Mes chères impertinentes, chers impertinents,

Hier, je vous ai évoqué rapidement et brièvement via un extrait vidéo les propos tenus par le chef d’état-major de l’armée américaine.

Nous parlons ici du plus haut gradé de l’armée.

Il était auditionné il y a à peine quelques jours par la Commission des services armés de la Chambre des représentants, l’équivalent de notre assemblée nationale si l’on peut oser la comparaison.

CNN en a fait un article que je vous traduis rapidement ici pour que vous puissiez en prendre lecture.

Je persiste à penser que nous sommes dans une situation très compliquée, tellement compliquée que, pour le moment aucune des parties en présence n’a intérêt à trouver un accord et c’est la raison pour laquelle, bien évidemment, les affrontements se poursuivent en Ukraine, premier front d’une guerre mondiale pour la domination qui ne dit pas encore tout à fait son nom.

Source CNN pour l’article original ici.

Le plus haut gradé de l’armée américaine a déclaré mardi aux législateurs que le monde devient plus instable et que « le potentiel de conflit international important augmente, et non pas diminue. »

Le président des chefs d’état-major interarmées, le général Mark Milley, et le secrétaire à la défense, Lloyd Austin, ont comparu devant la commission des services armés de la Chambre des représentants dans le cadre de leur premier témoignage devant le Congrès depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les deux chefs d’état-major du Pentagone ont déclaré que les menaces de la Russie et de la Chine restaient importantes, tout en défendant l’approche américaine de la guerre et le flux d’armes que les États-Unis envoient en Ukraine.

Milley a déclaré que l’invasion de l’Ukraine par la Russie est « la plus grande menace pour la paix et la sécurité de l’Europe et peut-être du monde » depuis 42 ans qu’il sert dans l’armée américaine, mais il a ajouté qu’il était « encourageant » de voir le monde se rallier à l’Ukraine.

« L’invasion russe de l’Ukraine menace de saper non seulement la paix et la stabilité européennes, mais aussi la paix et la stabilité mondiales pour lesquelles mes parents et une génération d’Américains se sont battus si fort », a déclaré Milley.

« Nous sommes maintenant confrontés à deux puissances mondiales : La Chine et la Russie, qui disposent toutes deux d’importantes capacités militaires et qui ont l’intention de changer fondamentalement les règles de l’ordre mondial actuel », a ajouté M. Milley. « Nous entrons dans un monde qui devient plus instable et le potentiel de conflit international important augmente, et non pas diminue. »

Lors de l’audition, les législateurs des deux partis se sont concentrés sur les armes fournies à l’Ukraine et ont demandé si l’on pouvait faire davantage, l’Ukraine ayant continué à demander des capacités supplémentaires.

« L’une des plus grandes questions que nous aurons au sein de cette commission est : « Comment pouvons-nous faire plus ? ».

Le président de la commission des services armés de la Chambre des représentants, Adam Smith, un démocrate de l’État de Washington, a déclaré au début de l’audience. « Comment pouvons-nous nous assurer que nous faisons absolument tout ce que nous pouvons pour les aider ? ».

Le représentant Mike Rogers de l’Alabama, principal républicain du panel, a déclaré qu’il serait favorable à ce que les États-Unis établissent des bases permanentes dans les pays de l’Est de l’OTAN, comme la Pologne et les pays baltes, afin de dissuader la Russie. Milley a déclaré qu’il était favorable à l’établissement de bases permanentes, mais a ajouté qu’il pensait que les forces américaines devraient y effectuer une rotation afin de créer une force de dissuasion sans avoir à supporter les coûts liés au déménagement de la famille, à la création d’écoles et à d’autres mesures requises lorsqu’une base américaine permanente est établie à l’étranger.

« Je crois que beaucoup de nos alliés européens, en particulier ceux qui se trouvent dans les pays baltes, en Pologne, en Roumanie ou ailleurs, sont très, très désireux d’établir des bases permanentes », a déclaré Milley. « Ils les construiront, ils les paieront, etc., pour que nous puissions les utiliser à tour de rôle. Ainsi, vous obtenez l’effet d’une présence permanente des forces, mais les soldats, marins, aviateurs ou marines ne sont pas stationnés de façon permanente pendant 2 ou 3 ans. »

M. Austin a déclaré que l’OTAN discute encore de la manière dont elle devrait renforcer sa présence permanente en Europe orientale. « Si l’OTAN juge qu’il est approprié de modifier son empreinte, nous y participerons certainement », a déclaré M. Austin.

Plusieurs républicains ont demandé à Milley et Austin si les États-Unis avaient échoué dans leurs efforts pour dissuader le président russe Vladimir Poutine d’attaquer l’Ukraine.

Milley a répondu qu’il ne pensait pas que Poutine aurait pu être dissuadé à moins que les forces américaines ne se soient déployées depuis l’Ukraine – un scénario qu’il aurait déconseillé s’il avait été proposé.

« Franchement, à moins d’engager des forces militaires américaines en Ukraine même, je ne suis pas sûr qu’il était possible de le dissuader. C’est un de ses objectifs à long terme qui remonte à des années », a déclaré Milley. « Je pense que l’idée de dissuader Poutine d’envahir l’Ukraine, de le dissuader par les États-Unis, aurait nécessité l’engagement de forces militaires américaines, et je pense que cela aurait risqué de créer un conflit armé avec la Russie, que je n’aurais certainement pas conseillé. »

Milley a noté que les sanctions « ont un très mauvais bilan en matière de dissuasion des agressions », mais a déclaré qu’elles ont réussi à imposer des coûts importants à la Russie pour son agression.

« L’objectif des sanctions est d’imposer des coûts importants en cas d’invasion, ces coûts importants, les sanctions combinées aux contrôles des exportations, brisent le dos de l’économie russe en ce moment même », a-t-il déclaré.

Austin a ensuite ajouté que si les États-Unis avaient « envoyé des forces en Ukraine pour combattre Poutine, l’histoire serait différente ».

« Mais nous avons pris la décision de ne pas le faire, pour les bonnes raisons, et je soutiens ces décisions », a déclaré M. Austin, ajoutant qu’il ne voulait pas spéculer sur ce que les dirigeants chinois pourraient extrapoler de ce qui s’est passé en Ukraine en ce qui concerne Taïwan.

Milley a défendu la politique de l’armée américaine exigeant que les troupes soient vaccinées contre le virus Covid-19 en réponse à plusieurs questions des républicains qui se demandaient si les membres du service devaient être renvoyés pour avoir refusé d’être vaccinés alors que les chiffres de recrutement de l’armée étaient en baisse.

Milley a fait remarquer que les militaires doivent recevoir de nombreux vaccins pour s’engager dans l’armée, comme le vaccin contre l’anthrax, et a déclaré que le vaccin Covid-19 contribuait à la préparation des forces.

Lors d’un moment passionné, Austin s’est disputé avec le représentant Matt Gaetz après que le républicain de Floride ait accusé le Pentagone d’être trop concentré sur le « wokeisme » et non sur la défense.

Austin a accusé Gaetz d’être « embarrassé pour son pays » en mettant en doute les capacités de l’armée américaine, et les deux hommes ont crié l’un sur l’autre à plusieurs reprises.

Gaetz a accusé le Pentagone de s’être « trompé » en prédisant que la Russie envahirait l’Ukraine en quelques jours et que les Talibans ne prendraient pas le contrôle de l’Afghanistan l’année dernière. « Vous avez totalement foiré ces appels et peut-être serions-nous plus performants si l’Université de la défense nationale travaillait en fait un peu plus sur la stratégie et un peu moins sur le wokeisme », a déclaré Gaetz.
« Vous est-il venu à l’esprit que la Russie n’a pas envahi l’Ukraine grâce à ce que nous avons fait et à ce que nos alliés ont fait ? » Austin a demandé. « Avez-vous jamais même pensé à cela ? »

Pour résumer ?

La meilleure question est celle de la fin qui porte sur les causes de l’invasion russe en Ukraine. Une vraie question, à laquelle il fallait répondre avant l’invasion et pas après ! Créer les conditions d’une paix durable est nettement plus difficile et demande nettement plus de sagesse que de se laisser aller sur les chemins de la facilité qui sont souvent ceux de la perdition et … ici, de la guerre.

Vous noterez également la baisse des recrutements dans l’armée. Il y a évidemment cette histoire de vaccination obligatoire pour les militaires au Covid, mais aussi, le fait que s’engager pour aller faire la guerre contre la Russie, ce n’est pas un programme hyper… engageant !

Il y a aussi la question soulevée à propos de la Chine qui a bien compris que les Etats-Unis ne vont pas mourir pour Taïwan ni risquer une guerre nucléaire pour une île qui est si loin… de quoi créer évidemment un précédent. La question sera pour la Chine de savoir si Taïwan vaut 3 500 milliards de dollars de réserves de change.

Enfin, vous noterez la volonté américaine de créer de nouvelles bases en Europe de l’Est pour y stationner des troupes dans le cadre de l’OTAN.

Bref, il n’y a dans ces déclarations rien de positif et rien permettant de dire que nous allons vers moins de tensions.

Au contraire.

Tic-tac, tic-tac…

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.

Préparez-vous !

Charles SANNAT

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Général Bruno Clermont sur le conflit

 

ukrainien : « Il est prématuré de dire que

 

l’armée russe s’enlise » 1/4

 

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Alors que les combats se poursuivent en Ukraine, le général de corps aérien (2S) Bruno Clermont, consultant défense de CNews, décrypte pour Boulevard Voltaire la situation politique et stratégique en Ukraine et révèle les clés du conflit. Nous publions cet entretien exceptionnel en quatre épisodes.

Marc Baudriller. Où en est Vladimir Poutine, dans ce conflit ? Comment analysez-vous le rapport de force en Ukraine ?

Général Bruno Clermont. Poutine a raté la première phase de la guerre. C’est un échec majeur dont la cause est à trouver dans l’analyse des « forces en présence ». C’est-à-dire le cœur du renseignement militaire, mais aussi la compréhension politique de ce qu’est devenue l’Ukraine au fil de l’Histoire : une nation qui ne veut pas mourir. Le président russe a sous-estimé l’armée ukrainienne et surestimé les capacités de son armée. En quelque sorte, il s’est comporté comme si la Russie était l’Union soviétique, mais sans l’armée de l’Union soviétique, car l’armée russe n’est pas celle de l’URSS. Le rapport de puissance est de l’ordre de 1 pour 10. Mais les Américains et les Occidentaux ont aussi découvert les limites de l’armée russe. Les généraux de Poutine ont fini par lui expliquer qu’il n’a pas la masse de soldats nécessaire pour réaliser cette « opération spéciale » qui devait se conclure en quelques jours. Il commence à le comprendre, mais ce n’est pas certain, car tout le monde lui ment. C’est le propre de ce type de régime. Tout le monde ment, par peur ou par servilité. C’est la réalité du rapport de force sur le terrain qui va décider de l’issue de cette guerre. Ce n’est pas encore le temps des négociations « sérieuses ».

M. B. Pourtant, l’armée russe a conquis des territoires.

Gal B. C. Elle a pris du terrain rapidement mais elle est partie sur un plan qui n’a pas fonctionné et que les Russes n’ont pas pu changer. Ils se sont obstinés « dans l’erreur » pendant trente jours. Aujourd’hui, ils changent de plan pour entrer dans une deuxième phase de la guerre. Ils ne vont pas attaquer sur trois axes différents. Ils vont suspendre les combats du coté de Kiev, qui n’est plus l’objectif prioritaire et qui devait « tomber » facilement, pour se concentrer sur le Donbass qui reste le cœur de la bataille. Leur deuxième priorité sera la continuité territoriale avec la Crimée. Tout cela constitue « l’Ukraine utile » du point de vue russe. Celle que Poutine pourrait annexer pour en faire une partie de la Fédération de Russie. D’un point de vue militaire, c’est là que se trouve la moitié de l’armée ukrainienne, la mieux formée par les Américains, celle qui défend le Donbass. Si la Russie arrive à battre et à isoler cette moitié de l’armée ukrainienne, elle prend un vrai avantage. Elle veut affronter le cœur de l’armée ukrainienne, essayer de l’encercler, de la diminuer et de la battre et ce n’est pas impossible qu’elle y parvienne. Ce serait alors le tournant de cette guerre. Le problème c’est que les Ukrainiens commencent à penser la même chose : battre et chasser les Russes d’Ukraine.

M. B. L’Occident est-il vraiment utile à l’armée ukrainienne, dans ce conflit ? Quel est son rôle ?

Gal B. C. Le flux continu de milliards de dollars d’armements qui arrivent en Ukraine constitue le « cordon ombilical » capacitaire qui joue un rôle très important : on livre aux Ukrainiens des dizaines de milliers de fusils d’assaut, lances missiles antiaériens et antichars. Des armes redoutables qui rétablissent l’équilibre des forces. Malheureusement pour les Russes, la frontière occidentale de l’Ukraine est totalement poreuse. Ces armes arrivent de Roumanie, de Pologne, par avions et par camions entiers, avec des hommes qui déchargent et chargent les armements et les amènent au front en quelques jours. Les Ukrainiens ne sont pas seuls. Pendant huit ans, la moitié de leur armée a été formée par des Américains, des Britanniques et des Canadiens. Ils combattent « à l’occidentale » contre une armée russe qui combat « à la soviétique ». Les troupes ukrainiennes sont motivées alors que la Russie déploie une armée hétéroclite, une partie moderne, l’autre pas, avec des appelés, des professionnels, des forces spéciales. Surtout, elle est mal commandée et mal organisée. C’est une armée chaotique et rigide qui rencontre de nombreuses difficultés dans tous les domaines : transmissions, commandement, logistique, coordination avec l’aviation, motivation…

M. B. On dit que l’armée russe s’enlise. Peut-on aboutir à une guerre du Vietnam pour les Russes ?

Gal B. C. La réalité opérationnelle surprend les militaires occidentaux qui ne s’attendaient pas à autant de difficultés de la part d’une armée russe en théorie parmi les plus puissantes du monde.
Mais il est prématuré de dire que l’armée russe « s’enlise ». Ce serait le cas si on en était là après six mois de guerre. Elle va chercher à s’adapter dans cette deuxième phase des combats dans laquelle les généraux russes ont décidé de se concentrer sur l’est et le sud du pays. À ce titre, les quatre prochaines semaines doivent être observées avec grande attention. Mais attention, ne nous y trompons pas : malgré des pertes humaines et matérielles considérables, l’armée russe conserve sa capacité de puissance et de destruction avec son aviation de bombardement, ses missiles, son artillerie, sa brutalité, sa violence : elle peut raser la moitié de l’Ukraine, voire l’Ukraine en totalité. Elle reste très dangereuse et efficace dans sa capacité de destruction aveugle. Le Pentagone estime qu’elle dispose encore de 85 % à 90 % de sa puissance militaire sur ce théâtre.

 

Général Bruno Clermont :

 

« Poutine peut mettre tout le

 

peuple russe en armes » 2/4

 

Alors que les combats se poursuivent en Ukraine, le général de corps aérien (2S) Bruno Clermont, consultant défense de CNews, décrypte pour Boulevard Voltaire la situation politique et stratégique et révèle les clés du conflit. Nous publions aujourd'hui le deuxième volet de cet entretien exceptionnel (Pour lire le premier volet : « Il est prématuré de dire que l'armée russe s'enlise »).

Marc Baudriller. Sur le plan tactique, quels sont les choix de l’armée ukrainienne et de l’armée russe ? Quelles sont leurs forces et leurs faiblesses ?

Général Bruno Clermont. Les Ukrainiens refusent le combat classique, armée contre armée, en terrain libre. Ils mènent une guerre de guérilla et une guerre de harcèlement et d’usure. Ils se retranchent aux abords des villes et défendent leurs positions tout en attaquant les convois et la logistique russes. Quant à elle, l’armée russe est très statique. Elle utilise la puissance de son artillerie, de ses lance-roquettes multiples, de ses missiles de croisière, de ses missiles sol-sol et de son aviation de bombardement. Le nombre de pièces d’artillerie de l’armée russe est considérable. Il faut toutefois noter que les généraux russes utilisent très mal leur puissante aviation. Ils auraient dû avoir éliminé depuis longtemps la modeste aviation ukrainienne et sa défense sol-air afin de posséder la supériorité aérienne. Les Ukrainiens contrôlent encore la moitié ouest de l’espace aérien. On assiste à un mélange de « guerre à l’ancienne », de guerre d’usure, d’attrition, de position, avec parfois de la haute technologique même si l’usage de missiles hypersoniques ne change rien à la guerre. Poutine rappelle simplement aux Américains qu’il maîtrise des technologies que les Américains n’arrivent toujours pas à maîtriser malgré des investissements colossaux. S’agissant des pertes, elles sont très importantes du côté russe, mais aussi probablement du côté ukrainien, pour lequel nous avons très peu de chiffres. Poutine est en colère, en rage, déterminé et isolé, donc il est dangereux. Il ne peut pas gagner cette guerre et il ne peut pas non plus la perdre.

M. B. Comment le conflit peut-il s’arrêter et se régler ?

Gal B. C. Il y a, à peu près, unanimité sur les objectifs de Poutine au départ. Il partait du principe que l’Ukraine ne résisterait pas, qu’il prendrait Kiev pour installer un gouvernement fantoche et qu’il annexerait une partie du pays. Le tout en quelques jours. Il a désormais compris que ce serait très difficile. Il ne peut pas perdre la guerre et ne peut pas la gagner comme il comptait le faire. Après cette première phase qui s’est conclue par un échec, l’armée russe semble avoir changé de stratégie militaire avec un désengagement des forces qui devaient prendre Kiev et la concentration de l’effort militaire sur le Donbass. En fonction des progrès réalisés au Donbass, il pourrait être plus ou moins ambitieux pour le reste de sa conquête du territoire ukrainien, avec comme objectif suivant la continuité territoriale entre le Donbass et la Crimée. Puis pourrait venir le contrôle de la Crimée à Odessa. Restera, évidemment, la question de Kiev. Où passera la ligne de démarcation qui serait l’aboutissement d’un cessez-le-feu et d’un accord ? On ne le sait pas et Poutine, probablement, ne le sait pas lui-même à ce jour. Ce sont les combats qui détermineront ce point. Maintenant, il ne faut pas oublier un aspect important : grâce au soutien militaire occidental, les Ukrainiens pourraient estimer qu’ils sont capables de chasser les Russes d’Ukraine. Ce qui pourrait prolonger la guerre ou causer une escalade du niveau de violence de la part de l’armée russe.

M. B. Le président russe a-t-il une échéance ?

Gal B. C. Encore une question à laquelle il est difficile de répondre. Dans tous les cas, il a un rendez-vous important avec le peuple russe, le 9 mai, la grande fête patriotique annuelle de la Russie et de ses forces armées pour célébrer la victoire contre l’Allemagne nazie. Il serait préférable que les forces russes aient progressé sur le terrain pour que Poutine ne soit pas bredouille ce jour-là. Mais c’est dans seulement cinq semaines. Pour l’instant, c’est une défaite en rase campagne. Il n’a rien gagné de significatif. Il lui faut au moins un succès territorial à afficher à cette date.

M. B. Faire la guerre suppose un peuple uni. Poutine pourrait-il perdre le soutien de sa population ?

Gal B. C. Pour les Russes, cette guerre n’en est pas une, c’est une opération spéciale. Mais des milliers de cercueils sont en train de rentrer. Le vent peut tourner. Alors, Poutine a une alternative : transformer cette opération spéciale en guerre patriotique : mobilisation générale, économie de guerre. Il peut mettre tout le peuple de la Russie en armes. Les Russes peuvent mobiliser 850.000 hommes et faire tourner une économie de guerre pour fabriquer des avions, des tanks, etc. On partirait alors sur une guerre longue et douloureuse. On ne peut écarter à ce stade cette option maximaliste.

M. B. Quelles seront les leçons stratégiques de cette guerre pour l’armée française ?

Gal B. C. Nous avons une excellente armée mais on a des trous capacitaires : les drones, par exemple. Et, surtout, nous n’avons pas assez de matériel et de munitions. Notre armée n’est pas formatée pour une guerre de ce type. Pour cela et pour tenir notre place dans une coalition à la hauteur du rôle de la France, il faudrait doubler le budget de la Défense. Les généraux soulignent depuis des années les limites de nos armées lors des auditions devant les commissions spécialisées. Les députés écoutent, mais le Parlement vote, chaque année, des budgets insuffisants. Le dernier budget n’est d’ailleurs pas ridicule. Le Président Macron a arrêté l’hémorragie avec une loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 inhabituelle : le malade était à l’agonie, il est sorti des soins intensifs, maintenant il faut lui apprendre à courir. En septembre 2018, le général Lecointre, chef d’état-major des armées, déclarait dans le journal Le Monde : « Nous resterons une armée de temps de paix », faisant référence à la LPM 2019-2025 qui doit faire monter le budget de la Défense à 50 milliards d’euros en fin d’exercice. Son message est assez clair et les faits lui ont donné raison.

M. B. La France serait-elle capable, aujourd’hui, moralement, d’une résistance patriotique semblable à celle de l’Ukraine ?

Gal B. C. L’Ukraine montre que les nations ne veulent pas mourir. Je suis convaincu que la France serait capable de se défendre malgré tout. Tout bascule très vite. Vous faites très rapidement d’un soixante-huitard attardé un combattant. À partir du moment où sa famille et sa vie sont menacées, la motivation est là. On a tous la guerre en nous, c’est dans la nature humaine. Mais nous avons oublié ces guerres patriotiques, ces guerres de survie. Depuis trente ans, nous ne connaissons que des guerres de maintien de la paix ou de défense des intérêts occidentaux comme lors de la guerre en Irak. Mais quand la survie de la nation est en jeu, on ne voit plus les choses de la même manière. Encore faut-il qu’on ait préparé en amont la résilience de la nation. C’est le défi auquel nous devons faire face. (À suivre).

 

 

Général Bruno Clermont :

 

« Le retour des empires se vérifie

 

avec la Chine ou la Russie » 3/4

 

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Marc Baudriller. Comment, en France, a-t-on pu rester à ce point aveugle sur les intentions russes ?

Général Bruno Clermont. Il faut revenir sur l’échec du renseignement. On n’avait pas d’intérêt à suivre la Russie. Jusqu’en 2014 et la prise du Donbass, la Russie n’était un sujet pour personne. On s’y est un peu intéressé à cause de la Géorgie et de la Tchétchénie, mais cette affaire ne concernait pas les Occidentaux, c’était la politique intérieure russe. Et puis, surtout, on avait d’autres chats à fouetter : tout le monde a ramassé les dividendes de la paix, aussi bien les Européens que les Occidentaux. Donc, les systèmes militaires se sont écroulés quand l’Union soviétique s’est écroulée. L’intérêt pour l’Union soviétique s’est écroulé en même temps et, pendant dix ans, la Russie était dans un trou noir jusqu’à ce que Poutine arrive. C’est cela la réalité.

M. B. Personne ne s’aperçoit que Poutine a commencé à réarmer, avant le Donbass ? 

Gal B. C. Poutine a redressé économiquement la Russie pendant dix ans, à partir de 2010, surtout après les opérations militaires en Géorgie. L’armée russe est lamentable, en Géorgie : elle est vieille, dispose de vieux matériels et s’appuie sur une vieille doctrine. Avec l’échec en Géorgie, Poutine va prendre conscience des limites de son armée et décide de la moderniser. Il lance un plan massif de réorganisation de l’armée russe qui, malheureusement pour lui, n’est pas terminé.

M. B. Quel investissement a-t-il consenti pour moderniser son armée ?

Gal B. C. Un chiffre de 100 milliards de dollars a été avancé. Mais que représente cette somme, en Russie ? Officiellement, le budget de la Défense russe, c’est 60 milliards d’euros - c’est un peu plus que la France. Mais ces chiffres sont à prendre avec distance : il faut les confronter à la parité économique, au niveau de vie en Russie, au salaire minimum, à l’appareil industriel. En réalité, l’armée russe reçoit beaucoup plus que 60 milliards d’euros. C’est une des difficultés : mesurer ce qu’est la puissance militaire russe. Quel est son outil militaire ? Les satellites ne le disent pas mais le renseignement peut être précieux. Dans le renseignement, il y a deux éléments : les capteurs qui vont vous ramener des informations et l’analyse. Les Américains croulent sous le renseignement électronique et high-tech, mais il faut ensuite analyser les informations recueillies. Et là, ce sont des humains avec des cerveaux et des connaissances de la société, du terrain, du territoire.

M. B. Poutine se rapproche donc de la Chine et réarme.

Gal B. C. Il veut remilitariser la Russie pour en refaire une puissance et sortir de l’humiliation qu’il subit, pense-t-il, de la part des grandes puissances, en particulier des États-Unis. L’homme qui va réveiller les États-Unis, c’est Trump. En 2018, son administration sort un document de stratégie, la National Defence Strategy, qui dit au peuple américain : nous avons maintenant deux adversaires majeurs, des compétiteurs à égalité avec les États-Unis, ce sont la Chine et la Russie. Il décide alors de relancer la machine militaire américaine, forces nucléaires incluses. La version 2022 de ce document validé par l’administration Biden vient de sortir : elle ne présente plus qu’un seul compétiteur, la Chine. Les Américains ont déclassé la Russie, considérant en particulier ses capacités militaires au vu des opérations en Ukraine. La Russie ne fait plus peur aux Américains.

M. B. Pourquoi Trump a-t-il été visionnaire, sur quoi se fondait-il ?

Gal B. C. Je pense que c’est un peu comme en France. À partir de 2017, la revue stratégique confiée par Macron à Arnaud Danjean [député européen LR, NDLR] identifie le retour des États-nations. Avec la prise du Donbass, on comprend que Poutine veut faire de la Russie une puissance respectée. Ce retour des empires se vérifie avec la Chine ou la Russie, il se vérifiera encore avec la Turquie ou l’Inde. On réalise alors que c’est le retour des empires, des guerres entre États et, donc, des conflits à haute intensité. On sort d’un monde de guerres asymétriques dans lequel on combattait des djihadistes dans le désert ou des Afghans. Cette fois, nous avons une guerre d’État contre État avec armes lourdes contre armes lourdes. Une guerre de destructions et de crimes de guerre. C’est vraiment un changement de paradigme total. C’est la guerre telle qu’on l'a connue avant la guerre froide, c’est comme si on avait vécu une parenthèse, comme si 2022 était la suite de la Deuxième Guerre mondiale qui a donné naissance à la guerre froide : nous sommes revenus, en quelque manière, en 1946 ou en 1988.

 

Général Vincent Desportes :

 

« Vladimir Poutine ne peut

 

plus compter sur une victoire rapide »

 

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« À quoi sert la guerre ? À changer les conditions de la négociation. » Au 18e jour du conflit en Ukraine, le général (2s) Vincent Desportes fait un point sur la situation des armées belligérantes pour les lecteurs de Boulevard Voltaire. Les Russes s'enlisent : l'issue du conflit se rapproche-t-elle ?

Marc Eynaud. L’armée russe continue d’envahir l’Ukraine. Selon vous, peut-elle venir à bout de la résistance ukrainienne dans les semaines qui viennent ?

Général Vincent Desportes. Le rouleau compresseur est en train de s’embourber. Quand vous superposez les cartes du théâtre de guerre que la presse publie tous les matins, vous vous apercevez que les avancées sont minimes. Aujourd’hui, au 18e jour de guerre, la seule ville conquise est la ville de Kherson. Partout ailleurs, les Russes sont en échec. Ils n’arrivent pas à prendre Kharkov, ni Marioupol, ni Kiev. Ils sont freinés dans leur avancée vers Odessa. L’armée russe est actuellement dans une mauvaise situation qui ne permet pas de voir une percée. Aujourd’hui, le moral n’est pas dans le camp russe mais dans le camp ukrainien. Pour l’instant, c’est l’armée ukrainienne qui gagne en défensive ; avec un rapport initial de un contre neuf, elle arrive à arrêter une armée russe entraînée depuis des années. L’armée ukrainienne a un moral de vainqueur alors que l’armée russe s’embourbe avec, forcément, un moral de perdant.

M. E. Le phénomène de la fonte des neiges provoque une boue qui peut ralentir les armées d’invasion. L’armée russe est-elle aux prises avec ce phénomène ?

G. V. D. Jusqu’à présent, l’Ukraine était frappée par une vague de froid considérable qui a fait souffrir le martyre aux différents réfugiés. M. Poutine a plusieurs possibilités. Soit il va assez vite dans le cadre des négociations en obtenant ce qu’il peut obtenir grâce au rapport de force, soit il monte aux extrêmes. J’espère qu’il aura la sagesse de s’en tenir aux négociations.

M. E. Pour vous, il faut qu’il négocie très vite ?

G. V. D. Il ne peut plus compter sur une victoire rapide. La presse se fait l'écho de sa demande de renfort à la Chine. Cette dernière dément. On sait que l’armée russe rapatrie toutes les troupes disponibles de la partie asiatique du pays et de Géorgie. Le président Poutine a demandé l’envoi d’une légion syrienne et il essaie de reconstituer ses forces. Ce n’est pas étonnant, car l’état-major français dit que Vladimir Poutine a utilisé complètement les deux premiers échelons qu’il avait rassemblés pour se lancer dans la bataille, le 24 février au matin. À présent, il est en train de taper dans ses réserves. Il n’est pas pris à la gorge, mais il le sera bientôt. Donc, soit il monte dans la violence, soit il négocie.

M. E. Le gouvernement ukrainien peut-il renoncer à la perte des républiques du Donbass et de la Crimée ?

G. V. D. Nul ne peut préjuger de ce qui sortira des négociations. Mais il est évident que M. Poutine n’arrêtera pas l’horreur dans laquelle il est entré s’il n’obtient pas quelque chose. Aucun dirigeant ne pourrait rentrer dans son pays en disant « J’ai fait tuer 10.000 soldats pour rien ». Il faudra bien qu’il ait quelque chose et que le président Zelinsky en lâche un peu, probablement les républiques du Donbass et probablement la Crimée, dont le lien avec l’Ukraine est un peu faible. Il faut qu’il comprenne que ne rien lâcher, c’est aller à sa propre perte.

À quoi sert la guerre ? Ça sert à changer les conditions de la négociation. Et avant la guerre, M. Poutine n’était pas écouté quand il voulait que la Crimée soit reconnue comme russe et que les républiques du Donbass soient libres. Il est entré en guerre pour avoir plus de poids dans la négociation. Il ne sortira de ces nouvelles négociations que si on lui donne quelque chose. Et il faudra, à un moment donné, que M. Zelensky le comprenne, ce ne sera pas forcément simple. Ce dernier fait figure de héros et il aura tendance à s’accrocher à cette figure de Churchill ukrainien. Probablement que les Américains ou les Européens lui feront comprendre que l’intérêt de tout le monde et de l’Ukraine est qu’il y ait des négociations et que M. Poutine reparte avec quelque chose.

On sort de la guerre de deux manières, soit par la négociation et les compromis, soit par la destruction de l’un ou l’autre. Il faut trouver une solution raisonnable.

 

3 CHEFS DE GUERRE ENNEMIS

 

 

Ukraine : la bascule

 

géopolitique entre

 

 

États-Unis et Russie

 

 

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par Pierre-Emmanuel Thomann.

Entre l’hystérie des médias qui diffusent sans recul la narratif du régime de Kiev conseillé par les agences occidentales1 et les experts militaires qui spéculent de manière aléatoire sur l’évolution tactique des combats, il n’y a pas de place pour la mise en lumière des enjeux géopolitiques de fond escamotés depuis le début de l’opération militaire russe en Ukraine.

À l‘échelle mondiale, ce conflit s’inscrit dans la clarification, au moyen du rapport de force militaire classique, de l’équilibre géopolitique mondial et donc de sa nouvelle configuration au XXIe siècle dominée par trois pôles principaux, la triade formée par États-Unis, la Chine et la Russie. Les calculs opposés des puissances aboutissent à une situation précaire et fluide.

L’asymétrie géopolitique entre la Russie et le États-Unis induite par la géographie est au cœur de cette crise.

Les bases militaires de l’OTAN et des États-Unis (incluant les infrastructures du bouclier antimissile), se sont progressivement rapprochées du territoire de la Russie, avec les élargissements successifs de l’OTAN, selon une manœuvre d’encerclement. Le partenariat oriental de l’UE qui est complémentaire à l’OTAN, participe de cet étranglement progressif de l’espace géopolitique de la Russie, avec pour objectif de créer une zone tampon contre la Russie, et préparer de manière implicite les futurs élargissements de l’OTAN et l’UE.

Il est bien évident que les États-Unis n’accepteraient pas l’installation de bases militaires russes à ses frontières et un élargissement de l’OTSC au Canada ou au Mexique. La doctrine de l’étranger proche mis en avant par la Russie est tout aussi légitime que la doctrine Monroe défendue par les États-Unis, afin de préserver un espace de sécurité et de respiration géopolitique. Les États-Unis comme puissance maritime cherchent à freiner l’accès de la Russie, puissance continentale aux océans mondiaux, d’où la cristallisation de la crise en mer noire, autour de le péninsule de Crimée.

En effet, sur les temps longs, en résonance avec les doctrines de Halford John Mackinder et Nicholas J. Spykman2, prolongées par Paul Wolfowitz3, Zbigniew  Zbrezinsky4, Wess Michell5. Les États-Unis ont cherché à refouler la Russie dans ses terres continentales depuis la disparation de l’URSS en 1991 et mettre en place une ceinture d’États dans une bande côtière entourant le continent eurasien (le « Rimland » de MacKinder et Spykman).

 

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Cette stratégie a naturellement fini par provoquer une réaction de la Russie par contrecoup géopolitique.

En expansion continue depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis se sont finalement retrouvés en sur-extension géopolitique. La bascule géopolitique s’est produite en Syrie, avec l’intervention russe dès 2015, et la bataille d’Alep, qui a fait échouer le changement de régime promu par les États-Unis et leurs alliés du Rimland pour continuer à élargir la zone d’influence euro-atlantiste.

En recul géopolitique depuis l’échec du changement de régime en Syrie dès 2015,  suivi du départ d’Afghanistan en 2021, les États-Unis se sont ensuite repositionnés sur une deuxième ligne de front dans l’Indopacifique en opérant un resserrement géopolitique avec les pays anglo-saxons au sein de l’alliance AUKUS6.

La régression géopolitique d’une puissance laisse toujours un vide que vient remplir une puissance adverse. Le recul géopolitique des États-Unis et de son instrument l’OTAN, provoque le retour de la Russie sur ses zones d’intérêts prioritaires et ses terres historiques (l’étranger proche).

La Russie, par des opérations militaires successives (Géorgie 2008, Syrie 2015, Ukraine 2014, 2022) ou des opérations d’imposition de la paix (Haut Karabagh 2021) a repris l’initiative et cherche à  desserrer l’étau de l’encerclement de l’OTAN dans le Rimland, qui s’élargissait à ses dépend, avec les élargissements successifs de l’OTAN depuis la fin de la guerre froide.

Cette poursuite de la bascule géopolitique ne se fait pas sans difficultés, car les États-Unis et leur alliés de l’OTAN cherchent à faire de l’Ukraine, un nouvel Afghanistan pour la Russie7. La dureté des combats entre les armées ukrainiennes et russes résulte avant tout de l’aide militaire portée  par tous les pays de l’OTAN, États-Unis en tête à l’Ukraine depuis 2014. Cette aide massive a porté sur l’entrainement, l’armement de l’armée ukrainienne mais aussi la construction d’ infrastructures militaires (ports, bases militaires pour la formation…) et depuis le déclenchement de l’opération russe, avec des livraisons d’armes à partir de la Pologne et la Roumanie, la fourniture continue de renseignements (continuum OTAN-Ukraine), des sanctions économiques massives et  la prise en charge de la guerre de communication de l’Ukraine contre la Russie.

L’opération militaire russe de 2022  aboutira pourtant inévitablement à la neutralisation de l’Ukraine c’est à dire le renoncement à l’OTAN, condition minimale et nécessaire pour la sortie de crise.

Du point de vue géopolitique, cela signifierait un nouveau recul géopolitique pour les États-Unis et l’OTAN qui perdraient un État-front qu’ils ont armé et entrainé, sans adhésion formelle à l’OTAN, avant-poste dans le monde russe pour grignoter la sphère d’influence de la Russie.

source : Eurocontinent

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  1. https://www.mintpressnews.com/ukraine-propaganda-war-international-pr-firms-dc-lobbyists-cia-cutouts
  2. Le Rimland selon la théorie géopolitique de Nicolas John Spykman (1893-1943), professeur de relations internationales à l’Université de Yale aux États-Unis, est la bande côtière fortement peuplée  à l’Ouest, au Sud et à l’Est du continent eurasien. Cette zone est décisive pour le contrôle du continent eurasien afin d’empêcher une puissance rivale des États-Unis de maitriser l’entièreté de cet espace. Selon lui, l’État qui maitrise le Rimland peut contrôler le Heartland (zone des terres centrales de l’Eurasie identifiée auparavant par Mackinder comme décisives) et donc le monde. La politique d’endiguement de l’URSS pendant le guerre froide s’est inspirée de cette théorie, notamment Georges Kennan, mais aussi les représentations géopolitiques dominantes aux États-Unis jusqu’à aujourd’hui.
  3. Sous-secrétaire à la Défense chargé de la planification aux États-Unis, de 1989 à 1993. Il a affirmé avait souligné dès 1991 que la mission de l’Amérique dans l’ère de l’après-guerre froide consisterait à s’assurer qu’aucune superpuissance rivale ne soit autorisée à émerger en Europe occidentale, en Asie ou sur le territoire de l’ancienne Union soviétique https://www.nytimes.com/1992/03/08/world/us-strategy-plan-calls-for-insuring-no-rivals-develop.html
  4. Zbrezinsky Zbigniew, « Le grand échiquier, l’Amérique et le reste du monde », Bayard 1997, 275 p.
  5. Aaron Wess Mitchell a précisé que « lors de trois guerres mondiales, deux chaudes et une froide, nous avons aidé à unifier l’Occident démocratique pour empêcher nos opposants brutaux de dominer l’Europe et le Rimland à l’Ouest de l’Eurasie ». Ainsi, sans surprise, la Russie et la Chine ont été désignés comme les adversaires stratégiques des États-Unis alors que la guerre froide est terminée depuis plus d’un quart de siècle, car ils « contestent la suprématie des USA et leur leadership au XXIe siècle ». On retrouve ici avec constance l’objectif des États-Unis de contrôler l’Eurasie afin d’empêcher un rival géopolitique d’y émerger à nouveau et relativiser leur propre puissance mondiale
  6. Pierre-Emmanuel Thomann, La nouvelle alliance AUKUS dans l’Indo-Pacifique : quelles leçons pour la géopolitique de la France ? Revue Défense nationale, RDN, 10 novembre 2021 – 13 pages, https://www.defnat.com/e-RDN/vue-tribune.php
  7. https://www.brookings.edu/order-from-chaos/2022/02/24/could-ukraine-be-putins-afghanistan

 

 

Asseyez-vous et regardez l’Europe se suicider

 

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par Pepe Escobar.

Si l’objectif des États-Unis est d’écraser l’économie de la Russie par des sanctions et l’isolement, pourquoi est-ce l’Europe qui est en chute libre sur le plan économique ?

Le spectacle saisissant de l’Union européenne (UE) en train de se faire hara-kiri au ralenti est quelque chose d’inoubliable. Comme un remake bon marché de Kurosawa, le film raconte en fait la démolition de l’UE par les États-Unis, avec le détournement vers les États-Unis de certaines exportations clés de matières premières russes, au détriment des Européens.

Il est utile d’avoir une actrice de la 5ème colonne stratégiquement placée – en l’occurrence l’étonnante incompétente Ursula von der Lugen, chef de la Commission européenne – qui annonce avec véhémence un nouveau train de sanctions écrasant : Interdiction aux navires russes d’accéder aux ports de l’UE ; interdiction aux entreprises de transport routier de Russie et de Biélorussie d’entrer dans l’UE ; fin des importations de charbon (plus de 4,4 milliards d’euros par an).

Dans la pratique, cela signifie que Washington fait pression sur ses clients/marionnettes occidentaux les plus riches. La Russie, bien sûr, est trop puissante pour être directement défiée militairement, et les États-Unis ont grandement besoin de certaines de ses exportations clés, notamment les minéraux. Les Américains vont donc pousser l’Union européenne à imposer des sanctions toujours plus sévères qui feront volontairement s’effondrer leurs économies nationales, tout en permettant aux États-Unis de tout rafler.

Les conséquences économiques catastrophiques à venir seront ressenties par les Européens dans leur vie quotidienne (mais pas par les 5% les plus riches) : l’inflation dévorera les salaires et les économies, les factures d’énergie de l’hiver prochain seront lourdes, les produits disparaîtront des supermarchés et les réservations de vacances seront presque gelées. Le Petit Roi de France Emmanuel Macron – peut-être confronté à une mauvaise surprise électorale – a même annoncé : « des coupons alimentaires comme pendant la Seconde Guerre mondiale sont possibles ».

L’Allemagne est confrontée au retour du fantôme de l’hyperinflation de Weimar. Le président de BlackRock, Rob Kapito, a déclaré au Texas que « pour la première fois, cette génération va entrer dans un magasin et ne pas pouvoir acheter ce qu’elle veut ». Les agriculteurs africains n’ont pas du tout les moyens d’acheter des engrais cette année, ce qui réduit la production agricole d’une quantité capable de nourrir 100 millions de personnes.

Zoltan Poszar, ancien gourou de la Fed de New York et du Trésor américain, actuel grand vizir du Crédit Suisse, a fait des siennes, soulignant que les réserves de matières premières – et, dans ce domaine, la Russie est sans égale – seront une caractéristique essentielle de ce qu’il appelle Bretton Woods III (bien que ce qui est élaboré par la Russie, la Chine, l’Iran et l’Union économique eurasienne soit un post-Bretton Woods).

Poszar remarque que, historiquement, les guerres sont gagnées par ceux qui disposent de plus de nourriture et d’énergie, autrefois pour alimenter les chevaux et les soldats, aujourd’hui pour nourrir les soldats et alimenter les chars et les avions de chasse. La Chine, par ailleurs, a accumulé des stocks importants de pratiquement tout.

Poszar note comment notre système actuel Bretton Woods II a une impulsion déflationniste (mondialisation, commerce ouvert, chaînes d’approvisionnement juste à temps) tandis que Bretton Woods III donnera une impulsion inflationniste (démondialisation, autarcie, accumulation de matières premières) des chaînes d’approvisionnement et des dépenses militaires supplémentaires pour pouvoir protéger ce qui restera du commerce maritime.

Les implications sont bien sûr écrasantes. Ce qui est implicite, sinistrement, c’est que cet état de fait pourrait même conduire à une troisième guerre mondiale.

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Roublegaz ou GNL américain ?

La table ronde russe du Club Valdaï a organisé un débat d’experts essentiel sur ce que nous, au Cradle, avons défini comme le Roublegaz – le véritable changement de jeu géoéconomique au cœur de l’ère post-pétrodollars. Alexander Losev, membre du Conseil russe pour la Politique étrangère et de Défense, a présenté les contours du Grand Tableau. Mais c’est à Alexey Gromov, directeur en chef de l’énergie à l’Institut de l’Énergie et des Finances, qu’il revient de présenter les détails cruciaux.

Jusqu’à présent, la Russie a vendu 155 milliards de mètres cubes de gaz à l’Europe chaque année. L’UE promet rhétoriquement de s’en débarrasser d’ici 2027, et de réduire l’approvisionnement de 100 milliards de mètres cubes d’ici fin 2022. Gromov a demandé « comment », et a fait remarquer que « aucun expert n’a de réponse. La majeure partie du gaz naturel russe est acheminée par gazoducs. On ne peut pas simplement le remplacer par du gaz naturel liquéfié (GNL) ».

La réponse européenne, risible, a été de « commencer à économiser », comme dans « se préparer à être moins bien loti » et « réduire la température dans les foyers ». Gromov a fait remarquer qu’en Russie, « 22 à 25 degrés en hiver est la norme. L’Europe fait la promotion d’une température de 16 degrés comme étant ‘saine’, et du port de pulls la nuit ».

L’UE ne pourra pas obtenir le gaz dont elle a besoin auprès de la Norvège ou de l’Algérie (qui privilégie la consommation intérieure). L’Azerbaïdjan serait en mesure de fournir au mieux 10 milliards de mètres cubes par an, mais « cela prendra 2 ou 3 ans » pour se concrétiser.

Gromov a souligné qu’« il n’y a pas d’excédent sur le marché aujourd’hui pour le GNL des États-Unis et du Qatar », et que les prix pour les clients asiatiques sont toujours plus élevés. L’essentiel est que « d’ici à la fin de 2022, l’Europe ne sera pas en mesure de réduire de manière significative » ce qu’elle achète à la Russie : « elle pourrait réduire de 50 milliards de mètres cubes, au maximum ». Et les prix sur le marché spot seront plus élevés – au moins 1300 dollars par mètre cube.

Une évolution importante est que « la Russie a déjà modifié les chaînes logistiques d’approvisionnement vers l’Asie ». Cela vaut aussi bien pour le gaz que pour le pétrole : « Vous pouvez imposer des sanctions s’il y a un excédent sur le marché. Maintenant, il y a une pénurie d’au moins 1,5 million de barils de pétrole par jour. Nous allons envoyer nos approvisionnements en Asie – avec un rabais ». En l’état actuel des choses, l’Asie paie déjà une prime, de 3 à 5 dollars de plus par baril de pétrole.

Au sujet des expéditions de pétrole, Gromov a également commenté la question clé des assurances : « Les primes d’assurance sont plus élevées. Avant l’Ukraine, tout était basé sur le système Free on Board (FOB). Aujourd’hui, les acheteurs disent « nous ne voulons pas prendre le risque d’amener votre cargaison dans nos ports ». Ils appliquent donc le système Coût, Assurance et Fret (CIF), où le vendeur doit assurer et transporter la cargaison. Cela a bien sûr un impact sur les revenus ».

Une question absolument essentielle pour la Russie est de savoir comment faire la transition vers la Chine, son principal client en matière de gaz. Tout tourne autour du Force de Sibérie 2, un nouveau gazoduc de 2600 km qui part des champs gaziers russes de Bovanenkovo et Kharasavey à Yamal, dans le nord-ouest de la Sibérie – et qui n’atteindra sa pleine capacité qu’en 2024. En outre, il faut d’abord construire l’interconnexion à travers la Mongolie – « il nous faut trois ans pour construire ce gazoduc » – de sorte que tout ne sera en place que vers 2025.

Quant au gazoduc de Yamal, « la plus grande partie du gaz va en Asie. Si les Européens n’achètent plus, nous pourrons le réorienter ». Et puis il y a le projet Arctic LNG 2 – qui est encore plus grand que Yamal : « la première phase devrait être terminée bientôt, elle est prête à 80% ». Un problème supplémentaire pourrait être posé par les « non-amis » russes en Asie : le Japon et la Corée du Sud. Les infrastructures de GNL produites en Russie dépendent toujours de technologies étrangères.

C’est ce qui amène Gromov à noter que « le modèle d’économie basé sur la mobilisation n’est pas très bon ». Mais c’est ce à quoi la Russie doit faire face, du moins à court et moyen terme.

Les points positifs sont que le nouveau paradigme permettra « une plus grande coopération au sein des BRICS (les économies émergentes du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, qui se réunissent chaque année depuis 2009) », l’expansion du corridor de transport international Nord-Sud (INSTC) et une plus grande interaction et intégration avec « le Pakistan, l’Inde, l’Afghanistan et l’Iran ».

En ce qui concerne l’Iran et la Russie, des échanges en mer Caspienne sont déjà en cours, car l’Iran produit plus qu’il n’en a besoin et est prêt à accroître sa coopération avec la Russie dans le cadre de leur partenariat stratégique renforcé.

La géoéconomie hypersonique

Il revenait à l’expert chinois en énergie Fu Chengyu d’expliquer de manière concise pourquoi la volonté de l’UE de remplacer le gaz russe par du GNL américain est une chimère. En gros, l’offre américaine est « trop limitée et trop coûteuse ».

Fu Chengyu a montré comment un processus long et délicat dépend de quatre contrats : entre le développeur de gaz et la société de GNL ; entre la société de GNL et la société acheteuse ; entre l’acheteur de GNL et la société de cargaison (qui construit les navires) ; et entre l’acheteur et l’utilisateur final.

« Chaque contrat, a-t-il souligné, prend beaucoup de temps pour être achevé. Sans tous ces contrats signés, aucune partie n’investira – qu’il s’agisse d’investissements dans les infrastructures ou dans le développement de champs gaziers ». La livraison effective de GNL américain à l’Europe suppose donc que toutes ces ressources interconnectées soient disponibles – et fonctionnent comme sur des roulettes.

Le verdict de Fu Chengyu est sans appel : cette obsession de l’UE à se débarrasser du gaz russe aura « un impact sur la croissance économique mondiale, voire une récession. Ils poussent leur propre peuple – et le monde – à bout. Dans le secteur de l’énergie, nous serons tous lésés ».

Il est particulièrement instructif de juxtaposer les turbulences géoéconomiques à venir – l’obsession de l’UE à contourner le gaz russe et l’apparition de Roublegaz – avec les véritables raisons de l’Opération Z en Ukraine, complètement occultées par les médias et les analystes occidentaux.

Un ancien de l’État profond américain, aujourd’hui à la retraite, qui connaît bien les rouages de l’ancien OSS, le précurseur de la CIA, jusqu’à la démence néocon d’aujourd’hui, a fourni quelques informations qui donnent à réfléchir :

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« Toute la question de l’Ukraine concerne des missiles hypersoniques qui peuvent atteindre Moscou en moins de quatre minutes. Les États-Unis les veulent là, en Pologne, en Roumanie, dans les États baltes, en Suède, en Finlande. C’est une violation directe des accords de 1991 selon lesquels l’OTAN ne s’étendra pas en Europe de l’Est. Les États-Unis n’ont pas encore de missiles hypersoniques, mais ils devraient en avoir dans un an ou deux. C’est une menace existentielle pour la Russie. Ils ont donc dû aller en Ukraine pour l’arrêter. Les prochains pays seront la Pologne et la Roumanie, où des lanceurs ont été construits en Roumanie et sont en cours de construction en Pologne ».

D’un point de vue géopolitique complètement différent, ce qui est vraiment révélateur, c’est que son analyse rejoint la géoéconomie de Zoltan Poszar : « Les États-Unis et l’OTAN sont totalement belliqueux. Cela représente un réel danger pour la Russie. L’idée que la guerre nucléaire est impensable est un mythe. Si vous regardez les bombardements de Tokyo contre Hiroshima et Nagasaki, il y a eu plus de morts à Tokyo qu’à Hiroshima et Nagasaki. Ces villes ont été reconstruites. Les radiations disparaissent et la vie peut reprendre. La différence entre une bombe incendiaire et un bombardement nucléaire n’est que l’efficacité. Les provocations de l’OTAN sont si extrêmes que la Russie a dû placer ses missiles nucléaires en état d’alerte. C’est une question très sérieuse. Mais les États-Unis l’ont ignoré ».

Pepe Escobar

source : The Cradle

traduction Réseau International

 

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Le Deep State US peut-il accepter

 

l’arrivée d’un souverainiste à l’Elysée ?

 

 

Certes, la relation entre Macron et le Deep State américain n’a pas toujours été au beau fixe. On se souvient des remarques acides du Président sur “l’Etat profond” en France qui l’empêchait de mener un dialogue constructif avec Poutine. On se souvient aussi des sorties macroniennes sur la “mort clinique” de l’OTAN et la relance de la défense européenne, qui n’a guère avancé…

Mais, les événements en Ukraine le montrent, Macron demeure néanmoins un atlantiste et un bon soldat de la mondialisation, ce que ne seraient ni Marine Le Pen ni Jean-Luc Mélenchon. On sera plus réservé sur Eric Zemmour, qui a contre-balancé ses positions pro-Poutine d’antan par une très suspecte dénonciation outrancière de l’invasion de l’Ukraine. 

Toute la question est de savoir comment le Deep State américain peut réagir à l’arrivée d’un candidat qu’il ne contrôle pas. 

Depuis Sarkozy, la grande réconciliation

Rappelons d’abord que le Deep State ne peut guère se plaindre de la France depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. 

Faut-il rappeler ici les liens privilégiés que la famille Sarkozy entretient avec les Etats-Unis et son Deep State ? Faut-il souligner que toute la politique étrangère de Sarkozy a consisté à anticiper les projets du Deep State, notamment en soutenant obstinément la disparition des régimes laïcs dans le monde arabe, au profit de régimes sunnites liés à l’Arabie Saoudite ?

L’affaire libyenne l’a abondamment montré. 

Mais on ne dira pas mieux de François Hollande, qui fut Young Leader franco-américain, comme Emmanuel Macron d’ailleurs.

Autrement dit, l’atlantisme règne en maître à l’Elysée depuis 15 ans, et, pour les Etats-Unis, l’élection d’une Marine Le Pen ou d’un Mélenchon rompraient avec ce qui ressemble désormais à une tradition bien établie (d’autres diraient à une reprise en main dans la durée). 

Compte tenu des enjeux forts qui se dégagent, notamment dans la foulée du Great Reset tel qu’il commence à se dessiner dans la durée, on peut supposer que les Etats-Unis ne verront pas d’un excellent oeil la perte de contrôle qui se dessine sur un membre du conseil permanent de sécurité de l’ONU. 

On peut même penser que cette perte d’influence appellerait des réactions fortes…

Une coopération militaire entravée

Bien entendu, on ne peut imaginer que les Etats-Unis expriment ouvertement leur désapprobation vis-à-vis d’un vote français souverain. 

En revanche, des mesures de rétorsion sous-jacentes seraient probablement prises assez rapidement. 

C’est en particulier la coopération militaire, et tout spécialement dans le domaine du renseignement, qui devrait souffrir. On sait que, pour toutes les opérations au sol, la France a structurellement besoin du renseignement américain pour agir. On peut imaginer que cette coopération serait plus compliquée. 

En outre, il est très probable que l’armée américaine se raidirait et imposerait plus que jamais aux membres de l’OTAN une intégration renforcée dans le domaine de l’armement, incluant la France. 

Au coeur de cette intégration, la vente “forcée” de F-35 capables de porter des “mini-nukes” se généraliserait sans doute. 

L’autonomie stratégique de la France serait par ailleurs compromise grâce au contrôle américain discret mais réel sur certains de nos armements, notamment par l’intermédiaire des systèmes d’information. 

La tentation d’une déstabilisation

Surtout, assez rapidement si la nouvelle équipe au pouvoir devait poser des actes hostiles à la mondialisation et à l’ordre américain, la tentation viendrait d’organiser des opérations de déstabilisation comme la CIA sait si bien en concocter. 

Ces opérations peuvent prendre diverses formes. 

Beaucoup de Zemmouriens sincères m’en voudront, mais le premier test sera de savoir Eric Zemmour continue sa stratégie d’affaiblissement du souverainisme après les élections présidentielles, notamment en lançant ses propres listes aux législatives, ou bien en divisant son camp pour éviter qu’une majorité de gouvernement ne se dégage. 

On peut en effet imaginer qu’un Bolloré ou un Dassault (Bolloré devant prochainement racheter le Figaro, selon toute vraisemblance) prendra soin, en effet, de ne pas faire basculer la France dans une posture anti-atlantiste. 

Rappelons que, dans les coulisses des marchands français d’armes, il se murmure depuis longtemps qu’il existait une alliance au moins objective entre les Etats-Unis et la Russie pour minorer la France. Les événements en Ukraine ont montré que le gouvernement profond américain a décidé de changer de stratégie sur l’échiquier international… mais le cerveau de la caste mondialisée en France se caractérisant par sa lenteur, on peut parier sur le fait qu’un avionneur comme Dassault continuera à privilégier l’équilibre entre la Russie et les USA, par notre maintien scrupuleux dans l’OTAN. 

Vers des troubles sociaux orchestrés ?

Depuis 1945, le Deep State dispose d’une série d’officines discrètes en France, y compris parmi les syndicats. 

Par exemple, un article du Monde de 1967 soutenait que le syndicat Force Ouvrière, né d’une scission avec la CGT, était né sous les auspices de la CIA. Certains pensent qu’il s’agit d’une histoire ancienne. 

Mais d’autres syndicats montrent une véritable porosité aux principes de l’atlantisme et du mondialisme. Cet article publié par la CFDT sur la “fachosphère” montre par exemple comment le principal syndicat français reprend à son compte tous les stéréotypes de la propagande mondialisée. 

Il ne serait donc pas très compliqué, pour des officines bien organisées, de nourrir une contestation en France, par exemple contre la politique de Marine Le Pen sur l’immigration, en incluant un certain nombre d’organisations syndicales (qui n’ont par ailleurs jamais été regardantes sur l’odeur de l’argent qui les finançait). 

De mon point de vue, c’est le principal danger qui pourrait survenir en cas de victoire de Marine Le Pen. 

 

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Spéculation et mur de l’argent

Enfin, une autre mesure de rétorsion peut facilement s’imaginer. Le Deep State ne manque pas de bons élèves partout dans le monde, et particulièrement en Amérique, comme George Soros, capables de déstabiliser un Etat par la spéculation et par l’activation du mur de l’argent. 

On se souvient par exemple du raid mené par Soros sur la livre Sterling, dont on dit qu’elle visait à dissuader la Grande-Bretagne d’entrer dans la zone euro. Cette opération serait rendue plus difficile par l’appartenance de la France à cette zone. 

Mais nous avons déjà indiqué quel activisme serait celui de la BCE dans notre précédent article contre une arrivée de Marine Le Pen au pouvoir (la situation sur Mélenchon étant plus nuancée). On peut tout à fait imaginer une alliance objective de la BCE et de la finance anglo-saxonne pour mettre le financement de l’Etat en difficulté, et pour contrecarrer la mise en oeuvre d’une nouvelle politique. 

Assez curieusement, ni Marine Le Pen ni Jean-Luc Mélenchon n’ont pris le temps de s’exprimer sur ces sujets. Peut-être en sont-ils tout simplement ni conscients ni préparés au gouffre qui pourrait s’ouvrir sous leurs pieds. 

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Des images montrent des soldats ukrainiens achevant des militaires russes

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Image d'illustration. Des soldats ukrainiens passent devant des véhicules blindés russes détruits dans le village de Dmytrivka. Genya SAVILOV / AFP

L'unité à laquelle appartiennent les soldats ukrainiens n'a pas encore été clairement identifiée. Ces événements sont constitutifs de crimes de guerre.

Des images mises en ligne sur Telegram en début de semaine - attention le contenu est très violent - ont beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Elles montrent des soldats ukrainiens en train d'achever des militaires russes capturés dans la région de Kiev.

Dans cette vidéo, traduite par le Figaro, on peut voir effectivement un groupe de soldats dont certains portent le brassard bleu des militaires ukrainiens. Devant un militaire russe allongé au sol, au milieu d'une mare de sang, on entend distinctement l'échange des militaires au brassard bleu. «Merde, il est encore vivant, tu as vu, il est en train de suffoquer», commence le premier, avant que le second ne tire deux fois sur l'homme au sol, qui continue de bouger. «Laisse-le putain de merde», entend-on ensuite avant qu'un des soldats ukrainiens ne tire une nouvelle fois sur le Russe. «Non, je n'ai pas envie de le laisser», ajoute-t-il. «Les voilà vos petits défenseurs de la patrie, fumiers !». À côté, trois autres soldats, apparemment russes aussi, dont un qui a les mains attachées et une blessure à la tête, semblent morts.