sphère des relations interétatiques ».

On sait encore peu de choses, à l’étranger, sur les modalités pratiques des consultations des électorats cosaques dans les prochains jours, mais on peut en deviner certains critères de décision. En effet la Commission européenne pour la démocratie par le droit, dite Commission de Venise (du Conseil de l’Europe), a précisé certaines normes il y a cinq ans, à la demande du gouvernement catalan. Celui-ci s’interrogeant notamment sur un seuil de participation pour la validité du scrutin, la Commission de Venise a répondu qu’une telle innovation n’était pas nécessaire.

Dans la mesure où tout votant peut librement exprimer son choix, ou décider de s’en abstenir voire d’aller à la pêche ce jour-là, le referendum est démocratiquement valide de par sa tenue et la possibilité d’y participer, indépendamment du nombre ou du pourcentage de choix finalement exprimés. Le gouvernement catalan s’interrogeant aussi sur le taux de réponses positives, ou la marge d’écart entre le nombre de réponses positives et négatives nécessaire sur une question aussi importante que la souveraineté, il lui a été répondu qu’aucune norme n’existe en la matière.

Il s’agissait certes d’un gouvernement constitué par un parlement expressément élu pour la conduite à l’indépendance sous dix-huit mois, mais même si cela n’avait pas été le cas il suffisait que le oui l’emporte d’une voix sur le non pour que la décision ait été démocratiquement exprimée en pleine connaissance des règles du jeu (majorité simple en l’occurrence) et des conséquences.

En comparaison, les États-Unis d’Amérique qui ont poussé la diaspora albanaise de Serbie à prononcer en 2008 la sécession de la province de Kosovo et Métochie (après avoir tenté pendant neuf ans de la faire prononcer par l’ONU) n’ont posé de question juridique ou politologique à personne, et n’ont même pas suggéré de simulacre de referendum.

Les États-Unis connaissent pourtant l’existence de la pratique référendaire, puisqu’en 2014 ils ont poussé le monde entier à nier d’avance toute légitimité et toute conséquence au referendum d’autodétermination de la Crimée, après que celle-ci ait constaté son indépendance du fait de l’abrogation de la constitution de 1996 par laquelle elle avait adhéré à l’Ukraine (et renoncé à sa propre constitution de 1992). Ils allèrent alors jusqu’à rédiger des projets de résolutions pour l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité de l’ONU interdisant d’avance toute reconnaissance du résultat du referendum, activisme qui ferait comparativement bien remarquer leur silence approbatif à l’occasion du referendum catalan trois ans plus tard.

La France a fait partie des tous premiers pays à protester à l’annonce des referenda d’autodétermination en ex-Ukraine, comme lors de celui de la Crimée en mars 2014, dans une posture d’ailleurs relativement osée trois ans à peine après l’annexion de Mayotte le 31 mars 2011. Car contrairement au referendum criméen organisé par le gouvernement local déjà de facto indépendant de l’Ukraine, le referendum mahorais de 2009 fut organisé par la métropole française, au mépris d’ailleurs des résolutions 3291, 3385 et 31/4 de l’Assemblée générale de l’ONU affirmant l’unité des Comores et interdisant expressément à la France d’organiser un referendum à Mayotte.

L’Allemagne a aussi fait partie des tous premiers pays à entendre interdire d’avance l’exercice de l’autodétermination des peuples de Novorussie, posture elle aussi particulièrement osée guère plus de trente ans après l’annexion sans consultation des cinq États allemands orientaux.

Pour mémoire, le parlement est-allemand, élu en mars 1990 sans mandat d’abandon de souveraineté, a décidé le 22 août la reconstitution des provinces de Brandebourg, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe, puis quelques heures plus tard (nuitamment) l’adhésion unilatérale de ces nouvelles provinces à la République fédérale d’Allemagne à compter du 3 octobre. Un traité de réunification rapidement rédigé a été signé par les gouvernements de RFA et de RDA le 31 août et ratifié par le parlement national de RDA le 20 septembre, aucun gouvernement ou parlement n’ayant, sauf erreur, été constitué dans les cinq provinces reconstituées un mois plus tôt.

Le 2 octobre à minuit la République démocratique allemande s’est dissoute (sur décision du parlement national) dans le but précis et hypocrite de rendre leur souveraineté aux provinces, devenues alors États, la RFA ne voulant pas annexer la RDA en bloc mais seulement morcelée.

Le 3 octobre 1990 à 00h les nouveaux États souverains de Brandebourg, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe ont été annexés à la RFA sans que leurs populations respectives n’aient été consultées, et le 14 octobre elles n’ont été appelées qu’à élire des assemblées régionales (non souveraines). À ce jour, les peuples de Brandebourg, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe, livrés par le dernier régime de la RDA à l’annexion par la RFA, n’ont pas encore été invités à disposer d’eux-mêmes par referendum. Le contraste avec ce qui se passe de l’autre côté du rideau de presse est net.

Le gouvernement russe a déclaré qu’il respectera l’issue des referenda, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il entende honorer ensuite la demande d’adhésion à la Fédération. Mais si tel est le cas, les implications pour les régions et les populations concernées sont d’ordre historique, évidemment immenses pour elles, ce qui n’interdira pas de s’interroger parallèlement sur les conséquences stratégiques immédiates en dehors de ces régions.

***

2. Mes réflexions personnelles sur la situation actuelle en Ukraine transmises hier à plusieurs officiers de haut rang (retraités) dans le cadre d’échanges d’informations et d’idées.

Mes chers amis,

Mes réflexions sur la situation actuelle en Ukraine sont les suivantes :

Il faut, avant tout, replacer ce conflit dans le cadre plus général de l’affrontement planétaire entre deux camps : celui de l’unipolarité hégémonique US/OTAN soutenu par le dollar et la force militaire qui aimerait bien se substituer à l’ONU pour gouverner le monde (le mot ONU n’est prononcé que 3 fois sur les 4824 mots du concept stratégique de l’OTAN 2022) et celui de la multipolarité de tous les États qui refusent la soumission aux USA et ne reconnaissent que le rôle de l’ONU pour coordonner la marche du monde (le mot ONU est utilisé à 30 reprises dans le communiqué final (7800 mots) du sommet des chefs d’États membres de l’Organisation de coopération de Shanghaî.

La Russie qui s’oppose à l’encerclement de son territoire, initié dès 1990, par les États-Unis et ses vassaux européens s’est préparée à cet affrontement ultime depuis le bombardement de Belgrade, il y a 23 ans. Pour ce faire, Poutine a restauré l’économie de son pays et ses forces Armées. Il a tissé un véritable réseau d’amitié et de coopération avec de grands pays (Chine, Inde, Pakistan, Iran, Brésil mais pas que…) en s’impliquant énormément dans des organisations interétatiques telles que les BRICS et l’OCS, fondées à la suite, et en réaction au bombardement de Belgrade par l’OTAN, sans mandat de l’ONU, sous un prétexte mensonger (Racak).

Ce qu’il faut bien comprendre c’est que la Russie est engagée aujourd’hui dans un bras de fer « mondial », en son nom propre, mais aussi comme chef de file de tous les pays et de tous les citoyens de la planète qui refusent la conquête et la domination du monde par la coalition d’intérêts néoconservatrice et mondialiste US-UE-OTAN.

C’est la raison pour laquelle la Russie n’est pas isolée aujourd’hui, et c’est justement parce qu’elle n’est pas isolée qu’elle peut tenir tête, sur le plan économique, aux 30 pays de l’OTAN et qu’elle finira probablement par l’emporter. Ce bras de fer comporte plusieurs volets.

– Un volet militaire important mais qui ne sera pas forcément le volet déterminant dans l’issue de cette confrontation planétaire ;

– Un volet économique et financier qui conditionnera probablement le résultat final et qui provoquera des difficultés sociales pouvant déboucher sur des troubles dans de nombreux pays de l’occident global ;

– Et plusieurs autres volets : idéologiques (multipolarité et souverainisme contre unipolarité et mondialisme), culturels et sociétaux…

Mener la guerre dans toutes ces composantes est une affaire très complexe.

Sur le plan militaire l’affrontement entre la Russie et l’occident global se déroule sur un front gigantesque qui dépasse largement les frontières de l’Ukraine.

Tous les événements qui se passent ou se sont passés en Syrie, en Arménie-Azerbaïdjan, en Serbie-Kosovo, au Tadjikistan-Kirghizstan, au Kazakhstan, en Géorgie, en Moldavie, en Biélorussie l’année dernière, sont autant de tentatives de déstabilisation de la Russie, à ses frontières ou ailleurs, et de diversion de son effort militaire principal du moment : l’Ukraine. Tout cela est évidemment piloté en coulisse par l’occident global et notamment par les pays anglosaxons, les plus engagés, et leur meilleur allié : Israël.

L’Ukraine n’est donc qu’une préoccupation de Poutine parmi beaucoup d’autres.

L’armée russe a engagé initialement 200 000 hommes en Ukraine sur un front de 2600 Kms, soit 77 hommes au km de front en moyenne. Elle comptait sur la supériorité aérienne et la supériorité artillerie pour gagner en attaquant en forte infériorité numérique.

Il semble que l’effort ait été porté dans le Donbass et au Sud dans les régions contigües de la Crimée. Ce qui veut dire que la majeure partie des effectifs russes a été concentrée dans ces zones pour les conquérir et les conserver et donc qu’il y en avait beaucoup moins ailleurs, et notamment dans la région de Kharkov.

Ça a marché dans les deux zones d’effort puisque les forces russes continuent d’avancer doucement dans le Donbass et de tenir le terrain conquis au Sud face aux tentatives de contre-offensives ukrainiennes qui n’ont pas manqué.

Mais, dans la région de Kharkov, il n’y avait qu’un très maigre rideau défensif russe, peut être une moyenne de 10 à 20 hommes au km de front, ce qui est dérisoire et ne pouvait suffire à contenir une force ukro-atlantiste concentrée, attaquant en forte supériorité numérique dans des intervalles béants.

L’aviation et l’artillerie russe ont fait payer très cher la progression des ukroatlantistes au nord et les forces russes ont réussi à se retirer avec un minimum de casse et à rétrécir ainsi considérablement la largeur du front pour y densifier les effectifs. C’est incontestablement une victoire ukrainienne … à la Pyrrhus, … qui s’est d’ailleurs arrêtée d’elle même.

Il n’y a pas besoin de sortir de Saint Cyr pour savoir qu’une offensive dans un rapport de 8 à 10 contre 1 a toutes les chances d’être couronnée de succès, malgré l’artillerie et l’aviation adverses si l’on n’est pas trop regardant sur les pertes. C’est ce qui s’est passé.

Il y a probablement eu de la part des Russes une surestimation de leur capacité à stopper l’offensive par des feux aériens ou d’artillerie et une sous-estimation de la capacité des Ukrainiens à progresser malgré les pertes et, bien sûr, une exploitation trop tardive du renseignement et un manque d’effectifs.

Mais lorsqu’on replace cette victoire ukrainienne de Kharkov dans le contexte du bras de fer mondial évoqué plus haut, on réalise qu’elle est très loin de constituer un événement majeur très inquiétant ou déterminant pour la Russie.

Conscient qu’il avait besoin d’effectifs supplémentaires pour atteindre ses objectifs dans des délais raisonnables, Poutine, probablement sous la pression des durs et de l’opinion russe, a décidé la mobilisation partielle, et la tenue de référendums dans 4 régions d’Ukraine.

Pour moi, le temps ne joue pas en faveur des ukro-atlantistes mais en faveur de la Russie et de ses soutiens.

C’est en effet la résilience des populations et des économies qui déterminera le vainqueur du bras de fer.

La Russie l’emportera parce que son économie est moins fragile aujourd’hui que les nôtres, parce qu’elle est soutenue par des pays puissants (Chine, Inde, Pakistan, Iran entre autres, mais pas que … ), et parce que sa population s’est toujours montrée très résiliente et unie dans l’adversité, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui des populations occidentales, très divisées.

Rappelons que l’OTAN+ ne regroupe que 15% des habitants de la planète et que l’OCS en compte près de 50% à elle seule.

Notons aussi qu’aux dernières manoeuvres militaires Vostok 2022 qui se sont tenues début Septembre, la Russie a réussi à faire manoeuvrer ensemble 4 puissances nucléaires (Russie, Chine, Inde et Pakistan) que l’on dit opposés les unes aux autres mais qui savent s’unir lorsqu’il s’agit de s’opposer à l’hégémon néoconservateur et mondialiste US-UE-OTAN, ce qui représente un exploit diplomatique en pleine crise ukrainienne.

Notons encore qu’un sondage « Economist/Yougov », institut de sondage US soutenant clairement Biden et le mondialisme, indiquait la semaine dernière, qu’un citoyen sur deux pense que son pays (les USA) perdra son statut de super puissance dans les toute prochaines années et que 47% des états-uniens pensent qu’une guerre civile aux USA est imminente …

Selon le médias en ligne « Real Clear Politics » , la moyenne des sondages US montrait hier que seuls, 40% des citoyens US soutiennent la politique étrangère de leur président alors que 53,3% la désapprouve.

Notons enfin que des manifestations de rue importantes se sont déjà déroulées dans des pays de l’Union européenne (République tchèque, Hongrie, Italie, Espagne…).

Ce n’est probablement pas fini et l’hiver pourrait bien être « chaud » pour les gouvernances de la « coalition occidentale ».

***

3. Une vidéo qui nous vient des USA et qui nous donne la dernière analyse du colonel US Doug MacGregor sur la nouvelle situation en Ukraine.

Vidéo en anglais mais qui peut être sous titrée en français avec un réglage.

 

Bonne information alternative et à chacun de se forger son opinion, bien sûr.

 

PS : Pour ceux qui ne connaissent pas encore MacGregor, allez donc visiter son site personnel http://www.douglasmacgregor.com

Dominique Delawarde

 

3 CHEFS DE GUERRE ENNEMIS

Les États-Unis ont soigneusement

 

 

préparé l’Ukraine à un affrontement

 

 

avec la Russie et ils font mine

 

 

d’être surpris du résultat

 

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Même si ce texte tout à fait important a été publié dans un site russe et traduit par Marianne, son auteur dont nous avons déjà publié un texte hier est une intellectuelle australienne qui écrit la plupart de ses œuvres avec son mari Tim Foley. Elle dit elle-même « Ce qui est cool avec le fait de prêter attention à la façon dont le récit diffère de la réalité, c’est qu’il ne change pas seulement votre compréhension de la politique et du pouvoir à travers le monde. Vous commencez à remarquer que toute votre vie est dominée par des récits, pas seulement sur le monde, mais sur vous ». Danielle Bleitrach

***

par Caitlin Johnstone.

Au début de l’Opération spéciale de la Russie en Ukraine, Boris Johnson a été envoyé pour dire à Zelensky que même s’il est prêt pour la fin de la guerre, ses partenaires occidentaux ne l’étaient pas.

Dans un récent entretien avec le podcast Useful Idiots, Noam Chomsky1 a répété son argument selon lequel la seule raison pour laquelle nous entendons le mot « non provoquée » chaque fois que quelqu’un mentionne l’invasion russe de l’Ukraine dans les médias grand public est qu’elle a été absolument provoquée, et qu’ils le savent.

« Maintenant, si vous êtes un écrivain respecté et que vous voulez publier dans des magazines grand public en parlant des événements ukrainiens, vous devez appeler cela « l’invasion russe non provoquée de l’Ukraine » », a déclaré Chomsky. « C’est une phrase très intéressante, elle n’a jamais été utilisée auparavant. Vous regardez en arrière, vous regardez l’Irak, qui n’était absolument pas provoqué, mais personne n’a jamais appelé cela une « invasion non provoquée de l’Irak ». En fait, je ne sais pas si le terme a jamais été utilisé – s’il l’a été, c’était très marginal. Maintenant, vous le recherchez sur Google et vous obtenez des centaines de milliers de résultats. Tous les articles qui sortent doivent parler d’une invasion non provoquée de l’Ukraine. »

« Pourquoi ? Parce qu’ils savent très bien qu’elle a été provoquée », a déclaré Chomsky. Des diplomates américains de haut rang en parlent depuis 30 ans, même le chef de la CIA ».

Chomsky a raison ici, bien sûr. Les médias impériaux et leurs automates soumis à un lavage de cerveau ont passé six mois à répéter sans réfléchir le mot « non provoqué » à propos de ce conflit. Mais une question à laquelle aucun d’entre eux n’a jamais eu de réponse directe est la suivante : si l’invasion de l’Ukraine n’a pas été provoquée, pourquoi tant d’experts occidentaux ont-ils passé des années à avertir que les actions des gouvernements occidentaux provoqueraient une invasion de l’Ukraine ?

Parce que, comme le souligne Chomsky, c’est vraiment ce qui s’est passé. Quelques jours après le début de l’invasion en février de cette année, un dénommé Arnaud Bertrand a créé un fil Twitter extrêmement viral faisant référence à divers diplomates, analystes et universitaires occidentaux qui avaient prévenu au fil des ans qu’une dangereuse confrontation avec la Russie était à venir en raison de l’avancée de l’OTAN vers ses frontières, de l’interventionnisme en Ukraine et de diverses autres agressions.

On y trouve des personnes tels que John Mearsheimer, qui a averti sans équivoque en 2015 que « l’Occident conduit l’Ukraine sur le chemin des primevères2, et le résultat final sera que l’Ukraine s’effondrera », et Pat Buchanan, qui a averti dès 1999 qu’« en plaçant l’OTAN en plein devant le seuil de la Russie, nous avons planifié une confrontation du XXIe siècle ».

Les apologistes de l’Empire aiment prétendre que l’invasion de l’Ukraine n’a rien à voir avec l’expansionnisme de l’OTAN (leurs affirmations reposent généralement sur une déformation éhontée des propos de Poutine sur les raisons de la guerre pour la Russie), mais c’est absurde. La machine de guerre américaine a continué à se moquer de la possibilité d’une adhésion de l’Ukraine à l’OTAN jusqu’à l’invasion. Elle a refusé de retirer cette menace de la table depuis qu’elle y a été placée en 2008, tout en sachant pertinemment qu’il s’agissait d’une provocation pure et simple à l’encontre de Moscou.

Le plus surprenant dans le conflit en Ukraine, c’est le nombre de penseurs stratégiques de premier plan qui, depuis des années, nous mettent en garde contre ce qui pourrait arriver si nous continuions sur la même voie. Personne ne les a écoutés, et nous en sommes là.

Sans parler du fait que l’empire américain a activement fomenté un violent soulèvement à Kiev en 2014 qui a renversé le gouvernement en place et divisé la nation entre la population plus fidèle à Moscou à l’est et la population plus favorable aux États-Unis et à l’UE à l’ouest. Cela a conduit à l’annexion de la Crimée (massivement soutenue par ses habitants) et à huit années de guerre brutale contre la population du Donbass soutenue par la Russie. On sait que les attaques ukrainiennes contre ces régions ont augmenté de façon exponentielle dans les jours qui ont précédé l’invasion, et on prétend que c’est ce qui a déclenché la décision finale de Poutine de lancer son opération spéciale (qui, selon les renseignements américains, a été prise à la dernière minute).

Les États-Unis et leurs alliés auraient très facilement pu éviter cette guerre avec quelques concessions peu coûteuses – comme le maintien de la neutralité de l’Ukraine, le retrait de ses équipements militaires des frontières de la Russie et la recherche sincère d’une désescalade des relations avec Moscou – plutôt que de déchirer les traités et d’intensifier la guerre froide.

Bon sang, cela aurait pu probablement éviter cette guerre en protégeant simplement le président Zelensky des nationalistes d’extrême droite antirusses qui ont ouvertement menacé de le lyncher s’il commençait à respecter les accords de Minsk et à rechercher la paix avec la Russie, ce pourquoi il a été élu à l’origine.

Au lieu de cela, ils ont délibérément choisi la voie inverse : continuer à faire miroiter la possibilité d’une adhésion formelle de l’Ukraine à l’OTAN, fournir des armes au pays et en faire de plus en plus un membre de facto de l’OTAN, le rapprochant de plus en plus de la machine de guerre américaine.

Pourquoi l’empire a-t-il préféré la provocation à la paix ? Le membre du Congrès Adam Schiff a donné une assez bonne réponse à cette question en janvier 2020, alors que le chemin de la guerre était en train d’être pavé : « Ainsi, nous pouvons faire la guerre avec la Russie là-bas et nous n’avons pas besoin de faire la guerre avec la Russie ici ». Si l’on écarte l’idée infantile selon laquelle l’empire américain aide son bon ami ukrainien parce qu’il aime le peuple ukrainien et souhaite qu’il jouisse de la liberté et de la démocratie, il est facile de voir que les États-Unis ont lancé une guerre par procuration commode parce qu’elle servait leurs intérêts géostratégiques et parce que ce ne sont pas leurs vies et leurs biens qui seraient en jeu.

Brian Berletic a posté il y a quelques jours une bonne vidéo sur le document de 2019 de la RAND Corporation financé par le Pentagone et intitulé « Extending Russia – competing from advantageous ground » et c’est exactement comment se présentent les choses. Le document, commandé par l’armée américaine, explique en détail comment l’empire peut utiliser la guerre par procuration, la guerre économique et d’autres tactiques de la guerre froide pour pousser son ennemi géopolitique de longue date au bord du gouffre sans gaspiller de vies américaines ni déclencher de conflit nucléaire.

Il mentionne l’Ukraine des centaines de fois et évoque explicitement les mêmes tactiques de guerre économique que celles que nous observons aujourd’hui, telles que des sanctions et une attaque contre les intérêts énergétiques russes en Europe (cette dernière, comme le souligne Berletik, servant également à renforcer la domination des États-Unis sur leurs vassaux dans l’UE).

Le document suggère même explicitement de continuer à menacer la Russie de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN afin de provoquer une réponse agressive de Moscou, en déclarant : « Alors que l’exigence d’unanimité de l’OTAN rend improbable l’adhésion de l’Ukraine dans un avenir prévisible, pousser Washington à cette possibilité pourrait renforcer la détermination de l’Ukraine tout en forçant la Russie à redoubler d’efforts pour empêcher une telle évolution ».

Le président Biden a lancé des appels au changement de régime à Moscou qui ne peuvent même pas être qualifiés de mal déguisés, et le secrétaire à la défense Lloyd Austin a ouvertement déclaré que le plan consiste à utiliser cette guerre pour affaiblir la Russie, ce qui, selon d’autres responsables américains, est effectivement leur ligne politique. Les commentaires de l’administration Biden n’ont cessé d’indiquer clairement que l’alliance américaine se prépare à maintenir cette situation pour les années à venir, ce qui cadre bien avec le bilan bien connu de Washington, qui a délibérément entraîné la Russie dans des bourbiers militaires contre les mandataires américains, tant en Afghanistan qu’en Syrie.

Ne vous y trompez pas, derrière toutes les fausses déclarations et les drapeaux agités, l’empire américain centralisé obtient exactement ce qu’il veut de ce conflit.

C’est pourquoi, lorsqu’aux premiers jours du conflit, il semblait que la paix était en jeu, l’empire a envoyé Boris Johnson dire à Zelensky que même s’il était prêt à mettre fin à la guerre, ses partenaires occidentaux ne l’étaient pas.

source : Caitlin Johnstone

traduction de Marianne Dunlop pour Histoire et Societe

  1. Éminent linguiste, essayiste politique, philosophe et théoricien américain. Professeur de linguistique au Massachusetts Institute of Technology, auteur de la classification des langages formels. Son nom est souvent et incorrectement orthographié « Nahum Chomsky » dans les médias russes.
  2. Référence à un chemin parsemé de fleurs, soulignant une attitude insouciante envers la vie. Cette métaphore est utilisée par Ophélie (dans Hamlet) lorsqu’elle conseille à son frère de ne pas choisir la voie du plaisir mais celle de la dignité.

 

 

Russie : « Nécessaire », la mobilisation

 

partielle ne concerne que 1,1% des réserves

 

totales, selon Choïgou

 

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Suite au discours de Vladimir Poutine sur l’annonce de la mobilisation partielle en Russie, le ministre russe de la Défense a donné davantage de détails sur cette mesure. Sergueï Choïgou a également récapitulé les objectifs de l’opération spéciale russe dans le Donbass et a livré le bilan des pertes des deux côtés.

Dans le Donbass, les militaires menant un travail de combat difficile, toutes les forces armées russes, dont la triade nucléaire, sont mobilisées pour accomplir ces tâches, a indiqué Sergueï Choïgou.

Selon lui, la mobilisation partielle est nécessaire pour contrôler la ligne de contact de 1000 km et les territoires libérés.

En outre, cette mesure ne concernera que les citoyens actuellement dans la réserve et, surtout, ceux qui ont servi dans les forces armées et ont une expérience pertinente.

Alors que la Russie compte près de 25 millions de personnes dans ses réserves de mobilisation, c’est-à-dire des personnes qui ont servi, qui ont une expérience de combat et une spécialité militaire, 300 000 réservistes seront engagés dans l’opération militaire spéciale, d’après M. Choïgou.

« Ainsi, vous pouvez comprendre que cette mobilisation est partielle, 1% ou un peu plus, 1,1% des ressources totales de mobilisation [sera impliqué] », a-t-il expliqué.

Les personnes mobilisées ne commenceront à réaliser leurs tâches de combat qu’après avoir suivi une préparation et un réentraînement.

Implication de l’Occident dans le conflit

Sergueï Choïgou a indiqué que la Russie n’était pas tant en guerre avec l’Ukraine qu’avec « l’Occident collectif » et l’OTAN.

« [Par là], nous entendons non seulement les armes fournies en quantités énormes, en volumes énormes […], mais aussi, bien sûr, des systèmes. Ce sont des systèmes de communication, de traitement de l’information, ainsi que de renseignement, le renseignement satellitaire », a détaillé le ministre russe.

D’après M. Choïgou, l’Ukraine a presque épuisé les armes qu’elle possédait, principalement des armes soviétiques.

« Pratiquement toute la constellation de satellites de l’OTAN fonctionne. Selon nos estimations, plus de 70 satellites militaires et plus de 200 satellites civils travaillent pour reconnaître l’emplacement de nos unités », a fait savoir le chef de la Défense russe.

Sergueï Choïgou a également mis en valeur l’implication des instructeurs et mercenaires étrangers en Ukraine, dont 2000 ont été tués.

Et de souligner : « Actuellement, il n’en reste qu’un peu plus d’un millier. Certains sont partis, d’autres ont péri. […] L’essentiel, c’est que leur recrutement se poursuit sous la tutelle de l’État ».

La moitié de l’armée ukrainienne a péri

Les pertes des forces armées ukrainiennes s’élèvent à près de 100 000 tués et blessés, d’après M. Choïgou.

« Au stade initial, les forces armées ukrainiennes représentaient environ 201 à 202 000 personnes […]. Dans le même temps, 61 207 personnes ont été tuées et 49 368 ont été blessées. Ce sont des pertes importantes, si nous parlons d’un peu plus de 200 000 soldats et de 100 000 pertes, c’est la moitié de l’armée perdue », a-t-il indiqué.

Le ministre de la Défense a également tiré le bilan des pertes russes, pour la deuxième fois depuis le début de l’opération militaire spéciale.

« Je ne peux ne pas évoquer [nos] pertes. Elles s’élèvent à 5937 personnes. De la même manière, je ne peux pas ne pas mentionner, encore et encore, nos gars qui font courageusement leur devoir », a déclaré M. Choïgou.

source : Infos d’Alahed

 

Mobilisation partielle décrétée sur

 

fond de référendum d’intégration à

 

la Russie en RPD, RPL, et dans les

 

régions de Kherson et Zaporijia

 

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par Christelle Néant.

Le 21 septembre 2022, Vladimir Poutine a annoncé le lancement d’une mobilisation partielle, un jour après l’annonce de l’organisation imminente d’un référendum d’intégration à la fédération de Russie en RPD et RPL (Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk), ainsi que dans les régions de Kherson et Zaporijia.

Lundi 19 septembre 2022, après de nouveaux bombardements meurtriers de l’armée ukrainienne contre les civils du Donbass, les chambres civiques de la RPD et de la RPL ont demandé aux chefs des deux républiques d’organiser au plus vite un référendum d’intégration à la fédération de Russie.

La décision fut prise dès le lendemain par Léonid Passetchnik, le chef de la RPL, puis par Denis Pouchiline, le chef de la RPD, et les parlements des deux républiques ont voté les lois nécessaires à l’organisation de ce référendum, qui aura lieu du 23 au 27 septembre 2022.

Suivant le mouvement initié par les deux républiques populaires du Donbass, l’administration militaro-civile de la région de Kherson a décidé d’organiser elle aussi un référendum d’intégration à la fédération de Russie aux mêmes dates, suivie par la partie région de Zaporijia qui est sous contrôle russe.

D’après un sondage réalisé par la société INSOMAR, la majorité des habitants des quatre régions sont prêts à aller voter (de 65% en région de Kherson, à 83% en RPL, en passant par 72% en région de Zaporijia et 80% en RPD), et le oui à l’intégration avec la fédération de Russie l’emporterait de manière écrasante, avec 80% des votes à Zaporijia et Kherson, 90% en RPL et 91% en RPD.

Un autre sondage mené par l’Institut républicain de Crimée pour la recherche politique et sociologique (RIPSI) donne 94% de oui en RPD, 93% en RPL, 87% en région de Zaporijia et 80% en région de Kherson.

Suite à ces décisions, une annonce importante de Vladimir Poutine était attendue le soir même, mais elle aura finalement lieu le 21 septembre 2022 au matin. Dans son allocution, Vladimir Poutine a annoncé soutenir l’organisation du référendum dans les régions de Kherson et Zaporijia, ainsi qu’en RPD et RPL, dont la Russie assurera la sécurité, afin que les gens puissent aller voter sereinement.

La décision de Vladimir Poutine de lancer une mobilisation partielle des réservistes fait partie des « mesures nécessaires et urgentes pour protéger la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale » du pays face à l’objectif de l’Occident qui est « d’affaiblir, de diviser et finalement de détruire » la Russie.

Comme l’a souligné le président russe, l’Occident dit « déjà explicitement qu’ils ont réussi à diviser l’Union soviétique en 1991, et qu’il est maintenant temps pour la Russie elle-même de se désintégrer en une multitude de régions et de zones qui se combattent mortellement ».

Cette volonté de scinder la Russie en plusieurs petits États n’a rien de complotiste. Les gouvernements occidentaux en parlent ouvertement sous le doux nom de « décolonisation de la Russie ».

Face à cette menace existentielle, et au chantage nucléaire qui a également été fait par certains hauts représentants des principaux États de l’OTAN qui ont parlé de la possibilité et l’admissibilité d’utiliser des armes nucléaires contre la Russie, Vladimir Poutine a tenu à rappeler que la Russie « dispose également de divers moyens de défense, dont certains sont plus avancés que ceux des pays de l’OTAN » et que si son « intégrité territoriale est menacée, nous utiliserons bien sûr tous les moyens à notre disposition pour défendre la Russie et notre peuple ». Il a conclu en soulignant que « ce n’est pas du bluff ».

En clair, si certains pensent faire peur à la Russie en brandissant ce chantage nucléaire, Moscou rappelle qu’elle dispose d’un arsenal nucléaire important et qu’elle est prête à s’en servir si nécessaire. D’ailleurs une des phrases du discours de Vladimir Poutine est très claire : « Ceux qui tentent de nous faire chanter avec des armes nucléaires doivent savoir que la rose des vents pourrait se retourner contre eux ».

Pour rappel, le symbole de l’OTAN est une rose des vents. En clair, les pays qui hébergent des systèmes d’armement offensifs, et des armes nucléaires de l’OTAN pointées vers la Russie, se transformeraient en cibles potentielles au lieu d’être protégés par l’organisation de l’Atlantique Nord.

Pour ce qui est de la mobilisation partielle, ses modalités ont été précisés par le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, juste après l’allocution de Vladimir Poutine. Seuls 300 000 hommes parmi les 25 millions que compte la réserve russe seront mobilisés. Priorité est donnée aux hommes ayant servi dans certaines spécialités militaires et ayant une expérience du combat. En clair, la Russie ne va mobiliser que 1,2% de sa réserve militaire, ce qui est minime en matière d’impact sur l’économie ou la population du pays.

Sergueï Choïgou en a profité pour faire un point sur les pertes russes et ukrainiennes. Il a ainsi déclaré que les pertes au sein de l’armée russe sont de 5 937 morts, un chiffre assez proche des 6476 morts annoncés par la BBC il y a quelques jours (chiffres qui incluent la Garde Nationale, qui dépend du ministère de l’Intérieur et non du ministère de la Défense). Au niveau des blessés, le ministre russe de la Défense a indiqué que plus de 90% des blessés russes ont déjà pu reprendre le service.

Côté ukrainien, le bilan n’est pas du tout le même. Sergueï Choïgou a ainsi annoncé que les pertes côté ukrainien seraient de 61 207 morts et 49 368 blessés, auxquels il faut ajouter les déserteurs et ceux faits prisonniers. Sur ce total, plus de 7000 soldats ukrainiens ont été éliminés rien que durant les trois dernières semaines de combat, montrant que les attaques de Kiev en région de Kherson et de Kharkov, ont eu un coût humain élevé pour l’armée ukrainienne.

Une fois les régions de Lougansk, Donetsk, Zaporijia et Kherson intégrées à la fédération de Russie après la tenue du référendum prévu dans quelques jours, la présence de soldats ukrainiens dans ces régions sera considérée comme une occupation de territoire russe par l’Ukraine, et lorsque les 300 000 réservistes russes seront formés et prêts au combats, alors l’opération militaire spéciale russe prendra une toute autre tournure (bien plus dramatique) pour Kiev.

Christelle Néant

source : Donbass Insider

 

 

Zelensky : L’arnaque de la contre-offensive

 

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par Thierry Meyssan.

Le président Zelensky et ses alliés de l’OTAN ont lancé une contre-offensive contre les troupes russes. Ils ont choisis un lieu où il n’y en avait peu et que Moscou n’entendait pas occuper. Dès lors ils peuvent célébrer en fanfare cette victoire sans ennemis, ni bataille. Retour sur un bluff qui ne convainc que ceux qui le veulent, c’est-à-dire le public occidental.

Kiev a annoncé à grands renforts de tambours et trompettes une contre-offensive dans la région de Karkiv, c’est-à-dire face au Donbass. Les forces soutenues par l’OTAN sont parvenues à « libérer » une bande de territoire de 70 km de long sur une trentaine de profondeur.

Le président Zelensky, qui s’est rendu sur place, à Izioum, a annoncé la « victoire prochaine » de son pays sur l’« envahisseur » russe.

La presse occidentale parle de la déroute russe et s’interroge sur un éventuel complot visant à renverser le « président vaincu », Vladimir Poutine.

Sur cette carte de l’Institute for the Study of War, la zone « libérée » est la tâche bleue en haut à droite.

Fin du conte à dormir debout ; une réalisation de l’OTAN.

En réalité, les forces occidentales ne sont jamais entrées dans le Donbass, ni dans la République de Lougansk, ni dans celle de Donetsk. Elles n’ont récupéré que des territoires que l’armée russe avait conquis, mais jamais occupés. Dès le début, le président Poutine a annoncé qu’il voulait défendre les deux Républiques du Donbass, mais qu’il ne voulait pas annexer l’Ukraine qu’il entend juste « dénazifier » (c’est-à-dire débarrasser de ses « nationalistes intégraux »).

Avec le temps, il a annoncé qu’il entendait aussi faire payer aux Ukrainiens la guerre qu’ils ont déclenchée en annexant le Sud de leur pays. Deux options s’offraient alors à lui, soit annexer la Novorossia, soit la Makhnovchtchina, les deux territoires de tradition russe se recoupant largement.

La Novorossia historique, selon le Washington Post, en 2014.

La Novorossia, littéralement « Nouvelle Russie », c’est la colonie de peuplement russe conquise par Grigori Potemkine, l’amant de la tsarine Catherine II, sur l’Empire ottoman. Il comprend tout le Sud de l’actuelle Ukraine, y compris la Crimée, jusqu’à une petite partie de l’actuelle Moldavie, la Transnistrie. Ce territoire n’a jamais connu les horreurs du servage que Catherine II n’est pas parvenue à abolir en son empire. Le maréchal Potemkine y a édifié un État éclairé, inspiré de la Grèce antique et de Rome. La Novorossia fut un temps gouvernée par un officier français, ami personnel du tsar Alexandre Ier, Armand de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu et futur président du Conseil des ministres français.

Localisation de la Makhnovchtchina en gras. Elle s’est progressivement étendue dans toute la zone grisée, incluant Kershon et Izioum.

La Makhnovchtchina c’est le lieu où, en 1918, triompha l’armée noire de l’anarchiste paysan Nestor Makhno. Elle était parvenue à se libérer du pouvoir de Kiev, alors détenu par Symon Petlioura et Dmytro Dontsov, le protecteur et le fondateur des « nationalistes intégraux » ; dont les successeurs sont aujourd’hui au pouvoir et que la Russie qualifie de « nazis ». Les partisans de Makhno, quant à eux, instaurèrent un régime libertaire dans le Sud-Est du pays correspondant aux idées des socialistes français du XIXe siècle (Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon) et surtout à l’influence de Pierre Kropotkine : la création de communes autogérées. La Makhnovchtchina fut renversée et ses partisans massacrés lors d’attaques venues à la fois de l’Empire allemand, des « nationalistes intégraux » ukrainiens et des bolchéviques trotskystes.

En définitive, Vladimir Poutine a choisi la Novorossia et la revendique officiellement.

La zone qui vient d’être « libérée » par l’armée de Kiev a été comprise un moment dans l’un des plus grand pays anarchistes du monde, celui de Nestor Mackhno, mais jamais en Novorossia. Le gouvernement de Kiev a regagné, comme il le fit durant l’entre-deux-guerre, ce petit territoire.

Vu sous l’angle russe, Kiev a regagné un territoire que Moscou avait un temps envisagé d’annexer, mais auquel il avait finalement renoncé. Il n’y avait donc pas d’armée russe là-bas, juste des gardes frontières et des policiers du Donbass. Ce sont eux qui se sont enfuis sans demander leur reste. Il n’y a donc pas eu de combat et encore moins de défaite.

Dans ces conditions les longues dissertations des médias occidentaux sur un complot de généraux qui viserait à renverser le président Poutine « vaincu » sont de pures fictions.

Il en serait différemment si les armées occidentales reprenaient Kershon, un port situé sur le Dniepr, peu avant qu’il ne se jette dans le mer Noire. Une seconde opération est planifiée autour de la centrale nucléaire de Zaporijia. Mais nous n’en sommes pas encore là.

L’arnaque du président Volodymyr Zelensky consiste à présenter comme une bataille, une avancée de ses troupes dans un territoire inoccupé. Elle lui permet de réclamer des milliards supplémentaires aux Occidentaux, c’est pourquoi elle a été lancée le 6 septembre. Deux jours plus tard, le 8, une cinquantaine de pays se réunissaient sur la base états-unienne de Ramstein (Allemagne) afin de donner des armes à l’Ukraine1. Personne n’ayant de budget pour cela, les dépenses ont été avancées par les États-Unis en vertu de l’Ukraine Democracy Defense Lend-Lease Act of 20222. Ils payeront plus tard, mais ils payeront ce qu’ils dépensent aujourd’hui sans compter.

Le 9 et le 10, l’Institute for the Study of War, révèle des détails sur l’avancée des troupes et l’accueil chaleureux qu’elles reçoivent3. Cette mise en scène est gobée par la presse occidentale qui la relaye. Or cet institut est un repaire de Straussiens. Il est dirigé par Kimberly Kagan, la belle-sœur de la secrétaire d’État adjointe Victoria Nuland. Parmi ses administrateurs on compte Bill Kristol, l’ancien président du Projet pour un siècle américain, aussi bien que le général David Petraeus qui détruisit l’Iraq et l’Afghanistan.

Le 11, l’Agence Reuters-Thompson assure que les milliers de soldats russes sont en déroute4. Elle parle d’un « coup dur pour la Russie », alors que l’état-major russe a ordonné le retrait immédiat de ce territoire dont elle n’entend pas assurer la charge. Lorsque Donald Trump avait viré les straussiens de son administration, Victoria Nuland était devenue une des directrices de l’agence Reuters5. La dépêche de Reuters est signée par Max Hunder, un ancien élève d’Eton, l’école la plus huppée d’Angleterre. Un peu plus tard, le ministère britannique de la Défense confirme sa dépêche.

Le 12 le canular est validé par le New York Times qui publie une double page à la gloire du valeureux Zelensky. La presse occidentale relaye sans réfléchir.

Manque de chance, lorsque le quotidien new-yorkais parait, les centrales électriques ukrainiennes ont toutes été touchées dans la nuit par des missiles6. L’Ukraine est dans le noir. La contre-offensive aussi.

Le président Poutine s’exaspère de la mauvaise foi occidentale. Il déclare que, pour le moment, la Russie n’a requis une petite partie de ses forces contre les « nazis » de Kiev et que, si besoin, ses prochaines actions seront d’une toute autre ampleur.

Les chefs d’État présents au sommet de l’OCS à Samarcande.

Le reste du monde ayant des yeux pour voir – à la différence des Occidentaux qui n’ont que des oreilles pour écouter des sornettes – a réservé une fête à la délégation russe, lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, à Samarcande.

Une structure de contact avait été crée durant l’ère Eltsine entre la Russie et la Chine. Le chef du gouvernement russe, Ievgueni Primakov, reconnut des frontières stables avec Beijing. En 1996, Ce groupe de contact devint un forum international avec les États d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan), puis juste avant les attentats du 11 septembre 2001, il devint l’OSC actuelle. La Chine et la Russie avaient déjà compris que les Anglo-Saxons fomentaient des troubles en Asie centrale. Elles ont donc élaboré ensemble des programmes contre le terrorisme et le séparatisme. La suite des événements leur a donné amplement raison.

L’Organisation de Coopération de Shanghai n’a cessé de grossir en 20 ans.

L’OCS s’est rapidement développée. L’Inde, le Pakistan et l’Iran l’ont rejoint. La Biélorussie s’y prépare. L’Afghanistan et la Mongolie y sont observatrices. 14 autres États en sont partenaires. Elle se caractérise par un esprit bien différent de celui des organisations occidentales. D’une certaine manière, on peut y voir le prolongement de l’esprit de Bandung : souveraineté des États, non ingérence dans les affaires intérieures et coopération.

L’OCS rassure et rassemble. Elle rassemble aujourd’hui le quart de la population mondiale, voire les deux tiers si l’on prend en compte les États observateurs. On n’y fait pas des plans sur la comète en criant à la victoire lorsqu’on s’installe dans un territoire non-revendiqué et non-défendu.

Thierry Meyssan

source : Réseau Voltaire