Guerre d’Ukraine – point au jour 243 –

 

La fuite en avant du gouvernement

 

ukrainien de moins en moins

 

soutenu par les Occidentaux

 

Alors que la bataille d'Ukraine semble se focaliser sur la bataille de Kherson, des rumeurs alarmistes courent sur une radicalisation de la guerre. En réalité, Washington, qui attend les élections de mi-mandat, et Londres, où l'on cherche un successeur à Madame Truss, ne sont pas en position d'engager un bras de fer avec la Russie. Moscou s'inquiète plutôt du possible comportement erratique d'un gouvernement kiévien potentiellement aux abois, et qui s'aperçoit que l'alliance avec les Occidentaux, relève pas d'un "serment des Nibelungen". Assistera-t-on à une fuite en avant de Zelenski? au moment où la récession s'installe en Europe, en particulier en Allemagne?

Bataille d’Ukraine – 

Dans la soirée du 19 octobre, les forces ukrainiennes ont bombardé la ville de Donetsk avec des armes incendiaires. Les Ukrainiens ont ciblé des zones forestières dans le district Petrovsky de la capitale de la République Populaire de Donetsk, sans doute dans le but de provoquer des incendies près des zones habitées. L’attaque a été menée avec des obus incendiaires contenant de la thermite, probablement des 9M22C ou 9M28C, lancés par des Grad MLRS. Les obus à thermite utilisent un mélange incendiaire de combat à base de magnésium. Il s’enflamme et atteint des températures allant jusqu’à 2300-2700 degrés Celsius. Une telle masse brûle les matériaux de construction, le métal et les équipements militaires blindés. Ces armes ont déjà été utilisées par l’armée ukrainienne depuis 2014. De telles armes ont également été utilisées par les militaires russes sur des positions militaires ukrainiennes depuis février.

20-21 octobre 

Le gouvernement américain aimerait une victoire spectaculaire avant les élections de mi-mandat. C’est l’une des raisons pour lesquelles, les attaques se concentrent actuellement sur Kherson et sa région. Une autre est le raidissement les Kiéviens et des Occidentaux qui, jouant leur va-tout, s’emballent à l’idée de non seulement reprendre Kherson mais sérieusement menacer la Crimée. 

Il y a bien des ébauches de contre-offensives dans la région de Bakhmoutr/Artiomovsk;  et dans la direction de Svatovo/Kremennaïa/Rubijnie. Mais le plus gros des troupes kiéviennes (encadrées et complétées par des combattants de l’OTAN) se trouve vers Zaporojie et Kherson. 

Erwan Castel propose un bon point de situation: 

Le nouveau Commandant en chef des opérations militaires russes, le général Sourovikine, n’est pas seulement en train de mettre en œuvre un nouveau format stratégique sur le front russo-ukrainien mais également d’imposer un nouveau style de communication dans lequel il n’hésite pas à dire la vérité, même lorsqu’elle déplaît. Ainsi a t-il déclaré sans ambages que la situation sur le front de Kherson était “tendue” .  (…)

“L’armée russe assurera avant tout l’évacuation en toute sécurité de la population” a déclaré le Général Sourovikine commandant en chef des opérations militaires russes sur le front russo-ukrainien. Ces évacuations ne sont pas forcées mais proposées et sur la base du volontariat. ((…)
Justifiant tragiquement l’initiative russe d’organiser l’évacuation volontaire de la population civile de Kherson avant une probable bataille, les forces ukrainiennes ont commis sur les bords du Dniepr un nouveau crime de guerre, bombardant un embarcadère où se trouvaient justement des civils en cours d’évacuation. Les forces kiéviennes ont tiré dans la soirée du 20 octobre plusieurs roquettes chargées de shrapnels anti personnels sur une évacuation de civils en cours. 
 
Bilan provisoire : 4 tués 11 blessés dont plusieurs enfants et des journalistes (…) 
Près de 20 000 civils volontaires ont déjà été évacués de la ville de Kherson.
 
Sur le front autour de Kherson, il y aurait un corps de bataille ukrainien de plusieurs dizaines de milliers de soldats (60 000 selon certaines sources et sur le point de lancer une offensive imminente sur la ville, (…)
sur plusieurs secteurs du front de Kherson, les forces ukrainiennes sont passés à l’attaque en menant des reconnaissances offensives lourdes au Nord Est, le long du Dniepr et sur la rivière Ingoulets et au Nord-Ouest venant du front de Nikolaïev.
 
Vraisemblablement l’objectif de ces attaques renforcées n’est pas seulement d’évaluer les défenses russes et de les affaiblir, mais de créer une brèche dans leur dispositif par où pourrait s’engouffrer une offensive plus importante.
Les principales attaques kiéviennes se sont faites en direction de Berislav / Novaïa Kakhovka pour tenter d’obtenir le contrôle de la centrale hydroélectrique de Kakhovka et du passage par dessus le fleuve qu’elle offre et par lequel passe actuellement un grande partie de la logistique russe (également via des pontons flottants posés près du barrage endommagé par les HIMARS). Cet axe offensif a été activé dès le 15 octobre avec 2 Groupes Bataillonnaires Tactiques issus principalement des 60e Brigade mécanisée et 17e Brigade blindée ukrainiennes.
 
Pour le moment, à part la capture temporaire de 2 ou 3 petits hameaux agricoles au sud de Davidov Brod, ces attaques ukrainiennes ont été repoussées avec de lourdes pertes. (…) 
Les forces ukrainiennes, lors de ses offensives “n’ont pas réussi à atteindre leurs objectifs” de l’aveu même d’Arestovitch, le porte parole du président ukrainien, et ont subi des pertes humaines et matérielles très importantes.
 
Par exemple, le long du Dniepr, dans le secteur de Berisav, les forces kiéviennes qui avaient engagé 2 groupes bataillons renforcés avec un total d’environ 50 véhicules blindés en direction de Novaya Kamenka et Sukhanovo ont été brisées par les forces terrestres, l’artillerie et l’aviation russes en moins d’une journée de combat. Contraintes de se replier en catastrophe sur leur positions de départ, les forces de Kiev ont laissé sur le terrain 15 chars et 10 véhicules blindés, de nombreux tués et blessés. Leurs pertes sur ces deux seuls secteurs du front s’élèvent à plus de 200 soldats (tués et blessés) auxquels il faut rajouter de nombreux prisonniers dont plusieurs officiers. 
Les combats qui se déroulent autour de Kherson sont particulièrement violents et les forces russes paient également très cher le prix de leurs victoires. Sur ce secteur de Berislav, les forces russes en repoussant les attaques ennemies ont perdu 43 soldats, 6 chars 9 véhicules blindés 2 obusiers calibre 152 mm. (…)
Dans le seul secteur de Kherson, une estimation porte à 9600 le nombre des soldats ukrainiens tués au cours des deux derniers mois pour quelques arpents de steppes sans importance militaire…  (…) 
En amont de Kherson se trouve le barrage hydroélectrique de Kakhovka
 
Depuis plusieurs semaines, la potentielle destruction du barrage hydroélectrique de Kakhovka, en amont de Kherson est au coeur des préoccupations russes et de la propagande ukro-atlantiste qui, comme d’habitude cherche à incriminer par avance la partie russe de la rupture potentielle du barrage que pourtant les forces ukrainiennes bombardent régulièrement depuis juillet 
 
Cette centrale hydroélectrique de Kakhovka est l’une des dix plus grandes centrales hydroélectriques d’Ukraine. Il s’agit de la sixième étape de la cascade d’installations hydroélectriques sur le fleuve Dniepr. Le barrage de Kakhovka a généré en amont une retenue d’eau de plus de 13 milliards de mètres cubes dont la superficie du réservoir (2 155 km²) est approximativement égale à celle de Moscou.  .
 
Que se passera-t-il si le barrage est détruit par l’armée ukrainienne? 
 
Un tsunami fluvial qui inondera au minimum 65 km2 dont une grande surface urbaine!
  • La hauteur de la vague pourrait atteindre 4,8 mètres et la largeur du déversement pourrait être de 5 kilomètres,
  • 2 heures et demi après la rupture du barrage, la vague atteindra sa pleine puissance, 
  • L’eau se précipitera à environ 25 km/h, inondant très rapidement les quartiers bas de la ville comme le micro-district d’Ostrov,
  • La vague déferlante atteindra la périphérie de Kherson en 2 heures, le niveau d’eau maximal (+ 5 mètres) en 14 heures,
  • L’inondation durera 3 jours et détruira la quasi totalité de Kherson.
Le Pentagone avait déjà simulé ce scénario sachant qu’il était connu également des concepteurs soviétiques qui avait renforcé la structure pour résister à des frappes de missiles.. En 2004, le journal de Kherson “Gryvna” avait évoqué à nouveau ce scénario catastrophe dans un article intitulé “Pas prêt pour une apocalypse locale”.
Parmi les scénarios imaginés: tirs massifs de missiles sur le barrage, mouillage de mines  flottantes en amont, sabotage…

Dans le contexte des frappes russes ciblant les ressources énergétiques ukrainiennes, l’envie de reprendre le contrôle de la centrale nucléaire de Zaporojie (qui fournissait 25 % de l’électricité ukrainienne avant février), libérée par les forces russes début mars, est devenue une obsession du commandement OTANo-kiévien. 

2 assauts fluviaux ont été déjà déjoués, partant du secteur de Nikopol, sur la rive opposée du Dniepr, et des attaques terrestres sont également régulièrement tentées ou en préparation depuis le Nord Est et le Sud Ouest afin de longer la rive Sud du fleuve jusqu’au site nucléaire.

Le 21 octobre 2022, les forces ukro-atlantistes ont à nouveau tenté de s’emparer par un 3ème assaut fluvial du site d’Energodar où se situe la centrale nucléaire de Zaporodje (la plus grande de la région) et qui est située en amont du barrage de Kakhovka, sur la rive Sud de la retenue d’eau éponyme.

Vers 4h du matin, deux escadrons de l’armée ukrainienne ont essayé de débarquer sur la rive gauche du réservoir de Kakhovka pour s’emparer du site. L’opération impliquait 37 embarcations, 12 lourdes et 25 légères, chargés de militaires ukrainiens.

Les forces russes qui sécurisent le périmètre de la centrale, ont repoussé l’attaque en éliminant plus de 90 militaires et 14 embarcations.

En outre, la partie nord de la ville d’Energodar et les environs du site nucléaire ont essuyé 13 tirs de la part de l’armée ukrainienne. Par tir de riposte, tous les points d’artillerie ennemis ont été neutralisés.

 

Samedi 22 octobre 2022  – Nouvelle vague de frappes russes massives sur les infrastructures électriques ukrainiennes

Depuis le début de la matinée du 22 octobre, les forces russes ont lancé des frappes de missiles à travers l’Ukraine. Des interruptions de l’approvisionnement en électricité et en eau et des problèmes de lignes de communication sont signalés dans presque toutes les régions du pays. Les services ukrainiens ont déjà évalué que l’ampleur des dommages causés aux installations énergétiques ukrainiennes le 22 octobre est “comparable ou peut dépasser les conséquences” des frappes russes du 10 au 12 octobre.

L’alerte aérienne est toujours déclenchée dans toute l’Ukraine. Dans plusieurs régions, notamment dans la capitale et dans la région de Kiev, elle retentit pour la troisième fois depuis le début de la journée.

Jusqu’à présent, des explosions ont retenti dans les régions suivantes :

Plusieurs explosions ont retenti à Kiev. Le maire de la ville Vitali Klitschko a confirmé les frappes mais n’a pas révélé les cibles. Les autorités locales ont confirmé que les systèmes de défense aérienne ont été activés dans la région de Kiev. Les habitants de la région ont été priés de rester dans des abris. Un couvre-feu de 23 heures à 5 heures du matin a été décrété dans la région depuis le 23 octobre.

Dans la région d’Odessa, des missiles russes ont frappé le district de Podolsk, le village d’Alexandrovka, les villes d’Usatovo et de Mayaki. Les cibles comprenaient probablement des installations militaires utilisées par l’AFU ainsi que des installations de l’infrastructure énergétique locale.

Les autorités locales ont confirmé des explosions dans une installation d’infrastructure énergétique. L’attaque a entraîné une coupure d’électricité dans plusieurs localités de la région. D’après la carte des coupures de courant, on peut supposer que les sous-stations énergétiques d’Usatovo, Podolsk, Ajalyk, Novoodesskaya ont été endommagées.

Des centrales électriques ont été endommagées dans la région de Rovno, a confirmé le chef de l’administration militaire régionale, Vitaly Koval. L’électricité a été coupée dans plusieurs quartiers de la ville de Rovno. Des explosions ont été enregistrées dans la région de Volyn. Le chef de la région a confirmé qu’une installation d’infrastructure énergétique a été endommagée. Le maire de Loutsk a signalé que la centrale électrique avait été endommagée, ce qui a privé d’électricité une partie de la ville.

Les cibles n’ont pas été officiellement révélées, mais on suppose qu’il s’agit de la sous-station 330 kV de Loutsk – Severnaya et de la sous-station 330 kV de Rovno.

Dans la région de Khmelnytski, la sous-station Khmelnitskaya 330/110 kV a une nouvelle fois été touchée par des missiles russes.

Dans la région de Kropivnitsky, les autorités ont confirmé les frappes dans les districts de Khmelnitsky et Shepetovsky, l’alimentation en électricité y a été interrompue. Des images de la région ont confirmé que la centrale électrique située près de la ville de Dolinskaya a été touchée. Des coupures de courant ont également été signalées dans les districts de Golovanevsky et Kropivnitsky de la région, ce qui pourrait être le résultat d’une attaque contre la sous-station de Pobugskaya.

Des explosions ont également été confirmées dans les régions de Lvov, Tcherkassy, Jytomyr, Soumy, Kharkov, Poltava, Dniepropetrovsk, Zaporozjie.

Toutes les régions du pays ont été confrontées à des interruptions de l’approvisionnement en électricité et en eau. L’opérateur des chemins de fer ukrainiens “Ukrzaliznytsia” a signalé que certaines sections ferroviaires sont hors tension, les trains circulent avec des locomotives de secours.

A noter que les missiles russes ont été programmés/guidés pour changer de trajectoire

On sait que pour frapper à Loutsk, les missiles de croisière ont modifié de manière inattendue leur trajectoire, s’éloignant des zones de déploiement de la défense aérienne sur une distance considérable, ce qui a rendu leur interception impossible, après quoi ils se sont brusquement dirigés vers le nord, où ils ont frappé. Lorsque les systèmes de défense aérienne ukrainiens ont tenté d’atteindre les missiles, les radars ont été lancés en mode actif, ce qui a permis de révéler la zone où se trouvaient les systèmes de défense aérienne. En particulier, on sait que Khmelnitsky, où se trouvaient les systèmes de défense aérienne, a été frappé quelques minutes plus tard.

Il convient de noter qu’avant le début de l’Opération Spéciale, on ne supposait pas que les missiles de croisière russes étaient capables de modifier leur trajectoire de vol, mais cela est maintenant devenu un problème très grave pour les forces armées ukrainiennes et les pays occidentaux“.

22-23 octobre 2022

Le matin du 22 octobre, les forces armées ukrainiennes ont bombardé la ville de Schebekino dans la région frontalière russe de Belgorod. La cible de l’artillerie ukrainienne était le marché local.

À la suite de l’attaque ukrainienne, 11 civils ont été blessés. Au moins quatre d’entre eux ont été gravement blessés et ont été immédiatement transportés à l’hôpital. Le chef de la région, Vyacheslav Gladkov, a confirmé que certaines victimes sont dans un état grave et que tous les soins médicaux nécessaires sont prodigués.

Les installations civiles de la ville de Chebekino sont constamment bombardées par les forces ukrainiennes. La veille, une usine de peinture locale a été la cible de tirs.

Après le retrait de l’armée russe de plusieurs districts de la région ukrainienne de Kharkov, les attaques ukrainiennes contre les régions frontalières russes ont augmenté. Les mesures de sécurité dans les régions frontalières de Belgorod et de Koursk ont été renforcées. Les civils ont été évacués d’un certain nombre de villages situés à proximité de la frontière ukrainienne.

Nuit du 22 au 23 octobre: 

L’Ukraine a été confrontée à l’une des plus fortes attaques de drones

Bilan journée du 23 octobre

(effectué par Slavyangrad à partir de plusieurs sources dont @Rybar)

Direction Starobelsk :

 Dans la région de Svatovo, les formations ukrainiennes ont mené une bataille de reconnaissance sur la ligne Raygorodka – Kovalevka. Les forces russes ont repoussé l’attaque. L’ennemi a subi des pertes et a retiré ses chars dans la zone de Borovaya en raison du manque de carburant et de lubrifiants.

 Dans le secteur Liman, l’armée kiévienne poursuivrait les préparatifs d’une offensive de grande envergure sur Kremennaya à partir de la ligne Torskoye – Terny.

 Lors de l’attaque du 22 octobre, l’ennemi a réussi à s’approcher de Krasnopopopovka, mais les soldats russes de la 20e armée ont repoussé l’attaque et ont repris presque toutes les positions perdues. Le commandement ukrainien prévoit de reprendre l’assaut afin de créer une tête de pont pour une attaque sur Kremennaya.

Direction Soledar :

 Au cours de l’avancée depuis Otradovka, les forces russes ont repoussé les unités de la 58e brigade d’infanterie motorisée de l’armée ukrainienne dans les lignes de réserve.

 Des unités du 2e bataillon de la 53e brigade mécanisée ont été déplacées de Chasov Yar près de Opytnoye pour arrêter l’avancée des troupes d’assaut de Wagner PMC.

 Les soldats du 46e bataillon d’assaut séparé de la 53e brigade mécanisée, soutenus par l’artillerie, ont tenté de flanquer les forces russes depuis la direction de Kleshcheevka. L’attaque a été repoussée.

 Dans le secteur de Seversk, des unités de la 10e brigade d’assaut de montagne de l’armée ukrainienne ont mené une bataille de reconnaissance près de Serebryanka, mais se sont retirées sous le feu des Forces russes.

Région de Lougansk :

 Les militants ukrainiens ont bombardé Starobelsk, ainsi que Rubezhnoye, Svatovo et Novoaidar avec des MLRS HIMARS.

Direction Donetsk :

 Il n’y a pas eu de changements significatifs dans les lignes de front au cours des dernières 24 heures. Après avoir capturé tous les bastions de l’armée ukrainienne à la périphérie d’Opytnoye, les combattants du bataillon Sparta se préparent à prendre d’assaut le village.

 Les militants ukrainiens ont bombardé Donetsk, Kashtanovoye, Маkeevka, Yasinovataya, Gorlovka, Krasny Partizan et d’autres localités de l’agglomération.

Zaporojie :

 L’armée ukrainienne continue de se préparer à une offensive majeure. Plusieurs unités de la 65e brigade mécanisée de l’armée ukrainienne ont été déployées dans la section Gulyaypole.

 Des mobilisés formés sur les terrains d’entraînement de l’ouest de l’Ukraine ont été déplacés vers le secteur Orekhov. Ils ont formé des unités d’assaut avec des ATGM BGM-71 TOW.

 Dans le même temps, l’armée ukrainienne renforce son regroupement dans l’avant-poste de Vremevka. Deux unités de la 77e brigade aéromobile formée dans la région de Jytomyr sont arrivées à Bolshaya Novoselka. Un peloton de chars, une compagnie mécanisée et 20 camionnettes avec du personnel ont été transférés à Uspenovka.

Le matin du 23 octobre, des militants de l’armée ukrainienne ont mené une attaque au missile contre un hôtel de la banlieue est d’Energodar, où vit le personnel de Rosenergoatom. Le bâtiment a été endommagé mais il n’y a pas eu de victimes.

Direction Nikolaev – Berislav sur le front sud :

 Il n’y a pas de changement significatif de la situation dans la région de Kherson. Après plusieurs tentatives infructueuses, l’armée ukrainienne reconstitue ses pertes et effectue une reconnaissance des positions russes avant le prochain assaut.

 Dans la région de Berislav, les soldats russes bloquent et capturent un groupe de sabotage de la 17e brigade de chars de l’armée ukrainienne au complet sur la ligne Pyatikhatka – Polyanka.

 Dans le secteur de Andreevka, une partie de la 46e brigade aéromobile séparée a tenté de se retrancher dans la zone située au nord de Ichtchenka. Les troupes russes ont détecté le mouvement du groupe ukrainien et ont effectué des frappes d’artillerie sur les zones d’avancée, forçant l’ennemi à se retirer.

Kiev peut compter sur une injection régulière de milliards euro-atlantiques

Bon résumé de la situation par Connor Freeman sur le site antiwar.com

(je recommande ce site libertarien américain en règle générale, pour se documenter sur les conflits à travers le monde)

La présidente de la Commission de l’Union européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé que l’Union européenne donnerait 18 milliards d’euros à Kiev l’année prochaine, tout en continuant à lutter contre la Russie, rapporte Reuters vendredi.

Cette promesse a été faite lors de la deuxième journée du sommet des dirigeants européens à Bruxelles, où l’on discute d’un soutien supplémentaire à l’Ukraine. Selon Mme von der Leyen, Kiev estime que, pour faire fonctionner le pays, il a besoin de 3 à 4 milliards d’euros chaque mois “pour l’essentiel”.

Jusqu’à présent, cette année, le bloc a fourni à Kiev 19 milliards d’euros. À l’horizon 2023, l’UE s’engage à donner à Kiev 1,5 milliard d’euros par mois. Le reste de l’aide mensuelle au gouvernement ukrainien devrait provenir de la poche des contribuables américains et des institutions internationales, selon Mme von der Leyen.

Alors que les Américains et les Européens se débattent dans une inflation galopante et une flambée des prix de l’énergie, leurs gouvernements semblent déterminés à continuer à déverser des dizaines de milliards de dollars en Ukraine pour financer son gouvernement corrompu et poursuivre la guerre par procuration de l’OTAN. “Il est très important pour l’Ukraine de disposer d’un flux de revenus prévisible et stable”, a déclaré M. von der Leyen.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est adressé aux dirigeants européens lors du sommet et a formulé plusieurs demandes. Il souhaite que de “nouvelles sanctions puissantes” soient imposées à la Russie et à l’Iran. Zelensky accuse Téhéran d’être responsable des attaques de drones de Moscou, mais il n’existe aucune preuve définitive que les Iraniens ont vendu ces armes à Moscou. Malgré les démentis répétés de la Russie et de l’Iran, l’UE ainsi que le Royaume-Uni ont imposé de nouvelles sanctions à l’Iran cette semaine suite aux allégations selon lesquelles la Russie aurait bombardé l’Ukraine avec des drones iraniens.

En outre, M. Zelensky a demandé à l’UE de lui fournir davantage de systèmes de défense aérienne et antimissile. Ces dernières semaines, Berlin a envoyé le premier des quatre systèmes de défense aérienne IRIS-T et Paris s’est engagé à fournir davantage de systèmes anti-aériens.

M. Zelensky a également prévenu que la multiplication des attaques aériennes de Moscou contre les infrastructures civiles en Ukraine, provoquée par les attaques terroristes ukrainiennes répétées et les bombardements à l’intérieur de la Russie, entraînera une crise des réfugiés en Europe.

“La terreur russe contre nos installations énergétiques vise à créer autant de problèmes que possible en matière d’électricité et de chauffage pour l’Ukraine cet automne et cet hiver, afin qu’un maximum d’Ukrainiens se déplacent vers vos pays”, a déclaré M. Zelensky lors du sommet. L’UE étudie actuellement les moyens d’aider l’Ukraine à rétablir l’alimentation en électricité et en eau, a déclaré Mme von der Leyen.

Parallèlement, le Parlement allemand a approuvé un plan de sauvetage massif de 200 milliards d’euros (195 milliards de dollars) destiné à aider les ménages et les entreprises à faire face à la crise énergétique provoquée par les sanctions imposées à la Russie par Washington. Avant le début de la guerre, la Russie fournissait environ un tiers du gaz européen et l’Allemagne dépendait de Moscou pour plus de la moitié de son approvisionnement en gaz. Après le sabotage des gazoducs Nord Stream, le président russe Vladimir Poutine a proposé d’acheminer le gaz vers l’Europe via une ligne non endommagée, Nord Stream 2. Cette offre a été rapidement rejetée par Berlin.

Le secrétaire d’État Antony Blinken a célébré les explosions en mer Baltique, qui ont probablement provoqué la plus grande fuite de gaz méthane jamais enregistrée, en décrivant l’attaque comme une “formidable opportunité stratégique pour les années à venir.”

Avant que les députés sortants ne soient remplacés après les élections de mi-mandat en janvier, les membres des deux partis du Congrès américain auraient l’intention d’adopter un autre programme gargantuesque d’aide à l’Ukraine. Le chiffre avancé est de 50 milliards de dollars. Cette somme est censée permettre à Kiev de poursuivre la guerre pendant une année supplémentaire, mais ce chiffre va probablement augmenter. Washington a déjà financé la guerre en Ukraine à hauteur de plus de 67 milliards de dollars cette année, principalement sous forme d’aide militaire, ce qui porterait ce chiffre à plus de 115 milliards de dollars.”

Tout ceci se déroule dans un contexte incertain pour les livraisons d’armes: par exemple l’Allemagne a fait savoir qu’elle n’avait pas l’impression de livrer plus de chars à Kiev. Les Etats-Unis considèrent qu’ils sont à court de stocks pour les Himars. Ajoutons que Zelenski a très mal pris que les ministres de la défense américain, britannique et français (trois membres permanents du Conseil de sécurité, trois puissances nucléaires) aient, dimanche 23 octobre, un entretien téléphonique avec le ministre  russe de la défense, le Général Choïgou. Le président ukrainien continue à réclamer des “frappes préventives” . 

L'Allemagne est dépassée par les événements

 

M.K. Bhadrakumar revient sur l’annulation de la visite du président Steinmeier à Kiev: “La décision, explique-t-il, découle de soucis concernant la sécurité du déplacement. Kiev craint que le train du président fédéral du fait de frappes russes sur les infrastructures critiques”. On remarquera au passage que, comme pour une visite de Scholz, Macron et Draghi, il y a quelques mois, le déplacement était prévu en train, non en avion. Les dirigeants européens ne veulent pas assumer une discussion avec les Russes pour négocier un déplacement à Kiev! 

“Toutefois, selon le second récit intrigant, continue Bhadrakumar, les Allemands craignent que le régime de Kiev ne s’en prenne finalement à Steinmeier [qui a rédigé les accords de Minsk en tant que ministre des Affaires étrangères] en organisant une opération de “faux drapeau” scandaleuse pour faire porter la responsabilité de l’acte ignoble à la Russie, afin d’entraîner l’OTAN dans le chaudron”. 

Deviendrait-on  paranoïaque à Berlin? Ou bien y a-t-il finalement, un double langage permanent, les Allemands connaissant en fait la vraie nature du régime ukrainien – à la fois très violent et très fragile – et ne ferraient que jouer la comédie parce qu’ils ont encore plus peur des Américains que des Russes? 

Une autre source indienne, qui tient à rester anonyme, me confie – après avoir rencontré Olaf Scholz – que l’ancien maire de Hambourg semble avoir été rattrapé, maintenant qu’il est Chancelier, par le Principe de Peter: il a atteint son “niveau d’incompétence”. 

Ce jugement de première main est-il trop sévère?  J’ai eu pour ma part le même type de malaise en rencontrant le principal collaborateur de M. Scholz, Wolfgang Schmidt, chef de la Chancellerie. 

Pourtant, à la décharge de l’actuel Chancelier, on mettra en toile de fond, l’activisme de Madame von der Leyen, la manière dont les Américains poussent à fond la grenouille polonaise à se faire aussi grosse que le boeuf allemand. Et la montée des tensions entre Berlin et Paris (annulations du sommet franco-allemand de la fin octobre).  La Guerre d’Ukraine soumet l’Allemagne et l’Union Européenne à des pressions énormes. Et il semble bien  que Berlin soit dépassée par les événements. Mais parce qu’il s’agit, aussi, d’une crise structurelle de l’Union Européenne. 

En tout cas, les prévisions économiques  sont moroses pour l’Allemagne

L’activité économique dans la zone euro a continué de chuter en octobre et l’Allemagne, première économie de l’UE, semble se diriger vers une récession, selon une enquête très surveillée par les inveswtisseurs.

L’indice des ordres d’achat (PMI) de la zone euro S&P Global Flash est tombé à 47,1 en octobre, contre 48,1 un mois plus tôt, en raison de l’inflation galopante et des prix élevés de l’énergie.

Un indice inférieur à 50 signale une contraction de l’économie.

Alors que la zone euro, composée de 19 pays, semblait devoir se contracter au quatrième trimestre, la situation était pire en Allemagne, où le PMI est tombé à 44,1, contre 45,7 en septembre.

Il s’agit du chiffre le plus bas depuis les premières fermetures d’entreprises en Allemagne lors de la pandémie de COVID-19.

Ces données viennent s’ajouter “aux signes croissants d’une récession imminente dans la plus grande économie de la zone euro”, a déclaré Phil Smith, directeur associé des études économiques chez S&P Global Market Intelligence.

En Allemagne, l’industrie manufacturière et les services affichent des taux de contraction accélérés, mais cela ne s’est pas encore traduit par des suppressions d’emplois, selon l’enquête.

Les entreprises allemandes sont “profondément pessimistes” quant aux perspectives pour l’année à venir.

En France, deuxième économie de l’UE, l’économie stagne, avec un PMI de 50 contre 51,2 en septembre.

Bien que la France souffre moins que d’autres pays d’Europe de la hausse de l’inflation, l’augmentation des prix continue d’exercer une pression sur les consommateurs, ce qui a entraîné une forte baisse des commandes des usines.

Dans toute la zone euro, l’indice PMI indique que la production industrielle a chuté pour le cinquième mois consécutif, à un rythme jamais vu depuis le pire de la pandémie.

L’engorgement et les pénuries de l’offre se sont quelque peu atténués, dans un contexte de baisse de la demande. Alors que la demande d’intrants s’est effondrée, la hausse des factures d’énergie et la pression salariale ont maintenu les coûts à un niveau élevé.

Une récession à l’échelle de la zone euro “semble de plus en plus inévitable”, a déclaré Chris Williamson, économiste commercial en chef de S&P Global Market Intelligence.

“La crise énergétique de la région reste une préoccupation majeure et un frein à l’activité, en particulier dans les secteurs à forte intensité énergétique.”

Les données PMI ont été publiées avant la réunion de jeudi du conseil d’administration de la Banque centrale européenne, qui devrait déboucher sur une forte baisse des taux d’intérêt afin de tenter de ralentir l’inflation.

L’inflation dans les 19 pays de la zone euro a atteint près de 10 % en septembre, soit cinq fois plus que l’objectif de 2 % de la BCE.

L’économie allemande, dont les industries énergivores dépendaient fortement du gaz russe avant la guerre, devrait se contracter de 0,4 % en 2023“.

La situation est très tendue en Moldavie

 

Les rumeurs les plus alarmistes circulent. Par exemple on dit que la question d’une “bombe sale” ukrainienne semble avoir été au coeur des conversations du Général Choïgou avec ses homologues américain, britannique et français. Cependant, il faut garder la tête froide. Par exemple, lorsque l’on voit répercuter par les médias que la 101è division aéroportée américaine s’entraîne en Roumanie et que “son commandement” aurait évoqué une possible participation au conflit, si les choses se durcissent, il faut d’une part se rappeler que les Etats-Unis sont actuellement en situation d’infériorité stratégique, sur le plan nucléaire, vis-à-vis de la Russie (question des vecteurs hypersoniques en particulier); et puis ce genre de décision ne se prenne pas au niveau des commandants d’unités! Sans oublier qu’une guerre contre la Russie ne se mènerait pas avec une unité d’élite. 

Ajoutons que l’OTAN peut bien avoir des plans grandioses: la réalité sur le terrain est différente. La tentative de faire basculer la Moldavie vers l’OTAN aboutit à de gigantesques manifestations.  Avant de créer un incident qui fasse basculer toute la zone, jusqu’en Transnistrie, il faudrait d’abord instaurer un “état d’urgence”. Et cela dans un  pays qui connaît ses premières pénuries énergétiques. 

 

L'environnement mondial devient de plus en plus hostile pour l'Amérique du Nord et l'Union Européenne

Xi Jinping a annoncé une nouvelle augmentation du budget de la défense. 

Dans le signe le plus clair à ce jour que la Chine se prépare à une éventuelle épreuve de force avec les États-Unis au sujet de Taïwan, un général de l’Armée populaire de libération (APL) ayant une expérience du combat a été réélu dimanche vice-président de la Commission militaire centrale (CMC).

Le président Xi Jinping a contourné la règle non écrite “sept en haut, huit en bas” pour le général Zhang Youxia, 72 ans, un vétéran de la guerre sino-vietnamienne de 1979 et l’un des rares généraux de l’APL ayant une expérience du combat.

Le général Zhang, qui était auparavant le deuxième vice-président de la CMC, a été élu premier vice-président de la commission et a conservé son siège au Politburo, composé de 24 membres, à l’issue d’une réunion de l’élite du Parti communiste dimanche.”

+ Lu sur Zero Hedge:

Au milieu de cette privation de “nourriture” sans précédent provoquée par la trajectoire de resserrement hyper-agressif de la Fed, nous ne sommes plus les seuls à avertir que quelque chose va se briser, surtout après la rupture de la Bank Of Japan et de la Bank Of England : au cours des dernières semaines, pratiquement tous les économistes et stratèges ont rejoint le chœur, avec en point d’orgue cette semaine une note d’avertissement très explicite de l’équipe de crédit de la Bank of America vendredi dernier, qui a averti que l’indicateur de stress de crédit (CSI) de la banque a clôturé au 75ème centile. 6e percentile, dépassant le pic de juin de 71 et entrant dans la “zone critique” (au nord de 75) au-delà de laquelle le risque de dysfonctionnement du marché du crédit augmente de manière exponentielle.”

+ Lu sur le blog our finiteworld.com:

À maintes reprises, les approches financières ont permis de résoudre les problèmes économiques. La hausse des taux d’intérêt a eu pour effet de ralentir l’économie et leur baisse a eu pour effet d’accélérer l’économie. Le fait que les gouvernements dépensent trop leurs revenus a également pour effet de faire progresser l’économie ; faire l’inverse semble ralentir les économies.

Qu’est-ce qui peut bien se passer ? Il s’agit d’un problème de physique. L’économie ne fonctionne pas seulement avec de l’argent et des dettes. Elle fonctionne sur des ressources de toutes sortes, y compris des ressources liées à l’énergie. (…)

 À un moment donné, les ressources, en particulier les ressources énergétiques, sont trop sollicitées par rapport à (…) tous les engagements qui ont été pris, comme les engagements en matière de retraite. En conséquence, il est impossible que la quantité de biens et de services produits augmente suffisamment pour répondre aux promesses faites par le système financier. C’est le véritable goulot d’étranglement auquel l’économie mondiale est confrontée“. Les confinements contre le COVID puis la guerre d’Ukraine, ont ramené la question de “l’économie réelle” au premier plan! 

+ Or, la situation européenne devient, du point de vue énergétique, la pire qui soit. Les pats melbres de l’UE se démènent pour trouver des solutions provisoires au problème structurel qu’ils ont créé, l’abandon de l’approvisonnement énergétique en Russie:

Comme c’est souvent le cas, le temps a permis d’apaiser les pires craintes, car les responsables de l’énergie des pays qui composent l’UE sont passés à l’action. Ils se sont tournés vers la Norvège pour obtenir 90 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires afin de commencer à remplir les cavernes de stockage. L’infrastructure était en place, ce n’était qu’une question de prix. Les États-Unis ont également répondu par un transport maritime massif de milliards de pieds cubes de GNL, provenant principalement des usines Cryo de la côte du golfe du Mexique, et peu à peu, les craintes les plus vives du début du printemps se sont dissipées.

Aujourd’hui, le WSJ rapporte que les réservoirs de gaz de l’UE sont en grande partie remplis, grâce aux exportations américaines de GNL. La population européenne est désormais entre les mains de la nature à l’approche de l’hiver.

“Les installations de stockage de gaz pour le chauffage et la production d’électricité sont presque pleines, la consommation est en baisse et les méthaniers arrivent à toute vitesse. L’Europe est dans une position plus forte que ce que l’on craignait ces derniers mois, après que Moscou a réduit ses livraisons de gaz en représailles aux sanctions occidentales liées à l’invasion de l’Ukraine.

Cependant, beaucoup de choses peuvent mal tourner. Une longue période de froid ou la rupture d’un gazoduc pourrait bouleverser les préparatifs de la région, menaçant de rationnement d’urgence, de coupures de courant et d’une récession économique plus profonde. Les responsables et les analystes estiment que la volonté des consommateurs de réduire leur consommation de gaz sera déterminante pour passer l’hiver.”

La suite de cet article se concentrera sur ce qui pourrait effectivement mal tourner et mettre en danger les citoyens de l’UE.

La demande asiatique, le respect des mesures de réduction de la consommation d’énergie et les conditions météorologiques aux États-Unis pourraient faire la différence.
Bien qu’il semble être sorti d’affaire pour la première partie de cette saison, avec des cavernes de stockage pleines, plusieurs défis attendent ce continent assiégé par l’énergie.

Le premier est que la demande asiatique, et en particulier la demande chinoise, devrait refaire surface dans les mois à venir. L’accent mis sur l’hémisphère oriental est compréhensible, car ses économies en pleine croissance sont le produit de l’ascension de cette région en tant que centre de fabrication et de distribution de presque tout. Cette demande incessante, si elle se produit, mettra au défi les centres d’importation de l’UE, qui commenceront à décharger le gaz stocké cet hiver et à chercher de nouveaux approvisionnements pour l’hiver 2023-24.

Bloomberg a récemment indiqué dans un article que la Chine, qui avait revendu des cargaisons de GNL américain à l’UE avec un bénéfice, ne le faisait plus.

“La Chine a demandé à ses importateurs de gaz appartenant à l’État de cesser de revendre du GNL à des acheteurs en manque d’énergie en Europe et en Asie afin d’assurer son propre approvisionnement pour la saison de chauffage de l’hiver.”

Si cette action signale un tournant dans les perspectives de la Chine, alors les acheteurs de l’UE devront faire face à une concurrence accrue pour les approvisionnements américains, dont ils ont reçu la part du lion au cours de l’été. Les cargaisons de GNL chargées sont très fongibles et il est courant que la destination finale d’un méthanier change après son départ du port.

La seconde est de passer l’hiver sans les réductions draconiennes évoquées dans l’article du WSJ. Le respect des directives de conservation urgentes déterminera si la sécurité énergétique de l’UE sera à la merci de la météo cet hiver.

“L’Europe est probablement aussi bien préparée qu’elle pourrait l’être. L’infrastructure est à peu près au maximum”, déclare Michael Bradshaw, professeur d’énergie mondiale à la Warwick Business School. “Nous nous heurtons à la dure réalité qu’il existe des limites physiques à la capacité de remplacer le gaz russe à court terme. Cela signifie qu’il est vital de redoubler d’efforts sur le volet de l’équation concernant la réduction de la demande.”

“Beaucoup de choses peuvent mal tourner. Si le gel fait grimper la demande, les stocks pourraient s’épuiser et les prix atteindre des niveaux tels que les entreprises et les gouvernements en pâtiraient. Les basses températures pourraient également déclencher une compétition entre l’Amérique du Nord et l’Europe pour l’approvisionnement en GNL.”

Et cela nous amène à notre troisième point dans cette thèse macro. Ce n’est que par pure sérendipité que les choses ne sont pas beaucoup plus mauvaises qu’elles ne le sont aux États-Unis. La flambée des prix du charbon a incité les services publics américains à brûler du gaz cet été pour produire de l’électricité. Cela aurait dû maintenir les prix plus élevés qu’ils ne le sont. Mais que s’est-il passé ?

Le basculement géopolitique expliqué par M.K. Bhadrakumar

+ La guerre de Biden

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré le 18 octobre 2022 que les preuves de la présence de militaires des États-Unis et d’autres pays occidentaux sur le terrain en Ukraine s’accumulent.
L’explication la plus évidente du mystérieux vol du ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, vers Washington mardi pourrait être qu’il cherchait à obtenir le soutien de l’administration Biden pour succéder à Liz Truss en tant que prochain Premier ministre britannique. Mais une autre explication plausible peut être que ce voyage secret et précipité a marqué un moment décisif dans le conflit en Ukraine, qui montre tous les signes de se transformer en une véritable guerre.

Certes, l’équipe de Biden ne peut que s’inquiéter de la dérive de Londres vers le chaos et du fait que les chefs de faction du parti conservateur s’agitent comme des poulets sans tête à la recherche d’un remplaçant à Truss qui a démissionné jeudi.

L’économie britannique se désintègre et le chancelier de l’Échiquier Jeremy Hunt prévoit qu’une réduction du budget de la défense est inévitable. En d’autres termes, l’État profond ne peut plus se permettre de s’amuser à Kiev. Le Royaume-Uni se dirige vers des temps difficiles, la rubrique de la Grande-Bretagne globale semble illusoire.

C’est là qu’intervient le président Biden. Les rapports en provenance de Moscou suggèrent que les Russes disposent de renseignements concrets selon lesquels Washington a exigé du président Zelensky des performances spectaculaires sur le champ de bataille à l’approche des élections de mi-mandat du 8 novembre aux États-Unis.

Cela s’ajoute au commentaire énigmatique d’un second ministre de la défense à Londres, James Heappey, selon lequel les conversations que Wallace aurait à Washington étaient “au-delà de toute croyance”, ce qui laisse entendre que des questions particulièrement sensibles et sérieuses étaient à l’ordre du jour.

En effet, dès son arrivée à Washington, Wallace s’est rendu directement à la Maison Blanche pour rencontrer le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan, la personne de référence de Biden pour la guerre en Ukraine. Selon un communiqué de la Maison-Blanche, les deux responsables ont “échangé leurs points de vue sur les intérêts communs en matière de sécurité nationale, y compris l’Ukraine. Ils ont souligné leur engagement à continuer de fournir à l’Ukraine une assistance en matière de sécurité, alors qu’elle se défend contre l’agression russe.”

Alors que la politique britannique s’enfonce dans des magouilles qui vont durer des mois, les États-Unis seront partie prenante. Historiquement, depuis la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne a dirigé les États-Unis depuis l’arrière dans les situations critiques impliquant la Russie.

En effet, M. Biden a publié une déclaration rare sur le départ de Mme Truss, dans laquelle il a affirmé que les États-Unis et le Royaume-Uni “sont des alliés solides et des amis durables – et ce fait ne changera jamais”. Il l’a remerciée “pour son partenariat sur toute une série de questions, notamment celle de tenir la Russie responsable de sa guerre contre l’Ukraine”. M. Biden a souligné que “nous poursuivrons notre étroite coopération avec le gouvernement britannique, car nous travaillons ensemble pour relever les défis mondiaux auxquels nos nations sont confrontées.”

M. Biden a envoyé un message fort à la classe politique britannique, indiquant qu’il attend d’elle qu’elle présente un nouveau premier ministre qui adhérera fidèlement à la boussole fixée par Boris Johnson sur l’Ukraine. Dans l’immédiat, qu’est-ce que cela signifie pour le projet anglo-américain à Kherson ? Va-t-il se poursuivre ? Telle est la grande question.

La situation à Kherson prend la forme d’une confrontation militaire à grande échelle, car Zelensky met tout en œuvre pour tenter d’arracher le contrôle de la ville stratégique de Kherson, qui est sous contrôle russe depuis mars, avant les élections de mi-mandat aux États-Unis.

Lors d’une conférence de presse tenue mardi à Moscou, le général d’armée Sergueï Surovikin, le nouveau commandant du théâtre des opérations en Ukraine, a reconnu que les forces ukrainiennes risquaient d’avancer vers la ville de Kherson.

Pour citer le général, “Une situation difficile s’est créée. L’ennemi bombarde délibérément les infrastructures et les bâtiments résidentiels de Kherson. Le pont Antonovsky et le barrage de la centrale hydroélectrique Kakhovskaya ont été endommagés par des missiles HIMARS, la circulation y a été interrompue.

“En conséquence, l’approvisionnement en nourriture dans la ville est difficile, il y a certains problèmes avec l’approvisionnement en eau et en électricité. Tout cela complique grandement la vie des citoyens, mais constitue également une menace directe pour leur vie.

“La direction de l’OTAN des forces armées ukrainiennes exige depuis longtemps du régime de Kiev des opérations offensives contre Kherson, quelles que soient les pertes… Nous avons des données sur la possibilité que le régime de Kiev utilise des méthodes de guerre interdites dans la région de la ville de Kherson – préparation d’une grande attaque de missiles sur le barrage hydroélectrique de Kakhovskaya, attaques massives et indiscriminées de missiles et d’artillerie sur la ville….

“Dans ces circonstances, notre priorité absolue est de préserver la vie et la santé des citoyens. Par conséquent, l’armée russe assurera tout d’abord le départ sûr, déjà annoncé, de la population conformément au programme de réinstallation en cours de préparation par le gouvernement russe. Nos plans et actions ultérieurs concernant la ville de Kherson elle-même dépendront de la situation militaro-tactique actuelle. Je le répète, elle est déjà très difficile aujourd’hui. (C’est nous qui soulignons).

“Quoi qu’il en soit, comme je l’ai dit, nous partirons de la nécessité de protéger autant que possible la vie des civils et de nos militaires. Nous agirons consciemment et en temps utile, sans exclure les décisions difficiles.” [C’est nous qui soulignons.]

La pensée du Kremlin trouve un écho dans un appel public du chef de la région de Kherson, Vladimir Saldo, où il explique que l’évacuation des civils n’est pas seulement destinée à la sécurité des personnes, mais aussi à la liberté opérationnelle des militaires :

“Chers compatriotes, je tiens à répéter que notre armée a de très fortes capacités pour repousser toute attaque. Mais pour que nos militaires puissent travailler tranquillement et ne pas penser que les civils sont dans leur dos, vous DEVEZ sortir de ces quartiers que j’ai mentionnés et permettre aux militaires de faire leur travail correctement, avec moins de pertes pour les civils. Notre cause est juste et nous sommes sûrs de gagner !”

Le message ici est que l’armée russe est prête à étendre la portée du conflit à Kherson, si nécessaire. Il a été question d’une offensive russe massive vers la mi-novembre. Les nouvelles mesures de sécurité annoncées par M. Poutine cette semaine et la création d’un conseil de coordination spécial dirigé par le Premier ministre Mikhail Mishustin pour répondre aux besoins des forces armées russes impliquent que le temps futur est mis sur le pied de guerre.

De manière significative, le général Surovikin a déclaré à un moment donné de sa conférence de presse : “L’ennemi ne renonce pas à tenter d’attaquer les positions des troupes russes. Cela concerne, en premier lieu, les directions de Kupyansk (oblast de Kharkov), Krasnolimansky (oblast de Donetsk) et Mykolaiv-Krivoy Rog (oblast voisin de Kherson.) Notre ennemi est un régime criminel qui tue les citoyens de l’Ukraine. Nous sommes un seul peuple avec les Ukrainiens et nous souhaitons que l’Ukraine devienne un État indépendant de l’Occident et de l’OTAN, ami de la Russie… [souligné par nous].

” Le régime ukrainien tente de percer nos défenses. À cette fin, l’AFU attire toutes les réserves disponibles vers les lignes de front. Il s’agit principalement de forces de défense territoriale qui n’ont pas terminé leur entraînement complet. En fait, les dirigeants ukrainiens les condamnent à la destruction.”

Puis, il a ajouté : “Nous avons une stratégie différente. Le commandant en chef [le président Poutine] en a déjà parlé. Nous ne visons pas des chiffres d’avance élevés, nous prenons soin de chaque soldat et “broyons” méthodiquement l’ennemi qui avance. Cela permet non seulement de limiter nos pertes, mais aussi de réduire considérablement le nombre de victimes civiles.”

En d’autres termes, les paramètres définis des opérations militaires spéciales axées sur la “démilitarisation” et la “dénazification” restent inchangés, tout en visant le remplacement du régime de Zelensky.

La Russie surveillera attentivement la profonde crise politique qui se développe en Europe, dont les paroxysmes en Grande-Bretagne sont un signe avant-coureur, et qui pourrait éroder le soutien inébranlable du Royaume-Uni à Zelensky, car la capacité et l’intérêt de l’Occident à financer l’économie ukrainienne et à alimenter le conflit militaire pourraient également s’amenuiser.

Néanmoins, M. Surovikin ne s’est pas laissé aller à l’hyperbole et a préféré communiquer de manière directe et réaliste. Il s’est fait l’écho de la priorité de Poutine de prendre toutes les mesures et ressources nécessaires en fonction de la situation opérationnelle et tactique sur le front, avec pour objectif suprême de sauver la vie des soldats russes et des civils locaux.

Le général a donné l’impression que le commandement russe est prêt à faire face à toute évolution de la situation à Kherson, qu’il s’agisse d’un retrait tactique ou de combats urbains intenses.

En termes politiques, le Royaume-Uni s’étant enlisé dans un bourbier intérieur, Biden a la possibilité de passer à la diplomatie. C’est maintenant “la guerre de Biden”. Il est sur le point d’écrire son héritage présidentiel en tant que cinquième des 14 présidents américains en fonction depuis la Seconde Guerre mondiale à “posséder” une guerre – après Harry Truman, Lyndon Johnson, George HW Bush et George W. Bush.”

Les trois mousquetaires de la géopolitique du gaz: Russie, Iran, Qatar et Turquie

David Brinkley, le légendaire présentateur de journaux télévisés américain dont la carrière s’est étendue sur une période étonnante de cinquante-quatre ans depuis la Seconde Guerre mondiale, a dit un jour qu’un homme qui réussit est celui qui peut poser des fondations solides avec les briques que les autres lui ont jetées. On peut se demander combien d’hommes d’État américains ont mis en pratique cette noble pensée héritée de Jésus-Christ.

La proposition étonnante du président russe Vladimir Poutine au président turc Recep Erdogan de construire un gazoduc vers la Turquie afin de créer un centre international à partir duquel le gaz russe pourrait être fourni à l’Europe donne un nouveau souffle à cette pensée très “gandhienne”.

M. Poutine a discuté de cette idée avec M. Erdogan lors de leur rencontre à Astana le 13 octobre et en a parlé depuis lors au forum de la Semaine russe de l’énergie la semaine dernière. Il a proposé de créer le plus grand centre gazier d’Europe en Turquie et de rediriger vers ce centre le volume de gaz dont le transit n’est plus possible par le Nord Stream.

M. Poutine a déclaré que cela pourrait impliquer la construction d’un autre système de gazoducs pour alimenter le hub en Turquie, par lequel le gaz sera fourni à des pays tiers, principalement européens, “s’ils sont intéressés.”

À première vue, M. Poutine ne s’attend pas à une réponse positive de Berlin à sa proposition permanente d’utiliser le tronçon du Nord Stream 2, qui n’a pas été endommagé, pour fournir 27,5 milliards de mètres cubes de gaz pendant les mois d’hiver. Le silence assourdissant de l’Allemagne est compréhensible. Le chancelier Off Scholz est terrifié par la colère du président Biden.

Berlin dit savoir qui a saboté le gazoduc Nord Stream, mais ne veut pas le révéler car cela affecte la sécurité nationale de l’Allemagne ! La Suède plaide elle aussi que l’affaire est bien trop sensible pour qu’elle partage les preuves qu’elle a recueillies avec un quelconque pays, y compris l’Allemagne ! Biden a fait naître la peur de Dieu dans l’esprit de ces timides “alliés” européens qui n’ont plus aucun doute sur ce qui est bon pour eux ! Les médias occidentaux ont également reçu l’ordre de minimiser la saga de Nord Steam afin que la mémoire du public s’efface avec le temps.

Cependant, la Russie a fait ses devoirs : l’Europe ne peut pas se passer du gaz russe, en dépit de la bravade actuelle d’abnégation. En termes simples, les industries européennes dépendent d’un approvisionnement fiable et bon marché en gaz russe pour que leurs produits restent compétitifs sur le marché mondial.

Le ministre qatari de l’énergie, Saad al-Kaabi, a déclaré la semaine dernière qu’il ne pouvait envisager un avenir où “zéro gaz russe” serait acheminé vers l’Europe. Il a déclaré avec acerbité : “Si c’est le cas, je pense que le problème sera énorme et durera très longtemps. Vous n’avez tout simplement pas assez de volume à faire entrer pour remplacer ce gaz (russe) à long terme, à moins que vous ne disiez ‘je vais construire d’énormes (centrales) nucléaires, je vais autoriser le charbon, je vais brûler du fioul'”.

En fait, la Russie prévoit de remplacer sa plateforme gazière de Haidach en Autriche (dont les Autrichiens se sont emparés en juillet). On peut imaginer que la plateforme turque a un marché tout trouvé en Europe du Sud, notamment en Grèce et en Italie. Mais il y a plus qu’il n’y paraît.

Pour résumer, Poutine a effectué un mouvement stratégique dans la géopolitique du gaz. Son initiative réfute l’idée farfelue des bureaucrates russophobes de la Commission européenne à Bruxelles, dirigée par Ursula von der Leyen, d’imposer un plafond sur les achats de gaz. Elle rend absurdes les plans des États-Unis et de l’UE visant à réduire le profil de la Russie en tant que superpuissance gazière.

En toute logique, la prochaine étape pour la Russie devrait être de s’aligner sur le Qatar, le deuxième plus grand exportateur de gaz au monde. Le Qatar est également un proche allié de la Turquie. Récemment, à Astana, en marge du sommet de la Conférence sur l’interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA), Poutine a tenu une réunion à huis clos avec l’émir du Qatar, le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani. Ils ont convenu d’organiser une autre réunion prochainement en Russie.

La Russie dispose déjà d’un cadre de coopération avec l’Iran pour un certain nombre de projets communs dans le secteur du pétrole et du gaz. Le vice-premier ministre russe, Alexander Novak, a récemment fait part de son intention de conclure un accord d’échange de pétrole et de gaz avec l’Iran d’ici la fin de l’année. Il a déclaré que “les détails techniques sont en cours d’élaboration – questions de transport, de logistique, de prix et de formation des tarifs.”

Aujourd’hui, la Russie, le Qatar et l’Iran représentent ensemble plus de la moitié de l’ensemble des réserves prouvées de gaz dans le monde. Le moment est venu pour eux d’intensifier leur coopération et leur coordination sur le modèle de l’OPEP Plus. Ces trois pays sont représentés au sein du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF).

La proposition de Poutine fait appel au rêve de longue date de la Turquie de devenir un centre énergétique aux portes de l’Europe. Comme on pouvait s’y attendre, Erdogan a instinctivement accueilli favorablement la proposition de Poutine. S’adressant aux membres du parti au pouvoir au parlement turc cette semaine, Erdogan a déclaré : “En Europe, ils sont actuellement confrontés à la question de savoir comment rester au chaud pendant l’hiver à venir. Nous n’avons pas un tel problème. Nous avons convenu avec Vladimir Poutine de créer une plateforme gazière dans notre pays, par laquelle le gaz naturel, comme il le dit, pourra être livré à l’Europe. Ainsi, l’Europe commandera du gaz à la Turquie.”

Outre le renforcement de sa propre sécurité énergétique, la Turquie peut également contribuer à celle de l’Europe. Sans aucun doute, l’importance de la Turquie fera un bond en avant dans le calcul de la politique étrangère de l’UE, tout en renforçant son autonomie stratégique dans la politique régionale. Il s’agit d’un énorme pas en avant dans la géostratégie d’Erdogan – l’orientation géographique de la politique étrangère turque sous sa direction.

Du point de vue russe, bien sûr, l’autonomie stratégique de la Turquie et sa capacité à mener une politique étrangère indépendante sont des atouts pour Moscou dans le contexte actuel des sanctions occidentales. Il est concevable que les entreprises russes commencent à considérer la Turquie comme une base de production où les technologies occidentales deviennent accessibles. La Turquie a conclu un accord d’union douanière avec l’UE, qui supprime totalement les droits de douane sur tous les produits industriels d’origine turque. (Voir mon blog Russia-Turkey reset lases regional tensions, Aug 9, 2022)

En termes géopolitiques, Moscou est à l’aise avec l’adhésion de la Turquie à l’OTAN. Il est clair que la plateforme gazière proposée apportera des revenus supplémentaires à la Turquie et conférera une plus grande stabilité et prévisibilité aux relations Russie-Turquie. En effet, les liens stratégiques qui unissent les deux pays ne cessent de s’allonger – l’accord sur le système ABM S-400, la coopération en Syrie, la centrale nucléaire d’Akkuyu, le gazoduc Turk-stream, pour n’en citer que quelques-uns.

Les deux pays admettent franchement qu’ils ont des divergences d’opinion, mais la façon dont Poutine et Erdogan, par le biais d’une diplomatie constructive, continuent de transformer des circonstances défavorables en opportunités de coopération “gagnant-gagnant” est tout simplement étonnante.

Il faut en effet faire preuve d’ingéniosité pour que les alliés européens des États-Unis s’approvisionnent en gaz russe sans aucune coercition ou brutalité, même après que Washington a enterré les gazoducs Nord Stream dans les profondeurs de la mer Baltique. Il est dramatiquement ironique qu’une puissance de l’OTAN s’associe à la Russie dans cette direction.

L’élite de la politique étrangère américaine, issue de l’Europe de l’Est, reste sans voix face à la sophistication de l’ingéniosité russe, qui a permis de contourner sans la moindre rancœur la façon minable dont les États-Unis et leurs alliés – l’Allemagne et la Suède, en particulier – ont fermé la porte à Moscou pour qu’elle jette ne serait-ce qu’un coup d’œil aux gazoducs endommagés de plusieurs milliards de dollars qu’elle avait construits de bonne foi dans les profondeurs de la mer Baltique à l’initiative de deux chanceliers allemands, Gerhard Schroeder et Angela Merkel.

L’actuelle direction allemande du chancelier Olaf Scholz semble très stupide et lâche – et provinciale. Ursula von der Leyen, de la Commission européenne, reçoit une énorme rebuffade dans tout cela, qui définira finalement son héritage tragique à Bruxelles en tant que porte-drapeau des intérêts américains. C’est probablement la première étude de cas pour les historiens sur la façon dont la multipolarité fonctionnera dans l’ordre mondial.”