LIBYE : LYNCHAGE DE MOUAMMAR KADHAFI ( suite et fin )

SOURCE : JEAN-CLAUDE et TÜLAU UMAY

Croisades

L'exhibition des images du lynchage de Mouammar Kadhafi rend nos sociétés transparentes. Elles pétrifient et nous demandent de déposer les armes. Ce sacrifice traduit un retour vers une société matriarcale, vers un «état de nature». En nous fixant dans une violence sacralisée, ces images nous révèlent que l'Empire étasunien constitue une régression inédite dans l'histoire de l'humanité. Elles attestent que l'objectif de cette guerre n'est pas seulement la conquête d'un objet, le pillage du pétrole ou des avoirs libyens, mais aussi, comme dans les croisades, la destruction d'un ordre symbolique, au profit d'une pure machine de jouissance, d'un capitalisme déchaîné.

A l'occasion de la diffusion des images du lynchage de Mouammar Kadhafi, nos dirigeants politiques ont manifesté une étrange jouissance. «Strange Fruit» , ces images font immédiatement penser à celles de la pendaison de Saddam Hussein organisée le jour de «Aïd al-Adha», la fête du sacrifice. Ces deux affaires nous inscrivent dans une structure religieuse qui, par la substitution du sacrifice humain à celui du bélier, restaure la figure primitive de la déesse Mère. Elle renverse l'ancien testament et annule l'acte de la parole. Cette religion sans Livre se réduit au fétiche . Elle n'a plus d'Autre, ni de Loi. Elle est simple injonction de jouir du spectacle de la mort.

Grâce à l'image, la volonté de puissance devient illimitée. La transgression n'est plus bornée comme dans le rite sacrificiel, ni dans l'espace, ni dans le temps, elle est constante. Elle fait écho à la violation permanente de l'ordre du droit enregistré depuis l'acte fondateur des attentats du 11 septembre 2001.


 

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La photo du lynchage de Kadhafi et le photographe de l'agence AFP, Philippe Desmazes, qui a pris la photo.



Un enfermement dans la tragédie.

Le traitement du corps de Mouammar Kadhafi est révélateur de la tragédie vécue par le peuple libyen. Sa dépouille a été l'objet d'un double traitement d'exception, d'une double violation de l'ordre symbolique dans lequel s'insérait cette société. Au lieu, comme le veut le rite musulman, d'être inhumé le jour même, son cadavre, afin d'être livré au regard des visiteurs, a été exposé durant quatre jours dans une chambre froide. Cette exhibition s'accompagne ensuite d'un enterrement dans un lieu secret, malgré la demande de récupération du corps, adressée par son épouse à l'ONU.

Cette double décision du nouveau «pouvoir» libyen inscrit les populations dans une situation que la tragédie grecque a déjà traité. En interdisant à la famille d'inhumer le corps, le nouveau pouvoir politique se substitue à l'ordre symbolique. Supprimant toute articulation entre la «loi des hommes» et la «loi des dieux», le Conseil National de Transition les fusionne et s'octroie le monopole du sacré. Ainsi, il se place au-dessus du politique.

La décision du CNT, de refuser les funérailles à la famille et d'exhiber le cadavre, a pour objet de supprimer le signifiant du corps pour ne garder que la seule image de la mort. L'injonction de jouir de l'image du meurtre ne doit rencontrer aucune limite. Le fétiche perpétue la compulsion de répétition. La pulsion devient autonome et, sans différenciation, passe d'une image à une autre, de celle de la mort à celle de la mise à mort. Sa fonction est d'accroître la volonté de puissance.


Être maître de ce qui doit être vu.

Ainsi, la profanation du corps n'est qu'un élément de sa fétichisation. L'essentiel se trouve dans les images du lynchage de Kadhafi. Capturées par GSM, elles occupent l'espace médiatique et tournent en boucles. Intrusives, elles apparaissent en temps réel dans notre vie quotidienne.

A notre insu, elles nous capturent. Nous faisons partie de la scène, car, dans la pulsion scopique, le lynchage ne devient acte sacrificiel que grâce à l'objet-regard. Les images nous montrent des personnes en train de prendre des photos et de jouir du spectacle filmé. Elles exhibent l'instant du regard. Ce n'est plus l'objet qui est présenté en offrande, mais le sens qui se donne à voir, afin d'être maître de ce qui doit être vu.

Le lynchage en tant qu'image est une tradition occidentale. En photographiant leurs victimes, les membres du Ku Klux Klan exhibaient déjà le sacrifice humain comme un spectacle. Le traitement réservé à Kadhafi s'inscrit dans cette «culture». Cependant, il s'en distingue sur un point. La mise en scène des actions du KKK était fortement ritualisée. Elle mimait un ordre social souterrain.

Ici, les images de GSM sont libérées de tout signifiant. Elles deviennent plus réelles que la réalité. Elles colonisent le réel qui, de facto, n'existe plus que comme anéantissement. Elles donnent à voir l'éclatement de la société et, ainsi, la toute puissance de l'action impériale. Ces images montrent un monde qui bascule en permanence. Elles nous placent dans l'effroi et installent la psychose. Elles détruisent tout rapport à l'autre et ne s'adressent qu'à des intériorités, à des monades dont on recherche le consentement.

Contrairement au langage qui nous inscrit dans un « nous », l'image s'adresse séparément à chaque individu. Elle empêche tout lien social, toute forme de symbolisation. Elle est le paradigme d'une société monadique. Ainsi, ces images nous en disent beaucoup, non sur le conflit lui-même, mais sur l'état de nos sociétés, ainsi que sur le futur programmé de la Libye : une guerre permanente.


Le sacrifice d'un bouc émissaire

Ces images donnent à voir la mise à mort d'un bouc émissaire. Elles constituent une actualisation de la notion de violence mimétique développée par René Girard dans sa lecture du nouveau testament . Par la répétition du sacrifice, elles nous introduisent dans une violence sans objet. Celle-ci devient compulsive. Si le bouc émissaire catalyse sur lui la violence, contrairement à ce qu'affirme Girard, il ne permet pas de l'arrêter. La paix ne peut être que momentanée. Elle n'est que préparation d'une nouvelle guerre. Chaque sacrifice appelle un autre. La destruction de la Libye doit être suivie de celle de la Syrie, de l'Iran... La violence devient infinie et fondatrice.

Comme dans les énoncés chrétiens, les commentaires des médias relatifs aux images du meurtre de Kadhafi transforment le bouc émissaire en victime émissaire. Si Kadhafi est lynché, c'est parce qu'il «a voulu mourir comme cela». Il n'est pas victime d'une agression extérieure, il aurait obéit à une loi intérieure. Son exécution ne serait pas le résultat de sa volonté de résister, mais l'accomplissement d'un destin personnel. Cette procédure christique a été aussi mise en avant par René Girard. La figure du Christ opère un déplacement de la notion de bouc émissaire à celle de la victime émissaire qui s'offre afin de «racheter» le péché originel.

Ainsi, libres de toute dette symbolique, de tout corps social, ces images et leurs commentaires participent à l'inversion systématique de la Loi symbolique, ainsi qu'à l'état d'exception permanent, installé au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Sacralisé, le pouvoir politique, se substitue à l'ordre symbolique.


Une régression : du langage à l'image de l'unification à la déesse-Mère
.

Ces images nous ramènent à un stade où le sacrifice humain occupait une place centrale dans l'organisation sociale. Elles constituent un retour au phantasme primordial de l'unification à la mère . Les travaux ethnologiques, ainsi que la psychanalyse, nous ont montré que le sacrifice humain opère un retour à une structure maternelle. L'amour et le sacrifice sont les attributs d'une organisation sociale qui ne distingue plus ordre politique et symbolique. Ce sont les paradigmes d'une société matriarcale qui réalise ici la fusion de l'individu avec le pouvoir maternel.

Ces images s'inscrivent dans une longue tradition chrétienne de renversement de ce qui fonde l'ancien testament. Le récit d'Abraham est le moment instituant l'interdiction du sacrifice humain. La mort du Christ, au contraire, est le sacrifice d'Isaac inversé. Au lieu du bélier qui prend la place du fils donné, c'est le fils-Messie qui se substitue à l'agneau.

Dans l'ancien testament la mort du bélier est celle du dieu primitif. Elle symbolise ainsi un déplacement du sacrifice réel vers le langage: «Si dieu il y a, on le trouve dans les paroles d'alliance(le langage)» . Ce mouvement inaugure l'existence d'un lieu producteur de la métaphore, de transformation du réel. Les opérations de déplacement et de métaphore, placées au coeur de ce récit, sont les procédures constitutives de la loi du langage . La loi du langage est inscription de la non identité du mot et de la chose. Dans le conflit libyen, nous sommes dès le départ placé hors langage. Kadhafi est un tyran, car il est nommé comme tel. Les massacres réalisés par son régime n'ont pas besoin d'être prouvés, mais simplement affirmés. L'image du dictateur se suffit à elle-même. Elle n'intègre aucune contradiction et ne fait face à aucun réel. Elle est plus réelle que la réalité.


La fin de tout ordre symbolique.

La loi du langage est acceptation que la langue est avant tout celle de l'autre. Elle est reconnaissance par l'homme de son incomplétude. Cette symbolisation opérée, par l'inscription de la dépendance de l'individu à l'autre, permet l'enclenchement d'un processus de reconnaissance mutuelle et ainsi la formation d'une société humaine. Elle introduit une dette symbolique, un système de relations où l'individu trouve sa place et où il n'est pas son propre père. Cette dette, contrairement au péché originel, est unificatrice, car elle met en relation l'homme avec l'autre à partir d'un devenir.

Kadhafi était imparfaitement inséré dans le système capitaliste mondialisé. Il fonctionnait encore selon des valeurs relevant de la société traditionnelle, notamment celle du don constitutif de liens sociaux. Il a semblé fortement affecté par l'abandon de ses «amis» Sarkozy, Berlusconi ou Tony Blair... . Il devait penser que ses différents cadeaux avaient installé un système de reconnaissance réciproque qui lui donnait une certaine protection. Il montre ainsi qu'il n'avait pas compris la nature du capitalisme. Dans ce système, toute relation sociale est abolie. Si dans les anciennes sociétés, l'échange d'objets sert de support à des rapports entre les hommes, dans le capitalisme, la marchandise et l'argent sont sujets. Les dons de Kadhafi ne pouvaient être perçus, par ceux qui les recevaient, que comme une avance sur ce qui leur revenait de droit. Les dieux obscurs de cette société ne peuvent être que ceux des marchés.


Des images de jouissance.

Par la loi du langage, l'homme se distingue de la nature, de la déesse-mère qui n'a ni intérieur, ni extérieur. Le meurtre, au lieu d'être fondateur, est aboli afin de donner accès à la parole. Il s'établit alors un ordre humain distinct de l'ordre divin. L'individu n'est plus un enfant tout puissant. Il est séparé du pouvoir maternel.

Au contraire, les images du lynchage de Kadhafi nous ramènent dans l'originaire et la toute puissance. Elles nous inscrivent dans une structure religieuse d'avant la coupure opérée par l'interdit du sacrifice. Ces clichés nous réintroduisent dans la violence incestueuse, dans la jouissance de la pulsion haptique, dévorante . Ici, l'impératif de jouissance supplante le politique. L'exemple le plus significatif nous est donné par l'interview d'Hillary Clinton qui accueille ces images comme une offrande. Hilare, elle exalte sa toute puissance et fait partager sa jubilation suite au lynchage: «Nous sommes venus, nous avons vu, il [Kadhafi] est mort !» a t-elle déclaré au micro de la chaîne de télévision CBS .

La violence infligée au chef d'Etat libyen est aussi, pour les autres dirigeants occidentaux, un moment propice pour exprimer leur satisfaction et jouir de la réussite de leur initiative. «On ne va pas non plus verser des larmes sur Kadhafi», a notamment déclaré Alain Juppé.».


Le corps meurtri comme icône de la violence.

Les prises de position de nos dirigeants politiques, suite à la diffusion de ces images, nous confirment que l'élimination de Kadhafi est bien l'objectif de cette guerre et non la protection des populations. La tribune du 15 avril, de Barak Obama, Nicolas Sarkozy et de David Cameron, publiée conjointement par The Times, The International Herald Tribune, Al-Hayat et Le Figaro, nous avait pourtant communiqué qu’« Il ne s’agit pas d’évincer Kadhafi par la force. Mais il est impossible d’imaginer que la Libye ait un avenir avec Kadhafi. » Ainsi, sa violence consisterait essentiellement dans le fait qu'il n'ait pas abandonné le pouvoir, alors qu'il était inconcevable qu'il reste. Son image incarnerait la tyrannie, puisqu'il n'a pas rencontré l'amour des dirigeants occidentaux envers les populations libyennes. «Il (Kadhafi) s'est comporté de façon très agressive. Il a reçu de bonnes conditions pour se rendre, il les a refusées», a ajouté M. Juppé.

Les médias nous confirment que «les dictateurs finissent toujours comme cela ». Les marques de la violence font apparaître l'invisible. Le lynchage devient la preuve même que le supplicié était un dictateur. Ces stigmates nous montrent ce que l'on n'a pu voir: la preuve des massacres devant être perpétrés par Kadhafi. Ils sont une révélation de son intentionnalité, de ce au nom de quoi l'OTAN a justifié son intervention.

Une identité est ainsi opérée entre les massacres attribués au colonel et son corps ensanglanté. Les marques sur le corps vivant, puis sur la dépouille, ne représenteraient pas la violence des «libérateurs», mais porteraient le signe du sang versé par Kadhafi.

La violence du meurtre nous montre qu'il s'agit bien d'une vengeance. Elle atteste ainsi que ses auteurs sont bien des victimes et que cet assassinat est de l'ordre du sacré.


L'exhibition d'un pouvoir sans limite.

Les images de l'acte sacrificiel permettent à nos dirigeants d'exhiber un pouvoir sans limite. Le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, a révélé que l'aviation française, sur demande de l'état-major de l'Otan, avait «stoppé», c'est à dire bombardé le convoi en fuite à bord duquel se trouvait Kadhafi . Il revendique ainsi un acte de violation de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. A cette occasion, Alain Juppé a aussi reconnu que l'objectif de l'invasion était bien de mettre le CNT au pouvoir: «L'opération doit aujourd'hui s'achever puisque l'objectif qui était le nôtre, c'est-à-dire accompagner les forces du CNT dans la libération de leur territoire, est maintenant atteint » . La réussite de l'offensive de l'Otan s'est accompagnée, de la part des vainqueurs, de déclarations de plus en plus nombreuses actant la violation systématique, mais à bon droit, de la résolution de l'ONU. Le philosophe, écrivain, cinéaste, stratège et diplomate, Bernard Henri Levy a aussi témoigné dans son livre « La guerre sans l'aimer » que «La France a fourni directement ou indirectement de très importantes quantités d'armes aux rebelles libyens qui combattaient pour renverser Mouammar Kadhafi ». Ces différentes déclarations attestent de la structure psychique de l'enfant tout puissant, phallus de l'Etat maternel, d'un pouvoir sans limite situé au delà de la parole et qui ainsi n'a pas à respecter ses engagements.

Ces différentes prises de position rappellent les déclarations de Tony Blair, reconnaissant qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive en Irak, mais que la guerre contre Saddam Hussein était justifiée, car elle avait mis fin au règne d'un dictateur.


La victime et le sacrifice : les valeurs d'un retour à la barbarie.

Le meurtre de Kadhafi, cet acte de «vengeance des victime», a pour conséquence qu'il ne sera pas jugé. Cet assassinat rencontre les intérêts des firmes pétrolières et des gouvernement occidentaux. Leurs rapports étroits avec le régime du colonel ne seront pas mis sur la place publique. La substitution des images du lynchage à l'organisation d'un procès devant la Cour pénale internationale a surtout pour conséquence que, au lieu d'être stoppée par la parole, la violence devient infinie. La Libye, tout comme l'Irak et l'Afghanistan, deviendra le cadre d'une guerre perpétuelle. Quant à nos régimes politiques, ils s'enfoncent dans un état d'exception permanent. Celui-ci accompagne l'émergence d'un pouvoir absolu, dont l'acte politique se place au delà de tout ordre de droit.

Une intervention militaire, engagée au nom de l'amour des dirigeants occidentaux envers les populations victimes d'un « tyran » et magnifiée par l'exhibition du sacrifice de ce dernier, révèle une régression de nos sociétés vers la barbarie.

Le traitement du sacrifice de Kadhafi comme une icône confirme le caractère chrétien d'une guerre faite au nom de l'amour des victimes. La destruction de la Libye, par les forces de l'OTAN, s'inscrit dans la longue tradition des croisades, des guerres contre la loi symbolique initiées au nom de l'homme-Dieu . Celles-ci résultaient déjà d'une réorganisation de l'Europe occidentale sous l'autorité du Pape . Aujourd'hui, ce conflit, encore davantage que la guerre en Irak, produit une subsomption totale des pays européens sous l'Empire étasunien.

La guerre pour la démocratie est la version post-moderne de la « guerre sainte». Celle-ci était sacrée, non parce qu'elle portait contre les « infidèles », mais par le fait même qu'elle était prêchée par le Pape, le représentant infaillible de l'homme-Dieu. Aujourd'hui, le caractère sacré de l'attaque résulte du caractère naturellement démocratique de son commanditaire étasunien, dont le président a reçu le prix Nobel de la Paix au début de son mandat, avant même qu'il ait posé un quelconque acte politique. Ce prix consacre le président étasunien en tant qu'icône chrétienne, en tant qu'incarnation dans l'image, de la paix et de la démocratie. Dans cette version laïcisée, il ne s'agit plus de sacralisation de l'homme conçu à l'image de Dieu, mais à l'image de lui-même, de sa nature pacifique et démocratique.

 

SOURCE : Jean-Claude Paye, sociologue, auteur de De Guantanamo à Tarnac: L'emprise de l'image. Editions Yves Michel, octobre 2011.

Tülay Umay, sociologue.

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Traduction in English
 
The lynching of Qadhafi: Image of human sacrifice and return to barbarism. Jean-Claude Paye and Tülay Umay

LIBYA: LYNCHING of Muammar Gaddafi (continued)

SOURCE: JEAN-CLAUDE and Tülau Umay

The exhibition of images of the lynching of Muammar Gaddafi makes our transparent companies. They petrify and ask us to disarm. This sacrifice results in a return to a matriarchal society to a "state of nature." By setting a sacred violence, these images reveal that the U.S. Empire is a decline unprecedented in the history of mankind. They show that the objective of this war is not only an object of conquest, plunder of oil or of Libyan assets, but also as the Crusades, the destruction of a symbolic order, in favor of a mere machine of enjoyment of capitalism unleashed.

On the occasion of the dissemination of images of the lynching of Muammar Gaddafi, our political leaders have expressed a strange pleasure. "Strange Fruit", these images are immediately think of those of the hanging of Saddam Hussein held on the day of 'Eid al-Adha, "the feast of sacrifice. Both cases we include in a religious structure, the substitution of human sacrifice to that of the ram, restores the original figure of the Goddess Mother. It reverses the Old Testament and cancels the act of speech. This book without religion is reduced to the fetish. She has no other, nor Act. It's simple injunction to enjoy the spectacle of death.

With the image, the will to power is unlimited. Transgression is no longer described as the sacrificial rite, neither in space nor in time, it is constant. It echoes the ongoing violation of the order of the registered right from the founding of the attacks of September 11, 2001.

Confinement in a tragedy.

The treatment of the body of Muammar Gaddafi is indicative of the tragedy of the Libyan people. His body was subjected to a double exception processing, a double violation of the symbolic order in which the company would fit. Instead, as is the Muslim ritual, to be buried the same day his body, to be delivered to the visitors, was exposed for four days in a cold room. This exhibition is accompanied by a funeral later in a secret place, despite the request for recovery of the body, sent by his wife at the UN.

This double decision of the new "power" Libyan people enrolled in a situation that Greek tragedy has already dealt with. By prohibiting the family to bury the body, the new political power replaces the symbolic order. Removing any link between the "law of men" and the "law of the gods", the National Transition Council merged and allows itself the monopoly of the sacred. Thus, it is placed above politics.

The decision of the CNT, to deny the funeral to the family and to show off the body, is to remove the meaning of the body to keep only the single image of death. The injunction to enjoy the image of the murder should meet with no limits. The fetish continues the repetition compulsion. The drive is autonomous, without differentiation, changes from one image to another, that of death to that of the killing. Its function is to increase the will to power.


Be master of what is to be seen.

Thus, the desecration of the body is only part of the fetishization. The key is in the images of the lynching of Gaddafi. Captured by mobile phone, they occupy the media space and running in loops. Intrusive, they appear in real time in our daily lives.

To our knowledge, they capture us. We are part of the scene, because in the scopic drive, lynching becomes sacrificial act only through the object-gaze. The images show people taking pictures and enjoying the show filmed. They exhibit the moment of the gaze. It is no longer the object is presented as an offering, but the meaning is to be seen, to be master of what is to be seen.

The lynching as an image is a Western tradition. By photographing the victims, members of the Ku Klux Klan have exhibited human sacrifice as a show. The treatment of Gaddafi is part of this "culture." However, it differs in one respect. Directing the actions of the KKK was highly ritualized. She mimed a social underground.

Here, the images are released from any GSM means. They become more real than reality. They colonize the real, de facto, no longer than annihilation. They give to see the breakdown of society and thus the whole power of the imperial action. These images show a world that constantly switches. They put us in fear and install psychosis. They destroy everything in relation to each other and are intended exclusively for interiority, in which monads research consent.

Unlike the language that we enrolled in a "we", the image is for each individual separately. It prevents social cohesion, all forms of symbolization. It is the paradigm of a society monadic. Thus, these images tell us much, not the conflict itself, but on the state of our societies, as well as the future program of Libya: a permanent war.


The sacrifice of a scapegoat

These images give to see the killing of a scapegoat. They constitute an update of the concept of mimetic violence developed by René Girard in his reading of the New Testament. Through repetition of the sacrifice, they bring us into a pointless violence. It becomes compulsive. If the scapegoat of him catalysis violence, contrary to what Girard, it does not stop it. Peace can only be momentary. It is a preparation of a new war. Every sacrifice deserves another. The destruction of Libya must be followed by that of Syria, Iran ... Violence becomes infinite and founder.

As stated in the Christian media commentary related to images of the murder of Gaddafi transform the scapegoat scapegoat. If Gaddafi was lynched because he "wanted to die like that." It is not a victim of external aggression, he would obey an inner law. His execution would be the result of his will to resist, but the fulfillment of a personal destiny. This procedure Christ was also highlighted by Rene Girard. The figure of Christ operates a shift in the notion of scapegoat to that of the scapegoat that is offered to "buy back" the original sin.

Thus, free from debt symbolic of all the social body, these images and comments are involved in the systematic inversion of the symbolic Law, and the permanent state of emergency, set in the aftermath of the attacks of September 11, 2001 . Sacred, political power, replaces the symbolic order.


A regression of language in the image of unification with the mother goddess.

These images bring us back to a stage where human sacrifice was central in the social organization. They are a return to primordial fantasy of unification with the mother. Ethnological work, and psychoanalysis, we have shown that human sacrifice is returning to a native structure. Love and sacrifice are the attributes of a social organization that no longer distinguishes between political and symbolic. These are the paradigms of a matriarchal society that performs this merging of the individual with the power feeding.

These images are part of a long Christian tradition of the reversal of which founded the Old Testament. The story of Abraham is currently establishing the prohibition of human sacrifice. Christ's death, however, is the sacrifice of Isaac reversed. Instead of the ram that takes the place of the son given, the son-Messiah, which replaces the lamb.

In the Old Testament the death of the god Ram is primitive. It symbolizes a shift in the real sacrifice to the language: "If there is God, is found in the words of the covenant (the language)." This movement opens the existence of a producer instead of metaphor, transformation of reality. Move operations and metaphor, located in the heart of this story are the procedures that constitute the law of language. The law of registration of the language is non-identity of word and thing. In the Libyan conflict, we are at the outset placed outside language. Gaddafi is a tyrant, because he was appointed as such. The massacres carried out by his regime need not be proved, but simply asserted. The image of the dictator is sufficient unto itself. It does not include any contradiction and does not face any real. It is more real than reality.


The end of any symbolic order.

The law of language is accepted that language is primarily that of the other. It is recognition by man of his incompleteness. This symbolism carried by the inclusion of the dependence of the individual to another, allows the start of a process of mutual recognition and the formation of a human society. It introduces a symbolic debt, a system of relationships where the individual fits and where it is not his own father. This debt, as opposed to original sin, is unifying because it connects with the other man from becoming one.

Gaddafi was imperfectly inserted into the globalized capitalist system. He was still working as values ​​within the traditional society, particularly the incorporation of the gift of social ties. He seemed greatly affected by the abandonment of his "friends" Sarkozy, Berlusconi and Tony Blair ... . He must have thought his various gifts had installed a system of mutual recognition which gave him some protection. It shows how he did not understand the nature of capitalism. In this system, every social relation is abolished. If in ancient societies, exchange of objects serves to support the relationship between men, in capitalism, goods and money are issues. Donations of Gaddafi could be perceived by those who received them, and as an advance on what was rightfully theirs. The dark gods of this society can only be those markets.


Images of enjoyment.

By the law of language, man is distinguished from nature, the mother goddess who has neither inside nor outside. Murder, instead of being the founder, was abolished to give access to speech. He then established a human order distinct from the divine order. The individual is no longer a child Almighty. It is separate from the mother.

Instead, the images of the lynching of Gaddafi us back in the original and the all-powerful. They enroll us in a religious structure before the cut made by banned sacrifice. These pictures we reintroduce the incestuous violence, in the enjoyment of the drive haptic consuming. Here, the imperative of enjoyment trumps politics. The most significant example is provided by an interview with Hillary Clinton hosting these images as an offering. Hilarious, it exalts the power and any shares his jubilation following the lynching: "We came, we saw, he [Gaddafi] is dead!" She has said at the microphone of CBS television.

Violence against the Libyan head of state is also for other Western leaders, a time to express their satisfaction and enjoy the success of their initiative. "It does not shed tears over Gaddafi," said Alain Juppe in particular.. "


The bruised body as an icon of violence.

The views of our political leaders, following dissemination of these images, we confirm that the elimination of Gaddafi is the objective of this war, not the protection of populations. The platform of the April 15, Barack Obama, Nicolas Sarkozy and David Cameron, published jointly by The Times, The International Herald Tribune, Al-Hayat and Le Figaro, however, we had news that "This is not to Qaddafi crowd by force. But it is impossible to imagine that Libya has a future with Gaddafi. "Thus, the violence would be mainly in the fact that he did not give up the power, when it was inconceivable that he is. His image embodies tyranny, since he has not met the love of Western leaders towards the Libyan people. "He (Gaddafi) behaved very aggressively. He received good conditions for surrender, he refused them, "said Mr. Juppe.

The media have told us that "dictators always end like that." The marks of violence reveal the invisible. The lynching is the very proof that the torture victim was a dictator. These stigmas show us what we could see evidence of the massacres to be committed by Gaddafi. They are a revelation of his intent, that the name of what NATO justified its intervention.

Identity is thus made between the killings attributed to the colonel and his bleeding body. The marks on the living body, then the body, would not represent the violence of "liberators", but with the sign of the blood shed by Gaddafi.

The violence of the murder shows that it is indeed a vengeance. It demonstrates as well that the authors are victims and that the murder is of the order of the sacred.


The exhibition of unlimited power.

Images of the sacrificial act allow our leaders to exhibit a power without limit. The French Minister of Defense, Gerard Longuet, revealed that the French Air Force at the request of the General Staff of NATO, had "stopped", ie the convoy bombed in flight on board of which Gaddafi was. It therefore calls for an act of violation of the resolution of the Security Council of the UN. On this occasion, Alain Juppé has also recognized that the purpose of the invasion was much to the CNT in power: "The operation is now completed since the objective was ours, that is ie CNT support forces in the liberation of their territory, is now reached. " The success of the NATO offensive has been accompanied by the victors, declarations of growing actant systematic violations, but with good reason, the UN resolution. The philosopher, writer, director, strategist and diplomat, Bernard Henri Levy also testified in his book "The war no love" that "France has provided directly or indirectly from very large quantities of weapons to the Libyan rebels who were fighting for overthrow Muammar Gaddafi. " These various statements testify to the psychic structure of the child almighty phallus of the mother state, a limitless power located beyond the word, and thus did not meet its commitments.

These different positions recall the statements of Tony Blair, acknowledging that there were no weapons of mass destruction in Iraq, but that the war against Saddam Hussein was justified because it ended the reign of a dictator.


The victim and the sacrifice: the values ​​of a return to barbarism.

The murder of Gaddafi, this act of "revenge of the victim", means it will not be judged. The assassination meets the interests of oil companies and Western governments. Their close relationship with the regime of Colonel will not be placed on the public square. The alternative images of lynching in the organization of a trial before the International Criminal Court was mainly the result that, instead of being stopped by the word, violence becomes infinite. Libya, like Iraq and Afghanistan, will become part of a perpetual war. As for our political systems, they sink into a permanent state of exception. It accompanies the emergence of absolute power, whose political action is placed beyond all order of law.

Military intervention, committed in the name of love of Western leaders to the people victims of a "tyrant" and magnified by the exhibition of the sacrifice of the latter reveals a decline of our society into barbarism.

The treatment of the sacrifice of Gaddafi as an icon confirms the Christian character of a war on behalf of victims of love. The destruction of Libya, by NATO forces, reflecting the long tradition of the Crusades, the wars against the symbolic law initiated in the name of the God-man. These have resulted from a reorganization of Western Europe under the authority of the Pope. Today, this conflict, even more than the war in Iraq, produces a total subsumption of the European countries under the U.S. Empire.

The war for democracy is the postmodern version of "holy war". It was sacred, not because it was against the "infidels", but by the fact that it was preached by the Pope, the infallible representative of God-man. Today, the sanctity of the attack results from the naturally democratic character of its U.S. sponsor, whose president was awarded the Nobel Peace Prize at the beginning of his term, even before he asked any political act. This award recognizes the U.S. president as an icon Christian, as the embodiment in the image of peace and democracy. In this secularized version, it is more sacred to man conceived in the image of God, but the image itself, its nature peaceful and democratic.

 

SOURCE: Jean-Claude Paye, sociologist, author of From Guantanamo to Tarnac: The influence of the image. Yves Michel Editions, October 2011.

Tülay Umay, a sociologist.


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