J’ai reçu une question ce matin de l’un de nos camarades lecteurs qui avait sorti toutes ses tablettes et son historique de chiffres parfaitement justes pour relever ce qui semble être une incohérence majeure. En effet, nous payons aujourd’hui plus cher notre carburant alors que le cours du baril a déjà été nettement plus élevé.
« Bonjour Charles,
J’avais une question, question d’un nul en économie.
Le 15 mai 2020, le baril de Brent était à 32,74$ et le litre de diesel à 1,22 euros.
Le 29 juin 2022, 115,80 $ et 1,95 euros, logique. Mais le 18 décembre 2025, on descend à 59,58 $ et 1,685 euros…ça se comprend.
Le 30 avril 2026 on revient à 114$ le baril mais on passe à 2,194 euros, soit 24,4 centimes de plus qu’en juin 2022. Aujourd’hui le baril est à 99,43 $ et le litre est à 2,41 euros !!!
Comme je suis nul, et bien j’ai du mal à comprendre… »
Alors tout d’abord notre camarade n’est pas nul en économie, c’est le système médiatique qui est plutôt nul et qui n’explique pas les choses suffisamment bien ni ne sait faire preuve de pédagogie comme il le devrait.
Tout se comprend aisément si on prend le temps d’expliquer et de rendre les choses compréhensibles. Souvent les grands mots et les concepts compliqués servent à masquer la vérité ou à ne vouloir surtout pas que vous compreniez, je vous passe ceux qui sont tout simplement pédants (ils sont plus nombreux qu’on ne le pense). En tant que modeste économiste d’en bas et de grenier normand, je m’en vais donc être simple.
Si le prix du carburant plus cher aujourd’hui alors que le baril était nettement plus cher à d’autres moments avec des prix du carburant à la pompe nettement moins élevés c’est que l’on ne regarde pas le bon point de référence.
Actuellement le sujet n’est pas le prix du baril de pétrole. Ne disons pas que ! C’est évidemment un peu le problème mais qu’une seule partie de notre sujet.
Vous avez remarqué que l’essence est moins chère que le gasoil.
Pourquoi ?
Parce que nous avons plus d’essence que de gasoil disponible !
Voici donc la réponse
Vous avez le cours du baril, puis après vous avez le cours des carburants une fois raffiné.
Le problème que nous avons, c’est que nous manquons désormais de… raffinerie, plus que nous ne manquons de pétrole !
Il faut dire les Iraniens détruisent les raffineries des pays du Golfe qui nous fournissaient… 40 % de notre diesel.
Il faut dire que l’Ukraine bombarde les raffineries russes qui vendaient leur gasoil à l’Inde qui nous le revendait (avec sa marge) discrètement
Il faut dire qu’en Europe pour ne pas polluer nous pénalisons les industries émettrices de CO2 et donc nous avons fermé l’essentiel de nos raffineries (donc nous importons).
Il faut dire enfin, que les États-Unis qui nous approvisionnent (à prix d’or) veulent désormais couper le robinet du gasoil (voir l’article consacré à ce sujet dans cette édition).
Logique non vu comme cela ?
Pour aller un peu plus loin et parce qu’une image vaut toutes mes explications, voici le graphique des cours du gasoil, car,
oui, le gasoil diesel) est coté… comme le baril.
Nous sommes passés de 630 à 1 500… les cours ont presque été multipliés par 3.
Nous ne faisons pas face à une pénurie grave de pétrole, nous faisons face à une pénurie grave de produits raffinés.
Allons plus loin pour que vous compreniez bien la gravité de la situation. Si nous avons des difficultés de production c’est parce que l’appareil de production (les raffineries) sont détruites. Cela veut dire que même si les cours du pétrole brut refluent… en l’absence de raffinerie pour raffiner le carburant devrait rester cher plus longtemps que le baril de brut ne sera cher.
Combien de temps me dire vous ?
Le temps que dure la guerre et les dégâts occasionnés par les bombardements. Une fois les réparations effectuées les choses redeviendront à la normale.
Combien de temps après l’arrêt des combats me direz-vous ?
Entre 3 et 6 mois en fonction des destruction le temps que l’on fasse toutes les réparations et que la production reprenne, et que cette production soit chargée sur des navires qui arrivent chez nous.
Mais entre 3 et 6 mois… après un accord de paix.
Donc… tout dépendra du moment de l’accord de paix.
Voilà, maintenant vous pouvez expliquer à tout le monde autour de vous pourquoi les prix du carburant ne sont pas que liés au cours du baril de pétrole de brut, en données corrigées (ça c’est une expression bien pédante que personne ne comprend) de la hausse des taxes sur le litre en France avec l’introduction de la taxe pour financer les CEE (certificats d’économies d’énergie). C’est quoi les CEE ? C’est des indulgences modernes. Vous payez le droit de polluer pour vous absoudre de vos péchés écologiques, mais c’est un autre sujet.
Conclusion ? Nous allons devenir des piétons.
Enfin, pour ceux qui veulent se souvenir de la modélisation d’avril sur les prix en cas de pénurie c’était cet article : vous y aviez déjà l’essentiel. Rien n’a changé, c’est juste que les problèmes (et c’est une bonne nouvelle) mettent plus de temps à se matérialiser que ce que l’on pouvait craindre au début du conflit (grâce à des stocks importants qui avaient été constitués en prévision de ce conflit, mais on l’a appris très tard, logique aussi, secret militaire oblige).
Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.
Préparez-vous !
Charles SANNAT
3€ le litre de gasoil pour fin avril. 3.58 € en mai. C’est ce que vous allez payer !
Vous l’avez compris. Je l’expliquais hier dans cet article (source ici) Si seul 10 à 12 % de notre pétrole brut provient du golfe Persique, 30 à 40 % de notre diesel raffiné lui en vient et nous avons un gros trou dans la raquette sur le diesel contrairement à l’essence où nous raffinons plus que nos propres besoins en France. Ne me demandez pas dans quelle station-service ces prix seront atteints en premier ni à qu’elle heure… Concentrons-nous sur le raisonnement permettant d’arriver à ce résultat.
Alors que vous voyez les prix continuer à augmenter à la pompe, c’est loin d’être terminé car le marché peut en réalité éviter la pénurie par l’ajustement à la hausse du prix. Tous les moins solvables cesseront d’en acheter et ainsi l’équilibre entre l’offre et la demande va se faire.
Dans un marché libre, pour atteindre cet équilibre, le prix devrait grimper jusqu’à ce que 30 % des automobilistes et des entreprises renoncent physiquement à rouler ou plus précisément jusqu’à ce que 30 % de la demande disparaissent.
Si on fait un calcul purement mathématique à partir de la formule de l’élasticité-prix de la demande on arrive à un prix au litre… tenez-vous bien de… roulement de tambours 5.63 euros le litre.
Mais cela ne prend pas en considération l’effet seuil, car à partir de 3 € ou 4 € le litre, des pans entiers de l’économie (transport routier, agriculture, BTP) s’arrêtent, ce qui réduit mécaniquement la demande mais détruit la croissance, ou provoquera un choc inflationniste majeur si tous les acteurs reportent les hausses de prix de l’énergie dans leurs prix de ventes.
On peut donc penser que les prix n’iront guère au-delà de 3.58€ le litre de diesel ce qui est déjà considérable.
Le gouvernement n’aidera pas… ou si peu !
Dans la mesure où les caisses sont vides ce qui est exact, dans la mesure où l’ajustement prix va détruire une grande partie de la demande pour éviter la pénurie, le gouvernement utilisera logiquement uniquement des aides ciblées sur certaines professions et pour ceux uniquement qui travaillent et qui n’ont pas de possibilité d’accès aux transports en commun.
Aider les entreprises aura du sens car cela permettra de concentrer les aides là où c’est nécessaire et aura pour effet également de limiter le choc inflationniste.
Pour les particuliers, il y aura moins de départs en vacances, plus de déplacements en train. Pensez à réserver vos billets dès maintenant car, il n’y aura pas de billets pour tout le monde !!!
Sauf, si un accord de paix de dernière minute est enfin trouvé !
Je vous explique tout dans le dossier qui est en ligne dans vos espaces lecteurs « Inflation et 12.5 % et pénuries, préparez-vous au choc imminent ». Qu’est-ce qui va manquer, qu’est-ce qui va coûter plus cher, quels actifs acheter, le comportement de l’or, qu’est-ce que l’on va pouvoir « substituer » et avec quel surcoût, à quelle vitesse, quelles seront les pénuries en « net de substitution » et de nos « stocks » ? Nous avons de 3 mois à 18 mois de stocks en fonction des produits dans nos chaînes de production et logistiques. Vous avez 3 semaines au mieux avant que les stocks libérés n’arrivent à échéance. Ce sera donc pour fin avril début mai. Pour vous abonner aux lettres et aux dossier Stratégies, et télécharger votre dossier, tous les renseignements se trouvent ici.
Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.
Préparez-vous !
Charles SANNAT
Baisse de 30 % de la consommation de carburant en France. C’est exactement ce qu’il faut !
par Charles SANNAT
23/09/2026
N’imaginez pas qu’avec ce titre je me réjouisse de la situation de nos concitoyens qui doivent prendre leurs voitures pour aller bosser et gagner leur maigre pitance mensuelle.
J’avais modélisé il y a quelques mois, au début du conflit avec l’Iran le niveau de prix qu’il faudrait pour que la consommation décroisse de 30 à 40 %.
Pourquoi ?
Parce qu’il nous manque environ 40 % du gasoil nécessaire pour faire fonctionner notre économie si les productions du Golfe nous restent inaccessibles au-delà des stocks que nous avons.
Quand on fait une simulation sur l’élasticité des prix en gros on arrive à 4.80 € le litre de gasoil.
Sauf que c’est un chiffre purement mathématique qui ne prend pas en compte aussi bien les disponibles des gens, les salaires moyens, l’intérêt de travailler… pour payer son carburant, les solutions alternatives comme le recours aux arrêts maladies (on ne juge pas, on constate lucidement) ou encore les seuils psychologiques. A 3 euros le litre, la consommation chutera drastiquement car, personne ne voudra plus faire un seul déplacement dit de confort. On se regroupera, on covoiturera, on mutualisera comme jamais parce que nous n’aurons pas le choix.
Nous ne partirons plus en vacances ou en train et encore, et certainement beaucoup moins loin.
Avec une baisse de 30 à 40 % de la consommation, c’est le spectre de la pénurie qui s’éloigne, l’ajustement se fait par le prix, et c’est aussi pour cette raison que le gouvernement maintiendra des prix élevés des carburants et que les aides ne seront pas massives. Juste une paille pour respirer même la tête sous l’eau et éviter la noyade mais guère plus.
Pour le gouvernement tout est bon pour augmenter notre capacité de raffinage (et il a raison) pour éviter la panne sèche, y compris s’asseoir sur tous nos beaux principes écologiques et autres normes environnementales, sans oublier les multiples contraintes imposées en permanence par la commission européenne qui veut toujours être plus verte que les verts.
Le problème n’est pas de vouloir être vertueux, c’est très bien, le problème c’est de ne pas se suicider et de continuer à faire rouler des camions pour apporter à manger dans les villes de notre pays au 90 % de citadins qui seraient bien incapables de se nourrir par eux-mêmes (ce qui est aussi le cas de l’essentiel des ruraux), puisque nous chassons la pizza dans les distributeurs automatiques de TRICATEL et plus le gibier depuis bien longtemps… sauf chez Luc BESSON, mais ça c’est une autre histoire, une histoire dont seuls les Normands ont le secret !