GUERRE UKRAINE-RUSSIE où en est-on ?

 

La situation sur le front ukrainien le 8 mars

 

 

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par Valentin Vasilescu.

J’ai expliqué précédemment que les villes de Kharkov, Knotop, Sumy, Chernihiv, Kiev ont été préparées à l’avance par l’Ukraine pour la guérilla urbaine. Introduire des troupes russes supplémentaires et tenter de les reprendre consommerait inutilement des ressources. C’est pourquoi l’armée russe se limitera à maintenir les forces ukrainiennes clouées sur place, tout en continuant à bombarder d’importantes cibles militaires à l’intérieur.

La Russie possède les troupes aéroportées les plus puissantes. Une division entière d’infanterie légère peut être parachutée à partir de 110 avions Il-76. J’ai été surpris que la Russie n’ait pas encore utilisé le parachutage tactique ou opérationnel. Peut-être la situation n’était-elle pas encore « mûre » et l’objectif était-il de mener simultanément des opérations aéroportées et des débarquements maritimes. Un argument en ce sens est la découverte d’un ordinateur portable intact portant des marques distinctes de l’OTAN dans le Donbass, à la suite d’une attaque éclair des milices de la LDNR contre un poste de commandement du régiment Azov. Les spécialistes russes qui l’ont analysé affirment que des cartes des positions de l’armée russe sur ce front, constamment mises à jour avec des images aériennes et satellitaires, ont été retrouvées dans sa mémoire. Par ailleurs, les Ukrainiens auraient utilisé une ligne de données secrète pour diriger les tirs d’artillerie sur les cibles russes indiquées par l’OTAN.

Cela indique la pleine intégration de l’armée ukrainienne dans le mécanisme militaire offensif de l’OTAN. Par conséquent, même si les forces aériennes et les radars ukrainiens ont été neutralisés, il reste des missiles AA et des pièces d’artillerie qui n’ont pas été neutralisés parce qu’ils n’ont pas été détectés ou parce qu’ils ont été placés dans des centres urbains, à proximité d’immeubles résidentiels.

Ils n’utilisent plus leur propre radar, mais reçoivent en permanence les coordonnées des cibles aériennes russes directement des avions de reconnaissance et des AWACS de l’OTAN. L’artillerie AA de calibre 57 et 100 mm, les missiles AA de moyenne et courte portée et les missiles portables sont une vulnérabilité pour les avions qui larguent des parachutistes depuis des hauteurs de 1000 à 2000 mètres. Dans le même temps, grâce au réseau de l’OTAN, ces informations parviennent également aux combattants individuels équipés de missiles Stinger portables des troupes terrestres ukrainiennes. Nous avons déjà vu que ces combattants ukrainiens sont bien entraînés et qu’ils sont capables de tendre des embuscades aux hélicoptères d’attaque et aux avions d’assaut volant à basse altitude ou en piqué.

On parle d’une colonne blindée russe, longue de 64 km, arrêtée à 40 km au nord de Kiev et qui n’a pas bougé depuis plusieurs jours. La colonne blindée russe attend que le convoi aérien et maritime atteigne le sol ukrainien. Son rôle est de détruire les unités ukrainiennes sur l’axe nord-sud, afin de permettre la jonction entre les parachutistes et les marines russes.

Sur le front du Donbass, la balance risque de pencher très rapidement en faveur de la Russie. Les changements les plus importants sont apportés par les troupes russes au nord du Donbass, d’où elles peuvent manœuvrer sur le flanc du corps nord-ukrainien. Les troupes russes au nord du Donbass ont réussi à séparer la réserve du groupe ukrainien, composée des 25e, 55e, 93e brigades et de plusieurs bataillons de la Garde nationale (situés dans le district de Dnipropetrovsk – Zaporoje), du gros des forces ukrainiennes. Désormais, les pertes ukrainiennes ne peuvent plus être compensées par des renforts provenant d’autres régions. La mission des forces russes au nord du Donbass est de faire la jonction avec les troupes du sud en provenance de la Crimée et de compléter la manœuvre d’encerclement du dispositif ukrainien. Ce groupe représente 50% de l’armée ukrainienne, et se compose de 65 000 soldats armés des technologies de combat les plus avancées. À la suite de l’offensive combinée des milices de la LDNR et des troupes russes, les unités ukrainiennes du Donbass se sont déjà retirées de 20 à 30 km à l’ouest, en retrait de l’alignement initial, et ne sont plus protégées par des abris de bunkers préparés à l’avance. Ils disposent encore d’un petit couloir, de 10 à 15 km, le long duquel ils peuvent se retirer vers Dniepropetrovsk et ensuite traverser le fleuve Dniepr. Cette fenêtre se fermera dans 1 ou 2 jours et tout sera perdu pour l’armée ukrainienne. Sans munitions, sans carburant, sans marge de manœuvre et sans endroit où se retirer, les Ukrainiens vont se serrer les uns contre les autres, devenir des cibles faciles et être durement frappés par les avions et les lance-missiles réactifs russes. Les frappes neutraliseront tout le matériel de combat lourd et ouvriront des brèches profondes dans le dispositif compact de l’armée ukrainienne. Par ces brèches, les blindés russes avanceront, divisant les unités de combat de la brigade (2500 à 4000 hommes) en unités de plus en plus petites jusqu’au niveau de la compagnie (100 hommes). 100 compagnies isolées sont faciles à détruire simultanément.

Je dois également souligner qu’afin de former un groupe opérationnel de la taille d’une armée dans le Donbass, des brigades de toutes les armes et spécialités ont été déployées dans cette région, depuis l’Ukraine occidentale. À ceux-là s’ajoute ceux qui sont bloqués dans Kiev et Kharkov par l’armée russe. Pour défendre les deux principales villes du nord et du nord-est de l’Ukraine, l’armée ukrainienne y a envoyé 6 à 8 brigades supplémentaires, laissant le centre et le sud du pays avec une défense éparse.

Valentin Vasilescu

traduction Avic pour Réseau International

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Situation de Marioupol au 8 mars

 

 

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par Erwan Castel.

Dernière minute : 

Quelques civils seulement (23 recensés à 13h00) et des villages périphériques comme Sartana au Nord Est de Marioupol ont pu quitter les zones bombardées vers le territoire contrôlé par les forces républicaines de la République populaire de Donetsk, mais à 16h00 aucune information signalait une évacuation depuis la ville portuaire elle-même, soumise aux radicaux nationalistes qui refusent toujours toute évacuation des civils de leurs positions défensives.

La situation à Marioupol devient plus tendue chaque jour tant sur le plan humanitaire pour les quelques 400 000 civils pris en otage dans la cité assiégée que sur le plan militaire avec des combats au sol qui ont commencé sur ses faubourgs Est.

1- Les corridors humanitaires pour évacuer les civils

Ce 8 mars 2022, les autorités russes et ukrainiennes vont tenter pour la quatrième fois de procéder à l’évacuation des civils de plusieurs villes assiégées : principalement Tchernigov, Soumy, Kharkov et Marioupol où les combats et bombardements s’intensifient.

Les 3 précédentes tentatives d’évacuation, n’en déplaise aux ukro-atlantistes accusant stupidement les forces russes, ont échoué du seul fait du refus inhumain des radicaux nationalistes (militaires ou politiques) de voir quitter ces boucliers humains des villes assiégées car leur présence, imbriquée à celle des soldats ukrainiens tempère sensiblement les bombardements terrestres et aériens russes qui, malgré des pertes civiles collatérales inévitables s’efforcent d’être aussi précis que possible sur leurs cibles militaires, logistiques et de commandement…

Ma petite mise au point orale au sujet des civils bloqués dans les villes assiégées

 

 

Dans des articles récents j’ai développé cette situation humanitaire dramatique et démontrer la prise en otage inadmissible autant que logique des populations civiles par les soldats ukrainiens encerclés (articles iciici et ici notamment).

Et hier, une autre preuve de cette volonté des forces ukrainiennes au combat de faire des civils des boucliers humains a été interceptée par les ressources électroniques du renseignement militaire républicain :

Conversation entre un officier ukrainien indicatif « Agathe » et son subordonné, indicatif « Hibou 1 » lors de la bataille de Volnovakha au Nord de Marioupol :

« SAVA 1 : Près de la 4ème maison j’observe des locaux, beaucoup avec des sacs, ils veulent se barrer dans le corridor des « sépars ». Tu m’entends ?

AGAT : Quoi ? Répète, putain !

SAVA : Les civils veulent partir avec leurs sacs, que doit-on faire ?

AGAT : Freine les, ramenez les dans leurs maisons et qu’ils y restent ! TANT QU’ILS SONT LÀ LES RUSSES NE NOUS BAISERONT PAS AVEC LEURS GRADS

SAVA : Agat, peut-être qu’on les emmerde ? Laissez-les se barrer

AGAT : T’es un putain de connard ? … (suivi d’autres insultes et jurons)

AGAT : Tant qu’ls sont là les grads ne nous baiseront pas !!! (et autres grossièretés)

AGAT : T’as compris ?

SAVA : Compris, accepté. »

 

 

La grande interrogation maintenant est de savoir si le gouvernement ukrainien, dont les représentants ont accepté lors de la 3ème réunion de négociations du 7 mars d’organiser enfin ces corridors humanitaires ont réellement une autorité sur leurs soldats confrontés à la réalité du terrain et qui tremblent pour leur carcasses…

Si cette 4ème tentative d’évacuation des zones de combats échoue on saura que l’équipe Zelensky ne contrôle plus rien sur le terrain et que le sort de centaines de milliers de civils est entre les mains de psychopathes tel que les soudards d’Azov qui, au lieu de se battre en soldats, sont prêts à tout pour tenter de sauver leurs peaux.

2- Les combats ont commencé aux portes de Marioupol
Lisière Est de Marioupol.

Rappel : 

Marioupol, 2ème plus grande ville de la République populaire de Donetsk et principal port industriel de la mer d’Azov est encore occupée par les forces ukrainiennes, constituant avec Kharkov au Nord un de leurs principaux bastions résistant encore aux forces russes et républicaines qui, depuis le 4 mars 2022 l’ont encerclé par une jonction Est-Ouest de leurs opérations.

400 000 civils sont pris au piège au milieu de plusieurs milliers de combattants ukrainiens dont une part importante de radicaux nationalistes représentés par le régiment spécial « Azov ». En dehors des tentatives d’activation des corridors humanitaires (entre 10h00 et 16h00) les bombardements et les combats se poursuivent.

L’étau autour de Marioupol se resserre chaque jour un peu plus les forces républicaines ayant forcé les forces ukrainiennes a abandonné plusieurs de leurs positions extérieures, notamment au Nord Est et Sud Est de la ville. La progression se fait très lentement à cause des positions ukrainiennes organisées et fortifiées, des mines dispersées partout dans leur périmètre et surtout de la présence de civils contraints de rester sur la zone des combats.

Vue aérienne des lisières Est de Marioupol assiégée

 

 

Opérations militaires républicaines du 7 mars 2022 à Marioupol.

Le 7 mars, après l’annulation des corridors humanitaires par les forces ukrainiennes, les milices républicaines appuyées par les forces russes ont mené des attaques sur les défenses périphériques de la ville depuis 3 directions :

  • Au Sud Est du district de Livoberezhni, les milices de la RPD, avec l’appui de l’aviation russe ont attaqué les défenses de l’avenue Pobedy (« av. de la Victoire »),
  • Au Nord-Ouest du même district de Livoberezhni, d’autres attaques républicaines sont engagées sur la M14, une voie d’accès principale et rapide vers la ville,
  • Au Nord-Est dans le district de Kalmiuskyi, quartiers de Vostochny et Mirny des opérations sont en cours pour réduire le saillant ukrainien près de Stary Krim,
  • À l’Ouest, dans le quartier d’Osaviakhim, les forces républicaines ont réussi à prendre pied dans ce quartier (info confirmée par l’état-major russe).

Les infos sont très parcellaires et de plus infectées par les discours propagandistes qui pour les uns annoncent une libération de Marioupol imminente et pour les autres des défaites russo-républicaines cinglantes aux portes de la cité.

Je pense pour ma part que toutes les attaques reportées ci-dessus par des flèches rouges n’ont pas connus les mêmes résultats d’une part parce qu’elles n’ont pas rencontré les mêmes résistances mais aussi certainement parce qu’elles n’avaient pas les mêmes objectifs :

Lorsqu’on regarde la carte des opérations on observe une avancée effective des forces républicaines au Nord-Ouest de Marioupol et, diamétralement opposées à cette offensive, des attaques menées, à priori sans conquête territoriales, sur des voies pénétrantes importantes (M14 et avenue Pobedy) qui permettent d’arriver au centre-ville très rapidement et donc doivent bénéficier d’une défense solide et profonde. Je pense, mais ce n’est qu’une hypothèse personnelle que ces attaques sur le flanc Est de Marioupol ayant pour objectif d’y fixer les forces de réserves ukrainiennes le temps que sur le flanc Ouest les autres opérations militaires russo-républicaines puissent prendre pied dans les faubourgs. Et la chronologie des actions, leur éloignement géographique, la densité des appuis russes à l’Est semblent confirmer que les attaques sur ce flanc oriental de la ville avaient pour objectif certes de tester les défenses ukrainiennes mais surtout d’y faire diversion pour faciliter la progression de l’autre côté de la ville.

Parmi les unités républicaines qui ont abordé les faubourgs de Marioupol se trouvent
des éléments du bataillon « Vostok », aujourd’hui 11e Régiment

 

 

Parallèlement à ces opérations militaires, la guerre psychologique est également en train de monter en puissance, tant du côté ukrainien, où des intimidations et menaces sont proférées par les nationalistes contre la population civile mais aussi contre les soldats qui penseraient à se rendre, que du côté russo-républicain où des tracts et des messages radio sont lancés pour appeler la population à s’abriter et les ukrainiens à se rendre pour l’épargner ainsi qu’eux-mêmes :

Exemple des tracts largués sur Marioupol et appelant les forces ukrainiennes à se rendre sans combattre pour éviter un massacre.

Les heures prochaines seront sans nul doute décisives tant pour la population civile qui attend désespérément de pouvoir fuir ce chaudron urbain infernal que pour les forces républicaines qui espèrent un délitement de la cohésion défensive ukrainienne au sein de laquelle le comportement fanatique et suicidaire des radicaux d’Azov ne fait pas l’unanimité.

Espérons qu’au mieux les forces ukrainiennes s’effondrent moralement et se rendent, au pire que les civils puissent enfin sortir de ce piège mortel car le pire des scénarios serait que les forces russo-républicaines entrent dans une zone urbaine au milieu de soldats fanatiques et de civils pris en otage !

Les rues de Marioupol sont désertées dans l’attente de la bataille qui se rapproche

 

 

Et cette situation dramatique de Marioupol n’est pas isolée, le même scénario se répétant aujourd’hui à Tchernigov, Soumy, Kharkov, et probablement demain à Mykolaïev, Kramatorsk, Kiev etc…

Sans compter qu’à un moment donné les forces russes qui doivent respecter leur calendrier opérationnel devront user de moyens plus lourds pour garantir leurs victoires rapidement et forcer le pouvoir de Kiev à capituler pour que l’Ukraine retrouve le chemin de la neutralité et de l’indépendance !

source : Alawata Rebellion

fachiste ukrainien

 

Ukraine : le théâtre du roi nu

 

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par Régis Chamagne.

Après le brouhaha des derniers jours à propos de l’opération militaire russe en Ukraine, on peut tirer les premiers enseignements, dans la perspective du changement de paradigme géopolitique.

Les opérations sur le terrain

D’après ce que nous pouvons estimer à partir des informations glanées sur divers sites, l’opération russe semble se dérouler selon le plan ; la phase 1 est achevée. L’Ukraine est démilitarisée de facto malgré l’envoi de matériel militaire de la part des pays de l’OTAN. Les troupes les plus combatives, nazies, sont enclavées, dans le Donbass ou à Marioupol. Leur « réduction » est délicate et elle pourrait prendre du temps car les Nazis utilisent la population civile comme bouclier humain. Pour plus de détails sur la situation tactique, je renvoie les lecteurs aux sites qui suivent cela de près.

Au niveau stratégique, cette fin de phase est le moment pour Vladimir Poutine de faire acter la réussite militaire de l’opération d’une part et de poursuivre les négociations avec la question suivante : « Voulez-vous aller plus loin ? » Si oui, ce sera l’engagement de la phase 2. Même si le découpage de l’opération en phases n’est que symbolique, peu importe. Il permet de jalonner l’opération, de lui donner des références calendaires afin de jauger l’évolution des négociations et la persistance de l’incapacité des Occidentaux à agir, car c’est bien cela le plus important de tout.

Le roi est nu

Au niveau géopolitique, le monde entier aura pu constater qu’après avoir poussé l’acteur Zelensky à provoquer la Russie par son offensive contre le Donbass, les États-Unis et l’OTAN se sont dégonflés à défendre l’Ukraine contre l’offensive russe. Le roi est nu et cela constitue l’enseignement le plus important de cette guerre, pour le moment, car cela va avoir des répercussions considérables sur l’ensemble du paysage géopolitique mondial. À présent, que doivent penser les Taïwanais par exemple ? Les Chinois se frottent les mains.

À suivre…

À suivre donc, l’évolution des rapports de soumission, de « parrainage » (J’assure ta sécurité en échange de…) dans le monde. Les États-Unis sont en train de montrer à la face du monde qu’ils ne tiennent pas leurs promesses. Ceux qui s’intéressent à l’Histoire le savaient. La conquête de l’Amérique du nord par les Anglo-Américains ne fut qu’une succession de traités violés avec un génocide indien à la clé. Le dernier exemple connu est la promesse faite par Georges Bush père à Gorbatchev de ne pas étendre l’OTAN à l’est. Écrite ou orale, une promesse est une promesse et les Hommes d’honneur n’ont qu’une parole. Alors qu’en est-il aujourd’hui de la parole (écrite ou orale, peu importe) des États-Unis de défendre tel ou tel pays en échange de pétrole, gaz, métaux rares, soutien politique à l’ONU, positionnement géographique face à un concurrent (Corée du sud, Taïwan)… ?

Quelque soit l’évolution de la situation en Ukraine, rapide ou lente, plus ou moins difficile pour la population civile, tous les pays savent aujourd’hui que les États-Unis ne sont pas un partenaire fiable pour assurer leur sécurité. En n’intervenant pas en Ukraine les États-Unis se sont discrédités aux yeux du monde et cela est irréversible. En poussant l’acteur Zelensky à provoquer la Russie ainsi, ils se sont mis en situation de devoir réagir ou de capituler. N’ayant pas les moyens d’agir ils n’ont pu que capituler : une belle balle dans le pied ! N’importe quel planificateur opérationnel aurait envisagé les réactions possibles de Vladimir Poutine face à l’avancée des missiles de l’OTAN jusqu’aux portes de la Russie, y compris ce qui se passe actuellement. À l’évidence, il n’y avait pas de planificateur opérationnel ni de stratège dans l’équipe qui a imaginé l’opération américaine en Ukraine depuis 2014. Juste une bande d’idiots enfermés dans leur idéologie, leur haine de la Russie et leur monde virtuel fait de fantasmes de puissance.

Le coup de grâce

Il viendra. Il viendra au bon moment, quand les États-Unis n’auront tout simplement plus aucun moyen de l’empêcher ni la volonté ou la possibilité de déclencher une guerre nucléaire. Mais d’abord, posons-nous des questions simples.

dollar

À quoi servait la supériorité militaire américaine ? À imposer le dollar comme monnaie de réserve mondiale, une monnaie de singe, décorrélée de toute réalité et préservée de toute obligation. Avec le dollar qu’elles imprimaient elles-mêmes, les « élites » américaines pouvaient tout acheter pour rien en même temps qu’elles endettaient la majorité des pays du monde pour les maintenir sous contrôle. Et gare à ceux qui refusaient de se laisser faire : Irak, Libye, Iran, Algérie… Le paradigme géopolitique du monde unipolaire pouvait se résumer ainsi : posséder le monde grâce à une monnaie de singe que nous imprimons et que nous imposons au reste du monde par la menace, grâce à notre suprématie militaire (technologique) ; un système mafieux en somme.

L’ARGENT est le centre de gravité politique, religieux et philosophique du système dans lequel nous (les Occidentaux) vivons. S’attaquer à l’argent, c’est s’attaquer au cœur du système, ce sera donc pour la fin. Le coup de grâce !

Il y a toujours un décalage entre la réalité et la perception de la réalité, surtout lorsque nous vivons dans un monde baigné dans la propagande. Par exemple, la réalité de la perte de la suprématie technologique militaire américaine est ancienne. Elle remonte à l’échec monstrueux des derniers programmes militaires américains (F-35, porte-avions classe Gerald Ford…), vers le milieu de la décennie 2000. Elle est réalisée sur le terrain le 3 septembre 2013 et en avril 2014 et amplement confirmée par l’intervention russe en Syrie depuis septembre 2015. Depuis lors, tout analyste normalement intelligent aurait du le savoir, mais non. Il aura fallu la non-intervention des États-Unis et de l’OTAN en Ukraine pour que le monde entier comprenne cette réalité ancienne. Cet aveu de faiblesse colossal étalé aux yeux du monde aura servi de révélateur.

Il se passe la même séquence dans le domaine économique et financier. La dédollarisation de l’économie mondiale a commencé depuis 2007, très furtive au début, elle s’est étendue progressivement entre la Russie et la Chine pour leurs échanges, puis avec l’Iran et d’une façon générale avec les pays qui refusent l’hégémonie américaine. Petit à petit, de plus en plus d’échanges se font hors du dollar. En outre, la crise financière de 2007 puis les sanctions contre la Russie depuis 2014 ont conduit la Chine et la Russie à développer leur propres systèmes de transactions interbancaires, le SPSF russe et le CIPS chinois, chacun avec ses qualités et ses défauts. Actuellement, les deux pays travaillent à la fusion de leurs systèmes pour proposer une alternative techniquement fiable à SWIFT. Il semblerait que cela serait réalisé en fin d’année 2022. Ma conviction est que le système est déjà prêt et que sa mise en service officielle dépendra du moment.

Ainsi, lorsque la Russie et la Chine annonceront de conserve qu’elles abandonnent le système SWIFT, définitivement, c’est le monde entier qui basculera de SWIFT vers le nouveau système, pour acheter son énergie, ses céréales, ses produits manufacturés… Ce sera la fin officielle du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale, datée et signée.

source : Régis Chamagne

desastre de guerre en ukraine