Guerre d’Ukraine – Point au jour 258-

 

pendant que ses soldats se font tuer en

 

masse, le commandant en chef ukrainien

 

 

offre des voitures de luxe à ses maîtresses

 

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(1) La bataille d'Ukraine et les frasques du commandant en chef ukrainien(2) Ce n'est ni la répétition de la guerre de tranchées de la Première Guerre mondiale ni celle de la crise des missiles de Cuba. (3) L'influence déclinante des USA dans le monde est mesurable. (4)Le basculement géopolitique expliqué par Bhadrakumar.

Bataille d’Ukraine 

Erwan Castel pense que l’on approche d’un point de rupture: “La situation sur le front est toujours très tendue, pour les forces ukro-atlantistes sur le front Nord et celui du Donbass, pour les forces russes sur le front de Kherson, car toute stratégie défensive, fasse à un ennemi qui veut conserver coûte que coûte” une initiative opérative et dispose de réserves pour faire renouveler ses attaques, a ses limites dans le temps des attritions réciproques.

Ainsi pour les forces ukrainiennes du secteur d’Artemovsk qui finissent par céder progressivement devant les coups de boutoir des forces russes et alliées mais aussi pour les forces russes qui, autour de Kherson arrivent également au terme de leur stratégie défensive face aux sempiternelles attaques suicidaires ukro-atlantistes et à l’attrition sur leurs arrières menées par les frappes des HIMARS. 

Même si globalement la ligne de contact n’a pas bougé, à part quelques avancées réciproques de quelques centaines de mètres ici et là, on sent dans plusieurs secteurs s’approcher un point de rupture du front, soit en faveur de Kiev, soit en faveur de Moscou”.

Regardons les deux points jugés critiques de la ligne de front: 

Selon Southfront.org: “Le premier samedi de novembre s’est déroulé dans un contexte de progression lente mais continue des forces russes dans les régions d’Ougledar et de Bahmut. Des actions offensives actives des forces russes ont également été signalées autour de la colonie de Pervomaysk dans la campagne de Donetsk. Cependant, les actions offensives des Russes dans ces directions se heurtent à une forte résistance des unités loyales au régime de Kiev qui ne manque toujours pas de chair à canon qu’il peut jeter sur les lignes de front du conflit.

L’avancée des Russes autour d’Ugledar s’est arrêtée dans la région de Pavlovka. Le village, situé sur un important carrefour, est partiellement contrôlé par les forces russes (plus de 50%) mais sa partie nord est toujours contestée. Les conditions météorologiques et les renforts récemment déployés par le régime de Kiev ont joué leur rôle. Malgré cela, la situation des unités pro-Kiev y reste toujours critique.

La région de Bahmut (Artemovsk) est un autre point d’attention des militaires russes. La ligne de front se situe actuellement autour d’Opitnoe (au sud de Bahmut) et des rapports font état de mouvements d’unités russes avancées dans les environs est et nord de Bahmut même. Avec les avancées tactiques des Russes autour de Pervomaysk, il semble que les forces armées ukrainiennes se soient essoufflées dans toute la région du Donbass. Actuellement, elles se concentrent principalement sur les tentatives d’empêcher de nouvelles avancées des Russes dans les zones susmentionnées. 

Quant à Kherson, revenons au blog de Castel: “Le front Sud dans la direction de Kherson reste la région militairement – et politiquement – la plus tendue actuellement.

Le 5 novembre, plusieurs attaques ukro-atlantistes en direction de Kherson ont été repoussées dans les secteurs de Sablukovka et Sukhanovo. Dans ces combats les forces de Kiev ont eu environ 80 soldats de tués et on perdu 7 véhicules blindés.

Mais ces dernières heures, les forces ukro-atlantistes ont à nouveau déployé vers la première ligne des concentrations de blindés, tandis que leur artillerie intensifie ses frappes sur les positions russes. L’aviation tactique ennemie (hélicoptères et avions d’attaque au sol) a également augmenté ses activités de bombardements. La menace de nouvelles attaques vers Kherson a été confirmée par le chef adjoint de Kirill Stremousov l’adjoint du responsable de l’administrationrégionale. 

Les 3 principaux secteurs concernés par ces préparations offensives ukro-atlantistes sont ceux d’Aleksandrovka,  Blagodatnoye, et Andreevska où, sur ce dernier secteur, les positions russes de Bezimiennoe et Karlo Marksovski ont déjà subi des assauts. ️

De part et d’autre de leur tête de pont sur la rivière Ingoulets, un affluent du Dniepr au Nord Est de Kherson. Deux colonnes ukro-atlantistes se dirigent sur son flanc gauche vers Davidov Brod avec notamment une vingtaine de chars de combat et sur son flanc droit vers Snigerovka avec plutôt des véhicules de combat d’infanterie. L’objectif de ces mouvements s’ils donnent effectivement l’assaut semble etre de  vouloir élargir la tête de pont sur l’Ingoulets et repousser la ligne de contact plus vers Kherson.

Sur la rive droite (Nord) du Dniepr l’artillerie ukro-atlantistea également intensifié ses tirs sir les positionsrusses des secteurs de Berislav et Duchanoye, au Nord Est du barrage hydroélectrique de Kakhovka qui subit toujours(ainsi que la ville proche de Nova Kakhovka) des tirs de roquettes “HIMARS”.

De leur côté, les forces russes, qui ont préparé les localités pour des batailles urbaines engagent des tirs de barrage et de contre batterie et repoussent les premières attaques.

La pression ennemie se fait donc toujours dans la région située au Nord Est de la ville de Kherson, entre l’Ingoulets et le Dniepr, où une éventuelle percée au niveau de la tête de pont d’Andreevka, en les menaçant d’un chaudron potentiel, forcerait les forces russes positionnées au Nord de Kakhovka à se replier vers Le Sud Ouest en direction de Kherson.

Le général Sourovikine a récemment évoqué la probable et prochaine “prise de décisions difficiles”…”

Curieusement, Castel n’envisage pas la défense la plus probable, de la part des Russes en cas de sévère offensive ukrainienne sur Kherson, maintenant que la partie la plus vulnérable de la population de Kherson a été évacuée: la rupture du barrage hydroélectrique de Kakhovka. 

Je suis pour ma part sceptique, cependant, sur la possibilité d’une offensive ukrainienne majeure à cet endroit, qui déborderait les Russes: 

+ une telle offensive, si elle devait avoir lieu, l’aurait dû avant les élections américaines de mi-mandat, les “midterms”. 

En réalité, les Ukrainiens ont essuyé de telles pertes durant leurs opérations de reconnaissance qu’ils ne sont pas allés plus loin. 

Or, plus le temps passe, plus les lignes de défense russes se renforcent. 

+ Nous sommes entrés dans la raspoutisa, la transformation des terres en boue, avec l’arrivée de l’automne. L’armée ukrainienne, avancçant lentement ou s’enlisant, serai encore plus vulnérable aux frappes russes. 

+ on imagine difficilement qu’une armée puisse  être approvisionnée et combattre longtemps quand le pays perd profressivement ses infrastructures électriques, ses voies de chemin de fer etc….Ce 7 novembre on parlait d’évacuer la population de la ville de Kiev….

+ La guerre de destruction systématique des matériels et des centres de commandement ukrainiens et OTANiens camouflés par des drones de l’armée russe continue. 

+ Enfin, comme le souligne Southfront.org, le Général Valeri Zaloujni, qui a eu droit à la couverture de Time Magazine, semble surtout un émule de Hunter Biden, comme le montre un piratage de son compte Instagram, qui donne idée du nombre de ses partenaires sexuelles: 

Les frasques du commandant en chef ukrainien

mais aussi de la taille des cylindrées par lesquelles elles sont récompensées de leurs services: 

Nous n’avons affaire ni à une répétition des incertitudes de la Première Guerre mondiale ni à une crise de Cuba bis

Il faut donc prendre garde à ne pas s’en tenir au caractère statique de la ligne de front et aux poussées dont l’armée kiévienne semble encore capable pendant quelque temps. 

Je recommande à cet égard la lecture d’un article de Dimitri Orlov paru sur le Saker (version anglaise) et repris par Zero Hedge:. L’article est un peu long mais je le restitue dans sa quasi-intégralité car il me semble dire beaucoup de choses essentielles. C’est moi qui souligne: 

Ce que fut vraiment la “crise de Cuba”

“La crise des missiles de Cuba est un abus de langage malveillant. Cuba n’a jamais eu de missiles nucléaires ; il a temporairement accueilli des soviétiques. La crise a commencé lorsque les Américains ont placé leurs missiles nucléaires à portée intermédiaire en Turquie, ce qui a posé une nouvelle menace à l’Union soviétique, qui a répondu en plaçant des missiles similaires à Cuba (…). Les Américains se sont mis en colère mais se sont finalement calmés et ont retiré leurs missiles de Turquie. Les Soviétiques ont retiré leurs missiles de Cuba et la crise était terminée. Et donc cela devrait s’appeler la crise des missiles américains.

Ce qui se passe maintenant ne pourrait pas être plus différent. À moins que vous n’ayez passé les dernières semaines à vous cacher sous un rocher, vous avez probablement entendu dire qu’une sorte de nouvelle crise nucléaire est en cours à cause du « chantage nucléaire de Poutine » ou quelque chose du genre. Certaines personnes ont souffert d’épuisement nerveux en conséquence, négligeant leurs devoirs et se laissant généralement aller. Prenez l’ancien Premier ministre britannique Liz Truss, par exemple [qui] s’est accrochée aux mots de Poutine selon lesquels « la rose des vents peut pointer dans n’importe quelle direction » (un point factuel sur l’inutilité totale des armes nucléaires tactiques). Elle a ensuite laissé l’économie britannique entrer en chute libre alors qu’elle suivait de manière obsessionnelle la direction du vent sur l’Ukraine. Tout s’est mal terminé pour la pauvre Liz. Ne soyez pas comme Liz.

Je suis ici pour vous dire qu’il ne se passe rien au-delà de l’habituel – c ‘est-à-dire l’habituel mensonge de la propagande occidentale.

Un narratif pour camoufler la défaite occidentale

En particulier, cela n’a rien à voir avec Poutine ou quoi que ce soit de nucléaire. Au lieu de cela, tout cela fait partie d’une tentative désespérée de compenser l’échec narratif, et une tentative ratée. Le problème pour l’Occident collectif est simplement le suivant : 80 % de la population mondiale a refusé de se joindre à lui pour condamner, sanctionner ou autrement punir la Russie, certains très grands pays (Chine, Inde) étant soit favorables, soit neutres sur le sujet.

La majeure partie du monde, y compris l’Asie, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Amérique latine, surveille attentivement la destruction systématique par la Russie de ce qui était de loin la plus grande et la plus capable armée équipée et commandée par l’OTAN au monde (l’armée ukrainienne, c’est-à-dire ), comprenant très bien que ce qui se déroule est le Waterloo de Washington. Certains pays (l’Arabie saoudite, par exemple) sont si sûrs du résultat qu’ils refusent déjà d’obéir aux diktats de Washington. C’est un problème, car tout ce que les Washingtoniens savent faire, c’est imposer leur volonté au monde. Traiter les autres comme des égaux ou rechercher des opportunités de négocier un gagnant-gagnant ne fait tout simplement pas partie de leur compétence de base – ni de leur compétence, d’ailleurs. (…) 

Pour résoudre ce problème, les narrateurs de Washington et de Bruxelles ont décidé de jouer la carte nucléaire et accusent la Russie de chantage nucléaire. Entre-temps, tout ce que la Russie a fait, c’est décimer plusieurs fois l’armée ukrainienne, puis accepter quatre anciennes régions ukrainiennes dans la Fédération de Russie sur la base de référendums locaux très concluants surveillés de près par bon nombre d’observateurs internationaux, puis annoncer qu’elle défendra ces régions régions contre les attaques étrangères par tous les moyens nécessaires. Il s’agit évidemment de moyens nucléaires, puisque la Russie en dispose et les utiliserait conformément à sa doctrine nucléaire, qui exclut leur première utilisation.

Pendant ce temps, les États-Unis n’ont pas une telle stipulation dans leur doctrine nucléaire, ont effectivement utilisé des armes nucléaires contre des civils (au Japon) et ont rêvé pendant des décennies de développer une capacité de première frappe nucléaire qui ne pourrait pas être contrée. Si un pays doit être considéré comme une menace nucléaire, ce sont les États-Unis, pas la Russie… sauf, comme je vais l’expliquer, que les États-Unis ne sont plus vraiment une menace nucléaire non plus. Poutine a à peine fait allusion à cela, mais un simple indice a suffi à exaspérer complètement l’establishment américain de la défense nationale, dont le pire ennemi est la réalité elle-même. Poutine a souligné qu’à ce stade, la Russie disposait dans son arsenal de dissuasion nucléaire de certaines armes supérieures à celles de l’Occident.

Ces nouvelles armes, dont plus tard, garantissent que toute attaque nucléaire contre la Russie serait un geste suicidaire. Autrement dit, l’Occident n’a aucun moyen de détruire de manière fiable la Russie (elle est trop grande et son noyau économique est trop indépendant et trop bien défendu avec des systèmes de défense aérienne et spatiale) tandis que la Russie peut détruire de manière fiable l’Occident (qui n’est pas aussi bien défendu ) mais ne le fera que si l’Occident attaque en premier. Contrairement à l’époque soviétique, la Russie n’a pas de zèle missionnaire ; elle est heureuse de s’asseoir et de regarder l’Occident s’affamer lui-même (en raison d’un manque d’engrais chimiques russes) dans l’obscurité (en raison d’un manque de pétrole et de gaz russes). Tout ce qu’elle veut faire, c’est rassembler les morceaux du monde russe brisé et tous les peuples et toutes les terres que l’effondrement de l’URSS a abandonnés derrière une frontière décrétée par les bolcheviks. Dans cette situation, le risque d’une guerre nucléaire est pratiquement nul. Veuillez vous asseoir, prendre une série de respirations profondes et laisser la bonne nouvelle s’imprégner. Ressentez la joie.

Mais la joie ne durera probablement pas si vous écoutez des idiots lâches dont le travail consiste à vous mentir sur la “menace nucléaire de Poutine”. Lorsque, par exemple, Jack Philips écrit que Moscou a menacé d’utiliser… des armes nucléaires tactiques… en Ukraine pour sauver sa guerre là-bas », il nous ment essentiellement, et pas une mais trois fois dans la même phrase : la Russie n’a pas menacé d’utiliser des armes nucléaires tactiques, mais a plutôt souligné leur inutilité ; et l’opération spéciale de la Russie est un succès. Le fait qu’il n’y ait pas de menace est le message principal de cet article, mais faisons une brève digression et décrivons la victoire ukrainienne et la défaite russe.

Ce à quoi ressemblent la “victoire ukrainienne et la “défaite russe”

L’Ukraine est victorieuse dans la mesure où, selon le FMI, son PIB est en baisse de 35 % en 2022 ; selon sa banque nationale, l’inflation a dépassé les 30 % et ne ralentit pas ; selon la Banque mondiale, l’année prochaine, 55 % des Ukrainiens seront en dessous du seuil de pauvreté, subsistant avec moins de 2,15 dollars par jour ; selon le ministre ukrainien de l’économie, le chômage a atteint 30 % ; selon son premier ministre, il sera incapable de payer les pensions et les salaires sans une aide étrangère immédiate ; selon l’ONU, 20 % de la population a quitté le pays et 33 % sont déplacés à l’intérieur du pays ; selon son ministère de l’énergie, elle a déjà perdu 40% de sa capacité de production d’électricité. L’armée ukrainienne recrute n’importe quel homme jusqu’à l’âge de 60 ans, n’ayant plus de réservistes, et les pertes qu’elle subit au front sont tout simplement horribles.

Pendant ce temps, la Russie est vaincue car selon Reuters le rouble russe est la monnaie la plus forte du monde ; selon le Guardian Poutine est plus puissant et populaire que jamais ; selon son ministère de l’agriculture, la récolte céréalière de cette année est de plus de 150 millions de tonnes, dont 50 millions sont destinées à l’exportation, faisant de la Russie le plus grand exportateur de céréales au monde ; selon The Economist, la Russie sort de la récession tout comme l’Occident entre en récession ; et selon Goldman Sachs, l’indice d’activité économique en Russie est maintenant plus élevé qu’en Occident. La Russie vient juste de finir d’appeler 300 000, soit 1%, de ses réservistes entraînés et expérimentés, qui sont maintenant formés aux dernières techniques de combat de l’OTAN avant d’être envoyés sur le front ukrainien.

Mais ne laissons pas les faits faire obstacle au récit dominant : l’Ukraine doit gagner et la Russie doit perdre, car sinon, qu’est-ce qui pourrait amener la Russie à devenir si complètement désespérée qu’elle menacerait le monde avec ses armes nucléaires ? Cette partie est simple; ce qui est moins évident, c’est pourquoi les propagandistes occidentaux sont suffisamment désespérés pour concocter et promulguer le faux récit du « chantage nucléaire de Poutine » ?

La raison de toute cette propagande trépidante est que l’Occident collectif ne peut espérer survivre politiquement ou économiquement à moins que la Russie ne soit mise à genoux et n’accepte d’échanger ses ressources énergétiques et minérales avec des chiffres fraîchement frappés qui résident dans les ordinateurs des banques centrales occidentales qui peuvent être confisqué à tout moment et pour quelque raison que ce soit. La situation est désastreuse : les États-Unis épuisent leur réserve stratégique de pétrole à un rythme effréné, mais sont confrontés à une pénurie de carburant diesel et à des prix de l’essence obstinément élevés. Il a une dette massive à refinancer et à rééchelonner, mais ne peut le faire que par l’impression directe d’argent, entraînant une inflation, déjà supérieure à 10%, toujours plus élevée. L’Europe se prépare à un hiver rigoureux avec des factures énergétiques ridiculement élevées, des fermetures d’industries et un chômage massif, tandis que les États-Unis ne sont pas loin derrière. La manne de la fracturation hydraulique aux États-Unis n’a jamais été tout à fait rentable et il reste peut-être un an ou deux avant qu’elle ne soit exploitée. Ensuite, le rêve du gaz naturel liquéfié américain remplaçant le gazoduc russe en Europe, jamais un plan réaliste, sera mort pour de bon tandis que les fermetures de l’industrie se propageront aux États-Unis.

Défaite des USA et de l’Union Européenne

Pour éviter ce scénario, des mesures désespérées ont été appliquées, et toutes ont échoué. Il y a d’abord eu le plan de sanctions infernales, obligeant de nombreuses entreprises occidentales à cesser d’expédier des produits vers la Russie et d’y faire des affaires. Cela a fait beaucoup de mal aux entreprises occidentales tout en offrant à la Russie une ouverture pour voler sa part de marché. Ce qui ne pouvait pas être remplacé par la production nationale a été remplacé par des « importations parallèles » via des pays tiers.

Ensuite, l’Occident (l’Europe en particulier) a réduit ses importations énergétiques russes par un certain nombre de moyens, allant des sanctions contre les pétroliers russes à l’interdiction d’utiliser la capacité de gazoduc existante via l’Ukraine et la Pologne, en passant par des frappes terroristes pures et simples sur les gazoducs russes. dans la Baltique. Une interdiction pure et simple des importations de pétrole russe vers l’Union européenne est prévue pour décembre, et cela aggravera la situation de manière prévisible. Le résultat est que la Russie a commencé à expédier du pétrole et du gaz vers ses partenaires en Asie, la Chine en particulier, et l’Occident est désormais invité à concourir pour cette énergie sur le marché au comptant, jusqu’à épuisement des réserves. Ils ne le feront pas. En raison des prix plus élevés, la Russie exporte moins d’énergie mais gagne plus de revenus étrangers.

Le projet ukrainien de bombe sale

Et c’est ainsi qu’un plan ingénieux a été ourdi pour une provocation nucléaire en Ukraine. Les Ukrainiens, avec l’aide des États-Unis et des Britanniques, devaient prendre un vieux missile balistique de l’ère soviétique (un Tochka-U), le charger avec les déchets nucléaires d’une des centrales nucléaires ukrainiennes, le faire exploser quelque part à  l’exclusion de Tchernobyl (qui est déjà contaminée par des radionucléides à longue durée de vie), puis les médias occidentaux et les sources diplomatiques deviendraient tous hystériques et accuseraient la Russie à l’unisson, en espérant qu’au moins certains des pays du monde qui ont refusé de rejoindre l’Occident des sanctions contre la Russie seraient amenées à se joindre à eux.

Ça s’est bien passé ? Pas bien du tout, apparemment ! Premièrement, les services de renseignement russes ont obtenu les détails de toute l’opération d’une source interne ou deux ou trois. Ce n’est pas surprenant, car aucun ingénieur nucléaire qui se respecte ne serait trop excité pour assumer la responsabilité d’une telle parodie. Deuxièmement, le ministre russe de la Défense, Sergei Shoigu, sous les ordres directs de Poutine, a téléphoné à ses homologues du monde entier, partageant ces preuves avec eux. Troisièmement, la Russie a spécifiquement demandé à l’AIEA d’aller enquêter sur les deux sites ukrainiens sur lesquels la parodie était concoctée. Le résultat final est que les Ukrainiens détruisent maintenant à la hâte les preuves et couvrent leurs traces. Considérant que chaque gramme de ces substances hautement contrôlées doit être inventorié et chaque mouvement enregistré, cette dissimulation peut impliquer des incidents, des accidents et des circonstances de force majeure. Un vilain petit accident impliquant une tasse de thé de déchets nucléaires et un pétard n’est pas à exclure, à la charge de la Russie, bien sûr.

 

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La curieuse remontée à la surface du sous-marin nucléaire West Virginia

Pendant ce temps, dans le monde réel des affrontements entre superpuissances nucléaires, deux événements intéressants ont eu lieu. Le jeudi 20 octobre 2022, le sous-marin nucléaire américain West Virginia, un sous-marin de classe Ohio qui transporte 24 missiles balistiques Trident II, chacun portant 10 charges nucléaires, a fait surface dans la mer d’Oman et a été visité par Michael Kurilla, commandant de Commandement central des États-Unis. (…)  Le but d’un sous-marin nucléaire est d’être furtif car les systèmes de défense aérienne russes peuvent particulièrement bien intercepter les missiles Trident II s’ils savent d’où ils viennent. Ainsi, le fait de faire surface et d’organiser des défilés sur le pont annonce essentiellement au monde que le sous-marin n’est pas en service pour le moment.

Pourquoi les Américains feraient-ils cela ? Est-ce un geste de paix maladroit, un acte énigmatique de reddition ou un appel à l’aide voilé ? Ou deviennent-ils tous séniles parce que tout ce que Biden a est contagieux ? C’est difficile pour nous de le dire. Quoi qu’il en soit, les Russes ne semblent pas affectés. Le sous-marin nucléaire russe Belgorod est récemment parti dans le bleu, provoquant un peu de panique au sein de l’OTAN. Il transporte un certain nombre de nouvelles torpilles de drones à propulsion nucléaire Poséidon, qui portent toutes sur le nombre 100. Chacune d’elles porte une charge de 100 mégatonnes. Les Poséidons ont une portée presque infinie, se déplacent à environ 100 km/h à une profondeur de 1000 m (trois fois plus profonde que n’importe quel sous-marin nucléaire) et lorsqu’ils explosent près d’une crête côtière sous-marine, ils peuvent déclencher un tsunami de 100 mètres. Cinq d’entre eux suffisent à démolir les deux côtes des États-Unis et toute l’Europe du Nord. (…) Personne n’écrira « en cas de tsunami, détruisez la Russie » dans la doctrine nucléaire américaine. Mieux encore, les Poséidons peuvent rester en attente pendant des années, faisant surface périodiquement pour recevoir de nouvelles commandes. Mais si la Russie est détruite, ils se lèveront et détruiront le reste du monde, car “à quoi sert le monde s’il n’y a pas de Russie en lui ?” (V.Poutine)

Nous pouvons être sûrs que les Russes ne déclencheront pas une guerre nucléaire parce que c’est risqué et qu’ils n’ont pas à prendre ce risque pour gagner. Nous pouvons être sûrs que les Américains n’en lanceront pas car ce serait un suicide. Et ainsi nous pouvons tous nous asseoir et nous détendre. (…)

Un instantané de l'influence déclinante des USA dans le monde

C’est une résolution régulièrement présentée au vote à l’ONU. Il s’agit de dire que l’on combat, comme pays souverain, la glorification du nazisme.  Ces dernières années, seules les Etats-Unis et l’Ukraine votaient contre. A présent, ce sont une cinquantaine de pays qui ont rejoint les deux moutons noirs de ces dernières années. Washington a fait un lobbying effréné pour expliquer que cette résolution n’était pas contre le nazisme mais une instrumentalisation du sujet par la Russie. Voilà pourquoi il fallait voter contre. 

Du coup, on a une sorte de référendum pour ou contre la position américaine contre la guerre en Ukraine. Et le résultat est dévastateur pour une puissance qui entend réguler le monde. En gros, le Canada et l’Europe ont voté avec les USA. Les abstentions et les votes non couvrent le reste de la planète. 

Ajoutons que l’on a honte, comme Français, de constater que son gouvernement ne vote pas une motion destinée à confirmer le pacte de 1945, l’engagement à ne jamais laisser revenir quelque chose qui ressemblerait au nazisme.  On hésite d’ailleurs à rire ou à pleurer de l’hypocrisie qui consiste à faire un scandale d’une interjection d’un député de droite à l’Assemblée Nationale, traité aussitôt de fasciste, au moment même où lm’ambassadeur de France recevait l’instruction de voter contre un texte hostile au nazisme.   

Le basculement géopolitique décrypté par Bhadrakumar

  1. Que se passera-t-il au G20 de Bali ? 

Le président américain Joe Biden a récemment déclaré, lors d’une interview sur CNN, que le président russe Vladimir Poutine est un “acteur rationnel qui a fait une erreur de calcul importante” sur la question de l’Ukraine.
Les réunions au sommet russo-américaines ont une histoire de préliminaires calibrés. À l’approche du sommet du G20 qui se tiendra à Bali les 15 et 16 novembre, la grande question reste en suspens : Y aura-t-il une rencontre entre le président américain Joe Biden et son homologue russe Vladimir Poutine en marge de l’événement ?

À première vue, une rencontre n’est pas à exclure. Il semble de plus en plus que la programmation d’une telle rencontre soit même en discussion entre Washington et Moscou.

Mercredi après-midi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré aux journalistes à Moscou que M. Poutine avait eu un appel avec le président indonésien Joko Widodo (qui accueille le sommet du G20).

Parant aux questions, M. Peskov a ajouté de manière énigmatique que “nous travaillons actuellement à une déclaration” et a refusé de répondre si M. Poutine et M. Widodo avaient discuté de l’éventuelle participation du président russe au sommet du G20. Au lieu de cela, il a simplement dit aux journalistes d’attendre une déclaration officielle sur l’appel téléphonique.

Les rencontres russo-américaines au plus haut niveau sont habituellement annoncées simultanément dans les deux capitales. Le retard dans la publication de la déclaration à laquelle Peskov a fait référence ne peut que signifier que les consultations sont toujours en cours.

Un communiqué rédigé par un officiel du Kremlin aurait normalement servi à la conversation téléphonique entre Poutine et Widodo, mais dans ce cas, il y a eu un retard injustifié alors qu’une déclaration est toujours en préparation. Compte tenu de l’état des relations entre les États-Unis et la Russie, une annonce unilatérale d’une rencontre Biden-Poutine par l’une ou l’autre des parties est tout simplement inconcevable.

Ensuite, des signes perceptibles montrent que les deux parties s’efforcent de faire baisser les tensions autant qu’elles le peuvent afin de créer une atmosphère suffisamment “cordiale”. Ainsi, du côté américain, le porte-parole de la Maison Blanche, John Kirby, a déclaré hier de manière catégorique que les États-Unis ne voient aucun signe indiquant que la Russie se prépare à utiliser des armes nucléaires.

Du côté russe également, il est évident que Moscou a pratiquement ignoré les fuites dans les médias américains selon lesquelles du personnel militaire américain se trouve sur le sol ukrainien dans le cadre d’une mission d’audit de l’armement fourni à Kiev pour faire la guerre aux forces russes. Les États-Unis ont l’habitude de rester sur place dans les pays étrangers et Moscou en est vraisemblablement conscient. Pourtant, elle reste muette.

Mardi encore, le ministère russe des affaires étrangères a publié une importante déclaration proposant, sans crier gare, que les puissances atomiques “démontrent dans la pratique” leur propre engagement envers le principe selon lequel une guerre nucléaire ne peut jamais être gagnée et ne devrait jamais être menée, et qu’elles “abandonnent les tentatives dangereuses d’empiéter sur les intérêts vitaux de l’autre, en s’équilibrant au bord d’un conflit armé direct et en encourageant les provocations avec des armes de destruction massive, qui peuvent avoir des conséquences catastrophiques”.

La déclaration réaffirme catégoriquement que “l’utilisation d’armes nucléaires par la Russie n’est hypothétiquement autorisée qu’en réponse à une agression menée avec l’utilisation d’ADM, ou à une agression avec l’utilisation d’armes conventionnelles, lorsque l’existence même de l’État est menacée.”

Il est intéressant de noter que les inspecteurs de l’AIEA en mission en Ukraine ont donné mercredi un satisfecit à Kiev en ce qui concerne les “activités et matériaux nucléaires non déclarés” de ce pays. Cette décision fait suite à la récente allégation de Moscou selon laquelle Kiev travaillerait sur une “bombe sale”.

Il est clair que Biden et Poutine n’auront pas besoin de perdre leur temps à discuter du spectre de l’Armageddon s’ils se rencontrent à Bali.

Aujourd’hui encore, Moscou et Kiev ont procédé à un deuxième échange majeur de prisonniers en moins d’une semaine.

Entre-temps, la Russie est revenue sur l’accord sur les céréales négocié par l’ONU pour faciliter le transport des produits ukrainiens vers le marché mondial. Bien entendu, cela fait suite à la garantie écrite de Kiev que le corridor humanitaire ne sera pas utilisé à des fins militaires. Le ministre des affaires étrangères, M. Lavrov, s’est à son tour félicité qu’une telle assurance ait été donnée par Kiev.

Ni Moscou ni Washington ne se sont montrés enclins à faire monter la tension à propos de l’allégation russe concernant l’implication des services de renseignement britanniques dans le sabotage des gazoducs Nord Stream et l’attaque par drone de la base navale russe de Sébastopol.

Curieusement, Washington a fait preuve d’une certaine indifférence en se lavant les mains de tout l’épisode peu recommandable impliquant la Grande-Bretagne, alors que la démarche russe auprès de l’ambassadeur britannique aujourd’hui a suggéré un bon comportement des services de renseignement britanniques à l’avenir et a laissé entendre un désir de passer à autre chose. En effet, la Russie n’envisage pas de représailles contre le Royaume-Uni.

Il est évident que si une rencontre Biden-Poutine a lieu, la discussion sera largement consacrée à la situation en Ukraine. Il est significatif que le chef adjoint de l’administration présidentielle russe, Magomedsalam Magomedov, ait déclaré aujourd’hui lors d’une cérémonie publique à Moscou que la décision de Poutine de lancer l’opération militaire spéciale en Ukraine n’était pas facile à prendre, mais qu’il n’avait pas d’autre choix compte tenu des dangers existants.

Cela dit, si une rencontre entre Biden et Poutine devait avoir lieu, cela créerait une situation piquante dans la mesure où la position américaine déclarée depuis le début est que les États-Unis ne discuteront pas de l’Ukraine avec la Russie sans la participation du président Zelensky.

Toutefois, de son côté, M. Zelensky a déclaré aujourd’hui que l’Ukraine ne participera pas au prochain sommet du G20 si M. Poutine assiste également à l’événement. Il semblait craindre d’être laissé de côté. Une solution possible pour sortir du labyrinthe serait que Poutine rencontre également Zelensky à Bali. Peut-être est-ce précisément ce que le rusé acteur de télévision a en tête.

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2. La République Fédérale d’Allemagne, aiglon à deux têtes? 

La diplomatie allemande a offert un spectacle fascinant de “contrepoint” lorsque la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock a reçu ses partenaires du G7 à Münster les 3 et 4 novembre, alors même que le chancelier Olaf Sholz quittait Berlin pour une visite d’une journée à Pékin.

La photo montre le secrétaire d’État américain Antony Blinken flanquant Baerbock à la table principale, tandis que la sous-secrétaire d’État Victoria Nuland – surtout connue pour avoir été la maîtresse de cérémonie du coup d’État de 2014 sur le “Maïdan” à Kiev – l’observe par derrière.

L’Allemagne rattrape son retard en matière de photojournalisme. Sérieusement, la photo n’aurait pas pu arrêter de manière plus significative pour le public mondial la personnalité divisée de la diplomatie allemande alors que l’actuelle coalition gouvernementale tire dans différentes directions.

Quintessentiellement, Baerbock a souligné son mécontentement à l’égard de la visite de Scholz en Chine en rassemblant autour d’elle les homologues du G7 partageant les mêmes idées. Même selon les normes de la politique de coalition, ce geste est excessif. Lorsque le plus haut dirigeant d’un pays est en visite à l’étranger, une démonstration de dissonance nuit à la diplomatie.

De même, les homologues du G7 de M. Baerbock ont choisi de ne pas attendre le retour de M. Scholz. Apparemment, ils ont l’esprit fermé et les nouvelles des discussions de Scholz à Pékin n’y changeront rien.

Lundi, à la première heure, Scholz devrait demander la démission de Baerbeck. Mieux encore, ce dernier devrait présenter sa démission. Mais ni l’un ni l’autre ne se produira.

Lors de la préparation de la visite de Scholz en Chine, il a fait l’objet de critiques virulentes pour avoir entrepris une telle mission à Pékin avec une délégation d’affaires composée de puissants PDG allemands. Il est clair que l’administration Biden comptait sur Baerbock et les cercles “atlantistes” influents ancrés dans l’économie politique allemande pour mener la charge.

Scholz a-t-il eu les yeux plus gros que le ventre ? La réponse dépend d’une autre question : Scholz envisage-t-il de laisser un héritage dans la grande tradition de ses prédécesseurs du parti social-démocrate, Willy Brandt (1969-1974), Helmut Schmidt (1974-1982) ?

Ces deux figures titanesques ont pris des initiatives révolutionnaires à l’égard de l’ex-Union soviétique et de la Chine, respectivement, à des moments décisifs de l’histoire moderne, défiant les chaînes de l’atlantisme qui limitaient l’autonomie stratégique de l’Allemagne et faisaient de ce pays un subalterne dans le système d’alliance dirigé par les États-Unis.

La différence essentielle aujourd’hui est que Brandt (qui a mené l’Ostpolitik en ignorant les protestations furieuses des Américains au sujet du tout premier gazoduc reliant les gisements de gaz soviétiques à l’Allemagne) et Schmidt (qui a saisi le moment pour tirer profit de la normalisation entre les États-Unis et la Chine) – ainsi que le chancelier Gerhard Schroeder (1998-2005), qui a élargi et approfondi l’expansion des relations commerciales avec la Russie et établi une relation de travail sans précédent avec les dirigeants du Kremlin, au grand dam de Washington – étaient des dirigeants affirmés.

En d’autres termes, tout dépend de la volonté collective de l’Allemagne de briser le plafond de verre de l’OTAN, que Lord Ismay, premier secrétaire général de l’Alliance, avait succinctement décrit comme destiné à “maintenir l’Union soviétique à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et les Allemands à terre”. Actuellement, l’interaction de trois facteurs a un impact sur la politique allemande.

Premièrement, la stratégie indo-pacifique. Ne vous y trompez pas, la guerre par procuration en Ukraine est une répétition générale de l’inévitable confrontation entre les États-Unis et la Chine sur la question de Taïwan. Dans les deux cas, qui concernent l’équilibre stratégique mondial, les enjeux sont extrêmement élevés pour l’hégémonie mondiale des États-Unis et la multipolarité de l’ordre mondial.

L’Allemagne joue un rôle central dans cette lutte d’époque, non seulement parce qu’elle occupe un terrain très instable au milieu de l’Europe, qui porte également les vestiges de l’histoire, mais aussi parce qu’elle est la puissance économique du continent, sur le point de devenir une superpuissance.

L’angoisse de Washington est évidente : la visite de M. Scholz en Chine pourrait affaiblir le dessein géopolitique des États-Unis de répéter l’exploit impressionnant de l’unité occidentale sur l’Ukraine si les tensions s’aggravent en Asie-Pacifique et que la Chine est obligée d’agir.

Bien entendu, aucune analogie n’est complète, car il est peu probable que la Chine opte pour une opération militaire spéciale progressive menée par la Russie depuis 9 mois pour “broyer” l’armée taïwanaise et détruire l’État ukrainien. Ce sera la guerre mondiale dès le premier jour.

L’analogie est complète, cependant, lorsqu’il s’agit des sanctions infernales que l’administration Biden imposera à la Chine et que le brigandage de la confiscation des “avoirs gelés” de la Chine (dépassant un trillion de dollars au bas mot) s’ensuit, outre la paralysie des chaînes d’approvisionnement de la Chine.

Il suffit de dire que le fait de “faire une Ukraine” à la Chine est la clé de la perpétuation de l’hégémonie mondiale des États-Unis, puisque les actifs financiers de la Chine sont appropriés pour alimenter l’économie américaine en difficulté et que le statut du dollar en tant que monnaie mondiale, le néo-marcantalisme et le contrôle des mouvements de capitaux, etc. restent intacts.

Deuxièmement, l’administration Biden a remporté une grande victoire diplomatique dans le domaine de la politique transatlantique, où elle a réussi à consolider sa domination sur l’Europe en plaçant la question russe au centre de l’actualité. Les craintes manichéennes des pays européens d’une résurgence historique de la puissance russe ont été attisées.

Peu de gens s’attendaient à une résurgence russe si peu de temps après le célèbre discours du président Vladimir Poutine à la conférence sur la sécurité de Munich en février 2007.

Le discours occidental de l’époque était que la Russie n’avait tout simplement pas la capacité de se régénérer en tant que puissance mondiale, la modernisation de l’armée russe étant irréalisable. On peut dire que toute la diplomatie de la chancelière Angela Merkel à l’égard de la Russie (2005-2021) s’est appuyée sur ce discours facile.

Ainsi, lorsque Poutine a annoncé de manière inattendue, lors d’une réunion du conseil du ministère de la Défense à Moscou le 24 décembre 2019, que la Russie était devenue le leader mondial des armes hypersoniques et que “pas un seul pays ne possède d’armes hypersoniques, et encore moins d’armes hypersoniques à portée continentale”, l’Occident l’a entendu avec une horreur non dissimulée.

L’équipe de Biden a profité de la profonde inquiétude des capitales européennes pour les rallier et susciter l'”unité occidentale” sur l’Ukraine. Mais une fissure apparaît maintenant sur la visite de Scholz à Berlin. Blinken s’est précipité pour ramener Scholz au bercail.

Troisièmement, à la suite de ce qui précède, une contradiction fondamentale est apparue aujourd’hui alors que les “sanctions infernales” de l’Occident contre la Russie ont eu un effet boomerang sur l’Europe, la poussant dans la récession. L’Allemagne a été très durement touchée et voit se profiler le spectre de l’effondrement de secteurs entiers de son industrie, avec pour conséquence le chômage et des troubles sociaux et politiques.

Le miracle industriel allemand reposait sur la disponibilité d’un approvisionnement énergétique bon marché, illimité et garanti en provenance de Russie, et la perturbation crée des ravages. En outre, le sabotage des pipelines Nord Stream exclut la relance du lien énergétique entre l’Allemagne et la Russie (que l’opinion publique allemande favorise).

Certes, avec toutes les données disponibles sur les fonds marins de la mer Baltique, Schulz doit être bien conscient des implications géopolitiques de ce que les États-Unis ont fait à l’Allemagne. Mais il n’est pas en mesure de créer un chahut et a plutôt choisi d’intérioriser le sentiment d’amertume, d’autant plus que l’Allemagne se trouve aujourd’hui dans une position humiliante, puisqu’elle doit acheter du GNL à un prix effroyablement élevé à des sociétés américaines pour remplacer le gaz russe (que les États-Unis commercialisent en Europe à des prix trois à quatre fois supérieurs au prix national).

La seule option qui reste à l’Allemagne est de tendre la main à la Chine dans une quête désespérée pour relancer son économie. Soit dit en passant, la mission de M. Scholz visait principalement à délocaliser en Chine les unités de production de BASF, la multinationale chimique allemande et le plus grand producteur de produits chimiques au monde, afin que ses produits restent compétitifs.

Il est toutefois très improbable que Washington laisse les mains libres à Scholz. Heureusement pour Washington, les partenaires de la coalition de Scholz – le Parti vert écologiste et les Démocrates libres (FDP) néo-libéraux – sont des atlantistes purs et durs et sont prêts à jouer le jeu des Américains, eux aussi.

Brandt ou Schroeder se seraient défendus, mais Scholz n’est pas un combattant de rue, même s’il sent le grand dessein des États-Unis de transformer l’Allemagne en un appendice de l’économie américaine et de l’intégrer dans une chaîne d’approvisionnement unique. En d’autres termes, Washington attend de l’Allemagne qu’elle soit un rouage indispensable dans la roue de l’Occident collectif.

En effet, de nombreuses entreprises, qui sont bien placées pour bénéficier du changement de modèle économique promu par Washington, se montrent réticentes à soutenir Scholz – bien qu’il soit lui-même un chancelier corporatiste.

Les États-Unis sont passés maîtres dans l’art d’exploiter ces situations de “diviser pour mieux régner”. Selon certaines informations, certaines entreprises allemandes de haute technologie n’ont pas accepté l’invitation de Scholz à l’accompagner à Pékin, notamment les PDG de Mercedes-Benz, Bosch, Continental, Infineon, SAP et Thyssen Krupp.

 

3. L’Iran a-t-il sous-estimé le réveil de l’hostilité occidentale à son égard? 

La manière dont Téhéran a géré son accord sur les drones avec la Russie a été quelque peu maladroite. Le fait que la première “fuite” sur ce sujet provenait de nul autre que le conseiller à la sécurité nationale du président Biden, Jake Sullivan, aurait dû alerter Téhéran que quelque chose de sinistre se préparait.

Au lieu de cela, pour une raison quelconque, Téhéran s’est mis en mode de déni total. Et maintenant, dans un retournement de situation, il nous est donné de comprendre que le démenti de l’Iran était correct dans les faits, bien qu’il ne soit pas entièrement vrai dans son contenu. Le ministre des affaires étrangères, Hossein Amirabdollahian, a reconnu que “la partie concernant les drones est vraie, et nous avons fourni à la Russie un petit nombre de drones quelques mois avant la guerre en Ukraine”.

Le ministre a ajouté une mise en garde : “Ce tapage fait par certains pays occidentaux, selon lequel l’Iran a fourni des missiles et des drones à la Russie pour l’aider dans la guerre en Ukraine – la partie concernant les missiles est complètement fausse.”

Aussi bonne que soit la technologie des drones iraniens, elle n’a pas changé la donne pour la Russie dans la guerre en Ukraine. La capacité de la Russie en matière de missiles surprend même les experts occidentaux qui avaient prédit il y a plusieurs mois que la Russie était en train d’épuiser son stock. En fait, les frappes de missiles pourraient se poursuivre jusqu’à ce que l’Ukraine s’effondre et que l’Occident n’ait plus aucun interlocuteur valable dans les décombres de Kiev.

La Russie et l’Iran semblent s’être embourbés inutilement dans une controverse. Ce qui semble s’être passé, c’est que tout comme l’Iran a fait de l’ingénierie inverse sur la technologie des drones américains, les Russes ont également fait un bon travail pour refaire les drones kamikazes iraniens qui étaient dans leur inventaire avant l’opération militaire spéciale en Ukraine. Kiev affirme aujourd’hui, après avoir examiné les débris des drones russes qu’il a abattus, qu’ils contenaient également des pièces ukrainiennes !

Il est logique que l’industrie russe de la défense se soit inspirée de la technologie iranienne et de celle de l’Ukraine pour créer un “modèle russe” surprenant. Cela explique probablement le sophisme de la position constante de Moscou, qui affirme ne pas avoir utilisé de drone iranien.

Amirabdollahian a révélé que l’Iran a proposé d’expliquer la situation aux autorités ukrainiennes et qu’une réunion a même été organisée en Pologne pour dissiper le malentendu et rétablir les liens diplomatiques entre l’Iran et Kiev, mais les Américains l’ont fait échouer. De toute évidence, les États-Unis ne sont pas intéressés par une normalisation des relations Ukraine-Iran. Israël aurait également intérêt à maintenir l’Iran à distance de Kiev. Les États-Unis et Israël craindraient qu’une forte présence diplomatique iranienne à Kiev ne tourne à l’avantage de la Russie.

Quoi qu’il en soit, l’aveu candide d’Amirabdollahian aura des conséquences. L’Iran s’est peut-être laissé emporter par le sentiment exaltant qu’une superpuissance s’est abaissée à s’approvisionner en technologie militaire, et a en outre savouré la grande publicité dont ses drones ont fait l’objet – sans parler de l’embarras causé aux mécènes occidentaux de l’Ukraine qui ont assisté impuissants à la panique créée par les drones russes à une telle échelle.

Toutefois, l’Iran a tardivement pris conscience des retombées politiques et diplomatiques potentielles. En réalité, toute cette “agitation”, comme l’a dit M. Amirabdollahian, découle du refus de Téhéran de signer le projet d’accord nucléaire de l’UE à Vienne, ce qui a rendu Bruxelles et Washington furieux, anéantissant leurs espoirs de voir le pétrole iranien venir au secours de l’Europe en remplaçant les importations de pétrole russe qui prennent fin le 5 décembre.

Une fois encore, les États-Unis comptaient sur l’augmentation de la production de pétrole de l’Iran pour créer des tensions au sein de l’OPEP et diviser le cartel.

Selon un rapport du Spiegel, l’Allemagne et huit autres États de l’UE ont élaboré mercredi à Bruxelles un nouveau train de sanctions contre l’Iran, qui contient 31 propositions visant des responsables et des entités iraniens liés aux affaires de sécurité ainsi que des entreprises, pour leurs prétendues “violences et répressions” en Iran. L’alibi est la violation des droits de l’homme.

De toute évidence, l’Occident est revenu à sa tactique d’intimidation. Le président Biden s’est engagé à “libérer l’Iran” de son système politique actuel – bien que les Américains sachent par expérience que les protestations publiques n’ont rien d’inhabituel en Iran, mais que le changement de régime reste une chimère.

Pourquoi l’Occident ressuscite-t-il la “question iranienne” à ce stade ? Il y a deux raisons sous-jacentes – peut-être même trois. La première est que la victoire de Benjamin Netanyahu aux élections israéliennes de dimanche dernier garantit pratiquement que la rivalité existentielle d’Israël avec l’Iran est à nouveau au centre de la politique de l’Asie occidentale. Si cela ne se produit pas, Netanyahu subira des pressions pour s’attaquer à la question centrale en Asie occidentale, à savoir le problème palestinien.

En l’état actuel des choses, la “question iranienne” reviendra sur le devant de la scène politique ouest-asiatique. Il y a une convergence d’intérêts entre Tel-Aviv et Washington sur ce point, à un moment où il y aura inévitablement des frictions dans les relations entre les États-Unis et Israël, étant donné que l’alliance raciste anti-arabe du sionisme religieux, le dernier partenaire de coalition de Netanyahu, contient des éléments que les États-Unis considéraient autrefois comme des terroristes. Susciter la frénésie à propos de l’Iran est utile à la fois pour Israël et pour les États-Unis.

Mais d’un autre côté, Netanyahou est suffisamment réaliste pour savoir qu’il serait suicidaire pour Israël d’attaquer militairement l’Iran sans le soutien des États-Unis et, deuxièmement, que l’administration Biden n’a pas encore totalement abandonné l’espoir d’un accord nucléaire avec l’Iran.

Par conséquent, dans l’éventualité où les élections de mi-mandat modifieraient radicalement le profil du Congrès au détriment de l’administration Biden, il faut faire confiance à Netanyahou pour faire de la question nucléaire iranienne un modèle clé de la politique intérieure américaine et des relations entre les États-Unis et Israël.

Un deuxième facteur est la trajectoire de la guerre en Ukraine. Bien que la guerre par procuration soit dans sa dernière ligne droite et que les États-Unis et l’OTAN soient confrontés à la défaite et à la destruction de l’Ukraine, l’administration Biden ne peut pas simplement s’en aller dans l’humiliation, car il s’agit de l’Europe et non de l’Hindu Kush, et le destin du système d’alliance occidental est à la croisée des chemins.

Il est certain que des troupes américaines sont apparues sur le sol ukrainien et qu’elles ne peuvent être considérées que comme un “détachement précurseur”. L’Ukraine va-t-elle devenir une autre Syrie, avec les régions situées à l’ouest du fleuve Dniepr – “le croupion” dépourvu de ressources naturelles – sous occupation américaine afin que les alliés de l’OTAN à la périphérie ne se jettent pas dans la mêlée des tensions ethniques dormantes héritées de l’histoire pour se tailler une place dans la carcasse ? Ou bien, une “coalition de volontaires” dirigée par les États-Unis se préparera-t-elle à combattre réellement les forces russes dans l’est et le sud de l’Ukraine ?

Quoi qu’il en soit, le fait est que les liens stratégiques qui se développent entre l’Iran et la Russie resteront un point de mire pour l’Occident, malgré la “clarification” d’Amirabdollahian. Il est tout à fait naturel que, dans le contexte des sanctions, les relations extérieures de la Russie soient dans le collimateur des États-Unis. L’Iran s’est toujours distingué par son refus de la stratégie de “pression maximale”.

Autrement dit, avoir l’Iran comme allié sera un atout stratégique pour la Russie dans un contexte multipolaire. L’Iran et l’Union économique eurasienne ont décidé de négocier un accord de libre-échange, tandis que Téhéran élabore également des accords d’échange concernant le pétrole russe. En clair, les Européens peuvent garder leur SWIFT pour ce qu’il vaut et cela ne fera aucune différence pour la Russie ou l’Iran – et le reste du monde observe ce qui se passe en temps réel, notamment dans le voisinage de l’Iran où le pétrole est négocié en dollars.

Il est désormais clair pour les États-Unis et leurs alliés que, JCPOA ou pas JCPOA, l’inclinaison générale vers la Russie et la Chine est la version de Téhéran du Dôme de fer israélien, en diplomatie. En définitive, l’Iran est en train de devenir un modèle pour la région du golfe Persique, comme en témoigne l’allongement de la file d’attente pour l’adhésion à l’Organisation de coopération de Shanghai, alors même que la voie parallèle des accords d’Abraham a disparu dans le bassin endoréique de la péninsule arabique.

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