Poutine à l’Occident : « nous acceptons le combat ».

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Ce discours en dit long. C’est dit fermement.et clairement –en termes de position, et avec la conviction d’être dans le bon chemin. Et qui en dit plus que ne peut pardonner l’occident. Ces propos sont un signal clair aux USA, que le temps du monde unipolaire est révolu. Et que c’est une bonne chose, le temps est venu pour la d’aller de l’avant, jusqu’à la politique, économique, . J’ai porté attention sur ces citations du discours de Vladimir Poutine.

1 – Le thème de la rencontre du jour, de la discussion qui ont eu lieu ici porte le titre suivant : « nouvelles règles du jeu, ou un jeu sans règles ». De mon point de vue, ce thème, cette formulation décrivent très exactement cette bifurcation historique à laquelle nous nous trouvons ; le choix qu’il conviendra pour nous tous de faire.

2 – Premièrement, un changement de l’ordre mondial (dont nous observons l’ampleur aujourd’hui), s’accompagnait comme il se doit sinon d’un conflit mondial, ou de confrontations globales, du moins d’une chaine de conflits à caractère local.

3 – J’en suis convaincu, ce mécanisme en contrepoids est contraignant et, ces dernières décennies s’est installé difficilement, se construisant avec peine, car on ne pouvait casser, sans remplacer, sans quoi il ne serait resté d’autres instruments que la force brutale. Il fallait procéder à une reconstruction raisonnable, et s’adapter aux nouvelles réalités des relations internationales. Cependant les USA, autoproclamés vainqueurs de la guerre froide, affichant leur autosatisfaction, ont considéré que cette approche était superflue. Au lieu de mettre en place une nouvelle balance des forces, apparaissant comme la condition indispensable de l’ordre et de la stabilité, bien au contraire, furent entreprises des démarches qui accentuèrent radicalement le déséquilibre.

4 – Ainsi s’est mise en place l’impression que les soi-disant vainqueurs-de la guerre froide décidèrent de « compresser » la situation, de mettre le monde entier sous sa coupe, de le soumettre à ses intérêts. Lorsque le système actuel des relations internationales, le et les freins et contrepoids en place faisaient obstacle à ces objectifs, ce système était déclaré sans valeur, obsolète et bon pour la casse.. C’est ainsi que se conduisent, pardon pour l’analogie, les nouveaux riches sur lesquels en peu de temps s’est déversée une énorme richesse ; dans ce cas, sous la forme d’une suprématie mondiale, d’un leader mondial. Dès lors, au lieu de disposer intelligemment de cette richesse, d’en disposer avec soin, et par là-même bien sûr, dans ses propres intérêts, j’estime qu’ils ont tout dilapidé.

5 – Sous la pression d’un nihilisme juridique, le droit international a cédé, étape par étape, bien des positions. L’objectivité et l’honnêteté ont été sacrifiées à l’opportunisme politique. Les normes juridiques ont été remplacées par des interprétations arbitraires et des estimations biaisées. Alors que simultanément le contrôle total des systèmes mondiaux d’information permettait, selon leurs souhaits, de vendre le blanc comme étant du noir, ou inversement le noir pour du blanc.

6 – Dans les conditions de domination d’un camp et de ses alliés, ou pour le formuler autrement, de ses satellites, la recherche de solutions globales se transforma souvent en une volonté d’imposer ses ‘recettes’ universelles. Les ambitions de ce groupe ont grandi démesurément, au point que les approches définies dans ses officines sont présentées comme celles de la communauté mondiale. Mais là n’est pas la réalité.

7 – La notion elle-même de « souveraineté nationale » pour la majorité des Etats est devenue relative. En fait, on en est à la formule suivante : plus forte est l’allégeance au centre principal d’influence, plus forte est la légitimité de tel ou tel régime.

8 – Les mesures d’influence sur les rétifs sont bien connues, et expérimentées à maintes reprises : des actions musclées, des pressions économiques et de propagande, l’intervention dans les affaires intérieures, des références quant à une légitimité au-delà du droit, lorsqu’il faut justifier les solutions illégitimes de certains conflits. Et la mise à l’écart des gouvernements qui ne conviennent pas. Ces derniers temps sont apparues des preuves de ce que, à l’égard de certains dirigeants, ils recourent carrément au chantage. Ce n’est pas pour rien que celui que l’on appelle ‘le Big Brother’ dépense sans compter des milliards de dollars pour la surveillance du monde entier  et de ses alliés proches.

9 – Posons-nous la question: à quel point nous sommes à l’aise avec tout cela, à quel point nous sommes en sécurité, combien nous sommes heureux de vivre dans ce monde, à quel degré de justice et de rationalité il est parvenu ? Peut-être n’avons-nous pas de raisons de nous inquiéter, de contester et de poser des questions inconvenantes ? Peut-être l’exceptionnalité des USA, et la façon dont ils appliquent leur leadership sont-ils vraiment un bienfait pour nous tous ? Et que leurs interventions omniprésentes dans les affaires du monde apportent la paix, le bien-être, le progrès, le développement, et la  ? Et quant à nous, nous détendre et en profiter ? Je me permettrai de dire que ce n’est pas le cas. Ce n’est pas du tout le cas.

10 – Le diktat unilatéral, et l’imposition de ses propres modèles apportent le résultat contraire : au lieu de régler des conflits – l’escalade, au lieu d’Etats souverains et stables – l’expansion du chaos ; en lieu et place de la démocratie –le soutien à des populations douteuses : des purs néo-nazis aux islamistes radicaux.

11 – En Syrie, comme par le passé, les USA et leurs alliés ont entrepris de fournir directement des armes et de financer des combattants, de renforcer leurs rangs de originaires de différents pays. Permettez-moi de demander d’où ces combattants ont-ils de l’argent, des armes, des spécialistes militaires ? D’où cela provient-il ? Comment se fait-il que ceux qu’on appelle l’EIIL se soient transformés en une réelle et puissante armée ?

12 – Dans son essence, le monde unipolaire est l’apologie, l’apologétique de la dictature des peuples et des Etats.

13 – Mais le monde, je veux le souligner, j’en ai parlé et je le répète, s’est radicalement transformé.

14 – Apparemment, ceux qui sans cesse barbouillent des révolutions de couleur se prennent pour de grands artistes et ne peuvent s’arrêter.

15 – Nous comprenons bien que le monde est entré dans une ère de changement et de profondes mutations, et que nous avons tous besoin d’un certain niveau de prudence, de capacité d’éviter les démarches insensées. Des années qui ont suivi la guerre froide, les intervenants de la politique mondiale ont un peu perdu ces qualités. Le temps est venu de s’en souvenir. Dans le cas contraire l’espoir d’un développement stable apparaitra comme une dangereuse illusion. Et les secousses actuelles – la prémisse à la chute de l’ordre mondial. Le temps d’un monde unipolaire, la , est terminé. Les USA ne se rendront pas sans combat, ils inonderont de sang des pays entiers. Organiseront des guerres civiles, comme ils l’ont fait en Ukraine, pour porter encore et toujours la fausse « démocratie » sans compromis. Cette déclaration de Vladimir Poutine constitue un programme. Il a annoncé, clairement et fermement, que le monde a changé, qu’il ne sera plus unipolaire, à la politique sans limites ni égards des USA sera tôt ou tard opposée une limite, et la Russie rétablit sa puissance et sa grandeur sur l’arène mondiale. C’est un moment très important dans l’évolution de la Russie. Je suis certain que ce discours de Vladimir Poutine  sera le vecteur de développement de la politique mondiale pour les 10 ou 15 années à venir.

Que Dieu soit avec nous ! Allons au combat !

Dmitri Dzegovbrodsky

Traduit par Mufasa pour Réseau International

Source:http://politikus.ru/articles/33874-rech-vladimira-putina-my-prinimaem-boy.html

 

 

Le dernier discours de Vladimir Poutine au club Valdaï a surpassé de par sa force celle de Munich en 2007.

 

Bien que les thèses avancées par le Président russe s’inscrivent toujours dans une optique polycentrique, souverainiste et rationnellement respectueuse du droit international, il n’en demeure pas moins que le développement qui leur a été donné la semaine dernière est sans précédent.

 

Poutine, aurait-il lancé un défi aux USA, considérant que le traitement actuel du dossier ukrainien ne laisse plus aucune place aux formules hautement diplomatiques ? La nouvelle idéologie d’Etat russe, permettrait-elle enfin de faire face, avec beaucoup plus d’efficacité qu’auparavant, au néo-impérialisme thalassocratique anglo-saxon et notamment à la théorie du Heartland mackindérien ou encore du containment de Kennen qui en sont les expressions les plus révélatrices? En serait-on venu à un stade où l’hégémonie transatlantique serait dépassée par l’ascendance économique des BRICS, si bien que la Russie n’hésite plus à dévoiler le jeu des puissances dites démocratiques en pointant du doigt, argumentaire détaillé à l’appui, les responsables d’un chaos déjà si peu contrôlable qu’il pourrait conduire à une guerre généralisée ?

 

Yannick Jaffré a plus d’une corde à son arc. Agrégé de philosophie, auteur d’un livre aussi édifiant qu’original intitulé Vladimir Bonaparte Poutine, il nous a livré son analyse du discours de Poutine au dixième forum du club Valdaï.

 

La Voix de la Russie. Le dernier discours de Poutine au club Valdaï a frappé plus d'un par sa tonalité. En effet, le Président russe remet en cause, clairement et radicalement, les fondements du leadership américain et la manière dont celui-ci s'opère. Pourquoi maintenant? La coupe, serait-elle sur le point de déborder? Peut-on considérer qu'il s'agit d'une réaction au discours d'Obama où ce dernier a comparé la menace russe à celle que présente l'EI ou le virus Ebola?

 

Yannick Jaffré. Je crois que cette déclaration d’Obama qui d’ailleurs est tout à fait symptomatique de la façon dont les USA, leurs alliés occidentaux et, pour ma grande honte, les Français conçoivent les relations internationales, n’a certes pas arrangé les choses. Ceci dit, je pense qu’en l’occurrence Poutine réagit à l’attitude américaine et européenne au cours de la crise ukrainienne et plus généralement encore à la conception du monde monopolaire ou maniaco-polaire qui est celle des atlantistes.

 

En effet, ladite conception détruit les conditions de cette rationalité qui devrait définir les relations internationales en garantissant la conservation d’un horizon de paix sans pacifisme. On passe par les rapports de force mais on ménage les portes de sortie. Or, la rhétorique obamienne fait penser à celle de Laurent Fabius lorsqu’il dit que « Bachar el-Assad ne mériter[ait] pas d’être sur terre » (août 2012). Elle détruit ainsi les conditions d’un dialogue diplomatique qui n’est certes pas un dialogue angélique mais qui permet à l’adversaire ou à l’antagoniste de formuler sa propre réponse. Or, quand on incarne le Mal absolu, quand on ne mérite pas d’être sur terre, ce droit nous est automatiquement refusé.

 

Je préciserai, pour ponctuer cette réflexion, que Poutine me semble encore plus dur vis-à-vis de l’UE que vis-à-vis des USA nonobstant leur rôle de meneur à l’échelle mondiale. Poutine n’a pas lancé dans ses discours d’appels forts en direction de l’UE, celle-ci étant au contraire l’objet de ses critiques. Il y a une belle mention vers la fin d’un partenariat entre l’Europe occidentale et l’Eurasie mais une mention assez peu accentuée, constat qui me semble être l’inflexion principale de ses discours.

 

La Russie a été profondément déçue par l’attitude de l’UE au cours de la crise ukrainienne. Les Européens ont joué aux va-t-en-guerre en renforçant une crise qui était parfaitement évitable et dont Poutine a énuméré d’une façon succincte les étapes de l’escalade provoquée par l’action conjointe de l’UE et des USA. A cet égard, on pourrait évoquer l’affaire du coup de fil entre Poutine et Barroso il y a quelques mois. Ce dernier avait affirmé que le Président russe était prêt à entrer à Kiev. En réalité, Poutine qui répugnait à parler directement au Président de la Commission européenne considérant qu’il n’était pas un chef d’Etat, avait fait remarquer qu’il se trouvait dans une posture de négociations et qu’il pourrait être à Kiev dans 15 jours. La déclaration de Barroso est tout aussi emblématique que celle d’Obama que vous avez évoquée. Elle témoigne du refus occidental d’entamer un dialogue raisonnable et raisonné avec la Russie.

 

LVdlR. "La prospérité des USA repose en grande partie sur la confiance des investisseurs et des détenteurs étrangers de dollars et de valeurs mobilières étasuniennes. Cette confiance est mise à mal et des signes de désillusion quant aux fruits de la mondialisation sont maintenant visibles dans de nombreux pays". A votre sens, peut-on interpréter cette phrase comme une allusion (entre autres) au fait que la Chine puisse finir par bouder la dette étasunienne? Si c'est le cas, à quoi rime-t-elle?

 

Yannick Jaffré. Je ne pense pas qu’il s’agisse exactement de cela. Les intentions des dirigeants chinois me semblent assez opaques dans leurs détails mais claires dans leur généralité. La Chine étend son Empire au moyen de lois qui sont plutôt celles de la pénétration économique. Effectivement, les banques chinoises pourraient mettre en défaut les USA mais je ne crois pas que cela soit dans leur intérêt immédiat, surtout que les liens entre les élites chinoises et les USA mériteraient sans doute d’être éclairés par de véritables journalistes qui feraient leur travail.

 

Je pense que Poutine essaye de créer à travers l’Organisation de coopération de Shangai et les BRICS une alternative au pétrodollar et aux excess dollars mais il est difficile de dire quelle est l’attitude de Pékin à cet égard.

 

En tout cas, quand Poutine en appelle dans son discours de Valdaï à la rationalité libérale du marché global qui est rompue par la logique des sanctions infligées par les USA et leurs alliés à la Russie, il essaye de retourner le libéralisme à l’envoyeur libéral et de construire des aires de cohérence économique qui échappent à la mainmise américaine.Mais tant que le dollar reste la monnaie de référence internationale soutenue par la puissance militaire des USA, les entreprises de Poutine – et il en a conscience – auront des effets limités.

 

Pour en revenir à la mise en défaut des USA par les banques chinoises, je n’y crois pas pour le moment. Ce qui en revanche est flagrant, c’est l’inspiration quasi-gaulliste de Poutine. Le remplacement en 1965 de l’étalon OR par le dollar avait suscité chez le Général des inquiétudes tout à fait prémonitoires dont on a pu constater depuis le bien-fondé : un pays, les USA, peut produire la monnaie d’échange de référence autant qu’elle le juge bon suivant ses intérêts. Il semblerait donc que Poutine essaye de contrer ce phénomène en impliquant la Chine mais étant assez sinosceptique je ne suis pas vraiment convaincu de ses succès dans l’immédiat.

 

LVdlR. Poutine parle de résoudre le dilemme entre les actions de la communauté internationale et les principes de la souveraineté nationale (clin d'œil à l'Ukraine). On peut se demander si ce dilemme est résoluble en pratique. Le gouvernement russe, croirait-il encore qu'une réactualisation d'Helsinki soit possible?

 

Yannick Jaffré. Il y a plusieurs aspects à relever sur ce point. Je l’écris dans l’ouvrage que je lui ai consacré (Vladimir Bonaparte Poutine, NDLR), Poutine est un westphalien, c’est-à-dire un tenant de la souveraineté nationale et territoriale ce qui est son attitude la plus constante. Il y a en effet une contradiction potentielle entre ce principe et ce qui serait le droit international ou une convergence internationale qu’il réfère à Helsinki. Assez curieusement, il y a comme une trace d’un Poutine soviétique derrière un Poutine westphalien. Ceci étant, je pense qu’il faut inscrire cette contradiction apparente dans une conception plus large. Poutine est westphalien. Il est diplomate et juriste et tient donc à la conception de l’équilibre des forces contre le messianisme américain aggravé par la situation d’hyperpuissance solitaire des USA portés à déifier leur mission hier au nom de Dieu, aujourd’hui, au nom des droits de l’homme.

 

Il me semble donc que Poutine aspire à former un espace intellectuel encadrant la rigidité du droit international en vue de contester le manichéisme des conceptions atlantistes. Pratiquement parlant, il s’agit pour lui de laïciser ou de rationaliser les rapports internationaux qui sont marqués par une logique religieuse. Ce n’est plus au nom de Dieu que l’on justifie aujourd’hui un certain nombre d’interventions militaires mais au nom de l’Homme et de ses droits. Dans ce cadre-là que Poutine conteste, on est condamné au manichéisme. Pourtant, Carl Schmitt, et bien d’autres avant lui, avertissaient qu’il fallait toujours considérer l’ennemi comme relatif et développer un discours qui puisse être entendu par un pair, c’est-à-dire un être humain. Pas un Dieu ou un Homme en général mais par d’autres nations, à savoir par l’ennemi.

 

Dans le cadre qui est celui que définissent les interventions américaines depuis 25 ans, il n’y a pas de dialogue possible. Il n’y a que le Mal, aspect qui exclue tout discours diplomatique et rationnel. C’est bien cette vision réductionniste que Poutine conteste et c’est bien dans cet esprit qu’il brandit la logique du droit international malgré la prédominance sous-jacente des rapports de force qui sont à sa racine.

 

Je pense donc que la maxime de Poutine n’est pas celle de l’impératif catégorique kantien selon lequel les principes de l’action d’une personne doivent fonder une morale universelle mais que le sens de cette maxime avoisine une stratégie qui pousse l’adversaire à reconnaître ta force et à accepter ton droit dans la mesure où tu reconnais le sien ou, a minima, fait en sorte que tu puisses revendiquer ton action devant un tiers, c’est-à-dire en l’occurrence l’ensemble des nations dans un contexte de multilatéralité, d’où la référence à l’ONU. Non pas que Poutine soit particulièrement épris du cadre des Nations Unies mais celui-ci permet malgré tout de construire une véritable multilatéralité.

 

Il y a en parallèle une référence à Helsinki qui à son tour s’inscrit dans une double référence à la guerre froide puisque, d’une part, Poutine semble considérer que les USA s’arrogent d’une manière abusive le titre de vainqueurs de cette guerreet que, de l’autre, ils la perpétuent puisqu’il leur faut des ennemis imaginaires, par exemple l’Iran, la Russie ou les rogue States (les Etats voyous) du début des années 2000. C’est en ce sens qu’Helsinki lui paraît une référence employable. Mais en pratique je suis d’accord avec vous, cette référence est quelque peu obsolète ce qui n’amoindrit nullement la portée du discours prononcé par Poutine.


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