Pas un genou à terre pour Lola

 

« Quatre Algériens assassinent, violent, torturent, étouffent et égorgent Lola, une jeune Française de 12 ans de la banlieue parisienne. Personne ne mettra un genou à terre pour elle, il n'y aura pas non plus de minutes de silence, ni de manifestations, ni de condamnations de gouvernements progressistes », tweetait la députée espagnole Vox Rocío de Meer Méndez, le 17 octobre. Le lendemain, elle écrivait : « Libéraux, féministes et autres fanatiques du désordre, de la barbarie et de l'ouverture des frontières. Vous jouez un jeu macabre avec la vie des filles de l'Europe. » Et elle en remettait une louche le surlendemain : « Un meurtrier qui n'aurait jamais dû mettre les pieds sur le sol européen. L'Europe n'est pas la patrie des criminels africains, encore moins celle des psychiatres. »

 

La presse internationale s’est également fait l’écho de ce drame terrible, mais souvent pour relater la polémique indigne qui secoue nos politiques. Ainsi le Washington post : « L'extrême  a rapidement saisi le meurtre de Lola comme un exemple de l'échec de la  d' française, après que la nouvelle a été annoncée que le suspect avait reçu l'ordre en août de quitter la  dans les 30 jours. » Idem dans le Guardian : « La dirigeante d'extrême  Marine Le Pen a déclaré au Parlement : "Trop de crimes sont commis par des immigrés clandestins qu'on n'a pas pu ou voulu expulser." Le Premier ministre, Élisabeth Borne, a demandé à Le Pen de "faire preuve de décence". » Il Giornale évoque « une affaire pour le moins trouble, désormais au centre du débat politique ». Bien informés, les Italiens ont appris par le Corriere della Sera que « le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a notamment été critiqué pour avoir publié un tweet sur un tout autre sujet, recommandant une pièce de théâtre au théâtre Antoine à Paris, au lieu de s'exprimer sur ce qui s'était passé dans le quartier des Buttes-Chaumont ». Mais aussi que « beaucoup d'autres, au contraire, s'en prennent à Zemmour et à l'extrême  en les accusant d'exploiter le drame de Lola à des fins politiques ». Et les Allemands liront, dans Die Welt, qu’« entre-temps, l'affaire a également pris des dimensions politiques : selon les médias, le principal auteur présumé aurait dû être expulsé de  depuis longtemps, mais cela ne s'est pas produit ». Enfin, pour le New York Post« l'avocat du suspect, Alexandre Silva, a exprimé sa sympathie pour la famille de Lola mais a demandé aux médias de ne pas rapporter de "rumeurs" et a déclaré qu'elle était présumée innocente ».

 

En revanche, de même que notre presse nationale s’était émue de la mort de George Floyd en critiquant le racisme de la police, voire que des rassemblements en France s’étaient tenus pour ses obsèques, de même qu’Assa Traoré avait eu les honneurs de la une du Time, notre petite victime blanche ne suscite pas grande indignation par-delà les frontières : pas de genou à terre, ni de Lola Life Matters, le sujet est traité par la presse internationale comme un simple fait divers. L’encre a déjà beaucoup coulé sur ce sujet, ni cette pauvre enfant ni ses bourreaux ne présentaient le bon profil pour les médias. Ils ne méritent donc pas qu’on en fasse tout un plat.

  

Pour Lola, des centaines de manifestants

 

Ils étaient plus d’un millier, place Denfert-Rochereau, à 18 h 30, ce jeudi 20 octobre, pour rendre hommage à la mémoire de la petite Lola, 12 ans, violée, torturée et tuée dans le XIXe arrondissement de Paris. À l’invitation de l’Institut pour la justice, les manifestants parisiens ont religieusement écouté, sous la pluie et l’orage, les différentes prises de parole et témoignages de proches de victimes tuées, assassinées, dans l’indifférence, du moins dans l’amnésie de l’opinion publique.

Parmi eux, l’état-major de  au grand complet. Éric Zemmour, Marion Maréchal, Stanislas Rigault, Nicolas Bay, Guillaume Peltier et Sarah Knafo ont gardé la mine sombre et le mutisme qui siéent à une cérémonie d’obsèques. En accord avec la demande des organisateurs, aucune prise de parole politique n’a eu lieu ce soir. Chez Reconquête comme chez Florian Philippot, le silence et le recueillement étaient de mise. Un peu plus loin, on apercevait côte à côte le dessinateur Marsault, l’écrivain Laurent Obertone et d’autres, en silence et la mine grave.

Sous la pluie et l’orage, les centaines de parapluies déployés donnaient à cette manifestation une uniformité, comme si chacun s’effaçait devant l’étendue du drame que traverse la famille de Lola. Mais Paris n’est qu’un lieu parmi d’autres, dans toute la France des rassemblements spontanés ont eu ou auront lieu. Aucun slogan ou symbole politique n’est venu s’imposer dans un cortège aux allures funèbres.


À la fin de la manifestation, malgré les appels à se disperser dans le calme et la dignité, une cinquantaine de militants encagoulés de noir ont crié des slogans politiques accompagnés de force fumigènes. « C’est indigne », murmure un jeune venu manifester. Des dizaines de fois, l’appel retentissant dans les mégaphones demandant le calme et la dispersion digne tente de couvrir les hurlements de ces militants. « Est-ce que j’ai été choqué ? Je pense que ces jeunes étaient en droit d’exprimer leur colère devant ce meurtre barbare », balaye, de son côté, Jean Messiha. Le patron de l’Institut Apollon a pris le temps d’exposer sa colère face à ce « gouvernement qui cherche le pouvoir sans exercer la moindre responsabilité ». Du côté de Reconquête et de l’Institut pour la justice, on esquive les questions. « La parole est ce soir aux victimes », souffle-t-on dans l’entourage d’Éric Zemmour. « Je ne souhaite pas répondre aux journalistes », affirme, de son côté, Pierre-Marie Sève, directeur de l’Institut, organisateur de cette démonstration. En tout cas, les seules violences observées n’étaient pas là. Une heure après le rassemblement, « Georges », le nouveau patron de Livre noir, se faisait passer à tabac par une douzaine de personnes, « des antifas », d’après lui. La Jeune Garde » (groupuscule violent de l’ultra-gauche) menée par Raphaël Arnaud, d’après Erik Tegnér.


Le  assure un hommage institutionnel

À la même heure, les 89 députés du Rassemblement national accompagnés de Jordan Bardella, de quelques eurodéputés et conseillers régionaux, ont observé une minute de silence. Tournant le dos aux journalistes, Jordan Bardella a exprimé quelques mots devant ses collègues avant de s’aligner pour la minute de recueillement.  a ensuite brièvement pris la parole : « La nation a été terriblement choquée par ce meurtre barbare. Comme nous sommes les représentants des Français, nous exprimons cette émotion. » Derrière cette volonté de marquer ce drame à part des manifestations, le  ne masque pas son agacement devant ce qu'il considère comme des manœuvres de la part du mouvement d’Éric Zemmour. « Nous sommes évidemment solidaires de la douleur que nos concitoyens expriment place Denfert-Rochereau », affirme le député de Vaucluse Hervé de Lépinau, « mais nous déposons des amendements et non des noms de domaine », conclut-il, comme une pique envoyée à Éric Zemmour. Une décision qui s’est aussi imposée par l’accélération du calendrier parlementaire et l’utilisation d’un second 49-3, ce jeudi soir. Pour ce qui la concerne, la députée du Pas-de-Calais Caroline Parmentier sera, ce vendredi, à Fouquereuil, berceau familial de la petite Lola, pour l’hommage rendu par la commune à la collégienne et sa famille. Cette dernière aurait déclaré au responsable de la cagnotte mise en ligne pour les soutenir qu’elle était « touchée par les organisations de manifestations et de marches blanches ».

Au fond, derrière les accusations de récupération et les différentes formes qu’ont prises ces hommages, c’est toute une nation endeuillée qui pleure aujourd’hui une de ses enfants innocentes. Dans toutes les bouches résonne ce cri, presque une prière : « Plus jamais cela. »

 

 

Lola : pourquoi un tel silence politique,

 

une telle discrétion médiatique ?

 

Nous sommes lundi matin, deux jours et demi après l’horrible meurtre de Lola sur le chemin du retour de l’école, et aucun membre du gouvernement, si prompt habituellement à manifester bruyamment son indignation pour des peccadilles montées en épingle, ne s’est exprimé. Avec un sens aigu de l’à-propos, eu égard au profil des individus mis en garde à vue, et sans crainte de heurter les réseaux sociaux qu’il devrait savoir pourtant hautement inflammables, Emmanuel Macron se fend en revanche d’un beau message de repentance en ce jour anniversaire du 17 octobre 1961 à l’endroit des « indépendantistes algériens ».

 

La ville de Paris est également d’une discrétion de violette. Sur le compte Twitter d’Anne Hidalgo, on cherche en vain, depuis vendredi,  le nom de Lola, fillette massacrée dans la ville dont elle est maire. En revanche, un mot vibrant, dimanche matin, soit 36 heures après les faits, pour signifier « tout [son] soutien à Élisabeth Moreno », martelant que « Paris, ses valeurs, son histoire sont incompatibles avec le racisme ». Les valeurs de Paris devraient être aussi incompatibles avec le crime et l’infanticide, non ? Le maire du XIXe, François Dagnaud, est également désespérément muet : son seul tweet du week end concerne l’inauguration d’un gymnase.

Ne perdez pas non plus votre temps du côté des féministes - aucune mention de Lola sur le compte Twitter de Sandrine Rousseau ni de Clémentine Autain. Rien, non plus, sur le hastag #MeToo. Une information judiciaire a été ouverte pour les chefs de « meurtre sur mineure de moins de 15 ans en lien avec un viol commis avec actes de torture et de barbarie » et « recel de cadavre », mais ce genre de féminicide sur fond de viol ne les fait semble-t-il pas réagir.

Les grands médias s’en tiennent également au minimum syndical. Sur ces mêmes réseaux sociaux circule une vidéo de l’INA datant de 1976. La comparaison est flagrante : Roger Giquel annonce, dans le journal de 20 heures de TF1, le meurtre d’un enfant enlevé par Patrick Henry en commençant par ces mots tragiques : « La France a peur. » Faut-il que la France, mithridatisée, se soit lentement habituée à l’ensauvagement pour regarder, ainsi, à côté ? Ou est-ce l’identité des suspects qui dérange ?

En attendant, ce lundi, tous les parents de jeunes collégiens - l’âge où l'on commence à rentrer seul de l’école - pleurent pour la petite Lola et tremblent pour leurs propres enfants. La France a peur, mais cette fois, elle n’a pas le droit de le dire.

Il faudra attendre 11h30, et une incroyable pression des réseaux sociaux interpelant bruyamment les élus et le gouvernement pour qu'enfin Pape NDiaye communique : il annonce s'être rendu au collège Georges Brassens, où Lola était scolarisée. À leur tour, à 15h00, Anne Hidalgo et François Dagnaud lui emboîtent le pas, se fendant d'un tweet où il est question "d'émotion" et d'effroi". Près de trois jours après.  Emmanuel Macron, Gérald Damanin et Éric Dupont-Moretti, eux, n'ont toujours pas écrit les quatre lettres de Lola. Pourquoi ?

(Dernière mise à jour le 18/10/2022 à 07h30)

 

 

Lola : l’extrême droite sommée de se taire

 

De la part d’une journaliste réputée pour sa suffisance et que Stéphane Bern décrit comme « très donneuse de leçons à la Terre entière [...] Je suis aussi parti de France Inter à cause d'elle car elle ne m'a jamais dit bonjour en onze ans », ce tweet lapidaire et méprisant de Pascale Clark n’a donc rien d’étonnant. La « voix de la radio » a un peu de mal à entendre celle des autres, fichu pluralisme !


Il est à l’image de toute cette gauche particulièrement gênée aux entournures, et on la comprend, par les circonstances de cette affaire sordide. Aveuglée par son idéologie immigrationniste, dans le déni sur l’insécurité, elle ne supporte pas le retour du réel. Quand elle ne se tait pas, elle déplace le débat, se retranche derrière l'accusation d’instrumentalisation, et pratique son habituelle reductio ad hitlerum.


Comme si le problème, dans ce massacre d’une innocente, c’était la réaction de la droite ! Alors celle-ci est priée de se taire pour ne pas faire de récupération politique. Le HuffPost consacre un papier sur « l’instrumentalisation » de cette affaire par « l’extrême droite ». En mai dernier, le Sénat pointait le niveau « historiquement bas » du taux d’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF), à savoir 5,7 %. Malgré des chiffres accablants, notre défaillant ministre de l'Intérieur, qui avait théâtre le soir de ce crime ignoble, ose dénoncer ceux « qui transforment cette histoire en tract électoral ».


Le degré d’indignation est-il permis selon le profil de la victime ? Il faudrait « fermer sa gueule » parce que ce sont des étrangers qui ont commis cet acte de barbarie ? Si la victime avait été algérienne et violée par quatre mâles blancs, la gauche se serait-elle tue ? Pour le petit Aylan et George Floyd, a-t-elle fait preuve de cette pudique retenue ? Bien sûr que non.


Les  ont permis de briser cette omerta autour de ce qui a bien failli passer comme un fait divers supplémentaire. Sauf que la coupe est pleine, les Français n’en peuvent plus de voir les Jacques Hamel, Arnaud Beltrame, Samuel Paty, Alban Gervaise et Lola s’ajouter à la trop longue liste des victimes innocentes du laxisme de l’État, inapte à assurer la sécurité de ses compatriotes. Bien trop occupé à féliciter le Ballon d'or.


N'en déplaise aux bien-pensants, ce n’est donc pas l’extrême droite qui attise la colère des Français, mais bien ce sentiment d'injustice nourri par la bêtise de ceux qui les dirigent.