23 octobre 2015

POLITIQUE INTERNATIONALE : GUERRE TOTALE EN SYRIE DEPUIS LES FRAPPES AERIENNES RUSSES

Les secrets de la guerre en Syrie, par Israël Adam Shamir

 

 

Les secrets de la guerre en Syrie, par Israël Adam Shamir

 

Zoom : Entretien choc avec Philippe de Villiers. (22-10-2015)

 

Les plus gros secrets : l’Occident n’a personne en Syrie pour prendre le contrôle des territoires libérés ; les Russes cherchent encore des partenaires, Erdogan a eu les yeux plus gros que le ventre, et ISIS n’est qu’un fantasme, après tout.

Les Russes sont aux anges, avec leur aventure syrienne. Vingt jours après leur entrée dans la guerre de Syrie, l’opération est rentabilisée. Ils ont déployé leurs joujoux militaires et bien épaté les autres gars dans le bac à sable. Après une longue période de découragement, les Russes ont été acclamés, merci pour eux, ils se sentent bien mieux, comme un convalescent après une grave maladie. Ils adorent les images de leurs pilotes en tenue chic, style américain, de leurs jets exquisément dernier cri, de cette campagne intrépide si loin de chez eux. Ils adorent la publicité faite à leurs opérations militaires, tout à fait inédite. Les commandements postent des vidéos et leur permettent de suivre attaques et tirs en temps réel.

Poutine était déjà très populaire avant la guerre, avec 86% d’opinions favorables dans les sondages, et maintenant il crève le plafond. Ce que les Russes ont préféré, c’est le lancement osé de leurs 26 Kalibr tout neufs, ces missiles de croisière, tirés depuis une frégate dans la Mer Caspienne, bondissant jusqu’en  Syrie par-dessus les buttes et déserts d’Irak et d’Iran. Irak et Iran avaient été prévenus, mais n’ont pas vendu la mèche à leurs partenaires US. Les missiles ont frappé à la perfection, et les experts militaires disent que ce nouveau type de missiles de croisière pourrait permettre, si nécessaire, à la Russie de faire son affaire du bouclier anti-aérien US installé chez les voisins d’Europe orientale. Les Russes ont été aussi heureux que le jour où ils ont lancé leur premier Spoutnik au firmament.

La campagne syrienne était tellement populaire qu’une tentative pour organiser une manif anti-guerre a spectaculairement échoué : cent cinquante personnes en tout et pour tout s’y sont retrouvées, sur  les quinze millions de Moscovites. Par comparaison, les rassemblements contre l’intervention dans les affaires ukrainiennes ont attiré quelques milliers de protestataires au moins.

Comme nous l’avions prédit, les Russes ne se sont pas trop inquiétés à propos d’Isis (en dehors de quelques raids sur Raqqa, leur « capitale » supposée), mais ont attaqué d’autres groupes d’opposition autour de Damas et d’Alep, en projetant de libérer tout le nord de la Syrie, pour ouvrir la route jusqu’à la frontière turque. Les opérations terrestres sont menées par l’armée syrienne, peut-être avec le renfort d’unités iraniennes et de combattants du Hezbollah, avec une couverture aérienne russe. Ça ne se passe pas en douceur, parce que l’opposition garde des positions bien ancrées, mais  ça avance, car l’opposition fragmentée n’est pas une cible digne d’une armée régulière avec un soutien aérien.

Ils envisagent de boucler la frontière turque du côté syrien, mettant ainsi fin à l’approvisionnement des rebelles (y compris Isis) mais en leur laissant probablement une issue de secours. Les Occidentaux disent qu’ils bombardent « l’opposition modérée ». Mais les Russes nient qu’une telle opposition existe : ce sont tous des djihadistes, disent-ils. Les  Russes comparent leur indignation contre l’attaque des rebelles (réputés agents de la CIA) avec leur indifférence relative après le bombardement de Médecins  Sans Frontières en Afghanistan : « donc l’hôpital a été touché par accident, ça ne compte pas, aucune  raison de nous répandre là-dessus chez nous non plus», a renchéri Sergueï Lavrov, emboîtant le pas aux Occidentaux sur cette atrocité perpétrée par les US.

Dans le cadre de négociations confidentielles entre officiers de haut-rang russes et européens, les Russes disent que l’Armée Syrienne Libre est complètement désintégrée, n’est plus bonne à rien en pratique. Elle était constituée principalement de déserteurs de l’armée syrienne, les uns  religieux, les autres pas, mais « les rasés ont pris la fuite parce que les autres, les barbus, leur ont fait peur. » De fait, même les journaux les plus favorables aux rebelles comme le Guardian ont arrêté de clamer qu’il existe une opposition non djihadiste consistante. Ils disent que les rebelles sont divisés entre djihadistes et « unités non-idéologiques », c’est-à-dire des gangs. Ils terrifient la population, qui préfère nettement la férule du gouvernement. Bachar al Assad tient 20% du territoire, mais 80% de la population.

Lors de la rencontre de Lavrov avec le chef de l’opposition syrienne Burhan Ghalioun, le ministre des affaires étrangères russe lui a dit suavement : « vous êtes un professeur émérite de la Sorbonne, vous savez tout cent fois mieux que moi.  Vous dites que Bachar est un criminel de guerre. Vous comprenez certainement que si aujourd’hui le président syrien vous embauchait, Isis vous combattrait comme ils le font avec Bachar. Ils veulent établir leur califat de l’Andalousie espagnole jusqu’au Pakistan, et ils ne tolèreront même pas les Frères musulmans, encore moins les intellectuels éclairés comme vous, s’ils vous trouvent sur leur passage. »

Dans les intenses négociations diplomatiques pour convaincre de la légitimité de l’intervention russe, ceux-ci ont rappelé à leurs partenaires européens que lors du sommet du G8 en Irlande du Nord, les parties avaient convenu d’utiliser leur force aérienne contre les rebelles djihadistes, parce qu’ils menaçaient la sécurité mondiale. Cela avait été proposé par le Hollande de France et le Cameron du Royaume Uni, et applaudi tant par Obama que par Poutine.

Les Français ont fait quelques sorties, disant qu’il y avait quelques 1600 Français combattant dans les unités de l’Isis, et pour eux c’était une question d’autodéfense. Fort bien, ont dit les Russes, si c’est là un argument valable, il y a 2000 citoyens russes aussi, dont il va falloir prendre soin de la même façon. Voilà pour notre auto-défense.

Les Russes ont proposé aux Français de faire le travail pour eux (avec un certain sourire, j’imagine). « Dites-nous où et à qui vous souhaitez que nous lâchions quelques pétards », a demandé le Russe.  Mais les Français n’ont dit mot. « Eh bien dites-nous alors où et qui vous ne voulez pas que nous ramenions à la raison », insistait le Russe. Mais le Français est encore resté coi.

Les Russes soupçonnent que les Occidentaux n’ont pas de réponse et n’ont personne sur le terrain pour s’emparer des territoires libérés. Ce qui le prouve, ce sont les millions de dollars lamentablement gaspillés par les US pour entraîner quatre ou cinq combattants. Ce qui explique aussi la longue campagne futile de bombardements : plus de 7500 sorties sans résultat tangible, à moins de compter la centrale récemment détruite, qui fournissait leur électricité aux habitants d’Alep.

Lavrov a quelques histoires intéressantes sur l’époque antérieure, quand les Forces aériennes russes n’étaient pas encore installées dans la région. Les observateurs russes ont clairement identifié la colonne d’Isis sur des jeeps Toyota avec des étendards noirs,  se déplaçant dans le désert autour de Palmyre, mais ils ont reçu, avec leurs alliés syriens,  une requête des US, leur demandant de les laisser passer sans les toucher. Plus encore, les US ont prévenu Bachar : ils le frapperont s’il essaie seulement de se servir des sorties US contre l’Isis pour gagner du terrain.

Mais il n’y a pas d’alternative à Bachar al Assad, maintenant, a dit Lavrov. C’est lui ou l’anarchie. Il n’y a pas d’opposition unie pour faire contrepoids à Isis, juste des troupes clairsemées. « Laissez l’opposition se rassembler et former une coalition. Qu’ils s’unissent et prennent part à la bataille contre Isis ». Il est peu probable que l’offre soit retenue.

La tonalité des entretiens russo-européens a récemment changé. Auparavant, les ministres européens se comportaient comme des sahibs arrogants avec des indigènes rétifs, maintenant les voici devenus respectueux, voire obséquieux. L’envol des Kalibr a modifié la perception, comme les vagues de réfugiés syriens. Les Européens ont fini par comprendre que les Russes sont capables de pacifier la Syrie et de ramener les réfugiés chez eux. Seulement il y a une autre partie prenante dans le conflit, la Turquie d’Erdogan.

Erdogan en difficulté

J’ai beaucoup de sympathie pour le dirigeant turc : il a arraisonné les  généraux, rendu une certaine prospérité à son pays, a défendu les pauvres, s’est exprimé en faveur des Palestiniens. C’était un excellent ami et voisin de la Russie, pour le plus grand profit des deux pays. Mais sa politique syrienne a été désastreuse pour la Syrie, pour la Turquie et pour l’Europe.

Une personnalité de haut-rang m’a dit qu’au premier signe de problème en Syrie, Erdogan a demandé au président Assad de donner la moitié des postes au gouvernement à des Frères musulmans. Assad a refusé, et Erdogan a lâché ses chiens. Les djihadistes, c’est-à-dire les combattants islamistes de toute espèce, se sont rassemblés en Syrie à partir de la Turquie. Ils ont reçu des armes grâce à la Turquie, la Turquie est leur itinéraire préféré pour les antiquités pillées et pour le pétrole illégalement produit.

Erdogan a des projets  grandioses : créer un vaste empire construit sur les Frères musulmans. Ces plans se sont effondrés quand l’armée égyptienne a chassé le président Morsi et a pris le pouvoir. Ils ont raté leur coup en Syrie aussi, et la chute a été pesante.

Erdogan a invité les Syriens à venir en Turquie pour un cout séjour, le temps que Bachar soit détrôné : plus de deux millions de personnes ont accouru, un flot intarissable. Les Turcs embarrassés ont découvert que cela minait leur sécurité, ainsi que leur qualité de vie, et leur fragile prospérité fondait. Les élections récentes l’ont confirmé : Erdogan escomptait une claire majorité pour sa réforme constitutionnelle, mais n’est pas parvenu à former un gouvernement, il a été forcé d’appeler à de nouvelles élections.

Maintenant Erdogan tente de mobiliser ses électeurs par la menace de guerre. Les Turcs sont patriotes, ils ont été élevés dans la vénération de leur héros de la Première Guerre Mondiale le général Kemal Ataturk. Pour eux (comme pour bien des nations), une menace de guerre est un appel au clairon pour s’unir et soutenir le gouvernement. C’est pour cette raison qu’il projette d’amener la Turquie au bord de la guerre avec la Russie. C’est ce que clame la « gorge profonde » turque, un infiltré anonyme et fort intéressant, qui envoie ses touits sous le pseudo de Fuat Avni, https://twitter.com/fuatavni_f . Il a une avance remarquable pour révéler les plans nuisibles du gouvernement. Maintenant il dit qu’Erdogan a donné l’ordre d’abattre les avions russes en Syrie tout en prétendant qu’ils ont pénétré dans l’espace aérien turc.

Les forces turques ont déjà abattu un drone, et disant qu’il était russe. Au même moment, ils lancent des opérations contre les Kurdes syriens, les alliés préférés des Américains. L’opposition turque insiste, la grande attaque terroriste contre la manifestation pacifique kurde à Ankara (95 morts, 215 blessés) perpétrée par Isis a été utilisée, voire suggérée par Erdogan. Si l’on garde en tête le fait que  Erdogan était l’architecte d’une nouvelle politique de paix envers les Kurdes turcs, c’est particulièrement déplaisant.

Erdogan a perdu ses alliés. Les US préfèrent les Kurdes, et sont stupéfaits que les Turcs les bombardent tout en déclarant qu’ils se battent contre Isis, principal ennemi des Kurdes. Il n’est pas sûr qu’ils viennent à la rescousse pour protéger Erdogan en cas de problème avec les Russes.

Son seul bon moment, il l’a dégusté ces jours-ci, lorsque Frau Merkel lui a donné trois milliards d’euros pour retenir les réfugiés, à condition qu’il arrête leur exode. Elle a en outre promis des voyages sans visas et quelques autres menues faveurs pour lui remonter le moral.

Mais le pire est à venir. Sous le coup de l’offensive menée par la Russie en Syrie, les djihadistes ont commencé à se replier sur la Turquie. Ils se rasent la barbe et foncent tant que c’est possible. C’est un grand soulagement pour la Syrie, et la Turquie va faire le plein de gangs. Certains observateurs disent déjà que la Turquie sera la prochaine Syrie.

Lors d’une rencontre confidentielle, Erdogan a menacé Poutine d’envoyer  des dizaines et des centaines de milliers de combattants en Syrie, assez pour compenser tout avantage que la coalition russe pourrait avoir. Il peut s’appuyer sur les coffres forts des Saoudiens, et peut-être sur un clin d’œil américain. S’il le veut, une guerre tous azimuts peut devenir envisageable.

Les Kurdes restent des franc-tireurs ennuyeux pour la Turquie. Ils ont des liens de longue date avec Israël et les US, comme avec la Russie. L’ambassadeur russe à Ankara  a récemment été réprimandé parce que les officiels russes ont rencontré les représentants kurdes à Paris ; les Russes sont en train de mener en douce les Kurdes vers un processus politique, mais les Russes sont bien conscients que les Kurdes peuvent présenter un danger pour l’Etat turc.

Il vaut mieux jouer franc-jeu. Les Russes ne dédaignent pas Erdogan et ses ennuis. Ils ont d’autres intérêts à combiner, depuis les oléoducs et les constructions en projet, avec les investissements multi-milliardaires des deux côtés, et les Russes espèrent que les Turcs resteront bons amis, même si un sérieux ajustement de la politique d’Erdogan en Syrie doit être nécessaire dans tous les cas.

Sous l’angle sunnites-chiites

Encouragé par les Britanniques dans les années 1920 et par les Américains après 2003 en Irak sous occupation, l’inimitié sunnites-chiites ajoute une complication au problème. L’Iran est un allié de Bachar al Assad, et prêt à l’aider, mais les Iraniens, qui sont chiites, ont hésité. Ils craignaient que leur présence sur le terrain soit utilisée pour présenter le conflit comme une guerre entre sunnites et chiites.

L’arrivée des Russes, qui ne sont pas chiites, a résolu l’équation insoluble. Avec leur commandement, la coalition n’a apparemment pas de connotation religieuse. Mais les Etats du Golfe (dirigés par la Troïka Koweit, Qatar et princes saoudiens) qui étaient les plus grands financeurs des rebelles syriens, tentent de jouer cette carte-là. « Votre soutien à Assad, les gens vont l’interpréter comme votre guerre contre un milliard et demi de sunnites », ont-ils annoncé à Lavrov.

« Ce n’est pas nous qui avons mis fin au solide Etat sunnite de Saddam Hussien », rétorque le ministre russe. Certes, les Russes ont soutenu l’Irak de Saddam Hussein, tandis que les US l’attaquaient et ont mis en déroute le gouvernement comme l’armée, créant ce fantôme d’outre-tombe qu’est Isis. Les Russes ne sont pas sectaires ; ils soutiennent l’Irak avec des chiites présents aux postes clés comme ils ont soutenu l’Irak avec les sunnites aux postes clés. Ils soutiennent la Syrie avec ou sans Bachar al Assad. Cela fait partie de leur tradition impériale non sectaire.

Des groupes sunnites extrémistes peuvent jouer la carte du terrorisme. Un groupe  de combattants d’Isis a voyagé de Syrie à Moscou en programmant un acte de méga-terrorisme dans le métro de Moscou. Ils ont été arrêtés à la dernière minute avec une bombe de cinq kilos entre les mains. Il y a beaucoup de personnel de sécurité à Moscou et dans d’autres villes russes, ils ont les terroristes à l’œil, mais il n’y a pas de sentiment d’état de siège.

Les Russes essaient de ne pas braquer les Saoudiens et les autres princes du Golfe. Ils ont bien reçu leur ministre de la défense Mohammad bin Salman, le jeune fils du roi Salman. Il a rencontré Poutine deux fois, et il y a des projets de visite royale en Novembre.

A chaque rencontre entre les princes du Golfe et les officiels russes, les princes avancent deux requêtes : Assad doit partir, et l’Iran devrait faire de même. Les Russes rejettent clairement les deux requêtes, disant qu’ils ne peuvent pas le faire et qu’ils ne sauraient dire aux Syriens quel doit être leur président.

« De toute façon, Assad ne nous écouterait pas même si nous le lui demandions. Si vous voulez que Assad parte, parlez-lui donc, a suggéré Lavrov, pince-sans-rire. Offrez-lui donc quelques garanties, une résidence, de l’argent. » Mais que valent les garanties après la débâcle ukrainienne ? Le président Yanoukovitch avait accepté toutes les conditions des ministres européens, il avait signé sa reddition, reçu leurs garanties, et le lendemain il a été obligé de prendre la fuite pour sauver sa peau, de justesse. » Certes l’expérience récente de l’Ukraine, de l’Irak, de la Libye, ont rendu la solution en Syrie plus compliquée pour certains…

Partenaires et rivaux

Les Russes tiennent toujours beaucoup à l’amitié avec les Américains. Il n’y a aucun anti-américanisme style tiers monde chez eux. Etant très conservateurs par nature, les Russes préfèrent les Républicains conservateurs aux Démocrates éclairés, quoiqu’ils aient apprécié Roosevelt et Kennedy. Ils ont admiré Reagan, et ils aimeront probablement Donald Trump encore plus. Mrs Clinton ne va pas les subjuguer. Ils préfèreraient avoir les US comme partenaires et amis, quoiqu’ils ne supportent pas de se voir réprimander par les US, ou orientés, comme les « missiles de croisière démocrates » ont tendance à le faire, dans les termes de Justin Raimondo.

Même maintenant ils tentent de présenter leur aventure syrienne comme un effet du partenariat avec les US. Les officiels m’ont dit qu’ils ont proposé un plan d’urgence  pour sauver un pilote d’un avion abattu (russe ou américain) parce que les deux pays mènent également des missions aériennes contre Isis. Ils ont été abasourdis par la froideur en réponse des Américains. Ils disent qu’ils font le boulot que les Américains n’ont pas réussi à faire, concrètement éradiquer l’entité terroriste. S’ils soupçonnent que les US avaient un plan fort différent, ils n’en soufflent mot.

Les Russes ont invité une délégation militaire à Moscou pour voir ensemble des aspects techniques de l’opération syrienne : les Américains ont refusé. Les Russes ont proposé d’envoyer une délégation au Pentagone, conduite par le premier ministre Medvedev ; leur offre a été ignorée. Après une longue hésitation, les Américains ont accepté un arrangement pour éviter le risque d’avoir des avions qui se heurtent dans les cieux syriens. Ils sont très malheureux de l’intervention russe, mais ne font pas grand-chose contre elle. Les US ont lâché quelques armes depuis les airs pour les rebelles (surtout des missiles personnels anti-tank TOW) et ils devraient en envoyer encore, sans doute pour essayer de mettre en œuvre la logique afghane consistant à armer les rebelles pour saigner les Russes.

L’ombre afghane

Il est de notoriété publique que les Américains ont attiré les Soviétiques  dans le bourbier afghan, ont armé les moudjahidines avec des missiles Stinger et ont épuisé les Soviétiques jusqu’à les briser et les faire capituler à l’issue de la Guerre froide. Mais les contes de fées sont aussi très populaires.

Dans la vraie vie, l’emprise soviétique sur l’Afghanistan était légale, car elle correspondait à une demande du gouvernement légitime. Les US s’étaient emparés de centaines d’Etats avec une semblable légitimité, et dans certains cas (dont l’Afghanistan qui était occupé par les belligérants) avec bien moins de prétextes.

Les pertes soviétiques en Afghanistan ont été modérées (moins de 15000 hommes en dix ans, à comparer avec les 50000 GI américains perdus au Vietnam), le gouvernement avait été stabilisé, les femmes recevaient l’égalité des droits, la vie commençait à s’améliorer rapidement.

La décision de Gorbatchev a forcé les Russes à quitter l’Afghanistan, mais ils avaient été obligés de quitter aussi l’Allemagne, l’Ukraine, les Etats baltes et la Pologne. Il n’y a pas de raison de croire que la campagne afghane ait pesé beaucoup dans l’effondrement soviétique.

L’Union Soviétique s’est effondrée parce que ses dirigeants ont préféré dissoudre l’Union, embrasser le capitalisme et rentrer dans le système en égaux, à la rigueur en tant que membres juniors. Une décision étrange, mais c’est ce qui s’est passé. Voilà pourquoi les Russes ne se considèrent pas des vaincus de la Guerre froide. Si l’Occident avait observé certaines règles du jeu élémentaires, la Russie serait restée un membre docile du Premier monde, comme l’Italie ou la France, pour le meilleur et pour le pire.

L’Afghanistan a joué un très petit rôle dans ces évènements, et il est probable que l’aventure syrienne ne donnera pas beaucoup de cauchemars à la Russie moderne non plus.

Le fond de l’affaire

La présence d’Isis en Syrie sera éphémère, probablement. Créé par l’incapacité des US  à trouver leurs propres agents pour garder le contrôle du terrain pris au régime de Damas, Isis se retirera à mesure que Bachar regagnera du terrain tout en formant une coalition et un partage du pouvoir avec les groupes d’opposition.

En Irak, ce sera moins facile, Isis contrôle de grandes villes dont Mossoul avec ses deux millions d’habitants. La solution ne peut être que politique, et naître d’un compromis entre chiites du sud, sunnites du centre, et Kurdes du nord, si l’intégrité de l’Irak doit être préservée, comme le préféreraient les Russes.

Au final, les Russes peuvent se retrouver avec une base de Latakia sur le littoral méditerranée parfaitement équipée sur le plan naval, aérien et terrestre, en réponse à la vaste base US du Kossovo, et comme solution aux limites existant sur le Bosphore. Ce sera une nouvelle Sébastopol, la plus grande entreprise russe pour un siècle. Qui est partant pour Poutinegrad ?

Israël Adam Shamir

 

SOURCE : Contacter l’auteur : adam@israelshamir.net

Version originale en anglais sur UnzReview.

Traduction : Maria Poumier

source: http://plumenclume.org/blog/47-les-secrets-de-la-guerre-en-syrie-par-israel-adam-shamir

 

 

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Bilan de la première semaine d’intervention militaire russe en Syrie : C'est une guerre totale dans toute la région qui s'annonce !

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Bilan de la première semaine d’intervention militaire russe en Syrie

 

La vitesse à laquelle l’opération militaire russe en Syrie a été conduite fut une grande surprise pour la communauté du renseignement US (ce que je peux difficilement lui reprocher, parce que j’ai été tout aussi surpris moi-même). Ne vous méprenez pas, la force russe en Syrie est modeste, du moins pour le moment, et elle ne ressemble pas, même de loin, à ce que la rumeur avait prédit. C’est surtout la manière dont elle est utilisée qui est très originale : comme une sorte de multiplicateur de force pour l’armée syrienne et une couverture probable pour les forces iraniennes. C’est une solution très élégante, où une petite force atteint un résultat d’une taille disproportionnée. C’est aussi une stratégie assez dangereuse parce qu’elle la rend très vulnérable, mais c’est une stratégie, du moins jusqu’à maintenant, que Poutine a très bien réussi à expliquer au peuple russe.

Selon le sondage le plus récent, 66% des Russes soutiennent les frappes aériennes en Syrie tandis que 19% s’y opposent. Considérant les risques que cela implique, ce sont des chiffres extrêmement bons. La popularité personnelle de Poutine, par ailleurs, se maintient à un 85% phénoménal (tous ces chiffres ont une marge d’erreur de 3.4% en plus ou en moins). Pourtant, ces chiffres me laissent penser que le potentiel de préoccupation et, éventuellement, de déception existe. Le grand avantage qu’a Poutine sur n’importe quel président des États-Unis est que les Russes comprennent que les guerres, toutes les guerres, ont un coût et qu’ils ne sont pas du tout aussi hostiles à la possibilité qu’il y ait des victimes que les gens aux États-Unis et en Europe. Pourtant, alors que les images de combat prises par des drones sont un bon début, Poutine devra se montrer capable de présenter quelque chose de plus tangible bientôt. D’où, probablement, l’actuelle contre-offensive de l’armée syrienne. Cependant, le genre de triomphalisme qui règne actuellement en Russie me met mal à l’aise.

La réaction en Occident, toutefois, a été très négative, tout particulièrement après les attaques des missiles de croisière russes (qui marquent pour la première fois que les Russes ont utilisé leurs ressources non nucléaires mais stratégiques dans une démonstration de force destinée moins à Da’esh qu’aux États-Unis).

 

Le 8 octobre, le secrétaire à la défense Ashton Carter a déclaré :

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«Nous ne sommes pas et ne serons pas d’accord pour coopérer avec la Russie tant qu’elle continue à poursuivre cette stratégie erronée. Nous avons vu un comportement de plus en plus non professionnel de la part des forces russes. Elles ont violé l’espace aérien turc, qui, comme nous l’avons tous dit clairement ici plus tôt cette semaine, et ce qui a été fermement affirmé aujourd’hui à Bruxelles, est un espace aérien de l’Otan. Ils ont tiré des missiles de croisière depuis un navire en mer Caspienne sans avertissement. Ils sont venus à seulement quelques kilomètres de l’un de nos véhicules aériens sans pilote. Ils ont entamé une offensive terrestre conjointe avec le régime syrien, faisant voler en éclats la façade d’une intervention pour combattre État islamique.

Cela aura des conséquences pour la Russie elle-même, qui redoute à juste titre une attaque. Et je m’attends aussi à ce que ces jours prochains, les Russes commencent à déplorer des victimes en Syrie.» (Source : http://www.defense.gov/News/News-Transcripts/Transcript-View/Article/622454/press-conference-by-secretary-carter-at-nato-headquarters-brussels-belgium )

Le lendemain, le porte-parole du ministère russe de la Défense, le major général Igor Konachenkov a répliqué en disant :

 

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«Les représentants du ministère russe de la Défense, dans leur évaluation des actions de l’armée états-unienne et des diverses opérations que les États-Unis ont engagées dans le monde, ne sont jamais tombés au point d’exprimer publiquement l’espoir que des militaires états-uniens ou, encore moins, de simples citoyens américains, puissent mourir. La déclaration aujourd’hui du chef du Pentagone Ashton Carter illustre malheureusement clairement l’actuel niveau de culture politique de certains représentants du gouvernement des États-Unis ou, devrais-je dire, leur degré de cynisme à l’égard du reste du monde. Je suis sûr qu’aucun général US ne se serait jamais permis d’exprimer lui-même de tels sentiments.» (Source : http://tass.ru/politika/2331242 )

Cela ne vous rappelle rien? Cela ne ressemble-t-il pas à la menace proférée par le chef du renseignement saoudien, le Prince Bandar bin Sultan, de déchaîner des attaques terroristes tchétchènes contre la Russie ? A tout le moins, c’est, de nouveau, un signe que les États-Unis contrôlent ou, plutôt, pensent qu’ils contrôlent les fous wahhabites et qu’ils peuvent les lâcher contre n’importe quel adversaire.

Typiquement, il y a deux manières primaires, pour l’Occident, de traiter toute opération militaire russe : soit elle est présentée comme un meurtre de masse et une boucherie, soit comme brutale, primitive et inefficace. CNN a choisi la seconde solution et a rapporté qu’«un certain nombre de missiles de croisière lancés depuis un navire russe sur des cibles en Syrie se sont écrasés en Iran, ont déclaré deux responsables états-uniens à CNN jeudi». La Russie et l’Iran ont immédiatement démenti, quant au département d’État et au Pentagone, ils ont refusé de confirmer ou d’infirmer ces informations.

Maria Zakarova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a réagi avec dégoût à ces articles sur son compte Facebook et a écrit : «J’ai lu les articles de CNN affirmant que ‹des missiles russes sont tombés en Iran›. Je me pose la question : ont-ils écrit cela par colère impuissante, ou quoi ? Quant aux références constantes à des ‹sources›, elles font penser à l’écoulement de l’eau dans les égouts.»

De toute évidence, les Russes sont passablement dégoûtés des réactions assez pathétiques des responsables états-uniens, qui paraissent plutôt désemparés quant à ce qu’il faut faire ensuite.

Ces apparences, cependant, peuvent être trompeuses : ce jeu est loin d’être terminé.

Comme je l’ai écrit dans un billet récent, l’idée que la Russie a mis en place une zone d’exclusion aérienne en Syrie est totalement fausse : quatre SU-30MS, même soutenus par six SU-34 ne suffisent pas à établir une quelconque zone d’exclusion aérienne. La véritable mission de ces SU-30MS est de protéger l’armée de l’air russe de tout avion de combat turc ou israélien trop zélé, et non d’instaurer une zone d’exclusion aérienne. En fait, selon le commandant de l’US Air Force en Syrie, les États-Unis font beaucoup plus de sorties que les Russes. Ce qu’il n’ajoute pas est que la plupart de ces sorties états-uniennes n’utilisent pas d’armes, tandis que celles des Russes, oui. Mais, en réalité, cela revient à comparer des pommes et des oranges. L’US Air Force peut faire autant de sorties aériennes qu’elle veut, seule l’armée de l’air russe opère en coordination étroite avec les forces syriennes et iraniennes au sol.

Ce qui me préoccupe davantage est que les gens dans les deux camps aiment à se livrer à de la bravade à bon marché et à dire des choses comme «les Américains/les Russes n’oseraient jamais attaquer une force aérienne russe/américaine». C’est une façon très dangereuse de penser à ce qu’il se passe parce qu’elle fait fi de toutes les preuves historiques que les responsables prennent des décisions très stupides pour tenter d’éviter de paraître humiliés par l’autre camp (Ehud Olmert en 2006 me vient immédiatement à l’esprit). Le fait que Obama et les États-Unis semblent totalement largués est sympathique, bien sûr, mais aussi potentiellement très dangereux.

La bonne nouvelle est qu’au moins pour le moment, ni la Russie ni les États-Unis ne se menacent directement, du moins sur le plan militaire. L’US Air Force a apparemment décidé un rayon d’évitement de 20 miles et, alors que les Russes n’ont fait aucune déclaration à ce propos, je suis à peu près sûr qu’ils veillent à ne pas interférer avec les Américains, et encore moins à les menacer directement. Il n’empêche, cette situation est intrinsèquement dangereuse.

Puisque que c’est une véritable zone de combat et pas seulement une quelconque zone de patrouille en temps de paix, les avions russes et américains doivent utiliser des modes radar qui sont normalement associés à des intentions hostiles : pas seulement balayer le ciel pour repérer tout ennemi potentiel, mais aussi tracer activement tout avion détecté. C’est une situation très délicate parce qu’une fois qu’un radar a repéré un avion et le suit activement, tout ce que le pilote a à faire est de presser sur un bouton. Pour le pilote dans l’avion, c’est comme avoir un pistolet pointé sur lui – cela le rend très nerveux. Pour aggraver les choses, les avions modernes peuvent actuellement s’engager de part et d’autre sans utiliser les modes radar et ils peuvent tenter de dissimuler leurs signaux radar, mais cela ne fait qu’ajouter à la tension. C’est précisément parce que les États-Unis et la Russie sont deux puissances nucléaires qu’il est crucial qu’aucun côté ne compte sur l’autre pour baisser les yeux le premier ou jouer au plus fort. Les politiciens peuvent céder à ce genre d’absurdité, mais j’espère que les généraux des deux camps feront tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter une telle situation. Juste maintenant, la situation semble sous contrôle, mais cela pourrait se gâter très rapidement. Heureusement, le Pentagone et l’état-major général russe arriveront bientôt à un accord pour désamorcer le conflit.

Il y a de nombreux rapports selon lesquels l’Iran prépare une intervention majeure en Syrie. Ces rapport proviennent de nombreuses sources et je les considère comme crédibles, simplement parce qu’il n’y a pas moyen que l’intervention russe très limitée puisse réellement changer le cours de la guerre, du moins pas d’elle-même. Oui, j’insiste sur le fait que l’intervention russe est très limitée. Douze SU-24M, autant de SU-25SM, 6 SU-34 et 4 SU-30SM ne sont pas une force importante, même soutenue par des hélicoptères et des missiles de croisière. Oui, les forces russes ont été très efficaces pour soulager la pression sur le front du nord-ouest et pour permettre une contre-offensive de l’Armée syrienne, mais cela ne mettra pas fin, en soi, à la guerre. Pour la bonne raison que si les choses deviennent vraiment moches, les fous d’État islamique peuvent simplement répéter ce qu’ils ont déjà fait par le passé : passer la frontière de la Turquie, de la Jordanie et de l’Irak. En outre, vous ne pouvez pas tenir un terrain depuis les airs. Pour cela, il faut des troupes au sol et les troupes russes ne viendront pas – Poutine l’a déclaré sans ambiguïté (bien qu’il ait laissé une petite porte ouverte pour un futur changement de stratégie en disant qu’une intervention terrestre ne faisait pas partie des projets actuels). Indépendamment de cela, toute intervention brève ou très brève serait extrêmement difficile à vendre en Russie et par conséquent je continue à ne pas y croire. Je parie sur les Iraniens. Bon, quand je dis Iraniens, je veut dire les Iraniens et leurs alliés, y compris le Hezbollah, mais pas nécessairement sous des uniformes iraniens.

Il y a des chances que les Iraniens et les Syriens veuillent maintenir l’ampleur de l’implication iranienne aussi secrète que possible. Mais, bien sûr, ils ne seront pas en mesure de tromper les États-Unis, la Turquie ou Israël très longtemps, du moins pas si des forces iraniennes importantes sont impliquées.

Donc la grande question que je me pose est la suivante : que feront les États-Unis si (quand ?) l’Iran intervient en Syrie ?

Il y a des chances que les Irakiens demandent à la Russie de les aider à vaincre Da’esh exactement au moment où les Iraniens passeront à l’action. Si les Russes sont d’accord, et il semble qu’ils pourraient l’être, l’armée de l’air russe fournira une couverture aérienne aux forces iraniennes se rendant en Syrie en passant par l’Irak. Mon hypothèse est que les Russes essaieront d’obtenir une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant une intervention internationale en Syrie ou, si cela échoue, ils essaieront d’arriver à quelque accord avec les États-Unis. Mais ça va être épouvantablement difficile, puisque les néocons vont péter les plombs si les Iraniens entrent massivement en Syrie.

 

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Juste maintenant, l’Armée de l’air russe n’a pas les ressources nécessaires pour soutenir une action iranienne en Syrie, et ce pourrait être la raison d’une résurgence de la rumeur sur six MIG-31 livrés en Syrie. Personnellement, je n’en ai aucune preuve, du moins pas émanant d’une source à demi décente, mais si cela arrive réellement, alors cela changera beaucoup les règles du jeu, parce qu’une chose est certaine : les MiG-31 ne seront jamais utilisés contre État islamique ou même contre quelques avions turcs ou israéliens isolés; si jamais des MiG-31 apparaissaient vraiment dans le ciel de la Syrie, leur but serait de garder le contrôle sur son espace aérien et cela implique une menace directe et crédible contre les États-Unis et leurs alliés. Il en va de même pour le déploiement actuel des S-300. Dieu merci, nous n’y sommes pas encore. Mais à moins que l’Armée syrienne ne réalise une offensive extrêmement réussie contre Da’esh, une vaste opération iranienne sera très probable. Alors les choses deviendront très dangereuses, en effet.

En attendant, l’Otan est toujours occupée à faire de grandes déclarations sur le fait qu’elle est «prête à défendre la Turquie», tandis que McCain déclare que les États-Unis et la Russie sont engagés dans une «guerre par procuration». Nous devrions être reconnaissants pour ces puissantes émissions d’air chaud parce que, espérons-le, tant que les dirigeants occidentaux ont l’impression que leurs paroles creuses les font paraître crédibles, ils ne sont pas tentés de faire quelque chose de vraiment stupide et dangereux.

Ce sont certainement des temps dangereux.

The Saker

SOURCE : Cette chronique a été écrite à l’origine pour The Unz Review:

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.net/bilan-de-la-premiere-semaine-dintervention-militaire-russe-en-syrie/

 

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Après l’attentat contre son ambassade à Damas, les Russes testent « Terminator » en Syrie

Après l’attentat contre son ambassade à Damas, les Russes testent « Terminator » en Syrie

La Russie a décidé d’envoyer beaucoup d’armes plus performantes en Syrie. Dans un précédent article, je parlais de l’hélicoptère d’attaque Mi-28 NE et des équipements Shtora-1, conçus pour neutraliser les missiles américains antichars BGM-71 TOW dont sont dotés les rebelles islamistes.

La Russie teste d’autres nouvelles armes en Syrie

Après que l’ambassade de Russie à Damas ait été frappée par deux roquettes lancées par les rebelles islamistes à partir de la périphérie de la capitale, la Russie a décidé d’introduire dans le théâtre des opérations militaires des centaines de moyens de reconnaissance avancés et des blindés Terminator.

Les moyens modernes de reconnaissance avancé servent à déterminer les coordonnées des emplacements des sites d’artillerie classiques, de lancement de missiles ou de roquettes antichars et les blindés ennemis. Ils détectent l’ouverture de feu, suivent la trajectoire du projectile, trouvent l’endroit d’où il a été tiré, et ce, dès le premier tir. Ces avant-postes mobiles sont capables de créer une carte numérique en temps réel, avec les coordonnées GPS/GLONASS des éléments du dispositif de l’ennemi. Ces données sont transmises, via des canaux reliés à des satellites de télécommunications militaires, aux bombardiers survolant la zone ou à des blindés de type Terminator et TOS-1.tos1_l. 20151015jpg

Le système de recherche d’artillerie « PRP-4A Argus » est le fruit d’un montage du radar IL120-1 et des capteurs optroniques dans le spectre infrarouge et laser sur les véhicules de combat de l’infanterie BMP-1, à la place de la tourelle.f0.20151015jpg

Les équipements combinant des capteurs et le système PRP-4A Argus couvrent un champ d’observation de 360 °, et permettent de déterminer les coordonnées de l’artillerie et des véhicules blindés ennemis jusqu’à 20 km, ou des groupes de tireurs isolés jusqu’à 7 km. La mesure de distance est effectuée automatiquement par deux télémètres laser.

Les Etats-Unis ont livré à l’Ukraine en 2014, des dizaines de radars de contre-batterie AN/TPQ-48 montés sur des Humvee, similaires aux PRP-4A Argus.

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Le BMPT Terminator est un blindé sur châssis de char T-72, destiné aux missions de « nettoyage » des points de résistance ennemis dans les zones urbaines. Il est armé de quatre lance-roquettes anti-char guidées 9M120 Ataka (portée 6 km), deux canons automatiques de calibre 30 mm (cadence de tir de 200 coups/min), deux lance-grenades antichars AG-17D (600 grenades) et une mitrailleuse coaxiale PKTM de calibre 7,62 mm.

 

Vidéo en version complète :

https://www.youtube.com/watch?v=J_pA0Or0Cqg

Terminator dispose d’un système de contrôle de tir informatisé qui intègre un canal panoramique de surveillance dans l’infrarouge du champ tactique (360°), un canal dans le spectre optique et un canal séparé de détection de systèmes de guidage de missiles antichars ennemis. Le centre de contrôle de tir dispose d’un télémètre laser et d’un système de navigation GPS / GLONASS.

Source : Valentin Vasilescu

Valentin Vasilescu

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Pilote d’aviation, ancien commandant adjoint des forces militaires à l’Aéroport Otopeni, diplômé en sciences militaires à l’Académie des études militaires à Bucarest 1992.

Traduction Avic – Réseau International

http://www.ziaruldegarda.ro/dupa-lovirea-ambasadei-lor-de-la-damasc-rusii-testeaza-terminatorul-in-siria/

L’arme ultrasecrète qui permet à Poutine d’assoir sa suprématie dans la guerre radio électronique en Syrie ?

 

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L’arme ultrasecrète qui permet à Poutine d’assoir sa suprématie dans la guerre radio électronique en Syrie ?

La Russie savait dès le départ que les systèmes de surveillance aérienne et spatiale de l’OTAN étaient en mesure de contrôler toute l’activité des avions militaires russes basés en Syrie. Grâce aux avions de reconnaissance américains RC135, aux avions britanniques Sentinel R1, aux avions-radars AWACS et aux drones (avions sans pilote d’observation) Predator, déployés aux frontières de la Syrie, il est possible d’intercepter : le trafic radio sur les réseaux russes, le nombre et le type d’aéronefs, les trajectoires de vol, le type d’arme utilisé, les objectifs ciblés chez les rebelles et leur emplacement. Surtout que la plupart des groupes rebelles en Syrie sont armés et soutenus par les Etats-Unis et peuvent être avertis à temps pour chaque opération.

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Avion américain de reconnaissance électronique Awacs

Les médias ont présenté longuement les types de bombardiers russes opérant en Syrie, les armes dont ils sont équipés et qu’ils utilisent pour les frappes aériennes ainsi que les résultats de ces frappes. La plus sophistiquée, « l’arme secrète » avec laquelle les russes ont imposé leur suprématie en matière de guerre électronique (EW-Electronic warfare), reste entourée de mystère. Reste également enveloppé de mystère le redoutable système russe de collecte et de traitement de l’information. Ces deux catégories d’armes constituent le complexe automatisé C4I (commandement, contrôle, communication, computers, information et l’interopérabilité) que les Russes ont créé en Syrie. Il permet l’identification des cibles des bombardements et leur répartition parmi les différents types d’avions, tout en empêchant l’OTAN de découvrir quoi que ce soit du modus operandi des Russes. En l’absence d’un minimum d’informations, l’OTAN ne peut pas déclencher de contre-mesures électroniques (ECM) efficaces contre les Russes en syrie.

 

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Les moyens de guerre électronique terrestres, navals et aériens que la Russie a déployés sur le théâtre des opérations militaires de la Syrie permettent de surveiller l’intégralité du spectre électromagnétique pour localiser les émetteurs de l’ennemi et les brouiller. La guerre électronique s’étend aujourd’hui au brouillage des communications, des radars et des surveillances électro-optiques. Les équipements modernes générateurs de contre-mesures, y compris dans le spectre visible, infrarouge ou laser, utilisent des moyens de surveillance électro-optiques aériens et spatiaux (IMINT) pour contrecarrer les Russes dans l’anéantissement de l’EI. Pour protéger le dispositif contre les moyens de recherche de l’OTAN, les Russes ont déployé en Syrie, plusieurs Krasukha-4. Les avions russe Su-24, Su-25, Su-34 sont équipés de conteneur de brouillage SAP-518/ SPS-171, et les hélicoptères Mi-8AMTSh avec des Richag-AV. A cela s’ajoute le navire Priazovye (de classe Vishnya), appartenant à la flotte russe de la mer Noire, qui a été déployé en mer Méditerranée, près de la côte syrienne. Ce navire est spécialisé dans le brouillage et la collecte des informations de type SIGINT et COMINT (interception de tous les réseaux de communications).
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Le Krasukha-4 est un équipement à bande large mobile, monté sur le châssis 8 X 8 de type BAZ-6910-022, qui brouille les radars de surveillance des satellites militaires, les radars au sol et aériens de type AWACS et ceux montés sur des avions sans pilote (drone). Le Krasukha-4 est le seul système capable de brouiller les satellites-espions américains de la famille Lacrosse/Onyx. Ces satellites évoluent sur orbite basse et sont équipées de SAR (Synthetic Aperture Radar) qui leur permet de pénétrer la couche de nuages ainsi que le sol ou les murs des bâtiments, avec une résolution de 20 cm.

Quelles ont été les conséquences des mesures de guerre radio électronique mises en place par les Russes en Syrie?

L’équipement Krasukha-4 disposé sur la base aérienne russe de Hmeymim (gouvernorat de Lattaquié) crée un bouclier d’invisibilité pour les objets dans les airs et au sol avec un rayon de 300 km. Le Krasukha-4 est en mesure « d’aveugler » les radars de détection et de guidage des missiles antiaériens MIM-104 Patriot situés sur la frontière turque, et également les radars des avions de chasse F-16C turcs décollant de la base de Incirlik, concourant ainsi à créer une « zone d’exclusion aérienne » au-dessus de la Syrie. La base aérienne d’Incirlik se trouve non loin de la ville d’Adana, à 140 km au nord de Lattaquié.

 

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Sous la protection des Krasukha-4 et d’autres systèmes de brouillage, des dizaines d’avions russes n’ont pas été détectés par l’OTAN durant leur vol et leur atterrissage en Syrie, mais seulement quelques jours après qu’ils soient arrivés sur la base aérienne Hmeymim.

Comment les avions de combat russes sont-ils arrivés en Syrie sans que personne ne s’en aperçoive ?

À la suite des mesures de guerre électronique appliquées par les Russes, les rebelles islamistes « modérés » qui étaient informés par les États-Unis à partir de 2013, sur tous les mouvements de l’armée syrienne, n’ont plus eu de données sur la concentration en secret des troupes syriennes sur l’axe Lattaquié-Idlib (Nord de Lattaquié), Lattaquié-Hama (à l’Est de Lattaquié) et Lattaquié-Homs.

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Cela a permis à l’armée syrienne, appuyée par des bombardiers russes, de déclencher des actions offensives avec des blindés pour reprendre aux rebelles le contrôle du segment Idlib-Hama-Homs de l’autoroute M5 qui relie Damas à Alep.

Offensive de grande envergure de l’armée nationale syrienne

Rappelons qu’en Syrie, l’armée russe a créé un système de surveillance-frappe au sein duquel la collecte et le traitement de l’information est stratifié sur plusieurs niveaux. Le premier niveau d’information est destiné aux unités de sécurité des cantonnements des troupes russes en Syrie (aéroport de Lattaquié et port de Tartous). Ceci est assuré par 4-6 mini avions et hélicoptères sans pilote (UAV) de type de ZALA, ultralégers et silencieux, propulsés par un moteur électrique, avec un rayon d’action jusqu’à 30 kilomètres.

Pour détecter les cibles pour les missions de bombardement de moyenne distance, les Russes utilisent 36 avions sans pilote type Yakovlev Pchela-1T et Orlan-10, et pour la surveillance de la totalité du territoire syrien, ils utilisent des drones de reconnaissance Dozor 600 ou Altius, similaires aux MQ-1B Predator américains.

Pour la surveillance de l’ensemble du territoire syrien, les Russes ont également déployé des avions de reconnaissance ELINT, de type Il-20M1, équipés de radar Kvalat-2, qui peuvent détecter des avions, des véhicules terrestres et des pièces d’artillerie jusqu’à une distance de 300 km. L’avion Il-20M1 est, de plus, équipé de système d’interception et de brouillage de toutes les communications militaires, radars et téléphonie mobiles, ainsi que d’un appareil photo haute résolution (A-87P).

Valentin Vasilescu

Traduction Avic – Réseau International

http://www.ziaruldegarda.ro/cu-ce-arme-ultrasecrete-a-cistigat-putin-suprematia-in-razboiul-radioelectronic-din-siria/

 

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La Russie teste d’autres nouvelles armes en Syrie

 

 

La Russie teste d’autres nouvelles armes en Syrie

 

Selon le magazine Asian Defense News (L’hélicoptère de combat russe Mil Mi-28 est arrivé en Syrie), une nouvelle escadrille d’hélicoptères d’attaque russe, composée de 12 Mi-28 NE, vient de faire son apparition en Syrie. Dans le même temps, il a été remarqué, sur les blindés qui mènent l’action offensive dans l’Ouest et le centre de la Syrie, le nouvel équipement électro-optique russe Shtora-1. Nous avons vu également, la semaine dernière, que les russes avaient lancé, à partir de la Mer Caspienne, 26 missiles de croisière 3M-14T Kaliber qui, après avoir parcouru 1500 km, ont touché leurs cibles en Syrie.

 

La Russie a lancé 26 missiles de croisière à partir de la mer Caspienne sur des cibles de l’EI

 

L’hélicoptère blindé Mi-28 NE est le rival russe de l’appareil américain bien connu AH-64 D, et coûte 50 % du prix d’un avion de chasse (25 millions de dollars). L’hélicoptère a une masse maximale au décollage de 11 T, et il peut prendre à bord 2,5 tonnes d’armes. Comme armement, l’hélicoptère dispose dans son nez d’un canon mobile Cal. 30 mm (automatique guidé dans la direction de la vue de l’opérateur de l’arme). Il dispose également de 16 missiles antichars guidés, de 40 missiles S-8 ou S-13. La vitesse maximale du Mi-28 est de 320 km/h, son plafond pratique de 5.700 m et son autonomie de 1.100 km.

 

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L’équipage d’un Mi-28 est composé de deux membres : le pilote sur le siège arrière, et l’opérateur des systèmes d’armes, placé à l’avant. Depuis l’année dernière, la Russie a soutenu l’Irak dans la lutte contre l’EI, en lui livrant une partie des 56 hélicoptères Mi-28 commandés par ce pays qui renonce ainsi aux hélicoptères AH-64 D dont les Etats-Unis avaient reporté la livraison.

 

Dans un article précédent, j’avais donné des détails sur « l’arme secrète » la plus sophistiquée qui a permis à la Russie d’assoir sa suprématie en Syrie en termes de guerre radio électronique (Electronic Warfare -EW).

 

L’arme ultrasecrète qui permet à Poutine d’assoir sa suprématie dans la guerre radio électronique en Syrie ?

 

Ainsi, à la suite de mesures mises en œuvre par la guerre radio-électronique de la Russie, les rebelles islamistes «modérés» n’ont pu recevoir aucune information par satellite de leurs sponsors américains, notamment sur les mouvements de l’armée syrienne. L’armée a pu concentrer, en secret, ses troupes sur les axes Lattaquié-Idlib (Nord de Lattaquié), Lattaquié-Hama (à l’Est de Lattaquié) et Lattaquié-Homs, d’où elle a déclenché les actions offensives avec des blindés pour reprendre aux rebelles le contrôle du segment Idlib-Hama-Homs de l’autoroute M5 qui relie Damas à Alep.

 

Offensive de grande envergure de l’armée nationale syrienne

 

Jusqu’à l’apparition de bombardements russes en Syrie, l’armée nationale syrienne avait subi de lourdes pertes infligées à ses blindés par les rebelles islamistes « modérés », armés de missiles antichar BGM-71 TOW fournis par les États-Unis.

 

Le Shtora-1 est un équipement russe électro-optique actif de protection des blindés, spécialement conçu pour neutraliser le principal missile antichar de la dotation de l’armée américaine, le BGM-71 TOW. La Russie a maintenant commencé à distribuer une quantité impressionnante de ce matériel à l’armée syrienne. Le Shtora-1 brouille le faisceau laser ou infrarouge du système de guidage des missiles et leur fait manquer leurs cibles. Il brouille également les télémètres laser, les empêchant ainsi d’effectuer des mesures correctes de la distance qui les sépare de leurs cibles. Cet équipement est monté sur les chars russes T-90 MS, les véhicules de combat d’infanterie BMP-3M et d’autres blindés des forces terrestres de l’armée russe.

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Chaque élément de l’équipement comporte quatre paires de capteurs infra-rouge et laser couvrant un champ de vision de 360 degrés. La détection de la source de guidage du missile antichar est déterminée avec une précision de 3 degrés. Quatre émetteurs de contre-mesures commencent à créer des impulsions dirigées de brouillage, puis, quand le système de guidage antichar est détecté, intervient le lancement des missiles de riposte.

 

En outre, l’équipement est doté de lance-grenades aérosol qui crée un écran opaque dans le spectre de guidage infrarouge et laser. Les grenades sont lancées à 50-70 m du blindé à protéger. Le Shtor-1 est assisté par un microprocesseur qui reçoit des informations en provenance des capteurs d’alerte et active des contremesures.

 

Valentin Vasilescu

 

Traduction Avic – Réseau International

 

http://www.ziaruldegarda.ro/rusia-isi-testeaza-alte-noi-arme-in-siria/

 

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Syrie : nouvelle contre-attaque surprise au Sud d’Alep, les lignes jihadistes pulvérisées

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La contre offensive contre les forces jihadistes en Syrie se poursuit. Dans la matinée d’hier et aujourd’hui, les forces syriennes et des éléments du Hezbollah, appuyés par la force aérienne russe, ont percé les lignes islamistes au Sud-Est d’Alep, forçant les bandes armées à engager leurs réserves. Il s’agit de la cinquième grande opération en trois semaines, après le Nord d’Hama, le Nord-Est de Lattaquié, la poche Homs-Hama et la banlieue Nord-Est de Damas. Il faut s’attendre à d’autres attaques du même type dans les jours à venir.

Selon le porte-parole du ministère russe de la Défense, le général Igor Konaskenkov, jeudi un avion de reconnaissance de haute altitude, un Il-22M1, a repéré, grâce à son équipement embarqué SIGINT, l’empreinte électromagnétique de l’émetteur radar d’un système de missiles sol-air de type Osa-AKM (9K33M3, SA-8b Gecko en code OTAN). Les coordonnées de son emplacement correspondaient à un territoire contrôlé par l’EI (source).

Cette semaine déjà, les Su-34 ont détruit un autre Osa-M dans la banlieue Nord-Est de Damas, un engin capturé aux forces syriennes il y a plusieurs mois. Ce système peut aussi venir de Jordanie et ses servants peuvent avoir été formés en Jordanie ou en Turquie.

Et des renforts russes continuent d’arriver : deux bâtiments de transport de troupes et de matériels de la marine de guerre russe (VMF) de type Project 1171 Tapir (Alligator en code OTAN) viennent d’être aperçus franchissant le détroit du Bosphore. Selon les observations, ils transporteraient du matériel lourd, sans doute des chars et des blindés. La semaine dernière, dans le port de Novorossiysk, plusieurs T-72B1V et des BMP-2 couleurs sable étaient en attente d’embarquement.

Il y aurait quelque 7.000 jihadistes salafistes issus des anciennes républiques soviétiques qui combattraient en Syrie dans les rangs de Daech, d’al-Nosra ou d’autres formations extrémistes.

Le Quai d’Orsay, à Paris, est en deuil : ceux qui « font du bon boulot » (dixit Laurent Fabius) ont été une fois de plus injustement et durement frappés par les méchants avions russes du vilain Poutine. Abdul Mohsen Abdallah Ibrahim al-Charekh, dit Sanafi al-Nasr, un Saoudien appartenant à la chaine de commandement d’al-Qaïda, a été tué jeudi dans un raid aérien russe près de la ville syrienne de Dana (au Nord d’Idlib, 38 km à l’Ouest d’Alep), avec un autre Saoudien, Abdul Malik al Jazrawi, et un Marocain, Abu Yasir al Maghrebi, tous deux membres du commandement opérationnel d’al-Nosra, filiale locale d’al-Qaïda considérée comme appartenant aux « rebelles modérés » par les chancelleries occidentales.

 

Percée syrienne au Sud d’Alep

Contre-offensive au Sud d’Alep hier matin

A 10 heures (heure locale), ce vendredi matin, la 4e division blindée de l’Armée arabe syrienne (AAS), en coordination avec des éléments du Hezbollah, des Forces de défense nationale et du bataillon « Baas », ont lancé une attaque surprise au Sud d’Alep en direction de l’Ouest.

Cette attaque semble destinée à empêcher le repli des forces jihadistes qui reculent au Nord de la plaine d’al-Ghab et au Nord d’Hama. Les bandes armées islamistes sont maintenant obligées d’engager leurs réserves en première ligne afin de ne pas risquer d’être rapidement débordées sur leurs arrières. L’opération au Sud de la base aérienne de Kuweires en début de semaine était donc destinée à sécuriser cette manœuvre de contournement du front Hama-Idlib-al-Ghab par le Nord-Est, tout en coupant une artère logistique importante à Daech. Dans ce contexte, il semble assez probable que nous verrons bientôt une autre grande attaque contre les régions d’Hama et d’Idlib.

Il semblerait qu’au moins quatre bases logistiques et de commandement des islamistes du Jabhat al-Shamiyah (Front du Levant), d’Ahrar Ash-Sham et de l’Armée syrienne libre aient été prises d’assaut, les assaillants infligeant aux forces jihadistes des pertes sévères. Cette progression a pu être réalisée grâce à l’appui aérien russe : au moins 6 raids ont été notés sur zone hier matin.


Hier soir, la progression se poursuivait en direction du Sud-Ouest, avec l’appui toujours très présent des forces aériennes russes.

 

T-55 du Hezbollah irakien (Harakat al-Nujaba) équipé d’un télémètre

Ce matin, nous avons reçu confirmation que les détachements du Hezbollah (y compris irakien, le Harakat al-Nujaba), appuyés par l’aviation russe, avaient littéralement décimé les groupes armés d’Ahrar Ash-Sham, du Liwaa Suqur al-Sham, de l’Armée syrienne libre (ASL) et du Jabhat al-Nosra dans le Sud du secteur d’Alep.
Les forces de la 4e division blindée sont entrées en fin de matinée dans l’agglomération d’al-Shughaydilah, approchant de la ville d’Hadhar qui se trouve a environ 12 km à l’Est de la voie stratégique M5. Une avancée qui cause inévitablement un problème grave pour les groupes armés islamistes en raison de la proximité de leurs principales bases et de leurs moyens logistiques de 2e et de 3e échelons. Même dans les réseaux sociaux anti-syriens, le pessimisme semble avoir pris le dessus : leurs combattants sont en train de perdre beaucoup de terrain. A la mi-journée, Hadlar était atteinte par les forces loyalistes et en milieu d’après-midi la M5 était en vue.
Des renforts en provenance d’Idlib, plus à l’Ouest s’étaient pourtant portés en direction d’Hadhar, de nuit, dont l’unité « Sultan Murad » équipée de systèmes TOW. Car désormais, les unités antichars de l’ASL (ou des bandes assimilées) équipées de systèmes antichars TOW et formées par la CIA, ont été officiellement intégrées aux kateabats d’al-Nosra. C’est le cas de la Division 30 qui opère à Alep pour l’ASL et qui a remis à al-Nosra la plupart de ses postes de tirs TOW avec servants.

 

Certains T-72 de la 4e division sont équipés du nouveau système antimissile russe Shtora-1. Les versions B avaient déjà pour la plupart les briques « Kontakt-1 » fixées sur le blindage (versions BV et B1V, le « 1 » signifiant sans capacité de tir missile), mais les modèles de missiles antichars TOW en version 2A (à charge tandem) fournis par les Américains permettent de percer les blindages additionnels de type Kontakt. La Russie dispose désormais du Relikt (qui équipe les T-72BM Rogatka) pour protéger le blindage de ses chars lourds, mais il serait étonnant qu’une telle technologie apparaisse sur le théâtre opérationnel syrien.

Progression à l’Est d’Alep

La base aérienne de Kuweires, encerclés depuis des mois, est en passe d’être désenclavée. L’agglomération d’al-Nasiriyah à l’Est d’Alep, à 7 km de la base, vient d’être libérée par les forces spéciales syriennes. La route qui relie Raqqa à Alep est désormais à portée des forces loyalistes qui coupent ainsi tout ravitaillement des bandes islamistes par l’Est d’Alep.
Le groupement « Cheetah » (branche des Forces Tigre) du commandant Shadi Ismail, en coordination avec les Forces de défense nationale, la Kataebat al-Baas (bataillon Baas) et des miliciens irakiens, sont confrontés à un important contingent de l’Etat islamique sur cet axe stratégique qui relie Raqqa au reste de la Syrie.


Hier pas moins de 25 combattants de Daech ont été éliminés sur Nasiriyah et 4 de leurs véhicules blindés armés de canons antiaériens de 23 mm détruits, de même que plusieurs pick-up armés et un important dépôt de munitions. Ce soir, les forces syriennes ne seraient plus qu’à 6 km de Kuweires. Ce soir, plusieurs rapports font état de nouvelles progressions syriennes en direction de la base aérienne assiégée.

Homs – Hama : les jihadistes cèdent un peu de terrain

Colonne de véhicules militaires de fabrication russe récents dans le centre d’Hama, dont en queue un blindé léger GAZ-2975 Tigr.

Les combats contre la poche islamiste entre Homs et Hama se poursuivent. Les forces syriennes et le Hezbollah avancent pas à pas sur Rastan, on signale des accrochages vers Talbiseh, plus au Sud sur la M5, et Dar al Kabirah, verrou à l’extrême Sud de la poche.

Les forces syriennes semblent avoir réussi à pénétrer dans l’agglomération de Ter Maalah, à l’Ouest immédiat de la M5 au Nord de Homs, et des affrontements étaient signalés dans la journée dans le quartier de la mosquée. Les lieux de culte sont les endroits privilégiés pour les jihadistes qui y entreposent munitions, matériels et équipements, et y installent même parfois leurs postes de commandement.

Attaque ce matin de Mi-24P russes sur le Nord de Homs

En revanche, à l’Ouest de la plaine d’al-Ghab, à Jubb al-Ahmar, les forces loyalistes ont dû essuyer plusieurs violentes contre attaques dans la journée, les jihadistes employant même des bombes humaines dans leurs assauts. A l’Ouest, sur les hauteurs vers Salma, les opérations se sont limitées à de la sécurisation des zones reconquises ces derniers jours.

Progressions significatives sur le front Sud

Depuis avant-hier matin, la 90e brigade indépendante de l’Armée arabe syrienne, en coordination avec Régiment du Golan et la Brigade Suqur al-Quneitra (Les faucons de Quneitra) des Forces de défense nationale, a lancé une contre-attaque sur les fermes d’al-Amal situées au Nord de la colline récemment capturée de Tal Ahmar. Les forces loyalistes sont désormais en mesure de reprendre le terrain perdu depuis plusieurs mois sur cette zone Sud de la Syrie.

Abu Qaaqaa, commandant militaire d’al-Nosra près de Damas, aurait été tué à l’Est de Ghouta par les frappes aériennes russes.

Plus au Sud, sur les contre-forts du Golan, plusieurs positions clés ont été reconquises depuis 48 heures vers Quneitra.

Les forces loyalistes ont repris le contrôle des casernements du 60e bataillon du génie de l’Armée arabe syrienne au Nord de Sheikh Miskin dans la région de Daraa. L’agglomération de Sheikh Miskin occupée par les jihadistes a été attaquée sur trois axes en même temps, avec un appui d’artillerie conséquent.

 

Le cheval de Troie de Washington

La Turquie continue de multiplier ses provocations tout en persistant à apporter une aide significative aux bandes jihadistes en Syrie. Le récent épisode du drone « russe » (forcément !) abattu par l’armée turque près de la frontière syrienne, montre qu’Ankara semble prêt à tout pour remettre en cause l’intervention russe en Syrie, y compris jusqu’à provoquer un conflit armé pour soit forcer l’ONU à intervenir (difficile avec la présence russe au conseil de sécurité), soit obliger l’OTAN à réagir.
De surcroît, Ankara craint que les forces kurdes acquièrent suffisamment d’importance et de puissance dans leur lutte contre Daech au point d’être en mesure de renforcer le PKK et de s’imposer régionalement pour revendiquer une autonomie substantielle du Kurdistan. Aussi, le commandement turc a multiplié les opérations répressives ces dernières semaines contre le PKK et assimilés et, cela, avec un état d’esprit très particulier. Le nom de l’opération sur la ville kurde alevi de Dersim est « Yavuz », nom qui était le sultan ottoman qui massacra en masse les Alévis.

Il faut donc s’attendre à un accroissement des actes délibérément provocateurs du côté d’Ankara.

 

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Que se passe-t-il en Syrie? : Le prélude à une troisième guerre mondiale?

Que se passe-t-il en Syrie? : Le prélude à une troisième guerre mondiale?

«L’intervention extérieure agressive a entraîné, au lieu de réformes, la destruction pure et simple des institutions étatiques et du mode de vie lui-même. En lieu et place du triomphe de la démocratie et du progrès règnent la violence, la misère et les catastrophes sociales, tandis que les droits de l’homme, y compris le droit à la vie, ne sont appliqués nulle part(…)»

Vladimir Poutine à la tribune des Nations unies 28.09.201

Les évènements se précipitent au Moyen-Orient et beaucoup de Cassandre annoncent une possible troisième guerre mondiale. On sait que l’unique objectif de Washington et de ses vassaux en Syrie est de destituer Bachar Al-Assad et de le remplacer par une marionnette américaine capable de mettre en oeuvre le plan de Qatar Petroleum (soutenu par l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et les Etats-Unis), pour remplacer le russe Gazprom sur le marché européen du gaz naturel et du pétrole brut. C’est l’opposition de Bachar Al-Assad à ce plan qui a déclenché l’utilisation de forces extérieures et la guerre civile de la Syrie. Tout ne marcha pas comme prévu et la Syrie n’est pas la Libye.

La stratégie de Poutine

On dit que Poutine est un joueur d’échecs qui a une revanche à prendre sur ceux aux Etats-Unis et en Europe vassale qui le prenaient pour quantité négligeable au point de faire des rodomontades et de sanctionner la Russie pour avoir refusé d’avoir une Otan à ses portes – en Ukraine ou en Ossétie. Par trois fois Poutine joue et met en échec l’Occident qui l’a exclu du G7. Souvenons-nous de l’Ossétie et de l’amateurisme du Géorgien Sakashvili! Souvenons-nous de la façon élégante avec laquelle il a fait que la Crimée rejoigne le bercail russe!

Souvenons-nous enfin, de la façon avec laquelle il a pu imposer une zone tampon avec l’Ukraine! Le dernier coup d’échecs est la stratégie-éclair avec laquelle il a retapé les bases de Lattaquié et de Tartous et y a amené rapidement une flotte impressionnante et opérationnelle.

Le commentaire suivant est édifiant: «Dix-huit mois après la prise de contrôle de la Crimée, au terme d’une opération militaire éclair, le Kremlin a réussi un nouveau coup de maître: prendre de court toutes les puissances impliquées en déclenchant une intervention militaire dont il s’avère qu’elle a été préparée de longue date. Gravité et confusion: les deux mots peuvent aussi résumer la réunion de l’Otan qui s’est tenue jeudi 8 octobre à Bruxelles. «Nous assistons à une escalade inquiétante», a estimé le secrétaire général de l’Alliance atlantique. Vladimir Poutine s’est réinstallé au centre d’un grand jeu diplomatique. L’intervention militaire de Moscou marque un basculement, (…) Pour la première fois depuis les guerres d’Indochine ou d’Afghanistan, deux coalitions militaires internationales se défient sur le territoire d’un même pays. D’un côté, celle menée par les États-Unis et qui revendique le soutien d’une soixantaine de pays, même si dans les faits, une demi-douzaine d’États participent aux opérations. De l’autre, cette nouvelle coalition annoncée par Vladimir Poutine à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU il y a trois semaines.» (1)

«Tous les éléments sont ainsi en place pour une escalade militaire incontrôlée, qui pourrait conduire à une déflagration dans tout le Moyen-Orient. Appuyé par une diplomatie russe qui connaît parfaitement cette région et a su démontrer son efficacité, Vladimir Poutine a fait le choix d’accélérer en toute connaissance de cause, convaincu que le moment était venu d’enfermer dans un piège la coalition américaine pour imposer une solution politique intégrant ses conditions. Mais il ne s’agit là que d’une des nombreuses raisons de cette intervention militaire inédite. Une démonstration militaire au nez et à la barbe de l’Otan et des Etats-Unis.
La puissance militaire russe est de retour. Moscou fait la démonstration qu’il est capable de projeter une force d’intervention importante à des milliers de kilomètres de son territoire. A en croire Moscou, mais aussi Damas, tout serait différent cette fois, l’aviation russe intervenant de manière coordonnée avec les forces au sol de l’armée syrienne et lui apportant ainsi une puissance décisive. Porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova ne disait pas autre chose le 6 octobre: «Ce qui est très important, c’est que nous coordonnons notre action avec l’armée syrienne. C’est un point fondamental. Vous ne pouvez pas combattre l’État islamique sans coordonner vos efforts avec ceux qui le combattent au sol. Et en Syrie, c’est l’armée syrienne qui le combat. C’est pour avoir refusé cette coordination que l’intervention de la coalition [américaine] est inefficace.» (1)

«Les frappes russes s’étant concentrées ces premiers jours dans le nord-ouest de la Syrie, entre Alep et Homs, là où l’armée de Bachar al-Assad est la plus menacée, elles permettent au régime syrien de retrouver des marges de manoeuvre et d’éviter de nouvelles défaites et pertes de territoire. Moscou prend ainsi sa revanche contre l’hyperpuissance militaire américaine et met l’Otan face à ses contradictions et à son impuissance. Impuissance vérifiée, puisque l’Otan n’a su ni prévenir ni sanctionner l’incursion d’avions de chasse russes dans l’espace aérien turc en milieu de semaine, pas plus qu’elle ne sait comment répondre à l’intervention en Syrie. (…) Ce retour militaire de la Russie s’accompagne d’un projet politique plus vaste. Vladimir Poutine l’a exposé devant l’Assemblée générale des Nations unies le 28 septembre, dans un discours s’en prenant frontalement aux États-Unis mais aussi à ces Européens ayant déclenché, entre autres, la guerre en Libye et le renversement de Kadhafi, après le désastre afghan et irakien.» (1)

« Répétant son soutien au régime syrien, «seul légitime», et à Bachar al-Assad, accusant l’«opposition dite modérée» syrienne de n’être qu’un faux nez de l’État islamique et des groupes terroristes, le président russe met depuis en scène une coalition alternative.
Trosième raison: le soutien à Assad mais, au-delà, le renforcement des intérêts russes dans la région avec, au passage, une alliance renouvelée avec l’Iran. «Il y a ce qu’on appelle la légitimité des autorités étatiques. Nous ne pouvons pas jouer sur les mots à des fins de manipulation. Nous sommes tous différents et nous devons le respecter.» C’est l’argumentaire résumé par Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères: «Nous avons vu ce qui s’est passé en Libye. Nous avons vu le colonel Kadhafi d’abord démonisé puis éliminé, et nous avons vu le résultat. Si je vous propose les deux scénarios suivants, lequel choisissez-vous? Renverser un dirigeant qui n’était certainement pas un ange ou préserver un pays et un peuple, empêcher un État de devenir un trou noir du terrorisme? Je suis sûre que vous choisirez la deuxième option.» (1)

Riyadh prêt à coopérer avec Moscou pour sauvegarder l’unité de la Syrie

Renversement d’alliance: le pire ennemi d’Al Assad veut le sauver. L’Arabie Saoudite et la Russie ont confirmé qu’elles poursuivaient les mêmes buts en Syrie, a annoncé le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. «Nous travaillons avec l’Arabie Saoudite sur la question syrienne depuis plusieurs années. Aujourd’hui, le président a confirmé que les buts que l’Arabie Saoudite et la Russie poursuivent en Syrie coïncident», a déclaré le chef de la diplomatie russe après une rencontre avec le ministre de la Défense de l’Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane Al Saoud.

Curieusement, on apprend que les Américains veulent abattre les avions russes, ils s’appuient sur les Saoudiens. Valentin Valescu écrit à ce sujet : «Contre les avions russes Su-25 qui volent souvent sous l’altitude de 5000 mètres pour les missions d’appui rapproché, les missiles portatifs américains FIM-92 Stinger, produits sous licence par Roketsan (Turquie), sont très efficaces. Les officiels saoudiens ont déjà répondu à la demande américaine, affirmant avoir livré cette semaine aux rebelles islamistes, encore un lot de systèmes de missiles antichars américains BGM-71 TOW, pour stopper l’offensive de l’armée nationale syrienne.

En fait ce n’est pas pour sauver l’unité de la Syrie que la monarchie saoudienne est prête à coopérer avec la Russie, mais pour sauver le trône menacé de l’intérieur (contestation des chiites du Sud pétrolier – région de Qatif) et de l’extérieur (résistance patriotique des Houtis yéménites contre l’invasion des Saoud).

Un nouvel acteur pour le Moyen-Orient

Il semble que l’influence américaine soit sur le déclin. La Russie s’implique au Moyen-Orient. Grâce à l’opération en Syrie, l’influence russe dans le Proche-Orient est sans précédent. «L’influence américaine et son implication dans les affaires de la région traversent une période de déclin sans précédent depuis la Seconde Guerre Mondiale», estime l’ancien ambassadeur américain en Afghanistan, en Syrie, en Irak, au Liban, au Koweït et au Pakistan Ryan Crocker. Les alliés des Etats-Unis dans le Proche-Orient sont inquiets et optent souvent pour un compromis avec la Russie, souligne le Wall Street Journal (WSJ). C’est notamment le cas d’Israël, qui a refusé de soutenir la résolution proposée par les Etats-Unis à l’Assemblée générale de l’ONU, concernant la Crimée, et qui ne critique pas actuellement les frappes russes en Syrie. Bien que la Maison-Blanche essaye de contester le déclin de ses forces, les événements de ces dernières semaines, notamment le «gambit syrien» russe, font que la Russie est actuellement encore plus puissante dans le Proche-Orient que dans les années 1970-1980. «M. Poutine aspire à une sorte de dominance conjointe avec les Etats-Unis dans le Proche-Orient et il a presque réussi», estime Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris. Plusieurs forces dans la région, surtout l’Irak et les Kurdes, sont désenchantées par l’incapacité des Etats-Unis de contrer le groupe terroriste Etat islamique et saluent donc l’opération russe en Syrie.»(2)

Le basculement vers un nouveau statut quo : Un reshaping du Moyen Orient

«Pour Paul Craig Roberts: «Le monde commence à se rendre compte qu’un bouleversement dans les affaires du monde était en train de se passer le 28 septembre, lorsque le président Poutine de la Russie a déclaré dans son discours à l’ONU que la Russie ne peut plus tolérer la politique vicieuse, stupide et vouée à l’échec de Washington qui a déclenché le chaos qui s’est déversé sur le Moyen- Orient et maintenant l’Europe. Deux jours plus tard, la Russie a pris la situation militaire en main en Syrie et a commencé la destruction des forces de l’Etat islamique. (…) L’afflux de populations indésirables est en train de sensibiliser les Européens sur le coût élevé de la mise en oeuvre de la politique étrangère des États-Unis. Les conseillers ont dit à Obama que l’idiotie de la politique des néoconservateurs menace l’Empire de Washington en Europe. En effet, les Russes ont déjà établi de facto une zone d’exclusion aérienne. Poutine, sans aucune menace verbale, ni aucune insulte, a résolument changé l’équilibre des puissances, et le monde le sait. Si Obama avait un peu de bon sens, il écarterait de son gouvernement les abrutis néoconservateurs qui ont dilapidé la puissance de Washington, et il se concentrerait plutôt à conserver l’Europe en travaillant avec la Russie pour détruire, au lieu de le parrainer, le terrorisme au Moyen-Orient qui envoie des vagues de réfugiés en Europe.» (3)

Justement on apprend que comme conséquence de cette nouvelle donne, l’Alliance occidentale s’effrite: l’Union Européenne abandonne les Etats-Unis dans leur tentative de renversement d’Assad. Nous lisons dans la contribution suivante : l’Europe est envahie de réfugiés provenant des campagnes de bombardement en Libye et en Syrie, qui ont créé un état fantoche en Libye, et qui menacent de provoquer la même chose en Syrie. La pression exercée sur le régime syrien qui combat l’Etat islamique doit être éliminée. Le public européen est opposé aux frappes américaines, qui ont provoqué l’exode de réfugiés vers l’Europe. Les dirigeants européens commencent à se désolidariser de leur alliance avec les Etats-Unis.»(4)

Le spectaculaire jeu d’échecs syrien

Tout s’est joué en été , on sait qu’il y avait deux camps qui à des degrés divers voulaient faire partir Al Assad, même jusqu’à aller insinuer comme l’a fait Fabius qu’Al Assad ne méritait pas de vivre. Nous étions alors, tout près d’un scénario à la Kadhafi aux mains du tandem BHL-Sarkozy, de Cameron et de l’Otan. Il a fallu qu’ Obama annonce qu’il n’est pas prêt à risquer la vie des Gis voire même à s’embourber en Syrie pour que le chevalier sans peu et sans reproche avale son chapeau et éteigne les moteurs de ses mirages prêts à aller en découdre en Syrie. En face, la force tranquille de la Chine et surtout de la Russie, bloquent au Conseil de Sécurité toute velléité de voter une zone d’exclusion aérienne comme ce fut le cas pour la Libye où les Occidentaux ne respectèrent par les termes de la résolution. Il faut y ajouter la détermination de l’Iran à aider le pouvoir syrien.

Nous lisons la contribution suivante qui explique cette gigantesque partie d’échecs. : « Jusqu’à l’intervention de Poutine à l’ONU le 28 septembre et l’intervention russe en Syrie, deux équipes de jeu se faisaient face: d’un côté, Assad et la faction chiite comprenant l’Iran et le Hezbollah, de l’autre, la coalition internationale qui, côté syrien, se contentait de donner quelques claques aux islamistes du fait qu’elle est essentiellement concentrée sur Daesh.
La stratégie US en Syrie était d’armer les «terroristes modérés» qui se battent à la fois contre Daesh et contre Assad sans succès, Dans le même temps, l’Iran a poussé ses pions dans le petit jeu d’échecs personnel (…) l’Iran profite de la faiblesse de Assad pour s’introduire profondément dans les couloirs du pouvoir syrien. (…) Poutine est assis à sa propre table de jeu, face à l’Otan qui veut l’obliger à rejoindre la coalition anti-Daesh en Irak et à laisser tomber la Syrie (…) Pour Poutine comme pour Assad, si une intervention militaire russe en Syrie doit avoir lieu, c’est maintenant ou jamais. Dont acte. (…) Selon Justin Bronk, analyste de recherche au Royal United Services Institute: «Les forces russes maintenant en place rendent parfaitement évident que tout type de zone d’exclusion aérienne sur le modèle libyen imposé par les États-Unis et leurs alliés est désormais impossible, à moins que la coalition ne soit en fait prête à abattre des avions russes.» (5)

L’énigme Erdogan

La Turquie semble être sans boussole, elle combat les Kurdes, la Syrie mais soutient Daesh qui la ravitaille en pétrole. Elle se plaint de la Russie et attend l’aide de l’Otan en vain. La réunion de l’Otan a réaffirmé la solidarité inter pays de l’Otan mais sans plus.

« Erdogan n’a toujours pas compris, lit-on sur le site Réseau Voltaire, que l’Otan n’a jamais été au service de ses membres. L’Organisation a une raison d’être, c’est l’hégémonie anglo-saxonne dirigée militairement par les Etats-Unis. Si la cause turque peut servir l’impérialisme atlantique, il les verra débarquer sans qu’il ait à les solliciter, sinon il n’aura que de belles paroles et des sourires avenants. Dès le premier jour de bombardement, l’aviation russe a tué des officiers turcs illégalement déployés sur le sol syrien. En réalité, la Russie mène la guerre contre l’armée turque qui continue à encadrer des groupes terroristes sur le sol syrien et fournit un refuge et une assistance aux jihadistes qui fuient les bombardements russes.» (6)

Y aura t-il une troisième guerre mondiale ?

Il semble heureusement, qu’aucun des camps ne veut l’escalade pour le moment. Le Pentagone a annoncé que la Russie et les Etats-Unis étaient prêts à reprendre des discussions sur la sûreté de l’espace aérien en Syrie, où les deux pays sont engagés dans des opérations militaires distinctes. Au lendemain des premières frappes russes, de hauts responsables civils et militaires américains s’étaient déjà entretenus par vidéoconférence avec leurs homologues russes sur les moyens d’éviter des incidents entre les aviations des deux pays.

Peut-être qu’après tout il n’y aura pas de troisième guerre. Ce qui est sûr c’est que la solution aux problèmes du Moyen-Orient passe par le Kremlin et Téhéran. Les rodomontades des valets européens seront des scories de l’histoire.

 

SOURCE :

1. Site Médiapart, http://forumdesdemocrates.over-blog.com/2015/10/moyen-orient-analyse-syrie-les-quatre-raisons-de-l-escalade-russe-09-octobre-2015-par-francois-bonnet-dix-huit-mois-apres-la-crimee

2.http://fr.sputniknews.com/international/20151010/1018748586/proche-orient-influence-dominance-usa-russie-frappes.html#ixzz3oLemE9F7

3.http://reseauinternational.net/nous-sommes-a-un-tournant-decisif-dans-lequilibre-des-puissances/

4.http://reseauinternational.net/lalliance-occidentale-seffrite-lunion-europeenne-abandonne-les-etats-unis-dans-leur-tentative-de-renversement-dassad/

5. http://reseauinternational.net/le-spectaculaire-jeu-dechecs-syrien/

6. http://www.voltairenet.org/article188985.html

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/227456-le-prelude-a-une-troisieme-guerre-mondiale.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

http://chemseddine.over-blog.com/2015/10/que-se-passe-t-il-en-syrie-le-prelude-a-une-troisieme-guerre-mondiale.html

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