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UNION INTERNATIONALE DE LA PRESSE FRANCOPHONE
INFOLETTRE N°76 - MARS 2020

EDITORIAL

Hervé, nous avons toujours voulu te ressembler

                  

Par Madiambal Diagne,

Président international de l’UPF

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Hervé Bourges a tiré sa révérence à l’âge de 86 ans, après une vie bien remplie. Il avait encore sa place parmi nous, comme on le dit quelque part en Afrique, à la perte d’un être cher. Ses amis et proches lui ont rendu hommage, le Lundi 2 mars 2020, à l’Eglise Saint Eustache de Paris. Méticuleux et avec sa légendaire délicatesse, Hervé Bourges avait réglé par avance chaque détail de la cérémonie d’adieu. Hervé (la plupart d’entre nous l’apostrophaient ainsi) a organisé ses obsèques et a souhaité se voir entouré par les siens. Il a tenu à y faire une grande place à l’Union internationale de la Presse francophone (UPF) dont il a assumé les fonctions de Président international de 2001 à 2007. J’y étais en compagnie de Jean Kouchner, Vice-Président international de l’UPF.

Ces dernières années, Hervé était devenu rare à nos manifestations, mais tenait à chaque fois à nous envoyer un message d’amitié. J’avais beaucoup insisté pour le déplacer jusqu’à Yaoundé à l’occasion de nos 48èmes Assises de novembre dernier. Mais les médecins lui conseillaient, depuis quelques années, d’éviter les longs voyages par avion. Malicieux, Hervé avait bien deviné que nous cherchions à lui rendre hommage, «chez lui» en Afrique et au Cameroun particulièrement. Il n’était donc pas venu à Yaoundé mais il avait été l’absent le plus présent de nos dernières Assises.

Hervé le maître…

Ils sont nombreux, les journalistes africains à être redevables à Hervé Bourges, leur maître. Hervé Bourges avait fondé l’Ecole supérieure internationale de journalisme de Yaoundé, qui a formé des générations de journalistes de beaucoup de pays africains. Cette école fête cette année son cinquantième anniversaire. Hervé Bourges savait donc qu’il était bien attendu au Cameroun, mais il avait décliné l’invitation par une métaphore bien de ce pays, indiquant que «le vieil éléphant s’éloigne de la troupe…».

Hervé Bourges a aussi entouré de son expertise le développement du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) de Dakar (Sénégal). Il a été un modèle de rigueur professionnelle pour ses innombrables disciples. Chaque pan de sa vie est une leçon de vie et d’humanité. Il n’était pas qu’un «amoureux de l’Afrique», il était un véritable africain. Hervé Bourges avait activement lutté pour la décolonisation de l’Afrique et prôné l’égalité des peuples. La meilleure preuve aura été qu’il avait pris la nationalité d’un pays africain, l’Algérie, qui a arraché son indépendance après une âpre lutte.

Hervé Bourges savait élever ses interlocuteurs à sa hauteur. En 2006 à Bucarest, il était assez contrarié à l’occasion d’une session du Comité international de l’UPF. Le Président international de notre organisation qu’il était, n’avait pas supporté un traitement discriminatoire dans la prise en charge de participants aux 38èmes Assises en Roumanie. Hervé Bourges avait concédé sa réélection à la tête de l’UPF, avec la décision irréversible de passer le flambeau aux Assises suivantes à Abidjan.

Cet homme, farouchement rétif à toute forme d’injustice, me rappela cette anecdote en novembre 2014, à Dakar, quand je venais d’être élu Président international de l’UPF. Hervé Bourges avait renoué avec les Assises de l’UPF à cette occasion. Il était également porteur d’un message personnel du Président Abdou Diouf en direction des participants de ces Assises de Dakar. Abdou Diouf, ancien président de la République du Sénégal, terminait son troisième mandat à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Hervé Bourges me distilla avec un brin d’humour : « Jeune homme, tu as maintenant une bonne occasion de faire justice envers tout le monde. C’est un nouveau départ pour l’UPF. L’Afrique sera une chance pour cette organisation. Je ne suis pas sûr que ce sera compris de tout le monde, mais enfin… Ce ne sera pas simple, tu dois le savoir ». Je lui répondis : «Cher Hervé, en toute occasion nous voudrons te ressembler.»

Le rôle d’Hervé Bourges et son investissement personnel dans la vie de l’UPF ont jeté les bases de notre développement actuel. Intransigeant sur les principes d’ouverture et de démocratie, il s’est dépensé sans compter pour aider au développement de médias francophones pluriels. Défenseur acharné de la liberté de la presse et de la formation des journalistes, il laisse une empreinte inaltérable.

…tu continueras de nous inspirer

Chaque étape de la vie et du parcours d’Hervé est source d’enseignement. A l’annonce de son décès, chaque membre de l’UPF avait tenu à saluer la mémoire de ce «Grand Monsieur». D’aucuns ont salué le formateur, d’autres ont salué le camarade, d’autres encore ont salué la mémoire du collègue, du patron emphatique, du visionnaire. Mais aussi, tout le monde a retenu de lui l’image d’un infatigable défenseur et promoteur de la Francophonie. Hervé Bourges a été porte-parole et directeur de l’Information de l’Unesco, Directeur général de Radio France Internationale, P-DG de TF1, de RMC, de France-Télévisions, Président du Conseil supérieur de l’audiovisuel en France, Haut témoin de la Francophonie aux Jeux Olympiques.

A Monaco, le président de la section UPF, Patrice Zehr, témoigne : «Hervé Bourges avait été mon patron à RMC et m’avait confié la revue de presse du matin sans jamais intervenir. Je l’ai ensuite croisé à Africa numéro 1 au Gabon. J’en garde le souvenir d’un pro engagé et sachant vivre. C’était lui. Condoléances pour ce grand témoin de la Francophonie.» En Guadeloupe, Jean-Claude Rodes, vice-président international de UPF, garde en souvenir une conférence donnée par Hervé Bourges sur son «ami Franz Fanon», dans la ville de Basse-Terre. En Croatie, Silvija Luks nous écrit : «Il y a 16 ans que Monsieur Bourges avait initié la fondation de l’UPF en Croatie, et pour nous il restera pour toujours un père irremplaçable. Malheureusement, son initiative à l’Unesco d’accorder aux journalistes du monde un passeport semi-diplomatique n’a jamais vu le jour.»

En Hongrie, Eva Vamos a partagé la dédicace que Hervé Bourges lui avait faite sur son livre «Pardon my French» et on y lit : «Pour Madame Eva Vamos de la Section UPF-Hongrie, à une Union francophone exemple pour ceux qui négligent notre langue commune.» Aimé Robert Bihina souligne que «le Cameroun porte le deuil. Tous les organes de presse ont rendu hommage à un monument qui a tant fait pour le Cameroun. Car c’est Hervé Bourges qui avait fondé la première école de journalisme du Cameroun. L’amphi Hervé Bourges de cette école est la marque de la reconnaissance quasi éternelle à une icône qui a formé et inspiré plusieurs générations de journalistes camerounais. Hervé Bourges, ardent défenseur de la langue française aura laissé une empreinte indélébile au Cameroun».

En Guyane, Frantz Montauban dit : «Toute la Guyane salue la mémoire de cette personnalité qui a marqué des générations de journalistes bien au-delà du milieu francophone.» En France, Jean Kouchner écrit : «Je me souviens de chacune de nos conversations, de l’attention qu’il portait au développement de l’UPF, de ses connaissances pointues sur l’Afrique et de ses qualités pédagogiques lorsqu’il me conseillait, alors que je partais enseigner à l’école de journalisme de Yaoundé qu’il avait fondée et dirigée. Un grand homme de presse, un grand homme tout court.» A Brazzaville, Gaston Elbin Enkari s’incline devant la mémoire de «ce grand Monsieur».

Hervé, toute ta grande famille UPF s’incline devant ta dépouille. Tous les amis te saluent de Martinique, de France, du Sénégal, de Suisse, du Bénin, du Tchad, du Burkina Faso, du Mali, du Cameroun, de Belgique, d’Egypte, de Moldavie, du Québec, du Niger, du Ghana, de Thaïlande, d’Algérie, de Roumanie, d’Albanie, de Haïti, de Côte d’Ivoire, du Monténégro, de Géorgie, du Liban, de Hongrie, de Croatie, de Serbie, d’Espagne, du Gabon, d’Arménie, des Etats-Unis d’Amérique, de Mauritanie, de Madagascar, de Guinée, d’Italie, de Monaco, de Bulgarie, de Centrafrique, du Congo, du Japon, de Djibouti, de la Vallée d’Aoste, du Maroc, de Corée du Sud, du Vietnam, de Tunisie, du Cap-Vert, des Emirats arabes unis, du Togo, de Chine, de la République démocratique du Congo, des Seychelles, de la Réunion, d’Ethiopie, d’Angola, de Guinée équatoriale, des Comores.

Hervé Bourges nous a quittés en cette année anniversaire des 70 ans de l’UPF.
Sa mémoire restera vive. Repose en paix, cher ami !

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LA VIE DE L'UPF

Vallé d'Aoste : Lorsqu'un concours révèle des vocations et inculque les valeurs du partage !

Afin d'encourager les jeunes à écrire en français, la Section UPF de la Vallée d'Aoste organise,, depuis le début des années 90, un concours adressé aux élèves des écoles et aux jeunes de la région. 

Le Concours de Trèves a également pour vocation de favoriser la pratique du journalisme en langue française en direction des plus jeunes en Vallée d'Aoste dont le premier prix offre au lauréat la possibilité de faire un stage professionnel dans la rédaction d'un média tous frais payés, grâce à une bourse d'études.

Selon ses promoteurs, ce concours « offre l’opportunité unique pour la jeunesse valdôtaine de se familiariser avec la langue française ». Il est structuré sur plusieurs niveaux. Le premier s’adresse aux écoles moyennes et consiste en l’écriture d’un texte sur un thème qui varie chaque année en fonction de l’actualité du moment. Les plus méritants se voient remettre des prix en livres et récemment aussi une tablette numérique. Le deuxième niveau cible les jeunes âgés de 18 à 30 ans. Dans ce cas aussi, le thème change d’année en année et les prix sont des plus variés. Mais le premier prix a une valeur toute particulière puisqu’il s’agit de la possibilité d’effectuer un stage professionnel en immersion au sein de la rédaction d’un média
francophone, avec une bourse d’une valeur de 2 500 euros couvrant les frais de déplacement, de logement et de nourriture sur place, traditionnellement en France ou en Suisse.

Le stage a représenté une expérience de toute première importance dans le parcours professionnel de ces jeunes. 
La première fois qu’ils quittaient le parcours académique de l’école et le cocon familial pour être livrés à « eux-mêmes ». Et la première fois, ça ne s’oublie pas, ça reste gravé dans la mémoire pour la vie. D’aucuns découvriront ainsi une passion et réaliseront que l’écriture d’un thème à l’école n’a pas grand-chose à voir avec la rédaction d’un article sur un fait d’actualité. Ils en feront leur métier. D’autres ne continueront pas dans la filière médias/communication mais cette première expérience professionnelle les marquera et leur permettra d’être plus aguerris par la suite. Quoi qu’il en soit, au sortir de l’adolescence, le stage professionnel du concours Trèves représente une opportunité unique de rentrer par la grande porte dans le monde adulte.

Cette année, l’UPF-Vallée d’Aoste fête les 20 ans du stage professionnel (qui a démarré une année après la création du concours Trèves). Pour marquer l’événement, l’UPF-Valée d’Aoste a publié un livret qui rassemble les témoignages de la plupart des gagnants du premier prix et a produit un reportage qui sera diffusé sur le site web de la section (www.upfvda.org) et sur sa chaîne You Tube.
Enfin, si l’Union internationale de la Presse francophone - Section de la Vallée d’Aoste peut promouvoir l’organisation de ce stage, c’est aussi et surtout grâce à la collaboration morale et économique du Conseil de la Vallée, des Assessorats régionaux compétents en matière d’éducation et de biens culturels, de l’Université de la Vallée d’Aoste et du Centre d’études Abbé Trèves. Sans ces soutiens institutionnels, le concours Trèves n’aurait pas pu perdurer et croître tout au long de ces années.

Grâce à ces soutiens, les organisateurs promettent une édition 2020, qui sera lancée ce mois de mars, dans une forme rénovée et modernisée où la formation à l’image et aux nouveaux médias occuperont une place prépondérante.

Joseph Péaquin,
Président de l’UPF-Vallée d’Aoste
 
 

Communiqué :

UPF Maroc se forme au journalisme de solutions

 

L’UPF-Maroc continue son cycle de formation lancé en décembre. C’est ainsi que la section organisait, Mardi 3 mars à Casablanca, une session intitulée «Se lancer dans le journalisme de solutions». Elle a été animée par Nina Fasciaux, Journaliste et ambassadrice en Europe du Solutions Journalism Network, basé à New York.

Les participants ont pu comprendre ce qu’est le journalisme de solutions et ce qu’il n’est pas et travailler à la réalisation d’un sujet orienté solutions grâce à une série d’exercices en groupes. Nina Fasciaux a déroulé les critères d’une couverture rigoureuse et convaincante des réponses apportées aux problèmes

de société, précisant que le journalisme de solutions n’a pas pour but de faire taire les problèmes, mais plutôt d’offrir une vision plus complète de la réalité.

Ce cycle de formation qui a démarré avec une session sur les Podcasts, suivie d’une autre sur les Fake News et le Fact Checking, est organisé avec le soutien du Service de Coopération et d’Action culturelle de l’Ambassade de France au Maroc. La prochaine formation aura lieu en avril et portera sur le reportage mobile.
 
 

UPF Tunisie et IPSI signent une convention de partenariat

L’UPF-Tunisie vient de signer une convention avec l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI). C’était lors de la conférence organisée conjointement le 3 mars dernier à l’IPSI, sur le thème « Enseignement du journalisme francophone : Difficultés et perspectives ».
 
En vertu de cette convention, l’UPF Tunisie animera un club de la presse francophone à l’IPSI, adressé aux étudiants. L’IPSI sera de son côté partenaire avec la Section Tunisie de l’UPF dans l’organisation des prochaines Assises en décembre à Tunis et se chargera de produire le journal quotidien des Assises. 
 
La conférence a vu la participation de professeurs de l’IPSI et des membres de l’UPF Tunisie qui sont intervenus sur les enjeux de l’enseignement du journalisme francophone par rapport au marché du travail, l’ouverture de l’université tunisienne sur les écoles francophones du journalisme dans le monde et le rôle des organisations professionnelles dans la promotion du journalisme francophone.

Le débat a porté sur les difficultés rencontrées par les professeurs à enseigner en langue française, vu que les étudiants ne veulent pas faire un effort d’écrire dans une langue différente de leur langue maternelle. Les différents intervenants ont souligné l’importance d’écrire en français, dans l’ouverture de nouvelles perspectives pour les étudiants, en matière d’études à l’étranger ou en matière d’opportunités professionnelles plus tard, surtout que le marché tunisien est très demandeur de journalistes francophones.

L’Institut Français de Tunisie (IFT) était présent lors de cette conférence et a promis d’appuyer le nouveau partenariat entre l’UPF – Tunisie et l’IPSI.  
 

Chronique de Pierre Ganz :
A propos d'un témoin assassiné

Un éleveur malien assassiné en février par des djihadistes avait témoigné à visage découvert sur France 24. Il n’y a pas forcément de lien de cause à effet entre son interview et sa mort. Mais on ne peut nier que la protection des sources a été mise à mal dans cette affaire.
 
Décembre 2019. Une équipe de France 24 accompagne pendant une semaine une patrouille de la force « Barkhane » déployée par la France au Mali. Dans un village de la région du Gourma, elle filme un échange entre les soldats et des villageois de Léléhoy. L’un des éleveurs rencontré accepte un bref interview. Le 13 janvier, le reportage est diffusé par la chaîne internationale. Sadou Yehia y apparaît en gros plan et témoigne de la présence de militants extrémistes armés dans les environs.
 
Le 5 février, des hommes armés pénètrent dans le village de Léléhoy. Selon les témoignages de ses proches, ils cherchent nommément Sadou Yehia. Il est enlevé puis ramené trois jours plus tard dans son village et exécuté sous les yeux de ses voisins. Dans toute la sous-région sahélienne, sa mort provoque un mouvement d’indignation sur les réseaux sociaux. Des messages en rendent France 24 responsable.
 
A Paris, l’affaire provoque des interrogations dans la rédaction. Les syndicats demandent des explications à la direction de la chaîne. France 24 dit dans un long communiqué son émotion, écrivant « nous sommes profondément atteints par cet assassinat barbare ». Mais nie en être en quoi que ce soit responsable. La chaîne explique que « rien ne permet d’affirmer que le floutage de Sadou Yehia lui aurait garanti une quelconque sécurité». Elle invoque un contexte dans lequel les groupes terroristes son mêlés aux populations et savent parfaitement qui parle à qui. Elle cite les chiffres de l’ONG Human Right Watch qui a décompté 4000 assassinats de notables au Mali en 5 ans, et 200 dans les trois derniers mois de 2019. Pour France 24, « l’anonymisation est illusoire »
 
Ces données sont réelles, ce contexte existe. On ne peut affirmer que Sadou Yehia a été tué parce que France 24 l’avait mis en lumière ou dire qu’elle serait complice voire coupable de cette exécution comme on l’a lu sur les réseaux sociaux. Mais cela n’exonère pas France 24 de sa faute déontologique. Dans ce reportage, des précautions multiples
sont prises pour préserver les témoins. Les militaires français ne sont désignés que par leur prénom. Ils s’appellent capitaine Quentin, sergent John, capitaine Julien ou capitaine Romain. Une précaution qui vise à protéger leurs familles d’actes de terrorisme sur le sol français - on notera que curieusement l’officier malien interviewé est désigné par son grade, son prénom et son nom; sa famille aussi pourtant pourrait être l’objet de vengeances.
 
Toujours dans ce reportage, l’anonymat d’une femme filmée sortant de sa case est protégé par le floutage de son visage. France 24 le justifie par le fait qu’elle est filmée « à son insu », alors que les notables montrés brièvement un peu plus tard et surtout Sadou Yehia, interrogé face caméra, savent qu’ils sont filmés et donc ne sont pas floutés.
 
Cette distinction est dangereuse. La responsabilité des journalistes ne s’arrête pas à vérifier que les personnes filmées ont identifié la caméra. Elle est de protéger les sources, et notamment les témoins vulnérables.
 
C’est par exemple s’assurer que son interlocuteur a compris que ses propos seront rendus public et que cette diffusion pourrait avoir des conséquences (et ne les publier qu'avec son consentement éclairé). Et lorsque quelqu’un qui accepte de témoigner court de ce fait un risque physique grave, le journaliste doit lui proposer l’anonymat. Changer son nom, et le dire, ne pas donner d’indications qui permettent de le localiser. Le filmer en ombre chinoise, ou de dos, ou selon un cadrage qui le rend impossible à identifier.
 
Si cela n’est pas fait sur le terrain, la post production permet à froid de se poser des questions sur la sécurité de ceux sur lesquels on va attirer l’attention et de les protéger si cela semble nécessaire, en tout cas d’éviter d’accroître les risques qu’ils courent. Un principe de précaution existe aussi pour protéger ses sources.
 
Au delà même de ces règles, la connaissance approfondie de la situation dans cette région du Mali que France 24 revendique aurait du conclure à ne pas rajouter de risque aux risques existants. Certes l’anonymisation n’aurait peut-être pas sauvé Sadou Yehia. Mais cela aurait placé les notions de responsabilité éditoriale et de protection des sources au plus haut niveau.
 
Pierre Ganz
 

Chronique de Jean-Claude Allanic :
Des mots problématiques (et une sextape)

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Entendu  pendant la crise du coronavirus qu'on avait prévu "des activités occupationnelles" pour les rapatriés de Chine mis en quarantaine. Comprenez : des "activités" pour les occuper.
Lu aussi ce titre : "la formation des imams au cœur de la problématique". Voilà un problème bien  "problématique"!

Dans le même ordre d'idées, j'ai écouté un général parler de la "permanentisation" de forces armées, ce qui doit être plus efficace qu'une présence permanente.
Qu'en termes savants, ces choses-là sont dites!

Quand j'ai débuté dans la presse havraise, mon rédacteur en chef m'obligeait à écrire des phrases simples. "On n'est pas là pour briller mais pour être compris par tous les lecteurs"  disait-il. Et il ajoutait que le principal outil du journaliste était un dictionnaire pour trouver le mot juste.

A force de vouloir paraître intelligent, on en arrive à écrire des choses inintelligibles. Comme dans cet article d'un magazine très branché vantant les mérites d'une nouvelle gamme de produits cosmétiques pour hommes. On y apprend que ces mâles produits de beauté abandonnent les "canons excluants et virilistes (…) des storytellings" au profit "d'une masculinité contemporaine et plurielle (…) avec une volonté d'inclusivité". En vente en ligne "ou dans les pop-up stores"!

Je n'ose dire - formule hypocrite utilisée dans toutes les langues, pour faire semblant de ne pas oser - que tout cela s'apparente de la masturbation intellectuelle. Osons donc.

Porté par un enchaînement d'idées perverses, me vient à l'esprit la

mésaventure d'un ancien ministre français dont l'élan électoral parisien fut "interruptus" après la diffusion d'une "sextape".

J'ai apprécié l'effort des confrères qui ont évité l'anglicisme  et ont parlé plutôt d'une "vidéo sexuelle". J'ai noté aussi la prudence oratoire de ceux qui ont préféré l'expression davantage pudique de "vidéo intime" .

Sexuel ou  intime? Cherchez la différence. Se faire prendre en photo en pyjama dans sa cuisine est-elle une divulgation de caractère  sexuel ou intime? 

Dans cette histoire de "porn revenge", on attend que les "Immortels" nous fassent des propositions honnêtes pour une bonne traduction.

Tout cela de la faute d'un "artiste" russe Piotr Pavleski dont le titre de gloire fut, nous disent les médias, de se clouer les testicules sur la place rouge. L'artiste en question n'étant pas complètement fou, il a pris garde de ne pas démonétiser ses bijoux de famille. Il ne s'en est pris qu'à l'emballage, autrement dit le scrotum. Il est vrai que la différence entre testicules et scrotum n'est pas au programme des écoles de journalisme.

Certains trouvent qu'il n'y a pas de mal à se faire plaisir et d'autres qu'il y a du plaisir à se faire du mal. Fallait-il, pour autant, qualifier notre homme "d'artiste" ? Des confrères ont préféré le présenter comme un "performeur".
Le mot semble plus adéquat. Pour m'en assurer, j'en ai cherché la définition sur internet. Je vous livre celle du dictionnaire en ligne Reverso : "Artiste qui pratique l'art performance".

Tout est dans tout et réciproquement !

jcallanic@gmail.com

EN BREF

Agence de presse Australienne :
Cessation d'activité

L’agence de presse australienne mettra fin à ses activités après 85 ans d'existence. L’Australian Associated Press (AAP) a fait part de la décision aux 180 travailleurs, mettant en avant la pression accrue de la concurrence venue de la part des portails d’information en ligne. L’agence héberge en outre un réseau d’une cinquantaine de reporters européens détachés par des agences de presse  qui assurent depuis Sydney leur service de nuit.
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RFI et France 24 :
Premiers médias suivis en Afrique

RFI et France 24 confirment, en 2019, leur succès dans les pays d’Afrique francophone et leurs positions en tête des classements de notoriété et d’audience, selon les résultats de l’étude Africascope* 2019 réalisée par Kantar-TNS dans huit pays, à Abidjan (Côte d’Ivoire), Bamako (Mali), Brazzaville (Congo), Dakar (Sénégal), Douala et Yaoundé (Cameroun), Kinshasa (RDC), Libreville (Gabon) et Ouagadougou (Burkina Faso).


Lancement en septembre :
Un "Netflix" francophone

Lors de son audition mi-janvier par le CSA, l’administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, avait évoqué l’idée de lancer une plateforme de contenus audiovisuels francophones afin de contrecarrer Netflix. "La RTBF concrétisera avec d’autres médias de service public francophones, la mise en place d’une plateforme multinationale sous la coupole TV5 Monde", lit-on dans le compte-rendu de cette audition. "La RTBF concrétisera avec d’autres médias de service public francophones, la mise en place d’une plateforme multinationale sous la coupole TV5 Monde."
 
 

Les dernières dépêches seraient publiées le 26 juin. La filiale d’édition Pagemasters fermera pour sa part le 31 août.

 

Dans les neuf villes, plus d’un habitant sur deux déclare écouter au moins l’un des deux médias chaque semaine, soit plus de 10 millions d’individus qui sont fidèles aux médias de France Médias Monde.

 

Baptisé TV5 Monde Plus, il sera lancé en septembre prochain. Il réunira des contenus de chaînes partenaires de TV5 Monde (RTBF, France Télévisions,  RTS , la SRC (Radio télévision publique canadienne), les chaînes africaines...

ACTUALITES

Côte d'Ivoire : La journaliste Monique Kacou convoquée par la police pour un post Facebook

La journaliste Monique Kacou a été convoquée le jeudi 5 mars à 10 heures, au commissariat du 5ème arrondissement de Port-Bouët. Au bout d'une audition de 2h30, elle a été libérée. Le tweet incriminé supprimé.
 

Le jeudi 05 mars 2020, la journaliste Monique Kacou, par ailleurs Secrétaire générale de l’UNJCI (Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire et membre de l’Union internationale de la Presse francophone) a été auditionnée pendant deux heures et demi puis libérée. La journaliste a reçu le soutien de ses confrères qui ont attendu à l'extérieur tout le temps de son audition.

Sa convocation faisait suite à une publication sur les réseaux sociaux où elle dénonçait le décès de Bénédicte Goumegou, rédactrice en chef du journal paroissial la Voie de Sainte Anne et animatrice à radio Espoir de Port-Bouët, le samedi 29 février dernier. Une mort causée par un manque supposé d’oxygène.

« J’ai fait une petite enquête en me rendant à l’hôpital général de Port-Bouët, pour vérifier si le décès de Bénédicte avait été causé par un manque d ‘oxygène comme le racontait certains de ses proches. Là-bas, on m’a signifié clairement que l’oxygène était fini et contrairement aux Centres hospitaliers et universitaires où il y a de l’oxygène en permanence, l’hôpital de Port-Bouët n’en disposait pas de façon constante », a-t-elle confié à 7info.ci.

Le sang et l’oxygène sont des denrées rares dans les établissements sanitaires publics ivoiriens, ce malgré les efforts du gouvernement.


La journaliste Monique Kacou à travers son post n’a fait que dénoncer cette réalité qui n’a pas été du goût des responsables administratifs de l’établissement sanitaire. Au terme de son audition par la police nationale, la journaliste s'est vue contrainte de supprimer de son compte la publication incriminée.

Avant Monique Kacou, ce sont Gbané Yacouba, Directeur de publication et Rédacteur en Chef du quotidien Le Temps et son journaliste, Barthélémy Téhin, qui étaient, Mardi 3 mars, devant un juge à la Cour d’Appel d’Abidjan. Il leur était reproché d'avoir tenu des propos diffamatoires contre les membres du gouvernement.
Les deux journalistes ont écopé d’amendes de 5 millions FCFA chacun.

Source : 7info.ci 

 

Amnesty international :
Journalistes tués et liberté de la presse en Somalie


Les funérailles du journaliste somalien Abdiaziz Ali Haji qui a été abattu par des hommes armés non identifiés à Mogadiscio, en Somalie, le 28 septembre 2016. (NOUR GELLE GEDI / ANADOLU AGENCY)


Depuis deux ans en Somalie, au moins huit journalistes sont morts lors d’attaques. D’autres ont été arrêtés et brutalisés, selon un rapport de l’ONG.

Amnesty International (AI) dénonce "la recrudescence des attaques violentes, des menaces, des mesures de harcèlement et d’intimidation visant les professionnels des médias" dans un rapport publié le 13 février 2020 et intitulé We live in perpetual fear (Nous vivons dans une peur permanente). La Somalie est l’un des endroits les plus dangereux de la planète pour les journalistes et depuis 2017, au moins huit d’entre eux y ont été tués (26 depuis 2013). Selon le rapport, cinq lors d’attaques menées par des shebabs, deux par des assaillants non identifiés et un autre a été abattu par un policier.

"Des conditions de travail effroyables"

Pour AI, la liberté d’expression s'est dégradée depuis l’arrivée du président Mohamed Abdullahi au pouvoir en février 2017, les attaques visant la presse étant également imputables aux forces de sécurité, qui procèdent régulièrement à des intimidations et des arrestations arbitraires (25 en 2019 selon le rapport du Syndicat national des journalistes somaliens).

"Les journalistes somaliens sont assiégés. Ils échappent de peu à l’explosion de voitures piégées, se font tirer dessus, sont frappés et arrêtés de manière arbitraire : ils travaillent dans des conditions effroyables", a déclaré Deprose Muchena, directeur pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe d'Amnesty International.

L’ONG a recueilli des témoignages d’allégations de pots-de-vin versés à des médias par le gouvernement somalien. But : que ces médias publient des articles complaisants à l'égard du président et du gouvernement.Et qu’ils n’évoquent rien qui puisse fâcher le pouvoir : insécurité, corruption et violations des droits de l’Homme. La loi rend illégales les informations "contraires aux intérêts du pays, à la sécurité, à l’économie et à la société".

Les critiques traquées sur le net

Les journalistes qui ne se plient pas à la censure sont licenciés. Ceux qui se tournent vers les réseaux sociaux pour informer sont surveillés par les autorités. Des équipes spécialisées ont été créées pour traquer les publications critiques. AI a ainsi recensé entre 2018 et 2019 la fermeture de 16 comptes Facebook dont 13 appartenant à des journalistes. Motif : violation des "normes de la communauté" Facebook.

Pour autant, le policier qui a tué d’une balle dans la tête Abdirirzak Qassim Iman, 17 ans, cameraman de SBS TV, en juillet 2018 à Mogadiscio, a été reconnu coupable de meurtre. Un signe encourageant pour une profession maltraitée. Condamné à 5 ans de prison par contumace, il est toutefois aujourd'hui en fuite.

Source : France info
 
 

Ces géants de la tech qui fondent sur l'Afrique


TENDANCE. Qu'ils soient américains ou chinois, les géants de la tech multiplient les initiatives et implications sur le Continent. Illustration.

En toute discrétion, Jack Dorsey, le PDG et fondateur de Twitter et de la société de paiement électronique Square, trace son sillon sur le continent. Loin de la frénésie et du tapage des réseaux sociaux, l'Américain vient de soutenir coup sur coup deux start-up africaines. Le 20 février 2020, il a fait, à titre personnel, un don de 6 000 dollars à DevCareer, une entreprise technologique nigériane à but non lucratif, pour former des développeurs sur le continent. Une dizaine de jours plus tôt, le fondateur de Twitter annonçait son soutien à BitSika. Lancée il y a à peine cinq mois par Atsu Davoh, un jeune Ghanéen, cette start-up connaît un démarrage fulgurant avec 1 million de dollars de transactions en cryptomonnaies réalisées début janvier au Ghana et au Nigeria via des SMS. BitSika compte développer ses services dans plusieurs pays, notamment francophones, l'île Maurice, le Mali, la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Gabon et le Cameroun.

Twitter dans le sillage des  Big Tech

Twitter et Square, mais aussi Facebook, Google, Microsoft, Uber ou les chinois Ali Baba et le moteur de recherche Baidu font les yeux doux à l'Afrique. De fait, les rois mondiaux des big tech, de la Silicon Valley à Hangzhou, en Chine, fondent sur le continent comme une nuée de sauterelles sur une récolte prometteuse.

Avant de faire ses emplettes sur le continent, Jack Dorsey avait réalisé tout au long du mois de novembre 2019 une tournée africaine, qui lui a permis de rencontrer des entrepreneurs au Nigeria, au Ghana, en Afrique du Sud et en Éthiopie. Il avait conclu son séjour par un post qui a fait le tour de la twittosphère africaine comme une traînée de poudre.
« Triste de quitter le continent… pour l'instant. L'Afrique définira l'avenir (en particulier le bitcoin !). Je ne sais pas encore où, mais je vivrai ici pendant 3 à 6 mois au milieu de 2020 », a-t-il tweeté le 27 novembre dernier depuis l'aéroport international d'Addis-Abeba en Éthiopie.
Depuis, plusieurs pays du continent se disputent et multiplient les plaidoyers pour savoir qui accueillera le patron emblématique et visionnaire de la Silicon Valley. « Jack Dorsey est au bon endroit au bon moment et il investit le temps nécessaire pour commencer à comprendre la complexité du marché africain », a commenté Witney Schneidman, membre de l'Africa Growth Initiative et ancien sous-secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines sous Clinton.

Naissance d'un tourisme d'affaires high-tech

Ce tourisme d'affaires high-tech s'est véritablement développé à partir de 2015 avec une visite plutôt discrète du directeur général de Microsoft Corporation, Satya Nadella, à Nairobi. Un groupe qui profite par ailleurs du travail de fond en Afrique de la fondation Bill & Melinda Gates. Mais c'est le séjour du fondateur de Facebook Mark Zuckerberg au Nigeria et au Kenya, en 2016, deux pays qui figurent parmi les cinq principaux utilisateurs du réseau social sur le continent, qui a été le premier à être mondialement médiatisé. Sur un continent qui a vu les abonnés à Facebook croître de 732,8 % entre 2010 et 2016, le magnat des médias sociaux a affirmé lors de sa tournée : « C'est en Afrique que l'avenir se construira. »


Depuis, Sundar Pichai, le PDG de Google et de la maison mère Alphabet, s'est rendu à Lagos en 2017. De son côté, le Chinois Jack Ma, le fondateur d'Alibaba, la plateforme d'e-commerce, a pris ses marques à Nairobi et Kigali. Ce dernier s'est rendu à nouveau au Rwanda et en Afrique du Sud en 2018 avant de se déplacer en Éthiopie, au Ghana, au Nigeria et au Togo en 2019. « Je crois que l'avenir de l'Afrique sera construit par ses entrepreneurs – par les rêveurs affamés qui voient les problèmes comme des opportunités. En regardant dans les yeux des jeunes que j'ai rencontrés en 2017, j'ai vu les futurs héros de l'Afrique. Et j'ai juré de faire ma part pour les aider à atteindre leurs objectifs », écrivait Jack Ma, en décembre 2019, dans une tribune au New York Times.
 

L'Afrique, un marché qui attire…

C'est une véritable ruée des Big Tech vers l'Afrique, qui abritera la moitié de la population mondiale d'ici 2050. « C'est un marché naturel pour tout entrepreneur dans les technologies », insiste Witney Schneidman. En avril dernier, Google implantait au Ghana son premier laboratoire de recherche sur l'intelligence artificielle du continent. En mai, c'était à Microsoft d'annoncer vouloir investir 100 millions de dollars dans les cinq prochaines années pour créer un centre de développement technologique en Afrique, avec des sites au Kenya et au Nigeria. Google, mais aussi Facebook, Uber, Square, Visa, Mastercard ou Salesforce soutiennent et prennent des participations dans des start-up locales.

… sur fond de confrontation sino-américaine

Mais derrière cette euphorie high-tech se cache aussi une guerre entre Washington et Pékin. Moins médiatisés, les acteurs chinois sont présents. Ainsi, en 2019, Visa a acquis 20 % du Nigerian PalmPay, la plus grande plateforme de services financiers d'Afrique. La start-up a aussi levé 40 millions de dollars auprès… du fabricant chinois de téléphones portables Transsion. Au total, selon des estimations, les investisseurs chinois en capital-risque auraient engagé plus de 220 millions de dollars fin 2019 dans des start-up africaines (PalmPay, la solution de paiement en ligne Opay, etc.).

Jack Ma n'est que la partie émergée de la stratégie chinoise et sans doute la plus structurée. « La révolution numérique a le potentiel de générer une prospérité économique énorme – et inclusive – pour l'Afrique. Mais nous avons besoin d'entrepreneurs numériques pour créer les entreprises qui peuvent rendre tout cela possible », écrit-il dans sa tribune. Ajoutant le geste à la parole, le fondateur d'Alibaba ne se contente pas de former de jeunes entrepreneurs africains du Net à la Alibaba Business School à Hangzhou, en Chine. En 2018, il a fondé le prix « Africa Netpreneur » doté de 10 millions de dollars. Plus de 10 000 candidats ont postulé, trois ont été récompensés le 27 novembre 2019. « Les entrepreneurs devraient être les vrais héros de l'Afrique », a justifié Jack Ma.

Source : Le Point
 

Fausses nouvelles :
La répétition augmente le partage

Pour augmenter les chances qu’un internaute partage une fausse nouvelle, ça aide si celle-ci passe plus d’une fois sur son fil Facebook. Mais des chercheurs viennent d’en ajouter une couche: même un internaute qui doute de la validité de cette nouvelle peut juger moins grave de la partager s’il l’a vu passer plus d’une fois.

Ces chercheurs se sont intéressés à un aspect à leurs yeux méconnu de la désinformation: la portion de la population qui a une «éthique» du partage plus flexible dès lors qu’une nouvelle correspond à ses croyances.

Pour la cause

Par exemple, plusieurs utilisateurs des médias sociaux peuvent être conscients que la nouvelle qu’ils partagent est mensongère — mais ils la partagent tout de même, parce qu’elle fait avancer leur cause. C’est ce qu’avaient conclu en 2017 deux psychologues de l’Université de l’Illinois.

Deux chercheurs en sciences de la communication ont même estimé en 2019 que 14% des Américains et 17% des Britanniques sont dans cette catégorie.

«Si les gens y croient, ça doit être vrai»

Mais combien sont capables de se laisser convaincre de partager cette nouvelle, même s’ils ont un sérieux doute? C’est ce que le psychologue Daniel Effron, de l’École d’administration de Londres, a tenté de déterminer: «Qu’est-ce qui façonne le jugement moral» sur une fausse nouvelle?

Certes, la répétition est un facteur — «si beaucoup de gens y croient, ça doit être vrai» — tout comme l’est le fait qu’une nouvelle ait été partagée par un ami.


Mais jusqu’ici, les psychologues qui analysaient ce phénomène s’arrêtaient au fait que le jugement critique de la personne était plus souvent qu’autrement en sommeil. «Cet ami partage cette nouvelle, je fais confiance à cet ami, donc je ne me pose pas de questions.»

L’éthique? Bof…

Or, le problème est plus profond: la personne peut bel et bien avoir des doutes sur la validité de la nouvelle, être consciente des faiblesses ou du manque de crédibilité de cette information… mais laisser son sens «éthique» ou «moral» de côté et la partager tout de même.
Leurs expériences ont consisté à confronter différents groupes de «cobayes» (plus de 1500 personnes en tout) à un nombre différent d’apparitions d’une même fausse manchette (au milieu d’autres manchettes, vraies ou fausses).

Leur conclusion: «Voir une fausse manchette, que ce soit quatre fois ou juste une fois, réduit le risque que (ces) gens jugent moins éthique de partager la manchette lorsqu’ils la voient à nouveau, même lorsqu’elle était étiquetée fausse.»

Difficile à mesurer

Quoique faible et difficile à mesurer, cet impact leur semble important: «Amplifié par les milliards d’usagers actifs des médias sociaux, les petits effets sur le jugement moral que nous avons observés à répétition», contribueraient à la diffusion de la désinformation.
 

Source : Agence Science-presse

 

Point de vue :
La presse écrite doit reprendre la main

Amoureux de la culture de l’imprimé, le journaliste Eric Fottorino défend le papier face au clic qui «n’est pas une expérience», selon lui. Le débat est ouvert.

 

Avec cet ouvrage, Eric Fottorino n’échappera sûrement pas à l’accusation d’être un dinosaure du journalisme. Lui-même s’en amuse dans ces pages, se rangeant ironiquement parmi les «anciens combattants» : défendre en 2020 la nécessité de la presse écrite, c’est-à-dire imprimée sur papier, contre la presse numérique, a vite fait de vous désigner comme un ringard. Même si l’on en fait une lutte «pour la biodiversité», tant cette presse apparaît menacée aujourd’hui. On doit l’avouer : on a parfois haussé un sourcil en lisant certains passages du texte inédit «Le vent se lève», qui ouvre ce recueil comportant par ailleurs des articles déjà parus dans le 1, l’hebdomadaire dirigé par l’auteur. Comme lorsque Fottorino déplore qu’Ali, célèbre vendeur de journaux à la criée de Saint-Germain-des-Prés, ait stoppé son activité. OK boomer ? Un peu. Il se trouvera forcément des acheteurs de La presse est un combat de rue pour s’en tenir à cette lecture superficielle, caricaturale.

En vérité, la réflexion de l’ancien directeur du Monde, à laquelle se mêlent des souvenirs personnels, des anecdotes savoureuses (ah les bons conseils d’Alain Minc pour dépenser moins dans une rédaction !) et le récit de l’aventure du 1, va beaucoup plus loin.
 


Le cœur du propos se résume en une phrase : «Les écrans font littéralement écran au réel.».

Eric Fottorino s’interroge : en quoi le numérique a-t-il changé le journalisme ? Et l’a-t-il fait progresser ?

Sa réponse ne fera pas l’unanimité mais elle mérite d’être débattue. Pour lui, «un clic n’est pas une expérience». Comprendre : à l’inverse de la lecture d’un journal, objet fini possédant un début, un milieu, une fin, donc une cohérence. De quoi offrir une appréhension du monde. A côté d’arguments plus classiques, sur la course à la vitesse ou à l’audience, l’auteur en développe un fort : le numérique a bâti sa force sur l’infinité des possibles et des longueurs ; avec lui, pas besoin de choisir ou circonscrire ce qui pourra rentrer dans la maquette d’un journal papier. Est-ce si formidable ? «Choisir, hiérarchiser, raconter, s’éloigner de l’actualité aveuglante pour voir l’événement dans ce qui ne fait pas les manchettes, s’éloigner du bruit médiatique pour faire entendre la forêt qui pousse mieux que l’arbre qu’on abat. Pas facile. Mais indispensable pour imposer sa voie, sa voix», écrit-il.

Pendant ce temps-là, le numérique, pris au vertige de la profusion, tendrait naturellement à multiplier les formats et les entrées. La thèse est convaincante : face à la massification de l’information, on n’a jamais eu autant besoin d’endroits cherchant à la ranger. Elle est aussi problématique : plutôt que de s’arc-bouter sur l’imprimé, l’enjeu n’est-il pas d’ordonner la presse numérique, d’appliquer à elle ce souci de cohérence ?

En saluant les expériences tentées par certains médias numériques s’imposant des limites, comme les Jours et Brief.me, Fottorino le dit implicitement. Dans la même veine, le journaliste défend la nécessité des kiosques et le besoin urgent de les soutenir, même s’ils sont condamnés au déficit. Une question de service public et un «combat de rue». «La presse écrite doit reprendre la main. Et d’abord, occuper l’espace réel.» Ce livre est celui d’un amoureux de ce support en voie d’extinction, qui sait que la disparition de la culture de l’imprimé, de son savoir-faire et de sa mémoire, comporte tant de risques pour le débat démocratique, l’ouverture aux autres, la construction du politique. On le suit pleinement là-dessus.

Source : Libération
 
 
 
 
INFOLETTRE EDITEE DEPUIS MARS 2014
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Gérard DIACONESCO
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