"VOICI VENU LE TEMPS DES ASSASSINS"

MICHEL ONFREY

Editorial de Michel Onfray

Ce virus risque de précipiter la mort de plus que des hommes… Il accélère le processus de décomposition de nos fausses démocraties qui montrent dans la lumière aveuglante des scialytiques hospitaliers ce qu'elles sont véritablement: de véritables autocraties libérales -pour ne pas dire des dictatures.

A l'heure où j'écris, une loi dite d'urgence permet à l'employeur d'imposer à son salarié de prendre ses congés pendant la durée du confinement. Le sénat a limité la disposition à six jours ouvrables et l'Assemblée nationale a confirmé la chose en commission! Quel humanisme! Quelle humanité! Quelle générosité! Quelle grandeur d'âme!

Ce sont les mêmes élus du peuple qui, il y a peu, crachaient sur la douleur de parents qui avaient perdu un enfant et auxquels il était refusé l'aumône de quelques jours de congés supplémentaires afin qu'ils puissent tenter de faire face, un peu, au malheur.

Quand les gilets-jaunes se sont dirigés un samedi vers l'Assemblée nationale pour y faire entrer enfin le peuple, même symboliquement, ils visaient juste: car le peuple n'est pas dans cette enceinte dans laquelle on ne trouve plus que des politiciens professionnels qui prétendent le représenter mais qui se contentent de jouir du pouvoir et de ses avantages.

Ce qui veut dire que la facture de cette épidémie, qui va être terriblement salée, va être partagée entre les pauvres et ... les pauvres -ne parlons pas des assureurs dont le métier consiste toujours à échapper aux remboursements des dommages par des finasseries contractuelles. Les riches y échapperont car leur argent est déjà ailleurs, inaccessible à ce qui reste d'un pouvoir d'État qui, de toute façon, sous régime maastrichtien, ne leur cherchera pas noise!

Macron et les siens, les maastrichtiens de droite et de gauche, n'ont en effet pas décidé de réquisitionner les fortunes planquées dans les paradis fiscaux. Pas question que les riches paient alors qu'ils ont constitué leurs fortunes en fraudant le fisc, ce qui veut dire: en ne payant pas l'impôt avec lequel on peut, entre mille autres choses, construire des hôpitaux et les maintenir en état de marche... Tout citoyen français qui dispose d'un compte en Suisse ou dans un quelconque paradis fiscal doit être tenu pour responsable de la mort de qui n'aura pas pu bénéficier d'un respirateur hospitalier, responsable et coupable. On lira la liste de quelques-uns de ces assassins en appendice.

Il serait pourtant légitime de dénoncer enfin ce qui a mis la santé publique dans cet état que des soignants se trouvent dans l'obligation de trier les vieux à l'entrée des services d’urgence, une terrible responsabilité qui réactive une pratique de sinistre mémoire: à droite ceux qui vont vivre, à gauche ceux qui vont mourir. Le personnel hospitalier n'a pas fait autant d'années d'études pour sélectionner dans un genre de Jugement Dernier dont ils seraient les dieux des élus à sauver et des damnés à tuer! Ils n'ont pas vocation à travailler dans un abattoir! Il en va pour eux d'une insupportable souffrance psychique, mentale et spirituelle qui s'ajoute à leurs fatigues professionnelles, à leur épuisement. Eux ne disposent pas de ces pitoyables cellules psychologiques qui sont envoyées sur place pour toute une classe, comme quand une diarrhée de cantine envoie six enfants d'une école en observation hospitalière pour une demi-journée...  

Car, ceux qui tuent, ce ne sont pas ceux qui, sur le terrain, sont obligés de tourner le pouce vers le bas en présence d'un corps trop atteint, de poumons ravagés comme jamais, ce ne sont pas ceux qui, sans masques, se retrouvent au contact de la mort, ce ne sont pas ceux qui, couverts de sang et de bave, de morve et des postillons des grabataires, touchent et portent ces corps comme la piéta le corps de son enfant mort, mais ceux qui, dans les bureaux, depuis des années, ont rayé des lignes comptables sur des budgets sous prétexte de rentabilité.

Ce genre de criminel tue avec un silencieux: en fermant les hôpitaux après avoir estimé qu'ils perdaient de l'argent ou qu’ils ne dégageaient pas assez de bénéfices; en donnant l'ordre de privilégier les actes rentables, au risque de les multiplier sans raisons véritables; en décrétant que, dans les petites villes de province, ces structures de proximité sont trop dangereuses sous prétexte que les chirurgiens n'y effectuent pas assez d'actes pour être professionnels et efficaces; en incitant les hôpitaux à développer l'activité ambulatoire parce qu'elle réduit la durée des séjours, ce qui expose les malades aux complications faute de suivi; en traitant par le mépris l'appel au secours des personnels soignants qui manifestent depuis plus d'un an et à qui Macron promet d'agir sans procéder autrement qu'en saupoudrant ici ou là, mais sans jamais entamer la véritable révolution qui consisterait à découpler la santé publique du critère de rentabilité.

Ce qui doit primer dans un hôpital n'est pas qu'il soit rentable, mais qu'on y soigne tout le monde, riches et pauvres. De même, ce qui doit primer dans une école n'est pas qu'elle soit rentable, mais qu'on y fasse triompher l'instruction publique sans distinctions sociales. Mais aussi: ce qui doit primer dans la police ou dans l'armée n'est pas qu'elles soient rentables, mais qu'elles disposent des moyens d'assurer partout l'ordre public et républicain. Et l'on pourrait ajouter à la liste la culture, le renseignement, la justice, etc.

La République, c'est cela: le souci de l'intérêt général et du bien public avant l'intérêt privé de quelques-uns, d'un groupe ou d'une aristocratie de milliardaires. Hélas, le marché a gangrené la totalité du corps social au point qu’il a évincé la politique et qu'il se fait passer pour une politique, pour la seule politique d'ailleurs: or, il n 'est pas une politique mais le seul intérêt du Capital.

Voilà pourquoi Macron, qui ne connait que ce logiciel, ignore ce qu'est la politique et se retrouve chef de l'État alors qu’il n'a pas quarante ans -c'est d'ailleurs pour cette raison, son innocence, que l'État profond a tout mis en oeuvre pour le placer là où il se trouve, c'est un formidable pantin désarticulé, un pion jadis rutilant, un second couteau ébréché. Voilà aussi pourquoi, dans cette situation exceptionnelle, il décide tout et le contraire de tout, n'importe quoi, c'est le triomphe historique du "en même temps"! On ne craint pas le virus mais on le craint, on ne confine pas mais on confine, on ne ferme pas les frontières mais on les ferme, on ne sort pas mais on peut sortir pour voter, on ne porte pas de masques, c'est inutile, mais on en fait fabriquer des millions, etc...

Dès lors, quand Ségolène Royal, tout au gonflement de sa propre baudruche, attaque Olivier Veran, l'actuel ministre de la santé , pour sa responsabilité passée, elle oublie juste de dire qu'avant de grossir le rang des macroniens, ce monsieur vient lui aussi, comme tant d'autres, du Parti socialiste, dont elle fut la candidate aux présidentielle, et que ce Parti socialiste n'a plus de socialiste que le nom depuis qu'en 1983 un certain François Mitterrand l'a jeté à la poubelle afin de pouvoir rester au pouvoir -ce qui lui a d'ailleurs plutôt bien réussi puisqu'avec cette forfaiture il a effectué deux septennats qui ont initié la casse de tout ce qui était public, hôpital compris, et qu'on lui doit aussi, comme autre héritage notable, d'avoir a mis la famille Le Pen au-devant de la scène politique...

Nous avions des millions de masques, nous n'en avons plus, où sont-ils passés? Guéguerre picrocholine pour savoir si c'est à l'impéritie passée de la "gauche" qu’on doit cette pénurie ou à celle de la "droite": mais c'est au deux, à la droite maastrichtienne et à la gauche maastricthienne qui, l'une et l'autre, en même temps comme dirait l'autre, copines comme cochonnes, ont mis la France dans cet état: merci Mitterrand! Merci Chirac! Merci Sarkozy! Merci Hollande! Merci Macron! Car ce sont eux qui ont rendu possible cette incroyable monstruosité que, dans cet hôpital public qu’ils ont tué pour en faire des usines à fric, le résultat soit qu'on trie les gens pour diriger les malades les plus atteints, dont les vieux, vers les pompes funèbres, pour ne soigner que les cas les moins préoccupants.  De sorte qu'avec ces hôpitaux libéraux, le plus malade est le plus vite mort.

L'hôpital libéral, c'est un nouveau concept orwellien: on pourrait imaginer des slogans peints sur les murs de ces usines de mort que sont devenus ces hôpitaux-là, nos hôpitaux: "Plus vous serez malade, plus vite on vous expédiera au fond du trou!". Ou bien, sur la porte du bureau des personnels soignants: "Aux urgences, évitez ce qui est urgent". Au bureau des soignants: "Aux mourants, prodiguez la mort". Au bureau du comptable: "Un bon patient est un client à tondre". Et puis, à l'entrée du funérarium, ceci : "Aux morts, Maastricht reconnaissant", car l'action des PFG doit se trouver bigrement en hausse.

Un dernier mot: chaque soir, au journal de vingt-heures, les journalistes, qui disposent ainsi de leur séquence "vivre-ensemble" (c'est leur moment homéopathique positif) nous montrent les gens qui, aux fenêtres, applaudissent le personnel soignant en faisant des pitreries, en tapant sur des casseroles, en chantant, en criant. Ils manifestent, nous dit-on, leur solidarité avec ces héros de notre époque qui bravent la mort dans leur métier! Très bien, très bien... Tout cela est vrai.

Mais combien, parmi ceux-là, postillonnant du haut de leurs balcons, gavés par la propagande maastrichtienne, ont voté pour des candidats qui, droite libérale et gauche libérale confondues, ont justement fabriqué cet hôpital kafkaïen où l'on contraint de pauvres soignants à distribuer la mort ou à conférer la vie en vertus de plans de route décidés depuis un quart de siècle par cette Commission européenne, qui n'est pas élue, et qui impose sa loi, aujourd’hui dans le sang et les larmes, les glaires et les crachats, aux sujets de l'Empire maastrichtien?

 Combien?

Je n'ai pour ma part pas envie d'aller sur mon balcon pour bêler avec les moutons. Je pense à ces gens formidables, en effet, qui m'ont sauvé d'un infarctus quand j'avais vingt-huit ans, qui ont été près de moi lors de mes deux AVC, qui ont si bien accompagné ma compagne pendant les dix-sept années de son cancer et de ses chimiothérapies avant qu'elle finisse par mourir, et qui, de fait, méritent notre profond salut. Mais pas depuis dix jours...

J'ai plutôt envie de pleurer sur ce qu'est devenue la France tuée par ces assassins qui, eux, se portent bien...

Michel Onfray



Appendice 1:
Dans la Notice Wikipédia intitulée "Évadés fiscaux", on peut lire ceci :"Challenges a fourni dès juin 2013 une liste de 86 contribuables apparaissant sur cette liste et faisant l'objet de poursuites. On comptait notamment Nina Ricci, Arlette Ricci, Jean-Claude Guidicelli, Simon Benharrous. Le 27 janvier 2014, le journal Le Monde a publié d'autres noms, dont Christian Karembeu, les frères Christian et François Picart, Alain Afflelou, Cédric Klapisch, Gérard Miller, Michel Tubiana, et Richard Prasquier. Tiens tiens, Gérard Miller, psychanalyste chez Drucker et Drucker chez les psychanalystes!

Arlette Ricci, héritière des parfums Nina Ricci, est condamnée le 13 avril 2015 à trois ans de prison dont un ferme et un million d'euros d'amende, pour fraude fiscale, blanchiment de fraude fiscale et organisation frauduleuse d'insolvabilité pour échapper à l'impôt".

Appendice 2

Français établis fiscalement à l'étranger

Sportifs:
– Jean Alesi, réside en Suisse

– Marion Bartoli, réside en Suisse

– Julien Benneteau, réside en Suisse

– Arnaud Boetsch, réside en Suisse

– Arnaud Clement, réside en Suisse

– Nicolas Escudé, réside en Suisse

– Guy Forget, réside en Suisse

– Richard Gasquet, réside en Suisse

– Jean-Claude Killy, réside en Suisse

– Henri Leconte, réside en Suisse

– Sébastien Loeb, réside en Suisse

– Paul-Henri Mathieu, réside en Suisse

– Gaël Monfils, réside en Suisse

– Christophe Moreau, réside en Suisse

– Amélie Mauresmo, réside à Genêve en Suisse

– Stéphane Peterhansel, réside en Suisse

– Cédric Pioline, réside en Suisse

– Alain Prost, réside en Suisse

– Fabrice Santoro, réside en Suisse

– Florent Serra, réside en Suisse

– Gilles Simon, réside en Suisse

– Jo-Wilfried Tsonga, réside en Suisse

– Vincent Rives, réside en Irlande

– Jean-Philippe Gatien , réside au Delaware aux Etats Unis

Chanteurs:

– David Hallyday, réside en Suisse

– Patricia Kaas, réside en Suisse

– Florent Pagny, réside en Patagonie (Argentine)

– Michel Polnareff, réside aux Etats-Unis

– Yannick Noah, réside aux USA (le « personnage préféré des français… !!!)

Acteurs

– Daniel Auteuil, réside en Belgique

– Emmanuelle Béart réside en Belgique

– Laetitia Casta, réside au Royaume-Uni

– David Habibi, réside au Canada

– Alain Delon, résident et citoyen Suisse

Auteurs:

– Anne Marie Mitterrand (3), réside en Begique

– Christian Jacq, réside en Suisse

– Marc Levy, réside au Royaume-Uni

Patrons et Actionnaires

– Jacques Badin (Carrefour) réside à Bruxelles en Belgique

– Thomas Bata (marque de chaussures Bata) réside en Suisse

– Famille Baud (dont Jean Baud), (marques Franprix et Leader Price), résident en Suisse

– Lotfi Belhassine, (président d’Air Liberté), réside en Belgique. Il a fui la France car l’ISF représentait 93% de ses revenus

– Claude Berda, (AB Groupe), réside à Cologny en Suisse

– Des membres de la famille Bich (Groupe Bic) résident en Suisse

– Michèle Bleustein-Blanchet, une des héritières de Publicis, réside à Cologny en Suisse

– Corinne Bouygues, réside à Genève en Suisse

– Pierre Castel, PDG du groupe Castel Frères (Cristalline, Thonon, Vichy Célestins, 33 export, Saint-Yorre) réside près du Lac Leman en Suisse

– Des membres de la famille Mulliez (Auchan, Décathlon, Mondial Moquette, Norauto et Kiabi), résident en Belgique

– Georges Cohen, groupe Sogeti, (informatique et armement), réside en Suisse

– Bernard Darty, fondateur de Darty, réside en Belgique

– Jean-Louis David, fondateur des salons de coiffure, réside en Suisse.

– Des membres de la famille Defforey, à l’origine de la société Carrefour, résident en Belgique

– Des membres de la famille Despature, dont Paul-Georges Despature, propriétaire des marques Damart et Somfy, résident en Suisse et en Belgique

– Paul Dubrulle, (co-créateur du Groupe Accor) et ancien sénateur-maire de Fontainebleau, réside à Cologny en Suisse

– Des membres de la famille Ducros résident à Cologny en Suisse

– Pierre-François Grimaldi (iBazar), réside en Belgique

– Eric Guerlain, (Groupe Christian Dior), réside en Grande-Bretagne

– Daniel Hechter, créateur réside en Suisse

– Philippe Hersant, (groupe Hersant presse) réside en Belgique

– Philippe Jaffré, (ancien président dElf)

– Robert Louis-Dreyfus et des héritiers Louis-Dreyfus (Groupe Louis-Dreyfus, Olympique de Marseille) résident à Zurich en Suisse

– Des membres de la famille Mimram, dont Jean-Claude Mimram, (Compagnie sucrière sénégalaise…) résident à Gstaad en Suisse

– Alexandra Pereyre de Nonancourt et des membres de la famille, (propriétaire des champagnes Laurent-Perrier), résident en Suisse

– Denis Payre (1), (fondateur de Business Objects), réside en Belgique ou il a démarré une nouvelle société, Kiala, qui a embauché 100 personnes

– Des membres de la famille Peugeot, (Groupe PSA), résident en Suisse

– Jean Pigozzi, (héritier des voitures Simca), réside en Suisse

– Michel Reybier, (ancien PDG de Justin Bridou, Cochonou, Aoste), réside en Suisse

– Jacques Tajan (2), (ancien premier commissaire-priseur de France), réside en Belgique

– Des membres de la famille Wertheimer, (Chanel), résident à Cologny en Suisse

– Antoine Zacharias, (ancien PDG de Vinci), réside à Genève en Suisse

– Roger Zannier, (Kookaï, Z, Kenzo, Oxbow, Chipie et Absorba), réside à Cologny en Suisse

– Alain Ducasse, cuisinier, a troqué sa nationalité française pour rejoindre Monaco

– Famille Primat (Schlumberger Limited)

– Benjamin de Rothschild (Groupe financier Edmond de Rotschild)

– Famille Lescure (Seb, Tefal, Rowenta, Krups, Moulinex, Calor… )

– Famille Murray

– Nicolas Puech (Hermès…)

– Famille Zorbibe (Lancel)

– Famille Lejeune (SEITA…)

– Philippe Jabre (Jabre Capital Partners)

– Famille Harari (laboratoire Negma)

– Famille Taittinger (4) (Champagne Taittinger)

– Denis Dumont (Enseigne Grand Frais)

– Michel Lacoste (Vêtements Lacoste)

– Nicole Bru-Magniez (Laboratoire UPSA)

– Alain Duménil (Acanthe Développement)

– Bruno Moineville (Réseaux câblés de France)

– Hugues de Montfalcon de Flaxieu (Maxiris)

– Christian Picart (Buffalo Grill)

– Thierry Roussel (Carat Group, SGFC, Onassis)

– Paul Dubrule (Accor)

– Maurice et David Giraud (Pierre et Vacances)

– Jérôme De Witt (Horlogerie De Witt)

– Dominique Frémont (Mauboussin)

Liste dressée par Jean-Patrick Grumberg pour www.Dreuz.info

 

FAIRE LA GUERRE

Par Michel ONFREY

Le gendarme de Saint-Tropez, suite.

 

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Je ne sais pas si c'est le fait que, dans mon enfance, mon père m'a beaucoup parlé de la fin de la Deuxième (ou Seconde?) Guerre mondiale à Chambois, notre village natal, et de la poche de Falaise qui a transformé la région en vaste cimetière à ciel ouvert pendant les mois de l'été 1944, il a vécu tout cela, mais je suis sensible à la polémologie, la science ou l’art (!) de la guerre, mais plus encore à l'irénologie, la science ou l'art de la paix.

Voilà pourquoi, passionné par ces sujets, j'ai jadis lu des traités de la guerre - de L'Art de la guerre de Sun Tsu au Fil de l'épée de Charles de Gaulle (un chef d'œuvre), en passant par La Guerre et la Paix de Proudhon ou les pages que Machiavel ou Saint-Just consacrent à ce sujet. J'ai aussi lu l'abbé de Saint-Pierre, un Normand du XVIII° siècle auquel on doit un Projet de paix perpétuelle dans lequel Kant a pillé de quoi écrire un petit texte sur le même sujet.

J'avais proposé de constituer un séminaire de travail sur ces questions au Mémorial pour la paix de Caen, mais également à la Région Basse-Normandie -on ne peut pas dire que ce fut l'enthousiasme...

Je me suis demandé à l'époque si je ne devais pas plutôt suivre les cours de l'École de guerre pour apprendre des militaires ce qu’il y avait à savoir de plus et de mieux sur ce sujet. Sans donner suite, mais je n'ai pas perdu l'idée.

Car la menace que fait peser l'islamisme mondial sur l'Occident mérite d'être pensée à la lumière des textes polémologiques -une discipline inventée par un Français: Gaston Bouthoul.

J'ai dans un coin de mon ordinateur le projet d'une série de séminaires sur la guerre et la paix. Avec une amie franco-libanaise, Zeina Trad, je travaillais, avant l'épidémie, à un projet d'enseignement de ce corpus dans des villes du bassin méditerranéen -au Liban, en Jordanie, en Égypte, en Israël. On verra s'il doit se concrétiser un jour...

Dans son discours martial du 17 mars, Emmanuel Macron a dit à six reprises que nous étions en guerre. Le mot est fort et, quand on est chef de l'État, il ne faut pas l'utiliser mal à propos. Il est le chef des Armées et se doit donc de montrer à ceux qu'il dirige qu’il est porteur d'une vision pour le pays et qu'il a besoin de la grande muette pour agir dans le sens de cette vision.

Réunir l'Etat-major au grand complet pour lui dire: "je suis votre chef" ne suffit pas! La chose n'est pas performative: si c'est de Gaulle, ça peut marcher, encore que, on a vu combien ce fut difficile; si c'est Macron, avoir disposé les Mémoires du général sur son bureau comme une tranche de jambon entre un Stendhal et un Gide, cela ne suffit pas pour obtenir une légitimité historique. A part garantir les bénéfices des fortunes européennes dans l'Europe maastrichtienne, on ne voit pas où est le grand projet de ce petit Président.  

Sur la réponse à donner au terrorisme islamiste, on n'a pas non plus découvert sa grande vision! En-dehors d'un discours annoncé avec force trompettes qui ne fut qu'un blabla proféré pour conjurer le "séparatisme" (comme ces choses-là étaient gentiment dites et doucereusement proférées!), une photo résuma le tout: à la sortie du laïus, une jeune fille intégralement voilée se fit photographier en sa présence, ce qui est formellement interdit par la loi, mais le chef de l'État ne trouva rien à  dire: c'est sa façon à lui de lutter contre le séparatisme -le laisser agir et dire en même temps qu’il ne faut pas qu'il agisse! En même temps, encore et toujours...

Que le confinement soit purement et simplement violé, méprisé, moqué, ridiculisé dans la centaine des territoires perdus de la République, voilà qui ne pose aucun problème au chef de l'État accessoirement aussi chef des Armées! Il est plus facile de faire verbaliser mon vieil ami qui fait sa balade autour de son pâté de maison avec son épouse d'une amende de deux fois 135 euros que d'appréhender ceux qui, dans certaines banlieues, font des barbecues dans la rue, brisent les pare-brises pour voler les caducées dans les voitures de soignants, organisent ensuite le trafic de matériel médical volé, se font photographier vêtus de combinaison de protection en faisant les doigts d'honneur qui plaisent tant au Président, continuent le business de la drogue, crachent sur la police en disant que le coronavirus est une maladie de blancs et qu'Allah les en protège, tout en interdisant à cette police débordée de porter des masques sous prétexte que ce serait anxiogène alors que la véritable raison est que l'État n'en a pas à distribuer [1]! Et les territoires perdus de la République, est-ce que ce ne serait pas un peu anxiogène aussi? Pas au point que ce soit un problème si j'ai bien compris...

Or, j'ai bien compris: car Sibeth Ndiaye, jamais en retard d'une saillie politiquement correcte, fait savoir, martiale elle-aussi, concernant cette impossibilité de faire respecter la loi dans les territoires perdus: "je vois bien à quoi ça peut vite mener" (19 mars, RMC/BFMTV)...

Ah bon? A quoi donc? A l'embrasement des quartiers? A un énervement qui pourrait décider certains de ses habitants à descendre dans les arrondissements chics pour y répandre la terreur? Non non, pas du tout, vous n'y êtes pas. Le risque dans tout ça, c'est... le racisme, bien sûr!  Lisons: "Évidemment (sic) c'est vrai (sic) que dans certains quartiers, il n'y a pas de respects des règles (sic). Mais (sic !) attention, je ne veux pas (sic) qu'on commence à dire que c'est parce que ce sont des banlieues, avec des populations de telle ou telle origine que les gens ne respectent pas les règles". Ah bon? mais alors pourquoi? On aimerait connaître les véritables raisons. Car si. Evidemment. Si. C'est vrai. Si. Dans certains quartiers. Si. On ne respecte pas les règles. Alors pourquoi? Nous serions nombreux à vouloir savoir! Car on ne peut se contenter de constater un fait tout en interdisant son commentaire! A défaut d'une interprétation intelligente de la part de la dame, on s'autorisera soi-même l'éclaircissement: le bon sens suffira, car, quiconque en est pourvu n'a pas besoin qu'on lui fasse un dessin...

Que ce gouvernement prie leur dieu, celui du Veau d'Or, pour que ceux qui ne craignent plus aucune autorité, qui se fichent de l'État comme de l'an quarante, de la police comme d'une guigne, de la prison comme d'une première savate, de la parole présidentielle et de toute autre verbe d'autorité comme d'une poubelle, n'aient pas à l'idée d'élargir leurs zones d'influences jusqu'aux beaux quartiers! Car ni la police, ni l'armée, ni l'État, ni ce qui lui sert de chef n'y pourront grand-chose! Le pouvoir vacille, mais, bien sûr, l'urgence est d'éviter des propos racistes! Comment est-il possible d'être Sibeth?

Car, si nous sommes en guerre, et Emmanuel Macron l'a dit, c'est contre le virus et seulement contre lui! Éventuellement contre un sexagénaire et sa femme qui marchent autour de leur maison aussi, s'il le faut, jugulaire jugulaire. Mais nous ne sommes pas en guerre contre d'autres façons de se rendre dangereux pour le pays. Pas du tout...

Or il en existe une autre: il suffit qu'une centaine de tribus de ces zones perdues refuse le confinement pour que la totalité du confinement ne serve plus à rien pour le reste des Français. Les territoires perdus de la République qui refusent le confinement perdent la République toute entière: ils le savent bien, ils le veulent bien, puisque c'est leur projet...

Le chef de l'État, en tant qu'il est aussi chef des Armées, a prévu quoi pour lutter contre cela? Ou pour faire face à ce genre de situation? Lui qui, menton en avant, avait dit à la crème de l'armée française: "je suis votre chef" après avoir éhontément débarqué le général de Villiers comme un instituteur le ferait avec un cancre de fond de classe, il n'a rien à proposer. C'est tout juste un chef d'opérette, guère plus qu'un gendarme de Saint-Tropez.  

Macron n'a qu'un logiciel, c'est celui de la main invisible du marché -c'était une bonne idéologie, mais seulement quand elle a été créée au XVIII° siècle pour s'opposer à l’absolutisme royal pour libérer les initiatives individuelles. Depuis un demi-siècle, cette pensée magique a triomphé. Mais comme une armée a triomphé après avoir tout pulvérisé avec une bombe atomique.

Le coronavirus lève le voile sur l'état de la santé française comme le classement PISA sur l'état de l'Education nationale. On ne relève pas de cadavres dans ce domaine, juste des âmes mortes en quantité. Ce même virus pourrait bien lever un autre voile: sur l'état de la police et de l'armée française. Il n'en tient qu'à une poignée d'outlaws, contre lesquels il ne faut rien dire sous prétexte de passer pour un raciste, de décider d'en apporter la preuve.

Clausewitz (1870-1831) reste un auteur cardinal quand on est chef de l'État parce qu'on est, je me répète, chef des Armées. De la guerre (1835) est son ouvrage majeur, c'est un épais traité dont beaucoup parlent mais que peu ont lu. Raymond Aron en a donné un génial commentaire, André Glucksmann en a parlé en maoïste, René Girard a disserté à sa manière sur ce sujet. Mais on parle peu de son Cours sur la petite guerre donné à Berlin entre 1810 et 1812 et qui théorise ce que l'on pourrait nommer la guérilla.

Clausewitz écrit en regard des guerres révolutionnaires (1792-1802) et de Napoléon. Bien sûr, et pour cause, il ignore la guerre totale d'Hitler, les guerres impérialistes du XX° siècle, l'usage de l'arme atomique, la victoire vietminh ou les nouvelles guerres de religion qui poursuivent les croisades et qui ont été réactivées par le couple Ben Laden / Bush, puis par l'État islamique (dont il fut interdit en France de dire qu'il était un État et qu’il était islamique...). Je ne parle pas de la cyberguerre.

Ce qui advient aujourd’hui ne relève pas de la guerre classique, de la guerre totale, mais de cette fameuse petite guerre qui n'a pas été pensée par le Président - ou alors, il a gardé pour lui les fruits de ses cogitations géniales...  

De la même manière que, depuis des années, cette guerre contre ceux qui menacent la République avec les dispositifs explosifs d'enclaves de guérillas ne déclenche aucune riposte venue du sommet de l'État, la fameuse guerre contre le coronavirus n'a pas reçu non plus sa réponse appropriée. Macron croit que cette guerre est à mener comme une guerre napoléonienne mais, en disciple avoué et parfumé de Julien Sorel, il ne l'envisage que sur le papier.

Le chef de l'État a d'abord estimé que cette guerre n'aurait pas lie ; après, il a dit que ceux qui la prédisaient étaient des oiseaux de mauvaise augure; ensuite, il a effectué la danse du ventre en montrant que, sous la menace de l'ennemi, il allait au théâtre, lui, et qu’il n'y avait même pas peur; puis il a décrété que le virus n'avait pas de passeport avant d'en profiter pour faire de la politique politicienne; de même, sa ministre a annoncé dans le mégaphone médiatique qu’il n'y avait rien à craindre -elle prétend le contraire depuis; par-dessus tout ça, les premiers bruits de l'attaque se faisant entendre, il a estimé que le mieux à faire était d'aller voter -on connaît la suit : depuis, chacun vit chez soi confiné comme dans une cellule, l'ennemi effectue sa sale besogne. Pour ceux qui habitent des prisons dorées, tout va bien; pour les autres, c'est le cloaque, le cul-de-basse-fosse.

Les premiers morts tombent... "Quelle riposte?", demande l'Etat-major. "Éternuez dans votre coude" répond le généralissime Macron. Puis il ajoute: "Et n'oubliez pas de vous laver les mains après..."! Les morts s'écroulent ensuite par poignées, par paquets, en quantité. "Quelle riposte?", réitère l'Etat-major? Envoyez le gel hydro-alcoolique dit le Président. On trie les morts dans les hôpitaux: les trop abîmés, aux pompes funèbres, les moins atteints, on intube. Les hôpitaux sont engorgés, les soignants commencent à mourir: une infirmière à Biscaye, un médecin à Compiègne. "Quelle riposte?" supplie l'Etat-major. On est en train de coudre les élastiques des masques rassure l'arrière-petit-fils du gendarme de Saint-Tropez... Déroute, débandade. Après l'Exode des Parisiens dans leurs résidences secondaires parfumées aux premières fleurs du printemps, c'est Débâcle. Si tout cela continue et qu'après un champ de bataille couvert de morts, il existe un jour une Libération, elle sera immanquablement suivie d'une Épuration.

On constatera alors que la petite guerre consistait peut-être [2] à repérer l'ennemi au plus tôt, dès la première silhouette du premier soldat, puis à le cibler avec un test massif de dépistage national; ensuite, une fois le mal connu, circonscrire celui qui en est le porteur et le confiner, lui et lui seul, de sorte que le confinement de tout le monde n'était pas nécessaire.

Fiction?

C'est très exactement de cette façon que l’Allemagne enregistre à cette heure (le 22 mars) une mortalité inférieure à cent personnes: elle a plus de personnes touchées qu'en France, mais elle enregistre moins de morts que nous.

Pour quelles raisons?

L'Allemagne n'a pas nié la maladie dans son pays et a très vite estimé qu'elle était susceptible d'être contaminée, elle a commencé les tests de dépistage très tôt, elle les a pratiqués d'une façon plus étendue (sept fois plus qu'en France...), elle a mis en quarantaine une grande quantité de cas suspects, les tests y sont plus faciles et ne sont pas soumis à une incroyable liste de conditions.

A cette heure, il semble que cette méthode qui évite le confinement généralisé (l'Allemagne interdit les rassemblements de plus de deux personnes mais elle n'a pas mis tout le pays sous cloche) soit la bonne, du moins la meilleure, sinon la moins pire.

Combinée à des soins à la chloroquine tels que les préconise le professeur Raoult (le maire LR de Nice Christian Estrosi, positif, ne s'y est pas trompé, il en bénéficie déjà, lui...), voilà qui ressemble à autre chose qu'à l'état de siège décrété par notre chef de l'État.

Car, entre rien, son option pendant si longtemps, et la vitrification sociale, sa seule solution depuis peu, il y avait peut-être une place pour ce en quoi jadis la France excellait: la méthode cartésienne, la méthode expérimentale, la méthode épistémologique qui permirent à René Descartes, à Claude Bernard et à Gaston Bachelard de laisser leurs noms dans l'histoire de la science et de l'épistémologie, mais aussi dans la grande Histoire et de contribuer ainsi à la grandeur du pays et de son rayonnement dans le monde.

Repérer l'ennemi, le dépister, le cibler, le circonscrire, le confiner, l'isoler afin d'épargner les personnes saines: qui dira qu'il n'en va pas là d'une saine méthode pour mener à bien la petite guerre, toutes les petites guerres ?

Michel Onfray

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[1] Merci au commandant DY pour les informations.

[2] J'avance cette théorie après avoir eu une conversation avec YR du pool de l'excellent professeur Raoult.

 

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Depuis le mois de février, le professeur français Didier Raoult défend l’utilisation de l’hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19.

 

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Les territoires perdus de la République qui refusent le confinement perdent la République toute entière

Michel Onfray

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Que le confinement soit purement et simplement violé, méprisé, moqué, ridiculisé dans la centaine des territoires perdus de la République, voilà qui ne pose aucun problème au chef de l’État accessoirement aussi chef des Armées! Il est plus facile de faire verbaliser mon vieil ami qui fait sa balade autour de son pâté de maison avec son épouse d’une amende de deux fois 135 euros que d’appréhender ceux qui, dans certaines banlieues, font des barbecues dans la rue, brisent les pare-brises pour voler les caducées dans les voitures de soignants, organisent ensuite le trafic de matériel médical volé, se font photographier vêtus de combinaison de protection en faisant les doigts d’honneur qui plaisent tant au Président, continuent le business de la drogue, crachent sur la police en disant que le coronavirus est une maladie de blancs et qu’Allah les en protège, tout en interdisant à cette police débordée de porter des masques sous prétexte que ce serait anxiogène alors que la véritable raison est que l’État n’en a pas à distribuer [1]! Et les territoires perdus de la République, est-ce que ce ne serait pas un peu anxiogène aussi? Pas au point que ce soit un problème si j’ai bien compris…

 

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Or, j’ai bien compris: car Sibeth Ndiaye, jamais en retard d’une saillie politiquement correcte, fait savoir, martiale elle-aussi, concernant cette impossibilité de faire respecter la loi dans les territoires perdus: « je vois bien à quoi ça peut vite mener » (19 mars, RMC/BFMTV)…

Ah bon? A quoi donc? A l’embrasement des quartiers? A un énervement qui pourrait décider certains de ses habitants à descendre dans les arrondissements chics pour y répandre la terreur? Non non, pas du tout, vous n’y êtes pas. Le risque dans tout ça, c’est… le racisme, bien sûr! Lisons: « Évidemment (sic) c’est vrai (sic) que dans certains quartiers, il n’y a pas de respects des règles (sic). Mais (sic !) attention, je ne veux pas (sic) qu’on commence à dire que c’est parce que ce sont des banlieues, avec des populations de telle ou telle origine que les gens ne respectent pas les règles ». Ah bon? mais alors pourquoi? On aimerait connaître les véritables raisons. Car si. Evidemment. Si. C’est vrai. Si. Dans certains quartiers. Si. On ne respecte pas les règles. Alors pourquoi? Nous serions nombreux à vouloir savoir! Car on ne peut se contenter de constater un fait tout en interdisant son commentaire!
[…]

 

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Car, si nous sommes en guerre, et Emmanuel Macron l’a dit, c’est contre le virus et seulement contre lui! Éventuellement contre un sexagénaire et sa femme qui marchent autour de leur maison aussi, s’il le faut, jugulaire jugulaire. Mais nous ne sommes pas en guerre contre d’autres façons de se rendre dangereux pour le pays. Pas du tout…

Or il en existe une autre: il suffit qu’une centaine de tribus de ces zones perdues refuse le confinement pour que la totalité du confinement ne serve plus à rien pour le reste des Français. Les territoires perdus de la République qui refusent le confinement perdent la République toute entière: ils le savent bien, ils le veulent bien, puisque c’est leur projet…
[…]

Repérer l’ennemi, le dépister, le cibler, le circonscrire, le confiner, l’isoler afin d’épargner les personnes saines: qui dira qu’il n’en va pas là d’une saine méthode pour mener à bien la petite guerre, toutes les petites guerres ?

Michel Onfray

 

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