Le conflit en Ukraine.

 

C’est parti pour l’escalade

 

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par M.K. Bhadrakumar

Un moment décisif dans la bataille du Donbass est atteint car la résistance ukrainienne à l’offensive russe, qui a duré quatre mois, touche à sa fin.

Le lieu de réunion des ministres des affaires étrangères de l’OTAN les 29 et 30 novembre, à Bucarest, est le même où, il y a dix ans, l’ancien président américain George W. Bush persuadait ses partenaires transatlantiques que l’Ukraine et la Géorgie devraient un jour rejoindre leur alliance militaire. Les ministres des affaires étrangères ont dûment « réaffirmé » cette décision hier et en sont restés là.

De plus, dans leur déclaration sur le conflit en Ukraine, ils ont affirmé avec force que l’OTAN « ne reconnaîtra jamais » l’annexion par la Russie de quatre régions ukrainiennes et ont souligné la détermination de l’alliance à « poursuivre et renforcer le soutien politique et matériel » à Kiev.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, qui est un porte-parole de Washington, a averti qu’en dépit de la bravoure de l’Ukraine et des progrès réalisés sur le terrain, la Russie conserve de fortes capacités militaires et un grand nombre de troupes, et que l’alliance continuera à soutenir Kiev « aussi longtemps qu’il le faudra… nous ne reculerons pas ».

Ces déclarations trahissent leur absence de toute nouvelle réflexion, alors que l’évolution de la situation sur le terrain montre pourtant que les plans de Washington sont en train de s’effondrer. On observe également des signes croissants de désunion sur la question de l’Ukraine parmi les alliés européens des États-Unis et entre ces derniers et l’administration Biden.

Les néoconservateurs de l’équipe Biden, qui constituent la force motrice du Beltway, sont toujours aussi arc-boutés sur leur objectif. La lueur d’espoir que représentait l’opinion modérée exprimée récemment dans la célèbre déclaration signée par 30 législateurs démocrates a été totalement étouffée.

Moscou a également tiré les conclusions qui s’imposent, comme en témoigne la position du ministère russe des affaires étrangères selon laquelle il est insensé, dans le climat actuel d’hostilité incessante de Washington, de participer à la commission consultative bilatérale dans le cadre du nouveau traité START entre la Russie et les États-Unis, qui devait initialement se tenir au Caire du 29 novembre au 6 décembre.

Là encore, il ne faut pas attendre grand-chose de la rencontre du président français Emmanuel Macron avec le président Biden à la Maison-Blanche demain. Macron espère toujours être le dirigeant occidental qui acceptera les conditions de capitulation du président Poutine et entrera dans les livres d’histoire, mais en réalité sa crédibilité est en lambeaux en Europe et dans les cercles atlantistes en particulier, et même en France.

La priorité numéro un de l’Europe, à ce stade de tournant dans le conflit en Ukraine, devrait être son autonomie stratégique pour agir selon ses propres intérêts. Mais cela exige une réflexion approfondie sur ce que l’Europe peut faire de manière autonome et, deuxièmement, la compréhension qu’au fond, un intérêt stratégique ne peut être réduit qu’à des intérêts de sécurité.

Dans notre nouveau monde hobbesien, un monde de zones économiques concurrentes, le premier objectif de l’Europe devrait être de parvenir à une autonomie économique stratégique. Mais cet objectif est-il encore réalisable lorsque sa sécurité énergétique, qui était à la base de sa prospérité et de sa puissance industrielle, a été réduite en miettes dans les profondeurs de la mer Baltique par des mains invisibles ?

Quoi qu’il en soit, les événements en cours en Ukraine vont certainement entrer dans une nouvelle dynamique. L’accélération visible de l’offensive russe à Bakhmut au cours des dernières semaines réduit considérablement le délai pour la prise de la ville, qui va passer de plusieurs semaines à quelques jours tout au plus. Des signes similaires apparaissent à Maryinka et à Ugledar dans la région du Donbass.

Si Bakhmut est le pivot de la ligne de défense ukrainienne dans le Donbass, Maryinka est l’endroit d’où les forces ukrainiennes bombardent la ville de Donetsk ; et la prise d’Ougledar permettra aux forces russes de se déplacer vers la ville de Zaporozhye et d’écarter définitivement tout défi futur au pont terrestre vers la Crimée et aux ports de la mer d’Azov.

Le fil conducteur est que le renforcement continu des forces russes déployées dans le Donbass, après la mobilisation de près de 400 000 soldats, commence à donner ses premiers résultats. Pour une fois, les forces russes sont plus nombreuses que celles de l’Ukraine et les fortifications russes ont été considérablement renforcées.

La chute de Bakhmut signalera que la bataille du Donbass, qui est le leitmotiv de l’opération militaire spéciale russe, entre dans sa phase finale. La ligne de défense ukrainienne dans le Donbass s’effrite. Le contrôle du Donbass par la Russie est à portée de main dans un avenir envisageable.

Que se passera-t-il ensuite ? L’objectif russe pourrait être de repousser les forces ukrainiennes plus loin de la région du Donbass et de conserver les steppes à l’est du Dniepr comme zone tampon. En effet, l’oblast de Dnipropetrovsk est également riche en ressources minérales, contenant d’importants gisements de minerai de fer, de manganèse, de titane et de zirconium, d’uranium, de charbon anthracite, de gaz naturel, de pétrole et de charbon lignite. Sa perte sera un coup dur pour Kiev. Sur le plan politique, le récit de la victoire de Kiev disant que l’Ukraine est en train de gagner la guerre et est sur le point de s’emparer de la Crimée etc… ne pourra plus tenir longtemps.

Dans le même temps, l’Europe se débat elle aussi avec ses démons : elle est incapable de se débarrasser de l’idée d’un plafonnement du prix du pétrole russe, qui ne manquera pas d’avoir un effet boomerang et d’aggraver encore plus la sécurité énergétique de l’Europe ; elle doit intensifier ses importations de GNL en provenance de Russie, qui est bien moins cher qu’en provenance d’Amérique ; elle n’est pas en mesure de réagir au lancement de la très importante loi sur la réduction de l’inflation aux États-Unis ou à la migration de l’industrie européenne vers les États-Unis ; elle est incapable de renforcer le rôle international de l’euro pour absorber une partie de l’épargne excédentaire mondiale, etc.

C’est pourquoi, en ce moment décisif, face à l’escalade imminente du conflit en Ukraine dans les semaines à venir, les néoconservateurs américains s’efforcent d’intensifier les livraisons d’armes à l’Ukraine. Les néoconservateurs gagnent invariablement les batailles au sein du Beltway, surtout sous un président faible. Si les Républicains intensifient les enquêtes sur Biden, sa dépendance à l’égard des néocons ne fera qu’augmenter au cours de la période à venir.

CHAR UKRAINIEN EN FLAME

La propagande en faveur d’un changement de régime en Russie ne va pas s’estomper, même face aux dures réalités émergentes de la situation sur le terrain en Ukraine. L’objectif des néoconservateurs, comme le dit succinctement l’historien d’investigation Eric Zuesse, est de « détruire la Russie si vite que la Russie ne sera pas en mesure de détruire l’Amérique en représailles ». L’absurdité pure et simple de cette idée est évidente pour tout le monde, sauf pour les néoconservateurs. Ainsi, ils vont maintenant soutenir que l’erreur cardinale des États-Unis en Ukraine a été leur incapacité à mettre des bottes sur le terrain dans ce pays, en 2015.

M.K. Bhadrakumar

source : Indian Punchline

traduction Wayan, relu par Hervé, pour Le Saker Francophone

 

 

Le général Sergueï Sourovikine

 

prend l’initiative en Ukraine

 

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par Valentin Vasilescu.

La contre-offensive ukrainienne dans la région de Kharkov a passé l’initiative aux Ukrainiens en septembre-octobre, conduisant à la conquête d’assez vastes territoires. Elle a également été favorisée par les erreurs des généraux russes qui ont ignoré les régles tactiques des couches de défense, des groupements tactiques de bataillons, les augmentant de 7-8 fois sans grande mobilité. Dans le même temps, les unités russes de la région de Kharkov disposaient de très peu de moyens de reconnaissance et d’appui-feu. 

Le plan de l’armée ukrainienne était extrêmement simple et il a largement réussi. Manœuvrer des forces à très grande vitesse, contourner les éléments du dispositif de l’armée russe, puis forcer la rivière Oskil et tenter de couper en profondeur en deux parties l’armée russe. Après cela, l’offensive principale de l’armée ukrainienne se déplaçait sur Izyum-Liman, dans le but de reprendre l’agglomération urbaine de Severodonetsk-Lisichansk. Avec la conquête de Severodonetsk, l’armée ukrainienne occuperait l’ensemble de la bande difficile à atteindre de la rivière Donetsk et atteindrait le flanc et l’arrière du groupe de forces russes combattant dans la région de Siversk-Soledar-Bahmut.

Le premier revers, qui a ralenti l’offensive ukrainienne, est dû à l’impossibilité de couper en 2 le dispositif de l’armée russe. Cela est dû à la longue résistance (3 semaines) des bataillons de volontaires russes et de la 11e brigade d’artillerie de Donbas, qui ont défendu ensemble Liman. En conséquence, l’armée russe a réussi à stabiliser la ligne de contact le long de la route Sviatove-Kremina, empêchant la pénétration de l’avant-garde blindée de l’armée ukrainienne. Dans le même temps, l’automne avait fait des ravages, les crêtes des forêts avaient perdu leurs feuilles et ne pouvaient plus offrir aux Ukrainiens un couvert et des conditions propices à des approches furtives. La boue a empêché toute forme de manœuvre, car la plupart des moyens de combat ukrainiens sont sur roues (BTR, MLRS, MRAP, camions remorqueurs d’obusiers, obusiers automoteurs Caesar, Humvee, etc.). L’Ukraine a perdu la capacité offensive qu’elle avait démontrée lorsqu’elle avait pris l’initiative. 

Le deuxième mouvement non prévu par l’armée ukrainienne a été le retrait rapide et sans perte des Russes de Kherson. Cela a empêché l’encerclement du dispositif de combat russe par une force ukrainienne cinq fois plus importante. Et il a fixé les défenses russes de Kherson à Energodar sur le fleuve Dniepr, un obstacle difficile à franchir pour l’armée ukrainienne.

À partir de ce moment, les défenses de l’armée russe ont été STABILISÉES.

Et cela a permis au général Sergueï Sourovikine de prendre l’initiative et de recourir à « l’approche indirecte » du théoricien militaire britannique Liddell Harth en privant les forces ukrainiennes des ressources dont elles avaient besoin pour poursuivre la guerre. Depuis le 10 novembre, Sergueï Sourovikine s’est concentré sur une campagne massive de destruction des infrastructures critiques du régime de Kiev. Le système ukrainien de transport et de distribution de l’électricité a été amené au point de s’effondrer de lui-même. Privés d’électricité, les convois ferroviaires transportant des armes, des munitions et des troupes envoyées sur la ligne de front sont frappés comme une cible fixe par les missiles russes. Le dernier épisode s’est déroulé à la station de Moisiivka, dans la région de Dnipropetrovsk, où des véhicules blindés de la 17e brigade de chars ukrainienne ont été détruits, de cette manière. Bien que l’OTAN envisage d’augmenter les livraisons d’armes à l’Ukraine, il est prévu que, dans le cadre de l’INTERDICTION AÉRIENNE imposée par l’armée russe à la suite de la destruction de l’infanterie critique, seuls 20 à 25% de ces armes atteindront la ligne de front dans un état opérationnel.

La population ukrainienne souffrira également du manque de produits de première nécessité (eau, lumière, électricité, chauffage, etc.). La baisse de moral aura un impact négatif sur la confiance dans les dirigeants politiques et militaires de Kiev. Par contagion, ces problèmes pressants des familles des soldats au front réduiront au minimum l’envie de se battre des militaires ukrainiens. Et des désertions massives peuvent se produire.  

À partir de décembre, la situation de l’armée ukrainienne sera bien pire, car les militaires russes mobilisés arriveront sur la ligne de front. Le ministère russe de la Défense a tiré des conclusions sur l’efficacité des différents types d’armement utilisés jusqu’à présent, et les réservistes russes arrivent avec des variantes optimales d’armes et d’équipements appropriés, spécifiques aux conditions en Ukraine. À partir de décembre, le froid va s’installer sur le front et les nuages vont geler, la neige va tomber, permettant à l’armée russe de reprendre l’offensive terrestre simultanément sur plusieurs fronts.

Valentin Vasilescu

traduction Avic – Réseau International

 

Le remède de Poutine :

 

 

Une Ukraine fragmentée, sans dents,

 

séparée par un no man’s land

 

de 100 kilomètres de large

 

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par Mike Whitney

« Il semble probable que la Russie imposera une solution. Si, comme prévu, il devient clair que l’Occident ne peut pas ou ne veut pas négocier, il incombera à la Russie de mettre en œuvre une solution maximaliste. Ou alors, la Russie « négocie » en montrant qu’elle peut créer une zone morte en Ukraine occidentale aussi grande qu’elle le souhaite. Si l’Ukraine et ses conseillers américains ne reviennent pas à la raison, cette zone morte sera terriblement grande. » (Yves Smith, Naked Capitalism)

Comment cela se termine-t-il ?

Comment la Russie crée-t-elle une Ukraine « neutre » qui n’est pas armée jusqu’aux dents par les ennemis de Moscou ? Comment empêcher Kiev de mener des exercices militaires conjoints avec l’OTAN ou de placer des sites de missiles à la frontière russe ? Comment empêche-t-elle l’armée ukrainienne de bombarder les Russes ethniques dans l’est du pays ou d’entraîner les paramilitaires d’extrême droite à tuer autant de Russes que possible ? Comment Poutine transforme-t-il l’Ukraine en un bon voisin qui ne représente pas une menace pour la sécurité et qui n’alimente pas la haine et le sectarisme anti-russes ? Et, enfin, comment résoudre le conflit de manière pacifique si l’une des parties refuse de négocier avec l’autre ? Voici un extrait d’un article de Mint News :

« Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé mardi un décret annonçant officiellement la perspective « impossible » de négociations de paix entre l’Ukraine et le président russe Vladimir Poutine. (…)

« Il (Poutine) ne sait pas ce que sont la dignité et l’honnêteté. Par conséquent, nous sommes prêts à dialoguer avec la Russie, mais avec un autre président de la Russie », a déclaré Zelensky vendredi ». (Mint News)

Le fait que Zelensky ne négociera pas avec Poutine ne signifie pas qu’il n’y aura pas de règlement. Cela signifie simplement que Zelensky n’aura aucune influence sur le résultat. En tant que pays le plus puissant, la Russie a toujours été en mesure d’imposer un accord permettant d’atteindre ses objectifs fondamentaux en matière de sécurité nationale, et c’est précisément ce que Poutine fera. L’accord ne sera pas idéal et ne mettra pas complètement fin aux hostilités, mais il offrira une couche de protection contre les ennemis de la Russie, ce qui est le mieux que l’on puisse espérer compte tenu des circonstances. Malheureusement, l’accord mettra également fin à l’existence de l’Ukraine en tant qu’État viable et contigu. Et – une fois que la Russie aura terminé son opération militaire spéciale – l’Ukraine sera confrontée à un avenir sombre, celui d’un désert désindustrialisé qui dépend entièrement de ses alliés occidentaux pour sa survie.

Voici un extrait d’un article du journaliste John Helmer, basé à Moscou, qui pense que l’armée russe va nettoyer une vaste zone du centre de l’Ukraine lors de sa prochaine offensive d’hiver, et qu’une grande partie de ce territoire fera partie d’une zone démilitarisée (ZD) de 100 kilomètres de large qui protégera la Russie des attaques de missiles et d’artillerie ukrainiennes. Comme le note Helmer, le modèle de ce règlement imposé par les militaires est « l’armistice de Panmunjom du 27 juillet 1953, qui a mis fin à la guerre de Corée. (…) Sur le terrain à l’intérieur de la ZDU (Zone démilitarisée d’Ukraine), il ne peut y avoir d’électricité, de personnes, rien à part les moyens de surveiller et de faire respecter les termes de l’armistice ». Voici plus d’informations de Helmer :

« Source militaire : (…) Une fois la destruction de ces cibles achevée, les restes de l’infrastructure seront minés et la zone sera équipée de dispositifs de détection. Les armées commenceront alors un retrait rapide et échelonné derrière les lignes russes où le processus de fortification et de retranchement a déjà commencé ».

« Les civils et les troupes ukrainiennes désarmées – à l’exception des unités ukro-nazies – se verront attribuer un ou deux couloirs par lesquels ils seront autorisés à quitter la zone. Ils n’ont pas intérêt à traîner » (…)

Les sources s’accordent à dire qu’il y aura une nouvelle ligne de démarcation militaire avant le dégel du printemps prochain ; elles diffèrent sur la manière dont elle est tracée actuellement et sur son aspect en avril prochain. « Pour l’instant, la ligne se situera sur le Dniepr, la zone s’étendant de la rive ouest à l’intérieur de l’Ukraine croupion – à mon avis à une profondeur d’au moins 100 km. Cela mettra le territoire russe hors de portée de la plupart des pièces d’artillerie ukrainiennes. Une zone de 100 km de profondeur donnera également aux forces russes le temps de détecter et d’intercepter tout objet en vol… »

« Dans le secteur nord – c’est-à-dire de Kramatorsk et Sloviansk à Kharkiv… il s’agit de garnisons et de zones de rassemblement de la haine sur ou près des frontières de la Russie ; elles ne seront pas épargnées (…) (et) elles ont été qualifiées pour la désélectrification, la dépopulation et la dénazification ».

« Le point à souligner, surtout dans les opérations russes dans le nord… ne sera pas de saisir et de tenir le territoire. (…) L’idée ne sera pas d’occuper le territoire, et encore moins de l’administrer, pendant un certain temps. L’objectif sera de détruire les ennemis qui lèvent la tête et l’infrastructure sur laquelle ils s’appuient ; de poser des mines et des capteurs ; puis de se retirer ».

« Une fois que les nœuds de transport et de logistique assignés auront été pris, le travail de destruction par les unités du génie commencera. Les ponts, les routes, les voies ferrées, les gares de triage, le matériel roulant, les aérodromes, les entrepôts de carburant et les dispensaires, les sous-stations électriques, les tours de transmission et de communication, les bureaux centraux, les entrepôts, les zones de dépôt, les équipements agricoles – tout ce qui pourrait être utilisé pour soutenir l’effort ukrainien-OTAN à l’est de la frontière occidentale de la zone sera détruit. Ce sera également le travail des forces terrestres – plus complet et approfondi que ce que les frappes de missiles et de drones peuvent réaliser ».

« Les civils et les combattants désarmés, sans leur équipement motorisé, seront autorisés à sortir de la zone à pied vers des bus spécialement préparés (comme Sourovikine l’a supervisé en Syrie) avec ce qu’ils peuvent porter sur leur dos. (…) Toute personne qui choisit de rester à l’intérieur de la zone sera informée explicitement par radio, tracts et haut-parleurs qu’elle est considérée comme un combattant ennemi et sera ciblée en conséquence. Après un certain temps, les « ponts d’or » pour la population sortante seront détruits. Ceux qui resteront n’auront plus d’électricité, d’installations sanitaires ou de communications… »1.

Helmer résume parfaitement la situation. Poutine va créer un vaste no man’s land inhabitable au centre de l’Ukraine qui séparera l’est de l’ouest et mettra fin à l’existence de l’Ukraine en tant qu’État viable et contigu. Voilà à quoi ressemble un règlement imposé par l’armée. Ce n’est pas idéal et cela ne met pas nécessairement fin aux combats, mais cela répond aux besoins fondamentaux de la Russie en matière de sécurité, que Washington a choisi d’ignorer.

Soyez assurés que Washington n’appréciera pas cet accord et n’acceptera jamais les nouvelles frontières. Mais les États-Unis n’auront pas le dernier mot dans cette affaire et c’est extrêmement important, car le rôle de Washington en tant que « garant de la sécurité mondiale » appartient désormais au passé. La Russie va décider des frontières de l’Ukraine et c’est ainsi que les choses vont se passer. Alors, oui, nous pouvons nous attendre à entendre des grincements de dents au siège de l’OTAN, à l’ONU et à la Maison-Blanche, mais sans grand effet. L’affaire est réglée, à moins, bien sûr, que les États-Unis et l’OTAN ne veuillent engager des forces terrestres dans le conflit, ce qui, à notre avis, précipitera une scission au sein de l’OTAN qui conduira inévitablement à son effondrement. Quoi qu’il en soit, le sort de l’Ukraine sera décidé à Moscou et non à Washington, et cette réalité aura un impact significatif sur la répartition du pouvoir mondial. Il y a un nouveau shérif en ville et il n’est certainement pas américain.

Conclusion

Nous pensons que l’analyse d’Helmer est le scénario le plus probable pour l’avenir. Poutine a fait preuve d’une admirable retenue jusqu’à présent, mais après 9 mois de corvées et de carnages inutiles, il est temps de conclure. Moscou a toujours eu un marteau-pilon dans sa boîte à outils et il va maintenant l’utiliser. Nous aurions préféré que cela ne se termine pas ainsi, mais il ne sert à rien de pleurer sur le lait renversé.

Washington voulait étirer cette guerre le plus longtemps possible pour saigner à blanc la Russie, afin qu’elle ne puisse pas projeter sa puissance au-delà de ses frontières ou faire obstacle aux plans américains de « pivot vers l’Asie ». Mais Poutine a déjoué ce plan. Il n’est pas tombé dans le piège de Washington et il ne va pas pomper du sang et de l’argent dans un trou noir. Il va régler cette affaire une fois pour toutes et en finir avec elle. Ceci est tiré d’une interview du colonel Douglas MacGregor :

« Tout ce conflit aurait pu être évité si nous avions simplement reconnu les intérêts légitimes de Moscou dans ce qui se passe en Ukraine. (…) Ce qui se passe en Ukraine est important pour les Russes. (…) Nous aurions pu intervenir très tôt et dire : « Faisons un cessez-le-feu et discutons ». En fait, nous aurions pu écouter les Russes pendant les 10 ou 20 dernières années à propos de leurs préoccupations concernant ce qui se passe en Ukraine. Et, je pense que maintenant nous voyons avec le régime Zelensky – un gouvernement très dangereux qui est incurablement hostile à la Russie (et) qui répond exclusivement aux instructions de Washington – qui a décidé qu’il voulait affaiblir fatalement la Russie par tous les moyens possibles… La solution à cela est non pas de rejoindre cette guerre futile et inutilement destructrice contre Moscou (mais) de faire entrer un peu de bon sens dans l’esprit des gens au gouvernement de Kiev ». (Colonel Douglas MacGregor, « L’Ukraine est sur le point d’être annihilée »)

 

À mon avis, la décision a déjà été prise. L’Ukraine va être divisée en deux, que Washington le veuille ou non. C’est comme ça, c’est tout.

source : The Unz Review

traduction Réseau International