HISTOIRE DE LA PERSE MODERNE L' IRAN 

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Le CHAH d'IRAN

 

Mohammad Reza Pahlavi

 

 

WIKIPEDIA
L'ENCYCLOPEDIE LIBRE
Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne Mohammad Reza Chah Pahlavi (1919-1980). Pour son père et son fils, voir Reza Pahlavi.
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Mohammad Reza Chah
(fa) محمدرضا شاه

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Mohammad Reza Pahlavi dans les années 1970.
Titre
Chah d'Iran
16 septembre 1941 – 11 février 1979N 1
(37 ans, 4 mois et 26 jours)
Couronnement 26 octobre 1967
Premier ministre Mohammad Ali Foroughi
Ali Soheili
Ahmad Ghavam
Ali Soheili
Mohammad Saed Maraghei
Morteza Gholi Bayat
Ebrahim Hakimi
Mohsen Sadr
Ebrahim Hakimi
Ahmad Ghavam
Reza Hekmat
Ebrahim Hakimi
Abdolhossein Hajir
Mohammad Saed Maraghei
Ali Mansur
Ali Razmara
Hossein Ala'
Mohammad Mossadegh
Ahmad Ghavam
Mohammad Mossadegh
Fazlollah Zahedi
Hossein Ala'
Manouchehr Eghbal
Jafar Sharif-Emami
Ali Amini
Asadollah Alam
Hassan Ali Mansur
Amir Abbas Hoveida
Jamshid Amouzegar
Jafar Sharif-Emami
Gholam Reza Azhari
Shapour Bakhtiar
Prédécesseur Reza Chah
Successeur Abolhassan Bani Sadr (président de la République islamique d'Iran)
Rouhollah Khomeini (guide de la révolution)
Reza Pahlavi (de jure)
Prince impérial d'Iran
15 décembre 1925 – 16 septembre 1941
(15 ans, 9 mois et 1 jour)
Prédécesseur Fereydoun Mirza Qajar
Successeur Reza Pahlavi
Biographie
Dynastie Pahlavi
Nom de naissance Mohammad Reza Pahlavi
Date de naissance 26 octobre 1919
Lieu de naissance Téhéran (Perse)
Date de décès 27 juillet 1980 (à 60 ans)
Lieu de décès Le Caire (Égypte)
Nature du décès maladie de Waldenström
Sépulture mosquée Al-Rifa'i
Nationalité iranienne
Père Reza Chah
Mère Tadj ol-Molouk
Conjoint 1) Fawzia bint Fuad
(1938-1949)
2) Sorayah Esfandiari Bakhtiari
(1951-1958)
3) Farah Diba
(1959-1980)
Enfants Premier mariage :
Princesse Chahnaz Pahlavi
Troisième mariage :
Prince Reza Pahlaviprince impérial
Princesse Farahnaz Pahlavi
Prince Ali-Reza Pahlavi
Princesse Leila Pahlavi
Héritier Ali-Reza Pahlavi (1941-1954)
Ali Patrick Pahlavi (1954-1960)
Reza, prince impérial
(depuis 1960)
Religion islam chiite (chiisme duodécimain)

Signature de Mohammad Reza Chah(fa) محمدرضا شاه

Mohammad Reza Pahlavi
Monarques d'Iran

Mohammad Reza Pahlavi (en persan : محمد رضا شاه پهلویAryamehr (Lumière des Aryens), né le 26 octobre 1919 à Téhéran et mort le27 juillet 1980 au Caire, appelé aussi Mohammad Reza Chah ou plus rarement Pahlavi II 1, appartient à la dynastie des Pahlavi Homayouni de la monarchie iranienne. Dernier chah d'Iran, il régna du16 septembre 1941 au 11 février 1979 (événement dit du 22 Bahman1357). Contraint à l'exil le 16 janvier 1979, il fut remplacé par un conseil royal et renversé par la Révolution iranienne. Mohammad Reza Pahlavi n'a jamais abdiqué officiellement2.

Mohammad Reza succéda à son père, Reza Chah, lorsque ce dernier fut contraint d’abdiquer en septembre 1941, peu après l'invasion anglo-soviétique. À la tête d'un empire occupé, soumis au bon vouloir deChurchill et Staline, le jeune chah fut également confronté aux tentatives sécessionnistes dans les provinces du nord-est et aux rébellions tribales dans le sud du pays. Après la Seconde Guerre mondiale, Mohammad Reza Pahlavi se rapprocha progressivement des États-Unis et entretint des liens très étroits avec la Maison-Blanche, en particulier avec les présidents Dwight Eisenhower et Richard Nixon.

L’essor de la production pétrolière au Moyen-Orient entraîna sous son règne une crise internationale qui allait opposer le Premier ministre nationaliste Mohammad Mossadegh et la Grande-Bretagne, qui asphyxia l'économie iranienne. Les services secrets anglo-américains tentèrent de renverser Mossadegh, mais envenimèrent la situation et le chah, qui les avait soutenus, dut fuir. Grâce cependant à l'armée dirigée par le général Zahedi, Mohammad Reza Pahlavi fut restauré sur le trône après un bref exil en Italie. Évoluant ensuite vers une conception plus nationale,réformiste et autoritaire de la politique intérieure, le chah d’Iran entreprit, par référendum, un vaste programme de progrès social et de développement économique (la Révolution blanche) associé à une répression des mouvements d’opposition incarnée par la Savak. À l’extérieur, tout en demeurant un allié de premier plan pour les Américains et les chancelleries occidentales, Mohammad Reza Pahlavi se rapprocha aussi progressivement de l’Union soviétique puis de la Chine, traduisant ainsi un désir d’émancipation à travers plus de neutralisme. Lorsqu'il entama une politique de partenariat privilégié avec l'Europe et en particulier la France (accords pour le développement de l'industrie nucléaire) et surtout le Japon, en développant des flux économiques importants (pétrole iranien à prix réduits vers le Japon, technologies vers l'Iran), les États-Unis inquiets des bénéfices qui auraient pu en être retirés par ces pays au détriment de leurs intérêts dominants lui retirèrent leur appui et décidèrent de précipiter son éviction, en soutenant fortement l'expression des mouvements contestataires étudiants (pourtant marxisants), et en finançant la communication pour une révolution islamiste de l'ayatollah Khomeiny. Il est également clair que le poids de leur alliance avec l'Arabie Saoudite et les Émirats (KoweitBahrein,Émirats arabes unisOman) partenaires de l'Iran dans l'OPEP mais rivaux pour la maîtrise du Golfe Persique amena les États-Unis à chercher à entraver le développement économique de l'Iran et la croissance de son rôle de puissance politique régionale, à partir du moment où ils pensèrent n'être plus en mesure de contrôler ce pays du fait de la stratégie trop indépendante et ambitieuse du chah.

Si la politique volontariste du chah améliora considérablement le niveau de vie des Iraniens et permit au pays une modernisation rapide dans les années 1960 et 1970, elle contribua à élargir le fossé économique, social et culturel entre une partie de la population, fortement occidentalisée et une autre, sensible au conservatisme religieux prêché par Khomeiny. En 1978, de plus en plus critiqué, le chah dut faire face à un soulèvement populaire (la Révolution iranienne) qui s'accentua au fil des mois et d'où émergèrent les fondamentalistes chiites inspirés par l'ayatollah Khomeini. En janvier 1979, après avoir perdu progressivement ses soutiens traditionnels et l'appui occidental, Mohammad Reza Pahlavi nomma en dernier recours l'opposant social-démocrate Shapour Bakhtiar au poste de Premier ministre et quitta ensuite l'Iran. Le renversement du gouvernement Bakhtiar et la déclaration de neutralité de l'armée, quelques semaines plus tard, précipitèrent sa chute et contribuèrent à l'avènement de Khomeini. Contraint à l'exil et atteint d'un cancer, Mohammad Reza Chah Pahlavi décéda en Égypte l'année suivante.

De par son statut de dernier chah d'Iran de facto, il est souvent connu comme étant simplement « le Chah ».

 

Sommaire

  

 

Biographie

Jeunesse (1919-1941)[modifier le code]

Enfance : du fils d'officier au prince héritier (1919-1925)[modifier le code]

Reza Khan et ses enfants, vers 1923. De gauche à droite : Mohammad Reza, Chams et Ashraf

Mohammad Reza Pahlavi vit le jour le dimanche 26 octobre 1919 à l'hôpital Ahâmadiyeh, dans les quartiers sud de Téhéran3. Fils aîné de Reza Khan, officier cosaque au seuil d'une irrésistible ascension4, il était le second enfant porté par Nimtaj Khanum, future reine-mère Tadj ol-Molouk (1896-1982), et le frère jumeau de la princesse Ashraf Pahlavi3. Ses jeunes années sans histoire se confondaient avec la fin de règne d'Ahmad Chah. Au bord du gouffre financier et de l'effondrement institutionnel, la Perse des Qadjar se trouvait en effet dans un "état de sous-développement abyssal"5. Ce fut dans ce contexte particulier de déclin dynastique et de confusion nationale qu'émergea le père de Mohammad Reza Pahlavi. Devenu dès 1921 le nouvel homme fort du pays, le général Reza Khan allait occuper successivement les postes de chef de l’armée et de gouvernement, avant de ceindre la couronne impériale sous le nom de règne de Reza Chah Pahlavi en 1925. Le jeune Mohammad Reza devint dès lors le nouveau prince.

Le règne de Reza Chah, commencé en 1925, allait durer 15 ans : Il introduisit de nombreuses grandes réformes, réorganisant l'armée, l'administration gouvernementale et les finances. Il supprima tous les droits spéciaux accordés aux étrangers, gagnant ainsi uneindépendance réelle pour l'Iran6.

Sous le règne de Reza Chah les routes et le chemin de fer Trans-iranien furent construits, l'éducation moderne fut introduite et l'Université de Téhéran fut établie et pour la première fois, systématiquement l'expédition des étudiants iraniens en Europe a été commencée, afin de mieux former la jeunesse pour permettre ensuite l’éducation de la jeunesse. L'industrialisation du pays a été intensifiée, et les réalisations ont été grandes. Au milieu des années 1930, le styledictatorial de Reza Shah provoqua un important mécontentement en Iran. Et en 1935 le nom international du pays changea de la Perse à l'Iran6. Les mesures anti-tribales et anti-féodales de Reza Chah provoquèrent d'importants problèmes urbains démographiques, et les réformes vestimentaires dont l'abolition du voile pour les femmes déclencha une vague d'hostilité du clergé à Reza Chah, alors que le clergé l'avait justement aidé à "ceindre la couronne"A 1.

Une famille et une grande fratrie[modifier le code]

Tadj ol-Molouk, mère du chah

Troisième enfant d’une fratrie composée de sept garçons et quatre filles, Mohammad Reza Pahlavi est le frère cadet de la princesse Chams (1917-1996) et le demi-frère de la princesse Fatimah, dite Hamdan Saltaneh (1912-1992), née d’une précédente union. La princesse Ashraf (1919-2016) et le prince Ali-Reza (1922-1954) sont respectivement sa sœur jumelle et son seul frère de mère non qadjare. Ses demi-frères et demi-sœur d’ascendance qadjare (donc non dynastes) sont les princes Gholam-Reza (1923-2017) — mais l’intéressé a déclaré que sa mère était simplement apparentée aux Qadjars7Abdol-Reza (1924-2004), Ahmad-Reza (1925-1981), Mahmoud-Reza (1926-2001), la princesseFatimah (1928-1987) et l’ex-prince Hamid-Reza (1932-1992), déchu par son frère et devenu Hamid Islami sous la République islamique8.

Devenu empereur, il n'est pas spécialement proche de ses demi frères et sœurs ; du reste il était surtout proche de ses sœurs et frère directs, ChamsAshraf, et Ali Reza. La "privilégiée" fut sa sœur jumelle Ashraf, née quelques minutes après lui. Pendant toute leur enfance, puis pendant le règne de son frère, elle eut toujours sur lui un important ascendant, le chah allant manger chez elle au moins une fois par semaine, généralement le dimancheA 2. Il eut avec Chams et Ali-Reza des rapports familiaux un peu platoniques.

Pour ses demi-frères et ses demi-sœurs, il ne fut pas proche de Fatimah, dite Hamdam os-Saltaneh, née 17 ans avant lui. Il appréciait assez son frère Gholam Reza, dont certaines manières l'indisposaient parfois, et chez un autre demi-rère,Abdol Reza, intellectuel, lors de son propre anniversaire, chaque 26 octobre, après son accession au pouvoirA 3. Il appréciait également sa demi-sœur Fatimah, laquelle épousa en 1959 Mohammad Amir Khatami, militaire qui accompagna le chah lors de sa brève fuite d'Iran le 16 août 1953 avant d'épouser sa sœur. On ignore du reste la relation de Mohammad Reza avec ses autres frères Mahmoud Reza et Ahmad Reza, et on sait qu'au début des années 1960 son frère Hamid Reza, le dernier ses enfants de Reza Chah, fut destitué de son titre princier à la suite de son style de vie particulièrement peu apprécié et débridé9.

Les rapports de Mohammad Reza avec ses parents, mieux connus, marquèrent cependant le futur empereur :

Reza Khan était un grand homme musculeux qui dominait son fils, physiquement et psychologiquement, le marquant pour toute sa vie. L'obsession de faire aussi bien que son père, sinon mieux, marqua les quarante années de son règne. Dans son autobiographie, il dit "Un seul regard de mon père suffisait pour que je rentre sous terre" 10.

Mohammad Reza Pahlavi, prince héritier, vers 1925

La mère de Mohammad Reza, Tadj ol-Molouk, était, elle, une femme de mauvais caractère, superstitieuse, qui pensait que les rêves étaient une interprétation de choses qui allaient arriver, ou des messages d'un autre monde, donnant à ses enfants de nombreuses amulettes et gri-gris supposés leur garantir protection contre les mauvais esprits11. À l'instar de ses filles, elle eut un important ascendant sur le chah, religieux notamment en ce qui la concerne, cultivant la croyance en lui qu'il avait été choisi par la destinée ou Dieu pour accomplir de grandes choses12.

Héritier du trône et scolarité (1925-1936)[modifier le code]

Le prince héritier Mohammad Reza et Abdolhossein Teymourtash

En 1925, bénéficiant d'une éducation stricte à la fois militaire et occidentale, Mohammad Reza Pahlavi gagna le prytanée Nezam, deux jours après qu'une loi lui eut conféré le titre de prince héritier, qu'il devint officiellement le 26 janvier 1926. Son éducation fut supervisée par le doyen du clan Pahlavan, dont Reza Chah était issu. Dans les faits, cependant, cela étant plutôt un hommage du nouvel empereur à son clan, c'est Soleiman Behboudi, valet et homme de confiance de Reza Chah, qui s'occupa de cette éducationA 4. Le jeune prince intégra ensuite un institut au sein duquel étaient scolarisés les enfants des ministres ainsi que ceux descourtisansA 5.

Une fois son certificat d'étude obtenu, à la fin de l'été 1931, Mohammad Reza Pahlavi quitta l'Iran afin de poursuivre son instruction en Suisse, dans le canton de Vaud. C'est une destination bien particulière : il part pour l'Institut Le Rosey, école suisse réputée pour son ouverture d'esprit et connue de par sa fréquentation, où on trouve des enfants de la cour. LaSuisse est un choix, Reza Chah cherchant à scolariser son fils dans une école laïque, et surtout située dans un pays qui n'a aucun contentieux avec la Perse - le Royaume-Uni et l'URSS se trouvant donc forcément hors-jeu. Mohammad Reza n'est pas très enthousiaste à l'idée de partir si loin de chez lui : aussi il ne part pas seul, et on lui adjoint plusieurs camarades : son frère Ali Reza, son ami Hossein Fardoust, et Mehrpour Teymourtash, fils du ministre de la Cour, Abdol-Hossein Teymourtash qui supervise le voyage N 2 .

Mohammad Reza Pahlavi en 1931

En septembre 1931, le petit groupe, assisté de deux précepteurs, deux remarquables hommes de lettres, embarque au port Pahlavi d’Anzali, pour se rendre à Bakou, en URSS. La reine Tadj ol-Molouk, ses filles – et sœurs du prince héritier – Ashraf et Chams sont venues leur dire au revoir. Le cortège est escorté par le ministre de la Cour, père de Mehrpour, Abdol-Hossein, pendant tout le trajet : arrivés à Bakou, ville natale de Tadj ol-Molouk, ils traversent en wagon spécial N 3 l’URSS, puis la Pologne et l’Allemagne, avant d’arriver en Suisse, et à Genève.

De gauche à droite : Mohammad Reza Pahlavi, Ali Reza PahlaviHossein Fardoust et Mehrpour Teymourtash

Dès son premier jour en tant qu'étudiant à Le Roseyen septembre 1931, le prince héritier eut un démêlé avec un groupe de ses camarades ; assis sur un banc dans un parc à l'extérieur du Rosey, le prince héritier passa devant eux, et s'étonna que personne ne l'eut salué militairement, ce que tout le monde faisait en Iran ; ce qui conduisit un étudiant américain à battre Mohammed Reza, qui rapidement appris à accepter que personne ne se mette au garde-à-vous à son passage tant qu'il serait enSuisse13. En tant qu'étudiant, Mohammed Reza excellait au football, mais les dossiers scolaires indiquent que son principe problème en tant que joueur de football fut sa «timidité», comme quoi le prince héritier avait peur de prendre des risques14. Le prince héritier fut instruit en français à Le Rosey, et avec le temps, Mohammad Reza développa un grand intérêt pour la civilisation française et les choses françaises en général15. Dans les articles qu'il écrivit en français pour le journal étudiant en 1935 et 1936, Mohammed Reza remercia Le Rosey pour lui avoir élargi l'esprit et l'avoir éveillé à la civilisation française16. Du reste, c'est un élève sans histoire, bien que l'école -qui scolarise beaucoup d'américains et quelques membres de familles prestigieuses, voire royales- ait tendance à le couver et lui confère quelques avantagesA 6. Cependant, passé l'incident du premier jour, Mohammad Reza n'est pas le genre d'élève à faire valoir ses passe-droitsA 6.

Sportif, il est de bonne consistance, atteignant sa taille adulte à 15 ans : il mesure 1,70 m ou 1,76 m selon les sourcesA 6,17 . Dans le football, il participera même à un championnat local, et son équipe gagnera : sa photo apparaîtra dans le journalA 6 ! Il est compétent dans beaucoup de domaines, notamment les sports, même ceux d'hiver, à l'époque peu maîtrisés. Si les mathématiques sont son point faible, il apprend l'histoire, la géographie, les langues... Il gardera de son apprentissage de l'anglais, par des professeurs francophones, un accent français quand il utilisera la langue deShakespeare. Il parlera français de façon couranteA 6.

Ernest Perron (1908-1961), ici dans les années 1950

Pendant sa scolarité en Suisse, Mohammad Reza se lia d'amitié avec Ernest Perron, fils d'un jardinier qui travaillait à Le Rosey qui devient son meilleur ami et son "presque jumeau", malgré leur grande différence d'âge (Perron avait 11 ans de plus que Mohammad Reza)18. Perron, un homme efféminé et excentrique, habillé dans un style kitsch, boitant et qui, même enfant, ne cacha jamais son homosexualité, fut souvent battu par les étudiants jusqu'à ce qu'un jour Mohammad Reza prenne sa défense19Perron, qui se prenait pour un poète, introduisit Mohammad Reza à la poésie française et sous son influence, Chateaubriand etRabelais devinrent "[ses] auteurs français préférés"20. Le prince héritier appréciait tellement Perron que quand il retourna en Iran en 1936, il emmena Perron avec lui, et imposa l'installation de son meilleur ami dans le Palais de Marbre21. Les sources divergent sur la fin de sa vie : certaines disent qu'impliqué dans un litige diplomatique entre l'Iran et le Royaume-Uni il fut disgracié par le chah, quitta le pays, et mourut en Suisse en 1961 de maladie22, tandis que d'autres sources, si elles confirment sa mort en Suisse, disent que le chah et Perron restèrent amis jusqu'à la fin, Perron n'allant en Suisse que pour se faire soigner avant d'y mourir23, et d'autres parlent d'une mort, toujours en 1961, en Iran24. Après la révolution islamique en 1979, un livre fut publié par le nouveau régime, intitulé Ernest Perron, le mari du Shah d'Iran par Mohammad Pourkian, parlant d'une relation homosexuelle entre le Shah et Perron, qui reste l'interprétation officielle de la République islamique encore aujourd'hui25. Marvin Zonis, un des biographes du chah, a écrit que le livre contient beaucoup d'affirmations et peu de preuves concernant une relation homosexuelle entre les deux hommes, et notant que tous les courtisans du Shah nièrent que Perron eut été l'amant du Shah, et rappelant que Reza Chah, plutôt homophobe, n'aurait pas permis à Perron de se déplacer dans le Palais de marbre en 1936 s'il avait cru que Perron eut été l'amant de son fils26. L'historien irano-américain Abbas Milani a soutenu Perron était "self-object" de Mohammad Reza, une personne que quelqu'un choisit d'agir comme une extension de leur personnalité et qui lui permet de booster son estime de soi20. Milani a rappelé que Reza Chah a souvent critiqué son fils pour manque de virilité et disant qu'il voulait que son fils ait une «éducation virile» pour lui donner quelque force selon lui, et que, pour l'hétérosexuel Mohammad Reza, avoir un homme efféminé comme Perron autour de soi créa ses doutes sur sa propre masculinité27. Mohammad Reza fut le premier prince iranien en ligne de succession directe pour le trône à être envoyé à l'étranger pour suivre une éducation à l'étranger, qu'il suivit pendant un peu plus de quatre années, avant de revenir pour obtenir son diplôme d'études secondaires en Iran en 1936.

Mohammad Reza Pahlavi jeune

En 1936, au terme des cinq années passées au collège du Rosey (Institut Le Rosey), àRolle, au cours desquelles quatre des demi-frères, plutôt turbulents, l'ont rejointA 6, le jeune prince revint au pays. Lui et ses camarades, qui l'accompagnaient, furent émerveillés par le nouveau visage moderniste et occidentalisé que Reza Chah avait donné à l'Iran. À cette occasion, le père du prince héritier dit à son entourage : « J’ai rendu d’éminents services à mon pays, mais le plus grand, c’est le prince héritier que je lui donne : Vous ne pouvez pas le savoir maintenant, mais vous constaterez ses capacités lorsqu’il assumera ses fonctions. Vous ne pouvez pas encore savoir. » A 7 Le jeune prince revient ensuite en Suisse pour y terminer ses études : en juin 1937, il réussit ses épreuves de maturité gymnasialeA 7.

Prince héritier en Iran (1936-1941)[modifier le code]

Il acheva son apprentissage, désormais militaire, à l'École des officiers deDanechkadéyé-Afsari. Il a avec lui comme camarades des jeunes conscrits, parmi lesquels on trouve Nematollah NassiriAbbas Gharabaghi (en)Gholam Ali Oveyssi (en) et l'éternel Hossein Fardoust. Il suit une formation des plus intenses, participant même à des opérations à la limite des commandos. Il apprend également à piloter, et obtiendra son brevet de pilote le 17 octobre 1946 A 7. Il reçut le diplôme des mains de son père le 28 septembre 1938, avec le grade de sous-lieutenant.

Arrivé au terme de sa formation, il suit désormais quasiment partout le chah dans ses déplacements, et il est associé de près au rôle de monarque que son père remplit. Il l’accompagne partout, assiste à toutes les représentations, la plupart des visites et les audiences. Certains dossiers, comme l’Éducation et la Culture, sont directement gérés par le prince héritier. Il est discret et ne donne que rarement son avisA 8. Il fut ensuite fiancé à la princesse Fawzia d'Égypte, la sœur du roi Farouk Ier qu'il n'avait jamais vue auparavant. Moins d'un an plus tard, le 15 mars 1939, les cours d'Iran et d'Égypte étaient unies.

Reza chah cherche à marier son fils : l’idée principale est de conclure un arrangement dynastique qui permette l’enracinement de la dynastie. Cette solution semble s’imposer à cause de l’amendement constitutionnel de 1925 qui interdit aux futur souverain iranien d’avoir une mère Qâdjare : ce qui explique pourquoi tous les fils de Reza Chah, sauf Ali Reza et Mohammad Reza, ne sont pas dans la succession au trône N 4 ; cette mesure de précaution votée par Reza Khan, qui avait cherché à prendre une précaution sans en mesurer les conséquences, force le prince héritier à se marier avec une étrangère. Si possible, une membre d’une dynastie ancienne et affirmée : une jeune dynastie comme celle des Pahlavi a besoin de cousiner avec les autres monarchies des pays voisins et arabes, très nombreuses à cette époque, pour gagner en légitimité. Plusieurs solutions sont envisagées : en Afghanistan, en Irak, en Tunisie… et même en Turquie, où la famille ottomane reste prestigieuse. Reza Chah et Mahmoud Jam ont peur d’indisposer la Turquie laïque qui a mis fin à l’empire Ottoman, laquelle indique cependant une autre solution, arabe et africaine.

ChamsAli RezaTadj ol-Molouk, un officier etAshraf lors du mariage du prince héritier Mohammad Reza, le 25 avril 1939

L’Égypte royale, le 20 janvier 1938, marie son souverain, Farouk Ier, à la belle Safinaz Zulfikar, dite Farida, véritable événement de l’année du gotha mondial. Un mariage resplendissant, qui fait suite à l’accession au pouvoir de Farouk Ier à la mort de son père Fouad Ier, le 28 avril 1936. La cour d’Égypte possède un faste d’Orient inégalé qui fascine et merveille, avant de susciter plus tard des critiques 28. C’est un allié idéal et il se trouve que Farouk a de nombreuses sœurs, dont l’aînée, Fawzia, a à peu près l’âge du prince héritier. Le Caire est discrètement consulté, mais l’affaire s’ébruite alors que Reza Chah avait ordonné la plus grande discrétion. La délégation est rappelée par le vieux monarque furieux qui attend que les bruits se tassent pour reprendre les négociations.

Fawzia et Mohammad Reza pour leur mariage le 16 mars 1939. À droite de Fawzia, son frère le roi d'ÉgypteFarouk Ier

Le 26 mai 1938, le palais impérial annonce qu'une délégation conduite par le Premier ministre Mahmoud Djam va se rendre au Caire pour convenir du mariage entre le prince héritier et Fawzia d’Égypte, fille du roi Fouad Ier et sœur du jeune Farouk Ier, intronisé deux ans auparavant. Les fiancés ne se sont jamais vus et ne parlent pas la même langue, communicant en français. Moins d'un an plus tard, en mars 1939, Mohammad Reza Pahlavi se rend en Égypte avec une suite ; après une parade accompagné de l'ancien régent Mohammad Ali Tewfik, où il est aperçu pour la première fois par Anouar el-Sadate, alors simple soldat défilant dans les troupes royales29, Mohammad Reza est accueilli au palais Koubbeh par le roi Farouk et des membres de la famille royale égyptienne ; il y fait connaissance avec sa future épouse, la princesse Fawzia. Le 16 mars 1939, Mohammad Reza épouse Fawzia au palais d'Abedin, au Caire, selon le rite sunnite. Il ne garde pas un très bon souvenir de l'étalage de luxe qui accompagne son mariage égyptien, qu'il ressent comme une humiliation envers son pays plus simple et modeste30. Une seconde cérémonie, de rite chiite, se déroule à Téhéran, au Palais impérial du Golestan, le 25 avril 1939.

Hamid Reza Pahlavi, Fawzia FuadReza Chah,Nazli Sabri et Mohammad Reza Pahlavi lors du banquet à l'ambassade d'Égypte à Téhéran, pour le mariage de Fawzia Fuad et du prince héritier Mohammad Reza Pahlavi, le 25 avril 1939

Le mariage à Téhéran est dérangé par la reine mère Nazli, mère de Farouk et de Fawzia, venue à Téhéran pour le mariage de sa fille, qui ressent durement la différence entre la cour versaillaise d’Égypte et celle de Téhéran, plus modeste, et où l’étiquette est plus approximative. Au Caire, cette opulence avait presque humilié le prince héritier et sa suite, qui le consignera dans ses mémoires 30. Pourtant, pour recevoir la famille de sa belle-fille, Reza Chah a mis les petits plats dans les grands et valorisé la transformation de la ville depuis une quinzaine d’années (même si la ville reste encore bien en dessous d’Alexandrie ou du Caire), pavoisant les cortèges de chars et de décorations semblables à celles qui avaient accueilli Mohammad Reza en Égypte. Mais Nazli n’a de cesse de rabaisser tout le monde et lorsque les célébrations sont finies et qu’elle part en France, toute la cour souffle.

Les deux époux semblent bien s’entendre et s’aimer, faisant la couverture des journaux et focalisant l’attention de la cour. La naissance d’une fille, Chahnaz, le 27 octobre 1940, le lendemain des 21 ans de son père, consolide leur union. Cette dernière est gâtée par son grand-père qui l’adore, et lui offre même un palais dans le parc de Sa'ad-Abad, où Chahnaz vivra après son mariage avec Ardéshir Zahédi en 1957.

Seconde Guerre Mondiale et invasion de l'Iran[modifier le code]

Article détaillé : Invasion anglo-soviétique de l'Iran.
Reza Chah, ici à la fin de son règne

Fin 1939, alors que la Seconde Guerre Mondiale ne va pas tarder à éclater,Reza Chah fait écourter les voyages de noces de son fils pour bénéficier de sa présence, qu'il veut continue. Le prince est de plus en plus présent, sollicité notamment pour ses connaissances linguistiques. Le début de la guerre pose l'Iran de Reza Chah comme un ennemi des "Alliés" : il est économiquement lié à l'Allemagne hitlérienne, ce qui irrite profondément les anglais, notamment, ainsi que d'autres voisins.

Alors que la guerre commence, Reza Chah ne fait que peu de changements pour faire mentir les rumeurs d'une connivence : il nomme Premier MinistreAhmad Matine-Daftari, chargé de négocier cependant un raccourci des relations avec les allemands 31. Après la capitulation de la France, en juin 1940, l'attitude du chah change du tout au tout : il procède à l'arrestation de toutes les personnalités anti-britanniques, dont Mohammad Mossadegh N 5, ainsi que Matine-Daftari, germanophile, et le remplace par Ali Mansour, réputé pro-britannique. Il accroît la surveillance des personnalités italiennes,allemandes et roumaines en Iran mais refuse de se plier aux exigences des britanniques qui demandent leur expulsion32. La tension monte d'un cran avec l'invasion de l'URSS le 22 juin 1941 : l'Iran se retrouve entouré de pays antagonistes : l'empire des Indes britanniques à l'est, l'Irak protectorat de fait britannique à l'ouest, et surtout l'Union Soviétique au nord.

Le louvoiement du chah finit par avoir raison de la patience de l'URSS et du Royaume-Uni : le 25 août 1941, l'opération "Countenance", c'est-à-dire l'invasion de l'Iran par les Alliés a lieu. L'armée de Reza Chah ne peut pas grand-chose contre les puissances combinées soviétique et surtout britannique. Ali Mansour n'a pas la carrure d'un homme de crise : il est remplacé par le 29 août par Mohammad Ali Foroughi, ancien compagnon de route de Reza Chah, et qui a mis de côté les différends qui l'avaient opposé au souverain. Mais la situation empire ; à la suite d'un ordre erroné du ministre de la Guerre, l'armée de terre est dissoute et les armées soviétiques et britanniques ont prévu de se joindre à Téhéran, dont elles ne sont plus très loin 33.

Foroughi fait cependant parvenir aux envahisseurs les clauses d’une paix, et l’armistice est signée le 30 août. Le 8 septembre un accord est signé entre l'Iran et les Alliés qui entérine la création de deux zones d'occupation. Au nord-ouest la zone de Tabriz et les rives de la Caspienne sont occupées par l'armée rouge tandis que les Britanniques occupent les champs pétroliers d'Abadan et de KermanshahTéhéran accepte également de faciliter le transit des cargaisons militaires britanniques vers l'URSS pour le front de l’Est. Les concessions pétrolières à l'Anglo-Persian Oil Company sont renouvelées à des conditions plus avantageuses pour cette dernière pour la durée de l’occupation 32.

Abdication de Reza Chah et accession au trône (1941)[modifier le code]

L'abdication de Reza Chah ; le prince héritier, derrière, sera dans quelques heures le nouveau souverain

Le 15 septembre 1941, les ministres plénipotentiaires britannique et soviétique font savoir au gouvernement qu'avant que leurs troupes n'arrivent à Téhéran, leurs gouvernements exigeaient l'abdication de Reza Chah et son départ de la capitale. Si les soviétiques apprécieraient la proclamation d'une république, les anglais cherchent avant tout à se débarrasser du souverain.

Exaspérés par les libertés prises par Reza Chah, ces derniers avaient caressé l'idée de rétablir la dynastie Kadjar. Aussi, jetèrent-ils leur dévolu sur Soltan Hamid Mirza qui était le fils de l'ancien régent Mohammad Hassan Mirza et le neveu d'Ahmad Chah Qajar. Toutefois la probabilité de voir ce prétendant monter sur le trône paraissait bien faible tant son profil révélait des failles non négligeables : Soltan Hamid Mirza ne parlait pas le persan et connaissait bien mieux Londres et la Riviera italienne que sa terre natale quittée à l'âge de quatre ans.

L’« option Pahlavi », qui consiste à faire abdiquer Reza Chah pour proclamer son fils Chāhinchāh, n’est pas vraiment envisagée par les alliés. Foroughi, lui, a pragmatiquement envisagée cette option, de même que Reza Chah. Mohammad Reza, lui, est plus sceptique : il a peur d’un coup de force anglo-soviétique. Le 16 septembre au matin, Foroughi et Reza Chah se retrouvent une dernière fois au palais de Marbre. L’abdication est rédigée par le Premier Ministre. Puis le chah sort du palais, où il tient avec le prince héritier ce dialogue :

Mohammad Reza Pahlavi arrivant au Parlement pour aller prêter serment

«  Et si les Russes entrent dans la capitale, ce sera la révolution ? Ce à quoi son père lui répond, sarcastique :

- Il ne se passera rien, ils veulent seulement ma peau. Et ils l’ont eu. »A 9

Le chah désormais déchu rejoint ensuite le jardin du palais, où il monte dans une voiture, prenant le chemin d’un exil dont il ne reviendra pas. Ses enfants, sauf Mohammad Reza, partent avec lui. À la suite de cette abdication, la course s'engage : le ministre des affaires étrangères Ali Soheili rapporte que les anglais font savoir au gouvernement qu'ils refusent de reconnaître Mohammad Reza Chah roi 34 : l'essentiel est donc de lui faire prêter serment avant l'entrée dans la capitale des troupes étrangères pour Foroughi. Il se rend au Parlement, dans le quartier duBaharestan, et lit l'abdication de Reza Chah. Puis il retourne au palais, où il trouve un prince héritier hésitant, auquel Foroughi force la mainA 10.

Mohammad Reza Pahlavi,  chāhanchāhd'Iran, prête serment sur la Constitution à 15h30

L'après-midi, alors qu'une partie de la population téhéranaise attend à côté du Parlement, Foroughi et Mohammad Reza arrivent au Parlement à 14 heures. Les parlementaires sont réunis pour la prestation de serment. À 15h10, le futur chah et le Premier Ministre réapparaissent : puis le jeune prince prête serment sur la Constitution de 1906, révisée de 1925 :

« Moi, Mohammad Reza Chah Pahlavi, sous le regard du Dieu Tout-Puissant,

Mohammad Ali Foroughi, Premier Ministre, et Mohammad Reza Chah, le16 septembre 1941

jure sur le Saint Coran et sur tout ce qui est respecté devant Dieu,

que je dédirai ma vie à la préservation de l'indépendance et de l'intégrité territoriale de l'Iran, ainsi qu'aux droits de l'homme. Je jure de protéger et de préserver le système constitutionnel iranien et ses lois basiques, et de régner en conséquence. J'implore ainsi le Tout-Puissant pour qu'il m'en accorde le succès »35

Mohammad Reza devient Chāhanchāh d'Iran le 16 septembre 1941. À 15h30, il quitte le Parlement et est acclamé par la foule, qui sent que quelque chose de terrible vient d'être évité. À 16h, à peine Foroughi et Mohammad Reza Chah ont quitté le Parlement que les troupes alliés investissent Téhéran ; il est trop tard pour elles : les Alliés ne prendront pas le risque de déposer le nouveau chah, au risque de s'aliéner la population A 11. Le jeune homme inexpérimenté, qui se trouve propulsé sur le trône du Paon à l'aube de ses vingt-deux ans, commence son règne avec un pouvoir purement nominal et protocolaire. Dès le lendemain, 17 septembre, il doit faire face au défilé des envahisseurs dans Téhéran, et recevoir les chefs militaires de ceux qui sont désormais ses "Alliés".

Début de règne (1941-1949)[modifier le code]

Seconde Guerre Mondiale et occupation étrangère[modifier le code]

Portrait du Shah Mohammad Reza en 1942

Mohammad Reza Pahlavi succède à son père en septembre 1941 dans un contexte difficile, l'Iran étant en partie occupé par les armées anglo-soviétiques. Il est dans ses pouvoirs sévèrement limité par les Britanniques qui noyautent notamment la vie parlementaire iranienne36. Sous l'impulsion du Premier ministre Mohammad Ali Foroughi, le jeune chah laisse s'instaurer un régime plus démocratique, qui rompt avec les quinze ans de pouvoir autoritaire de Reza Chah, et octroie aux forces alliées de disposer du territoire : en échange, un traité, signé par Foroughi le 26 janvier 1942, garantit l'intégrité territoriale et le départ des armées d'occupation six mois après la fin de la guerre. L'Iran collabore avec les pays alliés sous tous les fronts, et déclare la guerre à l'Allemagne officiellement le 9 septembre 194337. Avant ça, les alliances s'étaient renversées de par la collaboration du gouvernement avec les occupants : certains, parmi la population, y virent même une traîtrise, et Foroughi échappa à un attentat au siège du Majlis le 25 janvier 1942A 12. L'occupation étrangère est à la fois militaire, politique et économique sur l' Iran. Elle se suit de la création du Corridor Perse, une route d'approvisionnement vers l'Union soviétique (Front de l'Est) reliant leroyaume d'Irak, l'empire des Indes, l'état impérial d'Iran et la Mer Caspienne. Les États-Unis prennent ensuite part au conflit : déjà le 18 février 1941, le Congrès américain avait adopté la loi Lend-Lease  pour le prêt importants de matériel de guerre aux Alliés avant l'entrée officielle en guerre.

Le 6 février 1941Franklin D. Roosevelt fait savoir que les américains viendront aussi en Iran, mais qu'ils s'engageront à défendre l'intégrité territoriale et l'indépendance du paysA 12. Ce qui ne peut qu'être apprécié ; du reste, les États-Unis n'ont pas de contentieux historique colonialiste avec la Perse, contrairement au Royaume-Uni et à l'URSS. Certains incidents sont cependant notifiés, inspirant des élans de patriotisme dont la chanson Ey Iran, l'hymne non-officielle du pays sortit37. Que ce soit à cause des exactions commises par les troupes étrangères ou à cause des privations dues à la Guerre, le mécontentement gronde en Iran. Le8 décembre 1942, des émeutes éclatent, et si le palais de Sa'adabad, où réside la famille impériale, est approché par les émeutiers qui n'y feront rien, la résidence du Premier Ministre Ghavam et quelques maisons sont mises à sac. Après quelques jours d'émeutes, le gouvernement rétablit l'ordre, et dédommage les victimes. Ghavam établit un système de rationnement pour remédier à la famine qui a déclenché l'insurrectionA 13. Après cela, peut-être à cause de ses anciens ressentiments envers le Shah, dont il a été l'ennemi politique du père avant que celui-ci ne devienne empereur, de 1921 à 1925, Ghavam démissionne. S'ensuivra une importante instabilité parlementaire et donc ministérielle qui ne se terminera réellement qu'avec son retour aux affaires le 28 janvier 1946.

Mohammad SaedStaline, Mohammad Reza Chah et Molotov endécembre 1943

Mohammad Reza Chah Pahlavi, lui, se retrouve roi, mais pas tout à fait roi comme l'a été son père. Une grande partie de sa famille, dont sa belle-mère Esmat Dowlatshahi, a suivi Reza Chah dans son exil : il ne reste à Téhéran que sa mèreTadj ol-Molouk, sa sœur jumelle Ashraf, et bien sûr son épouse Fawzia et leur filleChahnaz. Avec la reine, il visite grands nombres d'hôpitaux, d'écoles, et d'édifices en tout genre, avant d'effectuer des visites en province à partir de 1943. Son pouvoir symbolique fait de lui quelqu'un d'apprécié et populaire, car il n'est responsable de rien, et ce devant personne. Enfin, dans le cadre de la guerre, le jeune shah va avoir "l'honneur" de recevoir dans son pays une très importante rencontre entre les Alliés, dont il fait partie depuis le 8 septembre 1943 : la Conférence de Téhéran.

Ali Soheili, Mohammad Reza Chah et Winston Churchill, le 30 novembre 1943

Cette rencontre entre Winston ChurchillFranklin Roosevelt et Joseph Staline, qui se tient du 28 novembre au 1er décembre 1943 est la première du type dans le cadre de la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et d'importantes décisions militaires et politiques y furent prises : l’organisation d’un débarquement en Normandie en juin 1944, le rejet par Staline et Roosevelt du projet britannique d’offensive par la Méditerranée et les Balkans, le principe d’un démembrement de l’Allemagne, d’un partage de l’Europe en zones d’influence et du déplacement de la Pologne vers l’ouest. Pour le Shah, c'est une épreuve humiliante : ni Churchill ni Roosevelt ne viennent lui rendre visite, il doit aller les voir et être reçu par ces derniers. Il est ainsi reçu rapidement le 30 novembre 1943 par un Churchill dont c'est d'ailleurs l'anniversaire38, et par un Roosevelt sympathique mais à la santé déclinante qui propose au Shah de devenir son expert en reboisement une fois son mandat terminé10. Le seul ayant la décence de venir rendre visite au chef d'état du pays occupé et qui accueille la conférence est Staline. Il est reçu le 1er décembre au Palais de Marbre de Téhéran par le Shah, qui notera son intérêt à lui marquer son respect ; il estime que ce n'est pas désintéressé. Staline et Viatcheslav Molotov, qui l'accompagne, sont ensuite reçus par le Premier Ministre Ali Soheili et le ministre des Affaires Etrangères Mohammad Saèd. Il est convenu que l'URSS considérera l'importance de l'Iran sur le front de l'Est et reconnaît sa souveraineté nationaleA 14.

Charles De Gaulle vers 1944

En outre, toujours pendant la Guerre, le Shah rencontre un autre invité de marque : Charles De Gaulle, qui, en route pour Moscou, fait halte à Téhéran le 27 novembre 1944 ; l'Iran a rompu ses relations avec le régime de Vichy en 1942, et le général De Gaulle admire beaucoup l'élégance diplomatique du Shah qui l'a reçu, en même temps que la Perse et son histoire multi-millénaire, tandis que le Shah admire également beaucoup le général : c'est le début d'une entente cordiale entre les deux hommes, qui se retrouveront des années plus tardA 15Ardéshir Zahédi note dans ses mémoires que le général De Gaulle deviendra un modèle pour le Shah, le même type de modèle que Mustafa Kemal avait été pour Reza Shah39,40.

Les crises sécessionnistes en Azerbaïdjan et au Kurdistan[modifier le code]

Article détaillé : crise irano-soviétique.
La République du Mahabad et la République autonome d'Azerbaïdjan

En mai 1945, alors que le conflit mondial est arrivé à son terme, la situation en Iran est loin d'être fantastique : le pays est épuisé par ces années de guerre et attend pour se régénérer que les Alliés quittent le pays ; ces derniers s'y étant engagés, les américains puis les britanniques lèvent le camp en octobre. Les soviétiques sont plus récalcitrants à évacuer le pays, et restent dans le nord du pays, où ils soutiendront militairement des mouvements séparatistes : laRépublique de Mahabad, créée (ou proclamée) en janvier 1946 dans le Kordestanet le Gouvernement Populaire d'Azerbaïdjan, en Azerbaïdjan iranien, en novembre 1945. La situation interne n'est guère mieux : avec les intrigues parlementaires, la vie politique se sclérose : Ali Soheili démissionne le 6 avril 1944, remplacé parMohammad Saed, qui tombe le 25 novembre 1944, lui-même relayé par Morteza Gholi Bayat jusqu'au 13 mai 1945, date à laquelle il est remplacé par Ebrahim Hakimi, qui sera remplacé par Mohsen Sadr du 6 juin au 30 octobre 1945 avant de revenir aux affaires.

Mohammad Reza est lui esseulé : le 26 juillet 1944, il a appris la mort de son pèreen Afrique du Sud, où il se trouvait depuis deux ans, et en mai 1945, son épouse Fawzia entama un voyage familial enÉgypte dont elle refusa de revenir, abandonnant à Téhéran son époux et sa fille. Le divorce ne sera prononcé qu'en 1948.

Le Shah et ses premiers ministres successifs sont ainsi confrontés à diverses menées séparatistes, qui disposent d'une certaine attache populaire -mais surtout étrangère- de par ses promesses et ses fondements, le principal étant l'indépendance ethnique de la zone, jugée soumise depuis trop longtemps à la "persification" du territoireA 16. À cela s'ajoute le refus soviétique d'évacuer les provinces du nord sans négociations préalables. C'est d'ailleurs le pétrole qui intéressent beaucoup ces derniers, mais une loi votée sous le gouvernement Bayat leur interdit de signer un contrat pétrolier avec l'IranA 15. Le communisme est une idéologie montante en Iran : le parti communiste de Perse (en), créé en1920, et lui-même une renaissance du parti de la Justice (Ferqa'ye ʿEdālat) créé en 191741, fut interdit sous Reza Chah à partir de 1929. En 1941, en pleine libéralisation du régime, Foroughi avait autorisé la création de tous partis ; c'est dans ce contexte qu'avait été fondé le parti Tudeh (Hezb-e Tudeh Iran) le 29 septembre 1941, parti marxiste très étroitement lié à l'URSS. Le temps passe et rien ne s'arrange : cependant les nouveaux régimes doivent faire face à des soulèvements populaires, et l'URSS arme les milices qui répriment les insurrections, et le clergé local, dont Kazem Shariat-Madiari etSeyyed Hossein Bouroudjerdi, appelle à l'aide le régime de Téhéran. De plus, Washington et Londres protestent contre ces ingérences de l'armée Rouge. C'est un des premiers signes de la Guerre Froide qui est en train de naître. Hakimi finit par démissionner, ayant du mal à gérer la crise. Le Parlement propose de rappeler Mirza Ahmad Ghavam, dit "Ghavam os-Saltaneh"N 6, qui a déjà été Premier Ministre après la retraite de Foroughi malade et le cours mandat d'Ali Soheili du 9 mars 1942 au 9 août 1942. Le Shah, dont on dit qu'il apprécie peu GhavamA 17, finit par accepter la nomination.

Le Shah d'Iran et Ghavam os-Saltaneh lors de la crise d'Azerbaïdjanen 1946
Ghavam à Moscoufévrier-mars 1946

Ghavam, une fois devenu Premier Ministre, entreprend d'aller négocier àMoscou avec Staline en personne : ce qui a lieu du 21 février à mi-mars 1946. Si rien ne filtre officiellement de ce qu'ils se sont dit, et bien que Ghavam soit reçu avec les égards, il semble que les deux hommes conviennent d'un marché : l'Union Soviétique cessera d'appuyer les deux régimes séparatistes, et Ghavam ira faire réviser la loi pétrolière anti-soviétique de 1944. L'armée rouge se retire ainsi d'Azerbaïdjan et du Kurdistan, contre lesquels la campagne militaire peut commencer. Elle est menée, par Haj Ali Razmara, à partir de novembre 1946. La princesse Ashraf se rend à son tour à Moscou pour persuader Staline de ne pas recommencer à soutenir les indépendantistes42. Razmara fait tomber la place forte de Zanjan le 13 novembre, où le Shah en personne se rend avec lui, paradant depuis son avion alors qu'il a obtenu son brevet de pilote le 17 octobre 1946 A 18. Le 6 décembre, c'est Tabriz, siège du régime azerbaïdjanais qui capitule. Peu de temps après, effrayé par la déconfiture de son voisin, le régime du Kurdistan tombe égalementA 18. La plupart des dignitaires et des chefs des deux républiques s'enfuiront en URSS, quelques-uns auront la vie sauve ou iront en prison, mais le reste sera condamné à mort par des cours martiales43. Reste pour Ghavam à régler les engagements pris auprès de Staline à Moscou, bien que le Premier Ministre ait déjà préparé sa parade : il soumet le projet au Majlis le 3 novembre 1947, et évidemment, le Parlement très anti-russe depuis les derniers événements, rejette le projet de révision. Staline est ainsi neutralisé et n'a plus d'arguments contre Ghavam. Le Shah félicite largement son Premier Ministre pour cette réussite, tandis que lui, Razmara et Ghavam sont acclamés partout comme des libérateurs.

C'est en fait à l'issue de l'intervention militaire dans les provinces rebelles et d'une offensive diplomatique orchestrée par le Premier Ministre Ghavam os-Saltaneh que le jeune monarque, naguère peu estimé par les grandes puissances, gagne en prestige et devient le [Quoi ?].

Mohammad Reza Pahlavi à l'hôpital après l'attentat du 4 février 1949

Le 4 février 1949, soit quelques mois à peine après avoir échappé à la mort dans un accident d'avion, lors d'une visite d'inspection au barrage de Zayandeh rud, le chah devait faire l'objet d'une tentative d'assassinat durant les célébrations du dixième anniversaire de l'Université de Téhéran44. Arrivé par la porte principale du bâtiment, Mohammad Reza Pahlavi devait recevoir deux balles d'un pistolet de petit calibre, un 6,35 mm45. La première balle atteignit la joue droite, passant entre la gencive et la lèvre, pour sortir sous le nez. La seconde effleura le dos, arrachant des chairs de l'omoplate46. Bien que les blessures eussent été jugées graves, elles étaient plus impressionnantes que mortelles ; aucun organe vital n'ayant été touché, le chah n'eut à subir que des points de suture et sortit de l'hôpital militaireno 1 quelques heures après. De retour au palais impérial, Mohammad Reza Pahlavi s'adressa à la nation dans un communiqué radiodiffusé et poursuivit ses activités comme à l'accoutumée47.

Abdol-Ghasem Kachani eut un rôle trouble dans l'organisation de l'attentat

La cause exacte de l'attentat devait demeurer une énigme, car l'agresseur fut tué durant sa fuite par des gardes qui étaient peu au fait des règles du Code pénal48. Tout au plus, l'enquête révéla que l'auteur de l'attentat s'appelait Nasser Fakhr-Araï, qu'une carte de presse lui avait permis de déjouer la surveillance et qu'il était membre du Tudeh49. Les investigations policières révélèrent en outre des complicités dans les rangs islamistes. En effet, il apparut que Nasser Fakhr-Araï était employé par le quotidien Parchamé Eslam (la Bannière de l'islam), un organe de presse proche des Fedayin de l'islam de Navvab Safavi, et avait obtenu sa carte de presse grâce à une intervention de l'ayatollah Kachani, figure influente du courant conservateur chiite et mentor deRuhollah Khomeiny50,51. Selon toute vraisemblance, le militant communiste n'était pas un tireur professionnel puisqu'il éprouva de grandes difficultés à toucher sa cible malgré la courte distance (deux mètres) qui le séparait du chah. Sur les six balles contenues dans le pistolet, trois s'étaient logées dans le képi du souverain et une resta bloquée dans le barillet46. Pris de panique, Nasser Fakhr-Araï jetta son arme, détala et fut abattu aussitôt après, en pleine course.

L'iranologue Yann Richard souligne le caractère ambigu de cet attentat qui fit l'objet d'une exploitation médiatique. De fait, le chah bénéficia d'un regain de popularité et fut dès lors placé dans un contexte plus favorable pour justifier certaines initiatives visant à neutraliser l'opposition et à renforcer les prérogatives royales. Ceci expliquerait en conséquence, selon l'iranologue français, l'interdiction du parti Tudeh le jour même de l'attentat et les mesures coercitives prises à l'encontre des dirigeants des Fedâ'iyân-e eslâm, qui ne tardèrent pas à être arrêtés ou exilés. Parmi ceux-ci figurait l'ayatollah Abou al-Qassem Kachani qui fut expulsé au Liban. Parallèlement à ces mesures,Yann Richard soutient la thèse selon laquelle le chah aurait mis à profit cet attentat en obtenant plus de pouvoirs au détriment du jeu parlementaire alors en vigueur. La loi fondamentale iranienne fut en effet révisée en mai 1949, soit deux mois à peine après la tentative d'assassinat. Toutefois, Yann Richard ne fournit aucune preuve pour étayer cette théorie.

Billet de 200 rials de 1948

Une autre théorie du complot gouvernemental a été par ailleurs avancée par l'ancien ministre et parlementaire Ezzatolah Sahabi. Cité par la revuePajouhesh en juin 2008, ce proche du courant réformateur accuse Mohammad Saed et Haj Ali Razmara, d'avoir été à l'origine de la conspiration. Selon lui, le Premier ministre et le chef d'état-major de l'époque auraient en outre ordonné l'élimination de Fakhr-Araï afin de "brouiller les pistes". Néanmoins, tout comme la thèse défendue par Yann Richard, la théorie du complot d'Ezzatolah Sahabi ne repose sur aucune preuve connue.

Le jeune shah et son royaume à la fin des années 1940[modifier le code]

Fin 1947, le Shah est dans une situation particulière : après que l’affaire d’Azerbaïdjan et du Kurdistansoit close, il laisse la Cour intriguer contre Ghavam, répandre des rumeurs salissant son image, et le Premier Ministre finit par démissionner le 18 décembre 1947. Se succèdent des cabinets éphémères dirigés successivement par Reza Sardar Fakher Hekmat du 18 au28 décembre 1947, puis par Ebrahim Hakimi, de nouveau Premier Ministrejusqu'au 20 juin 1948, lorsqu'il est remplacé par son ministre des FinancesAbdol-Hossein Hajir (apparemment à la suite des manœuvres politiques orchestrées par la princesse Ashraf52). Hajir, plutôt impopulaire, démissionne le9 novembre 1948, pour être remplacé par Mohammad Saed, lui aussi ayant déjà été Premier Ministre, jusqu'au 23 mars 1950A 19.

Ensuite, le Shah apparaît à cette époque comme un monarque déconnecté de la vie politique et surtout un « play-boy » : il semble être un homme bien plus intéressé plus par le vol, la natation, les chevaux, les voitures de sport (il possédait lui-même une Bugatti de grand luxe depuis 193953), et les femmes54. Célibataire, on lui prête des aventures avec Gene TierneyYvonne De Carlo et Silvana Mangano 54. En 1948, il effectue une tournée européenne, parcourant Malte, puis leRoyaume-Uni de George VI et Winston Churchill, la France de Vincent Auriol et André Marie, où il est accueilli comme le dirigeant d’un pays allié de la Seconde Guerre Mondiale, ce qu’il apprécie beaucoup, puis la Suisse et l’ItalieA 20.

Après l’attentat du 4 février, le Shah va utiliser l’émotion suscitée et de sa popularité pour renforcer son pouvoir : Il demande au Parlement de statuer sur la création d'une deuxième chambre parlementaire, le Sénat (en) (Kach e Majlis-e Sena), laquelle, bien que prévue dans la Constitution de 1906, n'avait pas encore été constituée à cette époque. Le27 février 1949, le Parlement du projet de loi convenu, et le Sénat est inauguré par le Shah le 21 avril 1949. Avec la création du Sénat, Mohammad Reza Shah fut en mesure d'élargir son pouvoir parlementaire, puisque les sénateurs sont nommés par le Shah et non directement élus par la population. La première réunion du Sénat eut lieu le 9 février 195055.

Étudiantes du lycée Namoos lors d'une cérémonie au stade Amjadieh, àTéhéran, le 24 octobre 1948
Le chah rendant visite aux mollahs d'Ispahan et de Chiraz1944

À côté de cela, le Shah arrange les relations de la monarchie avec le clergé, tenu loin du pouvoir depuis les réformes de Reza Chah, qui les considérer comme des obstacles à la modernité, et invite à rentrer en Iran l'ayatollah Kazem Shariat-Madiari, bientôt figure nationale du chiisme éminemment respectée, puis le Grand Ayatollah (Marja-e Taqlid)Seyyed Hossein Bouroudjerdi, qui lui fera figure de grand nom du chiisme duodécimain à l'international55. Ses relations se tendront cependant vite avec l'ayatollah Kachani de par l'obscure implication de ce dernier dans l'attentat contre sa personne le 4 février 1949, et qui sera expulsé au Liban.

Quand Shariat-Madiari revient en Iran, il demande au chah de revenir sur des réformes laïcistes de son père : abolir l'interdiction du voile dans les édifices publics, réintroduire l'enseignement religieux. Si Mohammad Reza accepte de réintroduire les prières, il refuse de revenir sur l'établissement de l'enseignement mixte. Il est convaincu que les religieux sont des soutiens indéfectibles de la monarchie effrayés eux aussi par la menace communiste 56. Quand l'ayatollah Boroudjerdi revient en Iran en 1944, Mohammad Reza Chah rompt avec le protocole et lui rend visite à l'hôpital. À partir de là, il y aura une très bonne entente cordiale entre les deux hommes, le chah visitant Boroudjerdi régulièrement jusqu'à sa mort en 1961 57.

L’Iran au sortir de ces années d’occupation et de crises est un pays au bord de la ruine, 11 tonnes d’or de la Réserve nationale de la Banque Nationale d’Iran ayant permis de s’assurer -sans succès- du départ des soviétiques en 1945 58. Ce n’est qu’avec l’application en Iran du programme Point Quatre (en) américain que l’économie iranienne pourra se remettre à flots. Dans cette perspective, le Shah effectue un voyage aux États-Unis du 16 novembre au 13 décembre 1949 59, où il rencontre le président Harry S. Truman. Les priorités des gouvernements successifs iraniens sont la promotion de l’agriculture, l’investissement dans les infrastructures de base comme les systèmes d’irrigation et de drainage, la remise en place d’un système de santé 55. L’Iran se rapproche considérablement des États-Unis à cette époque : la doctrine Truman s’applique en Iran, et l’Iran fut l’un des premiers bénéficiaires de l’assistance politique et économique des États-Unis avec la Grèce et la Turquie 55. L'Iran est le deuxième État à majorité musulmane, après la Turquie, à reconnaître l'État d'Israël 60, considéré comme son meilleur ami non-musulman, le 14 mars 1950.

Malgré tout, l’économie iranienne reste faible et en 1948, de mauvaises récoltes aggravent la situation 43.

Nationalisation du pétrole et années Mossadegh (1949-1953)[modifier le code]

Haj Ali Razmara

Prémices de la nationalisation[modifier le code]

À l’aube des années 1950, l’enjeu énergétique et la Guerre froide vont placer l’Iran au centre des préoccupations géostratégiques de la Grande-Bretagne, de l’Union soviétiqueet des États-Unis. En effet, Londres tient absolument à conserver sa maîtrise du Golfe Persique et sa mainmise sur les champs pétrolifères, par le biais de l’AIOC. De son côté,Moscou convoite les ressources naturelles de la Mer Caspienne et s’appuie sur le partiTudeh pour influencer le cours des événements. Quant à Washington, sous l’impulsion de la CIA et du cartel des Sept Sœurs, elle n’entend plus se laisser damer le pion par les puissances coloniales traditionnelles : il importe désormais d’ancrer durablement le modèle américain, tant d’un point de vue économique, politique qu’idéologique, au cœur du Moyen-Orient.

Manifestation en faveur de la nationalisation à Téhéran, années 1950
Mohammad Mossadegh

En ces années d'après-guerre, et alors que le pays subit une crise économique, la production iranienne n'a cessé de s'accroître, et l'AIOC est un véritable état dans l'état. L'animosité de la population vis-à-vis de la compagnie est nettement plus exacerbée de par le fait que le pays ne touche que 8 % des bénéfices engendrés par la production pétrolière. Et ce, alors que dans l'Arabie Saouditevoisine, en 1950, l'ARAMCO conclut un traité établissant une répartition 50/50 entre les compagnies du cartel américain et le pays. Les renégociations sont ouvertes dès 1949, sous le gouvernement de Mohammad Sa'ed, et on cherche ensuite à trouver une répartition comparable à celle de l'Arabie Saoudite. Une commission pétrolière est créée au sein du Parlement pour gérer l'affaire et les projets de loi issus des négociations avec l'AIOC ; elle est d'abord présidée par le fondateur duFront National, le tribun Mohammad Mossadegh, qui est ensuite remplacé par Haj Ali Razmara quand ce dernier devient chef du gouvernement. Le Premier Ministre Razmara retire du projet de loi le contrat précédemment négocié par Sa'ed, puis rouvre des négociations avec l'AIOC. Face aux négociations qui traînent avec Razmara, le 20 novembre 1950, plusieurs députés du Front National, dont Mossadegh N 7, présentent un projet de loi en 9 points sur la nationalisation absolue du pétrole au Parlement. Les négociations de Razmara sont interrompues par son assassinat, le 7 mars 1951 par Khalil Thamasebi, membre du groupe islamiste radical des Fedayin de l'Islam. L' ayatollah Abol-Ghasem Kashani déclara ensuite que le tueur de Razmara était un «sauveur du peuple iranien" et demanda sa libération immédiate. Au lendemain de l'assassinat de Razmara, la Commission du pétrole du Parlement décide de reprendre la loi de Mossadegh sur la nationalisation de l'industrie pétrolière de l'Empire d'Iran 61.

La nationalisation de l'industrie pétrolière, si elle s'est vue soutenue par la totalité du peuple iranien, a des attraits différents selon les uns et les autres. Pour le parti communiste Tudeh la nationalisation était une étape importante dans la mise en place d'un Iran socialiste. Pour Mohammad Mossadegh et son parti le Front national, ça allait plus avec la souveraineté politique et l' honneur national. Les islamiques et leurs partisans y ont vu une lutte contre l'occidentalisation (gharbsadegi) de l'Iran, critiquant Razmara qui se souciait de la praticabilité d'une telle loi, et freinait la nationalisation, cherchant à prendre toutes les précautions nécessaires62, ce qui le fit passer pour un agent des anglais(alors que Razmara s'était rapproché de l'URSS A 21) ; c'est du moins l'impression qu'il fit à Mossadegh, qui lui dit en pleine séance parlementaire, alors que Razmara venait de dire qu'il ne pensait pas que le pays soit réellement en mesure de vendre et d'extraire par ses propres moyens son pétrole 63.

En marge de tous ces événements, la Cour est préoccupée par autre chose : le mariage du Chah avec Soraya Esfandiary Bakhtiari, une irano-allemande, fille de 18 ans de Khalil Esfandiari, qui sera ambassadeur en Allemagne de l’Ouest après cela, et de Eva Karl, approchée par la Cour puis devenue amie avec la princesse Chams. Alors que le mariage est prévu pour novembre 1950, Soraya tombe malade à plusieurs reprises et le mariage est décalé au 12 février 1951. Dans ses mémoires, Soraya décrivit la forte impression que le Chah lui fit comme chef d’état de son pays natal, puis comme homme, qui lui-même tomba très vite amoureux d’elle, après leur première rencontre au palais de Sa’adabaddans le cadre d’une réception pour la potentielle fiancée du Chah. Ils seront un couple très uni et très amoureux, le Chah cessant d’apparaître comme un monarque play-boy et restant fidèle à sa nouvelle femme.

La nationalisation du pétrole (1951-1952)[modifier le code]

Hossein Ala' devient Premier Ministre après la mort de Razmara

Le Parlement approuva le projet de loi de nationalisation le 15 mars 1951, une semaine après l’assassinat de Razmara et chargea la Commission Pétrolière d’en élaborer les règles d’application. Le 19 mars 1951, le Sénat approuva à son tour le projet, et il reçoit la sanction royale le 21 mars, où la joie populaire est déchaînée pour le nouvel an (NowrouzA 22. Le Shah chargea ensuite Hossein Ala’, le nouveau Premier Ministre, de conduire les négociations sur la mise en pratique de la nationalisation sur la gestion de raffineries de l’AIOC. Mais l’AIOC, en signe de désaccord, refuse de payer les employés iraniens d’Abadan. En réplique, le Tudeh, lié aux mouvement syndicalistes, déclenche plusieurs manifestations, qui sont plutôt orientés contre le gouvernement qui a jeté de l’huile sur le feu en voulant nationaliser ; le Tudeh est en fait directement lié aux visées soviétiques (qui entrevoient une certaine répartition du pétrole, mais gérée par des étrangers : le pétrole du nord pour l'URSS, celui du sud pour britanniques, alors que les États-Unis prennent par au débat en soutenant les nationalistes A 23). Lors des manifestations, des anglais trouvent la mort, et pour régler la situation, Ala’ décrète la loi martiale, réprime les manifestations mais finit par démissionner le 28 avril.

Le 29 avril 1951Mohammad Mossadegh devient Premier ministre et entreprend d'importantes réformes : nationalisation du pétrole, mais aussi création de la sécurité sociale et réforme agraire. Jusqu'en 1953, Mossadegh signera de nombreux décrets-lois (plus de 200) visant à réformer la société iranienne, la plupart bien pensées et très réfléchis, mais, à cause du manque d'argent dû à la crise qui suivra la nationalisation, quasiment aucune ne sera mise en place, si ce n'est la première A 24.

Le premier cabinet du Premier Ministre Mossadegh (29 avril 1951-17 juillet 1952)

Le 30 avril, le plan de 9 points fut confirmé par le Sénat et reçu la signature du Shah le 1er mai 1951 pour le nouveau gouvernement. A alors lieu la nationalisation proprement dite : Mossadegh facilite la tâche d’Ala’ : il refuse purement et simplement toute négociation avec les britanniques, alors que de par son rôle dans le processus de la nationalisation, il est devenu l’idole du peuple iranien, adulé et encensé. Sa personnalité fascine, et le Shah s’associe autant qu’il peut à son action. Il fonde la Société Nationale Iranienne de Pétrole (SNIP, ou NIOC pourNational Iranian Oil Company), désormais seule propriétaire du pétrole iranien pour le gouvernement 64. Le 28 juin 1951, la nouvellement fondée SNIP opère un changement de signalétique sur tous les emblèmes de l’impuissante AIOC. La gestion provisoire de la NIOC voyagea à Khorramshahr et déclara que les travailleurs et les employés de l’AIOC dépendaient maintenant de la SNIP et du gouvernement iranien. Ils exigèrent la libération du fonds et indiquèrent à la gestion de l’AIOC que 75 % de tous les revenus de façon rétroactive avant le 20 mars 1951 devaient être transférés au trésor de l' Iran. 65

Proclamation de la SNIP à Abadan, le20 juin 1951, en présence du Premier MinistreMossadegh, du chah Mohammad Reza, et de lareine Soraya.
Mohammad Mossadegh, ici lors de son voyage aux États-Unis

La gestion locale de l’AIOC à Abadan refusa cette décision, estimant que les employés de l’AIOC restaient ceux de l’AIOC et non pas ceux de cette SNIP qu’ils ne reconnaissaient pas, puis voulurent rouvrir des négociations, mais la SNIP resta inflexible. Le différend sur la nationalisation de l'industrie pétrolière tourna à ce qui fut connu comme la crise d'Abadan. Les Britanniques protestent : ils effectuent même des manœuvres militaires à Chypre ou en Irak : le Chah en personne notifie à l’ambassadeur que si une attaque arrivait, il prendrait lui-même la tête de ses troupes contre les envahisseurs A 25. L’ambassadeur américain Henry F. Grady (en) joue les médiateurs dans la crise, puis il est relégué (ou rejoint) par Averell Harriman, administrateur du plan Marshall ; l’arrivée de cet américain en Iran déclenche l’hostilité du Tudeh, qui cherche à donner aux soviétiques un prétexte pour intervenir en Iran 64. Les anglais, se sentant toujours spoliés, font appel à la Cour internationale de Justice à La Haye et plus tard, au Conseil de sécurité des Nations Unies, mais sans parvenir à un accord sur la question. La Cour déclara qu’elle n’était pas compétente, car ne régissant que les conflits entre les États et non pas les conflits entre un groupe et un état. En outre, le Conseil de sécurité, après avoir confronté un émissaire britannique et Mossadegh venu en personne, décide « de ne pas inscrire l’affaire à l’ordre du jour ». Les États-Unis, s’ils déplorent la crise, ne voient pas que des mauvais côtés aux événements, espérant avoir un rôle dans l’issue future de la crise 64 : Mossadegh voyage aux États-Unis à l’occasion de sa présence au Conseil de sécurité de l’ONU, et est accueilli par le président Truman. Les américains finissent par lâcher les anglais, et ces derniers rapatrient tout le personnel de l’AIOC hors d’Iran. Mossadegh leur offre un emploi dans la nouvelle société SNIP, mais pas un n’accepte 64.

Les installations de l'AIOC à Abadan

Les mois passent et la situation se détériore : les techniciens iraniens ne sont pas assez expérimentés ni nombreux pour s’occuper des puits, qui ferment ou brûlent, faute d’entretien. Les relations continuent de se dégrader avec les anglais, qui finissent par décréter un embargo total sur le pétrole iranien : ils décrètent que tous pays acquiesçant du pétrole iranien, acquerra un bien volé 64. Selon Daniel Clairvaux, auteur d’un essai sur l’Iran, « Mossadegh a commis deux erreurs politiques majeures : d’une part, il est convaincu que le monde ne pourra se passer de pétrole iranien ; en réalité, d’autres pays (l’Irak, le Koweït, l’Arabie Saoudite) se sont substitués ; d’autre part, il croit pouvoir se passer des étrangers pour exporter le pétrole : ce ne sera pas possible à cause du blocus organisé par l’Angleterre. » 66. La situation politique en Iran n’est pas mieux, Mossadegh, entraînant le pays dans la crise par son intransigeance, commençant à perdre son aura, bien que l'anglophobie du peuple reste vivace. Les britanniques saisissent une nouvelle fois la Cour de La Haye, et Mossadegh et sa suite s’y rendent, cette fois. Les débats sont plus houleux, et la Cour finit par se déclarer de nouveau incompétente. C’est une victoire pour les iraniens, mais c’est un statu quo A 26. En juillet 1952, Mossadegh, reconduit de justesse par le Parlement, exige de ce dernier puis du chah les pleins pouvoirs pour six mois et le ministère de la Guerre 62. L’un comme l’autre refusant, inquiets devant les intentions floues du chef du gouvernement, Mossadegh remet au Shah sa démission.

La lutte pour le pouvoir (1952-1953)[modifier le code]

Mossadegh démissionne donc avec fracas le 17 juillet 1952, et pour le remplacer, le Parlement pressent comme Premier Ministre N 8 Ahmad Ghavam os-Saltaneh, 76 ans. Le chah ne l’apprécie pas, lui reprochant d’avoir été omniprésent dans le rôle de la crise d’Azerbaïdjan, sans parler des contentieux datant de l’époque de Reza Chah 67, ni d’une mini-crise que Ghavam avait engendré en critiquant ouvertement le renforcement du pouvoir du shah en 1949, mais le nomme Premier Ministre. En outre, Ghavam a contre lui la Cour, qui lui reproche à peu près la même chose que le shah, Mossadegh, qui même s’il le connaît et l’apprécie 68 aimerait bien retrouver sa place, et ses partisans, très nombreux, ainsi que le Tudeh, qui, aux ordres de l’URSS, déteste Ghavam depuis l’affaire des crises sécessionnistes A 27.

Ahmad Ghavam redevientPremier Ministre pour trois jours en 1952

Ainsi débute une véritable campagne contre le nouveau Premier Ministre, à laquelle se joignent les extrémistes religieux, suspectant Ghavam de vouloir tenir les mollahs loin de la politique A 27. Le premier ministre condamne l’idée d’une économie sans pétrole que le gouvernement Mossadegh avait fini par envisager, et cherche à renouer le dialogue avec l’AIOC, et face au désordre ambiant, à rétablir l’ordre A 28. Mais la situation populaire est complètement chaotique, et des manifestations liant généralement le départ de Mossadegh et une haine de Ghavam deviennent de plus en plus violentes. La maison de Ghavam est prise d’assaut par les émeutiers qui y mettent le feu, sa famille se réfugiant chez une amie 69. Le shah, sans trop se forcer, finit par démettre Ghavam et, face à la demande populaire, se contraint à rappeler Mossadegh le 22 juillet 1952. Mossadegh redevient donc Premier Ministre et Ghavam restera à l’écart de la vie politique jusqu’à l’arrivée au pouvoir du général Zahedi. Après un débat houleux au Parlement, une « Loi d’habilitation », autorise Mossadegh à accéder au pleins pouvoirs pendant six mois, est décidée avec les voix des députés du Front national et du Parti Tudeh le 3 août 1952. Avec cette loi d'habilitation, Mossadegh peut soumettre une loi applicable (provisoirement, jusqu’à la fin de la loi d’habilitation) qu’il a signé au Parlement, qui ne la discute même pas ; droit dont il use. 

Soraya Pahlavi, Mohammad Reza Chah et des membres du gouvernement, dont le Premier Ministre Mohammad Mossadegh

Mohammad Reza Chah finit par prendre en grippe cet homme providentiel de la nationalisation qu’il avait lui-même soutenu, et dont les prises de position puis l’intransigeance ont fini par l’indisposer, et dont il livrera un portrait à la limite du caricatural dans ses mémoires 10. Contrairement àGhavam, l’opposition ancienne et plutôt anecdotique de Mossadegh à Reza Khan en 1925 est oubliée ; ce sont les événements suivant cette reconduite qui comptent alors : Le chah est privé du titre honorifique de chef des armées, et s’il peut effectuer des visites en province pour tester sa popularité, il ne peut désormais accorder ses audiences qu’en présence d’un tiers du gouvernement, surtout le ministre des affaires étrangères Hossein Fatemi, opposant notoire aux Pahlavi A 29, la princesse Ashraf allant jusqu’à dire que Mossadegh avait placé le téléphone du Shah sur écoute et envoyé des espions dans la Cour 70. Cette dernière est également victime d’une purge dans la Cour orchestrée par Mossadegh, qui ordonne à la quasi-totalité des membres de la famille royale de quitter le pays, dont la reine-mère Tadj ol-Molouk et le prince Ali Reza, de même que d’autres personnalités, comme Hossein Ala’, ministre de la Cour, et des militaires A 29. Si le shah et Mossadegh se rencontrent régulièrement pour sauver les apparences, la situation se détériore et la rue se divise en deux camps, les pro-Shah et les pro-Mossadegh.

Encore et toujours critiqué par les députés, Mossadegh ne comparait pas devant le Parlement pour cause de maladie et"gouverne depuis sa chambre" le pays. Étant donné que la durée des pouvoirs était limitée à six mois, le débat parlementaire s’oriente vers la question d'une éventuelle extension de la loi d'habilitation. Une majorité de députés décide de prolonger l'autorisation soumise à la condition que tous les décrets signés par Mossadegh fussent soumis auParlement pour la discussion et l’action. L'extension des pouvoirs de Mossadegh d'un an est décidée par le Parlement le20 janvier 1953. Mais Mossadegh ne respecte pas les conditions des députés et continuer à gouverner sans réel Parlement.

Le 24 février 1953, le shah consent, sur proposition de Mossadegh, à quitter discrètement le pays, pour éviter les affrontements et remédier à cette ambiance assez malsaine. Le 27 février, la rumeur se répand d’un départ du couple impérial. Le 28 février au matin, l’ayatollah Kachani, en froid avec Mossadegh depuis que ce dernier a ordonné l’arrestation de l’activiste proche des Frères Musulmans Navvab Safavi, fait l’annonce du départ du Chah devant le Majlis, puis le gouvernement se rend à Sa’adabad pour dire au revoir au Shah et à l’impératrice Soraya. Mais la nouvelle du départ du Shah se répand dans la capitale, qui s’agite, voire explose. Les partisans du Shah, menés notamment parShaban Jafari (en), descendent dans la rue pour empêcher le départ des monarques ; on voit parmi leurs rangs des membres du clergé, notamment les hommes et les proches de Kachani, dont Rouhollah Mousavi ; les manifestations dégénèrent, et on tente même d’enfoncer la porte de la résidence de Mossadegh A 30. Ce dernier ainsi que les ministres quittent discrètement le palais impérial, tandis que le Shah descend dans la rue, pour dire qu’il est revenu sur sa décision et qu’il restera finalement dans la capitale A 30.

L'opération Ajax[modifier le code]

Général Fazlollah Zahedi
Article détaillé : Opération Ajax.

Les mois passent et le pétrole iranien ne se vend toujours pas, même au quart du prix original. De 54 millions de tonnes en 1950, les ventes tombent à 132 000 tonnes en 1952 64. La situation interne continue d’empirer, les émeutes de toutes factions continuant. Dans le camp des opposants à Mossadegh, on trouve désormais Fazlollah Zahedi, un général iranien qui fut son ministre de l’Intérieur mais qui avait démissionné après que Mossadegh ait blâmé le chef de la police qui avait réprimé les manifestations anti-américaines lors de l’arrivée d’Averell Harriman, chose que Mossadegh avait plus tôt approuvé mais qu’il avait condamné pour éviter de perdre le soutien des communistes A 31. Mossadegh l’a en outre suspecté d’être l’un des principaux instigateurs des événements de février 1953. Le 24 avril 1953, l’enlèvement et l’assassinat du chef de la police, Mahmoud Afshartoos (en), mystérieux mais dans lequel aurait trempé Mozaffar Baghai (en) 71, ancien allié de Mossadegh rallié à Zahedi, aggrave l’insécurité ambiante. Le 10 mai, une émeute prend d’assaut le siège du Majlis au Baharestan, agressant les députés, et Kachani démissionne de sa présidence du Majlis ; sa résidence est attaquée et dynamitée le 1er août A 32.

Dwight Eisenhower,président des États-Unis de 1953 à 1961

Début 1953, Dwight D. Eisenhower, devenu président des États-Unis le 20 janvier 1953, se pose en nouveau médiateur sur le litige britannique : il offre à Mossadegh de faire reconnaître la nationalisation à l’AIOC, contre dédommagement de la compagnie anglaise, et de renflouer ensuite les caisses de l’état iranien, qui en ont grandement besoin 64. Mais Mossadegh exige un prêt à ses conditions et louvoie sur le reste. ÀWashington, des rumeurs naissent qu'il aurait décide de se tourner vers l'Union Soviétique pour vendre le pétrole ; la nouvelle administration prend peur : on sait que Mossadegh, pour se faire pressentir et ensuite pour la nationalisation, a pactisé avec les communistes, et qu’il a dans son gouvernement de nombreux sympathisants de larépublique, comme Hossein Fatemi, ou du pacte de Varsovie 72. Et si l’Iran se tournait vers le bloc de l’est ? Face à la demande déconcertante de Mossadegh, Eisenhower diffère sa réponse, puis commence de secrètes tractations avec le Royaume-Uni pour trouver une issue à la crise, qui passera par le remplacement de Mossadegh, et qui débouche sur la planification d’un coup d’état supervisé par les services secrets américains et britanniques pour renverser le docteur Mossadegh.

Statue de Reza Chah déboulonnée au Baharesthan le 16 août 1953

Au Majlis, la majorité des députés s’est retournée contre Mossadegh ; ce dernier organise le 3 août 1953 un référendum sur la dissolution du Parlement, dont il sort vainqueur ; il organise sine die de nouvelles élections, lors desquelles ils espère se refaire un appui parlementaire. Le Chah a là une occasion de le démettre : selon la Constitution, le monarque peut démettre le chef du gouvernement selon sa volonté73, mais l’usage avait été pris que le chef d’état se repose sur le « pressentiment » du Majlis avant de nommer un gouvernement ; en l’absence de Parlement, le Chah reprend cette prérogative. Le plan de la CIA et du SIS, qui avaient pressenti le référendum, prend le nom de « plan AJAX » et consiste à faire renvoyer Mossadegh en utilisant pour cela une lettre (firman) du chah, qui utiliserait son pouvoir pour nommer à la place un autre homme, en l’occurrence le chef de l’opposition déclarée, le général Zahedi, choix approuvé par les américains mais désapprouvé par les anglais A 33. Le24 juillet 1953, Ashraf, contactée par les services secrets étrangers, se rend à Téhéran dont elle a été chassée l’année dernière, et est accueillie par Mossadegh, qui cependant lui laisse deux jours pour faire ce qu’elle a à faire 74 ; temps suffisant pour la princesse qui remet à son frère une enveloppe contenant probablement les détails du plan de la CIA et du MI6 et la demande de l’exécuter A 34. Mohammad Reza Chah a lui déjà rencontré les superviseurs du plan, Donald N. Wilber (en)Kermit Roosevelt (en) et Shapour Reporter (en). Il est prévu aussi que le plan ait lieu lorsque le Chah sera en vacances au palais de Babol, à Kelardasht, et donc à 6 heures de voiture de Téhéran.

Manifestation des partisans de Mossadegh

Le 15 août 1953, le Shah signe le décret par lequel il rejette Mossadegh en tant que Premier ministre et le remplace par Fazlollah Zahedi. Mais Mossadegh, qui reçoit la lettre en pleine nuit, refuse sa démission et fait arrêter le colonel Nematollah Nassiri, l'officier porteur du message75. Pourtant, selon la suite des événements, il ne semblait pas avoir une volonté de se maintenir au pouvoir et de passer outre la décision du roi A 35, même s’il niera plus tard les événements.

Mohammad Reza Shah etSoraya arrivent à Rome après leur fuite la veille d'Iran, 17 août 1953

Le 16 août 1953 au matin, le shah panique et s’enfuit à Bagdad, la destination la plus proche, et plus tard àRome. Il n’est accompagné que de son épouse, d’un ancien ministre de la Cour et de son futur beau-frère, le général Khatam A 36. Débarquant au milieu d’une parade militaire à Bagdad, ils ne sont pas reconnus et sont éconduits dans un hangar ; Fayçal II finit par apprendre qu’ils sont là et leur propose de rester discrètement, mais Soraya ayant des propriétés à l’ambassade iranienne de Rome, ils partent pour la Ville au Sept Collines. Mais leurs affaires sont bloqués par les responsables de l’ambassade ; un petit carré de fidèles offre cependant au Shah et à la Reine une chambre à l’hôtel Excelsior de Rome. Tout semble fini en royauté pour Mohammad Reza Chah Pahlavi. Avec Soraya, ils vivent quelques instants de répit loin du climat explosif de Téhéran et font des projets pour leur avenir ; le chah pense à s’établir aux États-Unis pour y tenir un ranch, une idée qui séduit Soraya 76.

Manifestation des partisans du Shah

En Iran, la situation a empiré : le départ du chah, appris le matin du 16 août, a déchaîné les passions et Mossadegh ne s’y attendait pas non plus ; les avis des uns et des autres divergent sur ce qu’il faut faire maintenant : proclamation d’une république, alignement sur Moscou, autre ? Mossadegh finit par opter pour la mise en place d’un conseil de régence, mais il veut d’abord rétablir l’ordre, ce qui n’est pas gagné. Les partisans du chah se déchaînent, en même temps que ceux de Mossadegh qui manifestent de joie, ce qui mène à l’affrontement. Les statues de Reza Chah sont déboulonnées à Téhéran, et le 17 Hossein Fatemi tient parmi les manifestants un discours dans lequel il incite les iraniens à aller plus loin et à se débarrasser des Pahlavi, dont il parle en des termes orduriers 77.

Le général Zahedi, activement recherché, se cache, mais fait organiser de grandes manifestations en faveur du roi. Les partisans des religieux, notamment les commerçants du Bazar, ne savent pas trop quoi faire, de même que l’armée. La diplomatie étrangère est inquiète et essaie de cacher au mieux l’implication de la CIA et du SIS (même s’il fut avancé qu’ils aidèrent financièrement Zahedi 66) et l’ambassadeur américain Loy W. Henderson rencontre Mossadegh pour essayer de démêler la situation, sans succès. Finalement, le grand ayatollah Boroudjerdi, autorité suprême du chiisme, ainsi que les ayatollahs Behbahani [archive]

 78 et Kachani, finissent par indiquer à leurs partisans de se rallier à Zahedi et au Chah. L’armée déserte en masse pour aller rejoindre les mêmes forces, en même temps que la situation échappe au gouvernement. Le 19 août, la résidence de Mossadegh, qui sert de siège au gouvernement depuis quelques jours, est attaquée et incendiée ; la garde de Mossadegh résiste héroïquement mais est battue, et le Premier Ministre s’enfuit. Zahedi se rend ensuite au siège de la Radio Nationale et se proclame Premier Ministre légitime, appuyé par les copies du décret du Chah distribué en masse à la population. La soir, les partisans du Shah et de Zahedi contrôlent la situation et Mossadegh n’est plus Premier Ministre. 

 

La victoire finale des troupes du général Zahedi, appuyé par l'armée

Retour au pouvoir et chute de Mossadegh : un tournant[modifier le code]

Mossadegh. Le texte dans l'image dit : "Dédié à Mr. Adib Boroumand. Prison de la 2de Division Armée, 20 tir 1333 (11 juillet 1954)."

Réfugié chez un ami, Mossadegh se livre ensuite aux forces de Zahedi, et son successeur ordonne qu’i soit bien traité. Le Chah, toujours à Rome, est en train de déjeuner quand on lui apporte un télégramme lui annonçant que Mossadegh a été renversé et que Zahedi a pris le pouvoir. Il faut cependant pour Mohammad Reza que le général Zahedi joue à être le « MonckIranien », et rappelle sur le trône le roi ; or il n’y est pas exhorté par les personnalités, dont Hassan Taghizadeh ou Denis Wright, ce dernier lui conseillant même de chasser le chah et ce qui reste du régime impérial. Mais Zahedi invite le chah à rentrer en Iran le 20 août. Mohammad Reza adresse des remerciements à tous les meneurs de foules, et le 22, c’est chose faite. Le chah est accueilli triomphalement par ses partisans à l’aéroport de Mehrabad, dont Zahedi et Nassiri.

Mossadegh est mis aux arrêts et les avis divergent à son égard : le chah insiste pour qu’il soit jugé, ayant effectué un putsch en refusant le firman de Nassiri la nuit du 15 au 16 août. Zahedi avance en premier lieu les valeurs de Mossadegh, mais reconnaît que le chah a raison. Mohammad Reza décide donc de consulter une sorte de conseils d’hommes politiques chevronnés qui, après délibération, ne dispensent pas l'ex-Premier Ministre d’un procès. Il s’ouvre donc le8 novembre 1953 : on y confronte tous les protagonistes du gouvernement Mossadegh, et si certains lui restent fidèles d’autres pensent avant tout à se disculper. Mossadegh joue beaucoup de sa personne, mobilisant une partie de l’intérêt de la presse. En coulisses, on suggère au chah de gracier Mossadegh avant même la fin du procès, ce dernier ayant rendu plus de services à la patrie que l’ayant maltraitée ; Mohammad Reza, ennuyé par ce déferlement médiatique et ayant fait la même conclusion, décide de gracier son ancien Premier Ministre 79.

Mohammad Mossadegh est ainsi « condamné » à trois ans de prison 80 puis à l’assignation à résidence. Il ira ainsi vivre en exil sur ses terres de Ahmad Abad, où il résidera jusqu’à sa mort, le 7 mars 1967. De tous les collaborateurs de Mossadegh, seul Hossein Fatemi, après une longue cavale, sera condamné à mort, malgré des efforts du général Zahedi, qui redoutait qu'il devienne un martyr anti-Pahlavi ; ce qu'il devint après son exécution le 10 novembre 1954 81.

Dans le cadre de la Guerre Froide, on a souvent dit que les États-Unis avaient restaurés des pouvoirs absolus au chah dans le cadre de l’opération Ajax 82 ; ce qui est faux. À la suite du renversement de Mossadegh, Mohammad Reza Chah prend plus conscience de son appui populaire –ainsi que militaire et religieux –et en fera usage plus souvent, devant le Majlis notamment. Cependant, après la démission de Zahedi, il s’affranchira de la pratique constitutionnelle de consulter le Majlis avant de nommer un Premier Ministre, appliquant ainsi la Constitution, comme l’avait fait son père, et inaugurant une monarchie autoritaire.

Les premières années d’un nouveau pouvoir (1953-1960)[modifier le code]

Gouvernement Zahédi (1953-1955)[modifier le code]

Logo de la NIOC (ou SNIP en français)

Zahedi devenu Premier Ministre, Eisenhower renouvelle son offre et le général l'accepte : on lui envoie le 22 août 45 millions de dollars, officiellement pour avoir résolu la crise en rompant avec l'intransigeance de Mossadegh, puis 60 millions pour équiper l'armée.

Le renversement du gouvernement Mossadegh conduit à une ré-négociation des accords pétroliers avec l’AIOC. Le chah refuse cependant de revenir sur la nationalisation et que l’AIOC récupère son « territoire » Entre ainsi en jeu les américains, ainsi que les néerlandais et les français, plus minoritaires, pour donner une allure composite à cette ingérence étrangère 64. Car l’Iran a besoin de ces compagnies étrangères : le pays possède trop peu de techniciens expérimentés ou même de main d’œuvre, et le gouvernement Zahedi ayant accepté la proposition de renflouement économique proposée par Einsenhower.

Pour ménager la chèvre et le chou, la nationalisation est finalement acceptée par les pays étrangers : le gouvernement iranien, par le biais de la SNIP, est le seul maître de son pétrole, mais il conclut l’accord de la création d’un consortium pour une durée de 25 ans à partir de 1954, lequel reçoit l’exclusivité de la vente pétrolière iranienne. Après de longues négociations menées par Ali Amini avec le consortium de compagnies pétrolières internationales, les personnalités de ce consortium son trouvées : L'extraction et le traitement ainsi que le distribution des produits pétroliers ne sont plus réservés exclusivement à l'AIOC. Le consortium comprend d’autres sociétés, comme la Shell des Pays-Bas, de nombreuses petites entreprises des États-Unis ainsi que la Compagnie Française de Pétroles (CFP) de France. En fonction de l'accord du consortium furent fondées deux sociétés, avec un siège en Iran selon le droit néerlandais et un autre à Londres, la Iranian Oil Exploration and Producing Co. et la Iranian Oil Refining Co. Ces deux sociétés étaient à 100 % incluses dans la toute nouvelle Iranian Oil Participants Ltd.

Le Shah Mohammad Reza Pahlavi etFazlollah Zahédi, lors de Nowrouz 1955

Les bénéfices des sociétés reviennent à 50 % à l'État iranien 83. À titre de compensation pour la nationalisation et la nouvelle fonction dans le consortium pour promouvoir le pétrole iranien, ainsi que comme des frais de transfert pour la concession de 1933, l'AIOC reçoit de la part des compagnies pétrolières du consortium 20 millions de dollars pour 10 ans, tandis que l'État iranien lui verse à ce titre 2,5 millions de dollars par an. 84 Après la conclusion du consortium, la vieille AIOC cessa d'exister, et fut renommée British Petroleum Company.

Zahedi comme le chah ne sont pas satisfaits de l’accord entre le consortium et la SNIP, signé en novembre 1954 A 37. Après cela, des intrigues de cour tendent les relations entre le chah et son Premier Ministre, que l’on accuse de vouloir occuper le devant de la scène à l’instar de ce qu’avait fait Ghavam 85. Car il est vrai que Zahedi mène des processions publiques sans le chah, et qu’il procède à des nominations dans l’armée sans en référer au souverain. Quelques maladresses protocolaires continuent d'accréditer cette idée ; Zahedi assainit cependant les finances publiques, ramène le calme, s’il le faut par la force, la loi martiale étant permanente depuis Mossadegh. Cette loi martiale découvre également l’existence d’un réseau militaire communiste, lié au Toudeh, à l’intérieur de l’armée, et de nombreux officiers et sous-officiers sont impliqués. En 1954-1955, le chah entame avec la reine Soraya une tournée de pays alliés, des Etats-Unis à l’Inde en passant par l’Allemagne et le Royaume-Uni, et pourNowrouz 1955, le faste déployé est à la limite de l'inhabituel, mais c'est une façon pour le gouvernement d'indiquer que les années de crise et de privation sont passées. Mais la situation continue de se tendre, à l’image du différend entre le chah et Zahedi sur l’adhérence de l’Iran au pacte de Bagdad ; le général Premier Ministre, poussé par le shah, finit par démissionner le 7 avril 1955.

Le 17 octobre 1954, la cour est assombrie par un deuil ː le prince héritier et frère du roi, Ali Reza, se tue dans un accident d'avion. La question de la succession du souverain est lancée. Tandis que les idées de faire des princes Ali Patrick ouGholam Reza les nouveaux héritiers entraîne des casses-têtes constitutionnels (Ali Patrick n'a pas une mère iranienne, et Gholam Reza a une mère qâdjare, deux conditions qui, selon la Constitution, devrait les écarter du trône), on commence à s'étonner de l'absence d'héritier entre Soraya et Mohammad Reza, couple uni et heureux. La reine serait-elle stérile ? Des médecins sont discrètement consultés. Ils ne trouvent rien ; normalement, le couple devrait avoir des enfants. On en conclut qu ça viendra. Même si, selon certaines traditions, le roi doit répudier la reine après sept ans de mariage stérile.

Renforcement du pouvoir[modifier le code]

Après la démission de Zahedi, Hossein Ala’ redevient Premier Ministre. Il est le premier des Premiers Ministres nommés par le roi sans la consultation parlementaire N 9. Ala’ fait néanmoins adhérer l’Iran au pacte de Bagdad, point majeur de désaccord entre le Shah et Zahedi quand ce dernier était Premier Ministre. Son mandat se caractérise aussi par la mise en place de projets initiés par l’Organisation du Plan et du Budget [archive]

, ainsi que par un attentat contre sa personne le 16 novembre 1955. Il en réchappe cependant.

 

Emblème de la SAVAK

En 1957, à la fin du cabinet Ala’, le shah transforme la loi Martiale en organisation de service secrets : il fonde la Sāzmān-e Ettelā'āt va Amniyat-e Keshvar (Organisation pour le renseignement et la sécurité nationale), connue sous l’acronyme SAVAK. Dès le début, ces services de renseignements prennent la forme d’une organisation semblable à une véritable police politique. Elle est dirigée par l’ancien applicateur de la loi martiale, Teymour Bakhtiar. Ce dernier restera aux commandes jusqu’en 1961. Sous sa direction, son organisation tourne très vite à la traque de tous les opposants, réels ou supposés, au régime. Une fois attrapés, les suspects sont souvent interrogés, voire torturés et victimes de mauvais traitements 86. Le climat ambiant dans la seconde partie des années 1950 est très anticommuniste, et vire à la paranoïa, surtout parmi les officiels impériaux, qui voient là une justification aux excès de la SAVAK. On ignore à cette époque quel est l’avis de Mohammad Reza Chah sur le sujet.

Manouchehr Eghbal, Premier Ministre du 4 avril 1957 au 31 août 1960.

Cependant, l’organisation restera très influente et très présente dans toute la société iranienne jusqu’à sa dissolution en 1979. Très mal considérée et principale cible des attaques anti-Pahlavi, même si la chose a parfois été exagérée (elle n’avait par exemple pas la charge de la protection des officiels et de la famille impériale, contrairement à ce qu'avance le documentaire Khomeini, l’homme qui a changé le monde 87,88), elle devient même étouffante, comme le rapporte certains anciens membres de l’ancien régime impérial 89.

Au bout d’un moment, Ala’ n’ayant plus tellement la carrure d’un Premier Ministre s’occupant de l’important développement économique, il démissionne, le 4 avril 1957, remplacé par son ministre de la Cour, Manoutchehr Eghbal. Ce dernier permet la création d’une autorité économique, le Haut Conseil de l’Économie, visant à adapter l’économie iranienne aux projets de l’économie iranienne : on veut moderniser l’agriculture, avoir une monnaie indépendante 90, l’industrie, les voies de communications, relancer le secteur du bâtiment – en autorisant notamment la copropriété A 38.

Dans le but de démocratiser aussi la politique depuis le renforcement du pouvoir, le chah créé deux partis politiques : le Parti Nationaliste, dirigé par Eghbal, et le Parti du Peuple, dirigé par Asadollah Alam. Ils sont supposés être deux partis opposés, mais leurs programmes étant vagues et similaires  et le rattachement à la « pensée royale » omniprésente, la notion de liberté ou de manœuvre politique reste très relative A 38.

L'influence américaine[modifier le code]

La reconstruction d'une armée iranienne moderne avec l'aide des États-Unis remonte à la période après la Seconde Guerre mondiale et l'aide à la reconstruction accordée Iran dans le cadre de la guerre froide. Un mémorandum du Military Assistance Advisor Group (MAAG) fait état de l'appareil militaire iranien après la fin de la Seconde Guerre mondiale :

"L'armée iranienne est en ruine. Les divisions sont dispersées dans tout le pays, mal équipées et sans  soutien logistique. Leurs armes sont obsolètes et ont un besoin urgent d'être remplacées. Les quelques institutions de formation militaire ne disposent pas des instructeurs adéquats. Le résultat est que les agents sont mal formés. » 91

Dwight Eisenhower et Mohammad Reza Chah lors de la visite du président américain à Téhéran en 1959

Il faut attendre 1955, dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour à nouveau parler d'une armée régulière, construite sur le modèle américain. Son Commandant suprême est, selon la constitution iranienne, le Shah. 91 Dans la période de transition, l'armée était dirigée par des officiers qui avaient encore été formés sous Reza Chah en France. Ce n’est que dans les années 1970 que l’on vit l’armée iranienne dirigée par des militaires formés après la Seconde Guerre mondiale, comme les généraux Djam, Oveissi, Azhari,Fardoust et Qarabaghi, qui avaient la direction des forces armées.

En 1955, l’Iran devint un membre du pacte de Bagdad, pendant au Moyen-Orient de l’OTAN et de l’OTASE. Cependant, il apparut vite que ce pacte ne répondait pas aux besoins de sécurité de l'Iran. Suite au coup d'état irakien de 1958, l’Irak quitta le pacte en 1959. Ainsi, un allié pour l’Iran devenait un ennemi potentiel, en particulier autour de revendications territoriales qui agiteront les relations entre le deux pays, jusqu'à une désamorçage relatif qui culmina auxaccords d’Alger en 1975.

La présence de conseillers militaires américains tendit rapidement les relations avec l'Union Soviétique. Elle désigna l'armement iranien comme "agressif et aventureux» et se sentait menacé par le Shah en général. Le voyage officiel que le Chah effectue en 1956 en URSS se passe particulièrement mal, Khrouchtchev et le chah s’apostrophant l’un l’autreA 39. Le chah voyage dans beaucoup de pays dans la seconde partie des années 1950, du reste. Les États-Unis attendaient de la part du chah que l'Iran verrouille la frontière à l'Union Soviétique, garantissant des puits de pétrole au Golfe persique et essaie d'adoucir les tensions israélo-arabes. 92 Le fait que l' Iran, coincé dans d'énormes difficultés à la fin des années 1950 se retrouva économiquement et socialement « dans le feu de la guerre froide ». Le 2 mars 1959 l'Iran expliquait qu'il ne reconnaissait plus les articles 5 et 6 du traité d'amitié soviétique-iranien de 1921 (encore en vigueur) qui accordait à l'Union Soviétique le droit de disposer en tout temps des troupes en Iran. Le 5 mars 1959, l'Iran signa avec la Turquie et le Pakistan un accord de défense bilatéral avec les Etats Unis. Le Pacte de Bagdad fut rebaptisé CENTO.

Vers de nouveaux projets[modifier le code]

À la suggestion de Abol-Hassan Ebtehadj, le Parlement iranien adopte une loi stipulant la création d'une autorité de planification indépendante en février 1949 93 Le premier plan d'affaires devait s'étendre sur une période 1949-1955. Le financement du plan devait être financé par les revenus pétroliers et un prêt de la Banque mondiale 250 millions de dollars américains. Mais la Banque mondiale avait refusé. Ainsi, le financement prévu dans les projets de développement du plan devait complètement s’appuyer sur les revenus pétroliers. Avec la nationalisation de l'industrie pétrolière iranienne et la crise qui en découla, la mise en œuvre du plan échoua. La crise, avait même conduit à l'effondrement total des exportations pétrolières de l' Iran. Le projet du premier plan économique fut aménagé au sortir de la crise d’Abadan.

Le Shah Mohammad Reza Pahlavi assiste à une présentation des projets du deuxième programme de développement,1955

Après cette expérience traumatisante pour son économie, le Shah voulait faire de l'Iran une grande puissance. Plus aucun étranger et surtout pas les Britanniques ou les Russes ne devaient décider du sort de l'Iran. Avant même que le nouvel accord pétrolier fut signé en 1954, il nomma Abol-Hassan Ebtehadj responsable du développement économique de l'Iran. 94 Ebtehadj réforma fondamentalement la planification économique de l'Iran en introduisant un bureau de planification, chargé de mettre en œuvre, d’évaluer et de développer la gestion centralisée de la conception des plans économiques pluriannuels. On considéra que la planification économique d’Ebtehadj, qui réussit, comme un moyen de sortir de l'impasse l'économie iranienne dans les années suivantes. Il est cependant congédié par Eghbal en1957, qui le soupçonnait de favoriser les experts économiques américains.

Le deuxième plan de développement, qui couvrit la période 1955-1963, porta principalement sur le développement régional de Khouzistan comme une région modèle.

Le troisième plan de développement, qui couvrit la période 1962-1967 et fut porté sur les domaines prioritaires de l'éducation, de l'agriculture et de l'industrie, constitua la base économique pour le début de la Révolution Blanche.

Sous le gouvernement Eghbal, le décollage économique est particulièrement réussi, toutes les mesures phares attirant, la France organisant à Téhéran une exposition industrielle en 1960 A 38.

Farah Diba le jour de son mariage, 21 décembre 1959

Mais de graves problèmes économiques vont se faire sentir quand le Shah lance uneréforme agraire : c’est le projet de trop qui provoque une importante inflation difficile à juguler fin 1959. Le FMI est chargé de faire un rapport qui constate que l’Iran, voulant aller trop vite, se prend les pieds dans sa propre économie. Plusieurs mesures, une aide financière et conseillère est proposée, mais Eghbal refuse, y voyant là une ingérence. Après l’avoir soutenu, le chah change d’avis et se range aux positions américaines :Manoutchehr Eghbal démissionne le 31 août 1960A 40. Il est remplacé par Jafar Sharif-Emami, son ancien ministre de l'Industrie.

Le chah et la reine quittent la maternité après la naissance de Reza Cyrus Pahlavinovembre 1960.

Au printemps 1958, Soraya part en vacances enSuisse, seule. Elle ne reviendra plus en Iran : son divorce d’avec le shah est annoncé fin mars 1958. Des projets de mariage sont envisagés pour Marie-Gabrielle de Savoie, fille de l’ancienroi d’Italie Humbert II. On consulte Pie XII pour savoir si leur différence confessionnelle sera acceptée par le Saint-Siège, car Marie-Gabrielle est catholique et le chah musulman chiite. Jean XXIII, qui devient pape en octobre 1958, s’oppose à l’union, et la trop grande différence d’âge entre les deux époux (elle a 18 ans, lui 38) fait sombrer le projet95.

En été 1959, par un concours de circonstances, le Chah rencontre Farah Diba, amie de sa fille Shahnaz en rendant visite à cette dernière. Il l’a déjà rencontrée lorsqu'il a effectué une visite en France au début de l’année. Les deux personnes se plaisent, et lorsque Farah doit repartir en France pour poursuivre ses études, le mariage est décidé. Les préparatifs terminés, la jeune femme, devient à 20 ans la reine d’Iran en épousant le chah aupalais de Marbre le 21 décembre 1959. Elle est dans les premiers temps une reine assez discrète, et la cour attend l’héritier mâle que ni Fawzia ni Soraya n’avaient donné au Chah. En 1960, la reine est enceinte.

Le 31 octobre 1960, la reine accouche dans un hôpital public, dans le sud de Téhéran et dont elle a la présidence 96 : elle a insisté pour marquer la proximité avec le reste de la population, cet hôpital étant ouvert à toutes les femmes, même les plus démunies 97. C’est un garçon : Reza, désormais héritier du trône, qui consolide la position de la dynastie fondée en1925. La famille s'agrandira vite et accueillera trois autres enfants : la princesse Farahnaz Pahlavi, née en 1963, le princeAli-Reza Pahlavi, né en 1966 et la princesse Leila Pahlavi, née en 1970. Le Chah d'Iran sera très proche de ses enfants et son épouse, malgré ses obligations, et s'occupera quotidiennement de sa famille98.

L'Âge d'Or (1960-1974)[modifier le code]

Accueil de Mohammad Reza Chah et deFarah Pahlavi par le président John Kennedyet la first lady Jacqueline Kennedy.

À l'aube des années 1960, le chah souhaite faire progresser son pays à grande vitesse, se poser en digne héritier de l'œuvre de son père, voire faire mieux que lui. La naissance du prince héritier est un de ces éléments consolidateurs de sa position.

Parade pour l'accueil de Mohammad Reza Pahlavi aux États-Unis, années 1960

À la suite des élections législatives en hiver 1960-1961 (en) qu'il a lui-même organisé, Sharif-Emami est reconduit en tant que Premier Ministre le 11 mars 1961. Il applique rapidement le plan du FMI, mais dans le but de réduire la poussée inflationniste, ces mesures provoquent une récession économique, la baisse de l'activité et la montée du chômage A 41.

La visite de l'économiste Averell Harriman en Iran avec le contexte d'alors provoque une montée (et le début) d'antiaméricanisme en Iran. Sa visite de courtoisie au chah se termine par une invitation pour le souverain et son épouse à se rendre aux États-Unis par le nouveau président John F. Kennedy A 41.

Mohammad Reza Chah, John F. Kennedyet Robert McNamara à la Maison-Blanche le 13 avril 1962.

Auparavant, le futur président américain a beaucoup critiqué le chah, la brutalité de ses méthodes, le manque de démocratie en Iran et le soutien américain à son égard pendant la campagne présidentielle. Un autre événement, plus grave, tend les relations et serait à l'origine de la visite en recherche d'apaisement : le chah apprend par un interprète que le chef des services secrets, Teymour Bakhtiar, a été reçu par le président Kennedy en personne à la Maison-Blanche. Flairant un coup d'état téléguidé par Washington pour le renverser et le remplacer par Bakhtiar, Mohammad Reza Chah destitue Bakhtiar, en outre critiqué par beaucoup - dont l'administration Kennedy - pour ses mauvais traitements, le 15 mars 1961 99. Il est remplacé par Hassan Pakravan, figure beaucoup plus aimable qui, rompant avec l'image effrayant donnée par Bakhtiar, interdit toute torture et humiliation des détenus 100. Puis vient le voyage officiel du couple impérial àWashington, qui se passe officiellement très bien. Les critiques envers le régime impérial sont plus discrètes ou assouplies de la part de l'administration américaine, peut-être faisant le dos rond car démasquée dans le projet Bakhtiar et une tentative de renversement du chah, comme ce fut parfois prétendu 101. En tout cas, l'attitude américaine change radicalement et Kennedy, peu de temps avant son assassinat en novembre 1963, parlera du chah comme « l'un de nos plus grands alliés » 42.

Lancement de la réforme agraire (1960-1962)[modifier le code]

Malgré l'application du plan du FMI, la réforme agraire, celle qui a déclenchée la poussée inflationniste, continue d'être discutée dans la Chambre Basse. Le projet tient à cœur au souverain, qui dira dans ses mémoires avoir toujours cherchée à l'appliquer, un peu comme les mesures qu'il prendra dans le cadre de la Révolution Blanche quelques années après cela. Il avait depuis de nombreuses années insisté sur la nécessité de la mise en place d'une réforme agraire comme base pour de nouvelles réformes économiques et sociales, mais la résistance des grands propriétaires fonciers et du clergé avait fait reporter la réforme à plusieurs reprises 102. La première loi de réforme agraire, portée sous le gouvernement d'Eghbal par le ministre de l'Agriculture Jamshid Amouzegar, soutenant une redistribution fondamentale de la propriété foncière, est adoptée le 6 juin 1960.

Mohammad Reza Chah Pahlavi, le premier ministre Ali Amini, le futur premier ministreAsadollah Alam et le ministre de l'AgricultureHassan Arsanjani distribuent des titres de propriétés à Kermanshah1961 ; c'est le début du programme de la réforme agraire.

Le 4 mai 1961, des manifestations entraînent la mort d'un enseignant, ce qui provoque la démission du cabinet Sharif-Emami, qui ne veut pas que les contestations pacifiques fassent des morts. Le 6 maiAli Amini devient Premier Ministre. Intègre, se déclarant en guerre contre la corruption, compétent financièrement et ouvert au dialogue (on remarque dans son cabinet des anciens du Tudeh et des cabinets de Mossadegh), il n'obtiendra jamais vraiment la confiance du chah, qui le soupçonne d'être surtout le relais des volontés américaines : depuis la première visite officielle du chah sous Kennedy, l'administration américaine poussait le chah à nommer Amini Premier Ministre A 42.

Le 11 novembre 1961, le premier ministre Ali Amini est chargé par le chah de préparer des propositions pour la mise en œuvre du programme de réforme. Le 14 novembre 1961 Amini avance que le chah l'a doté de pouvoirs spéciaux pour mettre en œuvre le programme de réforme. Les députés du Front national critiquent beaucoup ce genre de pratique, et Amini finit par abandonner l'idée de mettre en place quelque chose de grande envergure. En janvier 1962, il demande à son ministre de l' Agriculture Hasan Arsanjani (en) de réviser la loi sur la réforme agraire de 1960. À la suite de quoi les propriétaires terriens ne pouvaient posséder qu'un seul village au maximum. Le reste de leurs terres sont rachetées par l'état, qui les revend ensuite à un prix nettement inférieur aux paysans sans terre. En outre, l'État reconnaît aux agriculteurs un prêt favorable pour leur permettre de former des coopératives agricoles 103. Mais ces ventes à perte ne résolvent en rien les problèmes économiques dont le pays parvient à peine à se relever depuis 1959. Ces mauvais calculs ont vite raison de la sympathie de la population à l'égard du Premier Ministre, et cela, plus le soupçon puis l'agacement du shah, l'hostilité du clergé (le plus grand propriétaire foncier du pays avant la réforme) et des autres propriétaires fonciers, provoquent la démission d'Amini, le 19 juillet 1962 102.

Le début de la Révolution Blanche (1962-1967)[modifier le code]

Articles détaillés : Révolution blanche et Émeutes de juin 1963 en Iran.
Le Chah paradant dans le sud de Téhéran en 1962

Une foi Amini parti, le chah nomme Amir Asadollah AlamPremier Ministre. Ce dernier est un proche du chah, voire son meilleur ami, et il est cependant très libre dans ses choix politique, passant ainsi en premier plan A 43. La situation n'est pas fantastique : le pays est en banqueroute, le mécontentement gronde, la population vivant de plus en plus mal les injonctions du FMI, et Amini avait fait dissoudre les chambres parlementaires sans procéder à de nouvelles élections, gouvernant par décret-loi. Alam et le chah décident que les grands moyens s'imposent.

Les femmes iraniennes votent pour la première fois en 1963

Afin de briser la résistance des grands propriétaires fonciers et du clergé contre les réformes, des experts économiques iraniens développent un concept de réforme économique et sociale. Le chah lui donne le nom de Révolution du Roi et du Peuple, mais elle sera plus connue comme la Révolution Blanche. Elle vise à transformer l'Iran, pays agricole largement féodal en un État industriel moderne en quelques années. Avec la Révolution Blanche Mohammad Reza Shah saisit l'occasion de coordonner les réformes économiques et sociales en Iran. Le cabinet d'Asadollah Alam se voit confier la tâche d'appliquer les réformes dans la législation et les faits. Il fut souvent dit que c'était Kennedy qui avait incité -ou forcé- le shah à mettre en place ces réformes, pour se refaire une légitimité 104. Mohammad Reza Chah s'en défend dans ses mémoires, expliquant qu'il voulait appliquer ce programme de réformes modernisatrices d'envergure dès son avènement, en 1941, mais que les différentes crises et son manque de pouvoir ne lui avait pas permis, jusqu'à ce qu'il se débarrasse d'Amini 30. Et une réforme agraire d'envergure était envisagée depuis Ghavam, en 1946, et la création d'une banque de crédit en 1955 avait permis de redistribuer une grande partie des terres de la Couronne A 43.

Ce programme de réforme globale, annoncé en 1962, n'étant possible que s'il était soutenu par la grande majorité de la population iranienne, les citoyens iraniens devraient voter lors d' un référendum s'ils soutenaient ou rejetaient les réformes du Shah. Il fut prévu pour janvier 1963. La Révolution blanche concerne une série de mesures destinées à moderniser le pays, comme une grande réforme agraire, la constitution du corps de Sepah-e Danech (l'armée du savoir) pour alphabétiser les populations, la relève du suffrage universel, y compris pour les femmes, la mise en place d'un examen professionnel pour les aspirants théologiens islamiques (les mollahs) et ce en rupture avec les vieilles traditions religieuses. Ce qui allait heurter la sensibilité des musulmans radicaux. Et cela arriva vite.

En octobre 1962, une loi autorise n'importe qui (même une femme) à être élu(e) aux conseils départementaux, et même un non-musulman, qui peut prêter serment sur son livre saint, pas forcément le Coran. De nombreux dignitaires religieux bondissent, dont Rouhollah Moussavi, dit Khomeini, qui envoient de nombreux messages de protestations. Malgré les appels du chah à considérer l'histoire en marche, ils ne cessent pas et finalement la réforme est suspendue. Mais les partisans des réformes manifestant à leur tour, on ouvre des négociations en novembre A 44.

Couverture de Gloire Retrouvée, livre de1976 sur le modernisation de l'Iran et laRévolution Blanche

Du 9 au 12 janvier 1963, le chah réaffirme dans son discours au Congrès des coopératives agricoles sa volonté de rénover en profondeur la société. Il est acclamé et de nouvelles manifestations en faveur des réformes éclatent ensuite A 44. Le 27 janvier, le référendum proposant un programme en 6 points est organisé. Les six premiers points de la révolution blanche incluent 105 :

  1. L'abolition du système féodal et la répartition des terres agricoles des grands propriétaires fonciers aux paysans
  2. Nationalisation de toutes les forêts et les pâturages
  3. La privatisation des entreprises industrielles de l'état pour financer le versement d'une indemnité aux propriétaires
  4. Le partage des bénéfices pour les travailleurs et les employés des entreprises
  5. L'octroi du suffrage universel, même pour les femmes, qui y gagnent aussi l'éligibilité.
  6. La lutte contre l'analphabétisme en construisant un corps enseignant suppléant (Armée de la connaissance).

C'est un triomphe : le programme est approuvé à 5 598 711 voix contre 4 115, par de nombreuses femmes et paysans 106. Le 27 février 1963, le Shah déclare, en parlant aux femmes iraniennes à l'ouverture d'un congrès économique au suffrage actif et passif: « Notre révolution ne serait pas complète, si on vous refusait ce droit humain fondamental qu'est le consentement populaire. » Le résultat du référendum délégitimant leur discours, les opposants aux réformes, dont les chef de tribus 107 et le clergé, mené par Rouhollah Khomeini, entre en rébellion ouverte contre le pouvoir de Téhéran. Il dénonce des réformes comme dirigé contre les projets de Dieu et avait appelé tous les fidèles à ne pas participer au vote, visiblement sans grand succès. Le grand Ayatollah Hossein Boroujerdi s'était également prononcé contre les réformes, mais sa mort le 31 mars 1961 rendit ses fatwa invalides 108. La mort de l'ayatollah Kachani le 13 mars 1962 avait laissé libre le poste d'un leader d'un certain extrémisme religieux, auquel Khomeini prétend. Il est en effet proche des Fedayin de l'Islam, comme Kashani.

Rouhollah Khomeiny à Qom, prêchant contre le chah et la Révolution Blanche.

Son discours se radicalise vite : Khomeini dénonce le « viol de l'islam » par le pouvoir, prétend qu'on va forcer les jeunes filles à se prostituer, trouve un certain écho à l'école coranique Feyzieh de Qôm en mai 1963. Il est cependant peu soutenu par l'autorité islamique nationale. Le chah et lui se répondent par discours interposés, Mohammad Reza Chah commençant, comme Reza Chah, à considérer les mollahs comme avant tout des obstacles à la modernité. Puis Khomeini devient injurieux avec le chah, et commence à orienter son discours contre Israël, lui faisant prendre une profonde marque antisioniste et antisémite109. Pour 'Ashura, le 3 juin 1963, il appelle carrément le pouvoir à se protéger d'un soulèvement imminent 110. Le pouvoir, et surtout Alam, souhaite réagir, et on fait arrêter Khomeini à Qôm, qui se présente rapidement à la police. Mais des manifestations éclatent le surlendemain, et durent jusqu'au 7 juin. Elles gagnent vite Téhéran et sont visés principalement des édifices à connotation américaine ou possédés par des juifs - réels ou supposés. La peur gagne la capitale, où des pillages ont lieu, menés par la pègre qui reçoit des pots-de-vin des partisans de Khomeyni. Les bazaris se soulèvent, et de nombreux manifestants arrivent de Qom sur la capitale iranienne. Devant l'inquiétude et l'hésitation du chah, Asadollah Alam convoque le conseil des Ministres, qui l'approuve : il isole le chah en suspendant les lignes télphoniques du palais, déclare l'état de siège et ordonne l'application de la loi martiale A 45. Il est assuré de soutien populaire dans la menée de cette répression A 45. La révolte est écrasée : on dénombre 68 morts 111, 400 arrestations sur environ 5000 participants, Qom comptant plus de 500 000 habitants A 45. Pour Khomeini, le gouvernement reste divisé sur la question : Alam le désigne comme le responsable des désordres, et souhaite le faire passer devant les tribunaux. Mais le chah finit par acquiescer à l'avis des partisans de l'apaisement, dont Hassan Pakravan, chef de la SAVAK. Khomeyni est relâché en août 1963 et regagne sa résidence à Qom, où il ne fait plus parler de lui pendant un certain temps.

De nouvelles tensions et la reprise économique[modifier le code]

La crise semble dépassée ; cependant, aux élections législatives de septembre 1963, le nouveau parti d'Hassan Ali MansourIran Novin, remporte les élections face au parti Mardom d'Alam ; six mois plus tard, ce dernier offre sa démission au chah. En tant que vainqueur des élections, Mansour lui succède le 7 mars 1964. Son mandat se déroule assez calmement, Mansour souhaitant relancer l'économie, toujours essoufflée, par des projets ambitieux. Mais assez vite, les experts du FMI viennent freiner cette avancée, qui rejouerait le scénario économique de 1959 et proposent d'augmenter les impôts. Soutenu par le chah et au prix d'un bras de fer, Mansour refuse les nouveaux impôts mais calme ses ardeurs A 46. En pleine guerre Froide, l'Iran signe avec les États-Unis en octobre 1964 un SOFA reconnaissant des privilèges juridictionnels aux américains travaillant en Iran A 46. Khomeini fait alors de nouveau parler de lui, et les prêches recommencent le 26 octobre, Khomeini comparant le traité aux capitulationssignés par la Perse des Qâdjars avec la Russie et le Royaume-Uni. En novembre, il est de nouveau arrêté. Le ministre Mohammad Nassiri organise alors le départ de l'ayatollah, auquel il fait comprendre que c'est pour lui la meilleure chose à faire. Khomeini quitte l'Iran pour l'Irak, s'installant à Nadjaf.

Amir Abbas Hoveida

Mais la situation s'aggrave le 21 janvier 1965 : devant le Parlement, Hassan Ali Mansour est victime d'un attentat perpétré par un membre des Fedayin de l'Islam, qui entendent venger l'éloignement de Khomeini. Le chah écourte en catastrophe ses vacances, et Mansour est emmené dans une clinique112 : il y décède le 26 janvier malgré les soins prodigués. Pour lui succéder, plusieurs noms circulent ; Mohammad Reza Chah nomme finalement l'ancien ministre des Finances, Amir Abbas Hoveida. Proche de Mansour, il est attendu qu'il perpétue son action - ce qu'il s'attelle à faire. Il restera très longtemps Premier Ministre, pendant plus de 12 ans. Par ailleurs, le chef des services secrets, Hassan Pakravan, se voit congédié pour son manque de poigne qui aurait peut-être permis d'éviter l'assassinat ; il est remplacé parNematollah Nassiri. Le futur président de la République islamique d'Iran Alī Akbar Haschemi Rafsandjani admit après la révolution islamique qu'il avait donné des ordres pour assassiner Mansour. Il avait fourni l'arme de l'assassinat ; comme preuve, il présenta le pistolet qu'il avait gardé comme souvenir personnel de celui-ci 102.

Palais de Marbre de Téhéran, où le chah sortit vivant de l'attaque. Un autre attentat, le 19 mai 1967, visa sa voiture, mais il ne s'y trouvait pas. Le 3 juin 1967, un étudiant iranien faillera à lancer un explosif sur la voiture du chah lors du voyage de celui-ci à Bonn en Allemagne de l'Ouest.

Il admit aussi avoir été à l'origine de l'autre attentat de l'année, mais qui visait directement Mohammad Reza Chah. Le 10 avril 1965, le chah arrive au palais de Marbre, où il travaille, quand un soldat de sa garde personnelle lui fonce dessus et décharge sur lui sa mitraillette. Le chah, non armé et paniqué, s'enfuit, se barricade dans son bureau, tandis que l'assassin est ralenti par des échanges de tirs avec deux autres soldats ; il est finalement abattu par le deuxième soldat, qui y laisse la vie comme le premier. Le chah sortira miraculeusement indemne de l'attentat, mais Hoveyda tentera d'étouffer l'affaire ; apprenant cela, Ardeshir Zahedi, fils du général, ancien ambassadeur et ex-gendre du chah 113, ainsi que proche de l'empereur, vient faire de vives remontrances au premier ministre. Hoveida, qui aura ainsi de très mauvaises relations avec Zahedi, se vengera quand Nassiri, chef de la SAVAK, informera peu après le souverain que Zahedi était en fait le vrai commanditaire de l'attentat. Après perquisition chez lui, il semble évident qu'il n'en était rien A 47, et que les vrais commanditaires de l'attentat étaient les Fedayin de l'Islam. Le chef du groupe, Parviz Nihk-Nakh, gracié par le chah, deviendra cependant directeur de la télévision nationale quelques années plus tard A 47.

Le chah Mohammad Reza Pahlavi et la reine Farah Pahlavi lors de la visite d'État en Allemagne, 1967

L'économie iranienne commence à se détendre : trois hommes ont alors contribué au développement économique de l' Iran : le ministre de l'économie Alinaghi Alikhani, le nouveau chef de l'organisation de la planification Safi Asfia et Mehdi Samii, le directeur de la Banque centrale, fondée en 1960. Safi Asfia a développé un plan économique quinquennal complet, le ministre de l'économie Alikhani a mis en œuvre les plans de Safi Asfia dans le cadre d'une politique économique orientée vers des réformes organisées, et Mehdi Samii a développé le système financier et bancaire de l' Iran. Le 3e plan économique adopté en 1963 prévoit des subventions d'investissements pour l'économie d'un montant de 2,7 milliards de dollars US. En 1968, lors de l'adoption du 4e plan économique, les subventions d'investissements avaient déjà augmentées pour atteindre 6,7 illiards de dollars US. La croissance économique augmentait ainsi de 15 % par an pendant 5 ans. Seules celle de la Corée du Sud et de Singapour avaient augmenté plus rapidement. 

À cette époque, le Shah et sa famille font souvent la couverture des tabloïds étrangers, surtout européens, mais aussi, et notamment après 1965, de périodiques où il était bien plus critiqué, notamment pour la violence de ses services secrets. Au cours de sa visite d'état en RFA en juin 1967, il y eut des manifestations massives à Berlin-Ouest , et le 2 juin 1967, des manifestants déclenchent une émeute. Au cours des affrontements violents entre les forces de sécurité et les manifestants à Berlin, l'étudiant Benno Ohnesorg est tué par le policier Karl-Heinz Kurras, dont on apprit en 2009 qu'il était à l'époque un agent de la Stasi

Le « virage gaullien »[modifier le code]

Mohammad Reza Pahlavi paradant avec le président français Charles De Gaulle lors de sa visite en Iran en 1963

Dans les années 1960, l'implication du chah dans la Guerre Froide prend une autre forme : en effet les américains ayant cherché à freiner ses projets en 1959, et avant ça, les États-Unis avaient refusé d'intervenir en Irak pour contrer la révolution du 14 juillet 1958 qui avait mis fin à la monarchie, et exécuté son roi Fayçal II. Bien que la révolution - en fait un coup d'état - avait été mené par des communistes, les États-Unis refusent d'intervenir pour sauver leur allié, contre l'avis du général Zahedi, que Mohammad Reza Chah avait consulté A 48. Le chah, qui se projeta peut-être à la place du roi d'Irak, prit conscience de la relativité de la protection qui découlait de son alliance avec les américains, et décida de réviser ses alliances.

En septembre 1958Charles De Gaulle accède au pouvoir en France ; lui et Mohammad Reza Chah se connaissent depuis de nombreuses années, et ils resteront très liés jusqu'à la démission du général en 1969. qui effectue du reste une visite d'état en Iran en 1963. Or, De Gaulle est un modèle pour le chah, de même qu'Atatürk en avait été un pour son père. Et particulièrement son indépendant vis-à-vis des deux blocs que le chah va vite émuler : en 1960, il contribue largement à la création de l'OPEP, le 14 septembre 1960, syndicat des pays exportateurs de pétrole qui, pour l'Iran, vise à terme la révision du contrat pétrolier de 1954. L'Iran apaise aussi ses relations avec l'URSS, et se rapproche également de la Chine et du Pakistan114.

Le Général de Gaulle effectue une visite d'état à Teheran, du 16 au 20 octobre 1963

L'empereur d'Iran (re)vient en France en 1961 rendre visite au général. Mohammad Reza aimait être comparé à son « idéal d'ego » qu'était le général de Gaulle, et ses courtisans le flattaient souvent en l'appelant le De Gaulle d'Iran115. Au cours de la visite française, la reine Farah, qui partageait l'amour de la culture et de la langue française - dans laquelle elle avait vécu, se lia d'amitié avec le ministre de la Culture, André Malraux, qui organisa l'échange d'objets culturels entre les musées et les galeries d'art françaises et iraniennes, une politique qui resta un élément clé de la diplomatie culturelle iranienne jusqu'en 1979116. Beaucoup de dispositifs légitimes du régime tels que l'utilisation constante des référendums furent inspirés du régime de de Gaulle116. Grands francophiles, Mohammad Reza et Farah préféraient parler français plutôt que persan à leurs enfants117. Mohammad Reza fit construire lepalais de Niavaran (de 9 000 pieds2) dont le style était un mélange d'architecture perse et française118.

Léonid Brejnev, dirigeant de l'URSS, rencontre le chah et la chahbanou à Téhéran, en 1970

En ce qui concerne l'URSS, il y a du travail à faire : le chah reste très méfiant vis-à-vis du communisme, mais ses ministres lui conseillent de se rapprocher doucement du grand voisin du nord. D'abord réticent, le chah est surpris du bon accueil qui lui est fait en décembre 1965 par Nikolaï Podgornyprésident du Soviet Suprême, contrastant beaucoup avec la visite qu'il avait effectuée en 1956, le président soviétique louant les effets de la Révolution Blanche. Se met alors en place une politique de coopération économique importante entre les deux pays,Podgorny et le chah inaugurant le plus grand gazoduc du monde, plus de2 000 km de pipeline acheminant le gaz du sud-ouest de l'Iran jusqu'en Union Soviétique119. Le même Podgorny sera un invité privilégié des fêtes de Persépolis, un an plus tard, n'étant jamais placé très loin de chah dans les cérémonies officielles119Léonid Brejnev, dirigeant de facto de l'Union Soviétique (1964-1982) voyage à Téhéran en 1970 pour rencontrer le couple impérial, qui lui renvoie sa visite en venant à Moscou la même année. Une nouvel ligne de chemin de fer du nord au sud est tracée afin de faire voyager les minerais et le charbon produits à Kerman et Ispahan jusqu'en URSSA 49.

Le Chah d'Iran et le chef d'état de l'URSSNikolaï Podgorny (de dos, applaudissant) lors de la cérémonie d'inauguration du Shahluleh (principaloléoduc d'Iran) en 1970.

Cependant, le régime impérial reste très lié au bloc de l'Ouest, notamment pour les questions d'armement militaire : les États-Unis ont d'importants problèmes de politique étrangère en Asie avec la guerre du Vietnam et la guerre entre l'Inde et le Pakistan. Le 30 mai 1968, le président Johnson fait déplacer les dispositifs d'écoute électronique de l' Union soviétique, alors au Pakistan, vers l'Iran. Maintenant , l'Iran est un partenaire stratégique militaire des États-Unis. En avril 1968, à la faveur du secrétaire d'état américain Dean Rusk, du secrétaire à la Défense Robert McNamara et du conseiller à la sécurité nationale Walt Whitman Rostow, un programme de réarmement militaire des forces armées iraniennes est mis en place, avec un budget à hauteur de 600 millions de dollars, répartis sur les six prochaines années, 100 millions de dollars par année. A titre de comparaison, le budget de la défense de la République fédérale d'Allemagne était à cette époque de 10 milliards d'euros par an 55.

Mohammad Reza Pahlavi rend visite à Richard Nixon à la Maison-Blanche en 1971

Pour le Shah, il était important de voir l' Iran protégé dans un monde bipolaire. Le seul partenaire qui pouvait garantir cette protection, était pour lui les États-Unis. Pour le président Richard Nixon, l'Iran était un partenaire stratégique central dans le golfe Persique . En mai 1972, Nixon signa à Moscou l'accord SALT-I sur la limitation des armements. Son voyage de retour l'a conduit directement à Téhéran pour discuter avec le Shah du développement politique. Nixon avait conçu une doctrine selon laquelle l'équilibre du pouvoir avec l'Union Soviétique devait être mis en parallèle avec les forces armées des partenaires régionaux des États-Unis, et devait être dérivée de cette perspective une initiative visant à la limitation des armements. L' Iran était un exemple pour Nixon de la façon dont la stabilité politique et la sécurité dans la région du golfe Persique pouvaient être établies par la construction de l'armée iranienne avec l'aide des États-Unis, sans les États-Unis n'ait en Iran ses propres bases militaires 55.

Au début des années 1970, les relations de l'Iran se tendirent avec son voisin irakien, notamment à cause d'une question de frontière114. Le 7 mai 1972, Mohammad Reza déclara au président Richard Nixon que l'Union soviétique essayait de dominer le Moyen-Orient en se rapprochant de l'Irak proche, et contenir les ambitions irakiennes serait aussi contenir les ambitions soviétiques 120. Nixon accepta de soutenir les allégations iraniennes d'avoir sa frontière avec l'Irak au-delà dutalweg du Chatt el-Arab et de soutenir généralement l'Iran dans son affrontement avec l'Irak 120. Mohammad Reza Chah finança les rebelles séparatistes kurdes en Irak, et ce, avec des armes soviétiques qu'Israël avait saisies aux régimes arabes soutenus par les Soviétiques, puis qui avaient été remises à l'Iran à la demande du Shah. Mais le climat devait finalement s'apaiser. En 1975, les deux pays signèrent l'Accord d'Alger, qui accordait à l'Iran des droits de navigation égaux à ceux de l'Irak dans la rivière Chatt el-Arab alors que le talweg -le point le plus profond de la rivière- devint la nouvelle frontière, Mohammad Reza acceptant de cesser de soutenir les rebelles kurdes irakiens 121. Le Shah entretenait également des relations étroites avec le roi Hussein de JordanieAnouar el-Sadate d'Égypte122 et le roi Hassan II du Maroc 123. À partir de 1970, Mohammad Reza forma aussi une alliance improbable avec le régime (aux idéaux très opposés aux siens) du colonel Kadhafi de Libye, les deux leaders voulant des prix plus élevés pour le pétrole de leurs pays, ce qui amena l'Iran et la Libye à unir leurs forces pour faire pression sur le « renversement des forces » lié au prix du pétrole124.

Le chah d'Iran et le président Nixon

La relation entre les États-Unis et l'Iran devinrent plus litigieuses lorsque les États-Unis devinrent dépendants de l'Iran pour être une force stabilisante au Moyen-Orient. En juillet 1969, le président Richard Nixon énonça la doctrine Nixon lors d'une visite à Guam, où il déclara que les États-Unis honoreraient leurs engagements en matière selon les traités signés avec les pays d'Asie, mais que " en ce qui concerne les problèmes de sécurité internationale [...] les États-Unis vont encourager le droit des pays asiatiques à pouvoir s'occuper de leurs problèmes eux-mêmes et s'attendent à ce que ce que ce soit le cas " 125. La nation asiatique particulièrement visée par la doctrine Nixon était le Vietnam du Sud, mais Mohamed Reza saisit dans la doctrine Nixon le message selon lequel les nations asiatiques devraient être responsables de leur propre défense, pour affirmer que les Américains devaient lui vendre les armes sans limitation, une suggestion acceptée par Nixon 125. Une dynamique particulière fut établie dans les relations américano-iraniennes à partir de 1969 où les Américains cédèrent à Mohammad Reza presque tout ce qu'il voulait 126, car ils estimaient qu'ils avaient besoin d'un Iran fort en tant que force pro-américaine au Moyen-Orient et ne pouvaient pas se permettre de perdre ce précieux allié 127. Pour permettre aux deux pays de continuer à avoir de bonnes relations et parce que Mohammad Reza Chah soutenait les États-Unis dans la guerre du Vietnam, on minimisait le ton souvent très anti-américain de la presse iranienne, de même que les américains firent mine d'ignorer les efforts du Shah pour augmenter les prix du pétrole, même si cela coûtait beaucoup aux consommateurs américains 127.

Le président américain Nixon à Téhéran, 1972

Après 1969, un processus de « renversement des forces » s'établit lorsque Mohammad Reza a commença à dicter aux États-Unis leur conduite dans la région, les américains ayant plus besoin de l'Iran que l'Iran besoin des américains128. Le conseiller américain en sécurité nationale, Henry Kissinger, écrivit à cause de la guerre du Vietnam, qu'il n'était pas politiquement possible dans les années 1970 pour les États-Unis de se battre dans une guerre majeure avant 1982: " Il n'y avait aucune possibilité d'affecter des forces américaines à l'océan Indien, en même temps que la guerre du Vietnam et son traumatisme. Le Congrès n'aurait pas toléré un tel engagement, et la population ne l'aurait pas soutenu. Heureusement, l'Iran était disposé à jouer ce rôle " 128. En tant que tel, les Américains avaient vraiment besoin de l'Iran comme un allié, ce qui permit à Mohammad Reza de leur imposer certaines de ses décisions, lors notamment de la crise de Bahreïn 114, une expérience qui stimula fortement son ego, car il imposait sa volonté à la plus puissante nation du monde 128. Lorsque Nixon et Kissinger effectuèrent une visite à Téhéran en mai 1972, le Shah les a convaincus de jouer un rôle plus important dans ce qui a été jusqu'alors une opération essentiellement israélo-iranienne pour aider les Kurdes irakiens dans leurs luttes contre l'Irak et ce, malgré les avertissements de la CIA et du Département d'État disant que le Shah laisserait finalement tomber les kurdes. Ce qui arriva en mars 1975 avec la signature des accords d'Alger, réglant les différends frontaliers irakiens-iraniens, une action prise sans consultation préalable des États-Unis, après quoi il cessa d'aider les mouvements séparatistes kurdes et empêcha les États-Unis et Israël d'utiliser le territoire iranien pour leur fournir de l'aide 129. Le chah, cependant, considérant les kurdes comme des Aryens, c'est-à-dire des Iraniens au sens large du terme, obtient deSaddam Hussein qu'il laisse partir tous les kurdes vers l'Iran, organisant leur fuite. Des villes permettront de les accueillir, où ils trouveront des emplois, Mostafa Barezani, leader du mouvement kurde, s'installant avec sa famille dans une grande propriété à Karaj, en banlieue de Téhéran A 50.

Couronnement[modifier le code]

Cortège royal le jour du couronnement du Chahanchah, 26 octobre 1967.

Le 15 septembre 1965, le Majles accorde au chah, pour services rendus à la nation, le titre d'Aryamehr (Lumière des Aryens), qui devient une sorte de second titre 130.

C’est à l’automne 1967, le 26 octobre (jour anniversaire du shah), qu’ont lieu les cérémonies du sacre de Mohammad Reza Pahlavi dans le palais du Golestan qui retrouve les fastes d'antan. Durant les vingt-six années qui se sont écoulées depuis sa prestation de serment, en septembre 1941, le chah n’a pas envisagé de ceindre la couronne impériale. Tant qu’il ne sentait pas l’Iran suffisamment engagé dans la voie du développement économique et social, il ne voulait pas « être le roi d’un pays pauvre »131 et n’éprouvait aucune fierté à être couronné devant un peuple encore pauvre et en partie illettré132. Ce choix de différer le couronnement s'explique non seulement en raison de l'instabilité politique du pays mais aussi de l'absence d'héritier mâle133.

Photographie du couronnement du Chahanchah, du Prince héritier et de la Chahbanou
Couronnement de Mohammad Reza Chah et de la Chahbanou Farah

15 000 soldats forment une haie d'honneur sur les 17 kmdu trajet depuis le palais de Niavaran. Le carrosse d’ébène et de perles aux vitres blindées ainsi que les voitures de la suite roulent sur les mille tapis persans recouvrant les rues de Téhéran. Des avions spécialement affrétés larguent17 532 roses, autant de fleurs qu'il y a eu de journées dans la vie du roi. Parmi les Joyaux de la couronne iranienne déployés pour cette cérémonie, figure dans la salle du couronnement du palais du Golestan le Trône du Paon sur lequel prend place le chah qui a ceint l’épée royale et revêtu le manteau impérial avant de se poser sur la tête la couronne impériale de la dynastie Pahlavi, tendue par un groupe de militaires134.

Puis la cérémonie prend une tournure sans précédent : la reine se lève, se met en face du trône de son époux, et huit dames d'honneur viennent la revêtir d'un grand manteau de velours vert foncé aux motifs persans en strass. Puis elle s'agenouille, et , geste unique dans l'histoire post-islamqiue de la Perse, elle est couronnée par le Chah. Ce dernier tient en effet à marquer une fois de plus son attachement à l'importance de la femme, lui qui a donnée à son épouse le titre deChahabanou (« épouse royale »), chose également unique, alors que Farah Pahlavi avait, l'année précédente (1966), reçu un statut spécial tout aussi inédit, qui lui permettait d'exercer la Régence dans le cas où son mari mourrait, jusqu'à ce que le prince héritier eut atteint l'âge de régner97.

Puis après de nombreuses formules d'usage et serments, le cortège quitte le palais du Golestan et parade dans toutTéhéran.

Célébration du 2 500e anniversaire de la fondation de l'empire perse[modifier le code]

Parade à Persépolis pour les fêtes de 1971 - ici l'Empire sassanide

Le chah a organisé du 12 au 16 octobre 1971 une fête spectaculaire, pour les deux mille cinq cents ans de l'Empire perse, sur le site de Persépolis, siège des rois d'Iran depuis des siècles. Monarques et présidents de monde entier ont fait le déplacement pour assister à cet anniversaire célébrant la prodigieuse modernisation de l'Iran ainsi que son glorieux passé. Les Iraniens sont censés prendre conscience du prestige de leur pays dans le monde. Mais les opposants ne virent que les dépenses de trois cents millions de dollars en tentes de soie équipées de toilettes en marbre, et en mets et vins pour vingt-cinq mille personnes, venues en avion depuis Paris. De festivités populaires, le projet s'est transformé de 1967 à 1971 en une véritable garden-party de chefs d'état et d'officiels étrangers, ce dont le chah se rendit compte à la fin des célébrations 135, et qui fut regretté par la chahabnou également qui aurait préféré que les médias couvrent un peu plus les actions populaires et tout ce qui avait été fait à côté, selon elle l'essentiel136.

Arrivée du Shah, de la Shahbanou et du Prince héritier à Pasargades, devant letombeau de Cyrus12 octobre 1971

L'Ayatollah Khomeiny condamna ces excès depuis Nadjaf, évoquant les millions d'Iraniens pauvres qui, selon lui, réclamaient l'aide du clergé pour la construction de bains publics : "Les crimes des rois d'Iran ont noirci les pages de l'histoire... Que sont devenues ces belles promesses, ces allégations prétentieuses selon lesquelles le peuple serait prospère et heureux ?" Khomeiny fustigeait cependant surtout la référence à la culture préislamique de la Perse, le Chah mettant l'accès sur sa période préférée ː l'empire achéménide. Lors de la célébration fut organisé un spectacle de feux d'artifice coordonné avec un spectacle sonore et lumineux éclairés par des centaines de haut-parleurs et de projecteurs cachés, lequel envoyait un double message ː l'Iran était encore fidèle à ses traditions anciennes et l'Iran avait transcendé son passé pour devenir une nation moderne, que l'Iran n'était pas "coincé dans le passé", mais était une nation qui embrassait la modernité tout en ayant choisi de rester fidèle à son passé137. Le message a été encore renforcé le lendemain lorsque la «Parade de l'histoire Persane», réalisée à Persepolis, quand 6 000 soldats habillés sous les uniformes de chaque dynastie des Achéménides aux Pahlavis défilèrent devant Mohammad Reza dans un grand défilé dont de nombreux contemporains remarquèrent qu'il avait "surpassé dans le pur spectacle les imaginations de celluloïdes les plus florissantes des épopées d'Hollywood"137. Pour compléter le message, Mohammad Reza termina les célébrations en ouvrant un nouveau musée à Téhéran, le Shahyad Aryamehr, logé dans un bâtiment -une tour- très moderniste et assista à un autre défilé dans le nouveau stade Aryamehr, un nouvel exemple de sa politique alliant l'histoire antique et la modernité137. Une brochure proposée par le comité de célébration énonçait explicitement le message: « Ce n'est que lorsque le changement est extrêmement rapide après que les dix dernières années se soient avérées être les mêmes, que le passé atteint des valeurs nouvelles et insoupçonnées qui vaut la peine de les cultiver », poursuit-il, pour dire que les célébrations ont eu lieu parce que "l'Iran a commencé à se sentir confiant de sa modernisation"137.

La « Grande Civilisation »[modifier le code]

Dans les années 1970, Mohammad Reza a été considéré comme l'un des leaders les plus efficaces et capables du monde. De partir de 1973, Mohammad Reza proclama que son but était celui de mettre en place la Tamaddon-e-Bozorg, la « Grande Civilisation », un tournant non seulement dans l'histoire de l'Iran, mais aussi pour l'histoire du monde entier, une déclaration qui fut prise un certain temps au sérieux dans l'Ouest 138. En 1975, le vice-président des États-Unis Nelson Rockefeller déclara dans un discours : "Nous devrions accueillir Sa Majesté Impériale aux États-Unis pour quelques années afin qu'il nous apprenne à s'occuper d'un pays"139.

Portrait de Sa Majesté ImpérialeMohammad Reza Chah, empereur d'Iran

Les courtisans de sa cour flattant toujours son ego, et le reste du monde, surtout les États-Unis, l'estimant beaucoup selon le discours de Rockefeller, Mohammad Reza Chah devint de plus en plus assuré dans ce qu'il entreprenait 139. Toute cette louange stimula l'ego du chah, qui passa d'un homme simplement narcissique à un mégalomane, se croyant choisi par Allah lui-même pour transformer l'Iran et créer la "Grande Civilisation" 138,139. Ainsi, Mohammad Reza commença à faire des revendications extravagantes pour la "Grande Civilisation", comme ce qu'il raconta à la journaliste italienne Oriana Fallaci dans une interview en 1973 :

« Les mesures à mi-chemin, les compromis, sont inapplicables. En d'autres termes, l'un ou l'autre est révolutionnaire ou exige la loi et l'ordre. On ne peut pas être révolutionnaire en demandant la loi et l'ordre. Et encore moins avec la tolérance... quand Castro est arrivé au pouvoir, il a tué au moins 10 000 personnes... en un sens, il était vraiment capable de tout, car il est encore au pouvoir. Je suis aussi capable d'user de la force, et j'ai l'intention de le faire si ça peut aider à accomplir un grand nombre de choses, car il faut s'en donner les moyens quand le vieux socialisme et ses effets sont finis. Je réalise pour mon pays plus que les Suédois... Ah ! Le socialisme suédois ! Il n'a même pas nationalisé l'eau et les forêts. Ma révolution blanche [...] met en place un nouveau genre de société et [...] croyez-moi, en Iran, nous sommes beaucoup plus avancés que vous et nous n'avons vraiment rien à apprendre de vous. » 140

Le 31 mars 1974, Mohammad Reza énonça dans une conférence de presse ses projets pour l'Iran en 1984, en disant :

« Dans les villes, les voitures électriques remplaceront les moteurs à gaz et les systèmes de transport de masse seront fournis en électricité, les gens utilisant les monorails ou les bus électriques. Et, en outre, dans l'ère de la Grande Civilisation qui arrive pour notre peuple, il y aura au moins deux ou trois jours fériés par semaine. » 141

En 1976, Mohammad Reza déclara au journaliste égyptien Mohamed Hassanein Heikal dans une interview: «Je veux que le niveau de vie en Iran soit dans dix ans exactement au même niveau qu'en Europe d'aujourd'hui. Dans vingt ans, nous serons devant les États-Unis. » 141

Le cabinet du Premier MinistreHoveida à l'occasion de l'inauguration du 23e Majlis

Réfléchissant à son besoin de voir l'Iran comme « une partie du monde » (par lequel Mohammad Reza Chah signifiait le monde occidental), tout au long des années 1970, il parraina des conférences en Iran à ses frais, par exemple pour une semaine en septembre 1975, la Réunion Internationale du symposium sur l'alphabétisation à Persépolis, le Congrès international de la philosophie à Mashhad et le Congrès international des études mithraïques réuni à Téhéran 142. Il chercha à organiser les Jeux olympiques d'été de 1984 à Téhéran. Pour la plupart des Iraniens ordinaires, luttant contre l'inflation, la pauvreté, la pollution atmosphérique (les villes iraniennes étaient considérées dans les années 1970 comme étant parmi les plus polluées au monde), ayant à payer des paiements d'extorsion à la police qui exigeait de l'argent même de ceux qui pratiquaient des emplois légaux comme la vente de fruits dans la rue et luttant les embouteillages quotidiens, le parrainage des conférences internationales par le Shah n'était qu'un gaspillage de temps et d'argent 143. Les conférences sur les pratiques pré-islamiques telles que le culte de Mithraalimentèrent les angoisses religieuses 144. Par l'entremise de Mohammad Reza, si la « Grande Civilisation » entrevoyait la modernisation d'un Iran dont le niveau de vie serait supérieur à celui des États-Unis et à la pointe de la technologie moderne, peu de projets concernaient une évolution politique, ce qui laissait penser que l'Iran resterait de facto une vraieautocratie141.

La famille impériale Pahlavi employait une riche héraldique pour symboliser son règne et le lier à l'ancien patrimoineperse. L'image de la couronne impériale fut incluse dans chaque document et symbole officiel de l'État - des badges des forces armées au papier-monnaie et à la monnaie. L'image de la couronne était la pièce maîtresse de la norme impériale du shah (Shāhanshāh).

Les pavillons personnels - pour le Shāhanshāh, pour son épouse la Shahbānū (Shahbanu) et pour leur fils aîné qui était le successeur du trône désigné (prince héritier) - avait un fond bleu pâle (la couleur traditionnelle de la famille Pahlavi), devant lequel avait été placé au centre le motif héraldique de l'individu. Le drapeau national iranien fut placé dans le quadrant supérieur gauche de chaque norme. Le pavillon impérial approprié était hissé à côté du drapeau national lorsque l'individu dudit pavillon était présent.

Politique internationale régionale

Discours du Shahanshah lors de la célébration des 2 500 ans de monarchie perse à Persepolis, 14 octobre 1971. À gauche du chah ːAlia de JordanieBaudouin de BelgiqueIngrid de Suède, et à droite ːFabiola de BelgiqueHussein de JordanieChams Pahlavi (?) etQabous d'Oman.

Parce que la Maison Pahlavi était une maison du genre "nouveau-riche", Reza Khan ayant commencé sa carrière comme soldat dans l'armée perse, avant de devenir général puis de prendre le pouvoir dans un coup d'état en 1921 et devenant Shah en 1925, Mohammad Reza cherchait souvent à gagner l'estime des anciennes familles royales du monde, quitte à dépenser d'importantes sommes d'argent pour 145. Parmi les royaux souvent de passage à Téhéran, le roi Hussein de Jordanie, l'ancien roi Constantin II de Grèce, le roiHassan II du Maroc, les princes et les princesses de laMaison néerlandaise d'Orange et les membres de la famille de Savoie, notamment Victor-Emmanuel145. Outre le roi de Jordanie, l'autre monarque régional ami de Mohammad Reza Chah était l'empereur Hailé Selassie d'Éthiopie, comme en témoigne le fait qu'il était l'invité d'honneur lors des célébrations de Persépolis en 1971. L'Éthiopie et l'Iran, avec la Turquie et Israël, étaient considérés comme une "alliance de la périphérie", laquelle contrebalançait le pouvoir arabe dans le Moyen-Orient étendu.

En juillet 1964, la Turquie, l'Iran et le Pakistan signèrent le Traité de coopération régionale pour le développement (RCD, coopération régionale pour le développement) en tant que complément à la coopération militaire dans le cadre du CENTO. L'objectif de l'accord était de renforcer les échanges commerciaux entre les pays partenaires afin de réduire leurs déficits chroniques des paiements avec l'Occident. À long terme, une union monétaire fut demandé. Le marché commun des pays incluait 170 millions de personnes. Ainsi, la base économique d'une augmentation de la production industrielle fut donnée à la production de masse de biens de consommation. À titre d'exemple le RCD servi la Communauté européenne et l'AELE.

Mohammad Reza et Farah avec le roi Hassan II lors de leur visite d'État au Maroc (1966)

En plus des déclarations d'intention de coopération accrue, le traité visait également à améliorer les systèmes de communication, l'expansion des routes, liaisons ferroviaires et aériennes des pays signataires. Plus précisément, les frais de lettres, des télégrammes et des appels téléphoniques entre les pays furent réduits et améliorèrent les échanges entre les états. Les experts commerciaux furent échangés entre les pays, fournirent une assistance technique aux grands projets industriels et mirent en service une stratégie navale commerciale commune. L'Iran fournissait du pétrole à des prix préférentiels au Pakistan et en Turquie.

Afin de renforcer les liens culturels entre les pays, les manuels furent révisés pour permettre la mis en place d'échanges universitaires entre les pays du RCD (en) et les programmes se mirent à promouvoir la formation dans la langue et la culture des trois pays alternativement. Le Conseil des ministres des Affaires étrangères des pays du RCD servi en tant qu'organe de prise de décision. Une commission de planification composée de représentants de chaque comité de planification de l'État préparait les réunions des ministres du RCD. Les ministres et la Commission de planification possédait un secrétariat indépendant et un secrétaire général avec rang d'ambassadeur146.

À partir de 1969, le Shah chercha à étendre le RCD à l'Afghanistan et à l'Inde 147. En 1974 et jusqu'en 1976, les recettes pétrolières Iran atteignant de nouveaux sommets, le Shah investit d'importantes sommes dans l'aide au développement avec l'Afghanistan, le Pakistan, l'Inde, l'Égypte, la Syrie, la Jordanie, le Soudan et le Liban. Ces pays mirent en place de grands projets de développement, en supposant que le financement des projets serait assuré par l'Iran. Cependant, en 1975, l'Arabie saoudite, lors de la réunion annuelle de l'OPEP, refusa d'accepter la nouvelle augmentation par Mohammad Reza Chah Pahlavi des prix du pétrole, ce qui fit stagner les revenus pétroliers de l'Iran, qui ne fut plus en mesure de remplir ses obligations internationales 148

La cessation de cette aide financière bienvenue contribua à renforcer une dépendance des pays voisins de l'Union Soviétique. Un exemple des conséquences de la disparition de l'aide économique iranienne est le développement politique en Afghanistan. Le Shah avait, en 1975, promis au président afghan Mohammed Daoud Khan, pour la mise en place de projets de reconstruction économique, en particulier pour le développement du réseau ferroviaire en Afghanistan, 1,2 milliards de dollars. Avec ces fonds Daoud aurait pu réduire la dépendance économique presque totale de l'Afghanistan vis-à-vis de l'Union soviétique. En 1977, cependant, 10 millions de dollars d'aide économique iranienne furent reçus à Kaboul. 

En raison de la persistance de la mauvaise situation économique en Afghanistan et de l'absence d'instauration des projets de reconstruction promis, un coup d'état renversa le président Daoud en avril 1978 149. La mort de Daoud, lors du coup d'état, entraîna aussi la disparition de la République d'Afghanistan. La création suivante de la République démocratique d'Afghanistan et la tentative d'établir par des réformes radicales un état socialiste par les anciens putschistes déclencha une guerre civile, puis aboutit en 1979 à l'invasion par l'Union soviétique du pays. Après la révolution islamique la coopération économique avec les pays voisins fut revue. En 1985, la fondation de l'Organisation de coopération économique (ECO) se pose comme une évolution de la RCD.

Ardeshir Zahedi, ministre des affaires étrangères à l'époque de la crise de Bahreïn et des trois îlots. Il mena un véritable bras de fer avec les britanniques pour l'obtention des trois îlots, son intransigeance et sa rudesse semblant avoir eu raison de Londres150.

L'Iran connut aussi avec la Grande-Bretagne une crise concernant le sort deBahreïn (que la Grande-Bretagne contrôlait depuis le xixe siècle, mais que l'Iran revendiquait toujours comme son propre territoire) et de trois petites îles du Golfe Persique, qui aboutit à un accord entre le Shah et les Britanniques conduisant à l'indépendance de Bahreïn (contre les souhaits des nationalistes iraniens). En retour, l'Iran prit le contrôle total de la Grande Tumb, de la Petite Tumb et d'Abu Musa dans le détroit d'Ormuz, trois îles stratégiquement sensibles, revendiquées par les Émirats arabes unis. Au cours de cette période, le Shah a maintenu des relations cordiales avec les États du Golfe Persique et établi de solides relations diplomatiques avec l'Arabie Saoudite. Mohammad Reza Chah voyait l'Iran comme le pouvoir dominant naturel dans la région du Golfe Persique, ne tolérant aucun défi pour l'hégémonie iranienne, assurant son maintien par un important surarmement du pays dès le début des années 1960151. Mohammad Reza soutint les royalistes yéménites contre les forces républicaines dans la guerre civile du Yémen (1962-1970) et aida le sultan d'Oman à mater une rébellion à Dhofar(1971). En 1971, Mohammad Reza déclara à un journaliste: " Les événements mondiaux étaient tels que nous étions obligés d'accepter le fait que la mer adjacente à la mer d'Oman - je veux dire l'océan Indien - ne reconnaisse pas les frontières. Quant aux limites de sécurité de l'Iran - je ne déclarerai pas combien de kilomètres nous avons à l'esprit, mais quiconque connaît la géographie et la situation stratégique, et surtout avec les forces aériennes et maritimes potentielles, sait à quelle distance de Chah Bahar cette limite peut se situer "151.

Le shah cherche, dès la fin des années 1960, à développer ses relations avec ses voisins frontaliers ou proches, tout en gagnant en indépendance vis-à-vis des deux blocs, surtout celui de l'ouest. Le principal architecte de cette politique étrangère est son ministre des affaires étrangères (1966-1971) puis ambassadeur à Washington (1971-1979), Ardeshir Zahedi, fils du général Fazlollah, gendre (1957-1964) puis ami proche du chah. Diversement apprécié à la cour, il est craint par beaucoup du fait de sa grande proximité avec l'empereurA 51, son antagonisme avec le premier MinistreHoveida, et dans une moindre mesure, avec Alam, étant un secret de polichinelle.

Mohammad Reza Chah, Houari Boumédiène et Saddam Hussein lors de la signature des accords d'Alger en 1975

Les relations avec l'Irak, après 1958, furent longtemps difficiles en raison de l'instabilité politique dans ce dernier pays. Mohammad Reza se méfiait à la fois du gouvernement socialiste d'Abd al-Karim Qasim et du parti arabe nationaliste Baas. Mohammad Reza rappela que la frontière internationalement reconnue entre les deux pays se situait sur la rivière Chatt al-Arab, et que, dans un traité de 1937, la frontière se situait sur la rive du côté iranien, ce qui confié à l'Irak la plupart du Chatt al-Arab152. Le 19 avril 1969, Mohammad Reza abrogea le traité iranien-irakien de 1937 sur le contrôle du Chatt al-Arab et, par cela, l'Iran cessa de payer des taxes en Irak lorsque ses navires utilisaient le Chatt al-Arab, ce qui coûta à l'Irak une source de revenus lucrative153. Il justifia son mouvement en soutenant que presque toutes les frontières des rivières dans le monde traversaient lethalweg (profonde marque de canal) et en prétendant que parce que la plupart des navires qui utilisaient le Shatt al-Arab étaient iraniens, le traité de 1937 était injuste pour l'Iran154. L'Irak menaça le mouvement iranien de répercussions armées, mais lorsque le 24 avril 1969, un navire-citerne iranien escorté par des navires de guerre iraniens traversa le Chatt al-Arab sans rien payer, l'Irak, l'État militairement le plus faible ne fit rien155. L'abrogation iranienne du traité de 1937 marqua le début d'une période de tension irakienne-iranienne aiguë qui devait durer jusqu'aux Accords d'Alger de 1975155. Le 6 mars 1975, en effet, l'Iran et l'Irak signèrent les accords d'Alger, une contribution importante à la paix au Moyen-Orient par le règlement des différents frontaliers, qui accordait à l'Iran des droits de navigation égaux à ceux de l'Irak dans la rivière Chatt el-Arab alors que le talweg -le point le plus profond de la rivière- devint la nouvelle frontière, Mohammad Reza acceptant de cesser de soutenir les rebelles kurdes irakiens 121, ce qu'il faisait jusque là pour torpiller le régime de Saddam Hussein.

Farah PahlaviAnouar el-Sadate et Mohammad Reza Pahlavi à Téhéran, 1975

Les relations de l'Iran avec Israël, reconnu de facto en 1950, restèrent longtemps florissantes, surtout militairement156 : une position dénotant avec la quasi-totalité des pays arabes, le chah perpétuant la tradition de bienveillance du pays à l'égard des juifs, inaugurée avec la libération du peuple juif de Babylone en -538 par Cyrus le Grand - un des modèles du chah. Un bureau iranien ouvrit à Tel-Aviv, et un israélien à Téhéran dès les années 1950157, avant que des ambassades officielles n'ouvrent dans les années 1970158. Cependant, le chah défendit également la liberté despalestiniens à posséder leur propre état, s'abritant derrière le plan de partage de l'ONU de 1947. Ardeshir Zahedi était du même avis, mais estimait aussi que la Palestine devait d'abord cesser d'être la vainque éternelle pour qu'une paix équilibrée soit établieA 52. La veille du début de la guerre du Kippour, le président Anouar el-Sadate, qui allait faire attaquer Israël le lendemain, fit escale à Téhéran : reçu par l'empereur, ce dernier accepta de laisser son territoire être survolé par des soutiens militaire et matériel soviétiques dans la guerre qui allait arriver. Après la fin de la guerre, relative victoire arabe, les relations entre l'Iran et Israël, qui s'estimait trahi, se détériorèrent, en même temps que s'améliorèrent les relations entre l'Iran et l'ÉgypteA 52, à la fin du règne du chah l'un de ses plus sûrs alliés. À l'époque du roi Farouk (1936-1952), les relations entre les deux pays se sont progressivement détériorés en même temps que le mariage du chah avec sa première épouse, la sœur du roi. Le "règne" de Gamal Abdel Nasser fut encore pire, de par le soutien du président égyptien à Khomeini. Après sa mort, en 1970, les deux pays se rapprochèrent. Là aussi, Zahédi contribua beaucoup aux rapprochement des deux pays. Concernant Israël, le chah estima ensuite que les israéliens intriguaient parfois contre lui, évoquant devant le journalisteMike Wallace en 1973 le "lobby juif" qui aurait la mainmise sur une (grande) partie des médias américains159. Le chah d'Iran eut du reste un rôle important dans la mise en place des accords de Camp David, faisant office de médiateur car entretenant des relations officielles avec tous, permettant par exemple la rencontre secrète d'Yitzhak Rabin et Anouar el-Sadate à Téhéran en juin 1975160.

Timbre d'amitié entre l'Iran et le Pakistan (1956)

Deux autre alliés de poids vont émerger pour l'Iran dans les années 1970 : d'abord, le Pakistan, auquel l'Iran est très lié culturellement et historiquement, L'Iran joua un rôle important dans la guerre indo-pakistanaise de 1965, fournissant au Pakistan des infirmières, des fournitures médicales et un don de 5 000 tonnesde pétrole. L'Iran a également indiqué qu'il envisageait de mettre en place un embargo sur les approvisionnements en pétrole en Inde pour la durée des combats161. Après la suspension de l'aide militaire des États-Unis au Pakistan, l'Iran aurait acheté neuf bombes à réaction sabre de l'Allemagne de l'Ouest et les aurait envoyées au Pakistan161. L'Iran joua de nouveau un rôle vital dans le conflit pakistanais de 1971 avec l'Inde, cette fois fournissant du matériel militaire ainsi qu'un soutien diplomatique contre l'Inde. Le chah décrivit l'attaque indienne comme une agression et une ingérence dans les affaires intérieures du Pakistan162; dans une interview avec un journal parisien, il reconnut ouvertement que "Nous sommes à 100% derrière le Pakistan"162. Le Premier ministre iranien, toujours Amir Abbas Hoveida, soulignant le fait que "le Pakistan a été soumis à la violence et à la force"162. Les dirigeants iraniens ont souvent exprimé leur opposition au démembrement du Pakistan, craignant de nuire à la stabilité et à la sécurité intérieures du Pakistan mais aussi à l'Iran 162 en encourageant les séparatistes kurdes à se lancer contre le gouvernement iranien 162. Dans le même ordre d'idées, l'Iran a tenté de justifier son approvisionnement en armes au Pakistan au motif que, dans son désespoir, le Pakistan pourrait tomber dans le tour chinois 162. D'autre part, l'Iran normalisa ses rapports avec l'Inde. La rupture du Pakistan en décembre 1971 convaincu l'Iran que des efforts extraordinaires étaient nécessaires pour protéger la stabilité et l'intégrité territoriale de ses frontières est. L'émergence du Bangladesh fit craindre à Téhéran des complications diplomatiques. Lorsqu'une insurrection armée éclata dans la province du Baloutchistan au Pakistan en 1973, l'Iran, craignant que l'insurrection puisse se répandre dans sa propre province du Balouchistan, offrait un soutien à grande échelle163. Les Iraniens fournirent au Pakistan du matériel militaire (y compris trente hélicoptères d'attaque Cobra Huey), du partage des informations et une aide de 200 millions de dollars164. En plus de l'aide militaire, pendant toutes ces années, le Chah d'Iran a offert une aide au développement considérable au Pakistan, y compris le pétrole et le gaz à des conditions préférentielles.

L'impératrice Farah et le Premier Ministre Hoveida lors de leur visite d'état en Chine, 1972

Ensuite, la Chine. Un rapprochement initié dans les années 1960, puis amorcé avec les visites des princesse Chams et Ashraf en 1971, puis de la Chahbanou et du Premier Ministre en 1972. La première ambassade iranienne fut établie endécembre 1973 et Abbas Aram y fut nommé, devenant ainsi le premier diplomate iranien à servir en Chine 165. Dans les années 1970, les deux pays devinrent des alliés dans l'idée de contrebalancer l'Union soviétique et les États-Unis pendant laguerre froide. Après que l'URSS signa le traité d'amitié soviétique-indien (1971), la relation devint un moyen de contrer l'influence croissante de l'URSS dans le golfe Persique165. Le président de la République Populaire de Chine Hua Guofeng sera le dernier chef d'état à effectuer une visite officielle dans l'Empire d'Iran en octobre 1978166. La Chine soutint toujours les politiques économiques du Shah, en particulier dans la question des prix du pétrole et de gaz, et après 1972 l'Iran était devenu un partenaire commercial important pour la Chine 167.

Le compte à rebours (1974-1978)[modifier le code]

Les prémices d'une crise pétrolière (fin 1973-1974)[modifier le code]

Mohammad Reza Pahlavi lors d'une conférence de presse au palais de Niavaran, 24 janvier 1971

L’état de grâce dont a joui Mohammad Reza Pahlavi auprès des gouvernements alliés et des médias internationaux connaît ses premiers essoufflements dans les mois qui suivent la Guerre du Kippour et la crise énergétique en corollaire. Les vastes perspectives offertes par la spéculation pétrolière, au cœur du Moyen-Orient, vont progressivement installer l’incompréhension, le mécontentement, puis l’hostilité. Ce qui va donner, dans un premier temps, l’illusion d’un pouvoir indiscutable et d’une prospérité nationale étourdissante, va précipiter dans un second temps l’effondrement de tout un système et favoriser un changement radical de la société iranienne.

En effet, le 23 décembre 1973, soit deux mois et demi après le déclenchement de la Guerre du Kippour, une conférence de l’OPEP est organisée à Téhéran. À l’issue de cette réunion, une décision lourde de conséquences est prise : le prix du pétrole est multiplié par deux. Ce choix s’ajoute à celui arrêté à Koweït City, le 16 octobre 1973, à savoir la réduction de 5 % de la production mensuelle. Alors que du côté saoudien, le Roi Faycal craint que l’embargo va attirer les foudres des États-Unis, qui se sont engagés derrière l’État hébreu, Mohammad Reza Pahlavi voit dans la paralysie du marché pétrolier un tremplin pour l’économie de son pays. Toujours soucieux de se ménager un espace de liberté et d’affirmer sa souveraineté sur une matière première qu’il considère sa pleine propriété, son gouvernement inaugure une méthode de vente : la vente aux enchères. La peur de manquer, les anticipations et le comportement moutonnier des acheteurs ne peuvent que faire monter les prix et donnent au Chah des coudées franches. Parallèlement, dans un même esprit, la nationalisation du pétrole iranien est réellement appliquée, puisque la NIOC a obtenu l’aval pour un contrôle total sur la gestion de cette industrie. Quant aux conditions de vente et d’achat avec les compagnies qui n’appartiennent pas au consortium, elles sont intégralement révisées à son entier profit.  Par le biais de toutes ces révisions et mesures prises en l’espace de quelques semaines, Mohammad Reza Pahlavi devient l’acteur-clef de la géopolitique du pétrole. Ce qui va asseoir son hégémonie va contribuer à sa chute cinq années plus tard. 

La stratégie des enchères est payante pour le gouvernement de Mohammad Reza Pahlavi. Les six premiers mois de l’année 1974, les 450 000 barils se sont arrachés à 17,06 dollars l’unité, autrement dit plus de trois fois la cote décidée par l’OPEP en décembre 1973. Mais si cette spéculation offre de grandes perspectives pour le régime impérial, l’opinion publique occidentale ne résume plus l’image du Chah à celle du monarque oriental qui modernise son pays tout en enchaînant mariages glamour et cérémonies fastueuses. Désormais, la pénurie d’essence (non seulement le pétrole est plus cher mais 7 % de sa production manquent également sur le marché) suscite la polémique : aux États-Unis, la chaîneCBS reçoit les doléances de téléspectateurs pour qui, en fin de compte, le Chah est l’ennemi de l’Amérique. Passé parRiyad avant une nouvelle interview du souverain iranien, le journaliste Mike Wallace rencontre le cheikh Yamani qui insiste sur les positions en pointe de Mohammad Reza Pahlavi au sein de l’OPEP. Loin de l’ambiance des reportages précédents, plutôt convenus et déférents, le dialogue de Sixty Minutes est plein d’acrimonie. Très clairement, à travers ses questions, le journaliste américain accuse l’Iran d’accroître ses revenus de 400 % au détriment de ses partenaires et alliés. Le Chah s’indigne, car pour lui ce sont les compagnies qui profitent de la manne financière, après avoir pillé le sous-sol iranien durant cinquante ans. Les interviews suivantes, accordées aux journalistes occidentaux, sont désormais plus axées sur la confrontation directe et la radiographie critique du régime impérial iranien, aux antipodes des bluettes et éloges diffusés par les médias quelques années plus tôt.

L'empereur du pétrole[modifier le code]

Le Shah rencontre des membres de l'OPEP à Téhéran.

C'est dans ce même esprit, celui de la dénonciation et du ressentiment, que le magazine américain Time publie son numéro du 4 novembre 1974 : en couverture, Mohammad Reza Pahlavi, devient « The emperor of oil ». Le Chah est présenté comme un homme qui « inspire actuellement le respect tant pour ses ambitions que pour ses richesses », que l’Occident « ne peut ignorer » et cela, « qu’il joue le rôle de celui du héros ou celui du méchant ». Après avoir longtemps été le « héros », le monarque devient dorénavant le « méchant » qui enrichit son pays au détriment des amis occidentaux. Et le magazine américain d’ajouter : « L’Iran fait partie de cette poignée de pays qui ont contribué à acculer l’Europe de l’Ouest au bord du désastre économique ». À Washington, peu de voix se font entendre pour réfuter ces allégations : le président Nixon, grand ami du Chah, a démissionné deux mois plus tôt, balayé par l'affaire du Watergate. Dans l’entourage du nouveau locataire de la Maison Blanche, Gerald Ford, on commence plutôt à s’interroger et à s’inquiéter sur celui qui, depuis vingt ans, est perçu, à l’instar d’Israël, comme le plus fidèle allié des États-Unis au Moyen-Orient.  La question commence donc à se poser : quel avenir pour celui qui est jugé responsable du « choc pétrolier » ?

Mohammad Reza Pahlavi et Gerald Ford lors d'une revue des troupes sur la pelouse Sud de la Maison-Blanche, 1975

En effet, chiffres à l’appui, sous l’impulsion du Chah, le prix du brut est passé de1,85 dollar en 1975 à 10,21 dollars, vers la fin 1974, avec un plafonnement à17,06 dollars au printemps. Le premier choc pétrolier a mis de fait aux Trente Glorieuses de l’Occident, ère de prospérité et de dynamisme économique commencée en Europe de l’Ouest et aux États-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Or, l’Amérique du Nord, le Japon, ainsi que les principaux pays industrialisés européens, tels que la France, l’Allemagne fédérale, la Grande-Bretagne, le Benelux et l’Italie, sont confrontés à une envolée sans précédent du chômage de masse. En parallèle, les crédits se font de plus en plus rares et le système bancaire international vacille, au bord du gouffre. Le président américain Ford doit faire face aux conséquences de la crise car, comme le soulignait le patron de la Réserve fédérale de l’époque, Arthur Burns, « Le monde industriel se dirigeait vers un désastre ». En 1976, quelques mois avant la fin de présidence de Gerald Ford et à la veille du sommet de l’OPEP à Doha, la situation des pays occidentaux est devenue si critique que le PIB américain risque de s’effondre dans les abîmes. Quant à la France, la Grande-Bretagne et l’Italie, elles sont au bord de la faillite économique. La crise doit cesser et pour cela il faut impérativement stabiliser les prix du pétrole. Mais pour cela, il faut régler le problème à sa source. Dans l’administration Ford, des hommes tels que James Schlesinger et Donald Rumsfeld, qui se sont succédé comme secrétaires à la Défense, ainsi que le secrétaire au Trésor William Simon, pointent du doigt un coupable : Mohammad Reza Pahlavi.  Mais tout le monde ne partage pas ce point de vue à la Maison Blanche, notamment le très influent chef de la diplomatie Henry Kissinger qui soutient le Chah et défend que le développement engendre la stabilité tant économique que politique. L’essor global, la longueur du cahier de commande et la multiplication des partenariats et projets multilatéraux avec l’Iran paraissent lui donner raison.

Le Shah visitant un complexe pétro-chimique d'Abadan.

Depuis quelques années, Mohammad Reza Pahlavi s’est effectivement lancé dans une politique dite de big push, aussi impressionnante sinon plus que les miracles économiques allemand et japonais au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Cette politique vise à moderniser l’Iran en l’espace d’une seule génération grâce aux vastes revenus pétroliers. Par le biais de plans quinquennaux, il fait injecter des milliards de dollars dans une économie largement dépourvue d’infrastructures afin de générer des emplois productifs pour les millions de ruraux déracinés et illettrés qui s’entassent inexorablement dans les faubourgs des grandes villes, et à Téhéran tout particulièrement. Ainsi, en une quinzaine d’années, le revenu annuel par habitant est passé de 140 dollars au début des années 1960 à 2 000 dollars au milieu des années 1970. Malheureusement, force est de constater qu’en matière économique comme dans les affaires étrangères, le Chah est davantage un parieur et un instinctif qu’un calculateur à même d’anticiper les conséquences à moyen terme. En l’occurrence, toute la politique de Mohammad Reza Pahlavi repose sur le principe d’une augmentation sans fin de la rente pétrolière qui permet, entre autres l’acquisition des armements les plus sophistiqués. Le cinquième plan quinquennal, programmé par le gouvernement Hoveida pour la période 1973-1978, doit mener aux portes de la « Grande Civilisation » promise par le chahinchah. En 1975, cette stratégie risquée entraîne une dépense largement supérieure aux recettes pétrolières, car malgré un revenu total de près de 20 milliards de dollars, le gouvernement iranien engage 30 milliards de dollars dans des projets de prestige, telle l’immense base aéronavale de Chahbahar qui donne sur l’Océan Indien. En octobre 1974, un rapport confidentiel de laCIA tire la sonnette d’alarme : « Les ambitions du Chah en matière de développement intérieur et de renforcement militaire créent des problèmes à l’échelle domestique. Les dépenses et les influx massifs de capitaux ont provoqué une augmentation rapide des prix. » Grâce à la hausse des tarifs pétroliers, les bénéfices du Trésor iranien sont passés de 2,8 milliards de dollars en 1972-1973 à 4,6 milliards en 1973-1974, puis atteindre la somme vertigineuse de 17,8 milliards en 1974-1975. C’est à peine suffisant pour le chah et son gouvernement qui trahissent une addiction aux pétrodollars. Mais la naphte, perçue par le souverain comme une bénédiction, la servate khoda-dadi (richesse, don de Dieu), va se transformer en fléau à partir de 1975.

La rupture[modifier le code]

Le Shah écoutant le rapport du directeur Eghbal au siège de la SNIP.
Session de l'OPEP au Sénat en 1970, en présence du Shah,Assadollah Alam et Manouchehr Eghbal.
Henry Kissinger en 1976

Les difficultés commencent pour le Chah dès l’année 1975-1976, mais aucun indicateur passé au rouge ne le fait changer de cap. Bien au contraire. Après deux années de hausses vertigineuses, on assiste à une diminution des revenus pétroliers de l’Iran. Cette diminution a pour origine la baisse du dollar par rapport aux autres devises étrangères et, surtout, aux économies d’énergie dans le monde industriel, en réponse au choc pétrolier. Ce changement de donne prévisible avait été signalé, dès 1973, par les experts. Mais Mohammad Reza Pahlavi a balayé d’un revers de main ce qu’il considérait comme des prévisions pessimistes, se focalisant uniquement sur un seul et unique objectif : miser sur une moyenne de 21 milliards de dollars annuels dans la manne pétrolière. Suivant cette logique sans dérogation, le Chah veut poursuivre le financement des industries lourdes pétrochimique et métallurgique, ainsi que celui de l’armée et des grands complexes militaro-industriels, comme les gigantesques installations des alentours d’Ispahan. Aussi, le retournement de conjoncture est extrêmement brutal et pourtant toujours sous-estimé par le gouvernement Hoveida et la Cour impériale. Dans ses mémoires, l’ancien Premier ministre et confident du Chah, Assadollah Alam, note le 6 juillet 1975 : « Avec une diminution de 800.000 barils par jour, le gouvernement, jusqu’ici bailleur de fonds de plusieurs milliards de dollars de crédits accordés aux pays étrangers, est lui-même dans l’incapacité de boucler son propre budget » ! Particulièrement préoccupé par la menace qui pèse sur le pays et le régime impérial, Alam va jusqu’à ajouter une note prémonitoire : « La situation est telle qu’elle devrait dégénérer en révolution… ».  Mohammad Reza Pahlavi ne prend pas en considération les mises en garde de son ministre de la Cour et proche conseiller. Au futur chef de gouvernement britannique, alors ministre des Affaires étrangères d’Harold WilsonJames Callaghan, l’empereur d’Iran déclare en revanche : « Mon attention est en permanence tournée vers les trente prochaines années ». Mohammad Reza Pahlavi semble rester sur ces célestes hauteurs, totalement imperméable aux signaux d’alarme. Cela fait pourtant des années que, sous le flot de l’or noir, l’économie iranienne est malade. En 1971, l’année même des fastueuses fêtes de Persépolis, l’Organisation internationale du travail a rédigé un rapport confidentiel particulièrement préoccupant qui prédit des taux de chômage dangereusement élevés sur les dix années à venir, au cas où les apports massifs de capitaux et de technologies continuent d’être destinés aux seules concentrations industrielles. Selon l’OIT il est recommandé au contraire d’orienter les ressources de l’Iran vers la création d’emplois dans les petites et moyennes entreprises artisanales et locales. De fait, en 1975, le Chah voit se grands projets industriels se heurter à un problème de taille : le faible nombre de main-d’œuvre qualifiée. Environ 726.000 ouvriers et spécialistes manquent à l’appel : ce goulet d’étranglement menace de retarder les plans d’industrialisation de Mohammad Reza Pahlavi. Venu skier en Suisse, à Saint-Moritz, où il possède un chalet, le Chah reçoit Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République française. Lors de cette rencontre le souverain iranien aurait déclaré : « Cette année, au lieu de 4 milliards de dollars, ce sont 18 milliards que nous allons avoir et je suis décidé à injecter immédiatement tout ça dans l’économie du pays. » Giscard d’Estaing aurait répondu au Chah qu’il allait préparer une révolution contre lui-même. Cette rencontre ne semble pas avoir eu d’influence sur le monarque puisque le gouvernement Hoveida va poursuivre l’engloutissement des milliards dans une économie transformée en puits sans fond.

Enfermé dans sa dépendance, le Chah n’accède pas à la demande de l’allié américain pour sauver les économies occidentales de la banqueroute. Il continue à faire la loi au sein de l’OPEP jusqu’à l’intervention du très influent ministre saoudien du pétrole et des ressources minérales : le cheikh Ahmed Zaki Yamani, qui est un proche de William Simon, secrétaire d’État au trésor et farouche opposant au Chah au sein de l’establishment républicain de Washington. Yamani s’engage à faire baisser le prix du pétrole en échange d’une politique américaine plus complaisante envers le royaume saoudien, autrement dit un changement de partenariat stratégique au sein du Moyen-Orient. De son côté Mohammad Reza Pahlavi continue à s’opposer à toute inflexion et menace même Henry Kissinger, qui est pourtant son plus fervent défenseur à la Maison Blanche : si le soutien lui fait défaut, il procédera à une révision de sa politique étrangère.  Ce qui ne surprend plus un nombre de plus en plus important de membres hauts placés de l’Administration américaine qui doutent sérieusement de la loyauté du Chah envers le camp occidental. Bien qu’il craigne l’émergence d’un régime fondamentaliste si l’idée venait de lâcher l’allié iranien, comme en témoigne une rencontre avec Gerald Ford le 3 août 1976, Kissinger finit par se ranger du côté des sceptiques qui veulent exercer une pression sur le Chah avant qu’une décision jugée suicidaire soit prise à la prochaine session de l’OPEP, devant se tenir à Doha en décembre de la même année. Malgré une lettre de mise en garde de la Maison Blanche, datée du 29 octobre, dans laquelle il est précisé que « Tout soutien iranien, au sein de l’OPEP, à une augmentation des prix jouera en faveur de ceux qui s’en sont pris jusqu’ici à nos relations bilatérales ». Trois jours plus tard, Mohammad Reza Pahlavi indique son refus de coopérer et critique « l’addiction des États-Unis au pétrole bon marché ». Dans sa lettre, le Chah évoque également « le manquement ou l’incapacité de la Grande-Bretagne et de la France à mettre de l’ordre dans leurs maison respectives » et s’achève par un avertissement sans équivoque : « Si une quelconque opposition se fait jour au Congrès ou dans d’autres cercles quant à la perspective de voir surgir un Iran prospère et militairement puissant, il existe plusieurs autres sources d’approvisionnement vers lesquelles nous pourrons nous tourner… Rien n’est à même de nous provoquer davantage que ce ton menaçant et cette attitude paternaliste émanant de certains cercles (à Washington) ». La réponse de Mohammad Reza Pahlavi crée un tollé à la Maison Blanche et a pour conséquence le choix d’un nouveau partenaire stratégique, spécial et privilégié, au détriment de l’Iran : l’Arabie saoudite qui s’est engagée à faire capoter les projets d’augmentation de prix du brut. Afin d’éviter tout sentiment de trahison et une réaction disproportionnée de Téhéran, Gerald Ford et son conseiller économique Alan Greespanaccueillent dans le Bureau Ovale l’ambassadeur iranien Ardeshir Zahedi, ex-gendre et caudataire notoire du Chah, le 7 décembre 1976. Le diplomate est jugé « tellement idiot et servile », selon les mots de Kissinger, « que ce qu’il rapportera (au chah) n’aura aucune relation avec ce qui lui est dit ». Le Chah refuse d’entendre les arguments déjà développés auprès de l’ambassadeur saoudien. Il ne suit pas et demande, par le biais du ministre Jamshid Amouzegar, une augmentation de 15,5 % des prix, programmée en deux temps. Mais cette demande faite à la réunion de Doha est contrecarrée par cheikh Zaki Yamani, que le New York Times a rebaptisé le « Talleyrand du pétrole » .

Le Shah recevant les marques de respect d'Ali Neshat, commandant de la Garde Impériale, lors d'une des cérémonies fêtant son anniversaire dans les années 1970.

La lente asphyxie économique[modifier le code]

Sous la menace saoudienne d’inondation du marché avec du pétrole vendu en dessous du seuil fixé par les autres pays membres de l’OPEP, Mohammad Reza Pahlavi est acculé et abandonné à ses difficultés croissantes : les grandes villes iraniennes éprouvent de plus en plus de difficultés à s’approvisionner en denrées alimentaires, tandis que les coupures de courant se succèdent et des goulots d’étranglement asphyxient la vie quotidienne. Des millions de jeunes sans formation professionnelle s’agglutinent vers les grands centres urbains, naguère présentés comme les « merveilles de la révolution blanche du Chah ».  En six mois Mohammad Reza Pahlavi assiste à une situation incontrôlable : dès l’été 1977, l’inflation avoisine les 40 % tandis que la production industrielle chute de 50 %. Corollaire de ces indicateurs économiques passés au rouge, les déracinés de la campagne envahissent les rues des grandes agglomérations, cherchant en vain un emploi.  La situation sociale, particulièrement dans les grandes villes, est alors décrite comme prérévolutionnaire mais Mohammad Reza Pahlavi ne semble pas accorder du crédit aux rapports alarmants tant il est obsédé par sa politique de grande marche en avant. L’économiste Jahangir Amouzegar, frère de Jamshid Amouzegar, dira plus tard du Chah qu’ « il eut un rêve, celui d’une inaccessible grande civilisation, mais que dans le monde réel ses aspirations politico-militaires, économiques et sociales s’avéreront au-delà des capacités organisationnelles, financières et humaines du pays ». Forcé d’abandonner le cinquième plan quinquennal, le Chah et son gouvernement diminuent drastiquement les aides de l’État. Parmi les bénéficiaires lésés figure l’un des groupes les plus puissants et les plus influents d’Iran : le clergé chiite qui compte environ 180.000 mollahs. Le mécontentement des religieux va engendrer les premiers troubles dans la ville sainte de Qom.

Le mercredi 26 octobre 1977, alors qu’a lieu la célébration officielle de l’anniversaire du Chah, Ali Amini, ancien premier ministre et conseiller à la Cour impériale, tire la sonnette d’alarme : il avertit les officiels présents du mécontentement populaire croissant. Mohammad Reza Pahlavi ignore cet avertissement, croyant son régime invulnérable. En effet, le 31 mai 1977, il a enjoint à son conseiller Alam de « bien faire comprendre au nouvel ambassadeur américain qu’il leur sera impossible de mettre sur pied dans ce pays un régime suppôt et que, même s’ils parvenaient à faire une telle connerie, cela leur coûterait des millions de soldats et des milliards de dollars, car comment pourraient-ils se permettre une cochonnerie pareille dans le voisinage des Russes ? ».   

Vers la crise révolutionnaire[modifier le code]

Affiche d'opposition au shah, grimé en bête féroce muselée par un drapeau américain

À côté des problèmes pétroliers qui vont vite asphyxier l'économie, le régime souffre en cette fin de décennie de plusieurs autres problèmes : d'abord une corruption monstre dans toutes les couches de l'Etat, notamment entretenue par le premier ministreHoveyda, qui, face aux problèmes, débloque quelque crédits et arrose les revendicateurs pour acheter leur silence A 53. Ensuite, les abus des services secretsSAVAK, toujours dirigés par le général Nassiri, accusés notamment de torturer abusivement et inhumainement ses prisonniers, d'être absolument partout dans et hors de leur pays 168. L'agressivité de la police politique officieuse a surtout augmenté d'un cran depuis l'incident de Siahkal et le début des mouvements de guérillas 169. Le Shah dit dans une interview donnée le 4 février 1974 ne pas connaître le nombre d'employés de la SAVAK, mais qu'il l'estimait à « moins de 2000 agents » 170. Lorsqu'on lui demanda si ses services secrets pratiquaient la torture, il répondit « Non ». Les journaux le mirent face aux accusations de journaux et d'Amnesty International l'accusant de pratiquer la torture, ce que le shah balaya en disant que c'était des mensonges 171. Les universités sont aussi des foyers de contestation, et les étudiants iranien à l'étranger sont généralement des ennemis déclarés du régime. Les questions religieuses ne sont pas encore au centre des débats, mais les religieux ne sont pas en très bons termes avec le pouvoir, se sentant tenus à l'écart. Le gouvernement s'attire encore les foudres des religieux en remplaçant en 1976 le calendrier solaire islamique par un calendrier solaire impérial, commençant non plus au jour où Mahomet quitta La Mecque pour Médine, mais au jour où Baylone fut prise par Cyrus ː l'année passa de 1355 à 2535 172, ce qui ne fut pas une mesure populaire, qui surtout déconcerta les iraniens avec ce nouveau calendrier.

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