PARITÉ ABSOLUE DE CE REMANIEMENT MINISTÉRIEL DU 16 OCTOBRE 2018 : 17 FEMMES ET 18 HOMMES

Communiqué de presse - remaniement et composition du nouveau gouvernement

Écouter

DppFvQCW4AItFfX

Rubrique : Nation, institutions et réforme de l'Etat

COMMUNIQUÉ DE LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE

Palais de l’Élysée le 16 octobre 2018

Gouvernemnt-752x440

Sur proposition du Premier ministre, le Président de la République a mis fin aux fonctions de :

Monsieur Jacques MÉZARD, ministre de la Cohésion des territoires ;

Madame Françoise NYSSEN, ministre de la Culture ;

Monsieur Stéphane TRAVERT, ministre de l'Agriculture et de l’Alimentation ;

Madame Delphine GÉNY-STEPHANN, secrétaire d'état auprès du ministre de l'économie et des Finances.

 

Il a nommé :

Monsieur Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'éducation Nationale et de la Jeunesse ;

christophe-castaner-edouard-philippe-laurent-nunez_6115250

Monsieur Christophe CASTANER, ministre de l’Intérieur ;

Madame Jacqueline GOURAULT, ministre de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les Collectivités Territoriales ;

Monsieur Franck RIESTER, ministre de la Culture ;

Monsieur Didier GUILLAUME, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation ;

Monsieur Marc FESNEAU, ministre auprès du Premier Ministre, chargé des Relations avec le Parlement ;

Monsieur Sébastien LECORNU, ministre auprès de la ministre de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les Collectivités Territoriales, chargé des collectivités territoriales ;

Monsieur Julien DENORMANDIE, ministre auprès de la ministre de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les Collectivités Territoriales, chargé de la ville et du logement ;

Madame Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'état auprès du Premier ministre, chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations ;

Madame Emmanuelle WARGON, secrétaire d'état auprès du ministre d’Etat, ministre de la transition écologique et solidaire ;

Madame Christelle DUBOS, secrétaire d'état auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé ;

Monsieur Mounir MAHJOUBI, secrétaire d'état auprès du ministre de l’économie et des finances et du ministre de l’action et des comptes publics ;

Madame Agnès PANNIER-RUNACHER, secrétaire d'état auprès du ministre de l’Economie et des Finances ;

Monsieur Gabriel ATTAL, secrétaire d'état auprès du ministre de l’Education Nationale et de la Jeunesse ;

Monsieur Laurent NUNEZ, secrétaire d'état auprès du ministre de l’Intérieur.

7795207180_franck-riester-christophe-castaner-didier-guillaume-et-jacqueline-gourault

Le Président de la République réunira le Conseil des Ministres, avec l’ensemble des membres du Gouvernement, ce mercredi 17 octobre 2018, à 10 heures.

*******************************************

Editorial de Jean Goychman

 

Share Button

discours-macron-300x169

Dans une allocution de douze minutes (j’allais ajouter « douche comprise »), aux allures d’auberge espagnole, notre président s’est adressé à nous d’une manière qui se voulait simple et dramatique à la fois. Sur la forme, le décor était plutôt austère, une fenêtre fermée telle qu’on en trouve dans les « palais aux lambris dorés », l’inévitable couple des drapeaux français et européens (message subliminal), le tout avec un éclairage qui faisait se demander si quelqu’un n’avait pas oublié d’allumer la lampe.

Sur l’image, notre président apparaissait tendu, pour ne pas dire inquiet, comme si ces dix-sept mois de pouvoir l’avaient fait vieillir prématurément. On était loin de la « grandeur jupitérienne » sur fond de pyramide du soir de son élection…

Une vidéo réalisée à l’avance

Comme ce message était enregistré, il paraît évident que cette mise en scène avait été calibrée avec un soin vigilant. Comme on ne sait pas combien de prises ont été effectuées avant que celle-ci soit retenue, tout ce qui peut apparaître comme spontané, comme les feuilles du discours raturées par exemple, n’est là que pour renforcer l’image du « président humble », sorte de dualité symétrique du « jupitérien » dominant du haut de l’Olympe. Je ne suis pas sûr que ce message soit passé tel qu’auraient voulu qu’il soit perçu par les experts en communication qui ont investi l’Élysée.

« Je n’ai pas été compris »

Venons-en au discours proprement dit. Les mots-clés comme « patrie » et « nation » apparaissent dès la première minute. Après un rappel compassionnel auquel il lui était probablement difficile de se soustraire, il enchaîne sur le remaniement. “Much ado about nothing” [1] est probablement venue à l’esprit de beaucoup. Comme cela pouvait apparaître le sujet majeur, on s’attendait à un développement, une sorte d’explication du « pourquoi » et du « comment »… Eh bien, non ! Nous n’avons eu qu’une seule allusion, rapide, à l’intérieur d’une phrase beaucoup plus générale : celle « du sens profond de l’action que j’entends poursuivre pour notre pays, alors que nous venons de recomposer le gouvernement. Ces derniers mois ont, en effet, pu rendre moins perceptible ce sens ».

On se dit alors qu’il va enfin nous dire où il veut aller, quelle est la direction et la logique de son action, et comment elle va apporter une réponse aux préoccupations des français. On aurait pu croire qu’il allait nous parler de l’emploi, du pouvoir d’achat, de la sécurité dans nos villes et nos banlieues, bref, des problèmes que nous rencontrons chaque jour. Au lieu de cela, nous avons le coup du « mea culpa » et du « je n’ai pas été compris » En général, les gens qui sont incompris le sont parce que leurs propos ne sont pas clairs ou parce que le sujet abordé est trop complexe. Emmanuel Macron, lui, pense que l’incompréhension des gens vient « de sa détermination ou de son parler-vrai qui ont pu choquer certains ». Et il ajoute ensuite que « nous avons vu réapparaître des mœurs anciennes et le poison de la division, de l’instabilité ». Mais de quoi parle-t-il ? Comme explication de texte, on peut faire mieux. Car si le président se plaint de ne pas être compris, à lire ou à écouter ses textes, on peut éventuellement en trouver la raison…

On change tout mais on ne change rien

Puis, il nous dit que « sa seule boussole, c’est la confiance qui lui a été donnée par son élection » et qui repose sur un engagement qui consiste « à faire de notre pays une puissance éducative, économique, sociale et environnementale qui retrouvera toute sa place en Europe et dans le monde ». Là, on croirait entendre de Gaulle. Sauf que de Gaulle ne faisait pas dans la phrase « fourre-tout ». Et surtout, il agissait et les résultats des actions qu’il entreprenait étaient visibles par tous. C’était des collèges (en moyenne, un par jour), des autoroutes, des aéroports ou des projets industriels, sans parler de la dissuasion nucléaire. Emmanuel Macron pense en technocrate pur. Pour lui, agir, c’est avant tout légiférer et l’essentiel était acquis lors des élections législatives qui lui en donnaient les moyens. Et tout le problème se situe là. Sa vision de l’action consiste à organiser, réformer et réglementer. Hélas, cela ne suffit pas. Il y a une totale déconnexion entre sa vision de la société française et les aspirations du peuple qui la constitue.

Retour à la Nation !

Après son speech sur l’action gouvernementale et législative, il semble découvrir que seule la Nation est capable de pérenniser les résultats escomptés, qu’il évoque sans les détailler. Ainsi donc, cette idée de Nation (qu’il a constamment décrié) deviendrait maintenant incontournable à ses yeux. Oubliée, la lèpre nationaliste, finie, l’idée de l’ancien monde, la France doit reprendre sa place dans le concert des Nations ! La ficelle semble un peu grosse, surtout à quelques mois d’une campagne pour les élections européennes dont on peut penser que le thème principal sera celui du choix crucial entre « Europe Fédérale » ou bien « Europe des Nations et des Patries ».

Jusqu’à présent, tout, dans les propos et les actes d’Emmanuel Macron, indique qu’il est fédéraliste, même s’il évite soigneusement de prononcer ce mot. Et aujourd’hui, brutalement, juste après avoir affirmé qu’il ne changerait pas de cap, il deviendrait partisan d’une Europe des Nations ?

Qui pourrait croire à tel changement de paradigme ?

« Reprenons la maîtrise de notre destin »

Et Emmanuel Macron poursuit dans cette idée en disant « un objectif simple : que nous reprenions la maîtrise de notre destin ».

Alors là, j’en suis resté, comme on dit, baba. Car un peuple qui détermine par lui-même et par lui seul son destin, cela s’appelle un peuple souverain. Dans un discours de douze minutes, remettre en selle l’idée de la France en tant que Nation souveraine, voilà qui peut surprendre ! Car les attributs de la souveraineté ont disparu les uns après les autres, décennie après décennie, traité après traité, d’une façon régulière depuis 1970.

Parmi les plus importants, il y a celui de « frapper sa propre monnaie et d’en fixer le taux du crédit » ou bien d’avoir des frontières à l’intérieur desquelles s’exerce précisément cette souveraineté… nationale. J’avoue que j’ai du mal à y croire. Ou alors, est-ce parce que la situation de l’Union Européenne est à ce point désespérée qu’Emmanuel Macron n’a plus d’autre choix ?

Il revient quelques instants plus tard sur un autre aspect de cette souveraineté, lié au contrôle de l’immigration en nous disant qu’il ne faut « pas se soumettre au grand désordre contemporain des migrations ». C’est presque trop beau pour être vrai !

Ce qui fait que cela ne l’est probablement pas.

Faire croire à l’adversaire qu’on est d’accord avec lui

À n’en pas douter, Emmanuel Macron a lu Machiavel et sait parfaitement faire avancer les gens sur leurs propres ressorts. Il sait également – et il le dit – que l’Europe est en train de basculer. Il entretient donc une savante ambiguïté qui n’a d’autre but que d’attirer un certain nombre d’électeurs qui pourraient être tentés d’aller vers un vote qu’il qualifie « d’extrême », vers une voie qui semblerait de loin identique, ayant des objectifs communs, mais qui changera de destination en cours de route. Mais, comme le dit le proverbe populaire (voire populiste) « chat échaudé craint l’eau froide ».

Jean Goychman
17/10/2018

[1] Traduction : « Beaucoup de Bruit pour Rien ». Célèbre comédie de William Shakespeare publiée en 1600.