Escalade : Les Russes lancent un

 

avertissement aux États-Unis

 

 

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par Bruno Bertez.

La Russie a envoyé cette semaine une note diplomatique officielle aux États-Unis avertissant que les livraisons américaines et de l’OTAN des systèmes d’armes « les plus sensibles » à l’Ukraine « alimentaient » le conflit là-bas et pouvaient avoir des « conséquences imprévisibles ».

La démarche diplomatique, dont une copie a été examinée par le Washington Post, est intervenue alors que le président Joe Biden approuvait une expansion spectaculaire de la portée des armes fournies à l’Ukraine, un ensemble de 800 millions de dollars comprenant des obusiers de 155 mm – une sérieuse mise à niveau des armes à longue portée. artillerie pour correspondre aux systèmes russes – drones de défense côtière et véhicules blindés, ainsi que des armes anti-aériennes et antichar portables supplémentaires et des millions de cartouches.

Les États-Unis ont également facilité l’envoi à l’Ukraine de systèmes de défense aérienne à longue portée, y compris l’envoi par la Slovaquie de lanceurs S-300 de l’ère soviétique de fabrication russe sur lesquels les forces ukrainiennes ont déjà été entraînées. En échange, a annoncé l’administration la semaine dernière, les États-Unis déploient un système de missiles Patriot en Slovaquie et consultent la Slovaquie sur un remplacement à long terme.

L’envoi d’armes, dont la première vague, selon les responsables américains, arriverait en Ukraine dans quelques jours, fait suite à un appel urgent à Biden du président ukrainien Volodymyr Zelensky, alors que les forces russes se mobilisaient pour un assaut majeur contre la région du Donbass dans l’est de l’Ukraine et le long de la bande côtière la reliant à la Crimée occupée par la Russie au sud.

Les troupes russes se sont en grande partie retirées d’une grande partie du nord du pays, y compris autour de la capitale, Kiev, à la suite des défaites humiliantes de l’armée ukrainienne et des forces de résistance locales.

« Ce que les Russes nous disent en privé est précisément ce que nous avons dit au monde publiquement – que l’aide massive que nous avons fournie à nos partenaires ukrainiens s’avère extraordinairement efficace », a déclaré un haut responsable de l’administration, qui s’est exprimé sur la condition d’anonymat sur le document diplomatique sensible.

Le département d’État a refusé de commenter le contenu de la note diplomatique de deux pages ou de toute réponse américaine.

Les experts russes ont suggéré que Moscou, qui a qualifié les convois d’armes entrant dans le pays de cibles militaires légitimes mais ne les a pas encore attaqués, pourrait se préparer à le faire.

« Ils ont ciblé des dépôts d’approvisionnement en Ukraine même, où certaines de ces fournitures ont été stockées », a déclaré George Beebe, ancien directeur des analyses russes à la CIA et conseiller russe de l’ancien vice-président Dick Cheney. « La vraie question est, vont-ils au-delà de la tentative de cibler [les armes] sur le territoire ukrainien, essaient-ils de frapper les convois de ravitaillement eux-mêmes et peut-être les pays de l’OTAN à la périphérie ukrainienne » qui servent de points de transfert pour les fournitures américaines.

Si les forces russes trébuchent dans la prochaine phase de la guerre comme elles l’ont fait dans la première, « alors je pense que les chances que la Russie cible les approvisionnements de l’OTAN sur le territoire de l’OTAN augmentent considérablement », a déclaré Beebe. « Beaucoup d’entre nous en Occident ont supposé que nous pouvions approvisionner les Ukrainiens vraiment sans limites et ne pas supporter un risque important de représailles de la part de la Russie », a-t-il déclaré. « Je pense que les Russes veulent envoyer un message ici que ce n’est pas vrai. »

Le document, intitulé « Sur les préoccupations de la Russie dans le contexte des livraisons massives d’armes et d’équipements militaires au régime de Kiev », écrit en russe avec une traduction fournie, a été transmis au département d’État par l’ambassade de Russie à Washington.

L’ambassade de Russie n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Parmi les articles que la Russie a identifiés comme « les plus sensibles », figuraient des « systèmes de lance-roquettes multiples », bien que les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ne soient pas soupçonnés d’avoir fourni ces armes à l’Ukraine. La Russie a accusé les alliés de violer les « principes rigoureux » régissant le transfert d’armes vers les zones de conflit et d’être inconscients de « la menace que des armes de haute précision tombent entre les mains de nationalistes radicaux, d’extrémistes et de bandits en Ukraine ».

Il a accusé l’OTAN d’essayer de faire pression sur l’Ukraine pour qu’elle « abandonne » les négociations avec la Russie, jusqu’à présent infructueuses, « afin de poursuivre l’effusion de sang ». Washington, a-t-il déclaré, faisait pression sur d’autres pays pour qu’ils mettent fin à toute coopération militaire et technique avec la Russie, et sur ceux qui détenaient des armes datant de l’ère soviétique pour qu’ils les transfèrent en Ukraine.

« Nous appelons les États-Unis et leurs alliés à arrêter la militarisation irresponsable de l’Ukraine, qui implique des conséquences imprévisibles pour la sécurité régionale et internationale », indique la note.

Andrew Weiss, ancien directeur du Conseil de sécurité nationale pour les affaires russes, ukrainiennes et eurasiennes, et maintenant vice-président pour les études au Carnegie Endowment for International Peace, a rappelé que le président russe Vladimir Poutine, dans un discours prononcé le matin de février où l’invasion a commencé, a averti que les nations occidentales feraient face à « des conséquences plus importantes que celles que vous avez connues dans l’histoire » si elles s’impliquaient dans le conflit.

L’attention à l’époque s’est concentrée sur le rappel de Poutine que la Russie possède un puissant arsenal nucléaire, a déclaré Weiss, mais c’était aussi « un avertissement très explicite de ne pas envoyer d’armes dans une zone de conflit ». Après avoir tracé une ligne rouge, a-t-il demandé, les Russes sont-ils « maintenant enclins à soutenir cela ? »

Une telle attaque serait « un mouvement d’escalade très important, d’abord et avant tout parce qu’il représente une menace pour l’Occident s’il n’est pas en mesure de maintenir l’approvisionnement en Ukraine, ce qui, par extension, pourrait diminuer la capacité d’autodéfense de l’Ukraine ». Ce risque « ne doit pas être minimisé », a-t-il dit, notant le risque supplémentaire qu’une tentative de frapper un convoi à l’intérieur de l’Ukraine puisse tourner mal au-delà de la frontière vers le territoire de l’OTAN.

Les hauts responsables américains de la défense restent préoccupés par la possibilité de telles attaques. « Nous ne tenons pas pour acquis tout mouvement d’armes et de systèmes entrant en Ukraine », a déclaré Kirby jeudi. « Pas un jour donné. »

Kirby a déclaré que les troupes ukrainiennes apportaient les armes en Ukraine après que les États-Unis les aient apportées dans la région, et « moins nous en disons à ce sujet, mieux c’est ».

source : Bruno Bertez

 

 

L’impérialisme occidental en guerre

 

non déclarée contre la Russie

 

 

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«Les conséquences d’un acte sont incluses dans l’acte lui-même.» George Orwell: 1984 

Boutcha: crime de guerre ou macabre mise en scène?

Poser la question ne signifie pas nier la véracité d’un tel fait et ne sous-entend pas être pro-russe. Autrement dit, on ne peux pas prendre argent comptant les informations et les affirmations provenant des responsables politiques et  des médias occidentaux. Pour une raison simple: démocratique n’est pas synonyme de véridique. Ceci d’autant plus que les exemples de mise en scène pour incriminer un chef d’Etat ne manquent pas. 

Un exemple. En décembre 1989 sous la présidence du président roumain Nicolas Ceausescu, une vingtaine de corps de personnes mortes avant le début des soulèvements ont été photographiés et filmés dans le cimetière de Timisoara par les médias internationaux. Sur la base de fausses informations  les corps ont été exposés comme des victimes des forces de sécurité roumaine. En France, cet incident a été interprété comme le résultat d’une campagne de désinformation et de manipulation des médias. Rappeler cela ne signifie nullement absoudre le dictateur roumain.

Quant à l’actualité, le clergé intellectuel des Etats occidentaux, relayé quotidiennement par les médias, fait un parallèle entre le crime de Boutcha en Ukraine et l’attaque chimique de la Goutha (2013),  banlieue de Damas, attribuée au gouvernement syrien. Pourtant concernant la Goutha, le sénateur républicain, l’américain Ron Paul a déjà répondu:«une mise en scène fabriquée de toute pièce. » Et d’ajouter pour expliquer les tenants et aboutissants de la mise en scène:«avant l’attaque chimique tout se passait bien et le président D.Trump disait que c’est au peuple syrien de décider lui-même qui dirigera le pays…Je crois que certains n’ont pas apprécié cela et il fallait qu’il se passe quelque chose.» (1)

L’ancien ambassadeur français en Syrie, Michel Raimbaud,  appuie, à sa manière les propos du Sénateur en écrivant dans Tempête sur le Grand Moyen-Orient (33): «une mission d’inspection est sur place à la demande du gouvernement de Damas suite à plusieurs  »alerte chimique » en cours d’année…Le bon sens amène à écarter l’hypothèse qu’elle puisse être le fait du pouvoir:comment pourrait-il l’avoir perpétrée au moment même où les inspecteurs onusiens sont là?» page 532-533

…D’autres exemples?… Palestine, Irak… Libye… Mais là, point de crime de guerre puisque c’est l’œuvre de l’Axe du Bien. Détruire… Morceler, l’idéologue néo-conservateur Karl Rove résume cette stratégie en des termes simples : « nous américains, nous sommes un Empire… Nous sommes les acteurs et les producteurs de l’Histoire.»  Et il ajoute : « à vous tous, ils ne vous reste qu’à étudier ce que nous créons.» (3)

Des propos qui invitent, au delà, de la dénonciation de la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine, à poser la question essentielle : Quels sont les enjeux stratégiques de la Russie dans son étranger proche: l’Eurasie?

L’échiquier eurasien et le pivot géopolitique ukrainien

Depuis 2013, plusieurs phénomènes – et en  particulier, la dégradation brutale des relations de Moscou avec l’Occident sur fond de crise ukrainienne – ont incité la Russie à  renforcer le « pivot » eurasiatique de sa politique étrangère. En particulier, la Russie et la Chine ont développé et sur le plan économique et sur le plan militaire leurs coopérations à travers l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) . Organisation dont l’Iran est devenu  membre à part entière en 2021. Rejoignant le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, l’Inde , le Pakistan et la Turquie.  

Cet espace géographique est un espace géostratégique d’une importance capitale. C’est la route de la soie du 21° siècle.

Aussi, la question géostratégique qui se pose aux Etats-Unis en tant que puissance mondiale est le suivant:comment prévenir l’émergence d’une puissance eurasienne qui s’opposerait à la suprématie impérialiste américaine ?

En effet, pour l’ancien conseiller du président J. Carter, Z. Brzezinski :«la façon dont les Etats-Unis gèrent l’Eurasie est d’une importance cruciale. Toute puissance qui le contrôle, contrôle par là même deux des trois régions les plus développées et les plus productives.»(4)

Afin d’appuyer son propos,  Z. Brzezinski cite le géopoliticien Halford J.Mackinder :

Qui gouverne l’Europe de l’Est domine le heartland (Europe centrale) ;

qui gouverne le heartland domine l’île-monde ;

qui domine  l’île-monde domine le monde. (4) 

C’est pour cela que l’Ukraine est un important pivot géopolitique reliant l’Europe occidentale et l’Eurasie. C’est à dire un point stratégique pour les Etats-Unis.  Et en perdant le contrôle de l’Ukraine, le rôle  géostratégique de la Russie s’en trouverait affaibli. Et pour cause :

« les trois quarts des ressources énergétiques connues y sont concentrées…L’Eurasie demeure, en conséquence, l’échiquier sur lequel se déroule le combat pour la primauté globale… Les conséquences géostratégiques de cette situation pour les Etats-unis sont claires: l’ Amérique est bien trop éloignée pour occuper une position dominante dans cette partie de l’Eurasie, mais trop puissante pour ne pas s’y engager… Les Etats qui méritent tous les soutiens possibles de la part des Etats-Unis sont l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan et l’Ukraine car ce sont tous les trois des pivots géopolitiques. » (4)

En 2015, l’ancien ambassadeur français en Syrie, Michel Raimbaud, dans son livre Tempête sur le Grand Moyen-Orient, avertissait  déjà que cette volonté de domination états-unienne est porteuse d’un danger à l’échelle mondiale. Concernant l’Ukraine, son avertissement est sans ambiguïté:

«quand s’ouvrira en Ukraine un débat sur l’éventualité d’une double adhésion aux deux organisations-OTAN et UE-une ligne rouge aura été franchie. Il y a donc une volonté délibérée de frapper la Russie au cœur de son domaine historique, russe et slave.» (5) 

L’OTAN en guerre en Ukraine

Partant de l’évidence suivante:les mesures de rétorsion économiques et financières de l’Union européenne (U.E) et des Etats-Unis contre la Russie et le soutien militaire apporté à l’armée  ukrainienne par l’OTAN et l’U.E font de ces derniers des belligérants. Et nul besoin de souligner que la position politique du  »en même temps » du président français et de l’U.E traduit cet état de fait. Une main tenant le téléphone et l’autre donnant des armes. Ce qui nous amène à la question essentielle: mettre fin à la guerre en Ukraine pour protéger la population ukrainienne est-il le véritable but de ces belligérants ? 

En tenant compte des enjeux stratégiques rappelés dans le paragraphe précédent, la réponse est non. Et en livrant des armes à Taïwan où  Nancy Pelosi projette de s’y rendre en tant que présidente de la Chambre des États-Unis, l’impérialisme américain ouvre un nouveau front. Ainsi, une autre ligne rouge risque d’être franchie par les Etats-Unis étant donné que pour l’Etat Chinois, Taïwan fait partie intégrante de la Chine. Une telle stratégie occidentale renforcera l’alliance économique et militaire existante entre la Russie, la Chine et l’Iran. C’est ce que le président chinois Xi Jinping veut signifier en déclarant que: «l’évolution actuelle de la situation internationale a une fois de plus démontré que la sécurité régionale ne peut être garantie par le renforcement des alliances militaires ». 

La guerre en Ukraine  est-elle annonciatrice de nouvelles confrontations militaires pour la maîtrise de la route de la soie du 21° siècle?

Mohamed El Bachir

                                                                                

Notes :

(1) https://blogs.mediapart.fr/semcheddine/blog/100417/les-premices-dun-bouleversement-du-monde-alibi-humanitaire-et-realite-energetique

(2)Michel Raimbaud : Tempête sur le Grand Moyen-Orient Edition ellipses. p. 506

(3) http://www.lemonde.fr/idees/article/2008/09/05/le-retour-de-karl-rove-le-scenariste-par-christian-salmon_1091916_3232.html 

(4) Zbigniew Brzezinski : Le grand échiquier. Bayard Editions, 1997. p. 59, 61, 66, 193 et 194.

(5) Michel Raimbaud : Tempête sur le Grand Moyen-Orient Edition ellipses. p. 506

https://french.almanar.com.lb/2301466