Publié par Magali Marc le 10 juin 2017

Le témoignage de l’ex-directeur du FBI, James Comey, devant la Commission judiciaire du Sénat concernant les conditions de son limogeage et l’enquête sur la supposée collusion de Donald Trump avec les Russes, qui faisait tant saliver le New York Times et le Washington Post, s’est révélé un pétard mouillé.

Même Chris Matthews, un journaliste et commentateur politique connu comme étant un Démocrate pur et dur concède la victoire à Trump.

Pour les Lecteurs de Dreuz, j’ai traduit cette chronique de Michael Goodwin parue le 8 juin dans le New York Post.

Le « Show de Comey » n’a pas été à la hauteur du battage médiatique

Ce n’était pas Watergate. Ça ne ressemblait même pas au procès de Clarence Thomas contre Anita Hill (Anita Hill, une ancienne collègue de Clarence Thomas à l’Université de l’Okahoma l’avait accusé de harcèlement sexuel et avait témoigné en cour alors qu’il était sur le point d’être nommé juge à la Cour Suprême des États-Unis).

C’était la tournée vengeresse de Jim Comey.

L’ancien chef du FBI a lâché toutes les bombes, porté tous les coups et déversé toute la boue qu’il pouvait sur Donald Trump.

Trois heures plus tard, le président était encore debout. Un peu sali, certes, mais plus fort parce qu’il avait survécu à cette attaque.

Examinons l’événement sous l’angle de la partisanerie.

Si vous étiez un supporter de Trump en début de journée, vous l’êtes toujours. Vous êtes renforcé dans l’idée que la divulgation par les médias de nombreuses histoires anti-Trump ne sont que des fausses nouvelles et vous n’êtes nullement surpris que Comey, comme beaucoup d’autres au gouvernement, sont contre le Président depuis le début.

En fin de compte, vous êtes porté à demander « Where is the beef ? » (Où est le bœuf ?) Quel crime a été commis ?

D’autre part, si vous étiez un Démocrate salivant d’avance en vue de ce qui serait, du moins l’espériez-vous, l’étape la plus importante vers la destitution de Trump, vos rêves sont réduits en bouillie. Même avec l’interprétation la plus optimiste des faits que vous pourriez faire, vous n’arrivez pas à une infraction susceptible de causer la destitution du Président.

Pire encore pour les gauchistes, Comey a confirmé que Trump n’était pas personnellement sous enquête concernant la soi-disant collusion avec la Russie. Cela a dû faire autant mal que la soirée des élections, lorsque Hillary Clinton a été de nouveau battue.

Même ceux qui sont restés devant leur téléviseur en espérant voir un bon spectacle ont dû être déçus. Le festival médiatique autour de Comey n’a pas livré la marchandise.

Ce n’était pas faute d’avoir essayé.

Comey était venu démolir Trump, et les Sénateurs démocrates ont fait tout leur possible pour augmenter l’impact de ses déclarations et lui souffler des implications dommageables pour Trump qu’il n’a pas relevées.

Le sénateur Mark Warner, de Virginie, a été particulièrement partisan et désagréable.

Mais en dépit de tous leurs efforts, les faits restent les faits.
Mentionnons le rôle insupportable que s’est auto-attribué le témoin vedette, posant comme celui qui est le seul-honnête-homme-à-Washington.

Lors d’une séquence révélatrice, Comey a déclaré qu’il ne souhaitait pas créer « une situation à la J. Edgar Hoover » avec Trump, en retenant des informations importantes à utiliser contre lui au besoin. Ce qui, bien sûr, est exactement ce qu’il a fait.

Ce procureur de carrière tenait des notes détaillées de ses rencontres avec le Président auquel il ne faisait pas confiance, mais il les gardait pour lui tant qu’il était en poste.

C’est lorsqu’il a été renvoyé qu’il a donné ces notes à un ami afin qu’il les remette aux médias dans l’espoir que ces révélations mèneraient à la nomination d’un conseil spécial — ce qui s’est produit.

Autrement dit, le soi-disant « whistle blower » (dénonciateur de malversation) s’est révélé être aussi sournois qu’Edgar Hoover. Si c’est ça la droiture à Washington, que le Ciel aide l’Amérique !

Comey se méfiait aussi de l’Administration précédente.

Par exemple, il a cru que l’ancienne Procureure générale, Loretta Lynch, avait cherché à protéger la campagne d’Hillary Clinton en rencontrant l’ancien Président Bill Clinton et en ordonnant à Comey d’appeler « question » plutôt qu’« enquête », l’investigation concernant les échanges d’Hillary Clinton sur son serveur privé de courrier électronique. « Question » était l’expression utilisée par Clinton elle-même.

Comey a déclaré qu’il avait d’autres raisons de soupçonner la probité de Lynch, mais il n’a voulu en discuter qu’à huis clos.

Pourtant ce serait important de savoir ce que sont ces autres soupçons et comment Lynch en est venue à décider que l’enquête était une « question ».

Bill Clinton l’a-t-il suggéré ? Le président Obama a-t-il participé à la décision, ou sa déclaration publique à l’effet qu’Hillary Clinton n’avait rien fait d’illégal avait-elle suffi à donner à Lynch son ordre de marche ?

Nous ne le saurons jamais parce que Comey n’a pas pris de notes, a gardé ses préoccupations pour lui et a pris toutes les décisions clés concernant l’affaire Clinton. Il a dissimulé ses doutes au sujet de Lynch tout comme il l’a fait pour Trump — jusqu’à ce qu’il soit limogé.

C’est ensuite qu’il est devenu un diseur de vérité non partisan.

Les actions de Comey sont l’illustration parfaite de la raison pour laquelle aucun président n’a jamais viré J. Edgar Hoover. Ils avaient tous peur de lui.

Je crois que Comey méritait d’être renvoyé. Mais on ne peut nier que ses conversations privées avec Trump, combinées aux diverses explications de la cause de son licenciement, ont créé un problème dont le Président est responsable.

Juste à quel point ce problème est important dépendra de ce que le conseiller spécial, Robert Mueller, découvrira. Ce qui veut dire que Trump n’est pas sorti du bois.

Nous ne savons pas ce que Comey a pu ajouter lors de son témoignage à huis clos, mais ses louanges à l’égard de Mueller devraient inquiéter Trump.

En définitive, la destitution d’un président est bien plus une question politique que légale, et elle est rarement invoquée en raison du grand bouleversement qu’elle provoque et du soutien bipartite que la condamnation nécessite.

Donc, alors que la politique pourrait finalement sauver Trump, la politique constitue également un obstacle immédiat à surmonter.

Compte tenu de son statut d’outsider et de sa personnalité hors pair, son principal défi est de prouver qu’il peut gouverner de manière responsable et que les Républicains suivront ses lignes directrices et adopteront son ordre du jour.

Ils sont nombreux les Républicains au Congrès qui hésitent à le soutenir et cela n’aide pas le Président d’apprendre que son taux d’approbation dans la population est l’un des plus faibles selon les normes historiques.

Résultat la plupart des réalisations de Trump sont passées par ses ordres exécutifs et ses interventions à l’étranger.

La Chambre des Représentants a réussi de justesse à passer l’abrogation de l’ObamaCare et, à l’exception notable de la confirmation par le Sénat de Neil Gorsuch pour la Cour Suprême, le contrôle républicain du Congrès n’a pas donné les résultats escomptés.

Pendant ce temps, l’espoir de passer la réforme fiscale voulue par Trump, voire son projet de réductions des impôts, diminue de jour en jour.

En dépit d’un optimisme accru et d’une hausse du marché boursier, l’économie n’est pas suffisamment dynamisée et les emplois bien rémunérés demeurent hors de portée dans de nombreux États qui ont voté pour Trump.

Par moment, Trump donne l’impression qu’il comprend cela et qu’il sait ce qu’il doit faire. Sa visite en Ohio mercredi pour présenter son projet de loi sur les infrastructures, et son silence sur Twitter lors de l’audition d’hier, montrent qu’il est concentré sur le long terme et la nécessité de travailler en équipe.

Mais à d’autres moments, il s’engage dans des querelles mesquines qui donnent envie aux Républicains de détaler pour se mettre à l’abri. À cinq mois de son mandat, beaucoup de ceux dont il a besoin se sentent suffisamment forts pour garder leur distance.

C’est le problème urgent que Trump doit régler s’il veut réussir sa présidence. Il a besoin d’un soutien public suffisant pour mettre le Congrès de son côté et tenir ses promesses électorales de création d’emplois.

S’il réussit cela, sa destitution demeurera un rêve de gauchiste.

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