Bandera et le nazisme ukrainien

 

 

champions de « l’Occident »

 

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par Annie Lacroix-Riz

La guerre d’Ukraine a été lancée par la Russie après huit ans d’agression ukraino-occidentale (2014-2022) contre les russophones de l’Est ukrainien. Leurs 14 000 morts, en majorité des civils, avaient intéressé nos grands médias aussi peu que ceux d’Irak, de Serbie, d’Afghanistan et de Syrie, attaqués, depuis 1991, par les États-Unis en quête mondiale de contrôle pétrolier et gazier et autres matières premières, sous couvert de l’OTAN soumis à commandement unique américain depuis sa fondation (1950). La coalition occidentale, qui a d’emblée ridiculisé l’objectif officiel russe de « dénazification » annoncé en février 2022 – conforme aux « principes politiques » inscrits dans le Protocole de la Conférence de Potsdam (1er août 1945)1 -, affirme agir contre la Russie au nom de la « démocratie » (nouveau nom du « Monde libre » de l’époque soviétique). La guerre se prolongeant, l’« Occident » fait évoluer le concept de « démocratie » et « couvre » la vénération de l’État ukrainien « allié » pour ses criminels de guerre et d’avant-guerre. Ainsi érige-t-il le nazi ukrainien Stepan Bandera (1909-1959) en héraut de l’« indépendance ukrainienne » : léger défaut qu’il lui pardonne autant qu’à la « démocratie » ukrainienne post-Maïdan la promotion des groupements nazis et les coups de gourdin que le multi-millionaire Zelensky, digne successeur du milliardaire Porochenko, administre au peuple ukrainien : destruction du code du travail, des horaires aux salaires, et interdiction des partis et journaux d’opposition, requis par les « investisseurs » états-uniens.

La « démocratie » ukraino-américaine depuis 2004 : « héros national » et majors pétrolières américaines

Bandera n’est devenu un « héros national » que depuis la « Révolution orange » américaine de 2004, et surtout depuis le coup d’État de Maïdan organisé en février 2014 par Washington contre un intolérable gouvernement ukrainien, légal mais prorusse. Sa cheffe d’orchestre la vice-secrétaire d’État aux affaires politiques, Victoria Nuland, madone néo-conservatrice du National Endowment for Democracy (CIA) et russophobe (et sinophobe) compulsive, assure son poste ukrainien depuis 1993, sous gestion démocrate ou républicaine (hors présidence Trump). Elle a avoué le 13 décembre 2013 devant le National Press Club, dans une conférence financée par le groupe pétrolier Chevron2, puis le 15 janvier 2014 devant le comité de politique extérieure du Sénat, que le gouvernement américain avait, depuis la chute de l’URSS, « dépensé cinq milliards de dollars » pour faire triompher la « démocratie » en Ukraine ‑‑ et que Chevron avait signé le 5 novembre précédent un accord pour dix milliards de dollars d’investissement en vue de forages qui mettraient fin à la « dépendance du pays envers la Russie »3. Mme Nuland, cantinière des putschistes de Maïdan, a depuis lors fabriqué les gouvernements ukrainiens et présidé, avec le reste de l’appareil d’État, au réarmement jusqu’aux dents de l’Ukraine, que Washington a intégrée de fait aux opérations de l’OTAN depuis juillet 20214.

Le chef d’état major de l’armée de Kiev posant avec les néo nazis de Secteur Droit dans une pièce remplis de portraits et de statues des leaders collaborateurs ukrainiens du IIIe Reich.

L’intimité des États-Unis avec le nazisme ukrainien en général a précédé la chute de l’URSS. Leur intérêt pour la caverne d’Ali Baba ukrainienne, comme celui de tous les impérialismes, n’a jamais cessé depuis l’« ouverture » de la Russie tsariste, qui leur avait cédé son économie moderne et concentrée, de la banque aux matières premières. Comme le Reich occupa longtemps le devant de la scène ukrainienne, surtout depuis la Première Guerre mondiale, les banques américaines accompagnèrent celles du Reich dans l’entre-deux-guerres. Mais au rôle second que dictait alors le primat allemand.

hitler

L’ère allemande du nazisme ukrainien

Car le Reich, première puissance à reconnaître la Russie en 1922, tint le haut du pavé dans la Russie soviétique traitée en paria par la « communauté internationale » impérialiste. Même dans l’Ukraine qu’il avait arrachée, en 1918 (jusqu’à sa défaite de novembre), à la Russie assaillie de toutes parts par quatorze puissances impérialistes de 1918 à 19205, et que les bolcheviques reconquirent depuis 1920. En reconnaissant l’État soviétique, Berlin y récupéra sa capacité de nuisance, « couvert » par le Vatican : auxiliaire du Reich depuis la fin du XIXe siècle et plus encore depuis 1914, la Curie mandata le clergé catholique germanique à l’espionnage militaire préparatoire au nouvel assaut projeté6.

Les nazis bandéristes dans l’avant-guerre

C’est dans ce contexte que grandit Bandera, produit-type de l’uniatisme de Galicie orientale (Ukraine occidentale), arme de guerre de l’Église romaine contre l’orthodoxie depuis 1595-1596. Fils d’un prêtre uniate, il fut élevé comme ses pareils dans la haine fanatique des Polonais, des Russes, des juifs et des opposants, sous l’autorité d’Andreï Szepticky évêque uniate de Lemberg (Lwow en polonais, Lvov en russe, Lviv en ukrainien) nommé en 1900. Russophobe, polonophobe et antisémite de choc, Szepticky devait comme tous ses prédécesseurs convertir les orthodoxes de l’Est, mission liée à la conquête germanique. Ce fut d’abord au service de Vienne, maîtresse de la Galicie orientale, puis, Pie X préférant depuis 1907 les puissants Hohenzollern aux Habsbourg moribonds, l’évêque accompagna jusqu’à sa mort (novembre 1944) le Drang nach Osten (« poussée vers l’Est ») du Reich, impérial, « républicain » et hitlérien.

Le Reich, qui finançait avant 1914 « l’autonomisme ukrainien » contre la Russie, transforma l’Ukraine en fief militaire pendant la Première Guerre mondiale. Il accrut ensuite l’effort dans la Galicie orientale, dévolue en 1921 par la France antisoviétique à la Pologne réactionnaire Depuis 1929, Berlin entretenait l’« Organisation des Ukrainiens nationalistes » (OUN) que Stefan Bandera (20 ans), « chef de l’organisation terroriste ukrainienne en Pologne », avait fondée avec ses fidèles lieutenants Mykola Lebed et Iaroslav Stetsko. Ils participèrent, à la campagne antisoviétique sur « la famine génocidaire en Ukraine » décrite dès 1987 par le photographe et militant syndicaliste canadien Douglas Tottle, pionnier de l’étude du nazisme ukrainien7. Lancée par le Reich et le Vatican, à l’été 1933, c’est-à-dire après que l’excellente récolte de juillet eut mis fin à la disette ou à la famine, répercutée avec zèle par tous leurs alliés, dont la Pologne, avec pour centre Lwow, elle prépara idéologiquement la conquête de l’Ukraine. Berlin et le Vatican s’étaient engagés par un des deux articles secrets du Concordat du Reich de juillet 1933 à la mener ensemble8.

Les bandéristes rendirent en Pologne aussi de grands services, non seulement contre les juifs mais aussi contre l’État. Bandera et Lebed assassinèrent le 15 juin 1934, année faste des attentats allemands contre les chefs d’État et ministres, le ministre de l’Intérieur polonais, Bronisław Pieracki, pourtant en extase, comme ses chefs, Pilsudski et Beck, devant « l’ami allemand ». Les nazis de l’OUN jouaient en Galicie orientale, a écrit Grzegorz Rossolinski-Liebe en 2014 dans sa thèse de référence sur Bandera, le même rôle que les oustachis croates d’Ante Pavelitch, les nazis slovaques du Parti Hlinka, les Gardes de fer roumains et autres nazis d’Europe orientale : gavés de marks, ils avaient tous « adopté le fascisme, l’antisémitisme, le suprématisme racial, le culte de la guerre et toute une gamme de valeurs d’extrême droite »9. Pour ne pas froisser ses « amis » allemands, Varsovie commua la peine de mort de Bandera et Lebed édictée (seulement) en 1936 en prison à vie. L’occupant allemand les en libéra dès l’invasion de septembre 1939. Division Galicie

Les nazis bandéristes dans la Deuxième Guerre mondiale

Depuis lors, l’OUN uniate, puissante en Ukraine slovaque et polonaise (absente d’Ukraine soviétique), fut le laquais du Reich. Elle fut subdivisée en 1939-1940 en OUN-M et OUN-B, respectivement dirigés par Andrei Melnik et par le trio Bandera-Lebed-Stetsko, divisés seulement par leur désaccord, de façade, sur « l’indépendance ukrainienne » : Melnik n’en parlait plus, Bandera chérissait par le verbe « l’indépendance » dont le Reich ne voulait à aucun prix.

Les deux OUN aidèrent le Sipo-SD (la Gestapo) et l’Abwehr à préparer l’occupation de la Pologne, puis de l’URSS. Ses membres peuplèrent les « académies [allemandes] de police » de Pologne occupée et accrurent leurs ravages après Barbarossa : aux côtés de la Wehrmacht, ils liquidèrent immédiatement 12 000 juifs en Galicie orientale, et ne cessèrent plus. Supplétifs du Sipo-SD, ils torturèrent et exterminèrent sans répit avec la bénédiction des clercs uniates, dont Szepticky, bénisseur des bandéristes de la 14e Légion des Waffen SS Galicia (1943-1944) et d’ailleurs. Dans les Einsatzkommandos, les prisons, les camps de concentration et ailleurs, les deux OUN massacraient les « ennemis de la nation ukrainienne » : Ukrainiens « non loyaux », juifs de toute nationalité, Russes et Polonais non juifs, dont les 100 000 de Volhynie, exploit de Bandera qui perturbe les actuels rapports (faussement) idylliques Varsovie-Kiev. En Pologne et en URSS, jusqu’à la libération soviétique complète de l’Ukraine (Lvov, juillet 1944), ces champions du « nettoyage ethnique » jouèrent dans « la destruction des juifs » le rôle des « États satellites [du Reich] par excellence » (Croatie et Slovaquie)10. Le conflit officiel, très secondaire, entre Berlin et les bandéristes, sur « l’indépendance » ukrainienne, valut en 1942 à Bandera et Stetsko l’emprisonnement en « camp d’honneur » à Sachsenhausen (à 30 km de Berlin). Lebed, en fuite, dirigea en leur nom l’« armée insurrectionnelle ukrainienne » (UPA) : formée en 1942 de ces polices auxiliaires de la Wehrmacht et de la SS, l’UPA liquidait les ennemis communs.

Bandera et Stetsko auraient été libérés de leur « bunker d’honneur » hôtelier jusqu’en septembre 1944, contèrent-ils a posteriori à la CIA. En juillet 1944, une grande partie des massacreurs avait quitté l’Ukraine dans les fourgons allemands. Berlin fonda pour ses nazis ukrainiens le « Conseil suprême ukrainien de libération » (UHVR), puis, en novembre 1944 un « Comité national ukrainien » – à majorité bandériste. Haute preuve de « résistance nationale et antinazie » ! La prise soviétique de Berlin les précipita à Munich, centre historique du nazisme intérieur et de l’expansion du Deutschtum depuis l’entre-deux-guerres11, devenu au printemps 1945 une des capitales de la zone d’occupation américaine. Sur les « 250 000 Ukrainiens » établis en 1947 « en Allemagne, en Autriche et en Italie », prétendues « personnes déplacées », « un grand nombre étaient des membres avérés ou des sympathisants de l’OUN »12.

Le reste des criminels de l’OUN-UPA étaient restés en Galicie orientale désormais soviétique où, clandestins, ils massacrèrent encore, sous la houlette de leurs clercs uniates : « en Ukraine occidentale », des « dizaines de milliers » d’entre eux tuèrent « 35 000 cadres de l’armée et du parti soviétiques entre 1945 et 1951 »13, dirigés par leurs amis étrangers, non plus seulement allemands, mais aussi américains.

Le 17 octobre 2009 à Munich, la diaspora ukrainienne célèbre le 50e anniversaire dela mort de Stepan Bandera, le 15 octobre 1959 à Munich
De la légende post-Stalingrad du combat pour l’indépendance nationale aux articles du Monde de janvier 2023

La défaite du Reich se profilant après Stalingrad, l’OUN-UPA commença à s’inventer une histoire « résistante » : clé de la propagande russophobe actuelle, cette légende fut diffusée dans tout l’« Occident » quand la clique Bandera devint officiellement « alliée » contre l’URSS. Ainsi se développa le mythe d’une « résistance des nationalistes ukrainiens » aussi antinazie qu’antibolchevique, qu’entretient désormais la grande presse « occidentale ». Le Monde a consacré les 7 et 8 janvier à Bandera, deux articles à ce héros naïf de l’indépendance ukrainienne. Le premier, « Stepan Bandera, l’antihéros ukrainien glorifié après l’agression russe » poussait l’indulgence à tel point qu’il y en eut, peut-être devant des réactions nombreuses, un second. Le titre fut plus engageant – « Guerre en Ukraine : le mythe Bandera et la réalité d’un collaborateur des nazis » -, pas le contenu : Bandera « luttait par tous les moyens pour libérer l’Ukraine des jougs successifs de la Pologne et de l’Union soviétique ». Il ne collabora avec « l’Allemagne nazie » que pour ce noble objectif qui lui fit voir en Hitler « un allié possible pour lancer la révolution nationale ukrainienne contre l’oppresseur soviétique qui avait orchestré, entre autres atrocités, la grande famine de 1932-1933, l’Holodomor, décimant de 3 à 5 millions d’Ukrainiens ». Il avait donc bien des excuses.

Les deux articles, truffés de gros mensonges et de mensonges par omission, font de Bandera « un symbole de résistance et d’unité nationale », un héros complexe et « contesté ». Ce qualificatif a indigné Arno Klarsfeld, qu’alarme désormais la glorification « occidentale » des nazis ukrainiens : « Le Monde devient un journal partial et mensonger : Bandera n’est pas une figure « controversée », il a activement participé à la Shoah. Comment Le Monde qualifierait Goring ? « controversé » lui aussi ? honte pour un journal sérieux !!! c’est réellement honteux. » Le 15 mars 2014, le journal admettait encore que le coup d’État de Maïdan avait mis les nazis à la tête de l’Ukraine. Certes, avec sa russophobie héritée de l’organe du Comité des Forges, Le Temps, son prédécesseur : « L’extrême droite ukrainienne, cible inespérée pour Moscou. La visibilité sur Maïdan des groupuscules néonazis, ultra-minoritaires, nourrit la propagande russe contre le nouveau pouvoir à Kiev ». Alors, fondée ou pas ? La science historique avait avancé dès 1987, avec Tottle sur la « famine génocidaire », sur les massacres et sur les escroqueries de l’OUN-OPA sur ses activités de 1929 à 194514. Rossolinski-Liebe – dont l’après-« révolution orange » en Ukraine a menacé la sécurité personnelle et interdit les conférences -, a complété le tableau sur le criminel absolu Bandera. L’article du Monde du 8 janvier mentionne sa thèse, sans mot dire, et pour cause, de son contenu.

La tutelle américaine sur le dossier ukrainien depuis 1944-1945

Les héros ukraino-nazis de « l’indépendance nationale » ont compté beaucoup dans les longs préparatifs de la présente ère américaine de l’Ukraine. Dans leur objectif de conquête mondiale, les États-Unis incluaient la Russie en général, et l’Ukraine en particulier, mais durent ici se contenter à l’ère allemande de « l’Europe » d’un rôle mineur15. Le capital financier américain s’était, depuis 1919, associé aux capitaux allemands en Europe orientale. Sa grande presse, dont Hearst, porte-parole des milieux germano-américains, participa à la campagne sur « la famine génocidaire en Ukraine » à partir de 1935 – cinquante ans avant le tapage reaganien sur « l’Holodomor » (son nouveau nom)16. La fin de la Deuxième Guerre mondiale sonna l’heure, sinon de la relève du Reich, de la collaboration avec les héritiers du Reich en vue, notamment, de la conquête de l’Ukraine.

La stratégie américaine de conquête de l’Europe entière se dévoila entre le compromis territorial de Yalta en février 1945, haï d’emblée, et la décision définitive, en 1947-1948, de liquider, non seulement la zone d’influence soviétique, mais l’État soviétique avec. La tâche fut confiée à Frank Wisner et George Kennan. Wisner, avocat d’affaires de Wall Street, avait été envoyé en 1944 en Roumanie par l’avocat d’affaires Allen Dulles, chef de l’OSS-Europe depuis novembre 1942, à Berne : il fallait éviter un avenir soviétique à ce pays champion des massacres antisémites en négociant avec ses élites qui y avaient trempé17. Kennan, diplomate, avait passé sa carrière, depuis 1931 à Riga (Lettonie) puis dans divers postes, à combattre l’URSS18. Le Département d’État confia donc à ce tandem, dans le cadre de la CIA (successeur officiel de l’OSS) fondée en juillet 1947, l’application de la directive 10/2 du National Security Council du 18 juin 1948 qui prescrivait la liquidation générale du socialisme européen19. Vedette de la Guerre froide, Kennan, raisonnable depuis sa retraite, mit, en vain, Washington en garde contre l’expansion de l’OTAN à l’Est, contre la Russie, après 199120.

L’Ukraine occupait dans cette ligne un rôle central, et Washington s’appuya sur l’expérience de l’Allemagne (occidentale) redevenue alliée à peine vaincue (comme après la Grande Guerre). L’historien Christopher Simpson a décrit dès 1988 l’incroyable sauvetage-recyclage par l’OSS et ses successeurs (« Strategic Services Unit » puis CIA) des criminels de guerre européens, Allemands et Ukrainiens en-tête. Harry Rositzke, chef depuis 1945, à Munich, des « opérations secrètes à l’intérieur de l’URSS » des nazis ukrainiens – et agent loyal qui ne cita aucun nom -, fit cet aveu en 1985 : « Nous savions parfaitement ce que nous faisions. La base du boulot était de se servir de n’importe quelle ordure du moment qu’elle était anticommuniste »21. Les historiens américains Breitman et Goda, spécialistes de la « Shoah » collaborateurs réguliers du Département d’État, ont complété le dossier en 2010.

Washington eut grand besoin du Vatican qui, sauveteur de masse des criminels de guerre via le clergé européen, maintint sa collaboration avec les héritiers du Reich mais l’adapta à son alignement sur les États-Unis maîtres de l’« Europe occidentale » et grands bailleurs de fonds (à usage intérieur, italien, et international). La Curie continua à gérer son vivier uniate de Lvov, via les prélats et les prêtres clandestins. Avait succédé à Szepticky décédé en novembre 1944 le chef bandériste Ivan Bucko, ancien « évêque auxiliaire de Lvov » (depuis 1929), associé aux préparatifs de Barbarossa puis à la « rechristianisation » ratée des Russes. Washington agréa dès l’été 1945 cet « expert du Vatican sur les questions ukrainiennes [d’]opinions radicalement antirusses », comme « visiteur apostolique des Ruthènes de l’armée d’Ukraine » (l’OUN-UPA), chef, à Rome, jusqu’en 1971, « des Ukrainiens en Europe occidentale »22.

Dès juillet 1944, juste avant l’entrée de l’Armée rouge à Lvov, les massacreurs du « Conseil suprême ukrainien de libération » (UHVR) avaient, prélats compris, traité, sous l’aile romaine, « avec les gouvernements occidentaux ». Les alliés-rivaux anglais et américains collaborèrent avec les groupes dirigés, d’une part, par Bandera-Stetsko (80% des effectifs ukrainiens des « camps de personnes déplacées en Australie, au Canada, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et autres pays occidentaux à la fin des années 1940 ») et, d’autre part, par Lebed et le prélat uniate Ivan Hrinioch, agent de liaison avec le Vatican23.

Les Américains avaient dès mai 1945 récupéré et installé, tout près de Munich, comme espion en chef, le général nazi (membre du NSDAP) de la Wehrmacht Reinhard Gehlen : chef du « renseignement militaire allemand sur le front de l’Est » dans l’URSS occupée (Fremde Heere Ost, FHO), Gehlen, responsable des « interrogatoires », avait dirigé les collaborateurs soviétiques de toutes les régions occupées, dont l’Ukraine et fabriqué depuis 1942 l’armée Vlassov. Ces soldats de l’Armée rouge ralliés à la Wehrmacht pour ne pas périr formèrent des bandes criminelles qui rendirent, en URSS et jusque contre les résistants français en 1943-194424, les mêmes services que les nazis uniates. Gehlen, grand criminel de guerre, reçut en 1945 d’immenses responsabilités : l’espionnage de renseignement et d’agression contre l’URSS, mais aussi l’action anticommuniste en zone américaine. Adenauer, qui l’appréciait autant, lui confia, à la fondation de la RFA, à l’automne 1949, ses services secrets : le grand nazi Gehlen dirigea donc le Bundesnachrichtendienst (BND) jusqu’à sa retraite en 196825. Vu l’expérience allemande acquise depuis la décennie 1930, son apport en Ukraine fut décisif. Entouré exclusivement d’anciens nazis, dont ses anciens adjoints en URSS occupée, Gehlen maintint donc sans rupture la collaboration germano-ukrainienne.

Londres et Washington collaborèrent et rivalisèrent dans l’usage de Bandera et de ses sbires. Washington fut plus discret mais laissa les bandéristes (majoritaires) et autres membres de l’OUN se reconstituer à Munich et alentour. Les alliés-rivaux refusèrent sous tous les prétextes de livrer Bandera et autres criminels de guerre ukrainiens « réfugiés » à l’URSS, qui les réclamait depuis le début de 1946 pour les juger. Les Américains aidèrent Bandera à s’installer à Munich dès août 1945, lui forgèrent des papiers d’identité (au nom de Stefan Popel) et autres faux documents, dont l’un d’« interné dans les camps de concentration nazis du 15 septembre 1941 au 6 mai 1945 [et] libéré du camp de concentration de Mauthausen » – une des légendes de la presse « occidentale » actuelle. Ils le logèrent et lui procurèrent maintes facilités, dont un lot de cartes de journaliste, y compris pour un journal « français ».

La CIA confia à Gehlen et à son BND le soin de « traiter » le compromettant Bandera, au service des « opérations » militaires en Ukraine – toujours classifiées. Bandera rapportait directement à Heinz Danko Herre, ancien second de Gehlen à la Fremde Heere Ost affecté entre autres à l’armée Vlassov et qui, « principal conseiller de Gehlen » au BND, adorait Bandera : « nous le connaissons depuis à peu près 20 ans, et, il dispose en Allemagne et en dehors, de plus d’un demi-million de partisans ». Washington fit traîner la demande de visa pour séjour aux États-Unis déposée par Bandera depuis 1955, mais le BND voulait mettre en contact direct son cher Bandera et les nazis ukrainiens d’Amérique, immigrés par dizaines de milliers depuis la fin des années 1940 : la complicité entre CIA et ministère de la Justice américain permit de violer la loi interdisant l’immigration aux nazis. « Les responsables de la CIA de Munich » finirent par accepter « l’octroi du[dit] visa en 1959 », mais Bandera ne put gagner les États-Unis : un agent du KGB l’exécuta à Munich, le 15 octobre 1959, « les Soviétiques ayant décidé qu’ils ne pouvaient se permettre la résurrection de l’alliance entre l’espionnage allemand et les fanatiques ukrainiens » (Breitman et Goda). Voilà pourquoi l’actuel « héros national » de l’Ukraine « indépendante » n’étendit pas ses activités outre-Atlantique.

Washington avait poursuivi, toujours en collaboration avec le BND, ses œuvres en Ukraine et alentour, notamment en Tchécoslovaquie, « la CIA fournissant l’argent, les approvisionnements, l’entraînement, les facilités radio et les parachutages des agents entraînés » de l’UPA. Aux États-Unis mêmes, la CIA promut d’autres alliés bandéristes en hérauts de la « démocratie » ukrainienne, tel Mykola Lebed, « sadique notoire et collaborateur des Allemands », qui avait début 1945 pris contact avec Allen Dulles à Berne : elle fit immigrer ce « chef responsable d’“assassinats de masse d’Ukrainiens, de Polonais et de juifs” », dénoncé par des immigrés d’Europe orientale, l’installa à New York en « résident permanent », puis fit naturaliser ce chef de la propagande « nationale ukrainienne » aux États-Unis. Depuis 1955, « des tracts furent jetés par avion au-dessus de l’Ukraine, et des émissions de radio intitulées Nova Ukraina furent diffusées depuis Athènes pour consommation ukrainienne ». Tous les pays de l’OTAN furent mobilisés à cet effet.

Quand le fiasco hongrois de novembre 1956 eut stoppé les actions militaires en Europe orientale (et poussé l’obsessionnel Wisner à la folie26), fleurit une prétendue « association sans but lucratif » (financée, comme le reste, par la CIA), dite Prolog, chargée d’inonder l’Ukraine de propagande antisoviétique. Briocher, second de Lebed, en dirigea l’antenne de Munich, l’« Ukrainische Gesellschaft für Auslandsstudien » (Société ukrainienne pour les études sur l’étranger). En « 1957, Prolog diffusa 1200 programmes radiophoniques à raison de 70 heures par mois, et distribua 200 000 journaux et 5000 tracts ». Elle organisait la distribution des « livres d’écrivains et poètes ukrainiens nationalistes », y compris en Ukraine soviétique, « jusqu’à la fin de la Guerre froide ». Elle « finançait le voyage des étudiants et des universitaires ukrainiens aux conférences universitaires, aux festivals internationaux de la jeunesse » et autres manifestations : à leur retour, les subventionnés rendaient compte à la CIA. Prolog était le seul « truchement des opérations de la CIA en direction de la République soviétique d’Ukraine et de ses quarante millions de citoyens ukrainiens. »

Dans les années 1960, les bandéristes américains, dont Lebed, firent leur conversion publique au philosémitisme, dénonçant systématiquement « les Soviétiques pour leur antisémitisme » – thème très en vogue ces temps-ci. L’aristocrate catholique polono-américain Zbigniew Brzezinski, pilier depuis les années 1950 de la subversion permanente de l’URSS et de la scission Ukraine-Russie27, préconisa en 1977, comme conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter, l’extension de ce magnifique programme. Dans les années 1980, entre Carter et Ronald Reagan, Prolog se diversifia en direction des « autres nationalités soviétiques, qui incluaient les dissidents soviétiques juifs, suprême ironie », selon Breitman et Goda. Tactique géniale, après des décennies d’hostilité ou d’indifférence aux juifs européens28, puisque la propagande « occidentale » transforma une URSS jadis haïe comme judéo-bolchevique en symbole de l’antisémitisme.

Les opérations américano-germano-ukraino-nazies contre l’URSS et l’Europe orientale, nommées « Cartel » puis « Aerodynamic » puis, dans les années 1980, « Qrdynamic », « Pddynamic » et « Qrplumb »29 n’avaient jamais cessé. L’étude de Breitman et Goda s’achève en 1990, « au seuil de l’effondrement » de l’URSS : tout était alors prêt, en Ukraine, pour la phase suivante, gérée par Mme Nuland et les siens.

source : Initiative Communiste via Librairie Tropiques

  1. La Documentation français, n°664, 10 juillet 1947, en ligne.
  2. https://www.youtube.com/watch?v=rPVs5VuI8XI
  3. https://www.govinfo.gov/CHRG-113shrg91859.htm
  4. son effarante fiche Wikipédia en anglais
  5. Sauf la Chine, désormais « populaire », s’y retrouvent les puissances « démocratiques » de la coalition russophobe de l’OTAN de 2022, dont les États-Unis, l’ex-Empire britannique (Canada et Australie inclus), la France, le Japon, la Pologne, l’Italie (liste complète : https://fr.wikipedia.org/Intervention-alliee-pendant-la-guerre-civile-russe)
  6. Lacroix-Riz, « Le Vatican, l’Europe et le Reich de la Première Guerre Mondiale à la Guerre froide » (1914-1955), Paris, Armand Colin, 2010, chapitre 6 et passim.
  7. Tottle, Fraud, « Famine and Fascism, The Ukrainian Genocide Myth from Hitler to Harvard », Toronto, Progress Book, 1987, en ligne, chapitres 1-2.
  8. « Le Vatican, l’Europe et le Reich », chapitre 7, dont p. 332-333 ; et https://www.historiographie.info/ukr33maj2008.pdf
  9. « Stepan Bandera, The Life and Afterlife of a Ukrainian Nationalist. Fascism, Genocide and Cult », Stuttgart, ibidem Press, 2014, pas traduite en français
  10. Raùl Hilberg, « La destruction des juifs d’Europe », Paris, Gallimard, 1991, 2 vol., vol. 2, p. 612-642.
  11. « Le Vatican, l’Europe et le Reich », passim.
  12. Richard Breitman et Norman Goda, « Hitler’s Shadow : Nazi War Criminals, US Intelligence and the Cold War », National Archives, 2010, http://www.archives.gov/hitlers-shadow.pdf, p. 76, et tout ce chapitre 5 « Collaborators : Allied intelligence and the Organization of Ukrainian Nationalists », p. 73-97 (désormais traduit, « À l’ombre d’Hitler. Les services secrets américains et les criminels nazis pendant la Guerre froide », Paris, J.-C. Godefroy, 2022, ce chapitre 5 : « Collaborateurs : l’espionnage allié et l’organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) »).
  13. Geoffrey Roberts, « Les guerres de Staline », Paris, Delga, 2014 p. 437 (1ère édition, « Stalin’s Wars », 2006).
  14. Tottle, « Fraud, Famine and Fascism », chapitre 9, « Collaboration and collusion »
  15. Roman Dmowski, « L’avenir de la Pologne », chap. « La question ukrainienne », traduction annexée à la lettre 396 de Jules Laroche, Varsovie, 24 août 1930, URSS 1918-1940, vol. 678, archives diplomatiques.
  16. « The Hearst press. The campaign continues »,Tottle, « Fraud, Famine and Fascism », chapitre 2, p. 13-21.
  17. Burton Hersh, « The American Elite and the origins of the CIA », New York, Scribners, 1992, index Wisner.
  18. https://en.wikipedia.org/George-F.-Kennan#Diplomatic-career, bibliographie énorme.
  19. Bibliographie Lacroix-Riz. « Impérialismes dominants en Ukraine de l’avant 1914 au sauvetage-recyclage germano-américain des criminels de guerre bandéristes (1890-1990) », chapitre de « La Russie sans œillères », Paris, Delga, p. 145-169, 2022.
  20. Entretien James Peck, professeur d’histoire adjoint, New York University, collaborateur de Kennan pour ses ouvrages depuis les années 1980, avec le journaliste chinois Xia Wenxin, Global Times (GT), 29 mars 2022, https://www.globaltimes.cn/2022/03/1257094
  21. Interview du 16 janvier 1985, citée in Simpson, Blowback, p. 159, ce chapitre 12, et index Bandera et Lebed ; Rositzke, « The CIA’s Secret Operations : espionage, counterespionage, and covert action », New York, Routledge, 2019 (1ère édition, 1977).
  22. « Le Vatican, l’Europe et le Reich », chap. 10-11, sur l’Ukraine soviétique, p. 614-615 et index Bucko.
  23. Mêlés, Breitman et Goda, « Hitler’s Shadow », p. 77, et Rossolinski-Liebe, « Stepan Bandera », plus précis, p. 280.
  24. Lacroix-Riz, « La Non-épuration en France de 1943 aux années 1950 », Paris, Dunod-Armand Colin, 2019, poche, 2022, p. 47, 82.
  25. Simpson, « Blowback » ; Naftali, « Reinhard Gehlen and the United States », in Breitman et al., « U.S. Intelligence and the Nazis », p. 375-418. Pionnier, le journaliste E.H. Cookridge, agent de renseignements des Anglo-Américains pendant la guerre, « Gehlen, spy of the century », London, Hodder and Stoughton, 1971.
  26. Puis au suicide (1965), Hersh, « The old boys », et Simpson, « Blowback », index Wisner.
  27. https://en.wikipedia.org/Zbigniew_Brzezinski
  28. Cette seule incidente, Peter Novick, « The Holocaust in American Life », Boston, Houghton Mifflin, 1999, devenu « L’holocauste dans la vie américaine », Paris, Gallimard, 2001, indispensable, et David Wyman, « The Abandonment of the Jews : America and the Holocaust 1941-1945 », New York, Pantheon Books, 1984, devenu « L’abandon des juifs. Les Américains et la Solution finale », Paris, Flammarion, 1987.
  29. Breitman et Goda, « Hitler’s Shadow », chapitre 5, passim, (et Simpson, « Blowback », chapitre 12 et Rossolinski-Liebe, « Bandera », chapitre 7).

 

Allemagne, un autre haut général

 

ose s’exprimer, il est clair et dur !

 

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par John Helmer

Un nouveau général allemand a émis un avertissement public que la guerre sur le champ de bataille ukrainien par les armées américaines et de l’OTAN est perdue, et que l’Allemagne sera ensuite perdue si l’avancée des forces russes vers Kiev et Lvov n’est pas stoppée rapidement par un armistice.

Le général de division à la retraite Harald Kujat – fils d’un soldat de la Wehrmacht  tué au combat dans l’Armée rouge qui a grandi pour devenir chef de l’armée allemande puis des états-majors de l’OTAN – est l’auteur d’un bilan militaire dans lequel il accuse la presse allemande, l’ex-chancelière Angela Merkel, le Premier ministre britannique Boris Johnson et d’autres alliés de l’OTAN qu’il ne nomme pas pour une nouvelle version allemande du coup de poignard dans le dos.

Dans ce plan, selon Kujat, les alliés de l’OTAN ont cherché à saboter la puissance de l’Allemagne en Europe. Cela se fait, a-t-il dit, en augmentant le « risque d’une attaque conventionnelle contre l’Allemagne » et en « poursuivant l’objectif d’exposer l’Allemagne à la Russie en particulier ». 

Sans viser explicitement les États-Unis, Kujat accuse Washington d’avoir créé une menace nucléaire directe contre la Russie dans les batteries de missiles Aegis désormais installées en Pologne et en Roumanie ; pour avoir fait de l’Allemagne une partie directe à la guerre en Ukraine en permettant « aux États-Unis [de] former des soldats ukrainiens en Allemagne » ; et pour avoir détruit les gazoducs Nord Stream vers l’Allemagne.

L’évaluation de Kujat a été publiée en Suisse le 18 janvier ; La publication allemande a suivi le 20 janvier .  Attaquée dans le passé par les grands médias allemands et par des représentants du gouvernement américain, la nouvelle déclaration de Kujat a été ignorée en Allemagne et aux États-Unis.

« Plus la guerre dure, plus le risque d’expansion ou d’escalade est grand », a averti Kujat, ajoutant que l’armée allemande, la sécurité territoriale allemande et la puissance industrielle allemande seront les perdants car « la Russie pourrait dépasser l’escalade occidentale à tout moment avec tout ce qu’elle possède comme armes… » Kujat voulait dire que cela incluait l’utilisation d’armes nucléaires.

Kujat est l’officier allemand le plus haut gradé à avoir rendu publique une attaque contre la guerre.

Il succède au vice-amiral Kay-Achim Schönbach, chef de la marine allemande, qui a été contraint de démissionner en janvier 2022 , après un discours public dans lequel il a déclaré que « la péninsule de Crimée est partie : elle ne reviendra jamais – c’est un fait » ; et que les préoccupations russes en matière de sécurité doivent être traitées avec « respect ». « Ce que [Poutine] veut vraiment, c’est le respect. Et, mon Dieu, donner du respect à quelqu’un coûte peu, voire pas de coût. … Il est facile de lui accorder le respect qu’il exige vraiment – ​​et qu’il mérite probablement aussi.  

Après l’éviction de Schönbach, aucun officier allemand en service n’a osé risquer la critique publique de la politique de guerre en Allemagne. Au lieu de cela, ils s’expriment par l’intermédiaire d’officiers à la retraite. Le général de brigade Erich Vad, l’ancien chef du groupe militaire de la chancellerie de Merkel, a lancé une attaque détaillée au début du mois ; lire les détails ici .  

Se référant à la résistance du chancelier Olaf Scholz à l’envoi de chars Leopard allemands en Ukraine, Kujat déclare que « le débat sur la fourniture de certains systèmes d’armes montre clairement l’intention de nombreux médias de faire eux-mêmes la politique. Il se peut que mon malaise face à cette évolution soit la conséquence de mes nombreuses années de service au sein de l’OTAN, notamment en tant que président du Conseil OTAN-Russie et de la Commission des chefs d’état-major OTAN-Ukraine. Je trouve particulièrement ennuyeux que les intérêts de sécurité allemands et les dangers pour notre pays posés par une expansion et une escalade de la guerre reçoivent si peu d’attention. Cela montre un manque de responsabilité ou, pour utiliser un terme démodé, une attitude hautement antipatriotique ».

Kujat affirme « avoir toujours cru que cette guerre devait être empêchée et qu’elle aurait pu l’être ». Que cela n’a pas été le résultat et c’est ce qu’il reproche à Merkel avec sa politique de tromper la Russie, qualifiant cela « d’abus de confiance flagrant » et « de violation du droit international, c’est clair ».

Le tournant dans l’équilibre des forces de sécurité russo-allemand a commencé à Washington en 2002, dit Kujat, lorsque le président américain George W. Bush a annulé le traité sur les missiles anti-balistiques (ABM), puis en 2008 lorsque Bush « a tenté de faire passer une invitation de l’Ukraine et de la Géorgie à rejoindre l’OTAN ». La décision de l’administration Obama en 2009 de déployer « le système de défense antimissile balistique de l’OTAN en Pologne et en Roumanie » était une nouvelle escalade « parce que la Russie est convaincue que les États-Unis pourraient également éliminer les systèmes stratégiques intercontinentaux russes de ces installations de lancement et ainsi mettre en danger l’équilibre stratégique nucléaire. »

La survie de l’Allemagne est menacée par ce déséquilibre nucléaire, selon Kujat, car les armes nucléaires russes sont désormais directement menacées par les États-Unis, et par l’escalade des armes conventionnelles américaines et de l’OTAN sur le champ de bataille ukrainien. « Il faut compter avec ça. Plus la guerre dure, plus le risque d’expansion ou d’escalade est grand. [Question : Nous avons déjà eu cela lors de la crise des missiles de Cuba ?] C’était une situation comparable ».

Comme Vad, Kujat a été obligé de publier dans un magazine zurichois à petit tirage, Zeitgeschehen im Fokus  (« Focus sur les événements actuels »), puis dans une obscure publication allemande basée à Francfort ; Appelé Overton, un nom révolutionnaire anglais, ce magazine ne révèle rien sur lui-même si ce n’est qu’il est « une voix contre l’étranglement du débat et le moralisme ». Il remet en question les récits généraux et n’est décidément pas un porte-parole idéologique mais se sent engagé. Vad a publié son analyse militaire dans Emma, ​​un magazine féministe de Cologne.  

Vad a été explicite dans sa critique de Merkel et de l’actuelle ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock. Bien qu’il ait été interrogé à son sujet dans son interview, Kujat évite d’attaquer Baerbock par son nom. Il affirme également que les médias américains ont été moins trompeurs dans leurs reportages sur la guerre que la presse allemande, citant un article dans Foreign Affairs… de Fiona Hill, un ancien haut responsable du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche. Elle est très compétente et absolument fiable.

Kujat accuse les Britanniques, et non les Américains, d’avoir perturbé les conditions de cessez-le-feu qu’il pense que le Kremlin était prêt à signer à la suite des négociations d’Istanbul fin mars 2022.

Suivez ce qui s’est passé à Moscou et à Istanbul à l’époque dans ce rapport.  

Selon la version de Kujat, « la Russie avait apparemment accepté de retirer ses forces au niveau du 23 février, c’est-à-dire avant le début de l’attaque contre l’Ukraine. Aujourd’hui, le retrait complet est réclamé à plusieurs reprises comme condition préalable aux négociations… L’Ukraine s’était engagée à renoncer à l’adhésion à l’OTAN et à ne pas permettre le stationnement de troupes étrangères ou d’installations militaires. En contrepartie, elle devrait recevoir des garanties de sécurité des États de son choix. L’avenir des territoires occupés devrait se régler diplomatiquement d’ici 15 ans, avec le renoncement explicite à la force militaire… » Selon des informations dignes de foi, le Premier ministre britannique de l’époque, Boris Johnson, est intervenu à Kiev le 9 avril et a empêché une signature. Son raisonnement était que l’Occident n’était pas prêt pour la fin de la guerre.

Kujat n’a pas révélé les sources « apparentes » et « fiables » de ses affirmations. Il semble également signaler que les responsables américains n’étaient pas derrière l’action de Johnson, et ce que Kujat appelle également le président Vladimir Zelensky « modifiant à plusieurs reprises les objectifs stratégiques de la guerre ukrainienne ».  

Kujat a déformé et déformé le rôle de Hill dans l’escalade des objectifs de guerre américains contre la Russie pendant plusieurs années ; pour en avoir la preuve, cliquez pour lire l’archive. Kujat a fait de même en affirmant que Johnson, et non des responsables américains, contrôlait Zelensky.

Comme Vad au début du mois, Kujat appelle le Pentagone, les officiers militaires américains et les fabricants d’armes américains à arrêter l’escalade de la guerre sur le champ de bataille ukrainien alors que les objectifs stratégiques russes se durcissent et que la défaite tactique des armes américaines, allemandes et de l’OTAN devient inévitable.

« Selon les chefs d’état-major interarmées américains, le général Mark Milley », déclare Kujat, « l’Ukraine a réalisé ce qu’elle pouvait réaliser militairement. Plus n’est pas possible. C’est pourquoi des efforts diplomatiques doivent être faits maintenant pour parvenir à une paix négociée175 ». Je partage ce point de vue… on peut se demander si les forces armées ukrainiennes disposent encore d’un nombre suffisant de soldats aptes à pouvoir utiliser ces systèmes d’armes compte tenu des pertes importantes de ces derniers mois. 

En tout cas, la déclaration [du chef d’état-major ukrainien, le général Valery] Zaluzhny  explique aussi pourquoi les livraisons d’armes occidentales ne permettent pas à l’Ukraine d’atteindre ses objectifs militaires, mais ne font que prolonger la guerre. 

De plus, la Russie pourrait surpasser l’escalade occidentale à tout moment avec la sienne. 

Dans la discussion allemande, ces connexions ne sont pas comprises ou ignorées. La manière dont certains alliés tentent publiquement d’exhorter le gouvernement fédéral à livrer des chars de combat Leopard 2 joue également un rôle. Cela ne s’est pas produit à l’OTAN jusqu’à présent. Cela montre à quel point la réputation de l’Allemagne au sein de l’alliance a souffert de l’affaiblissement de la Bundeswehr et de l’engagement avec lequel certains alliés poursuivent l’objectif d’exposer l’Allemagne à la Russie notamment.

Kujat laisse entendre que le chancelier Olaf Scholz subit secrètement des pressions de la part des États-Unis pour des raisons que Kujat ne veut pas révéler maintenant – à l’exception de son indice selon lequel les Américains et les Britanniques visent à affaiblir politiquement l’Allemagne en Europe et à supplanter l’industrie allemande de l’armement avec leurs propres entreprises. . « Les efforts actuels des États-Unis pour inciter les Européens à fournir davantage d’armes pourraient avoir quelque chose à voir avec cette situation ».

NOTE BB : Olaf Scholz subit secrètement des pressions. Ces pressions sont evidemment monétaires et bancaires, car ce sont les USA qui detiennent la clef de la stabilité de l’edifice bancaire et monétaire européen. 

Kujat omet également de mentionner l’alliance de Baerbock et du Parti vert avec l’industrie aérospatiale et de la défense allemande pour obtenir des votes verts à Kiel, Düsseldorf, Munich et d’autres électorats de villes et d’États (Bundesland) où les Verts visent à attirer de grandes oscillations de vote de la part du social-démocrate. parti (SDP) et l’Union chrétienne-démocrate (CDU).

Kiel abrite Krauss-Maffei Wegmann Maschinenbau, constructeur du char Leopard. Lors du vote parlementaire de Kiel en 2021, les Verts ont gagné près de 14% pour marquer 28% du total, tandis que le SDP a perdu du terrain mais a conservé le siège avec 29,5%. Un peu plus de deux mille voix les séparaient. Les candidats anti-guerre de la gauche et de l’Alliance pour l’Allemagne (AfD) ont perdu du terrain à Kiel, terminant avec 5% et un peu plus de 7000 voix chacun. À Düsseldorf, siège du groupe Rheinmetall, les Verts ont gagné 13% en 2021 sur le SDP et la CDU, perdant de justesse face à la CDU. Des changements de vote similaires vers les Verts ont été enregistrés à Essen et Duisburg, où Thyssen-Krupp dirige son complexe militaro-industriel.  

Les liens de Kujat avec ces principaux fabricants d’armes allemands sont indiqués par sa présidence du conseil consultatif du Network Centric Operations Industry Consortium, une association de fabricants d’armes américains, allemands et européens . Pour en savoir plus sur les perspectives des entreprises allemandes que lui et le consortium représentent, lisez ceci.  

Kujat prévient que la défaite des États-Unis et de l’OTAN par les forces russes en Ukraine met en péril la rentabilité future de cette entreprise. « C’est la situation actuelle dans laquelle les systèmes d’armes occidentaux modernes sont utilisés dans la guerre en Ukraine ». En décembre, la Russie a lancé un vaste programme d’évaluation des paramètres techniques et opérationnels-tactiques des armes occidentales capturées, ce qui devrait accroître l’efficacité de ses propres opérations et l’efficacité de ses armes.

source : Bruno Bertez  

 

 

La situation de Kiev est « très, très difficile »

 

selon le général en chef américain

 

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par Lucas Leiroz

Alors que les journalistes occidentaux insistent sur le fait que l’Ukraine est en train de « gagner » le conflit, des militaires et des analystes expérimentés continuent de souligner le fait évident que la Russie ne peut être vaincue aussi facilement. Dans une récente interview, un général américain de haut rang a déclaré que la situation est très compliquée pour les Ukrainiens, qui auront beaucoup de difficultés à tenir leur promesse d’« expulser » les forces russes des territoires déjà réintégrés dans l’espace souverain de Moscou.

Selon le président des chefs d’état-major interarmées américains, Mark Milley, l’Ukraine sera confrontée à de nombreux problèmes pour atteindre ses objectifs militaires dans le conflit actuel contre la Russie. Il souligne que la plupart des dirigeants occidentaux, et même le président ukrainien Volodymyr Zelensky, malgré son discours belliqueux, pensent que la résolution du conflit se fera par des négociations diplomatiques plutôt que par la force. Milley semble sceptique quant à la possibilité d’un succès ukrainien par le biais du conflit militaire.

Milley a également commenté le temps qu’il faudrait pour mettre fin aux hostilités. Bien que certains politiciens ukrainiens et occidentaux affirment qu’ils prévoient d’expulser les Russes dès que possible, il ne croit pas à la possibilité que ce processus soit achevé d’ici 2023. Les solides positions maintenues par les forces russes dans les régions nouvellement intégrées à la Fédération font qu’il est difficile de croire à la possibilité d’un rapide retournement militaire suffisamment fort pour garantir à Kiev le contrôle de ces territoires.

« Le président Biden, le président Zelensky et la plupart des dirigeants européens ont déclaré que cette guerre se terminerait probablement par une négociation (…) D’un point de vue militaire, c’est un combat très, très difficile (…) Je maintiens toujours que pour cette année, il serait très, très difficile d’éjecter militairement les forces russes de chaque pouce de l’Ukraine occupée par la Russie (…) Cela ne signifie pas que cela ne peut pas arriver, ne signifie pas que cela n’arrivera pas. Mais ce serait très, très difficile », a-t-il déclaré lors de l’interview.

Le point de vue de Milley est réaliste. Il indique clairement que les faiblesses de l’Ukraine ne seront pas surmontées si facilement, malgré l’aide occidentale. À eux seuls, les États-Unis ont déjà envoyé plus de 110 milliards de dollars d’aide militaire à Kiev, fournissant des colis comprenant des armes lourdes, des véhicules de combat, des systèmes anti-aériens et plus d’un million d’obus d’artillerie. L’Europe et les pays alliés de l’OTAN fournissent également tout ce qu’ils peuvent au régime néo-nazi ukrainien. Cependant, la supériorité militaire russe semble évidente, alors que Moscou célèbre des victoires de plus en plus importantes, comme les récentes prises de Soledar et de Klishchiivka.

De nombreux facteurs expliquent le succès de la Russie malgré l’aide occidentale à l’Ukraine. L’objectif de Moscou est d’éviter une guerre d’attrition qui tue inutilement des soldats et des civils russes. Pour cela, il y a une orientation stratégique des forces combattantes vers des régions clés, où la victoire militaire rend viable la coupure des lignes d’approvisionnement des forces ukrainiennes. De même, l’artillerie russe se concentre sur les grandes zones militaires et les infrastructures, tandis que les troupes parallèles, comme la société militaire privée « Groupe Wagner », jouent le rôle de force d’infanterie, principalement dans les zones urbaines.

D’autre part, Kiev semble avoir des difficultés à gérer stratégiquement le conflit. Malgré le soutien de l’OTAN, les forces ukrainiennes, comme l’ont déjà signalé plusieurs informateurs sur le terrain, sont marquées par la désorganisation et la corruption. La plupart des armes occidentales sont absolument nouvelles pour les soldats ukrainiens, qui ne savent pas comment les utiliser correctement, causant souvent des dégâts contre leur propre camp.

En outre, les Ukrainiens semblent donner la priorité au territoire sur les vies humaines, contrairement aux Russes. Alors que Moscou encourage constamment les retraites stratégiques pour sauver des vies, Kiev maintient ses troupes dans les tranchées même lorsque les batailles sont pratiquement perdues. Le résultat est la mort de milliers de soldats dans des combats inutiles. Ces soldats sont remplacés par de nouveaux combattants, insuffisamment formés et sans expérience militaire, ce qui entraîne des erreurs stratégiques et davantage de morts.

En outre, il est important de mentionner que depuis 2014, Kiev attaque délibérément les civils et cela s’est aggravé avec l’arrivée dans le pays d’armes lourdes en provenance de l’Occident. Une grande partie du matériel importé par l’Ukraine a été utilisé dans des zones démilitarisées du Donbass dans le seul but d’assassiner des civils d’origine russe, sans aucun gain militaire, ce qui rend encore plus compliqué le fait que cette aide occidentale ait un réel impact dans le conflit.

En fait, les propos de Milley ne font que confirmer ce qui est déjà devenu une conclusion constante parmi les experts militaires : Kiev n’est pas en mesure de vaincre la Russie – à la fois parce que Moscou est militairement plus fort et en raison du manque de capacité organisationnelle et administrative des Ukrainiens. La possibilité d’un véritable retournement militaire ne se produirait que dans un scénario d’intervention plus directe de l’OTAN, mais dans ce cas, la guerre s’intensifierait certainement au niveau nucléaire et se terminerait sans vainqueur.

À l’horizon proche, seule la victoire russe ressemble à un scénario réel. Le mieux à faire est de reprendre les pourparlers, avec Kiev acceptant pleinement les conditions de cessez-le-feu russes. Comme l’a suggéré Milley, les politiciens occidentaux eux-mêmes le croient, mais ils préfèrent continuer à financer le conflit juste pour essayer de déstabiliser autant que possible l’environnement stratégique de la Russie, même si cela coûte la vie de citoyens ukrainiens.

source : InfoBRICS

traduction Réseau International

 

 

Le chef de l’état-major interarmées vient

 

d’admettre que Kiev ne peut pas vaincre la Russie

 

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par Andrew Korybko

Le général Mark Milley, président des chefs d’état-major interarmées, est le plus haut responsable militaire des États-Unis et ne peut raisonnablement pas être accusé d’être un « propagandiste russe », compte tenu de son rôle de premier plan dans l’orchestration de la guerre par procuration de l’OTAN contre ce pays par le biais de l’Ukraine. Au contraire, il est l’une des figures anti-russes les plus dures depuis la Seconde Guerre mondiale en raison de ce qu’il fait aujourd’hui, et c’est pourquoi sa dernière prédiction sur le conflit ukrainien devrait faire l’objet d’une réflexion approfondie de la part de tous les Occidentaux.

Milley a conforté les propos tenus par le Premier ministre, le président et le chef d’état-major des forces armées polonais au cours de la semaine écoulée en déclarant publiquement vendredi que « D’un point de vue militaire, je maintiens qu’à partir de cette année, il sera très, très difficile d’éjecter militairement les forces russes de chaque pouce de l’Ukraine occupée par la Russie ». Voici la vidéo de ses remarques partagée par The Guardian pour les sceptiques qui douteraient que le plus haut responsable militaire des États-Unis ait vraiment dit cela.

Ce que cela signifie, c’est que les quelque 100 milliards de dollars que les États-Unis ont déjà donnés à Kiev pour combattre la Russie en son nom n’ont manifestement pas suffi pour gagner. Le milliard doré occidental dirigé par les États-Unis est donc véritablement à un « point de basculement », comme l’affirmait CNN en début de semaine, où il devra soit augmenter indéfiniment le financement de l’Ukraine, à hauteur de centaines de milliards de dollars supplémentaires, soit accepter le fait accompli imminent de la victoire de la Russie.

Pour ajouter l’insulte à la blessure que les responsables militaires polonais et maintenant même américains viennent d’infliger au « récit officiel » antérieur sur cette guerre par procuration censée tendre vers une « inévitable victoire ukrainienne », un haut responsable américain anonyme a déclaré aux médias que Kiev gaspillait de précieuses ressources en continuant à se battre pour Artymovsk/Bakhmut. Ce conseil est intervenu une semaine après que la Russie a officiellement confirmé la libération de Soledar, dont l’évolution a obligé le « récit officiel » à changer radicalement.

Dans ce qui n’est manifestement pas une coïncidence, Der Spiegel rapportait, le même jour que la déclaration des hauts fonctionnaires américains anonymes susmentionnés et celle de Milley, que l’agence de renseignement allemande avait précédemment informé les législateurs que Kiev perdait « un nombre à trois chiffres de soldats » chaque jour autour d’Artyomovsk. Pris ensemble, ces trois événements narratifs, plus les trois autres initiés par le Premier ministre, le président et le chef d’état-major des forces armées polonais, préparent le public à la défaite de Kiev.

Cela ne signifie pas que le mandataire anti-russe du milliard doré va bientôt s’effondrer, et encore moins que les forces de son adversaire vont balayer l’ensemble de cette ancienne république soviétique en ruine dans un avenir proche, mais simplement que la défaite de Kiev semble désormais inévitable en l’absence d’une évolution qui change la donne. À tout le moins, les États-Unis, la Pologne et l’Allemagne s’attendent à de nouveaux revers dans la bataille du Donbass, ce qui explique pourquoi leurs responsables (nommés ou non) viennent de modifier de manière décisive le « récit officiel ».

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Char blindé lourd Allemand LEOPARD 2 

Cette dynamique militaro-stratégique tardivement reconnue, qui était évidente depuis un certain temps déjà mais qui est devenue indéniable après la libération de Soledar la semaine dernière, contribue également à expliquer la réticence de Berlin à approuver la demande de ses partenaires européens d’envoyer en Ukraine les chars Leopard fournis par l’Allemagne. En d’autres termes, le leader de facto de l’UE ne veut pas parier sur un cheval perdant et se retrouver dans l’embarras si les forces russes commencent à partager des images d’elles détruisant ces armements surfaits.

L’Allemagne pourrait encore capituler devant la pression sans précédent exercée par le milliard doré pour qu’elle revienne sur sa décision, mais elle tient bon pour le moment, du moins en grande partie grâce à ces calculs prudents. Milley ayant déclaré publiquement qu’il ne s’attendait pas à ce que Kiev vainque la Russie cette année, le chancelier Olaf Scholz et son nouveau ministre de la défense Boris Pistorius n’ont aucune raison de faire marche arrière, ce qui pourrait accélérer le calendrier de la victoire apparemment inévitable de la Russie.

Andrew Korybko

source : Korybko’s Newsletter